04 juillet, 2016

Histoire de coiffure et deuil capillaire !


Aujourd'hui, c'est une bien triste histoire que je vais vous conter. Moi qui écoute patiemment les autres, à qui puis-je me confier quand le sort s'acharne sur moi ? Je vous le demande !? Hein ? A vous anonymes lecteurs qui me faites l’honneur de venir ici me lire.

Alors plantons le décor. J'ai environ quatre ans et il est hors de question que ma mère me coupe encore les cheveux. Je suis un garçonnet qui mérite une vraie coupe dans un vrai salon de coiffure. Du moins ma mère en décide-t-elle ainsi ! 

Ainsi vont les âges de la vie ! A cinq ans, le coiffeur puis à sept, l'âge de raison. Viendront ensuite la puberté, la majorité, le service militaire et enfin l'entrée dans la vie active, puis les enfants, le mariage des enfants, les petits-enfants et pour conclure la mort. Il y avait du rituel à mon époque, ça ne rigolait pas !On s'habillait pour prendre l'avion et majoritairement, les gamins allaient en vacances chez leurs grand-parents en Touraine, dans le Poitou ou en Auvergne.

Et me voici donc en compagnie de ma mère dans son salon de coiffure dans lequel elle préfère m'emmener, vu qu'elle en profite pour se faire coiffer aussi. Zou, d'une pierre deux coups, un rendez-vous et deux coupes ! Elle et moi en une fois. Si ça c'est pas de l'organisation ?

La coiffeuse est douce, du moins je n'ai pas de souvenirs désagréables de ces premières aventures capillaires. Si ce n'est que parfois, il y a un monsieur avec une voix atroce assis dans le fauteuil d'à-côté. J'apprendrai bien plus tard qu'il s'agissait d'André Malraux. Oui, je partageai alors le même coiffeur que l'auteur de la Condition humaine et de L'espoir. C'est sans doute pour cela que voici quelques années trois éditeurs m'ont proposé d'écrire un livre. Ils avaient senti que déjà tout jeune, je fréquentais les plus grands. Hélas pour moi, si Malraux a eu le courage d'écrire de vrais livres, il y a fort à parier pour de toute ma vie, je n'écrive jamais que ces minces articles que je vous propose. Il faut dire aussi que Malraux eut uen vie plsu trépidante que la mienne.

Puis mon père, en bon pater familias, décide que le moment est venu de quitter ce coquet salon où je pose mes jeunes fesses sur de charmants sièges de velours rouge qui ont tout du siège curule romain pour affronter le rude monde des hommes. J'ai alors sept ans, l'âge de raison.

Mes aventures capillaires se poursuivent alors chez Raymond l'enculé ; si vous me pardonnez cette vulgarité. Mais Raymond mérite bien cette épithète d'enculé. Tout d'abord, son salon jouxte un commissariat. Chez lui, nulle trace de Louise de Vilmorin ou d'André Malraux. Raymond coiffe les hommes les vrais avec de vrais métiers et seulement les hommes.

On s'y assied sur un vrai fauteuil au piètement métallique, comme chez le dentiste. En face de ce fauteuil de skaï, il y a une glace. Et derrière, il y a une rangée de chaises en moleskine sur lesquels attendant les clients : un vrai décor de cinéma. On s'attendrait presque à voir entrer Jean Gabin et Paul Frankeur. Raymond, vrai coiffeur à l'ancienne, officie en blouse et utilise une vieille tondeuse mécanique. Comme je suis encore petit, j'ai même le droit à un coussin pour me rehausser.

Tout irait bien si seulement Raymond n'était pas le roi des enculés et je pèse mes mots. Non qu'il ait porté atteinte à ma virginité mais simplement qu'il agisse comme un gougnafier avec mes précieux cheveux qui sont à l'époque aussi fins que de la soie, et plus habitués aux douces mains d'une coiffeuse qu'à ses grosses pognes d'ouvrier. Donc, ce salaud plus habitué à coiffer le gros crin d'un Gringeot que mes cheveux d'ange, ne me ménage pas. Il me tire les cheveux et ça me fait mal. Moi, je gueule comme un veau et je finis même par pleurer une ou deux fois. 

Raymond s'en fout ! Il me menace même de m'amener au commissariat cette grosse poucave de coiffeur. Ce salaud me menace carrément de la geôle tout ça parce que je hurle quand il me tire les cheveux ! Fasciste aurais-je du lui crier si j'avais toutefois connu ce terme à cette époque. Mais rien n'y fait, si par la suite je ne pleure plus parce que je grandis, je continue à faire aïe dès qu'il me fait mal et ça a le don de l'énerver. Je bouge tout le temps, de peur qu'il ne me tire les cheveux et cela rend l'exercice de son art difficile. Il me fait mal et je le fais chier, c'est de bonne guerre. Jamais, je ne me soumettrai pas à ce tortionnaire.

Fort heureusement, ce sont les années soixante-dix et les cheveux se portent plutôt longs. Je n'ai donc pas à fréquenter Raymond trop assidument. Je suppose que depuis le temps Raymond a calanché et qu'il a rejoint le paradis des coiffeurs-tortionnaires à l'ancienne. Durant des années, je me suis dit qu'un jour, sans qu'il le sache, je lui trancherais la gorge ou le plomberai pour me venger mais je suis passé à autre chose. Je ne suis pas rancunier. Ceci dit, j'ai bonne mémoire et jamais je n'oublierai Raymond l'enculé.

L'année de mes neuf ans est une fête puisque je suis enfin libéré de Raymond le tortionnaire. J'ai le droit de choisir mon coiffeur. Je suis autonome, j'ai un vélo et je me balade où je veux pourvu que je sois à l'heure pour le diner. Ça tombe bien, un nouveau salon vient d'ouvrir près de la gare et je m'empresse de l'étrenner. C'est une jeune coiffeur qui n'a que quelques années d'expérience, Pierre, qui me prend en charge. On partage des origines italiennes, il est milanais, il a des rouflaquettes, les cheveux un peu longs, des pantalons à pattes d'éléphant  et la passion de la bagnole. Sauf que je suis abonné à L'Auto-Journal et lui à L'Automobile. A l'époque c'était vraiment deux chapelles irréconciliables, L'auto-Journal et L'Automobile, et je dois affirmer que L'Auto-Journal c'était mieux. Mais entre Pierre et moi, ça matche immédiatement.

Il ne me tire pas les cheveux et met vingt minutes, qu'il vente, pleuve ou grêle pour me coiffer. Sur la radio posée devant moi, les tubes de l'année passent. C'est Véronique Sanson qui chante Vancouver ou encore Souchon qui clame qu'il est Bidon. Pierre, c'est un maniaque des horaires. Une fois, je suis arrivé avec à peine dix minutes de retard et je me souviens encore de la soufflante qu'il m'a passée. Chez lui on prend rendez-vous à l'heure, à vingt ou à moins-vingt. Si on arrive en retard, ne fut-ce que de cinq minutes, ça décale tout et ça le rend malade.

Le shampoing-coupe, c'est vingt minutes pas une de plus. Je crois que c'est la seule personne au monde avec qui j'aie été scrupuleusement à l'heure. J'ai appris qu'il était né sous le signe du taureau. Comme moi, un signe de terre, c'est pour ça qu'on s'entendait bien comme avec Le Gringeot. Comme je le dis toujours, le taureau c'est comme un capricorne mais en bien plus volontaire et bien moins intelligent.

Pierre me coiffe donc dans ce salon dont il n'est pas propriétaire. Il a un fixe plus une commission. Le patron n'est jamais là mais toujours dans le rade d'à-côté en train de jouer au billard. Dix années se passent, de 1976 à 1986, durant lesquelles je fréquenterai ce salon. Puis le patron lassé de son métier qu'il n’exerce pourtant que rarement décide de vendre son salon pour aller faire de l'immobilier. Pierre travaillera à peine un an avec les nouveaux patrons avec qui il ne s'entend pas avant de changer de salon. Comme environ 95% de sa clientèle, je décide de le suivre.

Entre 1987 et 1989, on changera ainsi deux autres fois de salon mais je reste fidèle à Pierre comme l'ensemble de sa clientèle. Les modes capillaires passent mais je reste fidèle à Pierre. Puis, c'est l'année 1989. La France fête le bicentenaire de la révolution tandis que Kaoma chante La lambada et Pierre s'offre enfin son propre salon de coiffure avec un nom assez bizarre comme en ont toujours les salons de coiffure.

Puis de 1989 jusqu'à maintenant, je fréquenterai le salon de coiffure de Pierre. Tous les vendredis, après déjeuner, vers quinze heures j'aurai rendez-vous avec Pierre. Les années passent mais je reste fidèle à mon salon. Je ne lui ferai que deux fois une infidélité. La première fois en vacances dans le sud de la France parce que j'avais oublié de prendre rendez-vous avant de partir. La seconde fois, en allant à un rendez-vous professionnel. Trouvant mes cheveux un peu longs et décidé à faire bonne impression, je vais dans une chaine où l'on me prend immédiatement.

Sinon de 1986 à 2016, soit durant quarante années, j'aurais eu mon rendez-vous hebdomadaire avec Pierre sauf ces deux fois.

Et voici que le mois dernier, Pierre m'annonce que c'est la dernière fois qu'il me coiffe. Je crois à une blague. Mais je sais que c'est faux puisque cela fait au moins deux ans qu'il me dit qu'il va prendre sa retraite. Mais bon, deux ans c'est long. Incapable de faire mon deuil de mon coiffeur favori, je suis en plein déni. Pierre me parle retraite et moi je m'en tape, je joue ma belle indifférente, comme une gamine hystérique je fuis le réel.


L'année passée, en plus de ses projets qu'il compte mettre en œuvre pour sa retraite, il m'a parlé de ses péripéties pour la vente de son salon. Je parle, je discute mais encore une fois, tout ça c'est loin. C'est comme lorsque j'étais petit, à la fin des vacances. Il fallait vraiment que je monte en voiture pour rentrer chez moi pour que j'y croie. Sinon, jusqu'à la fin je restais en vacances, jusqu'à la dernière minute.

