16 février, 2015

Mots clés et bourrelets de nuque !

Je regardais mes statistiques et j'ai eu l'idée de consulter les mots clés par lesquels les gens étaient entrés sur le blog. Quelle surprise de constater que le premier était "pute" tandis que "bourlet à la nuque" (avec une faute) mais aussi "femme culturiste" se plaçaient en bonne position !

Si j'ai du employer le mot "pute" plus souvent qu'à mon tour car je sais que je peux être d'une rare vulgarité en écrivant, je n'ai pas le souvenir d'avoir parlé de femmes culturistes ?

Quand au fameux "bourrelet de nuque" et non "bourlet", il 'agissait bien évidemment d'une description du Gringeot qui possède, comme toute brutasse, une nuque plissée formant deux épais bourrelets de chair. C'est d'ailleurs à ces bourrelets que l'on reconnait l'homme fort. Mais il en faut deux.

Avec un seul bourrelet de nuque, vous êtes soit gros, soit mal foutu, avec une peau flasque et adipeuse. Ce n'est que lorsque vous arborez les deux bourrelets que vous pouvez décemment vous dire que vous faites partie de la confrérie des brutes, des vrais mâles gorgés de testostérone, du quadra finissant ou du jeune quinqua ayant bien profité de la vie. 

Tandis que le jeune voyou est sec et toujours aux aguets, celui qui a réussi, le capo de tutti capi possède deux bourrelets de nuque ! Toujours ! Les bourrelets de nuque sont à l'homme fort ce que la collerette osseuse est au tricératops ou les dix cors au cerf !

C'est ma théorie sur les bourrelets de nuque et j'y tiens car j'y crois profondément.

Les mères !


Lorsque je reçois de jeunes patients, la plupart du temps cela se passe bien. Même ceux dont le destin semble le plus étrange, le plus anticonformiste, trouvent chez moi une oreille compatissante prête à les écouter sans les juger. Moi qui possède les deux seuls livres jamais écrits en français sur les hérissons, j'aurais mauvaise grâce à m'ériger en juge de la normalité.

Finalement, dans ces cas là, mes pires ennemies ce sont leurs mères ! Elles sont toujours là, à guetter ce qui ne va pas et à mesurer la distance entre ce que leur fiston fait et ce qu'elle considère comme étant la normalité. Et dans un monde dévirilisé, ne comptons plus sur les pères pour dire aux mères : mais cesse de l'emmerder le pauvre, laisse le un peu vivre ! Non, ça n'arrive plus. Le père vit planqué à l'abri des soucis, parfois comme un adulescent laissant reposer sur la mère toute puissante l'éducation des marmots.

Or qu'est ce qu'une mère, fut-elle la meilleure, peut bien connaitre de leur fils dont elle a certes accouché mais qui au fil du temps s'est transformé en jeune mâle gorgé de testostérone ? Rien bien sur ! Et tandis que certains errements, certaines remarques, certaines angoisses de leur progéniture, m'amusent parce que je n'y vois juste que la confrontation entre ces jeunes hommes et la vie, les mères se tordent les mains en gémissant. Parce que vous comprenez, le petit il ne va pas bien du tout puisqu'il ne fait rien de ce que je lui dis !

Quand je commence un travail avec un de ces jeunes mâles, et encore plus quand je me rends compte qu'il est très différent du commun des mortels et qu'il ne s'épanouira pas dans un environnement classique. Et alors ? Après tout, moi je suis marchand de bonheur et non consultant à l'APEC et il ne m'échoit pas de désigner comme seul avenir possible l'exercice d'une profession avec costume cravate et voiture de fonction !

Mais les mères ne le conçoivent pas ainsi, elles qui pensent que si elles veulent des petits enfants, la meilleure manière pour leur marmot de rencontrer l'élue de leur cœur est justement d'avoir un travail salarié. On a beau donner des tas d'exemples de gens ayant réussi sans être pour autant salaryman, elles s'en foutent. Aux autres les grands voyages, les aventures curieuses et les destins complexes, mais pour leur gamin, elles n'en démordent pas, il sera cadre dans une assurance ou dans une SSII.

Alors de guerre lasse et avec l'autorisation des jeunes patients, je reçois les mères. J'essaie de m'en faire des alliées, de leur montrer que je partage totalement leurs angoisses, mieux que je les comprends et que leur fiston est entre de bonnes mains, que je suis un type sérieux qui ne va pas faire n'importe quoi avec la chair de leur chair. D'ailleurs, le jour où j'en reçois une, je passe spécialement l’aspirateur et je fais les poussières dans le cabinet, je vide les cendrier et je balance du febreze (parfum fraise) dans la pièce ! 

Parce qu'elles voient à tout et quelque soit mon discours, fut-il le plus posé, le plus raisonnable, il n'aura aucun poids si leur œil détecte la moindre poussière ou leur nez la moindre odeur suspecte. Je deviens aussi lisse que je peux l'être ! La plupart du temps, quand je discute avec elles, je sais que cela ne sert pas à grand chose. Le mieux que je puisse obtenir, c'est qu'elle sache que le petit est entre de bonnes mains et que je comprends leurs angoisses. Au grand jamais, je n'obtiendrai qu'elles adhèrent totalement aux projets de leur fils ou qu'elles comprennent que parfois, dans la vie d'un homme, le choix d'un destin puisse être compliqué.

C'est ainsi que le connais fort bien Madame Jésus, la mère de Jésus, mon patient exorcisé. Après que ledit exorcisme eut bien fonctionné et que l'état de Jésus se soit considérablement amélioré, je l'ai reçue pour parler de tout cela, car il faut bien admettre que ce n'est pas tout le monde qui a un gosse possédé !  Il faut savoir, comme je l'ai déjà dit, que la psychiatrie se révélait impuissante et que quelques mois encore, et on collait des électrochocs à Jésus, faute d'autres moyens thérapeutiques efficaces. 

Que croyez-vous que Madame Jésus m'ait dit ? Qu'elle était contente ? Oui, un peu, il allait mieux et c'était notable. Que cette aventure était incroyable mais qu'on s'en sortait bien ? Oui, un peu aussi, ça avait marché mais l'important n'était pas là. L'important c'était que Jésus ne débarrassait pas la table après avoir diné et avait laissé des saletés en râpant du gruyère sur le plan de travail et que ce n'était pas bien du tout. Et pourtant Madame Jésus est diplômée de Sciences-Po. Mais s'agissant de son fils, elle redevient une mère se plaignant qu'il a beaucoup changé tout de même, lui qui était si mignon petit et si affectueux.

A la fin, je suis désarmé et obligé de sourire en promettant que le miracle ce sera pour bientôt et qu'après avoir aidé Jésus à surmonter une crose qui aurait pu l'envoyer en HP jusqu'à la fin de ses jours ou le pousser au suicide, je m'attaquerai au plus grave de ses problèmes : que ce jeune verrat n'essuie pas le plan de travail de la cuisine après avoir râpé du fromage !

Une autre mère, tandis que je n'avais aucun problème avec son fils qui s'est toujours révélé charmant, me disait que, oui peut-être mais il est très différent de sa sœur, beaucoup plus remuant ! Sans doute qu'en le castrant et en le bourrant d'oestrogènes, on aurait pu en faire un fils parfait, tout doux, mais je ne prescris pas et je doute qu'un médecin soit prêt à ordonner un tel traitement.

Une autre, pas une mère mais une femme médecin, me parlant d'une patiente que nous avions en commun, semblait plutôt timorée face aux résultats obtenus, arguant du fait qu'elle continuait à fumer des cigarettes. Comment ? Cette patiente qui avait été jusqu'à vendre son cul pour sa dope, était considéré comme perdue, et s'était sortie d'à peu près tout, continuait malgré tout à acheter des Marlboros ! Cette fois aussi j'avais expliqué que pour les miracles, on attendrait un peu.

D'ailleurs avec ce médecin, pour qui j'ai la plus grande estime, lorsque l'on aborde le cas de patients que l'on a en commun, parfois j'ai l'impression qu'on joue au papa et à la maman. Je finis toujours par me fâcher en lui disant de lâcher l'affaire à untel ou une-telle !

Bref, je n'irai pas jusqu'à dire que les mères m'emmerdent parce qu'elles jouent leur rôle finalement. Disons que les pères manquent cruellement dans le tableau.

Le temps qui passe !


Aujourd'hui, c'était les quarante ans d'un ancien patient à moi avec qui j'ai conservé des liens. Polytoxicomane ayant sans doute dealé aussi, ce patient m'avait été envoyé par son médecin qui m'avait expliqué que j'étais le psy de la dernière chance. Ce patient n'avait que vingt-quatre ans à l'époque et une longue pratique de la dope.

Il m'avait appelé sur ma ligne fixe et on avait pu discuter près d'une demie-heure. Compte-tenu de son expérience, il détestait ma corporation en qui il voyait une bande de branleurs incapables doublés d'escrocs. D'ailleurs, son médecin me l'avait précisé, il avait menacé physiquement son dernier psy, un psychanalyste chez qui on l'avait adressé et qu'il n'appréciait pas.

Au téléphone, tout s'était bien passé. Le ton du discours était certes un peu véhément mais courtois. Le vocabulaire était riche, la syntaxe parfaite et ma foi, je ne pouvais pas m'inscrire en faux contre ce qu'il disait de ma profession. Moi aussi j'ai déjà eu envie de frapper des psychanalystes. Pas tous bien sur, mais les plus orthodoxes, ceux qui ne comprennent pas que face à quelqu'un en souffrance, le moment n'est pas venu de parler de maman, de son œdipe et de faire hum hum mais qu'il faut agir.

On avait donc pris rendez vous suite à cette prise de contact téléphonique et j'avais immédiatement appelé le médecin pour lui dire que le contact était bien passé et qu'à mon avis, ça marcherait bien. Comme à son habitude, le médecin m'avait dit : oui je sais, avec toi, rien n'est jamais grave, je commence à te connaitre. Ben oui, face à un type intelligent et donc accessible à la raison, tout est question d'alliance thérapeutique et il n'y avait aucune raison que cela se passe mal.

Bien sur, si dès le départ, parce que c'est un toxico, vous jouez le kéké donneur de leçon, selon le profil psychologique du toxico, soit vous vous faites éclater le museau, soit il se barre pour ne plus revenir. Je crois que ma chance, c'est de fumer du tabac un truc addictif qui ne sert à rien mais que j'aime beaucoup. Alors, je crois que je comprends un peu les toxicos. Eux et moi, nous sommes un peu cousins. Du moins, je ne les regarde pas d'un drôle d’œil comme si ce qu'ils font était la chose la plus folle qui soit.

