17 novembre, 2014

L'argent et l'amour !


C'était voici peu de temps. Un médecin m'appelle et me demande si je peux recevoir "en urgence" un jeune patient qui vit une "rupture difficile". Effectivement ça semble difficile puisque j'entends le jeune type pleurer à chaudes larmes dans le cabinet du médecin. J'explique au médecin que je connais bien que je ne suis pas un service d'urgence et qu'elle devrait plutôt adresser ce quidam à qui de droit plutôt que de l'envoyer se suicider dans mon cabinet. Mais, il semble qu'elle lui ait prescrit les anxiolytiques qui vont bien et que si le gamin est mal, il ne l'est pas au point de se jeter de ma fenêtre ou de s'ouvrir les veines face à moi.

Comme je suis plus du soir que du matin, je dis au médecin de me l'envoyer à vingt-deux heures le jour même. Tant pis je finirai plus tard et serai chez moi à minuit. Vous noterez au passage l'abnégation et la vocation qui sont miennes ! Si l'un(e) d'entre vous décide d'ouvrir une souscription pour l'érection d'une chapelle Saint-Philippe-le-Psy, n'hésitez pas. Je vous promets qu'on y viendra en pèlerinage par milliers et que via les dons, votre investissements sera vite remboursé, surtout si vous avez pris la peine d'ouvrir un hôtel-restaurant juste en face de la chapelle. Dans le commerce, l'emplacement c'est tout.

Mais trêve de ma fabuleuse vocation et revenons à nos moutons. Le gamin se pointe pile à l'heure. C'est le modèle sensible-mais-couillu-tout-de-même. A savoir que s'il a pleuré chez son médecin, chez moi il est décidé à rameuter tous ses neurones et à tout comprendre. Il est tendu comme un arc et on le sent déterminé à "gérer" son chagrin pour passer à autre chose. C'est assez rigolo à observer et plutôt touchant.

Bardé de diplômes prestigieux, il appartient à la catégorie des types intelligents dans la mesure où il sait que la réussite à un concours n'est qu'un process auquel même les baudets sont admis et en aucun cas une preuve de grande intelligence. D'ailleurs, alors qu'il pourrait trouver n'importe où un job super bien payé avec un titre ronflant, le gamin préfère se donner uen année durant laquelle il glande dans un mi-temps tout en faisant de la musique. C'est le cas classique du gamin brillant issu d'un bon milieux qui a choisi des études sans savoir pourquoi ils les feraient mais simplement parce qu'il en avait les capacités et que cela correspondait au statut que ses parents étaient en droit d'attendre de lui.

En revanche tandis que je l'interroge sur sa copine qui vient de le plaquer, là c'est une toute autre histoire. Ayant passé les mêmes diplômes, celle-ci s'est jetée à corps perdu dans le monde du conseil dans un très très prestigieux cabinet international, ces boîtes où ils ne savent pas vraiment ce qu'ils font si ce n'est gloser et pondre du powerpoint sans réelle valeur ajoutée à destination d'individus ayant le même profil. C'est ambiance tailleurs et costards chers et cela correspond aux milieux autorisés décrits par Coluche dans son sketch du journaliste.

Toujours est-il que la donzelle après avoir ramé quelques années durant ses études, se voit ainsi propulsée dans un milieux qu'elle révérait. Sa vie c'est un peu Le diable s'habille en Prada ; elle s’habituera au monstre pervers simplement pour faire partie d'un certain monde. Et lorsque son cabinet lui propose son stage d'intégration de deux mois aux États-Unis, sa vie bascule totalement et elle en oublie qui elle est et d'où elle vient. C'est une sorte de phénomène sectaire bien connu adapté au monde de l'entreprise. On crée des signes d'appartenance forts, on vous coupe de votre milieu d'origine en vous inculquant qu'il y a ceux qui en sont et les autres, et on vous formate le cerveau définitivement. Ca marche chez les gens un peu simples, ceux qui sont gourouïsables. Certains s'en sortent au bout de x années, d'autres jamais et restent persuadés que ce qu'ils font est non seulement utile mais non seulement vital. 

Mon petit patient n'est pas de ce genre. Ce type de cabinet il pourrait y rentrer mais il sait que cela serait pour deux ou trois ans maximum parce qu'il a compris qu'il n'y fera que de la merde mais qu'en revanche, les abrutis d'employeurs qui sont un peu "des buveurs d'étiquettes" apprécieront et le recruteront à prix d'or. Ce sont ces types qui trouveront une piquette admirable pourvu qu'elles soit étiquetée Château-Truc et pour qui seul le nom prestigieux du cabinet compte et seront ainsi par la suite persuadé qu'il a trouvé le Graal. Bref, il traine un peu des pieds pour y entrer dans ces cabinets là. L'idée de ne plus avoir de vie, de bosser quinze heures par jour pour rien heurte son intelligence et son sens du réel. Être intelligent et lucide quand on est issu d'une grande école de commerce mais qu'on n'est pas cynique est la pire des choses.

Et voilà pourquoi la donzelle l'a quitté. Comme je lui expliquais, elle est passée à autre chose, il est maintenant challengé par des trentenaires cupides qui roulent en voitures de sport. Alors c'est certain que même si sur le long terme il a raison et qu'un jour ou l'autre sa gonzesse en reviendra de tout ce clinquant imbécile, pour le moment c'est mort. Je lui dis qu'il faut passer à autre chose. Je lui modélise un peu son histoire avec lui dans le rôle du mec sensible qui se cherche et qui aura besoin de quelques années pour trouver sa place face à sa gonzesse, parfaite petite machine de guerre, moins complexe mais plus simple à mettre en œuvre immédiatement. Je lui parle des mécanismes sectaires mis en place sous le couvert de la fameuse "culture d'entreprise", de la manière dont les jeunes femmes sont exploitées par ces cabinets parce qu'elles sont en général plus soumises et malléables et que le client apprécie toujours plus une jolie gonzesse en tailleur qu'un ingénieur en costume.

Il admet les choses et il est d'accord avec moi. Il est brillant, il modélise vite aussi et il saisit l’algorithme de la situation promptement. Il tente de trouver des stratégies alternatives pour la reconquérir. Il m'explique que c'est bon, que lui aussi "va entrer dans le conseil pour faire un max de blé". Je lui explique que je le comprends et qu'à son age j'aurais tenté la même chose. Je rajoute encore une fois qu'à mon sens c'est mort, que son histoire d'amour est derrière lui parce que plus qu'une historie de blé et d'ambition, c'est une question de valeurs et d'intelligence. Et comme il me demande ce qu'il va devenir, je lui explique que le monde étant bien fait, on se remet d'un chagrin d'amour sinon l'espérance de vie serait de vingt-cinq ans et non de quatre-vingt ans. Et je rajoute que fort heureusement, le monde ne manque pas de gonzesses bien et vraiment intelligentes qui savent faire la part entre vie professionnelle et affective.

Comme il est un peu chancelant et que les semaines qui viennent risquent d'être dures, je lui enjoins d'appeler un médecin pour le cas échéant prendre un traitement. Les ISRSNA sont redoutables pour éviter les crises d'angoisse. Voilà, on se sépare là. Il est près de vingt-trois heures trente mais je ne lui facture qu'une heure (vocation+abnégation+probité).

Je me dis que si Dieu me prête vie, sa copine viendra peut-être me voir dans dix ans, quand après voir donné ses plus belles années à son cabinet, elle pensera à faire des mômes. Elle me parlera de FIV et de je ne sais quoi encore en espérant déjà qu'elle ait un mec parce que parfois la carrière ne laisse pas le temps à autre chose que des coups d'un soir dans une chambre de 5*. Et à elle aussi je lui sortirai ce que m'a expliqué un mec qui s'y connait un peu dans le domaine. Ceci dit, peut-être qu'ils lui financeront une congélation de ses ovules. On ne peut jamais savoir avec ces grands philanthropes !

"La fécondité chez les femmes c'est comme la carrière d'un jouer de foot. En gros tu peux commencer assez tôt avec un pic à vingt-huit ans. Mais après, il faut se souvenir qu'à quarante ans, c'est compliqué, il ne reste plus que quelques gardiens de but qui jouent encore"
Docteur L.T.


15 novembre, 2014

Je hais les ados !


Enfin, bon je ne les hais pas tous, disons ceux de maintenant, de notre époque. Et encore, je ne doute pas qu'il y en ait des biens. Mais bon, la plupart sont tout de même à chier je trouve. Du moins à Paris, dans ma sphère la plus proche. C'est rare que je croise des ados sympas et intelligents. Je n'attends évidemment pas d'un adolescent qu'il vive comme un adulte, je ne suis pas sur que j'aurais par exemple apprécié Bruno Le Maire adolescent. Mais bon, c'est tout de même sympa de rencontrer un ado qui se passionne pour autre chose qu'Abercrombie ou ses Nike.

Comme ce n'est pas ma spécialité, j'en reçois peu. En ce moment, le plus jeune patient doit avoir dix-sept ans mais il est brillant. Son père voulait en faire un ingénieur mais moi je lui prédis une carrière d’avocat ou de politicien exceptionnelle tant ses aptitudes sociales sont étonnantes pour son âge. Franchement perdre son temps à faire sup' et spé' pour ensuite pointer dans une SSI comme un loqueteux de base alors qu'il pourrait être élu à vingt-cinq ans, y'a pas photo je trouve.

Et puis dernièrement j'ai reçu la mère d'une ado de quinze ans qui se désespérait pour sa fille à propos d'une histoire de cœur pourrie mais pas très grave. J'ai donc écoute la mère une demie-heure avant de voir la fille, la demie-heure restant. Pour être belle, elle est belle et elle le sait. A peine assise, elle m'a tiré la gueule à un point que j'avais rarement vu. Bon, heureusement que je suis patient et que j'ai du métier, parce qu'un plus sanguin que moi l'aurait prise par les cheveux et l'aurait jetée dans les escaliers en lui hurlant : "espèce de petite pute tu pensais te foutre de ma gueule ?".

Moi bien sur, je suis resté très pro, je ne l'ai pas insultée évidemment. Je me suis contenté de lui demander en quoi pourrais-je lui être utile. Et c'est la bouche pincée qu'elle m'a répondu "en rien". Sans me départir de mon air affable je lui ai demandé si elle souhaitait collaborer ou si elle n'était venue qu'à la demande pressante de ma mère. Et là, elle m'a répondu qu'elle n'avait aucune envie d'être là ni de me parler. 

