15 décembre, 2014

Les bienfaits de l'humiliation raisonnée !


Lui, et bien que l'on s'entende très bien, il me faisait enrager depuis longtemps. Beau mec, bardé de diplômes prestigieux, sympa, agréable, bref tout ce qu'il fallait pour faire une superbe carrière. Mais non, il s'entête à se comporter en agent de maitrise servile, n'ayant pas compris que ce ne sont jamais les meilleurs qui réussissent mais ceux qui osent.

J'avais l'impression d'avoir entrainé un cheval de course qui ne courrait jamais à Longchamp mais qui passerait le restant de sa vie à pâturer comme un hongre ! Nous avions parfois abordé ce sujet mais il restait persuadé que viendrait un jour où sa hiérarchie saurait le distinguer parmi la foule des anonymes et rendre enfin grâce à son investissement personnel ! Ce type a le respect de la hiérarchie chevillé au corps, persuadé qu'un jour il aurait sa chance.

C'est donc un grand rêveur bercé d'illusions qui pense qu'un bienfait est toujours récompensé. Et si je ne doute pas que cela puisse être le cas après notre mort, je suis persuadé en revanche qu'au sein d'une entreprise, si vous bossez sans faire de vague, on vous laissera gentiment à votre place jusqu'à ce que vous partiez vers une retraite bien méritée. Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne bien et récompenser quelqu'un qui ne demande rien ?

J'ai beau lui avoir dit maintes et maintes fois de bouger, de se remuer, de faire un éclat, mais rien ne faisait. Doté d'un respect tout militaire de la hiérarchie, il reste persuadé qu'à l'instar d'un champ de bataille, une entreprise vous reconnait à votre capacité à tenir sous le feu et ne tarde jamais à vous accorder les galons mérités. Parfois je le sens frustré et j'appuie là où cela fait mal en lui dépeignant le fossé qui existe entre son engagement (contribution) et ce que son entreprise lui donne (rétribution) mais il est doté d'une loyauté qui frise la bêtise. A croire qu'il est actionnaire !

Un soir que je l'avais comme dernier patient, et parce que nous nous connaissons très bien, je lui ai proposé de prendre un verre après notre séance en rejoignant deux de mes ex-patients qu'il avait déjà croisés. Ces deux là sont son antithèse. Salariés de grands cabinets de conseil, ils ont vite compris que ce n'était pas le mérite qu'on récompenserait mais leur cynisme et leur manière de se vendre auprès d'une hiérarchie qu'ils méprisent généralement avec entrain. Revenus de tout comme deux paras qui auraient réchappé de Dien Bien Phu, il leur en faut beaucoup pour les émouvoir. Et le premier qui les fera bosser pour autre chose que pour eux-mêmes, n'est pas encore né. Si vous voulez les faire rire il suffit de leur parler de culture d'entreprise.

C'était donc les sujets parfaitement adaptés pour créer un électrochoc chez mon cher patient. Ils s'étaient déjà croisés une ou deux fois et avaient donc eu le loisir de faire connaissance. C'est ainsi qu'à peine assis, ils lui ont demandé si quelque chose avait changé dans sa carrière. Rien n'ayant changé, ils se sont gentiment moqué de lui en lui expliquant que c'était bien pour une entreprise de pouvoir compter sur des salariés motivés et qu'il aurait sans doute la médaille du travail.

Voilà qui n'a pas plu à mon cher patient qui a défendu sa position en arguant d'un défi à relever qui lui permettrait sans aucun doute, selon lui, d'accéder enfin au poste qu'il méritait. Comme cela fait au moins cinq fois qu'il relève des défis sans qu'on le récompense, cela nous a bien fait rire. Malgré ses diplômes prestigieux, il est apparu comme le mouton qu'on tond tous les ans, l'abruti qu'on exploite gentiment en lui faisant miroiter une récompense mais ... pour après.

Un de mes ex-patient lui a carrément proposé vingt-mille euros de plus par an pour travailler pour lui dans son cabinet de conseil. Comme il l'a expliqué, n'étant pas lui-même un grand travailleur, il compte essentiellement sur les autres pour faire avancer sa carrière. Et il aurait été heureux de pouvoir compter sur un stakhanoviste comme mon patient pour aller au charbon pendant que lui glandouille au bureau. Comme il l'a expliqué, dans les grands cabinets de conseil, soit on est loyal et travailleur et on finit avec un burn-out, soit on comprend que ce métier ne sert à rien et on devient aussi cynique que les associés qui nous exploitent.