Et puis, je suis un mec super prosaïque, je me défie toujours des grandes théories à la con. Je crois que le plus souvent les choses ne sont pas si compliquées qu'elles en ont l'air. Et plus que tout, je déteste ceux qui justement trouvent que "c'est très complexe", ce qui me semble être la preuve flagrante qu'ils n'ont rien compris. C'était assez simple finalement puisque ce jeune type se droguait pour mettre un filtre entre lui et le réel qu'il ne pouvait pas supporter. Rien de plus.

Tout s'était joué sur le premier rendez-vous. Je m'en souviens encore parfaitement bien, même s'il serait trop long de le raconter ici. Je me souviens, qu'ils 'était assis en face de moi, je lui avais proposé un café et il avait été surpris. Après tout, pourquoi ne pas bien accueillir les gens que l'on reçoit ? Je lui avais dit qu'il pouvait fumer et il avait apprécié. Les héroïnomanes sont toujours de gros fumeurs. Il avait apprécié aussi et ces deux attentions avaient suffit à le déstabiliser un peu.

Mais, il était resté ferme. Et quoique le premier contact ait été positif, il avait voulu me tester en se montrant véhément, un peu comme s'il commençait à me boxer pour voir ce que j'avais dans le ventre. Son discours était cousu de fil blanc, c'était un rebelle qui se cognat aux murs de sa prison intérieure et voulait en découdre. Je n'avais répondu à aucun de ses coups, me contentant de les esquiver et de dédramatiser.

Dédramatiser jusqu'à ce qu'il comprenne que je n'étais pas son ennemi mais juste un type qui pouvait éventuellement l'aider à s'en sortir et que ce n'était pas très compliqué finalement. A une époque où l'on prescrivait du subutex ou de la méthadone, se sevrer de l'héroïne n'était pas si difficile que cela. Pas si difficile pourvu que l'on ne néglige pas l'aspect social de la thérapie. Il fallait donc offrir un cadre structuré et structurant à ce jeune type pour lui permettre de passer du statut de toxico avec ses repères à celui d'adulte avec d'autres repères.

Angoissé par la vision qu'il avait du monde des adultes, rigide et stricte, je lui en avais offert une autre, lui montrant qu'on pouvait assumer ses obligations sans pour autant s'ennuyer dans la vie. En vérité, il était bien plus rigide que moi. D'ailleurs je l'appelais Monsieur l'officier ! Cela ne m'étonnait pas qu'il angoisse à l'idée de grandir compte tenu des exigences qu'il avait vis à vis de lui ! Je lui ai juste montré que la vie était bien plus simple qu'il imaginait et qu'il existait bien d'autres possibilités de bien vivre sans pour autant s'ennuyer. 

Finalement e sevrage s'était plutôt bien passé. Ensuite, je m'étais débrouillé pour lui trouver un petit travail. Quelque chose de pas trop compliqué dans un environnement sympathique qui lui permette assez vite d'être content de lui. Le travail structure le temps, apporte de la reconnaissance et de l'argent. Alors il était hors de question qu'il reste à ne rien faire. Ça avait bien marché durant une année au terme de laquelle, il avait fallu trouver autre chose. J'avais alors considéré qu'il était prêt à se confronter à quelque chose de mieux et l'avais alors présenté à mon camarade Toju qui l'avait trouvé très bien et l'avait aidé à trouver un poste intéressant.

Ensuite, on avait très largement espacé nos rendez-vous et il ne venait me voir qu'en cas de "petites crises passagères", ces moments où l'on trouve que tout est dur et que l'on a envie de tout envoyer balader. Je me contentais alors de l'aider à franchir cette nouvelle épreuve en lui permettant du recul, rien d'autre. Et puis vint un jour où il ne fut qu'un ex-patient. Comme nous nous entendions bien, il passait de temps à autre, au gré de son emploi du temps, prendre un café et papoter de tout et de rien.

Quelques années après, il me racontait encore des choses en me disant : tu te souviens de l'époque où j'étais toxico. Cela l'amusait parce que finalement, il n'avait pas trouvé cela si difficile de passer de ce statut de toxico à celui d'adulte assumant ses responsabilités. Du moins bien moins dur qu'il ne l'imaginait à l'époque de ses vingt-quatre ans quand il jugeait que ce monde hostile ne saurait accueillir un être aussi complexe qu'il s'imaginait être.

Plutôt très doué, il a vite grimpé dans son travail, accédant à un poste de direction moins de dix ans après avoir commencé. Il a collaboré avec mon épouse avocate. Une fois je m'étais joint à un de leur déjeuner professionnel et c'est vrai que c'était marrant de voir ce jeune que j'avais reçu vêtu d'un jean et d'un sweat à capuche, sapé comme un milord en costume, consultant la carte des vins avec sérieux. Et puis comme on dit, la vie a fait son œuvre.

Il s'est marié, et j'étais son témoin de mariage car il y tenait, et il a eu une fille. Il a acquis son appartement. Il a même lâché son travail salarié voici un an ou deux pour monter son entreprise. Bref, lui qui vouait aux gémonies la vie de bourgeois, il s'y épanouit avec délectation, voyageant et roulant en Peugeot 308 ! Croyez-moi, moi qui est connu un monde que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, rouler en Peugeot est le fait du bourgeois conformiste ! 

Ceci dit, tout n'est pas à jeter dans son passé, loin de là. Car quand vous avez fréquenté les squats, acheté votre dope à la Chapelle ou à Barbés, fréquenté des gens infréquentables et passablement dangereux et triomphé de certaines épreuves avec succès, vous êtes armé pour la négociation. Tout se joue souvent sur l'apparence et sur le regard dans certains milieux. Et j'avoue qu'aujourd'hui, fut-il vêtu avec une rare élégance, son passé de "voyou" lui est utile car ce n'est pas le premier diplômé de sup' de co qui lui fera baisser les yeux ou l'arnaquera. L'école de la vie est une excellente formation aussi.

Et hier tandis que je lui souhaitais son anniversaire et que l'on reparlait du temps passé, il m'a dit qu'il venait de passer la meilleure décennie de sa vie. Confortablement installé dans sa vie bourgeoise avec Peugeot, vacances lointaines et écran plat géant, il se contente de vivre sereinement sans grande angoisse. 

Je lui ai donc souhaité que la décennie qu'il entame soit aussi féconde et riche que celle qui s'en était allée. Avec pourquoi pas une Peugeot 508, maintenant qu'il est chef d'entreprise ? Mais, ça m'a fait tout drôle quand même d'entendre celui que je prenais pour un gamin un peu rebelle parler comme un homme et constater qu'il m'avait rejoint dans le clan des quadras.

Comme le temps passe !

15 février, 2015

Conseils de pro !


Tout le monde se demande comment Jean sablon parvient à choper comme un fou. Certes, de l'avis général, il est plutôt beau garçon mais il n'en fait pas des tonnes. Ce n'est pas un hipster, c'est le moins que l'on puisse dire. Ce qui énerve considérablement le Jeune Gentihlomme Tourangeau qui malgré ses jeans slims, ses baskets montantes et sa veste de chez The Kooples ne ramène pas grand chose dans ses filets !

Par exemple personne n'a jamais vu Jean Sablon dans une salle de sport pas plus qu'il n'investirait dans des fringues à la dernière mode. Pour collectionner les aventures, et sa légende parle de cinq mille maitresses, il se contente d'une liquette en coton (Tex Carrefour), d'un pull en polyamide (Vêtimarché), de ses chaussures bateau (Bata) et d'un jean (Auchan). Sa Swatch, il l'a trouvée un jour par terre. Et le plus qu'il ait raqué pour une femme, c'est un soir où il a invité et que la happy hour était dépassée. Il a du payer les deux cafés plein tarif, il en parle encore !

Tout le reste, c'est sa tchatche, quoiqu'à la vérité ce soit plutôt un taiseux, une particularité héritée des paysans de la Haute-Loire en Auvergne chez qui il se ressource au milieu de nulle part deux fois par an. Parce que Jean sablon, ce n'est pas le genre de type à vous raconter ses escapades lointaines. Comme il le dit si souvent : pourquoi que j'irais payer pour voir des trucs que je peux mater gratos sur le net ? Alors comment fait-il ? D'où lui vient cette science ?

Sans doute des ses lectures si je me réfère au dernier livre qu'il m'a offert pour mon anniversaire, le douze janvier dernier. Il m'a juste tendu un petit sac FNAC dans lequel se trouvait une biographie pour le moins étrange puisqu'il s'agissait de Pimp, mémoire d'un maquereau de Iceberg Slim qui raconte sa vie de proxénète jusqu’à ce qu'il se range.

J'avais pas mal de livres en retard, c'est pour cela que je ne l'ai attaqué que voici quelques jours. Et en lisant le début du livre dans lequel Iceberg Slim nous raconte sa quête au cours de laquelle il souhaite devenir le plus grand mac de tous les temps, j'ai noté des conseils intéressants. Conseils qu'à peut-être mis en pratique Jean Sablon, allez savoir ! Voici un extrait :

Cet emmerdeur de junkie commençait à me courir sérieusement. Assis à côté de lui, je réfléchissais aux questions à lui poser pour en tirer le maximum et pouvoir me tirer d'ici au plus vite. Il avait l'air d'un babouin ratatiné et son haleine empestait comme s'il venait d'avaler un bol d’asticots.
- J'en pince pas tellement pour Pepper, dis-je. Elle est trop à la redresse pour moi. Je suis venu  te voir parce que tout le monde sait que t'en connais un rayon. J'aimerais bien que tu me donnes des tuyaux pour arriver à lui piquer un peu de fric.
Le babouin mordit à la banane que je lui avais lancée. Il était disposé à parler de proxénétisme.
- L'enfer est plein de gogos qui réclame de l'eau fraiche, mais c'est trop tard pour eux , dit-il. L'eau fraiche, ils n'en auront jamais. Ce qui compte avec une fille c'est la manière dont tu t'y prends au début. Parce que ça finira de la même façon. Bien sur, tu peux commencer par faire le mac avec un gonzesse et puis finir comme un pigeon et te faire plaquer, mais ça ne marche jamais dans l'autre sens. Avec Pepper, t'as commencé comme un micheton, impossible de revenir en arrière, elle te verra jamais comme un mac. Oublie la et trouve toi une autre fille.

Moi qui suis fleur bleue, j'ai été outré par tant de cynisme. Je désapprouve évidemment totalement cette manière pratiquer et me désolidarise complètement des propos de Iceberg Slim ! Le livre est cependant passionnant à lire et je ne dis pas que de temps à autre, au fil de la lecture, un brave type ne comprenant rien aux femmes, n'y apprenne pas quelques petits trucs. Disons que s'agissant de vécu, ce livre peut-être un bon complément de ce que ces mêmes braves types apprendront en lisant les sites de conseils de drague les plus connus.