Toujours aussi calme je lui ai dit qu'il n'y avait aucun problème et qu'ayant été payé par sa mère, on allait s'arrêter là et que j'allais passer une chouette demie-heure au café à lire. Et ça, ça l'a énervée. Sans doute parce qu'elle pensait qu'elle pourrait faire son cinéma et me faire tourner en bourrique. Comme si j'étais le micheton de base, le trou du cul de seize ans prêt à se rouler par terre pour ses beaux yeux bleus ! Putain, je n'y crois pas !

Alors je me suis levé, je me suis habillé et je l'ai gentiment poussée vers la sortie. Elle n'en revenait pas et m'a dit "mais alors c'est tout ?". Ce à quoi j'ai répondu qu'à quarante-sept ans, j'avais passé l'âge de subir les caprices d'une gamine de quinze ans. Elle était interloquée. Mais bon, professionnel jusqu’au bout je lui ai cependant précisé que sa mère m'ayant parlé de sa peine de cœur, je me sentais tout à fait capable de l'aider si elle le désirait et que mon cabinet lui était grand ouvert à condition qu'elle veuille bien collaborer et que ce serait à elle de prendre rendez-vous.

Ensuite j'ai pris mon téléphone et j'ai prié sa mère de la prendre devant la porte de l'immeuble. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas besoin de sa mère et moi je lui ai rappelé qu'étant mineure elle restait sous ma responsabilité et qu'il m'appartenait d'avertir la personne ayant l'autorité parentale qu'elle sortait une demie heure avant l'heure dite. Le rappel de sa condition de mineure ne lui a pas fait plaisir mais je m'en suis tapé. Je crois qu'elle en aurait pleuré.

Je l'ai salué d'un sonore "bonne journée jeune fille et à bientôt peut-être" avant d'aller vers mon café préféré juste en face de mon cabinet. Bref, les ados me font vraiment chier mais pas tous évidemment,  mais enfin la plupart tout de même.

De toute manière, cela ne sert à rien de forcer quelqu'un à voir un psy si il ne veut pas !

Nabilla !

Calendrier Nabilla 2014 (collection privée du Dr Le Touffier)

Je vous avoue que l'affaire Nabilla ne m’inspirait rien de bien précis et que je n'aurais jamais écrit un article sur ce sujet. Ce qui lui arrive était à prévoir. Sujet ultra-narcissique n'ayant pour seul horizon que ses propres désirs et pour unique prison que la frustration intolérable qu'ils ne soient pas tous satisfaits immédiatement, il était évident qu'un jour la belle brune en arriverait là. Soit qu'on la tue, soit qu'elle tente de tuer quelqu'un.

C'est à la demande du Touffier que je rédige cet article. Soit qu'il ait réagi en vieux médecin paternaliste affligé par la tournure funeste qu'a pris le destin de cette gamine de vingt-deux ans, à moins qu'il ne soit très triste de ne plus pouvoir reluquer ses gros seins dans l'émission Touche pas à mon poste ! Je ne le saurais sans doute jamais.

Alors que dire de cette affaire ? Je crois avoir tout dit dans le premier paragraphe finalement. On a à faire à un cas classique de narcissique qui, comme le précise le DSM. C'est ainsi que le patient présente au moins cinq des symptômes suivants :
  • le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (par exemple, surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;
  • est absorbé par des fantasmes de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté, de perfection, ou d'amour idéal ;
  • pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;
  • montre un besoin excessif d'être admiré ;
  • pense que tout lui est dû : s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;
  • exploite l'autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins ( mensonges, chantages, violence verbale, etc.) ;
  • manque d'empathie : n'est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui ;
  • envie souvent les autres, et croit que les autres l'envient ;
  • fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.
On notera que la belle Nabilla s’illustre particulièrement dans les neufs symptômes décrits ce qui est plutôt rare. C'est pourquoi, il n'est pas anormal d'entendre des commentaires selon lesquels "ce serait bien fait pour cette petite pute" ou encore "qu'elle l'a bien cherché cette salope". Les narcissiques sont en effet unanimement détestés. Et tandis que l'on peut trouver par exemple un hystérique touchante car l'on sent sa fragilité même derrière sa perversité, le narcissique ne bénéficie pas des mêmes circonstances atténuantes tant sa manière d'être "faible avec les forts et fort avec les faibles" semble répugnante à tous les gens normaux.

Évidemment on a pu trouver ça et là des gens pour la soutenir et même parvenir à être persuadé que la pauvre n'était qu'une victime et qu'il fallait que la justice soit clémente par exemple en la libérant immédiatement. De même que ses monstrueuses consœurs Paris Hilton ou encore Kim Kardashian, Nabilla a avant tout pour vocation d'exploiter les pauvres filles dépressives qui se projettent dans sa sinistre vie de poupée marketée. Il est donc normal que de tous les endroits glauques du pays touchés par la crise, des voix s'élèvent pour protester qu'on leur ait ôté leur idole, celle qui parvenait à leur faire croire qu'on pouvait se sortir de la médiocrité sans aucun travail pour parvenir au luxe et à la notoriété.

Pour autant, je ne souhaite pas charger la barque, laquelle est déjà bien pleine. Je veux juste me souvenir que, quelle que soit l'assurance dont elle tente de faire preuve dans tous les émissions débiles dans lesquelles elle apparait, Nabilla n'est finalement qu'une gamine de vingt-deux ans, une idiote mal éduquée, un pur produit d'un environnement duquel toute loi a disparu pour n'en laisser qu'une, celle édictée par L'Oréal : Parce que je le vaux bien. Je lui accorderai bien volontiers les circonstances atténuantes.

Je me doute que l'affaire sera correctionnalisée et qu'elle ne passera jamais aux Assises. Toutefois, je souhaiterais que la loi ne soit pas clémente envers Nabilla et qu'une peine de prison ferme soit prononcée. Il me semble que trois ans fermes, sachant qu'elle n'effectuera que la moitié de sa peine parce que nous sommes en France, serait la bienvenue. Non que je lui en veuille ou que je sois cruel mais parce que je pense que la manifestation de la loi, pour une fois dans sa vie, soit la meilleure chose qui puisse lui arriver. 

Je me doute bien que passer dix-huit mois en cellule ne soit pas une sinécure mais d'abord elle a poignardé son amant et ça n'est pas rien. Enfin, si la justice se montrait trop clémente, cédant encore aux manipulations de la jolie brune, je me doute de la tournure que prendrait la vie de Nabilla. Je suppose, et sans doute à raison, qu'après avoir détruit sa cloison nasale à coups de coke puis son utérus à coups de chlamydiae, elle se suicidera vers quarante ans, à moins qu'elle ne soit tuée au cours d'une soirée de débauche par un énième amant sociopathe.

Il est donc temps de grandir et la prison ferme y aide parfois. En leurs temps Valérie Subra comme Florence Rey sont passées par cette étape et il semble qu'elles n'aient plus fait parler d'elles et mènent maintenant des vies rangées.




11 novembre, 2014

Armistice et cérémonie personnelle !


Aujourd’hui c'est le 11 novembre, le jour où l'on commémore l'armistice de la première guerre mondiale. Souvenons-nous que Paul Valéry expliquait que la guerre, c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.

Autant la seconde guerre mondiale ne m'a jamais passionné, autant la première me passionne. Allez savoir pourquoi ? Sans doute parce qu'elle est un trait d'union entre une époque révolue et la période moderne. Commencée avec nos pioupious habillés avec leur pantalon garance, elle s'achèvera par des combats de chars. Elle signe la fin de la belle époque, d'un monde digne des livres d'histoire pour inaugurer le monde moderne tel qu'on le connait avec l’avènement de l'Amérique.

Et puis comme mes gouts littéraires me portent plus vers Alain Fournier, Charles Péguy que vers les contemporains, il était bien normal que cette boucherie me passionne. Il faut dire aussi que ma grand-mère paternelle possédait tous les exemplaires du Miroir, un journal de guerre, reliés et que dès mon plus jeune âge, je me suis délecté à lire cette propagande macabre de guerre dans laquelle les boches étaient des salauds infanticides tandis que les français étaient nécessairement courageux.

Je remarque d'ailleurs que mourir pour la république est toujours la pire chose qui soit parce que celle-ci a tôt fait de vous oublier, une fois enterré avec les honneurs. C'est ainsi qu'à côté de la tombe de mon arrière-grand-père, est une tombe abandonnée qui risquait d'être reprise par la commune. On a beau parler de concession à perpétuité, dès qu'ils le peuvent les corbeaux communaux se ruent vers les vieilles pierres tombales moussues ou rouillées pour en flanquer les occupants dans une caisse en sapin à la fosse commune et relouer la place à des nouveaux !

Comme la plupart de ces vieilles sépultures, il s’agit d'une simple bordure de ciment dans laquelle sont scellés quatre poteaux de fonte supportant une chaîne faisant le tour de la tombe. La seule ornementation est une croix en métal ainsi qu'une plaque sans doute obligeamment fournie par la France sur laquelle figure deux drapeaux entrecroisés ainsi que le nom et le grade du type ayant perdu la vie à 21 ans en 1915 sans doute au cours de la bataille de l'Artois à moins que ce ne soit aux Eparges.

Le pauvre gars enterré là depuis bientôt cent ans n'avait évidemment plus personne pour fleurir sa tombe. Et bien entendu, bien qu'étant passé mille fois devant ce cénotaphe, je n'avais jamais pris garde qu'un poilu y était inhumé, la plaque émaillée étant passée depuis longtemps et les inscriptions difficiles à déchiffrer.

Mais comme c'était le onze novembre et que je me trouvais là par hasard, je me suis fendu d'une cérémonie personnelle consistant à redresser la croix, ce qui redonna à l'endroit une bien meilleure allure tandis qu'un coup de kleenex permettait de redonner quelque brillant à la plaque. Et comme le temps était encore clément et que la Toussaint avait eu lieu voici dix jours, les chrysanthèmes avaient bien résisté et encore fière allure. 