C'était une manière de voir assez nouvelle pour mon patient pour qui un chef est forcément quelqu'un qui a été choisi pour ses compétences, ses résultats et sa loyauté. Il a bien tenté de nous faire adhérer à sa vision bisounours du monde de l'entreprise mais ça n'a pas pris et il s'est trouvé très isolé. Nous ne partagions pas sa vision angélique du travail. On aurait cru le type fier d'aller se faire trouver la peau pour une médaille. C'est ainsi qu'au fur et à mesure de la conversation, il s'est trouvé un peu comme le benêt à qui l'on viendrait expliquer que si la fille lui fait des sourires, ce n'est pas pour lui, mais parce qu'elle est prostituée. Passer pour le dernier des michetons n'est pas forcément glorieux pour un ancien de l'ENS.

C'est ainsi que durant une heure et demie, il en a pris plein la tronche pour pas un rond, mais le tout, dans un esprit de bonne camaraderie. Et comme il est tout sauf idiot, je le sentais bouillir petit à petit, lassé de passer pour le dernier des cons face à des mercenaires aguerris. Mais comme il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte, l'heure est donc venue de nous séparer et après moult mojitos, chacun est rentré chez soi.

Je l'ai revu quinze jours après cette petite soirée. Il m'a expliqué que la semaine suivante, il avait pété les plombs lors d'une réunion en explosant et en demandant à l'un de ses supérieurs s'il ne se foutait pas de sa gueule, ce qui ne se fait pas vraiment dans les bureaux ouatés de sa multinationales. Il a même claqué la porte en menaçant de donner sa démission si les choses ne bougeaient pas.

Et voici que deux jours après cet esclandre, tandis que son supérieur direct lui intimait gentiment le conseil de s'excuser auprès des participants à cette réunion, il a reçu un coup de téléphone direct de la part du numéro deux de l'entreprise qui avait été averti de la scène.

Ce dernier a tenu à le voir et lui a proposé de devenir son adjoint au motif que cela faisait du bien de voir que parmi les cadres de haut niveau, tous n'étaient pas des soumis mais que certains savaient encore ruer dans les brancards et bousculer les choses.

Un mois après, une fois la promotion dument validée par les RH de son entreprise, c'est chose faite, mon cher patient est devenu adjoint du numéro 2 de l'entreprise et a rejoint le siège historique. A lui, les belles hôtesses, la moquette dans laquelle on s'enfonce aux chevilles et le bureau de palissandre. Il m'a avoué que la soirée à se faire gentiment humilier lui était resté en travers de la gorge et que cela l'avait aidé à se mettre en colère.

Ce ne sont jamais les meilleurs qui réussissent mais ceux qui osent. Parfois il suffit juste de gueuler un bon coup. Voilà, mon cher patient court enfin à Longchamp !Et comme il me devait uen fière chandelle, je lui ai dit que maintenant qu'il était chef, ce serait bien qu'il me prenne un de mes petits patients qui rame pour avoir un stage.

Un jour prochain, je lui avouerai que j'ai fait exprès de ramener les deux affreux pour qu'ils lui en mettent plein la tronche et le déniaise un peu. Parce que moi, vous comprenez, je suis cadenassé par mon statut, je suis un peu obligé d'être gentil ! 


08 décembre, 2014

Plein d'articles !


Alors là, ne m'en voulez pas si je n'ai pas écrit la semaine passée mais j'étais en Corse. Et SFR n'étant pas accessible dans le coin, pas la peine de songer à téléphoner ni à écrire. J'étais coupé du monde. Il m'aurait fallu faire dix kilomètres sur la route de la mort (la D147) pour retrouver une antenne et me connecter au réseau. En attendant mon retour parmi les vivants, je me suis nourri de châtaignes glanées sous les arbres et de cochons sauvages que j'ai tués à la main comme Rahan.