09 février, 2015


Je viens de modérer mes commentaires et une de mes lectrices me demande : s’il n'y a pas de transfert en TCC, comment expliquer l'attirance que l'on a pour son psy ? Ben, que répondre à cela ? Déjà, il s'agit de distinguer le transfert de l'attirance.


Le transfert est le moteur, le poitn central de toute psychanalye et repose sur deux grands principes. Premièrement, le patient suppose que le psychanalyse possède un savoir et qu'il connait les réponses aux questiosn qu'il se pose. Dans les faits, même si le psychanalyse ne sait rien, le patient ressent la nécessité de s'appuyer sur la certitude que son analyste sait, pour aller au-devant de son savoir inconscient, y trouver les réponses appropriées. Enfin, un peu comme on le ferait sur un mannequin de couture, le patient accroche à son analyste toutes les défroques des gens qui ont compté dans son histoire. Il va ainsi rejouer avec son analyste les relations qu'il entretenait avec ces personnes puis analyser ces relations pour les comprendre.

On admettra ainsi que, « le transfert en psychanalyse, est essentiellement le déplacement d’une conduite émotionnelle par rapport à un objet infantile, spécialement les parents, à un autre objet ou à une autre personne, spécialement le psychanalyste au cours du traitement ». Au sens large, le transfert est donc : « La reviviscence de désirs, d'affects, de sentiments éprouvés envers les parents dans la prime enfance, et adressés cette fois à un nouvel objet, et non justifiés par l'être et le comportement de celui-ci. ».

En revanche Larousse explique l'attirance est une force qui attire par le plaisir, le charme, le vertige, qu'elle est le sentiment de quelqu'un qui est séduit : Éprouver une forte attirance pour quelqu'un. L'attirance existe donc en tant que telle et ne se justifie pas forcément par l'inconscient. On peut être attiré par une personne, par une marque ou que sais-je encore, sans qu'il ne soit nécessaire de se faire des nœuds au cerveau pour en comprendre les causes. La vie n'est pas une cure analytique, Dieu merci !


Le transfert n'est donc pas une simple attirance mais la projection d'un conflit inconscient sur la personne du psychanalyste. On ne saurait donc voir de transfert partout, dès lorsqu' il existe une attirance entre deux êtres. Confondre transfert et attirance serait le fait  soit d'une personne ne connaissant pas la définition de ces deux mots ou bien d'une personne démarrant une analyse et voyant de la production inconsciente dans les faits les plus anodins de l'existence. Or, même pépé Freud l'a dit : parfois un cigare n'est rien d'autre qu'un cigare !Mais pour compliquer le tout, et pourvu que l'on accorde le moindre crédit à la psychanalyse, attirance et transfert peuvent parfois être mêlés. 

S’agissant des TCC, leur réussite n'est pas axée sur ce fameux transfert que l'on devrait liquider, permettant ainsi au patient de se libérer de ce conflit intrapsychique qu'il projetait sur son analyste. Dans les TCC, il s'agit pour le thérapeute et le patient de former une alliance thérapeutique désireuse de travailler sur les symptômes afin de les éradiquer. Le transfert doit donc être découragé si l'on sent qu'il nait dans la relation afin de ne pas dénaturer la relation thérapeute/patient. On voudrait aussi vivre dans un monde parfait et songer que l'on ne choisit pas son thérapeute en fonction de l'attirance que l'on a pour lui/elle mais uniquement pour ses compétences.

Ce serait bien vain et raisonner comme un ingénieur alors qu'il s'agit d'individus autrement plus complexes. Il est certain que la relation ne peut s'établir que s'il existe de la part du patient une forme d'attirance pour le thérapeute. Je ne parle évidemment pas ici d'attirance sexuelle, mais d'un sentiment plus neutre, que l'on pourrait qualifier de sympathie. On n'imagine pas un patient qui irait consulter quelqu'un qui connaitra toutes ses pensées intimes en pensant que c'est un(e) sale con(ne). 

Une forme d'attirance est donc nécessaire, sans doute que celle se situe au niveau des valeurs que le patient et le thérapeute partagent. Par exemple, en mon jeune temps, j'avais choisi mon analyste, non pas en fonction de ses qualités, dont je ne savais rien, mais simplement parce qu'ayant vu le Figaro posé sur la méridienne, je m'étais dit que c'était sympa de voir un psy qui ne fut pas un gauchiste ! Le pauvre aurait pu faire toutes les publications savantes qu'il voulait, eut-il été lecteur de Libération que je ne l'aurais pas consulté étant entendu que pour moi, âme frustre, être socialiste est une pathologie mentale.

De la même manière, il est possible que dans les TCC puisse exister une forme de transfert latent. C'est souvent lié à l'âge. C'est ainsi que les plus jeunes projettent sur moi l'image du père. Pourvu que cela ne prenne pas de proportion alarmante, je considère que c'est une des composantes de l'alliance thérapeutique que je vais nouer. en revanche, même si je constate que ce transfert existe, je ne l'utilise jamais dans le cadre de la TCC. Certaines jeunes patients en sont frustrés car ils aimeraient que je sois parfois moins stoïque mais que je m'engage dans ce transfert.

Quant à l'attirance proprement dire, le fait de se sentir séduit, il est évident que comme dans toute relation humaine, elle peut exister. Pour autant, il y a ce que l'on nomme un style professionnel à adopter, quelque soit le style personnel que l'on surajoute par la suite. Ce style personnel ne doit jamais entrer en conflit avec le style professionnel qui consiste en des règles strictes liées à l’exercice de la profession. Je tutoie une partie de ma clientèle, je fais parfois la bise à certaines patientes que je connais bien, mais pour autant, je prends toujours garde à ce que ces comportements ne soient jamais assimilables à une quelconque séduction de nature sexuelle. 

Ceci étant dit, compte-tenu de ma profession, je sais avec qui je peux agir ainsi et avec qui je sais que je dois me tenir plus distant. Il existe parfois des pathologies comme l'hystérie, avec son cortège d'émotions incontrôlables, ou encore l'érotomanie, une psychose paranoïaque de la classe des délires passionnels, qui sont à prendre en compte. De la même manière, le thérapeute ne doit jamais oublier que dans les situations de détresse psychologique ou de grande solitude, sa personne, en tant que soignant empathique et aimable, peut susciter si ce n'est de la convoitise, du moins une forme de compensation affective pour certain(e)s patient(e)s. Il s'agit donc de faire attention pour décourager l'attirance comme on le fait du transfert.

Ceci étant dit, on peut donc, à défaut de transfert du type analytique, ressentir une attirance pour la personnalité de son(sa) psy. Soit que celui(celle)-ci soit d'une grande beauté ou possède un magnétisme incroyable, soit que l'on adore sa disponibilité et son amabilité ou encore qu'on le(la) trouve extrêmement brillant(e). L'attirance étant un phénomène complexe, qui sait pourquoi l'on craque pour telle personne plutôt que telle autre ! On sait aussi que certaines professions (militaires, pompiers, médecins, infirmières, élus, musiciens, etc.) sont de nature à polariser la passion amoureuse plus que d'autres (syndic de copropriété, militant socialiste, comptable, chômeur, etc.).

En cas d'attirance manifeste du patient pour son thérapeute, ce dernier devra donc décourager toute ambiguité afin de ne pas polluer le processus thérapeutique. S'il advient que cela s'avère impossible, le thérapeute sérieux devra s'en ouvrir et adresser le patient à un confrère. La thérapie, n'est pas une pratique médicale mais un mécanisme complexe dans lequel on traite par la parole et de ce fait, il est bien sur très fortement déconseillé d'y entretenir des liaisons sentimentales ou sexuelles !

C'est comme cela qu ça marche. Et souvenons-nous que transfert et attirance ne sont pas identiques, enfin pas toujours. Mais vous m'avez compris !

Y'a un truc !


Marrant ça ! Tout n'avait pas été facile mais on n'avait eu de très bons résultats ces derniers temps avec ce jeune patient. En le rencontrant, j'aurais pu croire qu'il s'agissait d'une personnalité limite mais très vite, j'avais constaté qu'il s'agissait d'un SSPT issu de maltraitances durant l'enfance.

Plutôt que de faire comme la plupart de mes confrères et de lui faire ressasser ce qu'il avait vécu dans l'espoir d'une hypothétique guérison, j'avais pris le problème à contrepied. J'avais imaginé que ce qu'il avait vécu de traumatisant durant l'enfance était comme une tumeur. Et plutôt que de m'y attaquer, j'avais pris le pari de l'assécher en la contournant. Plutôt que de toujours regarder le passé, j'avais pris le parti de songer à son avenir professionnel et affectif. 

Ma foi, même si rien n'était gagné, les résultats étaient là, plutôt encourageants. On sentait semaine après semaine, une pente légèrement ascendante certes, mais d'une rare constance. Sans doute pas de quoi crier au miracle mais des progrès certains qui me donnaient confiance en l'avenir. J'espérais qu'un jour, le présent serait si bénéfique que se retourner sur le passé n'entrainerait plus aucun stress.

Et puis voici que la semaine passée, le voilà qui arrive un peu triste et abattu dans mon cabinet. Alors certes, il y a des hauts et des bas considérés comme normaux, et il ne faut pas s'alarmer de tout. Mais là, j'étais dubitatif devant ces symptômes d'abattement. Pas normal du tout ça, compte tenu de l'environnement qui n'avait pas varié, du moins pas que je sache.

Et puis, je l'ai vu prendre sa vapoteuse et tirer dessus une taffe de cow-boy. Ça a fini par m'alerter parce que voici quelques années j'avais eu un cas semblable. Un médecin m'avait appelé pour savoir si je pouvais prendre en urgence un de ses patients très mal en point, un fils de people mondialement connu. J'avais accepté et reçu le type en question. Il était très abattu, anxieux et fébrile. Et pourtant selon ses dires, rien n'avait chagé dans son existence.

Rien, sauf l'arrêt de la cigarette, fait à l'ancienne, à l'arrache, sans aide aucune. Parfois ça marche, parfois non et on se tape un syndrome de sevrage tabagique. Généralement, ce sevrage à la nicotine, n'entraine que des symptômes un peu désagréables, variant de quelques jours à un mois, mais bénins. Toutefois, sur un terrain sensible, l'arrêt brutal de la nicotine peut créer des troubles importants. La nicotine se fixant sur les récepteurs cérébraux à l’acétylcholine, son arrêt brutal amenant une baisse de dopamine, peut entrainer un état anxio-dépressif important.

Je ne me souviens plus combien de temps j'avais mis à invoquer le sevrage nicotinique comme responsable de l'état de ce patient. Toutefois, je me souviens qu'une pharmacie restant ouverte jusqu'à 22h00 dans la rue, il avait eu le temps de s'y rendre et d'acheter des substituts nicotiniques. Le lendemain, il m'avait prévenu que cela allait mieux.