Ce qui me permit d'en piquer fort joli un sur une tombe voisine qui croulait sous les fleurs afin de le déposer sur la tombe de ce jeune gars. C'est mal et très vilain de piquer des fleurs mais l'occupant des lieux m'aura bien sur pardonné de lui avoir soustrait un pot parce que c'était pour une bonne cause. L'an prochain je le paierai de ma poche, c'est promis. En attendant c'est en socialiste occasionnel que je me suis permis cette redistribution d'une tombe qui en possédait trop vers une autre qui n'avait rien. Jaurès a du être fier de moi !


Les morts bougeaient. Les nerfs se tendaient dans la rainure des chairs pourries et un bras se levait lentement dans l’aube. Il restait là, dressant vers le ciel sa main noire tout épanouie ; les ventres trop gonflés éclataient et l’homme se tordait dans la terre, tremblant de toutes ses ficelles relâchées. Il reprenait une parcelle de vie. Il ondulait des épaules, comme à son habitude d’avant quand sa femme le reconnaissait au milieu des autres, à sa façon de marcher. Et les rats s’en allaient de lui. Mais, ça n’était plus son esprit de vie qui faisait onduler ses épaules, seulement la mécanique de la mort, et au bout d’un peu, il retombait immobile dans la boue. Alors les rats revenaient.
Jean Giono, Le grand troupeau

Relation thérapeutique, proximité et similarité !


Sur Facebook, dont je ne me sers que comme agrégateur de sites, je suis abonné à une page intitulée "Philippe Muray aurait adoré" dans laquelle des internautes divers partagent le contenu de documents divers allant dans le sens de ce que l'auteur prématurément disparu nommait le festivisme.

C'est ainsi que j'ai eu accès à cet article dans lequel une patiente homosexuelle semblait très choquée d'apprendre que sa psy avait participé à la Manif pour tous. Personnellement, je ne sens rien de vraiment choquant dans ce qu'évoque cette jeune femme même si parfois, le ressenti me semble bien sur outré. On peut avoir participé à La Manif pour tous sans être pour autant un homophobe patenté ou un néo-nazi. On peut ne pas être d'accord sur tous les sujets avec son patient et pour autant prodiguer une écoute et des conseils de qualité. D’ailleurs certains commentaires sous l'article font état de cela.

Je n'ai ici jamais caché ma détestation du socialisme et pourtant, si je discute avec un militant UMP, je comprends que l'on puisse être de gauche. Sans doute que ma qualité d'anarchiste de droite me permet de naviguer sur l'échiquier politique aisément de manière à bien m'entendre avec quantité de gens. J4ai souvent été pris pou un gauchiste par des gens de droite et vice-versa. C'est ainsi que venus de ce blog, j'ai eu des gens de gauche. Ils ne sont pas majoritaires mais ils sont su distinguer derrière mes mots plus de complexité qu'il n'y parait. Comme me disait Mlle J. voici deux semaines tandis que je me moquais gentiment d'elle en lui rappelant son gauchisme : "je sais que bien que de droite, vous êtes un brave type".

Comme me disait récemment J. une jeune femme de gauche que je reçois : "je sais que vous êtes de droite mais aussi un brave mec". C'est parfois suffisant pour aplanir les différences. De toute manière face aux patients je n'ai pas à faire état de mes idées. Et si les gens les devinent, c'est qu'au travers des mots et des idées, on sait finalement où penchent les gens.

Cependant, je comprends que s'agissant de la relation thérapeutique, trop de dissensions puisse nuire à la thérapie. Certes la thérapie repose sur une technique mais celle-ci s'oublie toujours au profit d'une relation particulière qui s'établit entre le psy et le patient. A Paris, nous sommes tous issus de Paris V, Paris VII ou Paris X et ce n'est pas pour autant que nous soyons tous des clones. Et heureusement.

A l'époque où je cherchais un analyste pour faire une psychanalyse jungienne, j'ai vu pas mal de confrères. Combien, je ne sais plus. Six ou sept sans doute. Je ne pense pas que ce soit les dissensions politiques qui aient beaucoup joué dans mon refus de persister avec la plupart d'entre eux mais l'absence de similarité. Un cabinet trop bien rangé, un rendez-vous où j'étais assis face au bureau derrière lequel trônait le psy,  un jargon incompréhensible tout comme une attitude trop réservée, me semblaient à l'époque incompatibles avec ce que je savais de moi.

C'est ainsi que lorsque je rencontrais le Dr C. psychiatre et psychanalyste, je sus qu'il était le bon. D'abord son cabinet ressemblait à mon bureau sauf que chez moi, il aurait fallu une fourche pour ranger tandis que chez lui, c'était au tractopelle qu'on aurait du recourir. Je n'aime pas les gens trop ordonnés, c'est un fait. De plus sur le divan, sur lequel jamais je ne me suis allongé, un Figaro trainait là oublié de la veille. J'étais chez un gars de droite classique. J'étais chez moi.

Ce brave psychiatre qui parait-il était fort connu du milieu restreint des analystes jungiens fut bien étonné lorsque je lui avouais que ce n'était pas pour la qualité de ses publications, que je n'avais jamais lues, que je l'avais choisi mais simplement parce qu'on m'avait donné l'adresse par hasard et que j'avais trouvé son cabinet accueillant tout en me sentant conforté par le fait que je n'aurais pas à faire à un con de gauchiste.

L’attraction interpersonnelle est un processus graduel étudié en psychologie sociale expliquant les affinités avec autrui. Elle constitue une étape importante dans l’établissement d’une relation interpersonnelle, et peut aboutir à des relations amicales ou amoureuses. L’évolution de ce processus est influencée par plusieurs facteurs, comme la proximité, l’apparence physique, la similarité ainsi que la complémentarité.


La similitude est un autre facteur intervenant dans l’attraction interpersonnelle. La proximité renforce la familiarité, qui, à son tour, permet à deux individus de découvrir leurs similitudes. Celles-ci viennent alors consolider les relations. Les psychologues sociaux ont tenté de comprendre pourquoi la similitude engendrait l’attraction. Avant tout, les similitudes entre individus permettraient d’entretenir des relations équilibrées avec autrui. Ainsi, une relation sera plus harmonieuse si les individus partagent les mêmes intérêts. De plus, le comportementalisme explique que si nous aimons les gens qui nous ressemblent c’est tout simplement parce qu’ils nous renforceraient dans ce que nous sommes.

D'autres expériences ont tenté d’évaluer les effets simultanés de l’attraction physique et des similitudes dans les caractéristiques personnelles et leurs résultats suggèrent la très grande importance des traits de personnalités, d’attitudes, physiques et biologiques. Les similarités influencent donc l'attraction personnelle. Peut-être que le transfert c'est aussi simple que cela.
De même la proximité permet aussi de créer des liens et c'est même peut-être la première des causes. On a pu démontrer que les individus choisissent leurs amis et leurs partenaires parmi ceux qui sont à proximité, autrement dit : accessibles physiquement. Ces études montrent au travers de leurs résultats, que c'est la proximité permet aux individus de se croiser et de parler davantage, créant des espaces pour développer des liens amicaux tout en abolissant les différences mineures.

La proximité est donc un autre facteur important à l’établissement d’une attraction interpersonnelle. Cette proximité physique augmente les possibilités d’interaction avec autrui et permet d’anticiper l’interaction via la formation d’a priori. Si ce dernier est positif, les relations avec autrui seront probablement plus harmonieuses.

C'est sans doute la raison pour laquelle, bien que je sois parfois véhément dans mes écrits, je peux recevoir, venus de ce blog, des gens assez différents de ce que je suis. Dans la mesure où chacun puise dans ce que j'écris ce qui lui convient, s'habitue à mes excès, à mes emportements mais aussi à mon humanité (mon côté brave gars), il est possible au fur et à mesure de la lecture de développer avec l'inconnu que je suis pourtant une proximité permettant de développer un sentiment de similarité.

C'est d'ailleurs ce qui me permet, les rares fois où l'on me reproche mes retard répétés, sérieusement ou en plaisantant, d'expliquer aux gens que je suis tel que je me montre sur le blog et qu'il était tout à fait délirant d'imaginer que dans la vie je puisse être un roi du contrôle vivant avec une horloge dans la tête. 

Bref, tout cela pour dire que proximité et similarité sont les mamelles de la relation thérapeutique, laquelle oserais-je dire étant la condition sine qua non d'une thérapie réussie. Et j'ai beau être plutôt habile pour ouvrir les portes fermées, quelles qu'elles soient, serrures perfectionnées nécessitant des doigts de fée ou portes de granges cédant à coups de pied, je dois avouer que trop de différences en termes de valeurs seraient sans doute un handicap.

Bref, de la même manière qu'un proverbe explique que l'on se marie dans sa rue, il est aussi nécessaire de choisir un psy avec qui l'on partage un certain nombre de valeurs.

07 novembre, 2014

Agenda !


Bon, c'est clair et net, je le sais depuis des années, j'en ai pris mon parti, je ne serai jamais le roi de l'organisation et ne développerai jamais de compétences particulières pour les tâches administratives. A mon âge, il est temps de connaitre ses limites : je ne serai jamais certifié ISO 9001. C'est ainsi et puis voilà.

Toute ma vie, j'ai rêvé d'être ordonné et ne l'ai jamais été. Qu'il s'agisse des impôts, des factures diverses, j'ai toujours tout fait à la dernière minute voire carrément en retard. On m'a parfois coupé l'électricité et le téléphone que j'avais oublié de payer. Je recevais le TIP et plutôt que de renvoyer le tout par la poste immédiatement, je me disais que j'avais le temps. Tellement de temps qu'ensuite,, je me retrouvais chez France Télécom ou à l'EDF en train de faire la queue avec les clodos et les indigents pour payer ma facture en souffrance par carte bleue.

Et puis je me suis marié et me suis retrouvé sous tutelle. On me dit de signer là, je le fais et hop, les tracasseries administratives cessent immédiatement. Tant et si bien que lorsque j'entends des patients se plaindre de leur mari ou copain en m'expliquant qu'il est complètement immature et n'assume aucune tâche administrative, j'opine du chef et me montre plein d'empathie. C'est vrai que cela doit parfois être pénible d'avoir un mec comme moi à la maison.

Je me dis que c'est génétique que j'étais fait pour chasser le mammouth et non pour m'occuper de la caverne, ça me rassure de m'identifier aux chasseurs. Dans les faits, non je ne chasse pas, je me contente de faire un peu ce qui me plait, de m'adonner à mes lubies et de collectionner uns avoir stupide sur des choses sans intérêt pour la plupart des gens. Quoique la dernière fois, j'ai été content de pouvoir parler d'akènes et de samares avec Chaton. C'est rare de pouvoir parler de ça.