Le deuil chez moi, c'est un truc difficile, c'est pour cela que je suis toujours en retard. J'ai beau me lever à l'heure ou être prêt à l'heure, rien n'y fait. Partir c'est mourir un peu écrit le poète Haraucourt et c'est une évidence pour moi. Quitter un endroit pour un autre, c'est pour moi toujours difficile, que ce soit ma maison le matin ou mon cabinet le soir. J'ai un côté moule ou huitre, j'ai besoin d'attaches.

Ce week-end j'en parlais à un bon pote qui vit dans la maison que lui a léguée son père et qui se réjouissait de l'ouverture d'une maison de retraite à deux rues de chez lui ; ça le rassurait de savoir qu'il pourrait mourir à côté de l'endroit où il a toujours vécu. Moi je lui ai répondu que j'étais bien plus aventurier que lui puisque je vivais tout de même à deux-cent mètres de la maison de mon enfance.

Ceci dit, je suis comme lui, le changement c'est pas pour moi. La définition du bonheur pour moi ce sont deux jolis points par lesquels passe une et une seule droite ! Et tant mieux bien sur si cette droite est ascendante. Quand on me demande si ça va ou quoi de neuf, je réponds rien du tout ce qui est pour moi la quintessence du bonheur. Qu'aujourd'hui ressemble à hier et demain à aujourd'hui et me voici heureux !

Autant vous dire que Pierre avec ses histoires de retraite et de vente de son salon n'avait pas trouvé une oreille attentive ou compatissante en m'en parlant. Pour moi, j'étais sur qu'on mourrait à peu près le même jour ce qui m'aurait dispensé de trouver un nouveau coiffeur vu que celui-ci me convenait. Hélas, après quarante-quatre ans de travail, ce fainéant de Pierre a décidé de prendre sa retraite et me voici seul sur le carreau.

Alors, il y a eu la dernière coupe. C'était en juin. Pierre m'a dit que le salon était vendu que le nouveau propriétaire ferait des travaux pour rouvrir en septembre. Ma gorge s'est serrée mais je n'ai rien dit. Lui, il s'en foutait un peu, imaginant déjà sa retraite dorée dans le sud sans se soucier une seule seconde de mon avenir capillaire. Il se voyait déjà aider sa fille installée comme fleuriste et s'occuper de ses petits-enfants. Il était tout à sa joie de cesser son activité. Moi, je faisais bonne figure appuyant chacun de ses dires et feignant de l'envier pour le bon temps qu'il allait prendre. Alors que de vous à moi, la retraite c'est juste l'antichambre de la mort.

Je me suis levé j'ai payé et je suis sorti pour la dernière fois de ce salon. Je me suis retourné et j'ai même fait une photo avec mon Iphone pour immortaliser ce souvenir des jours enfuis, c'est vous dire si je suis crétin parfois. Ce salon, c'était vingt-sept années de ma vie. Pensez que du premier au dernier jour que je l'aurais fréquenté, mon filleul Lapinou aura eu le temps de naître, de passer son bac, de devenir commissaire aux comptes et de se marier. Déjà une belle tranche de vie non ?

Bon fort heureusement, Pierre et moi on se connait suffisamment, vu qu'on s'est fréquentés quarante années durant pour avoir trouvé une solution. Il continuera à me coiffer jusqu'à ce que ses mains soit déformées par l'arthrite. On se démerdera de toute manière, dut-il tenir ses ciseaux entre les dents. Entre nous, c'est à la vie à la mort. La vie m'a suffisamment offert de deuils contre lesquels je ne pouvais rien si ce n'est accepter pour supporter qu'elle m'enlève mon coiffeur.

Alors, je garderai Pierre coute que coute. Voilà c'était ma chronique capillaire. Ça m'a fait du bien de vous parler. La vie n'est pas toujours facile comme vous le savez. Vous le constatez aujourd'hui.


Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ce qu'on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C'est toujours le deuil d'un vœu,
Le dernier vers d'un poème ;
Partir, c'est mourir un peu.
Et l'on part, et c'est un jeu,
Et jusqu'à l'adieu suprême
C'est son âme que l'on sème,
Que l'on sème à chaque adieu...
Partir, c'est mourir un peu.
 
Le Rondel de l'adieu, Seul
Edmond Haraucourt (1856-1941)

27 juin, 2016

Psittaciformes !


Si je n'ai pas écrit c'est que je n'ai pas eu le temps ! Il faut dire qu'en juin, c'était l'anniversaire de mon père qui a décidé de réhabiliter une vieille volière qu'il avait dans son jardin. Et je ne sais pas pourquoi, il a décidé d'y mettre des perruches. Il n'a jamais eu d'oiseaux et ne s'y est jamais intéressé mais le fait est qu'il voulait des perruches qui pour lui sont de petits volatiles colorés et sympathiques qui feront jolis dans son jardin.

Et comme je suis un petit gars malin, je me suis dit que je pourrais lui offrir ces fameuses perruches. Et c'est devenu une énième lubie. Nymphicus, agapornis, cyanoramphus et autres melopsittacus n'ont évidemment presque plus de secrets pour moi. J'ai lu, retenu et aujourd'hui, bien que je ne puisse me dire ornithologue, je peux affirmer que les psittaciformes ont été ma lubie hebdomadaire. 

D'ailleurs pour ceux qui ne le savaient pas, le terme de perruche est un nom vernaculaire désignant un type de perroquets ! Oui, vous ne le saviez peut-être pas mais les perruches ne sont que des perroquets qui ne se distinguent de ces derniers que par la morphologie. Dans l'ordre des Psittaciformes on appelle généralement perroquets les grandes espèces trapues et à queue courte et perruches les plus petites à queue effilées. Pourtant, parmi les perroquets, les Aras, ont une queue effilée démesurée et les Inséparables sont trapus et à queue courte et très petits. C'est donc un peu compliqué mais on s'en fout puisque quoiqu'il en soit, perruches et perroquets sont des psittaciformes. C'est du pareil au même. 

Et c'est là que mes connaissances nouvellement acquises ont été utiles. J'ai offert un couple de calopsittes élégantes (nymphicus hollandicus) à mon père pour étrenner sa nouvelle volière. J'aurais espéré que mon père comprenne que l'équilibre d'une volière était affaire de spécialiste mais non ! Muni de sa carte bleue, il est parti dans une animalerie acheter des oiseaux comme il aurait fait un plateau de fromage ! 

Or s'il on peut mélanger les pâtes cuites et crues, les molles et les dures, sans encourir aucun risque, en termes de psittacidés il n'en va pas de même. Si tous appartiennent à la même famille, tous ne sont pas amis pour autant. A une époque où la discrimination est formellement interdite chez l'être humain, sachez que les perroquets la pratiquent allègrement.

Or mon père a commis le crime des crimes pour tout psittaciphile en achetant des agapornis qui en aucun cas ne doivent être mélangés à des nymphicus. Qu'on se le disent Calopsittes et Inséparables ne font pas bon ménage, les seconds étant beaucoup trop agressifs pour les premiers. Pourquoi ne pas rajouter des psittacula krameri tant qu'on y est ! Mais n'importe quoi ! On croit rêver !

De toute manière, en termes de perroquets, on est souvent déçu. Prenons par exemple les grandes espèces comme le Gris du Gabon, l'Ara qui coûtent très cher. Bien des personnes en achètent sans réaliser que c'est un animal exigeant qui vit très vieux et se révèle très bruyant. Autre problème, les acquéreurs estiment que tout perroquet devrait parler ce qui est une erreur. Seules certaines espèces peuvent parler qu'on se le dise.

Ainsi, j'ai connu une amie qui possédait un perroquet, un splendide Amazone à front jaune qu'elle avait baptisé Alexis car elle était d'origine russe et que c'était le prénom du tsarévitch assassiné par Yakov Yourovski. Bien qu'elle ait tout fait pour lui apprendre à parler ou à faire des tours, rien n'y a fait, Alexis n'a jamais été capable de faire autre chose que de manger, chier dans sa cage et s'occuper de sa femelle. 

La semaine prochaine, on parlera ou plutôt on reparlera du triangle dramatique de Karpman. Mais là, n'étant pas plus inspiré que cela, j'ai préféré parler de perruches.

20 juin, 2016

Interlude !

Marcassin ayant reçu son paquet envoyé par Amazon.
 
Ce soir mon épousé a ouvert la boîte aux lettres et a pris le courrier. Elle l'a trié et m'a tendu une lettre en me disant simplement "tiens c'est pour toi". Elle était adressée à Philippe Marcassin. C'est ma ruse quand je dois me faire envoyer de la documentation sans risquer d'être ennuyé par des relances. Je mets "marcassin". Rusé non ?

Si un jour, je rentre dans la résistance, ce sera mon code. Je deviendrai Commandant Marcassin. Tiens un jour, je me ferai envoyer une lettre au nom de Commandant Marcassin.

Mea culpa !


On papotait un jour durant une séance de cafing. On parlait de jeunesse, de ce qu'on faisait. Quand j'ai pris la parole je me suis souvenu de la mode des sacs US. C'était les années quatre-vingt et on en avait tous un sauf les ploucs qui avaient des cartables à bretelles. La mode de l'époque, c'était d'écrire des conneries dessus. Lesquelles conneries se résumaient le plus souvent à écrire les noms de groupes à la mode de l'époque. Je ne vous dis pas le nombre de sacs US sur lesquels les propriétaires avaient écrit Téléphone, Kiss ou ACDC. C'était l'époque !

Vu que moi je n'ai jamais été fan de quiconque, je serais bien en mal de vous dire ce qu'il y avait d'écrit sur le mien. Peut être rien du tout en fait. Je ne m'en souviens pas. Toujours est-il que jamais je n'aurais mis le nom d'un saltimbanque quelconque sur mon sac. D'ailleurs, je n'ai jamais pris part aux  combats titanesques opposant les fans de Téléphone à ceux de Trust. A l'époque, c'était un peu comme l'opposition entre Beatles et Rolling Stones. De toute manière, moi je suis un gentil garçon alors j'ai toujours préféré les Beatles comme j'ai préféré Téléphone. J'aime bien les bons mélodistes.