Assis à califourchon sur une basse branche d'un pin Laricio je me suis jeté sur un mâle que j'ai égorgé avec mon coutelas d'ivoire. Ensuite, après l'avoir écorché, je l'ai ramené avec les sacs de châtaignes sur l'âne et je suis rentré au village. Une fois de retour, j'ai bien sur tanné la peau pour m'en faire une couverture parce que les nuits sont fraiches.  Moi qui rêvais de vie érémitique une semaine auparavant, j'étais servi.

En plus, il a plu tout le weekend et il y a eu plein d'orages tant et si bien que la route de la mort était impraticable du fait des éboulis. Et hop, obligé d'annuler le vol et d'en prendre un le soir. Putain, j'aurais du épouser une beauceronne. Paris-Chartres, c'est quatre-vingt kilomètres par l'A11 ! Le cul calé dans le cuir de ma Jaguar et en à peine une heure, c'est torché et on aperçoit les flèches de la cathédrale.

Et comme c'est tout plat la Beauce, on ne risque pas les éboulis ! Bon, bien sur je n'ai rien dit à mon épouse parce qu'elle est susceptible comme la plupart des corses et que je n'ai pas envie de me retrouver à m'expliquer avec ses cousins Ange et Dominique à propos des mérites comparés de l'Eure-et-Loir et de la Haute Corse. 

Il y a des discussions qui ne mènent à rien de toute manière. Et puis, Ange et Dominique ont des notions très succinctes de géographie. Pour eux, la Russie commence à Bastia, la Suède au cap corse et l'Afrique à Ajaccio. Et ils ne voient pas pourquoi on irait à New-York alors qu'on trouve tout à Ponte-Leccia ou au pire à Corte si on veut faire de la route.

De retour dans le monde moderne, j'ai évidemment reçu mes patients toute la semaine et j'ai eu mille idées d'articles. Bon, peut-être pas mille mais sans doute cinq ou six. Et me voici aujourd'hui lundi incapable de me rappeler de ce que je voulais vous dire. Plus aucune idée de ce que j'avais envie d'écrire. Mon cerveau est vide. 

Je vais me faire un café, fumer une clope et tenter de me souvenir de ce que j'avais envie d'écrire. Si ça revient, je repasse. Sinon, ce sera la semaine prochaine. Tant pis. C'est comme ça. En totu cas, ma mère avait tort quand elle me disait que je perdais mon temps à lire Rahan et que je ferais mieux de m'intéresser à mes devoirs. Rahan pour ma génération c'était le b.a.-ba de la survie. En plus, Rahan avait beau se balader presque cul nu armé de son seul coutelas et de son collier en dents de tigres, n'empêche qu'il était aussi ouvert d'esprit qu'un philosophe des lumières.

Rahan m'aura appris à chasser le cochon sauvage et à devenir plus humain !

Gâa semble aussi borné que le Gringeot ! Gâa doit être né sous le signe du taureau à mon avis ! Quand le Gringeot s'opposera à moi je lui dirais "Arrête un peu, on dirait Gâa".

24 novembre, 2014

Dernère lubie !


Je suis sujet aux lubies, tous mes lecteurs le savent. Je passe allègrement de l'une à l'autre, me contentant, durant le temps qu'elle m'obsède, de me documenter sur le sujet avant de l'abandonner pour d'autres horizons. Je pourrais d'ailleurs consacrer un pan entier de ma bibliothèque à mes lubies qui m'ont par le passé donné l'occasion d'acheter des livres sur le sujet. On y trouverait voisins des livres traitant de sujets aussi divers que l'apiculture, les ponts et viaducs, les autorails, l'EMI ou encore les hérissons.

Dernièrement, c'était la vie érémitique qui me préoccupait. Ne me demandez pas comment cela m'est venu. Je n'en sais rien ou plutôt je crois le savoir sans en être vraiment sur. Toujours est-il que j'ai un jour décidé de chercher sur ma tablette préférée combien il y avait d'ermites en France. Puis, que de fil en aiguille, je me suis intéressé à la vie érémitique, à la manière de "partir dans le désert" comme le fit Antoine le Grand, père de l'érémitisme chrétien.

Et bien sur, comme une lubie est quelque chose d'important pour moi, après avoir lu les textes régissant la vie d'ermite, je me suis intéressé aux conditions matérielles permettant cette réclusion dans le monde. Certes, on peut être ermite en ville, passager clandestin dans un immeuble, mais la condition campagnarde a eu ma préférence, sans doute parce qu'elle recèle un côté survivaliste amusant. Que voulez-vous, même quand il 'agit d'érémitisme, un mec reste un geek.