Récemment encore je m'intéressais à l'harmiscara, une peine infamante que l'on rajoutait à celle prononcée envers quelqu'un qui avait trahi sa parole ou ses vœux. J'étais tombé la dessus en regardant la peine que l'on avait infligée à Cinq-Mars après que l'on eu découvert sa conspiration à l'encontre de Richelieu. Non seulement, on avait tranché la tête de ce type mais en plus on avait rasé son château "à hauteur d'infamie". J'avais trouvé le terme assez chouette et la pratique plutôt classieuse. Non seulement, on massacre le coupable mais en plus on ternit son nom en rasant sa demeure et éventuellement ses forêts. On ne rigolait pas sous l'ancien régime.

Malgré tout cela, j'étais assez fier d'avoir réussi à bien gérer mon agenda. Bon, ça fait un peu crétin de dire ça, un peu comme si j'écrivais que j'étais fier de savoir faire mes lacets tout seul. Mais n'empêche, un agenda c'est une petite tâche administrative et moi qui suis encore plus phobique de ces tâches là que ce brave Thévenoud, je pouvais ressentir une légitime fierté à l'idée de gérer mon petit Quo vadis, tout seul comme un grand.

Et puis jeudi dernier, tout a foutu le camp. Comme j'ai bonne mémoire, le matin je me disais que je devrais appeler M pour savoir si l'on n'avait pas rendez-vous parce qu'il me semblait que j'avais donné ce rendez-vous à Madame P, une nouvelle, un peu rapidement. Et au lieu d'envoyer un SMS de suite à M, je suis passé à autre chose, j'ai oublié et le soir venu, j'avais à la même heure M, qui faisait la gueule, et Madame P qui était un peu surprise. 

Bon comme je suis tchatcheur quand je veux, j'ai fait rentrer Madame P dans le cabinet et j'ai parlé à M tranquillement pour le calmer. Je l'ai collé juste après et j'ai décalé les rendez-vous suivants en prétextant une urgence. Bon quand je les ai vus les autres, je leur ai dit que j'avais pris deux rendez-vous en même temps comme un âne que je suis.

Alors comme j'avais déjà connu cela, je me suis dit que cette fois c'était fini et que j'allais définitivement devenir sérieux. Mais le mercredi suivant, ça recommençait. A l'heure dite, tandis que j'attendais J, j'ouvre la porte et je vois descendre quelqu'un qui s'était trompé d'étage. En voyant la paire d'escarpins descendre les marches pour arriver au palier du deuxième, je me dis que cela ne ressemble pas à J qui est plutôt roots. Et effectivement, c'est C qui se présente en m'assurant qu'on avait bien rendez-vous. Comme C est du genre plutôt hypra-controlante, si elle dit qu'on avait rendez-vous, c'est que c'est vrai même si je l'avais noté au mercredi suivant.

Fort heureusement, J m'a prévenu par SMS qu'elle aurait du retard et je réponds immédiatement de ne pas venir que je me suis planté. Manque de pot, elle sonne à cet instant. Je dévale donc les escaliers pour l'accueillir dans la cour et lui expliquer que je suis un âne bâté et que j'avais déjà un rendez-vous. Je lui propose toutes les options possibles mais peine perdue, elle a un emploi du temps trop important. Tant pis, on prend rendez-vous pour dans quinze jours et elle me pardonne. Je peux donc remonter voir C qui m'attend sagement au cabinet et qui rigole de mes prestations administratives.

Alors depuis je me suis appliqué une routine. Dès que je prends rendez-vous ou qu'on me déplace un rendez-vous, zou je sors le Quo vadis et je note IMMÉDIATEMENT ! C'est ma petite ISO 9001 à moi quoi et ça fonctionne de faire les choses en temps et en heure. Je suis content de moi. Certes je pourrais m'en vouloir à mort et me dire que ce n'est pas sérieux de ne pas réussir à gérer un agenda aussi simple que le mien. Mais bon, de toute manière ma clientèle me connait assez bien et même si je ne suis pas coutumier du genre, les gens se doutent bien qu'avec moi ce sont des choses possibles. On ne me consulte pas pour mes prestations organisationnelles.

Quant à moi, je me dis que je peux toujours progresser. C'est déjà ça. Pour le reste, on n'est pas non plus très nombreux en France à pouvoir parler d'akènes, de samares et d'harmiscara. Alors je me dis que si je suis un peu léger parfois sur l'oganisation, en revanche j'assure un max dans le domaine des connaissances inutiles en tous domaines. De toute manière, le désordre stimule la créativité. C'est un fait avéré et c'est pour ma créativité que l'on me paye. Pour la gestion d'agenda, voyez avec la CEGOS.

On ne peut pas être doué en tout !

"La vie crée l'ordre mais l'ordre ne crée pas la vie"
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre

26 octobre, 2014

Drôle de délire ou les dangers du yoga !


Voici deux semaines, je parlais de délire, de la juste appréciation de celui-ci afin de ne pas confondre toutes les productions de la pensées, fussent-elles incohérentes. Ainsi, quand Manuela Delahaye tweete que Margerie, le PDG de total mort dans un accident d'avion, n'avait qu'à prendre l'autocar comme les pauvres, elle ne délire pas mais fait simplement état d'un manque d'intelligence aggravé par une absence totale d'empathie et d'éducation.

Le délire c'est bien autre chose et je vous ferai grâce de réécrire ce que j'ai publié voici peu. Mon cher patient avait beau se savoir possédé du fait d'hallucinations cénesthésiques, je savais que tel n'était pas le cas. Déjà il avait passé le test de l'eau bénite avec succès et s'il est bien un truc que redoute le démon, c'est l'eau bénite surtout celle de Lourdes vendue en petites bouteilles à l'effigie de la Vierge Marie avec la tête qui sert de bouchon !

Et puis, il n'était pas non plus schizophrène comme l'affirmait la débile de psychiatre qui le suivait au même moment affirmant la preuve que la sélection en médecine a beau être terrible, ce ne sont pas forcément les plus fins qui sortent diplômés. Or la psychiatrie n'étant pas une spécialité médicale, ce n'est pas un job d'ingénieur, et il faut un peu de finesse, déjà pour entrer en contact avec le patient et enfin pour être sur de son diagnostic. La schizophrénie et les neuroleptiques pour tous est peut-être une facilité thérapeutique mais franchement ce n'est pas du boulot !

Bon, à force de l'interroger patiemment, il a fini par me dire qu'il avait tenté d'ouvrir ses chakras. Parce que c'est !un drôle de numéro mon patient, toujours prompt à suivre les sentiers non balisés de la connaissance, surtout si c'est un peu hermétique. Tandis que moi, pauvre capricorne, j'en suis à construire ma chapelle avec des parpaings, lui sombre scorpion invoque les esprits célestes.

Il m'a aussi dit qu'il avait ressenti une auréole couronner sa tête ! Alors ça c'est rigolo, parce que d'aura à auréole, il y a peu de lettres en plus et que moi, une aura, ça me fait penser à de l'épilepsie. Et même que ces hallucinations cénesthésiques, ça me ferait diablement penser à une épilepsie temporale. Sauf que si on évoque des hallucinations de ce type au cours de crises d’épilepsie, celles ci ne durent pas six mois. Bref, ça y ressemblait sans vraiment y ressembler.

Comme je suis le bon gars, je voulais bien prendre en compte les explications paranormales de mon cher patient sans pour autant verser dans la possession. De toute manière, il n'en avait pas les signes tels que décrits par l’Église, telles que voyance, glossolalie ou psychokinésie. Non, l'explication devait se trouver à mi-chemin entre une belle explication de capricorne carré ayant les pieds sur terre et celle fournie par mon cher scorpion de patient toujours un peu perché.

Alors j'ai cherché et j'ai trouvé ces liens, celui-ci et celui-là encore. En pratiquant l'ouverture de ses chakras tout seul comme un grand, sans l’assistance d'un maitre confirmé, mon cher patient semblait avoir réveillé Kundalini. Ca parait complètement fou de l'écrire mais c'est la seule explication qui vaille et qui regroupe tous les symptômes qu'il a. J'ai beau ne pas être versé ni dans la magie et encore moins dans les pratiques orientales, mais je suis sur que c'est cela. D'ailleurs la lecture de ces liens lui a parlé.

Parce que j'ai lu depuis, je me susi documenté, le yoga est multiple et il n'y a pas que celui pratiqué par des mémères dans des gymnases pour conserver leur souplesse ou pour mincir. Il y a d'autres formes bien plus mystiques destinées à se connecter à l'univers et recourant à des pratiques moins connues. Bon, moi je suis tellement terre-à-terre que si je pratiquais cela, en fait de Kundalini, ce grand serptent terrible chargé d'énergie, serait plutôt un ver de terre ou un orvet. Mais chez certains, bien plsu réceptifs, dont l'énergie psychique est redoutable, il semblerait que la possibilité existe de provoquer des modifications cérébrales.

Comment ? Je n'en sais rien même si je suppose que cela doit se passer au niveau du gyrus cingulaire. JE ne suis pas neurologue alors je ne pourrais pas vous en dire beaucoup plus mais bon, sans doute que certaines pratiques agissent d'une manière inconnue sur la structure du cerveau créant parfois des effets dévastateurs, un peu comme si l'on s'auto-droguait tout seul comme un grand à coups de mantras. Remarquez, c'est moins cher que l'héro ou la MDMA mais les effets semblent terribles si j'en crois mon patient se disant habité par une présence depuis six mois. C'est le bad trip assuré pour pas un rond.

Alors comme mon patient n'avait absolument aucune confiance en sa psychiatre qui l'avait diagnostiqué schizophrène paranoïde à tort, il m'a demandé des adresses. Et dans mon réseau, j'avais fort heureusement deux psychiatres assez âgés mais suffisamment expérimentés pour ne pas faire de diagnostics au démonte-pneu et pour avoir connu absolument tout ce que l'esprit humain est capable de proposer comme trucs un peu fous.