J'ai fait de même pour mon jeune patient. Constatant qu'il prenait des liquides dosé à 12mg, je lui ai dit que ce n'était sans doute pas suffisant compte tenu, et de son état psychologique encore trop fragile mais aussi de sa consommation de cigarettes habituellement très élevée.

A moins d'en consommer une dose élevée, la nicotine n'est pas dangereuse pour la santé. Il est donc important lorsque vous arrêtez la cigarette, que vous passiez par la cigarette électronique ou non, de songer qu'un sevrage à la nicotine n'est pas toujours sans danger et qu'un arrêt trop brutal peut s'assimiler à la descente d'un consommateur de cocaïne en manque.

Et oui, l'arrêt de la clope peut révéler un état psychologique anxio-dépressif sous-jacent.


02 février, 2015

Où je me montre jaloux et mesquin !


Dans mon boulot, c'est un fait, on est sensé être des adultes ayant fait le tour des passions humaines et les ayant rejetées au profit d'explications psychologiques alambiquées. La psyché, la connaissance intime de l'âme, c'est notre job alors Dieu sait si j'ai fait le tour de la mienne. Parfois, j'ai même l'impression d'avoir atteint l'ataraxie la plus complète et faire partie de la bande à Sénèque et Cicéron, c'est vous dire si je me la pète !

Et bien non ! Je n'en suis pas là. Tant mieux d'ailleurs parce que l'ataraxie complète, si elle empêche toute souffrance, est aussi l'antichambre de la mort. Et moi, j'aime bien vibrer un peu. J'aime la sagesse mais un peu seulement, disons juste ce qu'il faut pour me distinguer du commun des mortels, mais point trop pour ne pas devenir un vieillard étique revenu de tout.

La semaine passée, un de mes ex-patients m'adresse sa copine avec qui il est depuis quelques mois. Elle arrive, blonde, tailleur pantalon et escarpins noirs. Dans les cabinets de conseil on ne rigole pas ! C'est l'executive woman. On se croirait dans un film ricain dans lequel on verrait plein d'avocats courir partout et bosser la nuit ! Sa couleur est parfaite, c'est un beau balayage pas un truc qu'elle s'est fait toute seule dans son lavabo avec un produit acheté chez Carrefour (j'étais coiffeur pour dame dans une autre vie) !

Je la fais entrer et je me dis que j'aurais du mettre un costume. J'ai l'impression d'être un sac face à une princesse sortie de ses luxueux bureaux. Mais bon, c'est trop tard et puis elle me consulte pour mes compétences en psychologie et non pour mon élégance. Tant pis ! Je commence à l'écouter et à lui poser des questions.

Sa demande est vague alors je lui fais préciser des tas de trucs. Elle m'explique alors qu'elle a vu durant trois ans, une consoeur qu'elle a troué géniale et que jamais elle n'a vu quelqu'un d'aussi intelligent. J'ai beau prtiquer l'humilité tous les jours et tenter de ne pas sombrer dans le péché d'orgueil, ce que j'entends là me hérisse le poil. Ma nouvelle patiente vient juste de me dire que quel que soit mon niveau de compétences, det toute manière, je ne serai jamais aussi bien que ma consoeur qui elle était gé-nia-le ! 

J'ai juste envie de lui demander ce qu'elle fout dans mon cabinet à 21h30si elle connait quelqu'un d'aussi génial ! Serait-ce à dire que ma géniale consœur ne peut pas tout traiter ? Mais bon, plutôt que de réagir en trou du cul blessé par cette comparaison, je joue le grand garçon et me tais. J'apprends donc que ma consœur est diplômée de l'ENS, qu'elle a tout compris de la vie et qu'elle tient d’ailleurs un blog pour asséner ses vérités. Comme moi donc, sauf que je n'ai fait l'ENS.

Ayant gardé dans un coin de ma tête le nom du blog de ma consœur, pour aller le lire et savoir si elle est mieux ou non que moi, je me concentre de nouveau sur ma patiente. Comme je me dois à l'excellence, vu que je suis challengé par cette consœur géniale qui sans être présente dans le cabinet n'en étend pas moins son ombre sur notre entretien, je me dois de répondre à la demande de cette patiente.

Alors j'écoute, j'écoute, j'écoute. Je triture mes méninges pour comprendre ce que ma patiente attend de moi. Et d'un coup, d'un seul, tout s'éclaire, les nuages de l'incompréhension se dissipent et les mânes de Sénèque et Cicéron, deux vieux potes capricornes, m'aident à comprendre que sous son discours un peu précieux et emberlifocté, elle désire ce que bon nombre de femmes désire : un enfant. Sauf que quand on est cadre sup' dans le domaine du conseil, ça ne le fait pas d'avoir des désirs aussi prosaïques. 

Alors toc, muni de ma plus belle masse, je défonce ses défenses et je lui parle moi du désir d'enfant qu'elle n'ose pas aborder. Elle pleure me dit que c'est ça. On aborde le sujet. Elle dit qu'elle est très bien avec le mec avec qui elle est depuis six mois. Moi en gars simple je lui dis, qu'elle a alors toutes les conditions parfaites pour faire son mouflet ! Et hop ! Elle sourit, elle est contente, elle me paye et m'explique qu'en rentrant, elle va dire à son mec qu'elle est décidée à faire cet enfant ! 

Bon, il semblerait que j'ai triomphé de ce nouveau cas mais je pense encore à ma consœur géniale. C'est ainsi que j'envoie le lien du blog de la consœur au Touffier afin qu'il me donne son avis. C'est mieux d'avoir un avis neutre. Moi, si j'avais lu son blog, soit je me serais dit qu'elle était vachement balèze parce qu'issue de l'ENS, je suis sur que c'est le genre à bien parler et à ne pas coller des marcassins partout.  Ou alors, pétri de mauvaise foi, j'aurais survolé ses textes en cherchant la petite bête pour finalement me dire qu'elle était naze !

Le lendemain, je reçois un mail du Touffier dans lequel il démonte ma consœur comme un gitan le ferait de son stand de tir à la fin d'une fête foraine ! C'est un assassinat en règle et c'est bien écrit et très bien argumenté. La consœur prend tarif ! Ouf, je respire de nouveau, ma consœur ne semble pas si géniale que cela !

Moi qui avait peur d'avoir sombré dans le péché d'orgueil en me croyant devenu sage et revenu de tout, je suis rassuré en constatant que je peux être jaloux comme une teigne et pétri de mauvaise foi !

Je suis humain !!!

Aporie, vous avez dit aporie ?


Voici le commentaire que m'envoie un lecteur :
 
"Tout d'abord bravo pour votre blog que je lis avec un plaisir renouvelé.

Deux remarques cependant sur ce billet :

- Je m'étonne que vous avaliez le coup de l'exorcisme sans creuser plus avant dans votre propre domaine d'expertise. Pour moi, vous avez fait de l'ethnopsychiatrie sans le savoir en prenant en compte le cadre de référence de votre patient et en l'adressant au "spécialiste" épousant le mieux le cadre en question. Ça a marché et c'est finalement l'essentiel pour votre patient, mais cela ne démontre pas la validité des croyances religieuses sous-tendant la pratique de votre collègue en robe de bure.

- N'y a-t-il pas une contradiction épistémologique dans votre position ? Vous prétendez accepter ce qui dépasse votre intelligence, mais en réalité, vous comblez l'aporie à laquelle vous vous affrontez par des explications qui n'en sont pas, en l'occurrence d'ordre théologique. La véritable modestie intellectuelle ne consisterait-elle pas plutôt à dire "je ne sais pas" face à un phénomène inexpliqué, laissant ainsi le champ libre à un examen rationnel ultérieur, au fur et à mesure du progrès des savoirs positifs (qu'on se souvienne des épileptiques, tenus pour "possédés" pendant des siècles, comme le rappelle l'étymologie du terme...) ?

Bien à vous."



En ce qui concerne le fait que je n'aurais pas creusé plus avant mon propre domaine d'expertise, c'est faux. Ces troubles existaient depuis près d'un an chez mon patient. Chacun sait que je n'ai jamais eu de position antipsychiatrique. Pour des pathologies lus bénignes j'ai d'ailleurs souligné les bienfaits des antidépresseurs à bien des patients qui n'en voulaient pas. J'ai toujours considéré que les médicaments seraient l'artillerie, tandis que mon patient et moi serions l'infanterie. Et comme chacun le sait, l'artillerie prépare le terrain et l'infanterie l'occupe. 

Il m'arrive même de réfuter les explications psychologisantes quand des médecins m'envoient des patients qu'ils n'ont pu diagnostiquer. Voici deux ans, je parlais ici d'une femme âgée qu'un service de neurologie m'avait envoyé avec un diagnostic d'hystérie auquel je ne croyais pas mais que j'ai renvoyé dans un service de médecine interne qui a fini par trouver les causes de son état.

S'agissant de ce cas précis même si je doutais très grandement qu'il se fut agi d'une banale schizophrénie paranoïde, j'ai bien sur soutenu la famille lorsqu'il s'est agi d'interner mon patient quinze jours pour être mis en observation. c'était une précaution à prendre dans le cadre d'une obligation de moyens.

Pourtant, et bien qu'il ait été dans deux grands hôpitaux parisiens, force est de constater qu'il n'y a pas eu de miracles. D'une part, la qualité d'écoute de mes confrères a été déplorable, comme si son sort était lié dès le départ. Un type qui vous explique qu'il se sent "comme possédé" est nécessairement fou. Aucun des psychiatres qui l'ont vu n'a procédé à des examens bien poussés si ce n'est un scanner pour vérifier qu'il n'y ait pas de tumeur cervicale.

Mon patient a fait ce que bon nombre d'entre nous aurait fait, il s'est tu, se contentant d'adopter une position de fausse collaboration pour ne pas se mettre l'institution à dos et risquer un internement plus long. Il a donc honoré ses rendez-vous, se contentant de faire passer le temps en lisant dans les jardins de l’hôpital. De toute manière, le diagnostique de schizophrénie avait été lancé faute de mieux, son sort était scellé.

Il en est ressorti avec une ordonnance comprenant des neuroleptiques atypiques qui n'ont rien fait. Comme il me l'expliquait, il se sentait défoncé mais ses "sensations" restaient les mêmes. C'est à dire que les neuroleptiques n'avaient aucune efficacité sur lui. Il a donc cessé de les prendre.

Voyant que la "science officielle", n'aurait pas d'efficacité sur lui, il s'est mis à lire et a pu faire son autodiagnostic lui-même. Il se sentait possédé, cela lui est apparu évident. Pour ma part, je l'ai toujours écouté patiemment sans remettre en cause ses explications, ni jamais y adhérer totalement. Il a enfin admis que le terme de possession était trop fort et qu'il serait plus judicieux de parler d'obsession s'il tenait à utiliser ce cadre.