Ce dont je me souviens c'est qu'à cette époque, il y avait une émission qui s'appelait Le monde de l'accordéon qui passait sur TF1. C'était l'époque, il y avait encore des gens nés dans les années dix ou vingt qui avaient valsé sur du musette, des couples qui s'étaient rencontrés dans des bals. Alors ils avaient leur émission comme moi, si Dieu me prête vie, j'aurais la mienne, le samedi à midi où un très vieux Jean-Louis Aubert viendra chanter New-York avec toi ou Nikola Sirkis L'aventurier d'une voix chevrotante. Les jeunes sont les vieux d'après-demain.

Nous, comme nous étions des petits cons, on se foutait de la gueule de cette émission. Pensez donc, de l'accordéon, du piano à bretelles, ça nous faisait rigoler. C'était vieux et ringard. On avait la jeunesse, on était l'avenir alors on était prêt à enterrer les vieux avec leur drôle de musique et leurs chanteurs vieillissant. Et puis, tous ces accordéonistes qui jouaient en faisant des sourires de ravis de la crêche, tut habillé de satin et de strass, ça nous amusait vu que nos chanteurs à nous tiraient la gueule en s'habillant de haillons.

Toujours est-il qu'à cette époque, un de nos jeux favoris consistait à piquer le sac Us d'un pote et, usant d'un marqueur, on lui ruinait en écrivant dessus le nom de ces accordéonistes. Et le pauvre gars repartait chez lui en métro le sac US constellé de noms désuets comme Yvette Horner, Joss Baselli, Aimable ou encore André Verchuren. Ils nous faisaient bien rigoler tous ces fils de prolos du Nord avec leurs mines réjouies et leurs doigts boudinés qui couraient sur les boutons de nacre de leur instrument rital ou boche.

Et puis un jour que je glandouillais sur le Net, lassé de voir des combats de femmes sur Youtube, je me suis remémoré cette discussion et j'ai voulu savoir qui étaient ces gloires déchues dont je m'étais tant moqué étant jeune. Aucun CV ne m'a vraiment marqué si ce n'est que tous, sans exception était des musiciens remarquables. Pourtant l'un deux, belge d'origine, a retenu mon attention. A l'époque où on nous vend du rappeur au kilomètre, du crétin engagé, de l'artistocrate ou du mutin de Panurge comme aurait dit le regretté Philippe Muray, l'un d'eux a retenu mon attention. Il s'agit d'André Verchuren. Lisez son CV et vous m'en direz des nouvelles.

Pauvre Dédé, on n'y connaissait rien, on se foutait de ta gueule. On était jeunes, on était cons. On n'en savait rien de ta gloire et de tes médailles, de tes faits d'armes et de ton héroïsme. On ne se doutait pas qu'à seulement vingt-quatre ans t'avais été capable de chanter la Marseillaise face à des SS. Nous on nous avait farci la tête avec des faux exploits, ceux de petits bourgeois jetant des pavés sur des CRS en mai 1968. On ne se doutait pas que les vrais héros sont modestes et qu'une fois leurs coups d'éclat passés, ils reprennent le cours de leur vie. Et aujourd'hui, on célèbre un Black M ! 

Et puisque Verchuren était capricorne, que cet article est rédigé par un capricorne, concluons par un autre capricorne :

O tempora o mores !

Cicéron, Catilinaires


Bon sens !

Saviez-vous que je rêvais parfois de mes patients !? Oh rassurez-vous, il s'agit de rêves bien sérieux et non de coquineries ! Non mais ! Je suis un gars sérieux moi ! Le fait est que finalement, je bosse tout le temps parce que je pense tout le temps. Et sous mes dehors légers, je prends très à cœur ma mission. Si je devais facturer à l'heure mes patients, j'en aurais ruiné plus d'un ! C'est ainsi, je suis né comme ça.

Tenez puisque j'en suis à me confier, saviez-vous qu'une nuit, je me suis réveillé en pensant à l'un de mes patients qui venait de rencontrer une gonzesse qu'il m'avait présentée. Justement, le jour où je l'avais vue, même si je l'avais estimée brillante et plutôt sympa, quelque chose m'avait gêné, un petit truc que j'étais incapable de définir. Et puis sans doute que j'avais mis  tout cela dans un coin de ma tête, confié le problème à un bout de mon cerveau afin d'avoir le fin mot de l'histoire. Et voilà qu'une nuit, paf, j'avais eu une illumination. Je m'étais réveillé en pensant au patient en me disant qu'il allait se casser la figure avec cette donzelle ! La semaine suivante, je lui fournissais le fruit de mes cogitations. 

Dernièrement, c'est un autre patient qui m'inquiétait. C'est un X, autant vous dire pas la moitié d'un imbécile. Sauf qu'il a un projet d'entreprise qui me gêne un peu. Je n'aurais pas su dire pourquoi vu que c'est un domaine auquel je ne comprends pas grand chose même si, en toute modestie, ne rien comprendre à quelque chose ne me ressemble pas. Je ne maîtrise pas totalement le truc devrais-je dire. Je comprends ce qu'il veut faire, mais je trouve cela flou. Là encore, j'ai l'impression qu'il manque soit un truc, soit qu'il y a un truc en trop.

De mon point de vue, si son projet semble abouti, je trouve qu'il s'aveugle un peu, comme s'il voulait prouver à la face du monde qu'il a raison. Je l'ai écouté semaine après semaine me raconter son truc. J'ai bouffé de la donnée, j'ai trituré et malaxé. Et en bout de chaîne, je n'avais pas de solution sauf que ma petite voix me disait qu'un truc merdait. J'ai fini par en rêver? Si, je vous l'assure ! Alors, j'ai fait ni une ni deux, j'ai appelé Vincent la Machine.

Vincent la Machine, c'est un de mes patients, un putain d'expert-comptable qui sait tout et connait tout sur son sujet. Il est incollable et a une faculté de concentration exceptionnelle. Même qu'une fois, j'ai joué avec lui. Mon épouse me soumettait un problème qu'en tant qu'ancien juriste j'aurais du savoir traiter. Sauf que j'avais la flemme. Alors, je lui ai dit de m'envoyer son problème par SMS. Ensuite, j'ai copié/collé ce SMS et l'ai envoyé à Vincent la Machine en expliquant à mon épouse que j'étais persuadé que j'aurais la réponse en moins de dix minutes. Ça n'a pas raté ! Vincent la Machine m'a répondu en sept minutes montre en main  ! Je ne vous parle même pas de la réponse ! Vingt lignes de SMS avec les articles et les renvois au mémento Francis Lefebvre.

Une autre fois, c'est un ami à moi, un vieux psychiatre qui avait des problèmes juridiques assez complexes. Je l'ai rassuré et puis je lui ai dit que je lui envoyais Vincent la Machine. Il s'est pointé un samedi matin vers dix heures et à douze heures trente il avait retraité toute la compta du psychiatre et tout remis en ordre. Mon ami était sur le cul. Pourtant ça fait près de soixante ans qu'il est psychiatre et il en a vu des gens étranges mais pas des comme Vincent la Machine. 

Il m'a dit qu'il n'avait jamais vu une telle capacité de concentration. Moi, je suis blasé, comme je lui ai expliqué, je suis entraineur de chevaux de course alors dans mon cabinet, je ne les compte même plus les gens hors du commun. Y'en a de très intelligents comme les X, Mines et autres centraliens que je collectionne par dizaines, y'en a des très très riches comme Le Touffier dont la légende dit qu'il possèderait la moitié du Mans et les trois quarts de la Sarthe. Mais, je crois que le meilleur d'entre tous, celui qui m'étonnera toujours, ça reste tout de même Jean Sablon, le mec qui réussit à vivre dans le sixième arrondissement tout en voyageant dans le monde entier sans travailler. Il a le train de vie de deux X et de trois centraliens sans fournir une calorie d'effort. Ce mec c'est ITER à lui tout seul, il crée à partir de rien ou presque. Et en plus il a la classe à l'ancienne façon Engelbert Humperdinck. Alors lui putain, on aimerait tout connaitre son secret !

Toujours est-il qu'ayant un doute au sujet du projet de mon patient de l'X, j'ai appelé Vincent la Machine. Je lui ai fourgué toutes les données et en deux minutes, il a rendu son verdict en me disant que le projet n'était pas viable et en m'en donnant les raisons. C'est ce que j'augurais avec moins de précisions étant donné que je ne suis pas expert-comptable ! Ce mec est un tueur et moi un malin.

Voilà donc que je revois mon petit gars de l'X et que je lui dis tout ce que je pense de son projet. Je parle, j'argumente, je fais un discours construit en n'omettant pas de citer l'aide apportée par Vincent la Machine parce que je ne suis pas du genre à profiter d'autrui sans le créditer au générique ! Bref, je lui dis en gros que son projet n'est qu'une manière détournée de prouver au monde qu'il a raison mais que dans les faits, je n'y crois pas.

Et mon gars de l'X qui rappelons-le n'est pas la moitié d'un imbécile puisqu'il a fait l'X bien sur mais qu'en plus il fait partie de ma clientèle, me répond que voici quelques jours il a lu un article d'un bloguer américain qui disait un truc intéressant. Mon X il adore ce qui vient des States, c'est son truc à lui. Si y'a pas du franglais et si ça ne vient pas de la Silicon Valley, il se méfie. Chacun son truc. Toujours-est-il que son blogueur américain, qui a fondé des jeunes pousses, disait justement qu'en affaires on devait se demander si on voulait avoir raison ou avoir du succès. Et que c'était là son problème. Qu'il avait sans doute voulu avoir raison à tout prix !

J'ai bien aimé cette formule "avoir raison ou avoir du succès" alors j'en ai parlé à Harry Potter, un petit gars à lunettes toujours tiré à quatre épingles, un ancien patient à moi avec qui j'ai pris un café. Il se trouve qu'en plus de ses activités professionnelles, il œuvre aussi aux Narcotiques Anonymes, vu qu'à une époque il a pris plein de trucs dans les narines, dans les poumons et dans les veines. Et là, il m'a dit qu'aux N.A. justement ils avaient une formule, pour ceux qui hésitaient encore à arrêter la dope, qui ressemblait trait pour trait à celle dont je venais de lui faire part. Et cette formule, c'est :

"Soit tu sauves ta face, soit tu sauves tes fesses"

Intelligence !