Pour bien faire, il a consulté les deux. Les deux ont confirmé avoir déjà connu par le passé de jeunes abrutis autant fait joujou avec ces pratiques orientales et ayant eu les mêmes désagréments que mon patient. Le premier psychiatre a considéré que les neuroleptiques étaient inutiles et a recommandé une hospitalisation pour le sevrer et éventuellement trouver une autre molécule plus efficace. Mon patient est donc rentré à l’hôpital où on l'a juste gardé deux jours avant qu'il ne décide d'en partir parce qu'on voulait lui troquer ses neuroleptiques contre ... d'autres neuroleptiques. Se jugeant toujours aussi incompris par un jeune psychiatre hospitalier qu'il ne jugeait pas très malin selon ses dires, il a signé une décharge et zou, dehors !

Il a donc préféré poursuivre avec le second psychiatre qui lui, ne préconise rien de spécial si ce n'est de retrouver une vie plus équilibrée et le cas échéant de traiter son anxiété durant quelques temps. Il lui recommandera aussi un spécialiste de ces questions afin d'agir au mieux.

Voilà, une bonne chose de réglée. C'est vraiment étonnant tout ça. C'est vraiment le dernier truc auquel j'aurais pensé. Mais que voulez-vous à l'instar de Sherlock Holmes (qui aurait mérité d'être capricorne), une fois qu'on a éliminé l'impossible, ce qui reste aussi improbable que ce soit doit être la vérité. C'est sans doute par là que pèchent bon nombre de praticiens qui veulent à tout prix faire cadrer un diagnostic avec leur représenation du monde.

Parce que si à moi, quelqu'un venait me parler de chakras et de kundalini ou de que sais-je encore, j'aurais du mal à la croire, tant je suis un pauvre mec ancré dans le sol. Mais que voulez-vous, ma pratique clinique m'a mise en contact avec tellement de gens différents de moi et pourtant crédibles que je reste persuadé que si j'ai une représentation du monde qui m'est propre, d'autres ont la leur tout aussi valable.

Bref, tout ceci pour vous dire que la prochaine fois que vous voudrez ouvrir vos chakras, faites gaffe, il y a des expériences parfois curieuses en ce bas monde !
.... un fait hors de l'ordinaire est plutôt un indice qu'un embarras.

Arthur Conan Doyle, Une étude en rouge

PMA, GPA é tutti quanti !


Tiens un sujet qui fâche ou du moins, suffisamment polémique pour faire se lever les boucliers de tous les bienpensants du monde ! Bien sur il s'agit de la PMA et de la GPA. Si la première existe depuis longtemps, la seconde pose d'autres problèmes.

Parce que s'agissant de PMA, on a beau se référer sans cesse à la médecine, souvenons-nous que la PMA la moins chère de toutes consiste simplement à tirer un coup quand on est en période de fertilité, ni vue ni connue, et le tour est joué. Même pas besoin de prévenir le géniteur et si vraiment on se sent malhonnête on l'avertit totu de même. Et puis si quelques années après on a des remords, un bon procès en reconnaissance de paternité et le tour est joué. Elle dispose de dix-huit ans pour le faire et ensuite le délai est prorogé de dix ans pour le moufflet.

Et si vraiment, on est allergique aux mecs, une seringue suffit et le tour est joué dans l’intimité de sa salle de bains. C'est très artisanal bien sur mais cela a le mérite de ne pas subir de stimulation ovarienne et de faire ça en douce loin de la médecine et de la loi. Des femmes qui ont fait un "bébé toute seule", comme le chantait Goldman dès 1987, comme quoi on peut n'être que chanteur et n'en être pas moins visionnaire, il y en atout de même. Je ne peux pas dire que je connaisse des centaines de femmes qui aient agi ainsi mais quelques unes tout de même.

Bon pour d'autres, la PMA tant vantée c'est un peu le parcours du combattant pourvu que l'on s'inscrive dans le cadre de la loi. Ce sera dans un cadre strict. Et le parcours médical n'est pas une partie de plaisir, loin s'en faut. De la stimulation à l'implantation, on comprend vite que la maternité dans certains cas c'est compliqué.

Lorsqu'elles viennent me consulter à l'aube de la quarantaine ou la quarantaine légèrement engagée, sans que le moindre partenaire valable ne pointe le bout de son nez, elles y pensent toutes à ce bébé qu'elles pourraient faire seules. Quant à moi, je n'ai pas à décider même si je comprends leur choix. Chacune d'elle comprend le risque éventuel qu'il y aurait à faire un enfant sans père ou du moins estiment-elles que ce risque existe.

Dès lors, comment aborder ce risque, sachant que rien, ne peut assurer qu'un enfant élevé sans père sera forcément un adulte malheureux. On peut ergoter sur le manque, sur la singularité d'un tel enfant qui sera élevé au milieu d'enfants qui ont eux un père, mais bien malin celui qui saurait affirmer que ce sera forcement l'origine d'une grande souffrance.

Sans doute que pour les plus sensibles, ce manque sera présent, alors qu'il n'existera pas ou peu pour d'autres. Même s'ils ont en commun leurs gènes, les être humains sont bien divers. Un enfant sans père est-il le résultat d'un caprice irresponsable de quadragénaires actives, les fameuses working girls, ou simplement l’expression d'un besoin fondamental et légitime que porteraient en elles les femmes ? Bien malin qui saurait y répondre. En tout cas, ce ne sera pas moi, surtout depuis que Madame Badinter a insisté sur le fait que l'instinct maternel n'existait pas dans son livre L'amour en plus.

Être une femme serait une construction sociale. De toute manière, la construction sociale c'est un peu le truc à la mode. On serait tous pareils, identiques en tous points et puis la société, la vilaine société patriarcale et phallocrate ferait de nous ce que nous sommes. Peut-être que dans une autre société, je ne serais pas allé perdre mon temps sur des forums de bagnoles anciennes mais que j'aurais fait de la couture.

Moi, je ne me prononce jamais sur de tels cas. D'une part parce que même si c'est sans doute pénible, on peut grandir sans père, pourvu qu'il y ait dans le coin une figure paternelle existante. On me dira que c'est facile de dire cela, que moi j'ai eu un père, etc. C'est tout à fait vrai mais d'un autre côté ma profession n'implique pas le fait de dire la loi. Enfin, et justement, je n'ai pas à choisir pour elles, je ne suis pas directeur de conscience. Je peux avoir ma propre opinion sur le sujet sans pour autant l'imposer à ma clientèle. Et puis avec ma mentalité de boutiquier, je me dis qu'après avoir eu la mère comme patiente, j'aurais peut être le gamin dans dix huit ans si ça passe mal ! Faut penser à l'avenir.

Ceci dit sans doute que la PMA me choque moins que la GPA, dussè-je être encore choqué par ces "pratiques" dont les plus progressistes affirment qu'elles sont l'avenir ! Tandis que la PMA n'implique pas la rupture mère-enfant dans la mesure où la femme inséminée aura une gestation normale, il n'en va pas de même pour la GPA.

Et l'adoption me direz-vous ? Dans la mesure où bien évidemment l'enfant adopté n'a évidemment pas été porté par la mère, on pourrait la comparer à la GPA. Elle est à mon sens d'une autre nature. L'adoption est le fruit d'un parcours qui justement fait admettre à la femme que l'enfant qu'elle recueillera sera autant aimé que si c'était le sien qu'elle aurait porté. En ce sens, peut-être que le parcours psychologique menant une femme stérile à admettre l'adoption est-il en quelque chose, semblable à une gestation, fut-elle plus psychologique que physiologique naturellement. Je ne sais pas si de telles études existent. Dans tous les cas, je ne suis pas sur que la mère ayant du abandonner son enfant soit pour autant ravie, quel que soit le destin que cet enfant ait avec ses parents adoptifs.

En l'état, il me semble dangereux d'admettre qu'une GPA puisse simplement consister en un contrat de louage de ventre comme on dirait en droit. Et je trouve assez abominable que Pierre Bergé puisse en toute quiétude affirmer qu'il en va de même du louage de ventre que du louage de sa force physique dans le cadre d'un contrat de travail, comme si il semblait évident que le docker loue ses bras tandis que sa femme louerait ses entrailles. C'est assez curieux d'envisager ainsi la vie du prolo quand on se dit socialiste ! Le type loueait ses bicpes tandis que sa femme en serait réduite à louer son utérus et roule ma poule. Décidément les socialos ont bien changé.


De plus c'est nier que la grossesse soit autre chose qu'un bouleversement physiologique, un peu comme si l'enfant à naitre, cet embryon avait le statut d'un gros fibrome qu'un chirurgien expert vous ôtera d'un coup de bistouri au bout de neuf mois. C'est évidemment nier l'aspect hormonal qui bouleverse les femmes mais aussi ce lien, difficile à définir qui fait qu'une femme enceinte ressentira toujours quelque chose qui nous restera à jamais étranger, à nous les hommes. Mais évidemment en tout cela, je ne suis pas expert. et je ne doute pas qu'une armée de femmes bienpensantes pourrait me persuader du contraire. Moi, je ne reçois que des individus et je ne fonctionne qu'au cas par cas.

En revanche, que dire de la marchandisation de l'enfant ? Certes on peut avancer tous les arguments libéraux pour admettre la GPA, il n'en reste pas moins que si la GPA était autorisée, elle resterait un fait anecdotique. Je n'imagine pas, du moins en France, la pratique se développer. Sans doute qu'au sein d'une famille, la GPA pourra être vue comme une entraide ultime, un peu comme quelqu'un qui ferait un don de moelle osseuse à un proche. Et ce n'est pas sans risques psychologiques par la suite mais au moins s'agit-il du "linge sale" que toute famille est en droit d’avoir sans que l'état ne mette son vilain nez dedans (hormis les violences sur mineurs bien sur).

Je pense que la GPA moyennant espèces sonnantes et trébuchantes resterait minime. On lutte déjà contre la prostitution, qui est souvent vue comme le fait de vendre son corps, ce qui reste abominable dans notre société, et je ne vois pas comment on pourrait soutenir le fait de louer, parce que l'on n'a pas d'argent son ventre à des "nantis". Il faut être un californien sans foi, ni loi autre que le désir de posséder, pour se lancer dans le recrutement d'une future parturiente à louer. Fort heureusement, tous les êtres humains sur terre n'appartiennent pas à la caste des Real housewives de la téléréalité qui justement ne vivent pas vraiment dans la réalité mais dans un monde un peu fictif dans lequel, tandis Manuel taille les haies, James s'occupe de la piscine (et parfois de madame), Bob les aide à sculpter leur corps, Carmen fait le ménage, une autre femme portera l'enfant qu'elles voudront à cinquante ans pour faire plaisir à leur troisième mari.

