23 mai, 2016

Bullshits jobs et burn out !


Voici déjà quelques temps que je reçois de plus en plus de personnes victimes d'épuisement professionnel. Rappelons comme le fait fort bien l'introduction de l'article Wikipédia que le syndrome d’épuisement professionnel, également désigné comme burnout, combine une fatigue profonde, un désinvestissement de l'activité professionnelle, et un sentiment d'échec et d'incompétence dans le travail. Le syndrome d'épuisement professionnel est considéré comme le résultat d'un stress professionnel chronique (par exemple, lié à une surcharge de travail) : l'individu, ne parvenant pas à faire face aux exigences adaptatives de son environnement professionnel, voit son énergie, sa motivation et son estime de soi décliner.

Le cycle du stress est maintenant bien connu. Lorsqu'on le stress intervient, c'est à dire lorsque des variables suffisamment importantes de notre environnement changent, on entre dans une réaction d'alarme. Si ce stress se maintient, on rentre en phase de résistance qui nous oblige à trouver une stratégie d'adaptation. Enfin, si malgré tous nos efforts, il ne nous est plus possible de nous adapter, on entre dans une phase d'épuisement entrainant des conséquences telles que le burn-out, cette sensation de se consumer de l'intérieur, ou bien la dépression anxieuse. Le stress est donc un état qui nécessite une transaction  entre l'individu et son environnement. 
 
Faiblesse ou force n'y changeront rien, pas plus que l'intelligence puisqu'il est juste demandé de s'adapter, sachant que l'adaptation nécessite parfois de changer totalement son environnement. Ainsi, le burn out n'est pas une pathologie de personnes faibles mais bien au contraire, celle de personnes très fortement impliquées dans leur activité qui prenne le risque de perdre la guerre plutôt que d'admettre qu'ils sont en train de perdre une bataille.

Si l'on a beaucoup parlé depuis la révolution industrielle de la profonde mutation du travail, peu de gens ont en revanche établi l'étendue des nuisances des divers courant de management ayant fait florès ces dernières années. L'anthropologue américain David Graeber a cependant été le premier à parler ouvertement de bullshit jobs pour dénoncer la bureaucratisation de l'économie et la floraison d'emplois inutiles.

On reconnait ces bullshit jobs au fait que s'ils disparaissaient soudainement, il n'y aurait aucune conséquence négative pour la société. Si une liste de métiers de ce type vient immédiatement en tête, on a peine à croire que le management puisse lui aussi fournir son contingent de bullshit jobs. A priori un manager c'est quelqu'un qui dirige, c'est quelqu'un d'utile.

Pourtant, l'apparition de l’organisation matricielle a pu générer un nouveau profil de manager totalement inutile dont l'activité essentielle semble être d'établir des budgets et de faire du reporting, d'exiger beaucoup de ses subordonnés mais de se reposer sur la direction fonctionnelle, fonctionnant de manière transversale, laquelle encaissera tous les risques.
 
C'est ainsi que les meilleurs se retrouvent dans les directions fonctionnelles ou comme chefs de projets tandis qu'un management parasitaire hiérarchique se développe notamment au niveau du middle management dont l'incompétence n'a d'égale que les exigences dans la mesure ou ils restent axés sur les résultats au mépris des réalités des projets dont ils n'ont qu'une vue parcellaire. Le résultat et l'état d'avancement semblent être leurs seules préoccupations à défaut de savoir vraiment comment on s'y prend dans les faits pour qu'un projet avance.
 
Ces dernières années, tous ceux de mes patients que j'ai ainsi vus exploser en vol ont été  les victimes de ces managers hiérarchiques parasitaires exigeant des résultats au mépris de la réalité du terrain.  
 
Reconnaissons qu'ils ont aussi été victimes de leur propension à vouloir honorer à tout prix leurs engagements comme de bons soldats alors même que ces derniers étaient totalement incompatibles avec une juste appréciation de la réalité. Cadences infernales, ordres et contre-ordres, exigences de disponibilité incompatible avec les tâches à mener à bien, etc., leur quotidien était juste un enfer. 
 
Je les ai tous vus s'approcher dangereusement de leurs limites et entrer en phase de rupture. Je n'ai pas ménagé mes efforts pour les prévenir, pour modéliser avec eux la situation à laquelle ils avaient à faire face afin de leur prouver qu'il était matériellement impossible de réussir. Pas un n'a voulu m'écouter même si tous m'ont cru.
 
Sans doute qu'un cursus de type prépa+grande école sélectionnant nécessairement des individus aptes à faire d'importants efforts les rends paradoxalement inaptes à se rendre compte que parfois l'échec n'est pas du à un manque d'efforts mais simplement au fait que l'objectif était totalement déréaliste. 
 