Dès l'âge d'un an, Le Touffier donnait des conférences !
 
Mon Dieu, on ne me parle que de ça, on sort tout un tas de livres sur le sujet : l'intelligence. Et plus je lis d'ouvrages qui y sont consacrés, moins je la perçois. J'ai beau dire que je m'aperçois tout de suite si quelqu'un est surdoué ou non, j'en perds mon latin, tellement mon radar est pollué de considérations oiseuses sur le sujet, produites par des auteurs qui parlent vraisemblablement de ce qu'ils ne connaissent pas. 

J'ai ainsi acquis vers la période de Noël, deux livres sur le sujet et je ne suis pas parvenu à les terminer. Le premier m'a lassé vers le milieu tellement il était mal rédigé, dans un style épais et pénible. Quant au second, la quatrième de couverture m'a tellement ennuyé que je ne fait que le parcourir avant de le laisser choir sur une pile avec d'autres rebuts de la littérature.

Quant aux forums dédiés à ce sujet que j'ai pu visiter, je n'ai pas été emballé. D'ailleurs, j'ai noté que le plus connu de ces forums était un endroit sur lequel les surdoués étaient en nombre moindre que dans la population générale. C'est vrai quoi, si vous êtes surdoué, pourquoi aller perdre son temps en de tels lieux alors qu'il est possible de le perdre ailleurs.

Et voici que mercredi dernier, c'est au cours d'une conversation avec Le Touffier, que j'ai eu la révélation. Il faut dire que lui, la douance, ça lui parle. Il écrit même sur un site réservé aux surdoués, c'est vous dire si il est intelligent ! Moi, je ne suis pas assez intelligent pour y écrire et de toute manière, je n'aime pas les groupes alors j'écris ici.

Cela arrive souvent qu'on me vante l'intelligence d'untel ou d'un autre. Généralement, il s'agit de bêtes à concours. Des ingénieurs, des diplômés de sups de co', d'IEP ou que sais-je encore. Généralement, si je les trouve intelligents, je ne peux pas non plus dire que je sois esbaudi par leurs performances. Habituellement, assez rapidement, je parviens à décrypter l’algorithme qui rythme leurs pensées et leurs prises de positions comme un géographe le ferait d'une terre nouvellement abordée.

Je me demande d'ailleurs pourquoi je trouve plutôt convenus et finalement assez légers des gens que le système me vend comme géniaux. A moins que ces gens ne soient pas aussi intelligents qu'on ne le dise ou bien que je sois bien trop stupide pour les apprécier à leur juste valeur. De la même manière que la cigarette a gâté mon palais au point de ne pas apprécier les saveurs d'un trois étoiles du Michelin, la fréquentation assidue de Jean Sablon a du gâter ma sensibilité au point que je ne sache pas reconnaitre un surdoué quand j'en croise un !

Prenons Alain Juppé par exemple. Qui peut croire que ce type, malgré tous ses diplômes que je n'ai pas, soit surdoué ? A moins qu'on ne juge la douance aux diplômes ? Je ne pense pas. Du moins, en termes de diplôme j'en reste à la fameuse définition du concours que donnait Detoeuf.
Les concours, comme l'affirmait le fondateur d'Alsthom (et polytechnicien de formation), ne serviraient-ils qu'à sélectionner les volontés et harmoniser les médiocrités ? C'est fort possible. D'ailleurs comme l'affirmait un de mes patients ingénieurs très récemment, au concours il n'a eu que des problèmes pour lesquels il avait été formé en Maths sup et spé. ll n'y a pas vu une grande épreuve d'intelligence et ce n'est que par la suite en se confrontant à la vie qu'il a conçu que les vrais problèmes étaient ceux pour lesquels on n'était pas préparé.

Toujours est-il que je devisais ainsi de l'intelligence avec mon vieux compagnon Le Touffier quand j'eus une illumination. Ce que l'on nous vend trop souvent comme de l'intelligence, du jus de cerveau concentré et de la douance, ne serait-ce pas en définitive uniquement de la capacité de mémorisation et de traitement de l'information ? Hein dites moi ?

Je pense que toutes ces années on a voulu m'abuser en me présentant comme surdoués des gens qui ne disposaient en tout et pour tout que d'une phénoménale capacité de mémorisation et de traitement de l'information : des machines en somme ! De bons gros ordinateurs tout juste bons à impressionner le quidam mais certainement pas ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez.

Nous en étions là de nos réflexions quand Le Touffier m'expliqua qu'il était d'accord mais qu'à son idée, l'intelligence devait se nicher dans la faculté à observer. Bien dit l'ami ! Effectivement si l'on a de grandes capacités de mémorisation encore faut-il avoir des données à stocker. Et ces données ne peuvent être issues que de l'observation et je dirais même de la faculté à discriminer ces informations. Parce que trop souvent je suis confronté à des gens qui insistent sur le superflu en oubliant l'essentiel.

Mais, rajoutai-je aussitôt, encore faut une fois ces données mémorisées puis traitées, savoir ce que l'on en fait. Et c'est souvent là que le bât blesse. A l'autre bout, effectivement se trouve l'action. On a observé, discriminé, mémorise puis traité les informations et maintenant on en fait quoi ? Un dossier que l'on amène au chef ? Un autre dossier dont on dit que c'est bien trop complexe pour qu'il existe une solution simple ? C'est généralement ce qui se passe avec ces faux surdoués. On classe, on trie, on traite et on compile et puis l'on parle de la compilation comme s'il s'agissait d'une fin en soi alors que ce n'est qu'un classement. De toute manière, chaque fois que j'ai entendu quelqu'un me dire que c'était trop compliqué d'un air docte, j'ai su que j'avais à faire à un imbécile pompeux. Quand on est intelligent, on agit ou pas, mais on ne tergiverse pas.

Donc si l'on résume le fruit de notre discussion avec Le Touffier, on a au centre des capacités de mémorisation et de traitement de l'information que l'on confond trop souvent avec l'intelligence mais que l'on sait en revanche parfaitement sélectionner puisque ce sont des fonctions purement quantitatives. Pour qu'il y ait intelligence, il faut à un bout observer et discriminer pour traiter les bonnes informations puis à l'autre bout offrir une réponse adaptée une fois le traitement desdites informations opéré.

Bref, ceux qui parlent, fut-ce savamment en employant des mots compliqués sont soit des cuistres, des crétins ou des escrocs. Ceux qui traitent un problème en le restituant sous une forme encore plus compliquée sont aussi soit des cuistres, soit des crétins ou encore des escrocs. L'intelligence c'est simplement répondre de manière adaptée à n'importe quel problème.

Je crois que je ne finirai jamais ces livres sur la douance. 

On reconnait l'arbre à ses fruits
Mathieu 7-16

06 juin, 2016

Les femmes au travail !

 Cannes 2016 mais pas au boulot !


C'est une patiente que j'ai reçue voici déjà quelques temps qui m'explique sa mésaventure. La pauvrette a fort mal vécu le fait d'avoir été remerciée d'une mission pour "insuffisance professionnelle" alors que de son point de vue fait, elle avait été plus que performante dans le poste qu'elle occupait. D'ailleurs, ayant fort mal pris la chose, ça n'a pas fait ni une ni deux, elle a collé son ex-employeur aux Prud'hommes et elle a gagné !

N'empêche que l'argent n'apaise pas toutes les douleurs et que depuis, ma patiente vit dans la peur que cela lui arrive de nouveau. Elle redoute qu'on la vire encore pour des motifs spécieux. C'est devenu une sorte de phobie. N'ayant pas compris les motifs de son éviction, elle redoute que cela lui arrive de nouveau. Depuis elle vit comme les petits chiens de l'expérience de Seligman ; elle a appris l'impuissance ! Quoi qu'elle fasse, elle a peur que le couperet ne tombe ! Elle redoute que ses compétences et efforts réels pour assumer ses tâches ne soient pas prises en compte et de faire les frais d'un renvoi soudain, sans motif réel et sérieux. Elle craint le fait du prince, le renvoi purement potestatif.

Que s'est-il passé pour qu'elle ait vécu cela ? Elle n'en sait rien. Pour elle, c'était une mission de conseil comme une autre, comme tous les ingénieurs les connaissent, rien de plus, ni pire, ni meilleure et certainement pas plus compliquée que celles auxquelles elle était habituée. C'est là que ma sagacité légendaire entre en jeux ! Puisque je suis payé pour être sagace.

Si je reste persuadé que ses capacités ou son travail ne sont pas à remettre en cause, pour quel motif aurait-on voulu se débarrasser d'elle, arguant pour cela de motifs fallacieux, allant jusqu'à inventer une "insuffisance professionnelle" ? C'est en l'observant que je pense avoir trouvé la solution.

Pour son jeune âge, une grosse vingtaine d'années elle fait très "dame". Ce n'est pas une critique mais un fait. Tandis que la plupart des femmes aiment à se rajeunir, frisant parfois le ridicule, notamment ces quinquagénaires jouant aux minettes, cette patiente assume son statut de grande bourgeoise. Elle gagne de l'argent et n'a pas peur de le faire savoir.

Je suis sur que si on autorisait encore le massacre de différentes espèces, elle aurait un manteau en léopard. C'est très joli le léopard. Effectivement, elle n'hésite pas à envoyer haut les couleurs. Madame tient son rang. D'ailleurs elle me regarde parfois comme la jeuen dame du château regarderait son palefrenier. Je me dis que j'aurais du sortir le costard et porter ma Rolex. Ma Casio à 29€ ne doit pas faire très sérieux.