Dans le même temps, sachant qu'il s'était adonné, par jeux, à des "pratiques magiques", ouverture de chakras et sorcellerie, avec prise de produits stupéfiants (ce n'est pas neutre !), je me suis mis à fouiller sur le net où j'ai découvert cela. Ce texte ainsi que de nombreux autres décrivaient l'état de mon patient mieux qu'aucun des diagnostics du DSM. J'en ai parlé à deux vieux psychiatres qui m'ont confirmé avoir déjà eu ce type de cas, des adultes jeunes découvrant des pratiques orientales et restant "perchés". Les deux ont reçu mon patient et on confirmé que ce n'était pas une schizophrénie mais "autre chose". Aucun n'a souhaité l'interner.

Nous avons aussi abordé la possible existence d'une épilepsie temporale qui serait responsable de ses hallucinations cénesthésiques. Face à la souffrance de mon patient et au risque suicidaire, il a été décidé que nous agirions sur deux plans. D'une part, un plan surnaturel qui consisterait en un exorcisme réalisé par un prêtre dont c'est la mission. Mon patient n'ayant pas été satisfait des services du diocèse de Paris, j'ai du chercher un autre prêtre.

Enfin, la piste naturelle n'a pas été abandonnée pour autant et un rendez-vous a été pris auprès d'un épileptologue réputé afin d'étudier son cas. J'ai d'ailleurs exigé que mon patient suive ces deux pistes car il m'était impossible de me fourvoyer dans le surnaturel tant que le naturel n'aurait pas été complètement exploré. Le "timing" a fait qu'il a vu le prêtre en premier et que les résultats ont été visibles en vingt-quatre heures et qu'ils n'ont cessé de s'accroitre. Voici quinze jours, mon patient souhaitait mourir et cette semaine il est au ski. Avouez que c'est étrange non ? Cependant, il s'est engagé à maintenir son rendez-vus chez l'épileptologue.

J'ai bien sur fait de l'ethnopsychologie mais en le sachant. Si j'avais eu un patient d'une autre religion, j'aurais fait en sorte qu'il voie quelqu'un ayant les mêmes présupposés spirituels que lui. C'est une évidence. D'ailleurs ce sont les chrétiens, devenus matérialistes et scientistes, qui nous consultent pour cela. Les autres semblent accepter plus facilement les explications surnaturelles. Mais je n'ai pas fait que cela.

Face à cette "aporie", cette difficulté à trancher un problème, j'ai juste écouté mon patient sans remettre en cause ses explications, en lui proposant ces deux pistes. Il ne s'agissait pas de verser dans le mysticisme comme un crétin mais surtout de prouver à mon patient qu'il était écouté et compris. Dans ma profession, l'alliance thérapeutique c'est quatre-vingt-dix pour cent du travail. Le patient et moi, nous devons collaborer. Il ne s'agit pas pour moi de me laisser berner pas plus qu'il ne s'agit de prendre pour vrais tous les délires. Justement, il s'agit de faire la part des choses. 
 
Et comme je l'ai répété mille fois, mon patient me parlait normalement de choses anormales. si j'ai pu éloigner la piste psychiatrique (confirmée par deux psychiatres), je n'ai jamais totalement abandonné la piste neurologique. La neurologie est pleine de ces délires totalement incroyables comme le délire de Capgras, la prosopagnosie ou encore le syndrome de Frégoli. Oliver Sacks, neurologue, fait d'ailleurs état de ces pathologies surprenantes dans son livre L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Aujourd'hui encore, je ne sais pas si c'était un cas relevant du surnaturel ou non. Je constate que l'exorcisme a mieux fonctionné que les molécules qu'on lui a administrées. C'est un fait. On peut bien  sur imaginer qu'il s'agissait de suggestion, parce que mon patient croyait plus en Dieu qu'en la science, ou encore que le decorum avec ce moine en robe de bure et des prières d'exorcisme ont eu un effet tel qu'il a pu entrainer des conséquences neurologiques. 

C'est possible, tout est possible. En l’absence d'examens ayant été faits avant (EEG par exemple) que l'on aurait pu comparer à maintenant, il est impossible de crier au miracle et d'en déduire que la possession existe, pas plus qu'il est possible de nier l'efficacité de l'exorcisme, quelle soit la manière dont cela a fonctionné.

Mon aporie, si tant est qu'elle existe, ne résulte dont pas du fait d'une difficulté à trancher mais bien d'une impossibilité à trancher tant les données relatives à ce cas sont inexistantes. D'un côté il y a eu des "scientistes" sautant à pieds joints sur le diagnostic de schizophrénie et de l'autre, des gens plus ouverts d'esprit qui ont écouté ce patient et ont laissé ouvertes les portes menant à des explications sortant largement des sentiers battus. 

On a même pu invoquer la prise de stupéfiants pour expliquer cet état tant l'usage de certaines drogues peut amener certaines personnes à connaitre des bad trips. Et donc, si tel était le cas, pourquoi pas ? Il n'empêche qu'aucune molécule n'a pu le faire redescendre sur terre et que c'est l'exorcisme qui a agi.

Résoudre une aporie ne consiste pas pour autant à se retrancher dans un monde que l'on connait au motif que notre rationalité repousse ce que notre intelligence a du mal à comprendre. Triturer la raison de manière à ce qu'elle cadre avec ce que l'on connait du monde revient à être un mauvais flic qui extorquerait des aveux à la personne qui est en garde à vue. C'est satisfaisant sur le moment mais moins par la suite. Il s'est passé quelque chose, quoi, je n'en sais rien. Je ne suis pas prêtre pas plus que neurologue. Face à la détresse de mon patient, j'ai juste rempli mon obligation de moyens. Je suis aussi ravi d'avoir pu collaborer avec deux psychiatres honnêtes qui ont admis ne pas savoir.

Et il reste encore le rendez-vous chez l'épileptologue qui nous apprendra peut-être plus !

31 janvier, 2015

Croire en ce qui marche !


Gabriele Amorth est le chef des exorcistes du Vatican. Autant vous dire que quand il s'exprime sur le sujet, c'est un cador qui vous parle et pas un scénariste hollywoodien féru d'effets spéciaux. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet dont un qui s'intitule Exorcisme et psychiatrie. Parce qu'il n'est pas contre la psychiatrie, bien au contraire. Il admet que l'on doive toujours faire en sorte de distinguer la maladie mentale de la possession. C'est honnête de sa part. Parce que de l'autre côté, les scientistes, adorateur de la Science, ne font pas toujours le distingo et continuent de traiter des cas qui ne relèvent pas de leur spécialité.

Les lecteurs qui me suivent sont au courant que voici quelques temps, j'ai Jésus dans ma clientèle. Non pas le Vrai qui serait venu me serrer la paluche en bon capricorne qu'Il est mais un autre, un jeune patient dont le cas n'a cessé de m'étonner. Jésus, je le connais bien. Tout allait pour le mieux dans sa vie et puis un jour, il a déraillé sévèrement. Et ma foi, je n'ai jamais trouvé ce qu'il avait. 

Bien sur, j'ai pensé à la schizophrénie mais ce n'était pas cela. Cela ne servait à rien de s'enferrer dans ce faux diagnostique parce que j'avais autre chose en face de moi. Et il aurait fallu être un bien mauvais psy pour se satisfaire de ce diagnostique commode de schizophrénie. Comme le dit un vieux psychiatre de mes amis : la vraie schizophrénie est rare et il y a plus de mauvais psychiatres que de vrais schizophrènes.

J'avais en face de moi un type tout à fait normal qui me racontait des choses totalement anormales. Lui-même avait bien conscience que ce qu'il ressentait semblait complètement fou. J'avais aussi une connaissance intime du sujet, car Jésus je le connais depuis des tas d'années. Je l'avais vu quand il était plus jeune. Je savais aussi qu'il était du genre à s'adonner depuis peu à des expériences mystiques un peu curieuses. Et on en pensera ce que l'on veut, mais il y a des portes qu'il ne vaut pas mieux pousser. 

Jésus, comme il n'a peur de rien et qu'il a une force psychique peu commune, il y est allé avec entrain dans ces pratiques curieuses, ces chemins de traverse de la connaissance, pour voir, simplement pour voir. Alors de la pratique de la sorcellerie, oh juste un ou deux petits rituels, rien de plus, jusqu’à l'ouverture des chakras, il a essayé des tas de trucs. Jusqu'au jour, où il s'est senti tout drôle. 

Comme il ne cessait de me le dire, il se sentait habité par quelqu'un, ou quelque chose, une sorte d'entité qui aurait capté toutes ses pensées, aurait entretenu un dialogue permanent avec lui tout en le faisant souffrir via des hallucinations cénesthésiques telles que des coups ou des brulures. Comme je suis le gars ouvert d'esprit, je l'écoutais Jésus tout en tentant de capter le moindre signe qui m'aurait permis de me dire qu'il était barré et qu'il était grand temps de confier le cas à un hôpital.

L’hôpital on a bien tenté mais dans le service psychiatrique, ils n'ont rien trouvé de probant. Ils n'ont pas retenu la schizophrénie mais on parlé d'état psychotique mixte ou un truc de ce genre, bref rien de précis sauf qu'il fallait qu'ils écrivent un truc. Alors Jésus est revenu me voir parce qu'on s'entend bien et qu'il sait que si j'ai les pieds sur terre, je suis capable d'écouter ses histoires sans le prendre pour un fou.

Je lui ai mis le marché en main en lui disant que l'on allait suivre les deux voies, la voie naturelle en l'adressant à un spécialiste de l'épilepsie parce qu'il aurait pu s'agir d'une épilepsie temporale et que dans ce cas, c'est de la neurologie et que cela dépasse mes connaissances. Mais aussi la voei surnaturelle et que j'allais m'employer à trouver une solution qui une fois encore dépasse mes connaissances parce que l'exorcisme, j'avoue que j'en fais peu.

Je lui ai pris deux rendez-vous avec deux vieux psychiatres en qui j'ai toute confiance. Des gars qui ont fait cinquante ans de psychiatrie, des vieux chibanes comme on les qualifierait dans l'armée de l'air s'ils étaient pilotes, des mecs à qui on le fait pas, qui ne s'émeuvent plus d'un rien, tellement ils ont vu de barges dans leur vie !

Une fois encore, les deux vieux ont été d'accord avec moi. Il ne s'agissait pas de schizophrénie et plus curieusement encore, ils ont admis qu'ils avaient déjà été confrontés avec ce genre de cas lorsque des gens s'adonnaient à des pratiques mystico-religieuses. C'est ce que j'avais noté en farfouillant dans le net. L'un d'eux était d'accord pour lui refourguer une molécule et attendre, tandis que l'autre étant opposé à tout internement, n'était même pas pour un traitement.