Je ne vois même pas comment on pourrait organiser juridiquement un tel contrat et je souhaite bonne chance au couple qui voudrait, contrat notarié en main, arracher le bébé à la femme qui l'a porté durant neuf mois et décide de le garder. A moins qu'il n'existe un rapport odieux, dans lequel la femme louant son ventre ne serait qu'une pauvre fille paumée et totalement soumise au désir des "riches", j'ai du mal à imaginer qu'un tel contrat puisse être moralement défendu. De toute manière le droit français ne le permet pas. Et j'ai bien conscience en écrivant cela de passer pour un salaud de gauche vilipendant les désirs des riches.

Bien sur à ce stade de la discussion, j’imagine qu'on pourrait me dire que les gens sont libres et que je n'ai pas à traiter de "pauvre fille", celle qui ferait commerce de son utérus, pas plus que je ne suis en droit de juger une prostituée. C'est tout à fait vrai. Le seul problème, c'est que les fois où j'ai reçu des femmes qui faisaient commerce de leurs charmes dans mon cabinet, alors même qu'elles se voulaient affranchies et sures d'elles, leur belle indifférence fondait comme neige au soleil au fur et à mesure qu'elles me parlaient de leur vie. Laquelle vie expliquait bien souvent ce choix discutable de se prostituer.

Et pourtant je me suis toujours gardé d'apporter le moindre commentaire négatif, quoique je puisse penser de cette activité. Le plus fou finalement, c'est que dans notre société d'abondance où les services sociaux pallient au pires situations, certaines de ces jeunes femmes se soient prostituées essentiellement pour assouvir leur désir de consommation. Parfois une paire de Louboutin coute plus cher que le prix demandé en boutique ! Mais posséder ces escarpins est aussi une manière détournée de s'octroyer de la valeur, quand on manque d’estime de soi, fut elle un peu factice.

Certes certains de mes camarades libéraux, souvent jeunes je suppose, imaginent que l'on pourrait louer son ventre aussi bien qu'on vendrait un rein et ses cornées, mais ce ne sont que des suppositions. A moins d'avoir une morale proche de zéro et des traits psychologiques faisant de soi un sociopathe, j'ai du mal à imaginer que l'on puisse ensuite se vanter d'avoir acheter un rein à un "pauvre" comme si on avait juste acheté une baguette de pain.

Certes parfois nécessité fait loi mais je préfère vivre dans un pays où l'on organiserait par exemple mieux le don d'organe que dans un autre où l'on pourrait se procurer des pièces détachées auprès du quart monde. Je dois être un incurable moralisateur, une sorte de vieux con. Admettre que les gens peuvent bien faire ce qu'ils veulent pourvu que leur consentement soit libre et éclairé n'empêche pas de garder le sens de la mesure. C'est en cela qu'on distingue l'adulte de l'adolescent.

Par exemple, je  ne suis pas contre la drogue. L'usage de certains produits, comme celui de l'alcool, peut être récréatif. Pour autant, je ne me vois pas conseiller à qui que ce soit de prendre de l’héroïne ou bien certains autres produits à la toxicité redoutable. Je n'ai pourtant pas envie d'interdire mais de conseiller car c'est un devoir qui échoit à toute personne adulte responsable. Après tout, la nature en un simple jardin, recèle bien des pièges mortels en termes de produits toxiques. Et pourtant aucune loi ne réglemente la plantation d'un if ou d'une digitale par exemple.

C'est un peu pour tout cela que je me suis tenu loin de l'agitation faite autour de ces problèmes de PMA et de GPA. Non que je m'en fiche comme mes pauvres réflexions vous le prouvent, mais simplement que quelle que soit la solution adoptée, parfois les mesures prises sous l'emprise d'un modernisme ou d'un progressisme forcené, portent en elles-mêmes leur propre arrêt de mort.

Ainsi en est-il de la drogue. Tous ces chanteurs qui en faisait grand usage durant les années soixante-dix ont compris que soit on mourrait d'une overdose, soit on arrêtait. Et je gage que chacun d'eux, maintenant riches à millions, ont leur coach sportif et leur diététicien personnel. Il faut bien que jeunesse se passe.

Il n'y a que la bêtise qui ait du mal à passer, surtout quand elle se revêt des oripeaux d'une pensée soit-disant originale. Bref, il y a des débats qui sont simplement dans l’air du temps et cela ne sert à rien de s'agiter. On peut bien tout autoriser, le réel est là qui veille et les gens, dans leur multitude, sont bien plus raisonnables qu'on ne l'imagine. De toute manière, il suffit qu'elles existent, pour que les chose se fassent !

Finalement ce débat, et l'importance qu'il a pris, a sans doute une signification bien plus politique que psychologique. Cela annonce que la gauche, de plus en plus inapte à se saisir des problèmes de sa clientèle électorale de base, a su se concentrer sur des sujets sociétaux novateurs pour tenter d'exister et finalement y parvenir. Tandis que la droite, vidée de toute substance idéologique, est condamnée à la suivre à chaque fois sans jamais rien proposer d'innovant.

Quant aux libéraux que j'apprécie parfois, il suffit souvent aux plus simples d'entre eux, qu'une chose soit interdite pour qu'ils aient envie de l'autoriser. Il faut bien que jeunesse se passe !

12 octobre, 2014

Délire !


En psychologie, on nomme délire, une perturbation globale, parfois aiguë et réversible, parfois chronique, du fonctionnement de la pensée amenant une personne à élaborer un système de croyances erronées. En tant que pathologie, le délire se distingue d'une croyance basée sur une information fausse ou incomplète produisant une simple erreur de raisonnement.

C'est Karl Jaspers, psychiatre et philosophe qui fut le premier à définir trois principaux critères de délires de son ouvrage de 1913 intitulé General Psychopathology. Ces critères sont :
  • le fait d'être sûr de cette croyance tenue avec une conviction absolue ;
  • le fait que la croyance ne puisse pas être changée par des contre arguments convaincants ou par la preuve du contraire ;
  • la fausseté ou l'impossibilité de la croyance.
On voit donc que bien que les efforts de Jaspers soient louables, le diagnostic de délire est délicat car chacun de ces critères sont plus qu'ambigus. A l'époque actuelle, soyons certains que Jeanne d'Arc tout comme le Christ auraient chacun fini, obèses, dans une cellule capitonnée bourrés de zyprexa jusqu'à ce que l'un et l'autre renient leurs croyances pour sortir. Encore que le Christ, même interné eut plsu de chance que Jeanne d'Arc puisqu'il lui aurait suffit de mourir et de ressusciter.

La notion de délire est d'ailleurs l'arme favorite des régimes totalitaires pour psychiatriser le dissident et le rendre "fou" aux yeux des autres. Si les agissement de la défunte URSS nous sont bien connus, gageons que ceux de notre société actuelle, bien qu'elle nous paraisse plus policée et vraiment démocratique, seront étudiés dans quelques dizaines d'années. Le délirant c'est le fou que l'autre désigne comme tel pour l'exclure de la communauté et le priver de ses droits. C'est donc avant même que cela ne concerne le champ de la psychiatrie, une affaire de société.

Le discours délirant peut être analysé selon cinq axes : mécanisme, thème, degré d'adhésion, degré de systématisation, extension. Il peut débuter par des hallucinations ou des interprétations. Le problème vient ensuite de la durée ou non de ce délire. Ainsi on s'alarmera si le délire se produit sur plusieurs mois. Nul besoin de le faire si le délire est produit par une intoxication et ne dure que quelques heures ou jours.

De même, on doit analyser s'il y a systématisation ou non de ce délire. Le délire est dit systématisé si la croyance parait cohérente alors même que celle-ci ne s'établirait que parmi peu de personnes. Ainsi lors de délire paranoïaque (délire qui est systématisé), le patient explique être persécuté, il donne des raisons possibles de cette persécution, et parfois même l'interlocuteur adhère au discours. On nommait avant la paranoïa "folie raisonnante". En revanche, on parlera de délire non systématisé si la croyance apparait aux oreilles du clinicien ou de l'entourage comme totalement incohérente.

On peut aussi déterminer des délires schizophréniques, qui apparaissent totalement fous des délires non schizophréniques qui semblent bien plus structurés. Ainsi, je me souviens que mon professeur de piano qui commençait doucement à entrer dans la psychose m'avait raconté un jour que nous prenions un café place de la Sorbonne que nous étions entourés d'ennemis, lesquels se distinguaient par leurs canines taillées en pointe. Il ne fallait pas être un clinicien hors pair pour diagnostiquer là un vrai délire nécessitant une prise en charge rapide, ce qui fut fait.

En revanche, voici peu un jeune malien bien éduqué me demandait un rendez-vous au cours duquel, il m'expliqua tous les symptômes qu'il endurait et notamment des cauchemars terribles au cours desquels les morts voulaient l'entrainer dans leurs tombes ou des lions le dévorer. Et quelle qu'ait été la manière très imagée dont il me raconta cela, il ne s'agissait pas d'un délire mais plutôt de l'expression culturelle des symptômes d'une extrême angoisse telle qu'on en voit au cours des dépressions anxieuses. On voit donc que la nature du délire est aussi lié à un fait culturel et que ce qui serait analysé chez nous comme une psychose ne le serait pas en Afrique par exemple. Une bonne cure d'effexor prescrite par un médecin connaissant fort bien l'Afrique a suffit à calmer ce jeune homme là où un psychiatre moins au fait des différences culturelles aurait peut-être prescrit des neuroleptiques.

Bref l'analyse d'un délire est parfois terriblement ardue. On aura beau faire des tas de distinctions nosographiques pour tenter de mettre les gens dans la petite boite qui leur convient, il n'en reste pas moins que face à l’expression d'un délire il faut être circonspect avant de se jeter tête baissée dans la bonne grosse explication psychiatrique avec cure de neuroleptiques à la clé. Allez donc différencier une dépression psychotique d'un trouble schizo-affectif, si tant est que l'une et l'autre soit bien des entités distinctes. Dans les deux cas, c'est comme si l'esprit renonçait au présent pour apaiser la souffrance et ce n'est pas pour autant de la psychose.