D'où je suis, je distingue nettement le solitaire qu'elle porte à une main. Je crois aussi voir une bague de chez Mauboussin et peut-être même une Tank de chez Cartier. Je n'en suis pas sur et je ne vais pas mater comme un fou pur faire l'inventaire de la joncaille de la dame ! Imaginez bien que si même moi, le gros plouc, j'ai eu l'oeil pour voir toute la quincaillerie , une autre femme l'aurait de suite vu et même estimée !

Je lui demande alors si la mission qui lui a causé du souci s'est opérée dans un milieu féminin. Elle acquiesce. Je lui demande ensuite, si la par le plus grand des hasards, son supérieur lors de cette mission, n'était pas en fait une supérieure. Et si par un autre concours de circonstances, ladite supérieure n'était pas une femme falote voire moche proche de la retraite. Effectivement, me répond-t-elle, sa supérieure était une quinquagénaire falote un peu paumée. Elle l'a jugée plutôt agréable quoiqu'à la réflexion, il lui a semblé que parfois elle pouvait se montrer désagréable sans qu'elle n'en devine les raisons.

Je poursuis mon travail façon Sherlock Holmes et lui demande si ladite supérieure était aussi "élégante" qu'elle. Certes non, me dit-elle ! La supérieure était plutôt du genre gilets informes et peu soignée. Hmm, fais-je alors comme seuls savent le faire vraiment mes confrères psychanalystes voulant marquer le fait qu'ils écoutent leur patient sans pour autant prendre partie.

J'explique alors à la jeune dame qu'à mon sens, c'est juste une crise de jalousie de la supérieure envers elle. Je ne doute pas que professionnellement elle ait fait tout son possible mais parfois dans un milieu très féminin, il faut s'attendre à voir se manifester des comportements qui semblent incohérents alors qu'ils ne le sont pas. C'est la revanche de la "vieille moche" sur la "jeune belle", de la "pauvresse" sur la "riche", c'est d'un classique à toute épreuve.

Ça ne devrait pas avoir lieu dans le milieu du travail mais cela existe. On appelle cela la compétition sexuelle. Et si on l'observe souvent entre mâles à grands renforts de vannes sonores voire de coups bien portés, elle existe aussi chez les femelles mais elle est plus ténue et plus vicieuse. C'est toute la subjectivité humaine au travail. On pense qu'on va œuvrer dans un milieu asexué unifié par les seuls compétences et voici que les hormones s'en mêlent. Les théories fumeuses en tous genres et a culture d'entreprise nous embrouillent : les hormones font la loi !

Je lui fais alors part de mes observations concernant ses bijoux. Elle s'emporte et me dit qu'elle fait ce qu'elle veut de son argent. Je la rassure en lui expliquant que je suis un grand libéral mais que parfois, et justement dans le milieu professionnel, et surtout s'il est féminin, on ne fait pas ce que l'on veut mais ce que l'on doit. Parce que parfois, on aura à faire à de la jalousie, à de la rancœur. Je lui explique alors que la sagesse veut qu'on arrive alors sur le lieu de travail en étant un degré moins apprêtée que sa supérieure. La sagesse commande !

De mauvaise grâce elle admet que j'ai raison et qu'elle a pu sentir une forme de jalousie voire de mesquinerie de la part de sa supérieure. Mais elle était persuadée que s'agissant d'un travail, le bon sens l'emporterait et non le fait qu'elle porte un solitaire dont sa supérieure soit jalouse. Ratée jolie petite dame ! On sort pour aller en soirée ou à l'opéra, mais on se fait discrète au travail. Tout fin observateur de la gent féminine a déjà pu constater les vannes que les femmes peuvent s'envoyer entre elles !

Tenez voici quelques années, tandis que je parlais d'une patiente commune à son médecin, femme elle aussi, qui avait oublié son  nom, je tentais de la lui décrire. Je lui expliquai alors que notre patiente en question était une jolie blonde aux yeux bleus. Je vis alors le médecin ouvrir de grands yeux et me répondre qu'elle voyait parfaitement de qui il s'agissait. Puis, elle me dit : oui effectivement, elle a de très jolis yeux mais qu'est-ce qu'elle est moche, elle a une peau atroce ! Effectivement j'avais gaffé, on ne parle pas d'une femme à une autre, fut-elle médecin, en lui disant qu'elle est jolie sous peine de voir poindre sa jalousie.

Il n'y a que les vieux poivrots comme Renaud pour voir en les femmes, de douces créatures. C'est d'ailleurs toute la finesse de ces diaboliques que d'être parvenues à se faire passer pour de douces colombes alors qu'elles en remontreraient au pire des vautours. Comme me le serinait souvent Laurence, de sa voix basse en me fixant de ses yeux gris, du temps où elle collaborait à ce blog : méfie toi toujours de la duplicité des femmes.

J'attire d'ailleurs l'attention des plus glandeurs de mes lecteurs ayant le temps de regarder des choses idiotes l'après-midi sur l'émission "Les reines du shopping", au cours de laquelle cinq femmes sont mises en compétition pour savoir qui sera la plus coquette, pour constater que parfois les femmes sont des hyènes entre elles ! Qu'une soit plus belle, plus joliment apprêtée, qu'elle fasse des manières et voici que toutes les autres se jetteront sur elle ! On ne félicitera jamais assez Cristina Cordula pour l’excellente vulgarisation de la sociologie qu'elle fait.

C'est ainsi, c'est la vie. Ça ne devrait pas exister au travail, monde froid où seules les compétences sont prises en compte. Mais ce n'est pas demain la veille qu'on parviendra à faire taire les hormones.

Plaute nous enseigne que l'homme est loup pour l'homme, et moi je vous assure que pareillement, la femme est une hyène pour la femme !

Mulier, mulieris hyaena est !

30 mai, 2016

Ils ont osé !


Tous mes lecteurs savent que j'aime la première guerre mondiale. en fait, c'est idiot, je ne l'aime pas puisque ce fut une immense boucherie. Disons que je m'y intéresse. Mes grands-parents l'ont faite, mon grand père paternel dans l'artillerie française et mon grand-père maternel dans le train des équipages italiens. Il faut dire que le pauvre ne avait marre de rouler dans les Dolomites avec des phares de black-out en entendant ses copains verser dans les ravins. Alors quand on lui a proposé de venir sur le front français, il s'est dit que ce serait plus cool. Et il est arrivé à Verdun !

Mes deux grand-mères avaient la collection complète et reliée du journal de guerre le Miroir que je lisais avidement quand j'allais les voir étant petit. Je regardais les images, lisais les articles et concluait que ces crétins de boches avaient eu tort de nous piquer l'Alsace et la Lorraine ! Peu de morts ou de blessés dans ces récits de guerre mais des articles militants séparant totalement les bons, nous, des méchants, les fridolins ! On y lisait par exemple que les Uhlans, ces cavaliers armés d'une pique coupaient les mains des petits enfants français. C'est dire s'ils étaient cruels les teutons !

Par la suite, j'ai lu Péguy, un capricorne comme moi, et Alain-Fournier et je les ai appréciés. J'ai gardé un souvenir ému du Grand Meaulnes et de son amour pour Yvonne de Galais, ce doit être mon côté jeune fille ! Et j'ai su que les deux, comment tant d'autres, étaient morts durant la Grande Guerre, Alain-Fournier à l'âge de 27 ans et Charles Péguy à 41 ans, tous les deux en 1914.

Ensuite, j'ai lu des ouvrages plus sérieux sur la guerre et puis j'ai visité les champs de bataille à plusieurs reprises. Et là, j'ai toujours été saisi d'effroi. quiconque ne s'est jamais rendu à Verdun ou aux Eparges, ne comprendra jamais l'ampleur du carnage. Ces villages martyrs, ces terrains bouleversés par les obus, ces champs de croix à l'infini, ces monceaux de crânes que l'on aperçoit dans l'ossuaire de Douaumont sont autant de témoins de l’âpreté des combats.

J'avais donc été très légitimement irrité en apprenant qu'un certain Black M, que je ne connais d'ailleurs pas avant qu'on en parle vu que je suis de la vénération de Claude François et de C Jérôme, allait chanter le jour de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun. J'avais en outre été abasourdi en entendant ce crétin expliquer aux jeunes qu'il fallait venir nombreux parce qu'on allait bien s'amuser. Puis, constatant qu'il ne fallait pas s'en prendre à ce lampiste j'avais voué aux gémonies ces merdes d'élus prêts à tout pour rameuter l'électorat des jeunes, quitte à cracher à la gueule de ces jeunes hommes morts dans cette atroce bataille.

J'ai appris hier et même vu qu'en lieu et place de ce rappeur merdique, la commémoration, ou plutôt la "scénographie" comme on dit maintenant avait prévu que des jeunes allemands et français s'élancent entre les tombes pour courir au son des des Tambours du Bronx.

Après avoir vu cela, cette odieuse manifestation, si l'on m'apprenait que notre bon président a un cancer du trou du cul qui le fait pourrir de l'intérieur et qu'il risque de trépasser dans les pires souffrances, je ne suis pas sur que je serais plein d'empathie pour lui. Comment peut-on avoir l'idée de faire courir entre les tombes d'un cimetières qu'on appelle généralement lieu de repos éternel ?

Je comprends évidemment la lourde symbolique consistant à opposer la keunesse franco-allemande réunifiée s'opposant aux combats fratricides de leurs aînés. Mais merde, dans un cimetière ? Dire que cette bande de cons n'a pas de mots assez forts pour nous vanter leur sacro-sainte putain de république dont ils vantent les pseudo-valeurs avec l'onction d'un vieux prélat et que ça ne sait même pas respecter les morts !

J'aimerais juste lui survivre. Car si ceux qui m'ont vu courir ont aujourd'hui une longue barbe blanche - je déteste le sport - en revanche je puis vous assurer que je jouis d'un transit intestinal parfait. Je me ferais donc un plaisir d'aller chier sur sa tombe. Une belle et bonne selle bien moulée et bien ferme comme disent les médecins quand ils évoquent un bel étron fleurant bon la bonne santé de celui qui l'a fait. Un vrai rêve de gastro-entérologue !

Ce serait ma scénographie à moi ! Mon hommage bien senti à ce guignol ! J'ai le droit d'être moderne voire carrément contemporain à la manière d'un Piero Manzoni quand je rends hommage à Hollande !