C'est la raison pour laquelle après avoir cherché l'endroit idéal pour mener une vie d'ermite, il fallait se soucier des conditions matérielles d'existence. Ceci dit l'endroit idéal n'est pas simple non plus car tous les coins paumés de France ne se valent pas. Le lieu idéal est un compromis entre la beauté de l'endroit, son isolement, le climat, le prix d'une masure correcte et bien sur l'accueil des locaux.

S'agissant des conditions de vie, mon esprit s'emballant sans raison, ainsi qu'il le fait pour n'importe quelle lubie, je me suis renseigné sur la manière de vivre en autonomie. Autant vous dire que les poêles, les éoliennes ou l'hydroélectricité n'ont plus de secrets pour moi. Quant à la manière de recharger un téléphone avec un simple réchaud, ce n'est plus un secret. L'effet Peltier comme l'effet Seebeck me sont devenus communs. Quant aux régulateurs, donnez moi un oscilloscope et je vous dirai s'il est bon ou si c'est une daube chinoise qui endommagera votre électronique. Idem pour le groupe électrogène !

J'ai évidemment pour ce faire fréquenté des forums spécialisés. J'ai été étonné par la qualité des échanges tant au niveau de l'orthographe que des renseignements qui y sont fournis. Et même si la plupart son plutôt des adeptes de la décroissance que de l'érémitisme chrétien, je dois souligner qu'ils sont généralement réfléchis. Comme quoi, on peut vivre en yourte et n'être point sot. La plupart sont d'ailleurs nettement circonspects face à l'écologie politique telle qu'elle se présente.

Et si les allumés existent, il suffit de parler technique, c'est à dire de dépasser le cadre des paroles creuses pour agir, pour les voir disparaitre au profit de gens ayant souvent muri leurs projets, même si ceux-ci peuvent sembler farfelu pour le commun des mortels. Pour ma part, capricorne enraciné d'un classicisme effréné, il est évident que mes gouts me portent plus vers les vieilles pierres que vers les constructions nomades.

Cette lubie m'a habitée durant quelques jours. Tant et si bien que dans la nuit de lundi à mari dernier, j'ai eu du mal à m'endormir tant les choses tournaient dans ma tête. C'est complètement stupide je sais, surtout quand je dois me lever après n'avoir dormi que deux heures. Et quand ma patiente de dix-huit heures me trouve fatigué, difficile de lui explique que c'est parce que j'ai passé un bon moment à me passionner pour les solutions solaires dédiées aux sites isolés. C'est quelque chose que tout le monde ne comprendrait pas.

De toute manière, même si le projet me plait, ce n'est pas demain la veille que je partirai vivre en ermite. Ni après-demain d'ailleurs. Je suis le type le moins bricoleur du monde. de plus, c'est le drame de ma vie, je ne parviens jamais à me décider tout en n'étant pas fait pour les solutions médianes. Donc je suis toujours en train d'hésiter en l'immense château en ruines et la masure nichée au cœur d'une vallée.Et même si je suis un bon théoricien, ce n'est pas la lecture d'un traité de charpente qui m'aiderait à refaire une toiture !

Voilà, adieu ma belle thébaïde aux murs de pierres et au toit de lauzes ! Mais bon, en cas de catastrophe, sans être un pro du survivalisme, disons que j'en connais maintenant plus que la plupart de mes concitoyens. C'est dommage j'avais trouvé une belle bâtisse pas trop grande, avec quelques hectares autour et en plus une chapelle ! Le rêve de tout ermite ! Je n'avais plus qu'à convaincre mon épouse de se chauffer à la bouse et de s'éclairer à la bougie !

Je sens la fièvre s'apaiser. J'ai juste commandé le nombre de livres obligatoires sur Amazon afin de garder un souvenir de cette lubie. Encore des livres qui rejoindront ceux concernant les autres lubies. Peut-être qu'un jour, on me demandera pourquoi un ouvrage sur les hérissons voisine avec un livre sur la taille de pierres et un autre sur le choix de vie érémitique.

Enfin, je n'abandonne pas tout à fait le projet. On ne sait jamais, dès fois que Hollande soit réélu en 2017, je pourrais bien prendre le maquis.