Et pour compliquer le tout, il y a évidemment les cas où les causes du délire seront trouvées par la suite et n'auront aucune origine psychologique mais au contraire une bonne vieille explication physiologique comme une tumeur cérébrale, la maladie de Parkinson, l'épilepsie, l'intoxication à certaines drogues, problèmes métaboliques ou endocriniens, etc. A la grande foire aux délires, chaque spécialité à son stand, qu'il s'agisse de la neurologie, de la psychiatrie bien sur mais aussi la cardiologie et tant d'autres encore.

En matière de délires, qu'ils soient systématisés ou non, on sent toujours quelque chose de bizarre chez la personne qui pète un plomb. Chez les schizophrènes, on appelle cela le syndrome de discordance, qui fait que la personne semble totalement désorganisé comme ces types qui cessent de prendre leur traitement et que l'on voit brailler dans les rues à tue-tête. Dans le cadre d'un déliré systématisé aussi, on sent que quelque chose ne va pas tant le paranoïaque nous semble rigide.

Finalement la pire expression d'un délire, c'est quand le patient vous raconte ce qu'il ressent en restant distancié malgré sa souffrance. Qu'il vous explique ce qu'il perçoit, la manière dont il analyse les choses tout en sachant bien que ce qu'il décrit semble proprement délirant. Qu'il est capable de vous expliquer que le vent lui parle tout en restant capable de déconner avec vous. Là, c'est le pire parce que je ne sais pas à qui j'ai à faire. Est-ce un type qui délire pour une bonne raison (tumeur cérébrale ou autre, qu'en sais-je ?) ou bien un futur saint que je suis en train de recevoir et dont l'effigie ornera les vitraux d'une basilique dans cent ans ? Ce pourrait être une simple schizophrénie paranoïde, tous les symptômes sont présents sauf l'adhésion massive au délire et la bizarrerie.

Avant d'envisager le surnaturel, on envisage toujours le naturel ! Alors je lui ai dit de passer un IRM, ce qui a déjà été fait. Je lui ai dit d'en repasser un et je l'ai confié à un psychiatre âgé qui normalement ne reçoit plus de nouveaux patients depuis dix ans. Mais vu le cas, il s'est montré intéressé. Cet octogénaire a le don d'être un très bon médecin tout en étant parfois allumé ce qui lui permet de sortir des chemins balisés. Ce sera peut-être une cause organique toute bête qu'aucun des ânes qui ont examiné mon patient n'a vu. Ce sera peut-être autre chose !

C'est peut-être par exemple l’expression d'un intense complexe de culpabilité qui, ne parvenant pas à s'exprimer, choisit une forme religieuse basée sur l'expiation pour se manifester. C'est fort possible que tout ceci ne soit finalement que psychologique mais de toute manière, j'ai besoin d'un diagnostic différentiel et le cas échéant d'un traitement afin de pouvoir agir.

Jusqu'à présent la seule chose qu'on ait faite pour ce patient, c'est de le blinder de neuroleptiques qui le défoncent sans pour autant atténuer ses perceptions curieuses d'être possédé. Bref, je cherche, je mobilise des gens que j’espère un peu plus malins que la moyenne pour traiter le cas. 

Dépressif avec un syndrome confusionnel, voire schizophrène paranoïde ou bien saint, l'avenir le dira ! Mais quand tout cela sera fini, je pourrais lui dire qu'il m'a bien fait chier tout de même. Parce qu'en général, moi j'aime bien trouver le truc en moins de quinze minutes.

07 octobre, 2014

Intermède !

Il devient difficile de trouver de bonnes photos de marcassins. Celui-ci est photographié avec sa mère. Ce qui relance bien sur le débat sur la GPA et la PMA d'une manière distanciée et élégante.

Un jour, j'irai dans la forêt de Rambouillet photographier des marcassins.

06 octobre, 2014

Manif et mariage pour tous !

Suis pas fan de Mesrine mais bon je cherchais un bras d'honneur pour souligner ma position sur le sujet et il est capricorne comme moi !

On m'a encore reparlé de la Manif pour tous !

C'est marrant, mes patients de gauche qui me trouvent cools pensent que je suis de gauche et ceux de droite, me trouvant tout aussi cool, me pensent de droite. Tant et si bien que si les uns m'imaginent vitupérer contre la Manif pour tous, ramassis de réactionnaires, les autres me verraient bien rejoindre le cortège des opposants à ce mariage pour tous, et rejoindre ainsi les forces de progrès.

Ce n'est pas si simple que cela car si je me suis souvent plaint de la position de Mars en Balance dans mon ciel astral, qui fait un peu gay alors qu'on attendrait le dieu de la guerre dans un signe un peu plus couillu, j'en ai toujours retiré une capacité à peser le pour et le contre. Et ma foi, si sociologiquement, et en tant qu'ancien de l'Institution Sainte-Marie, je pourrais me sentir proche des gens de La Manif pour tous, il y a cependant un petit je ne sais quoi qui fait que je n'ai participé à aucun de leur rendez-vous.

Sans doute que défiler sagement ne faisait pas partie de mes projets. Non que je sois de nature violente mais simplement que j'estime que pour affronter un état obèse et tout puissant il faille faire valoir une capacité de nuisance qui lui fasse peur. Et s'il y a bien une chose qui ne fasse pas peur à l'état quel qu'il soit, c'est une bande de mecs en Loden qui marchent sagement où on leur dit en tenant par le bras leurs épouses en robes Liberty. accompagnés de leurs enfants sapés chez Bonpoint. L'union de Burberry et Laura Ashley ne me semble pas une bonne option politique, bien que je n'aie rien contre ces deux marques.

Enfin ayant eu souvent des patients homos, je ne me vois pas leur interdire un cadre juridique pour leur union. Soit on leur jette des pierres, on psychiatrise l'homosexualité et on les condamne au bûcher, soit on admet les situations et on se débrouille pour régulariser un état de fait qui existe depuis que le monde est monde sans pour autant tout foutre cul par dessus tête.

Je n'étais donc ni pour ni contre, ne me sentant pas au départ vraiment concerné. La seule chose qui m'ait choqué, c'est qu'on utilise le mot "mariage". On pouvait tout aussi bien créer un cadre légal donnant les mêmes droits et l'appeler union civile que cela n'aurait rien changé. Car même si le mariage est un contrat, destiné à administrer le patrimoine des époux et l'éducation des enfants, il revêtait pour beaucoup un caractère sacré et une tradition multiséculaire à laquelle il était malvenu de s'attaquer de manière aussi maladroite et stupide. Seuls les ultras des deux bords auraient été fâchés par une simple union civile remplissant les mêmes offices.

Les religieux les plus ultras auraient hurlé au signe eschatologique prouvant l'emprise du démon sur la France tandis que les militants homosexuels les plus radicaux auraient dénoncé l'emprise des milieux réactionnaires sur une république en danger. En revanche, les gens de bonne volonté aurait accepté ce nouveau contrat.

Je pense qu'utiliser le terme mariage, c'était bien sur fait exprès, pour provoquer le bourgeois, pour écraser les traditions à grands coups de godillots socialistes. Ce n'était donc pas innocent mais bien voulu de manière à créer un ennemi comme l'explique cet excellent article de Contrepoints (avec un "s" à la fin). Comme le soulignait l'auteur de l'article, ce brave Philippe Muray dans L'empire du bien expliquait : « Le Bien a toujours eu besoin du Mal, mais aujourd’hui plus que jamais. Le faux Bien a besoin d’épouvantails ; moins pour les liquider, d’ailleurs, que pour anéantir, à travers eux ou au-delà d’eux, ce qu’il pourrait rester encore, de par le monde, d’irrégularités inquiétantes, d’exceptions, de bizarreries insupportables, enfin les vrais dangers qui le menacent, quoique l’on n’en parle jamais ».

Finalement d'un côté comme de l'autre, l’enjeu est psychologique et c'est à celui qui désignera l'autre comme étant le mal absolu pour le déshumaniser. Dès lors, c'est une compétition qui a lieu dans laquelle, le discours désigne l'ennemi comme étant celui du genre humain tout entier. Les progressistes considèrent que les conservateurs sont contre l'amour tandis que ces derniers assurent que les premiers sacrifient les enfants sur l'autel de leurs idées. Il ne s'agit pas d'avoir un débat structuré et distancié sur un sujet de société mais de faire du marketing politique basé sur l'émotionnel de manière à gagner des points en s'auto-désignant comme étant celui qui a triomphé des ténèbres.

Dans la mesure où le gouvernement a abandonné la plupart des leviers de décisions à d'autres instances internationales, il ne reste plus grand chose pour donner l'illusion de gouverner au bon peuple qui l'a élu. Alors quand on est à droite, on trifouille un peu dans l'économie et l'identité nationale tandis que lorsque la barre est à gauche, on bricole du coté des impôts et des machins sociétaux. Cela les occupe, en faisant croire au bon peuple qu'il reste encore une droite et une gauche avec des projets. Faut vraiment être naïf ou carrément idiot pour se soucier des élections.

Bref à quoi bon se préoccuper d'un non-problème qui ne désigne que l'état socialiste pour ce qu'il est, une entité morte tentant d'assurer sa survie en n'ayant plus rien d'autre à proposer que ce qui pourra opposer les gens les uns aux autres, les amener sans cesse à la confrontation la plus violente qui soit. C'est aussi con que de décider de se déclarer une guerre parce qu'un archiduc de mes deux s'est fait assassiner loin dans les Balkans. Le mariage pour tous tel qu'il a été mis en place, ce n'est qu'un électrochoc destiné à ranimer le cadavre de la société, un jouet destiné à amuser. 

Je ne sais même plus où je voulais en venir, tellement je me tape de ce qui est devenu, par la faute d'un gouvernement idiot, un problème. Si à l'origine, il était simple de régler la situation, de manière apaisée et intelligente, tout a été fait pour envenimer les choses, pour faire se battre les gens entre eux, pour faire en sorte que le combat s'éternise en mentant aux uns et aux autres. Battez-vous sans moi.

Bref, je m'en tape, mais ça je viens de le dire. Je conspue cet état manipulateur merdique. Voilà !

29 septembre, 2014

Interlude !

Dors petit marcassin !

Mes poteaux de Contrepoint !


Il y a le site libéral en ligne Contrepoint qui parfois me taxe des articles pour les publier. C'est évidemment un grand honneur pour moi. Ils prennent ce qu'ils veulent pourvu qu'ils me citent. Et voici que dernièrement une de leurs lectrice, tout en m'ayant jugé terriblement vulgaire, a émis le souhait de me contacter pour éventuellement  prendre un rendez-vous. Comme quoi, on peut écrire merde et enculé sur un blog et séduire la grande bourgeoise intello qui saura distinguer la finesse derrière les immondices.