Puisque rien ne les choque autant oser !


Bras de fer !


Voici bien des années, tandis que j'abandonnais ma profession de juriste pour me tourner vers la profession qui est maintenant la mienne, j'avais été averti qu'il existait une formation de "gestion de crises". Je m'étais alors renseigné parce que le sujet m'intéressait grandement. Je m'étais toujours demandé, face à des situations d'urgence, comment devaient être prises les décisions.

C'était une formation d'excellent niveau mais le coût prohibitif m'avait empêché de m'y inscrire. A l'époque, j'avais d'autres chats à fouetter. J'aurais pu le cas échéant taxer mon père mais je n'avais de toute manière pas le temps nécessaire à consacrer à cette formation. Parfois je le regrette. Si je suis d'une médiocrité affligeante dans tous les domaines normaux de la vie, heureusement secondé par mon épouse, je suis plutôt bon pour les urgences et les catastrophes. Tandis que je peux paniquer à l'idée de changer de banque ou de fournisseur de téléphone, je sais rester calme dans des situations plus compliquées.

C'est pour cela que le confit actuel opposant la CGT au gouvernement, au sujet de la loi El Khomri, m'amusait. Non que je veuille prendre partie, étant donné que mes inclinations naturelles ne me portent ni vers l'archéo-stalinisme et encore moins vers le socialisme réaliste. Je suis donc les nouvelles, toutes plus affligeantes les unes que les autres, avec l’œil de l'entomologiste observant le combat titanesque entre une mante religieuse et un bousier.

Je me suis donc imaginé conseillant mon ami Manuel Valls. Preuve étant que  je ne suis pas rancunier vu qu'il m'a viré à deux ou trois reprises de Facebook. Grand bien lui fasse puisque de toute manière, je ne mets que très rarement les pieds sur ce réseau social. Mais peu importe, me voici dans le cabinet du premier ministre, tel un diplômé de l'ENA chargé de conseiller le chef du gouvernement quant à la marche à suivre pour régler ce bras de fer avec la CGT alors que les préavis de grève ne cessent de s'amonceler. Raffineries, transports, gestion des déchets, etc., tous les secteurs stratégiques semblent vouloir s’arrêter en même temps obéissant au mot d'ordre de Philippe Martinez, le nouveau responsable de la CGT.

Et donc ? Est-ce si grave ? Je pense que non. Comme l'explique fort bien cet article, les civils se concentrent sur la puissance de feu, les soldats sur la logistique". Et c'est sans doute la clé du problème permettant de sortir de cet affrontement. Voici donc les concurrents en lice :

Ainsi, à ma gauche voici la CGT et sa grande puissance de feu. Comme au bon vieux temps du communisme, ce syndicat en perte de vitesse ne doit sa survie qu'à son maintien dans les secteurs stratégiques, énergie, transports, etc. C'est très malin de leur part puisqu'avec un nombre très réduit de syndiqués, la CGT possède une capacité de nuisance maximale. Chacune des actions entreprises par la CGT résonne comme un coup de tonnerre. Par exemple, comme on vient de le voir, un mot d'ordre et les raffineries s'arrêtent, transformant le plein d'essence en un parcours du combattant.

Bref, nul ne songerait à se moquer de la puissance de feu de la CGT. En revanche, c'est par la logistique qu'elle pèche. Dans la mesure où elle représente essentiellement des personnes à bas salaires, la grève ne peut être maintenue très longtemps sans risques économiques importants pour ces personnes. Ils ont donc des fusils mais peu de cartouches. De plus, c'est par l'utilisation de piquets de grève, interdits par la loi, que ces actions trouvent le succès. Qu'une compagnie de CRS arrive et le piquet saute. C'est aussi simple que cela. 

Ajoutons aux faiblesses de la CGT, le fait qu'elle perde régulièrement des adhérents et ne présentent pas une image très sexy auprès des salariés désireux de se syndiquer. si l'on songe au local syndical CGt, on s'attend presque à y trouver la photo de Maurice Thorez et la ronéotypeuse ! D'ailleurs lorsque la CGT du livre a bloqué la parution des quotidiens, seule L'humanité a paru ! Complètement déconnectée des réalités, la CGT est prise en étau entre des syndicats classiques plus au fait des réalités économiques, comme la CFDT, mais aussi sur sa gauche par d'autres organisations plus enclines à attirer les jeunes comme SUD ou la CNT.

On peut donc légitimement se demander si la loi El Khomri ne serait pas un simple prétexte pour que la CGT puisse rouler des épaules et manifester sa puissance par peur de la perdre. Or comme il est bien connu que des personnes mortes ont manifesté la veille de leur décès une recrudescence d'activité, on peut analyser cette agitation syndicale par la volonté de la vieille centrale de ne pas mourir alors que chacun sait que ses jours sont comptés. D'ailleurs, avec un budget dans lequel les cotisations des adhérents ne représentent même pas cinq pour cent du total, la CGT est-elle encore un syndicat de travailleurs ? Sans doute qu'avant d'être ensevelis par les fosses à bitume, les mammouths de La Brea  ont il barri aussi fort que la CGT hurle aujourd'hui !

Ainsi, si la puissance de feu de la CGT est réelle, elle n'a aucune capacité logistique ni en termes financiers, car une grève coûte cher à maintenir, ni même en termes de soutiens. Car si au début, les opposants à la loi el Khomri ont pu soutenir la stratégie de la CGT, nul doute qu'après des heures à patienter pour faire un plein d'essence, les annulations de vols ou de trains et pire, le naufrage de l'Euro de football, les rats quittent le navire, ulcérés d'être ainsi pris en otages.

A ma droite voici Manuel Valls et son gouvernement de bras-cassés. Avec une cote de popularité de seulement 24%, on ne peut pas dire que notre premier ministre soit le chouchou des sondages. A ce niveau de médiocrité, s'il recule devant la CGT comme en son temps Alain Juppé, il ne lui reste qu'à présenter la démission de son gouvernement et c'en est fini de ses ambitions politiques avant longtemps. Compte-tenu de la personnalité du premier ministre, homme fier et orgueilleux, je ne l'imagine pas céder face à Philippe Martinez. C'est une qualité comme un défaut si l'on se souvient de la fable du Chêne et du roseau

Symbole du fin de règne qui s'apparente à un naufrage, on pourrait douter de la puissance de feu de Manuel Valls que l'on imagine presque acculé dans son palais tandis que les émeutes font rare au dehors. Ce serait oublier qu'il a récemment triomphé de Nuit debout, ce mouvement que d'aucuns voyaient essaimer partout en France puis dans le monde et qui a pris fin, ne laissant subsister que quelques marginaux et autres hurluberlus Place de la République. De la même manière, la présence permanente de casseurs venus en découdre aura eu raison des manifestations qui se sont succédées depuis quelques temps. D'ailleurs les chiffres du nombre de participants à ces manifestations sur toute la France sont plus que médiocres.

Rajoutons qu'en temps que premier ministre, Manuel Valls a le monopole de la violence puisque les forces de l'ordre lui obéissent, l'armée obéissant au Président de la République qui le soutient.Qu'il s'agisse de briser des piquets de grève, voire de réquisitionner du personnel pour les secteurs stratégiques, Manuel Valls peut utiliser des mesures de rétorsion tout à fait légales. Il dispose aussi de moyens financiers quasi-illimités et n'est donc pas soumis au même temps que son adversaire qui doit frapper fort et très vite.

Dans la même mesure, il peut aussi compter sur l'approbation des citoyens qui lassés des conséquences économiques encourues du fait des actions de la CGT pourrait se retourner facilement et faire de Manuel Valls son sauveur. N'oublions pas que l'opinion est changeante. Que des matches de football soient annulés, que des personnes soient mises au chômage du fait de ces grèves et la CGT deviendra rapidement le bourreau de la situation. Gageons aussi que la presse gavées de subventions étatiques saura se mettre du bon côté le moment venu s'il fallait faire un choix entre Valls et Martinez. Pour cela, regardez Apolline de Malherbe sur BFM ou Audrey Pulvar sur Itélé et vous aurez un bon point de repère de la presse mainstream.

En bref, à la table de poker, on a donc la CGT et son brelan qui n'aura l'occasion de ne jouer qu'une fois tandis que le gouvernement peut recaver autant de fois qu'il le souhaite. C'est l'enfant qui pique sa crise face au parent. Je conseillerais donc vivement à Manuel Valls de tenir aussi bon que Miss Thatcher en son temps. Le temps joue pour lui.

Je lui conseillerais aussi à titre de dédommagement et pour faire croire à Philippe Martinez qu'il n'a pas entièrement perdu la face de lui accorder deux ou trois hochets de manière à ce qu'il rejoigne ses troupes le lendemain de sa cuisante défaite en persuadant ses adhérents qu'il a obtenu gain de cause.

La CGT n'en finit pas de mourir. Ceci dit je dis ça, je ne dis rien. Je ne suis conseiller de personne et je m'amuse comme une gamine qui jouerait à la marchande à faire comme si. De plus étant en profession libérale, la loi el Khomri ne me concerne même pas !

Peut-être que dans deux semaines, de vieux cégétistes hirsutes se promèneront dans les rues de Paris avec la tête de Manuel Valls au bout d'une pique ?

Je m'en fous, mes voitures ont le plein d'essence, j'ai des poules et les placards regorgent de provisions. J'ai de quoi tenir un siège. Et si je me débrouille, je peux aller fouiller dans la cave chez mon père et retrouver ma carabine à plombs Diana de quand j'étais petit ! 

Qu'ils y viennent un peu voir !


23 mai, 2016

Bullshits jobs et burn out !


Voici déjà quelques temps que je reçois de plus en plus de personnes victimes d'épuisement professionnel. Rappelons comme le fait fort bien l'introduction de l'article Wikipédia que le syndrome d’épuisement professionnel, également désigné comme burnout, combine une fatigue profonde, un désinvestissement de l'activité professionnelle, et un sentiment d'échec et d'incompétence dans le travail. Le syndrome d'épuisement professionnel est considéré comme le résultat d'un stress professionnel chronique (par exemple, lié à une surcharge de travail) : l'individu, ne parvenant pas à faire face aux exigences adaptatives de son environnement professionnel, voit son énergie, sa motivation et son estime de soi décliner.