Chitonophobie !


Avec le politiquement correct, on n'a jamais fini d'en finir. On croit avoir touché le bas mais, comme dans les parkings Vinci, on s'aperçoit qu'il y avait un autre sous-sol. L’antiracisme, l'antisexisme et de manière générale la lutte contre la discrimination se découvre chaque jour un nouveau cheval de bataille et n'en finit plus de traquer la déviance là où les gens normaux ne l'aurait pas vue.

C'est d'ailleurs l'un des traits diagnostiques de la personnalité paranoïaque décrits par le DSM. C'est ainsi que le paranoïaque discerne des significations cachées, humiliantes ou menaçantes, dans des événements anodins tandis qu'il s'imagine des attaques contre sa personne ou sa réputation, auxquelles il va réagir par la colère ou la rétorsion .

Et j'ai eu maintes fois l"occasion de le souligner, la paranoïa autrefois dénommée folie raisonnante est à l'instar du CO2, qui est un gaz inodore et mortel, un phénomène mortifère qui prend de l'ampleur sans qu'on ne le remarque. Les paranoïaques souffrant d'une hyper-inflation du moi ont tôt fait de faire entrer autrui dans leur délire sans que ce dernier ne remarque justement l'aspect effrayant des thèses défendues. C'est ainsi que la folie à deux est un type de délire non schizophrénique dans lequel la vision délirante du monde du patient souffrant de paranoïa est adoptée par d'autres individus avec lesquels il est en contact et constitue une forme d'hystérie collective.

C'est ainsi que cette hystérie collective s'en est récemment pris à des chemises. Comme je ne savais pas traduire "chemise" en grec ancien, j'ai simplement utilisé le terme chiton qui est un vêtement traditionnel de la Grèce antique, afin de trouver une racine à cette nouvelle phobie. C'est la raison pour laquelle je parle de "chitonophobie", un néologisme adapté aux circonstances. J'en veux pour preuve les deux exemples suivants.

Voici peu de temps, un groupe de scientifiques réalisait l'exploit de faire atterrir la sonde spatiale Rosetta sur une comète située à cinq-cent millions de kilomètres de la terre. On aurait pu saluer l'exploit et se demander de quelle manière la science allait bénéficier de cette incroyable odyssée. C'était sans compter les khmers de surveillance qui n'ont eu d'yeux, non pour cet exploit mais pour la chemise que portait Matt Taylor, le responsable du programme. Il faut dire que ce dernier, sans doute pour souligner sa bonne humeur et casser les codes trop austères de la science, portait pour l'occasion une chemise ornée de pin-ups, laquelle a été jugée "sexiste". Certains y auraient même vu une manière inconsciente de prouver que la science est généralement un milieu masculin sexiste. Plutôt que de laisser les choses se tasser, en se souvenant que les gros titres du jour servent à emballer le poisson le lendemain, notre pauvre scientifique s'est cru obligé de s'excuser pour sa chemise.

Quel mal avait-il commis si ce n'est, en tant que mâle hétérosexuel, de porter une chemise imprimée de pin-ups ? Est-ce un crime ? Au pire, on peut juger sa chemise laide et imaginer qu'il préfère les bimbos que les thons, mais elle n'indique en rien ce que Matt Taylor pense des femmes en général. C'est une interprétation qui n'appartient qu'à celui-celle qui la fait que de dire que le port d'un tel vêtement serait sexiste.

Plus récemment, c'est Kim Kardashian qui s'est trouvée accusée de discrimination pour avoir porté un chemisier imprimé de silhouettes de geeks, ces caricatures de scientifiques portant lunettes et nœuds papillons. On l'a donc accusée d'offenser la science parce que les personnages figurant sur le chemisier seraient des "personnes socialement maladroites en blouse blanche et lunettes épaisses, posant d'une manière peu flatteuse, tenant des ustensiles de laboratoire ou écrivant des équations sur des tableaux noirs". Des ingénieurs quoi, tels que j'en reçois régulièrement dans mon cabinet, et qui m'avouent que s'ils sont champions pour résoudre des équations différentielles, ils ont un peu plus de mal avec les rapports sociaux en général et les femmes en particulier.