Moi, de mon côté, comme au bout de toutes ces années de pratique, je commence à avoir un petit réseau, j'ai trouvé un exorciste. Un, bon, un vrai, pas un cureton qui vous reçoit et qui tandis que vous lui parlez du diable s'ingénie à vous répondre en psychologisant parce que vous comprenez bien que le diable en 2015, faut être un peu dérangé pour y croire.

Celui qu'on m'a recommandé, il exerce à Rome et il revient tous les mois en France durant un weekend. C'est un vieux modèle, pas un prêtre en costume noir, mais un moine en robe de bure qui ne déparerait pas dans le film Le nom de la rose !

Jésus il était à bout e toute manière. Comme il me le disait, il se sentait torturé nuit et jour et il songeait au suicide. Alors rendez-vous a été pris et moi je n'ai fait que le soutenir. A la fin, il n'y croyait même plus alors je l'ai engueulé en lui disant que je n'avais pas fait tout cela pour rien.

Alors, comme un condamné à mort irait vers la guillotine, il y est allé. C'était en province qu''avait lieu le rendez-vous. Ses parents l'ont emmené. Ça devait leur faire drôle d'emmener leur fils à une séance d'exorcisme, surtout que je les connais bien ses parents, et que c'est plutôt le modèle intellos de gauche ! De toute manière comme rien ne marchait plus, ila bien fallu qu'ils ravalent leurs idées et qu'ils y aillent à ce rendez-vous.

C'était un dimanche que cela a eu lieu. J'avais rendez-vous avec Jésus le mardi suivant. Le dimanche soir, il m'envoyait déjà un SMS me disant qu'il sentait du mieux. Et le mardi, quand j'ai ouvert la porte pour le recevoir, ce n'était plus le même. Il était détendu, souriant et il m'avouait que s'il restait quelques symptômes, il notait une grande amélioration.

Il m'a raconté que le prêtre exorciste était plutôt sympa et souriant, qu'il l'avait écouté et penchait pour une infestation plutôt que pour une possession. Les symptômes que ressentaient Jésus lui étaient parfaitement connus et le rituel s'avérait particulièrement efficace pour les combattre. Alors, il a prié et a même dit Satan je te chasse, comme dans les films d'horreurs ! Et là, Jésus a ressenti un truc bizarre en lui et même des trucs physiques comme si quelque chose s'agrippait en lui pour y rester. Le vieil exorciste lui a ensuite recommandé certaines pratiques religieuses en lui disant qu'ils se reverraient dans deux mois.

Voilà ! Voilà tout ce qui avait été fait et j'avais le résultat sous les yeux. Ce type qui une semaine auparavant pensait au suicide comme seul moyen de se libérer après huit mois de lutte, se sentait enfin apaisé même s'il reconnaissait qu'il restait encore à faire. Il était souriant, content et confiant en l'avenir. Tellement confiant que l'après-midi même on le voyait se pointer à une séance de cafing, même que les gens qui l'avaient connu si sombre et désespéré, ne le reconnaissait plus.

Tellement bien que le lendemain, tandis que je déjeunais avec Jean Sablon, ce dernier reconnaissant le changement complètement incroyable qui s'était opéré en Jésus, me demandait "mais tu y crois toi à l'exorcisme ?". Alors que penser de toute cette histoire.

Moi, je reste très prosaïque comme je l'ai expliqué à Jean Sablon. Je crois que dans mon métier, j'ai une obligation de moyens à assurer, c'est ma responsabilité juridique. Et puis c'est ma nature, il faut que je trouve, quitte bien sur à m'adresser à des praticiens d'autres disciplines que la mienne ! Je ne suis pas toutologue, loin s'en faut !

Enfin, même si j'ai des idées arrêtées, par exemple si je considère que le socialisme c'est merdique, je ne suis pas dogmatique pour autant. Je crois juste en ce qui marche. L'exorcisme a marché, j'y crois voilà tout. Et si il faut pour se rassurer, penser que ce n'était que de la suggestion, pourquoi pas après tout. Moi, je ne le pense pas, j'ai vu quelque chose, quelque chose que je ne connaissais pas et qui m'était inconnu et qui foutait un sacré bordel dans la psyché de Jésus, allant jusqu'à tout désorganiser sans pour autant que Jésus ne perde UNE SEULE FOIS le sens des réalités. Voilà tout.

Je crois aussi que l'intelligence peut-être un piège et qu'il y a un vrai péché d'orgueil qui serait celui de l'intelligence, quand on veut à tout prix penser que notre intelligence serait capable de tout circonscrire et que ce qui la dépasse n'existerait tout simplement pas. Je crois pourtant aux atomes que je ne vois pas de la même manière que je crois aux bactéries et aux virus.

Qu'il s'agisse de la science, et le pauvre Semmelweiss a payé cher l'aveuglement idéologique de ses confrères, ou de la pratique psychothérapeutique, l'intelligence doit nous ouvrir à d'autres champs d'expérience et non nous enfermer comme des militants dans ce que l'on sait, ce que l'on maitrise parce que c'est rassurant. Comme le dit Sherlock Holmes, quand vous avez éliminé, ce qui reste, même improbable, doit être la vérité.

Et puis à l'instar de mes deux vieux confrères, si Dieu me prête vie, ce sera sympa le grand âge venu, de me souvenir que je n'ai pas traité que des dépressions ou de l'angoisse, des toxicomanes ou des alcooliques, mais que moi aussi, je me souviendrai qu'une fois, j'ai eu un cas étrange, un drôle de patient que je surnommais Jésus, qui m'a fait perdre mon latin ...

C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité directement ; et de là vient qu'il est toujours disposé à nier tout ce qui lui est incompréhensible ; au lieu qu'en effet il ne connaît naturellement que le mensonge, et qu'il ne doit prendre pour véritables que les choses dont le contraire lui paraît faux.
                                                           Blaise Pascal, De l'esprit géométrique, 1658

26 janvier, 2015

Mon cadeau de Noël et Saint-Gringeot !

Esquisse de la chapelle Saint-Gringeot !
Mon épouse comme chaque année m'a demandé ce que je voulais à Noël. Et comme chaque année, je lui ai dit que je ne savais pas. En fait si, je sais, mais je n'ose pas trop le dire parce que j'ai toujours des idées un peu baroques. Soit des livres stupides comme par exemple sur les fontaines votives et les bois sacrés, soit des trucs parfois très chers et irréalisables comme par exemple une statue équestre de moi-même que chaque commune pourrait commander pour agrémenter leurs places ou jardins comme elles le firent avec la statue du Poilu victorieux d'Eugène Bénet pour les monuments aux morts de la Grande guerre. A force, j'ai toujours un peu peur de passer soit pour un con soit pour un mec un peu bizarre. Alors je me tais.

Cette année comme l'an dernier, j'ai demandé à mon épouse de me retenir Le Gringeot à titre de marque auprès de l'INPI. Elle trouve que c'est une idée de cadeau complètement idiote parce qu'elle aimerait bien m'offrir un truc chic et cher. Mais c'est que moi, j'y suis attaché au Gringeot, ce personnage mythique dont je vous parle depuis tant d'années.

Je me vois bien décliner la marque Le Gringeot sous forme de vêtements, d'articles de sport, de vaisselle, de linge de maison, de lubrifiant intime et autres godemichés et pourquoi pas, céder des licences à des constructeurs automobiles pour qu'il existe enfin une Aston Martin Le Gringeot, enfin fiable avec un quatre cylindres deux litres diesel économique et un coffre digne de ce nom pour charger du bois  ou les valises quand on part en ouikène avec les mômes !

Et comme mon esprit ne s'arrête jamais, j'ai même imaginé une sorte de culte au Gringeot el que je le décris sur mon blog. De la même manière que durant longtemps, et ce malgré la lutte de l'église contre ces relents païens, on s'est ingénié à faire des saints à partir de tout et n'importe quoi, et même d'un lévrier qui avait sauvé un bébé d'une morsure de serpent, j'aurais bien vu un Saint-Gringeot, saint laïc et contemporain vers lequel on se serait tourné pour un peu tout et n'importe quoi. Enfin, chaque fois que l'on se dit que la vie fait chier et qu'on aurait bien besoin d'un truc solide auquel s'arrimer.

Lorsque l'on regarde sur le bon coin, il ne manque pas de petites parcelles de terrains non constructibles situées au diable-vauvert vendues une misère ! J'imaginais alors d'y bâtir une chapelle simple de béton armé et vibré, carrément indestructible comme un bunker allemand, un simple cube massif, avec des fondations solides, sans autre ornementation qu'une niche accueillant un buste minimaliste du Gringeot en acier et une croix faite en ferraille à béton. Bref, la technologie en vente chez Casto ou chez Leroy-Merlin au service de la Foi !

S'agissant d'une œuvre d'art, nulle procédure d'autorisation auprès de la mairie, on coffre, on ferraille à mort et on appelle la toupie pour couler le béton et le tour est joué. On plante un chêne, symbole de la virilité, à côté et hop un nouveau saint est né. Au début les péquenots tireront la gueule de voir ce cube de béton planté là dans leur cambrousse mais après, une fois le pèlerinage entré dans les mœurs, ils feront comme à Lourdes, ils ouvriront des boutiques ces crevards !

Et voilà, un nouveau culte qui nait, un saint accessible comme tout un chacun, un mec simplement fiable qui assure au jour le jour, qui possède une philosophie de vie carrée, une vie sans fioritures, des gouts classiques, qui n'a pas fait de miracles, rien d'hallucinant, un saint qui propose la verticalité à échelle humaine, une sorte de marchepied vers l'espoir alors que les autres saints sont des échelles vertigineuses tendues vers l'éternité que rares sont ceux qui peuvent les emprunter.

La sainteté par le Gringeot, deux marches pour se rapprocher de Dieu. C'est déjà ça !

On pourrait ensuite aller prier Saint-Gringeot pour lui demander n'importe quoi. Par exemple, s'agissant de ses valeurs viriles, les femmes pourraient l"invoquer pour lui demander d'intercéder afin d'avoir un enfant ou pour trouver un mec correct et non un métrosexuel ou un hipster incapable de s'engager, tandis que les hommes pourraient lui demander de les aider à choper des filles, à accroitre leur vigueur sexuelle, la taille de leur verge ou à augmenter leur musculature sans recourir aux anabolisants.