Tous ont foncé bille en tête, persuadé qu'en travaillant plus, toujours et encore plus, au détriment de leur vie sociale, et en mettant en péril leur équilibre psychique, ils réussiraient comme ils avaient réussi leurs concours.
 
Et ça n'a pas marché parce que plus ils en faisaient, plus on leur en donnait. Ça n'a pas non plus marché parce qu'au dessus d'eux, ces fameux managers incapables exerçant un bullshit job, étaient bien incapables de comprendre ce qui se passait réellement aux échelons en dessous. L'important pour eux, c'était de mettre des croix dans des cases pour signifier qu'une tâche était finie avant d'en recommencer une autre.

7 Comments:

Blogger Nathalie said...

ça doit être dans l'air du temps:
http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/reforme-code-travail-el-khomri/20160418.OBS8721/j-ai-un-job-a-la-con-neuf-salaries-racontent-leur-boulot-vide-de-sens.html

Depuis longtemps, je juge les emplois suivant leur utilité: on s'amuse à se poser la question suivante: s'il fallait sauver uniquement ceux qui sont nécessaires à notre survie, qui sauverions-nous dans une nouvelle arche de Noé?
Quant à moi, j'ai toujours un sourire pour les balayeurs de rue: travail manuel certes qui ne nécessite un beau Q.I, mais sans eux, nous vivrions au milieu des ordures (surtout de nos jours où les masses narcissiques et mal-éduquées jettent tout par terre). Et sans eux, il y aurait encore plus de rats, de pigeons, le retour de la Peste Noire et sans anti-biotiques qui marchent, des millions de morts comme au Moyen-âge.
Même chose pour les fauconniers mal-payés qui chassent les pigeons et autres göélands de malheur (J'en ai rencontré un hier en pleine rue, une buse de Harris au poing)
Comparez-les à un sociologue marxiste ou à un ministre de travail sans compétence aucune et il n'y a pas à balancer: on sauve les fauconniere et les cantonniers et on laisse les parasites agoniser au milieu des corps purulents.
De quoi et de qui a-t-on besoin? Du fermier (le producteur), du médecin (guérisseur, du thérapeute, herboriste,sage-femme, masseur etc... jusqu'au neuro-biologiste), du savant (homme sage), de l'organisateur (de tout système), de l'architecte et du bâtisseur, du passeur de savoir (le maître), du poète et de l'écrivain, du chanteur et du musicien (artiste au sens noble du terme), ingénieur (et mécaniciens, tous ceux qui comprennent la mécanique et les systèmes)...(liste long d'être exhaustive)
Qui est inutile? Tout ceux dont le "travail" consiste à ne servir que lui-même et qui tourne en rond et que j'aime presque à qualifier comme étant d'essence diabolique.
Donc: voudriez-vous un golfeur ou un footballeur payé à millions dans votre arche de Noé ou un humble physiothérapeute? Un "journaliste"/présentateur télé dont la face est connue de tous, ou un humble vigneron? Un inspecteur des impôts ou un pêcheur? Une aide-soigante ou un responsable/propriétaire de centre d'appel? Bachelard ou une petite ordure tel Bourdieu ou un de ces nouveaux pédagogues? Un politicien professionnel dont la probité n'atteint pas à la cheville d'une humble fille des rues? Un banquier qui s'amuse à jongler avec l'économie mondiale sans rien produire ou un astrophysicien???

24/5/16 11:40 AM  
Blogger Kevin Macarry said...

[HS]Maintenant que j'y pense,étant donnez que vous êtes sur paris vous devez subir la pénurie d'essence nn?[HS]

Et la loi travail vat elle changer quelque chose quand au burnout?

24/5/16 9:18 PM  
Blogger Maxime said...

C'est marrant, mais moi si tu me parles de bullshit job, je pense directement au middle management, et aux "consultants", en particulier ceux qui parlent de qualité, ou de sécurité.

Et c'est à la mode le middle managment, j'avais vu quelquepart un graph sur l'évolution des postes en hôpital : stable partout, mais grosse augmentation en middle management sur 30 ans.

Sinon, les burn-outés pourront lire "Bonjour Paresse" de Corinne Maier, et décider de devenir eux-même des parasites d'entreprise.

26/5/16 10:44 AM  
Blogger Maxime said...

Résumons : The Expert (Short Comedy Sketch). C'est la vie en entreprise.

Si vous n'avez jamais eu l'impression d'être l'asiatique de la vidéo, c'est que vous n'êtes pas ingénieur.

26/5/16 11:02 AM  
Blogger Le Touffier said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

30/5/16 3:40 PM  
Blogger Le Touffier said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

30/5/16 3:48 PM  
Blogger Le Touffier said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

30/5/16 3:55 PM  

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