Cette dernière me demandait en commentaire mon adresse mail et bien sur je ne pouvais pas la mettre en réponse. Ça aurait fait pégreleu ou pauvre cave qui profite d'un court moment de gloire pour faire de la retape. Et ça ce n'est pas du tout mon genre. On a son honneur tout de même !

Je suis dual que voulez-vous. Y'a d'un côté le loquedu qui se traine en Citroën Visa club, et de l'autre côté le mec qui se la raconte en Jaguar. Et si le mec en Visa aime à jouer les humbles, cette humilité n'est que feinte parce que juste derrière, le mec qui pose son cul sur le Connolly de la Jaguar aime bien rappeler qu'il a quelques valeurs ! Non mais !

Bref tout cela pour dire que mon mail c'est :

pa6712@yahoo.fr


Faut pas se jeter sur les patients comme un crevard !

Le Touffier, Le Gringeot et un de leur pote en Corée en 1951 !

Suite à mon dernier article, Le Touffier qui n'est pas la moitié d'un con puisqu'il est médecin, voui carrément et même chirurgien de temps en temps, ce qui le place à la droite du Mère voire sur ses genoux, m'adresse le commentaire suivant :

J'ai souvenir d'une dépression apparue au décours d'une prise en charge d'un cancer du sein, une athymie sévère, une sorte de distanciation catatonique.
Les trois psychologues se sont succédés pour remplir leur mission sur cette dépression réactionnelle sévère, sans beaucoup de succès. Mais comme il n'en avait jamais, de succès, cela ne constituait pas une information pertinente.
Personne ne pouvait soupçonner la présence du malin ou une schizophrénie, la dame n'était plus toute jeune et originaire du Berry.
Le psychiatre et le prêtre remplirent leurs fonctions sans plus de succès.
C'est une infirmière qui constata cette fâcheuse tendance à danser la gigue dés que la dame se levait, ce qui est très inhabituel chez les berrichonnes.

En ces temps reculés où unE IRM n'était pas disponible, nous nous contentâmes d'un bon vieux scanner pour repérer les métastases cérébrales.

Un simple examen clinique complet aurait permis de faire le diagnostic plus tôt, ce qui n'aurait pas changé le pronostic, mais aurait éviter aux trois psychologues de se livrer à leur activité favorite : se croire utiles.

Mais qui sait encore faire et prendre le temps d'un examen neurologique complet ? Quel neurologue connait encore le réflexe polico-mentonnier, pourtant si distrayant dans les cas de lésions supra-médullaires, puisque qu'en percutant la paume de la main on obtient la contraction des muscles de la houppe du menton. Ce n'est pas spectaculaire, mais c'est distrayant.

Si l'IRM confirme l'envoutement, on pourra passer Rehumanize Yoursel de l'album Ghost in the machine du groupe Police pendant l'examen. Les radiologues ont bien droit eux aussi à quelques distractions.

Tout d'abord vous noterez que Le Touffier, tout chirurgien qu'il soit, n'en oublie pas d'avoir la rock'n'roll attitude prônée par Johnny Halliday puisqu'il cite carrément le deuxième titre de la face B du quatrième album du groupe The Police.  Ce mec vous fend en deux d'un coup de scalpel affuté tout en chantant ; ce n'est pas rien ! Et en plus il a une énorme moto.

Ça vous change des chirs à grosses têtes chauves et culs de bouteille sur le nez, qui roulent en BMW boite auto et dont on sait qu'ils se repaissent uniquement de trucs gnangnans joués par un putain de quatuor à cordes ou d'une obscure sonate interprétée par un non-moins obscur pianiste moldo-valaque connu des seuls initiés. Mettez le en tandem avec Le Gringeot et ils formeront une équipe aussi forte que les mecs de Mash. On s'en fout que Le Gringeot ne soit pas chir, quand on voit la dextérité avec laquelle il vous dépouille une Benelli Sei, on se dit qu'il est habile de ses doigts le bougre !

Alors que nous apprend-t-il ce brave Touffier ? Qu'une fois au moins au cours d'un cancer du sein, une patiente a eu des symptômes psychologiques et qu'il a demandé aux psychologues de se pencher sur le cas. Et bien sur ce gros boucher, se fout de la gueule des psys, être fins et délicats, arguant du fait qu'ils n'ont pas eu plus de succès qu'à l'accoutumée. Ceci dit le psychiatre en prend lui aussi plein la tête puisqu'il semble qu'il ne fut pas plus efficace que les psychologues. Ce qui nous amène à penser qu'il existe une putain de ségrégation chez les médecins où out ne haut, le chir qui a eu de bonnes notes à l'internat peut se permettre de prendre de haut le pauvre psy qui fut moins doué et a du se contenter d'une spécialité non médicale tout juste plus cotée que médecin généraliste.

Mais au-delà de l'aspect polémique dans lequel je ne renterai pas, étant entendu qu emoi j'aime tout le monde parce que je suis un bon gars, cette anecdote illustre bien la manière dont nous sommes traités, nous autres pauvres psys. Combin de fois n'ai-je pas eu de ces cas, pourtant envoyés par des médecins qui n'avaient rien à faire dans mon cabinet s'ils avaient été correctement diagnostiqué.

Dans ces cas là, je me borne juste à constater les symptômes, à tenter de voir ce qu'ils expriment d'une manière psycho-dynamique et le cas échéant, si cela ne me dit rie, ne me raconte rien, je me contente de dire que je ne suis pas compétent en adressant ces patients à des médecins qui les prendront mieux en charge que ceux qui s'en sont débarrassés chez moi. Parce que faites l'expérience chez vous, bourrez-vous la gueule et vous verrez que vous vous mettrez à raconter des conneries et que votre état émotionnel sera fortement altéré. Par exemple, moi même pourtant buveur modéré, je me souviens d'une soirée ou j'ai pu parler durant une heure de pneus, oui de pneus, avec un pote à l'époque trader au Crédit agricole alors qu'habituellement, c'est à dire à jeun, ni lui ni moi n'éprouvions la moindre passion pour les pneus fussent-ils taille basse et en dix-huit pouces et très chers. Y'avait aucune symbolique particulière dans le pneu, ni indice permettant de sonder notre putain d'inconscient. On était bourré et on a parlé de pneus, c'est tout.

Dans ce cas, on parlera d'intoxication alcoolique. Alors d'un point de vue psychologique, si vous vous bourrez souvent la gueule, on pourra soupçonner des problèmes chez vous mais en aucun cas la cuite en elle-même et les conneries que vous aurez racontées n'auront valeur diagnostique.Être bourré, c'est juste avoir fait le trop-plein d'une molécule dénommée éthanol (formule CH3CH2OH). 

Celle ci se diffuse alors à travers la paroi de l'estomac, passe dans le sang et ensuite se propage au cerveau. Là, elle perturbe les échanges chimiques entre synapses et les ennuis commencent, on titube et on dit des conneries. Par exemple on peut parler de pneus durant une heure. Bref, c'est une intoxication, c'est chimique et c'est pas psychologique.

Et il y a plein de trucs de ce genre dont les symptômes apparaissent psychologiques alors que c'est purement physiologiques. Ça peut être neurologique, ophtalmologique, viral, etc., mais pas du tout psychologique. Par exemple, la dépression pourtant bien connue peut être la voie inaugurale d'une maladie de Parkinson.

C'est pour cela qu'il faut toujours faire l'anamnèse du cas, c'est à dire tenter de retracer les antécédents durant lesquels sont survenus les symptômes pour voir si c'est psy ou non. Parfois ce n'est pas si simple notamment dans les cas d'angoisse. Car si celle-ci est toujours un phénomène actuel, elle peut être réactivée à partir d'un traumatisme ancien oublié ! La psychologie justement ça concerne l'âme, c'est à dire le vécu de la personne. Si rien dans l'environnement, c'est à dire le vécu de la personne n'explique ce qui se passe, il faut savoir passer la main et demander, que dis-je exiger un diagnostic différentiel à un médecin dont c'est le boulot et principalement à un spécialiste de médecin interne dont c'est précisément le job comme le Dr House dans la série éponyme.

Çà ne sert à rien de se jeter sur un patient comme un crevard en se disant que si on vous l'a envoyé, c'est que c'est psy ! Justement il faut se dire que si on vous l'a envoyé c'est qu'on pense que vous êtes un peu spécialisé dans votre job et que vous aurez un avis pertinent et que vous ne vous jetterez pas sur le cas comme un mort-de-faim qui pense que parce-que-c'est-un-médecin-qui-l'a-dit-alors-il-a forcément-raison. Parfois le médecin, surtout s'il est spécialiste et que le cas sort de sa spécialité, il peut aussi douter ou ne pas savoir et demander un avis. 

Il m'est arrivé plusieurs fois de renvoyer des patients à leurs médecins parce que je ne m'estimais pas compétent en leur expliquant pourquoi et aucun d'eux ne m'en a voulu ni ne s'est senti atteint dans sa toute-puissance. La plupart des médecins ne gardent un patient qu'un quart d'heure, voire moins, tandis que je prends une heure de mon temps pour recevoir la personne. Il est normal que je puisse parfois voir des trucs qui sont passés à l'as dans une autre consultation. C'est d'ailleurs pour cela que les médecins sont riches et jouent au golf tandis que je me traine la bite en Citroën Visa et que j'ai du mal à payer une cotisation à un club de boulistes ! Mais bon, la vocation c'est la vocation.

Alors je ne sais pas ce que j'aurais fait de la patiente du Touffier si ce n'est que des symptômes ausis bizarres auraient nécessité une prise en charge plus large. Me connaissant, je pense qu'après l'anamnèse du cas, je me serais dit que ça sentait mauvait et qu'un IRM ou à défaut un scanner à cette époque était nécessaire.

Je ne suis pas la poubelle de la médecine et je dois être l'un des psys qui psychologise le moins au monde. La psy c'est bien mais ça peut être très chiant aussi surtout quand on en fait pour rien. Ça tourne alors à la discussion de salon de coiffure et c'est lourdingue. Je préfère encore parler de pneus.

D'ailleurs pour les pneus, moi j'ai choisi Allopneus.