Et comme le Gringeot, c'est pas vraiment le genre de mec à qui on offre des fleurs, même une fois sanctifié, on pourrait en guise d'offrande, laisser un boulon, un écrou, un morceau de fer, une jante ou même un composant électronique. Cela revivifierait la tradition des arbres à loques, sauf qu'un beau boulon c'est autrement plus classe qu'un vieux slip qui flotte au vent sur un arbuste décati.

En cette époque de matérialisme atterrant, le culte thérapeutique de Saint-Gringeot serait un grand pied de nez à tous les marchands en général et aux laboratoires pharmaceutiques en particulier. Je vois bien des médecins dire à mots couverts, aux patients qu'ils ne pourraient plus traiter : pourquoi ne pas tenter un pélerinage à Saint-Gringeot ?

Et dans ces moments là, quand je suis parti, que mon esprit s'emballe, je serais assez idiot pour ouvrir une souscription via paypal pour ériger la chapelle Saint-Gringeot. J'ai déjà trouvé le terrain au milieu de nulle-part. J'ai déjà contacté le vendeur. Cette bourrique me prenait pour un américain en me proposant un prix deux fois plus élevé pour sa parcelle merdique.

Ne me reste qu'à convaincre mon épouse. La connaissant, elle lèvera les yeux au ciel en me disant "fais ce que tu veux après tout !".

M'en fous la marque m'appartient maintenant que j'ai eue mon cadeau, je la gère comme je veux ! La prochaine fois que le Gringeot passe en chair et en os à la maison, comme un gros traitre, je me précipite derrière lui et lui applique un coup de tampon © sur son gros crâne chauve !


Han la la, on me critique ne mail même que ça me rend tout malheureux !

Catherine II de Russie !

Mon article sur les idéologies défensives de métier, me vaut de me faire carrément traiter de phallocrate en mail ! Argh, l'insulte suprême, je suis  mort ! Et dans le même temps, ma lectrice m'explique que si les médecins sont stressés, ils n'ont qu'à faire plus de golf ou partir plus longtemps en vacances aux frais des laboratoires pharmaceutiques ! Ah la la, la pauvrette, si elle connaissait la vie des internes, les exploités du système de soin français !

Je me casse la tête, voire carrément le cul, à relire Souffrance en France de Dejours et même à recompulser le cours de Pascale Molinier, mon ex-prof de psychodynamique du travail à l'INETOP, et voici comment je suis acceuilli. Putain, il faudrait que je me contente d'écrire des trucs sur le Gringeot ou de mettre des photos de marcassins en ligne ! Des trucs consensuels quoi ! La liberté c'est juste pour Charlie et moi je dois me taire !

Et ma lectrice de conclure en plus : "Je suis une féministe, tout comme vous quoique vous en disiez. Vous voudriez que votre femme, votre splendide corse libre et fière, ne puisse pas exercer sa profession ? qu'elle ne puisse pas prendre la pilule ni apprendre à lire ? ou qu'elle claque d'une septicémie parce que son corps de salope tentatrice n'aurait pas le droit d'être vu par le regard d'un toubib ?"

Faudrait que je fasse lire ce passage à mon épouse. Vu le caractère qu'elle a, je ne la vois pas soumise à un mec, coincée dans une cuisine et totalement analphabète. Même notre ancien maire avait peur d'elle depuis une explication houleuse qu'il avait eue avec elle. Et voici que ma lectrice me transforme ma Colomba en soumise. Trop lol comme dirait Lapinou mon filleul socialiste.

Et puis cessons un peu. Les femmes ne sont pas que des victimes, faut arrêter ! Il y a eu des reines, des régentes, des abbesses, une première avocate, une première femme médecin, etc. En revanche, les mecs n'ont pas non plus l'apanage du pouvoir, il y a du prolo qui souffre, du cadre moyen stressé, etc. C'est plus social que sexuel la réalité de la condition de soumis ! 

Une gonzesse riche, et encore plus si elle est belle, aura bien plus de pouvoir qu'un mec fauché et moche. Sortez un peu, moi j'en vois régulièrement des petits mecs avec la tronche grisâtre qui rasent les murs dans leurs frusques de chez Kiabi (la mode à petit prix). Vous pensez que ce sont des héros eux ? Que ce sont des putains de phallocrates ? Ben non, parce que tout cela est social et lié à des enjeux de pouvoir et à des symboles que l'on manipule avec plus ou moins de bonheur en fonction de nos possibilités.

Tenez la fois dernière, on parlait montres avec un de mes patients, un ingé tout ce qu'il ya de plus gentil, et lui qui auparavant se passionnait pour la science, comprend maintenant les enjeux de pouvoirs et admet que posséder une belle montre vous place ipso facto dans la catégorie des winners. C'est stupide bien sur mais c'est comme ça ! D'ailleurs comme il a le poignet fin, je lui ai conseillé une Jaeger-Lecoultre Reverso, un classique qu'on peut toucher pour pas trop cher ! Le monde marche ainsi. Il peut garder sa Swatch qui lui donnera aussi bien l'heure mais il n'appartiendra pas aux cercles du pouvoir. Bien sur après, quand vous êtes reconnu, vous pouvez vous saper comme un loquedu, vous vous en foutez, c'est le comble du snobisme !

 Mais pour en revenir à nos moutons, moi, je ne me sens pas féministe le moins du monde bien que je m'entende généralement très bien avec les femmes. Je ne nie aucun de leur droit sauf celui de m'emmerder en tant qu'homme pour de faux prétextes ou parce que j'utilise un torchon à verres pour essuyer une assiette. Au moins ne me font elles pas chier avec leur foot ! Quoique ces dernières années, elles aient empiété sur ce terrain là aussi. Mais bon, parler entre mecs, ça fait du bien aussi. L'ambiance testostérone agrémentée de vannes bien grasses, c'est sympa. 

Notre déjeuner du mercredi, je l'adore quand on est assis comme des nababs dans une salle rien qu'à nous avec Le Touffier, Chaton, Jean Sablon, le Jeune Gentilhomme Tourangeau et même parfois le petit Jérémie à qui on apprend comme c'est que d'avoir des burnes, et que la belle Soline vient nous servir ! On parle de trucs parfois savants, ou de cul, ou de motos, on se vanne et on rigole bien.

Tiens, la belle Soline, c'est notre Madelon à nous. Et ce n'est pas parce qu'elle nous chouchoute, qu'elle fait sa soumise, bien au contraire. C'est une pièce bien codifiée. On fait semblant d’être des cadors qui décidons et elle nous colle dans sa représentation de ce que devrait être la vie. On reste assis, bien sages, et elle œuvre. L'individu à table, c'est comme l'individu au travail, c'est plus compliqué que cela ne parait.

Tenez la dernière fois, voilà qu'on nous envoie un jeune serveur embauché de la veille. Et la belle Soline de nous demander comment on le trouvait. Comme on est des gars francs, des gars cools mais aussi des gars à principes, on lui a dit qu'il était bien, mais un peu familier tout de même. Parce qu'on peut plaisanter bien sur mais bon, c'est pas pour autant qu'un godelureau de vingt ans va se la raconter avec nous. On est d'accord pour ne pas faire péter les galons mais on est clients tout de même.

Oh putain, vous auriez vu ça, cinq minutes après, le petit nouveau est revenu ramper à notre table, cauteleux et obséquieux à souhait ! La gamine lui avait fait la leçon en lui expliquant qu'on était "sa" table, qu'on était des mecs cools, sympas et respectueux, qu'on laissait des gros pourboires et qu'on devait nous traiter en conséquence. La gamine, parce qu'elle n'a que vingt-et-un ans, ne s'en est pas laissé conter ! Elle l'a mis à l'amende le jeunot qui voulait jouer son kéké façon GO du Club Med' ! Elle lui a collé un gros steak et l'a ramené à de plus justes considérations. Elle lui a appris le métier. Ça c'est de la gonzesse !

Ceci dit même si parfois elle m'envoie des scuds sur mon mail pour me critiquer, je l'aime bien la Cindy, elle est marrante. Elle est super coléreuse, elle démarre au taquet et monte dans les tours immédiatement. C'est le genre à démarrer sans avoir fini de lire l'énoncé ! Marrant, malgré tout ça, elle est diplômée d'un IEP.

Au fait, j'ai une statuette équestre de Jeanne d'Arc sur mon bureau. Si c'est pas de la femme phallique ça, je ne m'y connais pas ! Alors cessez de m'emmerder avec vos procès bidon. Si la psychologie du travail vous intéresse, lisez Dejours et Clot, c'est assez passionnant !

25 janvier, 2015

Foulques-thérapie (2)


Les conseilleurs ne sont pas les payeurs chacun le sait ! C'est pour cela que lorsque mon patient a discuté avec moi de la meilleure manière d'obtenir son augmentation, et que je lui ai conseillé d'agir comme l'aurait fait Foulques Nerra, c'était quitte ou double. La Foulque-thérapie est un peu risquée mais amusante. Au moins si cela ne marche pas, on aura bien rigolé.

Soit son patron, impressionné par autant d'audace capitulait, soit il refusait en lui expliquant qu'ailleurs on lui donnerait peut-être le salaire exigé. Ceci dit, j'étais confiant. On ne se débarrasse pas d'un jeune ingénieur des mines comme d'un équipier chez Mac Do.

Comme cela l'amusait, il a adopté cette tactique et s'est présenté en exigeant beaucoup. Puis, il a attendu. Il a eu un peu peur qu'on ne lui donne rien ou disons, pas grand grand chose. Cela aurait pu se conclure par un joli 2% d'augmentation plus des bons d'achat FNAC.

Et pourtant, je l'ai appris jeudi dernier, la tactique Foulques Nerra a fonctionné. Il a obtenu en cinq minutes d'entretien, près de quinze pour cent d'augmentation. Pas mal non ? Parce que l'on a beau se poser toutes les questions possibles et inimaginables, la meilleure manière d'avoir quelque chose est encore de la demander. A quoi bon finasser et tenter de modéliser la situation longuement. Après, ça passe ou ça casse bien sur. Mais souvenons-nous que seuls ceux qui osent réussissent.

Comme disent les gauchistes, le droit social est un droit de combat. Ce n'est parce que l'on est ingénieur de haut niveau que l'on doit imaginer que l'on est du côté du tôlier. Que dalle ! Un salarié reste un salarié, qu'il soit prolo de base ou cadre sup'. Quand on ne veut plus de lui, on le lourde. Il n'y a que les indemnités qui changent. Ensuite, les clés de votre bagnole de fonction et la CB de l'entreprise seront à déposer à la RH. Avec un peu de chance on vous laissera votre téléphone.
Et encore, si vous l'avez négocié dans le protocole que vous aurez signé ! Sinon, vous serez prié de rapporter votre Iphone 6 !

Idéologie défensive de métier !