Ces deux exemples démontrent clairement la paranoïa de notre époque. Car lorsque les scientifiques portent des chemises rigolotes, on les accuse de sexisme, tandis que lorsqu'ils sont trop ternes et proches du stéréotype de l'ingénieur, ils en souffrent et n'aiment pas que l'on se moque d'eux. L'idéal finalement est de s'enfermer dans une minorité à laquelle on reconnaitra des droits et notamment celui de se plaindre.

Finalement, plutôt que de se répandre en excuses, de faire leur mea-cupa, ou plutôt leur autocritique, comme savait si bien y inciter l'ex-URSS au cours des célèbres purges de Moscou, ces personnes dont on a critiqué la chemise auraient du s'offusquer et se plaindre de chitonophobie afin de souligner qu'elles-mêmes, quels que soient les reproches qu'on leur faisait, appartenaient aussi à une minorité opprimée; celle de ceux qui décident de porter des chemises avec des imprimés fantaisie. Et comme c'est celui qui se sent le plus opprimé qui gagne dans cette nouvelle hystérie collective, il n'est pas dit que Matt Taylor ou Kim Kardashian auraient eu à s'excuser mais bien au contraire, que ce sont leurs accusateurs qui auraient du le faire pour crime de chitonophobie.

On peut aussi, et c'est sans doute ce qui arrivera, pencher vers une neutralité de bon aloi afin d'éviter qu'un paranoïaque, quelque soit son groupe d'appartenance, ne distingue dans notre manière de d'être, une quelconque atteinte à la dignité d'un quelconque groupe de personnes érigées en club de martyres.

Le Larousse précise que l'humour, au sens large, est une forme d'esprit railleuse « qui s'attache à souligner le caractère comique, ridicule, absurde, ou insolite de certains aspects de la réalité ». Quand on se moque d'une catégorie de personnes, il est fort à parier que l'on appartient soi-même à une autre catégorie que l'on moquera aussi. Nous sommes des animaux sociaux et tout individu normal sait parfaitement distinguer l'humour de la méchanceté sans que l'on n'ait besoin de ces redresseurs de tort dont le faible nombre n'est qu'amplifié par le tambour vide des réseaux sociaux relayés par une presse exsangue n'ayant plus rien d'intéressant à dire.

 Le paranoïaque est un pervers qui méconnait sa perversité. Il ne vous frappe pas, pas plus qu'il ne vous vole ou ne vous viole. De manière bien plus pernicieuse, il s'empare insidieusement de votre psychisme, de vos élaborations mentales, afin de les façonner de manière à les rendre compatibles avec sa manière rigide et pathologique de voir le monde. Son but est de vous persécuter pour vous amener malgré vous à être gouverné par ses desseins pervers. Il vous amène à vous croire responsable d'un pseudo-désastre qui n'existe que dans son cerveau malade.

Pas de chance pour nous car l'humour et la dérision, et dans une plus large mesure la liberté de parole sont gravement menacés. Car si le DSM omet de le préciser, les paranoïaques se distinguent par une absence totale d'humour. Et à ce titre, l'humour est le meilleur rempart contre les paranoïaques.

La chitonophobie est l'hostilité, explicite ou implicite, envers des individus dont les préférences en matière de chemises vont vers les tissus imprimés humoristiques ou décalés.
Philippe Psy

17 novembre, 2014

L'argent et l'amour !


C'était voici peu de temps. Un médecin m'appelle et me demande si je peux recevoir "en urgence" un jeune patient qui vit une "rupture difficile". Effectivement ça semble difficile puisque j'entends le jeune type pleurer à chaudes larmes dans le cabinet du médecin. J'explique au médecin que je connais bien que je ne suis pas un service d'urgence et qu'elle devrait plutôt adresser ce quidam à qui de droit plutôt que de l'envoyer se suicider dans mon cabinet. Mais, il semble qu'elle lui ait prescrit les anxiolytiques qui vont bien et que si le gamin est mal, il ne l'est pas au point de se jeter de ma fenêtre ou de s'ouvrir les veines face à moi.

Comme je suis plus du soir que du matin, je dis au médecin de me l'envoyer à vingt-deux heures le jour même. Tant pis je finirai plus tard et serai chez moi à minuit. Vous noterez au passage l'abnégation et la vocation qui sont miennes ! Si l'un(e) d'entre vous décide d'ouvrir une souscription pour l'érection d'une chapelle Saint-Philippe-le-Psy, n'hésitez pas. Je vous promets qu'on y viendra en pèlerinage par milliers et que via les dons, votre investissements sera vite remboursé, surtout si vous avez pris la peine d'ouvrir un hôtel-restaurant juste en face de la chapelle. Dans le commerce, l'emplacement c'est tout.