Le cycle du stress est maintenant bien connu. Lorsqu'on le stress intervient, c'est à dire lorsque des variables suffisamment importantes de notre environnement changent, on entre dans une réaction d'alarme. Si ce stress se maintient, on rentre en phase de résistance qui nous oblige à trouver une stratégie d'adaptation. Enfin, si malgré tous nos efforts, il ne nous est plus possible de nous adapter, on entre dans une phase d'épuisement entrainant des conséquences telles que le burn-out, cette sensation de se consumer de l'intérieur, ou bien la dépression anxieuse. Le stress est donc un état qui nécessite une transaction  entre l'individu et son environnement. 
 
Faiblesse ou force n'y changeront rien, pas plus que l'intelligence puisqu'il est juste demandé de s'adapter, sachant que l'adaptation nécessite parfois de changer totalement son environnement. Ainsi, le burn out n'est pas une pathologie de personnes faibles mais bien au contraire, celle de personnes très fortement impliquées dans leur activité qui prenne le risque de perdre la guerre plutôt que d'admettre qu'ils sont en train de perdre une bataille.

Si l'on a beaucoup parlé depuis la révolution industrielle de la profonde mutation du travail, peu de gens ont en revanche établi l'étendue des nuisances des divers courant de management ayant fait florès ces dernières années. L'anthropologue américain David Graeber a cependant été le premier à parler ouvertement de bullshit jobs pour dénoncer la bureaucratisation de l'économie et la floraison d'emplois inutiles.

On reconnait ces bullshit jobs au fait que s'ils disparaissaient soudainement, il n'y aurait aucune conséquence négative pour la société. Si une liste de métiers de ce type vient immédiatement en tête, on a peine à croire que le management puisse lui aussi fournir son contingent de bullshit jobs. A priori un manager c'est quelqu'un qui dirige, c'est quelqu'un d'utile.

Pourtant, l'apparition de l’organisation matricielle a pu générer un nouveau profil de manager totalement inutile dont l'activité essentielle semble être d'établir des budgets et de faire du reporting, d'exiger beaucoup de ses subordonnés mais de se reposer sur la direction fonctionnelle, fonctionnant de manière transversale, laquelle encaissera tous les risques.
 
C'est ainsi que les meilleurs se retrouvent dans les directions fonctionnelles ou comme chefs de projets tandis qu'un management parasitaire hiérarchique se développe notamment au niveau du middle management dont l'incompétence n'a d'égale que les exigences dans la mesure ou ils restent axés sur les résultats au mépris des réalités des projets dont ils n'ont qu'une vue parcellaire. Le résultat et l'état d'avancement semblent être leurs seules préoccupations à défaut de savoir vraiment comment on s'y prend dans les faits pour qu'un projet avance.
 
Ces dernières années, tous ceux de mes patients que j'ai ainsi vus exploser en vol ont été  les victimes de ces managers hiérarchiques parasitaires exigeant des résultats au mépris de la réalité du terrain.  
 
Reconnaissons qu'ils ont aussi été victimes de leur propension à vouloir honorer à tout prix leurs engagements comme de bons soldats alors même que ces derniers étaient totalement incompatibles avec une juste appréciation de la réalité. Cadences infernales, ordres et contre-ordres, exigences de disponibilité incompatible avec les tâches à mener à bien, etc., leur quotidien était juste un enfer. 
 
Je les ai tous vus s'approcher dangereusement de leurs limites et entrer en phase de rupture. Je n'ai pas ménagé mes efforts pour les prévenir, pour modéliser avec eux la situation à laquelle ils avaient à faire face afin de leur prouver qu'il était matériellement impossible de réussir. Pas un n'a voulu m'écouter même si tous m'ont cru.
 
Sans doute qu'un cursus de type prépa+grande école sélectionnant nécessairement des individus aptes à faire d'importants efforts les rends paradoxalement inaptes à se rendre compte que parfois l'échec n'est pas du à un manque d'efforts mais simplement au fait que l'objectif était totalement déréaliste. 
 
Tous ont foncé bille en tête, persuadé qu'en travaillant plus, toujours et encore plus, au détriment de leur vie sociale, et en mettant en péril leur équilibre psychique, ils réussiraient comme ils avaient réussi leurs concours.
 
Et ça n'a pas marché parce que plus ils en faisaient, plus on leur en donnait. Ça n'a pas non plus marché parce qu'au dessus d'eux, ces fameux managers incapables exerçant un bullshit job, étaient bien incapables de comprendre ce qui se passait réellement aux échelons en dessous. L'important pour eux, c'était de mettre des croix dans des cases pour signifier qu'une tâche était finie avant d'en recommencer une autre.

11 avril, 2016

Les surhumains !


D'abord, j'avais voulu intituler cet article les "inhumains" tant ce je vais vous parler me laisse perplexe. Et puis, je me suis ravisé car plus que d'inhumanité, c'est de surhumanité dont il s'agit vraisemblablement. Mais de qui ou de quoi est-ce que je parle ?

Des victimes ou des proches des victimes d'attentats bien sur ! Tenez, voici peu, un attentat avait lieu à l'aéroport de Bruxelles. Deux ou trois jours après, en regardant un journal télévisé, je vois une des victimes dont la jambe droite vient d'être amputée et qui risque aussi de perdre la gauche, interrogé par un journaliste. Et que nous dit cette victime ? Qu'elle aura du mal à s'en remettre, qu'elle veut à mort aux assassins qui ont ruiné sa vie ? 

Bien sur que non, cet homme nous explique qu'il n'a pas de haine et surtout pas contre les auteurs de cet acte abominable. Amputé fémoral d'une jambe et risquant de perdre l'autre, ce surhomme, tel un Épictète des temps modernes, prend les choses avec philosophie et pratique le pardon comme moi je fume mes JPS. 

C'est la résilience exprès ! Ce sont les étapes du deuil de Kubler-Ross franchies en un temps record ; un contre la montre ahurissant qui voit tous les chronos tomber. Déni, colère, marchandage, dépression et acceptation sont traversées à la vitesse de la lumière. Hier je marchais, aujourd'hui je perds mes jambes et alors ? La vie est belle, je suis en vie et c'est le principal ! Et puis j'ai entendu dire que la C-leg d'Ottobock, le grand prothésiste allemand était une vraie merveille ! J'ai hâte de l'essayer !

Suite aux attentats de Paris, j'ai aussi été témoin des mêmes scènes. Là, le père d'une victime nous rappelait encore une fois qu'il n'avait de haine pour personne tandis que l'époux d'une autre nous serinait la même chose. Dans les deux cas, des salauds sanguinaires leur arrachait leurs proches mais eux restaient de marbre, encore capable de logique et de stoïcisme après un tel traumatisme. Mais comment font-ils ? 

Certes on a tous saisi qu'il ne fallait pas d'amalgame. On a bien compris que pour le pouvoir il y avait clairement les méchants d'un côté et les gentils de l’autre et que d'ailleurs les méchants étaient eux aussi des victimes mais pas des bombes, de la société. D'ailleurs Clémentine Autain, conseillère régionale IdF, nous l'a rappelé sur Tweeter : "il faut opposer à Daesh, plus de services publics, plus de solidarité".

Il n'empêche que je ne comprends pas leurs réactions à toutes ces victimes que l'on  nous montre dans les journaux télévisés. Je ne les comprends pas parce que justement le traumatisme fait de vous un pantin incapable de réflexion. Au pire on enrage, on est soumis aux émotions les plus violentes on pleur, on hurle. Au mieux, on se replie sur soi et on ne bouge pas plus qu'un animal blessé. Je me souviens quand j'avais vingt ans de la tragédie qu'a vécue la mère d'un ami quand le frère aîné s'est tué en moto. Elle s'est tue, ses cheveux ont blanchi en une semaine, elle n'a plus été la même, sa maison est devenu un mausolée et sans le secours de la religion, elle se serait suicidée. Certes, c'est dramatique mais c'est humain.

Plus près de nous, c'est André Bamberski qui enlève le Dr Krombach, l'assassin de sa fille pour le remettre ligoté aux autorités françaises. Une fois encore, même si la méthode est expéditive, je comprends aussi la réaction de cet homme, lassé de voir l'assassin de sa fille en liberté. Je suppose que sur quelques iles de Méditerranée, ce même assassin aurait juste reçu un coup de fusil sans passer par la justice. 

Si la vengeance n'est sans doute pas la meilleure des choses, on admet tous qu'elle est la voie la plus facile quand on subit une injustice tandis que la voie du pardon est très longue. Il en faut pour du temps et de la réflexion pour pardonner. Ce fut ce très long parcours qu'entreprit par exemple Michel Bourgat, dont le fil Nicolas fut assassiné en 1996 pour un simple sandwiche. Pour s'apaiser, il avait choisi la voie du pardon. Il avait relaté ce parcours dans différents journaux quelques années après ce drame. Ce sont des années qu'il lui avait fallu et non un jour ou deux.

Alors décidément je ne comprends pas ces gens victimes des attentats de Paris ou de Bruxelles. Sans doute sont ils plus humains que moi, moins soumis à leurs émotions. C'est fort possible même si c'est hautement improbable. Je suppose en revanche que derrière ces prises de position, il y ait surtout le maelstrom dans lequel ils ont été baignés immédiatement après le drame. Les petites bougies, les embrassades, les mots d'ordre plus ou moins idiots, etc., autant de signes discret de l'hystérie collective qui prenait la foule peu à peu. La colère légitime qui aurait du amener la foule à demander des explications à notre ministre de l'intérieur Cazeneuve, s'est muée en une parodie de deuil un peu grotesque, en un carnaval où la mièvrerie le disputait aux larmes de crocodiles.