Voici quelques jours, un collectif dénommé "Osez le féminisme" dénonçait une fresque ornant la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand au motif que celle-ci représenterait un viol collectif dont personne, jamais personne, peut-être même pas Charlie Hebdo lui-même, n'oserait rire. Au pays de la liberté d'expression, on peut dessiner le Christ qui se fait enculer ou se foutre de la gueule de Mahomet mais pas des femmes. Le sacré a opéré depuis quelques temps un revirement et le blasphème n'est pas là où il était auparavant.

Ayant vu, comme tout un chacun, cette fresque, je n'y ai pas vu un viol collectif mais une sorte de gang bang au cours duquel, la ministre de la santé Marisol Touraine (et surtout sa loi santé) représentée sous les traits de Wonder woman, se faisant pénétrer par des super héros comme Flash, Superman, Batman et Supergirl. On pourra se prononcer sur le bon ou le mauvais goût de l'oeuvre, dans laquelle je ne vois qu'un caricature dans laquelle les médecins dénoncent cette loi. Je suppose que si le ministre en exercice avait été un homme, il aurait lui aussi subi les derniers outrages.

Bien entendu, un collectif de médecins femmes s'insurgent et dénoncent le machisme dans le monde médical dans les colonnes de Libération. Il existe effectivement un rituel lié aux salles de garde assez spécial, du moins jusqu'à ce que celles-ci soit supplantées par les self tenus par Sodexo. Il s'agit avant tout d'un folklore, c'est à dire d'une tradition héritée du XIXème siècle, aube de la médecine moderne et de la création des grands hôpitaux tels que nous les connaissons encore. 

Rappelons nous que le folklore (de l'anglais folk, peuple et lore, traditions) est l'ensemble des productions collectives émanant du peuple et se transmettant d'une génération à l'autre par voie orale ( contes, écrits, récits, chants, musique, danses ou croyances) ou par l'exemple (rites et savoir-faire). A ce titre le folklore n'est pas sexiste mais peut-être très masculin ou féminin en fonction des milieux dans lequel il est né voire neutre. Et qu'on le veuille ou non, la médecine fut un milieu masculin même si depuis quelques années, 60% des PH et 30% des PUPH sont des femmes. 

Au-delà de cette polémique stérile qui est représentative de notre époque, il est intéressant de s'intéresser non pas à cette fresque mais à toutes les fresques qui ornent les salles de garde des hôpitaux. Curieusement, tandis que certaines dénotent un réel talent chez ceux qui les ont peintes, force est de constater qu'elles mettent toutes en scène des corps nus dans des scènes obscènes dans lesquelles les attributs sexuels sont omniprésents.

On aurait beau jeu d'invoquer l'esprit carabin. Il existe sans doute mais n'ayant pas fait médecine, je ne l'ai pas connu. Je me souviens juste de quelques soirées auxquelles des amis étudiants médecins me conviaient quand j'étais jeune. A l'époque, je constatais juste que nous autres, juristes savions mieux nous tenir, puisque nous n'étions jamais saouls avant minuit. C'est vrai que nos horaires étaient plus légers que nous n'avions sans doute pas autant besoin de nous lâcher qu'eux. De la même manière, il est évident que les commentaires d'arrêts dans lesquels on apprenait par exemple que les structures que Coquerel avait édifiées sur son terrain était un abus de son droit de propriété destinée à nuire à Clément-Bayard, étaient sans doute moins angoissants que de voir des malades et des mourants toute la journée.

Il s'ensuit donc que la psychologie du travail a esquissé des explications afin de comprendre pourquoi certaines catégories de travailleurs, avaient érigé en folklore des pratiques que tout un chacun réprouverait. Si il existe des stratégies destinées à éliminer le stress au travail que chacun est libre de mettre en place pour évacuer la pression, on a ainsi pu noter qu'il existait d'autres stratégies nettement plus défensives, radicales, globales mais surtout collectives que certains "métiers" mettaient en place afin de se prémunir contre une organisation du travail devenue très agressive à l'encontre du collectif des travailleurs. On les nommes des idéologies défensives de métier.

Elles sont présentes dans tous les secteurs dans lequel le stress est très élevé et notamment lorsqu'il résulte d'une charge de travail élevée et que la mort est présente, qu'elle puisse être celle du travailleur confronté à des risques mortels ou de celui qui par sa pratique peut tuer autrui. Ces idéologies défensives de métier, apparaissent ainsi pour celui qui ne fait pas partie du collectif des travailleurs comme particulièrement dérangeantes ou choquantes, alors qu'elles n'ont d'autres buts que de rassurer le travailleur en lui proposant un cadre dans lequel on affirme haut et fort que la vie est pmus forte que tout.

C'est ainsi qu'en médecine, milieu dans lequel la maladie et la mort sont tout le temps présente, le jeune médecin au repos érigera en folklore des pratiques au cours desquelles le sexe, en tant que libération de l'angoisse est omniprésent. On peut donc voir dans ces fresques hypersexualisées, non pas des œuvres pornographiques mais plutôt la revanche de la vie, phallus géants, pénétrants des vagins offerts, en une allégorie de la fornication en tant que preuve que l'on est vivant, L'activité sexuelle est en effet l'acte par lequel on se donne du plaisir et l'on donne la vie.

A ce titre, on a pu constater par exemple que les ouvriers œuvrant dans des secteurs très risques comme la construction de building au siècle passé aux États-Unis, avaient eux aussi développé de telles pratiques sous une autre forme. C'est ainsi que tout un chacun a pu admirer des photographies dans lesquelles on voit ces ouvriers déjeunant assis sur des poutrelles, sans s'être assurés par aucun cordage, les pieds dans le vide à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Là où l'on pourrait ne voir que de la bravache voire de la bêtise, c'est avant tout une mise en scène destinée à braver le danger et à assurer que la vie et la chance seront plus forte que la mort due à une chute qui sont mises en scène.

Ces idéologies défensives très "machistes" dans leur mise en oeuvre concernent évidemment des professions très masculines ou auparavant très masculines comme la médecine. Mais elles sont aussi présentes dans des secteurs plus féminins. C'est ainsi qu'une étude avait montré que dans le secteur des soins aux personnes âgées (services de gérontologie, maisons de retraite, etc.), le personnel féminin, infirmières ou aide-soignantes, avait tendance à porter des dessous très affriolants que ne nécessitaient pas leurs fonctions. Les discussions avec ce personnel soignant a fait apparaitre que la présence continue de corps abimés et vieillis entrainait des angoisses qu'elles jugulaient en portant ces dessous extrêmement féminins. Encore une fois, il s'agit e faire triompher la vitalité sur la morbidité au moyen de recours radicaux.

Dans d'autres cas encore, totalement neutres sexuellement, intéressant des milieux axés sur l'innovatione t l'excellence, dans lesquels la compétition est érigée en valeur ultime, ce sont d'autres conduites qui seront valorisées. Parmi celles-ci ce sera le culte de l'excès ou des possessions. Ainsi, parce que le travailleur sait qu'il est perpétuellement sur la sellette, soit parce qu'il comprend que sa société peut disparaitre ou bien qu'il peut lui-même en être viré, il valorisera tous les excès possibles et inimaginables en tant que preuves que pour le moment, il consomme et est bien vivant. On répond aux exigences de l’organisation du travail en allant au-delà de ses demandes et en donnant plus comme s'il s'agissait de triompher d'un jugement ordalique.

L'existence de telles idéologies défensives de métier laisse supposer un collectif de travail extrêmement fort et c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'organisation. Cela indique que les individus ont su créer ce collectif pour endurer les conditions de travail sans décompenser individuellement. A ce titre, mieux vaut une fresque grivoise qui mobilise un collectif de médecins que les voir individuellement prendre du lexomil pour supporter le stress de leur activité.

La découverte la plus importante de la psychodynamique du travail fut de considérer que les gens ne sont pas passifs face à la souffrance issue de l'organisation du travail mais sont capables de s'en défendre de manière surprenante et ingénieuse. Ces défenses n'agissent pas forcément sur le monde réel,  en abaissant les risques ou les contraintes. Les défenses agissent de manière symbolique sur l'environnement en permettant d'éviter la perception de ce qui fait souffrir. C'est une forme de scène de théâtre sur lequel on projette la réalité.

Ces défenses lorsqu'elles se structurent dans des conduites, des représentations, des règles partagées, telles qu'elles existent dans ces fameuses salles de garde, formant un véritable folklore, sont alors nommés des idéologies défensives de métier. Dans les collectifs de travail dans lesquels les hommes sont majoritaires, l'idéologie défensive de métier s'organise autour d'un véritable déni de la vulnérabilité et de la souffrance masculine. Il s'agit même de renforcer ce déni par une attitude méprisante des personnes exprimant ou incarnant la fragilité. 

C'est la raison pour laquelle, lorsqu'une femme entre dans un collectif de travail naguère très masculin, comme le fut longtemps la médecine, elle ne peut être que heurtée par l'idéologie défensive de métier mise en place. Et c'est donc une erreur de juger ces mécanismes à l'aune d'un féminisme idiot alors qu'il s'agit uniquement d'une production psychologique ayant fait ses preuves pour empêcher la souffrance au travail. Dans les collectifs féminins, comme les métiers du soin, la vulnérabilité et la souffrance ne sont pas niées pareillement mais élaborées de manière défensive au travers de techniques différentes, mais existent aussi et pourraient sembler stupides au regard d'un homme.

Bref, l'individu au travail n'est pas un militant associatif socialiste, qui croit avoir tout compris de la complexité humaine, mais un être complexe qui peut mettre en œuvre des stratégies surprenantes pour s'adapter et triompher de certaines agressions issues du milieu dans lequel il œuvre. Avant même de pousser des cris d'orfraies et de hurler comme des chaisières à la vue d'un sexe, il aurait été bon de se demander pourquoi ces fresques existent en salles de garde. Avant de hurler au sexisme, ou à je ne sais quoi, il est toujours utile de se demander pourquoi un tel folklore a pu s'établir et quelle est sa fonction.

Un article du monde en date de juillet 2011, s'étant penché sur l'art dans ces fameuses salles de garde, explique d'ailleurs que :
"Là où la souffrance et la pensée de la mort dominent, il est nécessaire qu'un espace soit dévolu au culte de la fertilité et du plaisir. Comportement archaïque sans doute. Dans les cavernes du paléolithique, les pictogrammes sexuels abondent."

On peut se demander quelle carrière de médecin fera celle qui a dénoncé cette fresque au collectif Osez le féminisme. Sans doute qu'en tant que praticienne, dont les connaissances sont livresques, elle fera son chemin mais je doute qu'elle soit jamais une bonne clinicienne capable de saisir le patient dans son intégrité.Mais peut-être la dénonciatrice n'est-elle même pas interne, et ce serait encore pire.

Beaucoup de bruit pour rien comme bien souvent en France ces dernières années !