Mais trêve de ma fabuleuse vocation et revenons à nos moutons. Le gamin se pointe pile à l'heure. C'est le modèle sensible-mais-couillu-tout-de-même. A savoir que s'il a pleuré chez son médecin, chez moi il est décidé à rameuter tous ses neurones et à tout comprendre. Il est tendu comme un arc et on le sent déterminé à "gérer" son chagrin pour passer à autre chose. C'est assez rigolo à observer et plutôt touchant.

Bardé de diplômes prestigieux, il appartient à la catégorie des types intelligents dans la mesure où il sait que la réussite à un concours n'est qu'un process auquel même les baudets sont admis et en aucun cas une preuve de grande intelligence. D'ailleurs, alors qu'il pourrait trouver n'importe où un job super bien payé avec un titre ronflant, le gamin préfère se donner uen année durant laquelle il glande dans un mi-temps tout en faisant de la musique. C'est le cas classique du gamin brillant issu d'un bon milieux qui a choisi des études sans savoir pourquoi ils les feraient mais simplement parce qu'il en avait les capacités et que cela correspondait au statut que ses parents étaient en droit d'attendre de lui.

En revanche tandis que je l'interroge sur sa copine qui vient de le plaquer, là c'est une toute autre histoire. Ayant passé les mêmes diplômes, celle-ci s'est jetée à corps perdu dans le monde du conseil dans un très très prestigieux cabinet international, ces boîtes où ils ne savent pas vraiment ce qu'ils font si ce n'est gloser et pondre du powerpoint sans réelle valeur ajoutée à destination d'individus ayant le même profil. C'est ambiance tailleurs et costards chers et cela correspond aux milieux autorisés décrits par Coluche dans son sketch du journaliste.

Toujours est-il que la donzelle après avoir ramé quelques années durant ses études, se voit ainsi propulsée dans un milieux qu'elle révérait. Sa vie c'est un peu Le diable s'habille en Prada ; elle s’habituera au monstre pervers simplement pour faire partie d'un certain monde. Et lorsque son cabinet lui propose son stage d'intégration de deux mois aux États-Unis, sa vie bascule totalement et elle en oublie qui elle est et d'où elle vient. C'est une sorte de phénomène sectaire bien connu adapté au monde de l'entreprise. On crée des signes d'appartenance forts, on vous coupe de votre milieu d'origine en vous inculquant qu'il y a ceux qui en sont et les autres, et on vous formate le cerveau définitivement. Ca marche chez les gens un peu simples, ceux qui sont gourouïsables. Certains s'en sortent au bout de x années, d'autres jamais et restent persuadés que ce qu'ils font est non seulement utile mais non seulement vital. 

Mon petit patient n'est pas de ce genre. Ce type de cabinet il pourrait y rentrer mais il sait que cela serait pour deux ou trois ans maximum parce qu'il a compris qu'il n'y fera que de la merde mais qu'en revanche, les abrutis d'employeurs qui sont un peu "des buveurs d'étiquettes" apprécieront et le recruteront à prix d'or. Ce sont ces types qui trouveront une piquette admirable pourvu qu'elles soit étiquetée Château-Truc et pour qui seul le nom prestigieux du cabinet compte et seront ainsi par la suite persuadé qu'il a trouvé le Graal. Bref, il traine un peu des pieds pour y entrer dans ces cabinets là. L'idée de ne plus avoir de vie, de bosser quinze heures par jour pour rien heurte son intelligence et son sens du réel. Être intelligent et lucide quand on est issu d'une grande école de commerce mais qu'on n'est pas cynique est la pire des choses.