Sans doute que les victimes n'y ont pas échappé. Sans doute non plus que pour certaines d'entre elles, ils 'agissait aussi d'adopter une posture 2.0 mimant le faux pardon, celui que l'on encense tellement sur les réseaux sociaux où toute forme de colère spontanée serait très mal vue, un composé complexe de pédanterie, d'infantilisme, d'insensibilité et je ne sais quoi d'autre qui transforme la victime en zombie compréhensif et acquiesçant.

Peut-être justement cette interrogation à chaud par des médias venus exclusivement recueillir des témoignages de pardon à l'exclusion de tous autres, a-t-il créé un biais statistique ne montrant que ce type de victimes ? Peut-être que face à ces médias tout puissants et prompts à chercher la faute, même chez ceux qui viennent d'être victimes d'un acte odieux, a-t-il incité ces derniers à mimer le pardon pour être absous par avance par la presse ? C'est aussi possible.

Lorsque j'en ai parlé voici peu au Touffier, il m'a avoué avoir eu les mêmes réserves face à ce trop plein d'angélisme. Pour lui, l'affaire était entendue, ces gens n'étaient pas de vrais victimes mais des comédiens payés par le système. C'est vrai que certains sites ont pu lancer de telles idées. C'est vrai que lorsque l'on prend connaissance de cela par exemple, il nous est impossible de ne pas douter à tous moments de ce que l'on nous montre. J'ai beau savoir que la théorie du complot est le passe-temps préféré de tous les illuminés, et d'ailleurs notre gouvernement nous met en garde contre cela, j'ai du mal à croire en nos élites et à la presse subventionnée. Mais bon, c'est l'avis du Touffier et pas forcément le mien.

Moi, je pense que ces gens ne sont pas surhumains. Je pense qu'on leur a donné la vedette à un moment tragique de leur existence alors même que l'émotion était à son comble sous forme d'hystérie. Je pense simplement qu'ils se sont laissés happer par ce maelstrom et que c'est cela seul qui les empêche d'être humains et de sombrer comme le ferait tout un chacun. Que les mois passent, que les choses se tassent, que les projecteurs soient mis sur d'autres faits, et ils cesseront d'être portés comme ils le sont par cette hystérie. Ils connaitront alors les étapes du deuil comme moi, l'individu lambda, je les aurais connues, si pareil drame m'était arrivé. Je pense que le climat d'hystérie relayé par ces stupides réseaux sociaux les a empêchés de démarrer leur deuil.

J'en veux pour preuve que voici quelques mois j'avais été très étonné par une nouvelle expliquant qu'une jeune femme amputée des deux bras suite à un accident de métro avait repris des projets professionnels avec succès huit mois après l'accident. Sur le coup, je m'étais demandé qui était cette espèce de déesse qui se voyant les bras tranchés au dessus du coude, décidait d'en prendre son parti et de continuer sa vie. Je m'étais alors interrogé sur mes propres capacités de résilience ! Déjà que je suis prompt à m'énerver quand je ne retrouve pas mes clés, je ne suis pas sur que je serais resté aussi calme si j'avais perdu mes bras.

Et puis, j'ai appris récemment, qu'après un retour à la vie en fanfare, pleine d'un projet qu'elle voulait mener à bien pour se prouver que justement elle serait plus forte que le sort qui l'accablait, cette demoiselle a connu une période d'intense dépression dont elle vient tout juste de se sortir. Ouf, la vie a repris ses bras avec son processus normal de cicatrisation psychologique.

Je suppose qu'il en est toujours ainsi. On n'échappe pas à la dépression quand on est frappé par le sort. Même le grand Cicéron n'y a pas échappé, lui qu'on appelait philosophe de son temps. Cela lui aura valu d'écrire Les tusculanes, un livre merveilleux qui parle justement de tout cela. Les deux premières parties, s'appellent Face à la mort, les deux suivantes Face au chagrin et le dernier Le bonheur.

C'est me semble-t-il le dur chemin que font et feront tous ceux qui sont accablés par les circonstances. Le nier c'est être fou d'orgueil.


Se livrer à une douleur sans fin, pour la perte de ses proches, est une faiblesse puérile ; n'en ressentir aucune, serait une dureté inhumaine. La meilleure manière de tempérer la tendresse par la raison, c'est d'éprouver des regrets et de les étouffer.
 Sénèque - Consolations à Helvia

04 avril, 2016

Lancer de cacahuète !


Lui, il a vingt-huit ans et c'est un patient que je reçois depuis peu. Il est venu me voir pour des angoisses terribles qui confinent maintenant à la phobie. C'est une angoisse étrange qui le saisit dans certaines occasions sociales et le met en panique. Tant et si bien qu'il se met à suer à grosses gouttes et ne peut faire autrement que de se lever de l'endroit où il est, de s'excuser pour rentrer chez lui.

Comme l'angoisse est toujours actuelle, lui et moi avons analysé et passé en revue tous les moments où il s'est mis à paniquer. On a pu remonter douze ans en arrière lors de première crise d'angoisse. Et comme il a bonne mémoire, il m'a même fait un joli tableau Excel dans lequel il a pu répertorier toutes les crises qu'il a eues depuis lors.

La première fois qu'on s'est vus, je lui ai dit au bout 'un quart d'heure qu'il était manifestement surdoué. Cela ne lui a pas du tout fait plaisir. Il m'a dit que sa psychiatre précédente lui avait dit au bout de deux mois. Il a jugé le procédé malhonnête car pour lui la douance, c'est le truc cheap à la mode pour flatter les patients. Je lui ai répondu qu'à moi, il n'avait pas fallu un mois mais un quart d'heure et que j'avais raison. 

Même si je comprenais sa réaction vu que la douance est de nos jours le concept le plus galvaudé au monde en psychologie. Qu'on soit seul, mal aimé, bon à rien, et je ne sais quoi d'autre, et on trouvera très vite un document qui expliquera que non, on n'est pas un toquard mais simplement un individu trop intelligent pour être heureux ! Par chance, je n'ai rien d'un surdoué, et j'en suis fort aise sinon j'en voudrais à mort à celui ou celle qui me jugerai comme tel ! 

Mais je n'en ai pas démordu, ce jeune type est surdoué. D'abord, il est bon en tout, en lettres comme en sciences. Enfin, dans nos entretiens, que je lui envoie une balle au fond du court ou derrière le filet, il est rattrape toutes ! C'est un signe. Je ne m'ennuie jamais avec lui. Et puis, autre signe, ce type n'a pas d'âge. Je pourrais être son père et pourtant quand je lui parle, on a l'impression d'avoir le même âge. J'ai une copine un peu cintrée et adepte de trucs mystiques qui dirait de lui que c'est une vieille âme. Et sur le coup, elle n'a peut être pas tort !

Bon, au bout de quelques semaines à triturer des données, je lui ai dit qu'avant il avait des crises d'angoisses qui se sont résolues d'elles-mêmes. Il est marié, il a un travail et tout va bien. Ce qui subsiste, ce ne sont pas des crises d'angoisse stricto sensu mais l'émanation de sa peur du monde adulte. J'avais ainsi noté que ses peurs ne se manifestaient que lorsqu'il allait être confronté à des situations sociales que l'on admet être inhérentes au statut d'adultes : diners chiants, gens pénibles, obligations lourdingues, etc.

Je lui ai expliqué que je comprenais parfaitement ce qu'il ressentait et que je le partageais bien souvent comme l'atteste mon texte précédent. Il m'a demandé comment j'avais fait pour surmonter tout cela. Je lui ai juste répondu que vers trente ans j'avais choisi une autre vie. J'avais quitté ma carrière toute tracée pour affronter quelque chose ou je me sentirais plus à l'aise parce que j'y mettrais plus de moi même. 

Il m'a alors parlé de capacité de travail, de limites de l'effort acceptable, et de toutes ces choses qui entravent l'homme le plus déterminé quand il n'est pas un bosseur né. Je lui ai alors répondu que j'avais connu la même chose et qu'il m'avait fallu faire un mix de mes facilités, de mes centres d'intérêt, de mes limites en termes d'efforts, de mon intelligence disponible pour en sortir un parcours socialement acceptable. Ce qui me valait aujourd'hui, certes de ne pas être un brillant chef de service de psychiatrie d'un grand hôpital mais d'être un modeste psychothérapeute pouvant se targuer d'avoir une clientèle charmante et assez rock'n'roll dont peu de confrères aimerait se charger.

Je lui ai aussi expliqué qu'on sentait bien qu'il avait le mépris de l'opinion commune mais qu'il recherchait le beau en toutes circonstances. En ce sens, il était un dandy, tel que le concevait Baudelaire, c'est à dire, selon les propres mots du poète "un hercule sans emploi". En effet, pour Baudelaire, le dandy est "une institution vague, aussi bizarre que le duel. Il rassemble des hommes qui possèdent l'argent et le temps et n'ont pas d'autre état que de cultiver l'idée du beau pour leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser." Il n'a pu qu'opiner du chef tant cette description lui parlait bien plus que le qualificatif galvaudé de surdoué.

J'ai alors conclu mon monologue en lui disant qu'il était surdoué, rempli d'humour, joli garçon ce qui ne gâchait rien et qu'il lui appartenait maintenant de trouver sa voie, un combat à sa mesure sous peine de finir comme des Esseintes, le héros de A rebours de Huysmans, perclus d'angoisses et empli de vanité. Je crois l'avoir convaincu !

Tant et si bien que la semaine suivante, ses angoisses avaient disparu. En lieu et place, il se sentait déprimé. D'après lui, j'avais touché juste. Alors, quand je lui ai demandé ce qui le déprimais autant maintenant qu'il savait ce qui lui restait à faire, il m'a répondu cette phrases savoureuses : "jusqu'à maintenant, j'ai toujours géré ma vie chichement. Je me lance une cacahuète à un mètre et je vais la chercher. Et puis, hop, j'en relance une autre et ainsi de suite. Mètre après mètre."

Je l'ai alors rassuré en lui disant que nous allions passer à la noix de cajou que l'on lancerait à deux mètres. Et que lorsqu'il serait capable de l'exploit consistant à ramasser cette noix de cajou, alors nous pourrions réfléchir à un projet de vie un peu plus conséquent.