Et voilà pourquoi la donzelle l'a quitté. Comme je lui expliquais, elle est passée à autre chose, il est maintenant challengé par des trentenaires cupides qui roulent en voitures de sport. Alors c'est certain que même si sur le long terme il a raison et qu'un jour ou l'autre sa gonzesse en reviendra de tout ce clinquant imbécile, pour le moment c'est mort. Je lui dis qu'il faut passer à autre chose. Je lui modélise un peu son histoire avec lui dans le rôle du mec sensible qui se cherche et qui aura besoin de quelques années pour trouver sa place face à sa gonzesse, parfaite petite machine de guerre, moins complexe mais plus simple à mettre en œuvre immédiatement. Je lui parle des mécanismes sectaires mis en place sous le couvert de la fameuse "culture d'entreprise", de la manière dont les jeunes femmes sont exploitées par ces cabinets parce qu'elles sont en général plus soumises et malléables et que le client apprécie toujours plus une jolie gonzesse en tailleur qu'un ingénieur en costume.

Il admet les choses et il est d'accord avec moi. Il est brillant, il modélise vite aussi et il saisit l’algorithme de la situation promptement. Il tente de trouver des stratégies alternatives pour la reconquérir. Il m'explique que c'est bon, que lui aussi "va entrer dans le conseil pour faire un max de blé". Je lui explique que je le comprends et qu'à son age j'aurais tenté la même chose. Je rajoute encore une fois qu'à mon sens c'est mort, que son histoire d'amour est derrière lui parce que plus qu'une historie de blé et d'ambition, c'est une question de valeurs et d'intelligence. Et comme il me demande ce qu'il va devenir, je lui explique que le monde étant bien fait, on se remet d'un chagrin d'amour sinon l'espérance de vie serait de vingt-cinq ans et non de quatre-vingt ans. Et je rajoute que fort heureusement, le monde ne manque pas de gonzesses bien et vraiment intelligentes qui savent faire la part entre vie professionnelle et affective.

Comme il est un peu chancelant et que les semaines qui viennent risquent d'être dures, je lui enjoins d'appeler un médecin pour le cas échéant prendre un traitement. Les ISRSNA sont redoutables pour éviter les crises d'angoisse. Voilà, on se sépare là. Il est près de vingt-trois heures trente mais je ne lui facture qu'une heure (vocation+abnégation+probité).

Je me dis que si Dieu me prête vie, sa copine viendra peut-être me voir dans dix ans, quand après voir donné ses plus belles années à son cabinet, elle pensera à faire des mômes. Elle me parlera de FIV et de je ne sais quoi encore en espérant déjà qu'elle ait un mec parce que parfois la carrière ne laisse pas le temps à autre chose que des coups d'un soir dans une chambre de 5*. Et à elle aussi je lui sortirai ce que m'a expliqué un mec qui s'y connait un peu dans le domaine. Ceci dit, peut-être qu'ils lui financeront une congélation de ses ovules. On ne peut jamais savoir avec ces grands philanthropes !

"La fécondité chez les femmes c'est comme la carrière d'un jouer de foot. En gros tu peux commencer assez tôt avec un pic à vingt-huit ans. Mais après, il faut se souvenir qu'à quarante ans, c'est compliqué, il ne reste plus que quelques gardiens de but qui jouent encore"
Docteur L.T.


15 novembre, 2014

Je hais les ados !


Enfin, bon je ne les hais pas tous, disons ceux de maintenant, de notre époque. Et encore, je ne doute pas qu'il y en ait des biens. Mais bon, la plupart sont tout de même à chier je trouve. Du moins à Paris, dans ma sphère la plus proche. C'est rare que je croise des ados sympas et intelligents. Je n'attends évidemment pas d'un adolescent qu'il vive comme un adulte, je ne suis pas sur que j'aurais par exemple apprécié Bruno Le Maire adolescent. Mais bon, c'est tout de même sympa de rencontrer un ado qui se passionne pour autre chose qu'Abercrombie ou ses Nike.

Comme ce n'est pas ma spécialité, j'en reçois peu. En ce moment, le plus jeune patient doit avoir dix-sept ans mais il est brillant. Son père voulait en faire un ingénieur mais moi je lui prédis une carrière d’avocat ou de politicien exceptionnelle tant ses aptitudes sociales sont étonnantes pour son âge. Franchement perdre son temps à faire sup' et spé' pour ensuite pointer dans une SSI comme un loqueteux de base alors qu'il pourrait être élu à vingt-cinq ans, y'a pas photo je trouve.

Et puis dernièrement j'ai reçu la mère d'une ado de quinze ans qui se désespérait pour sa fille à propos d'une histoire de cœur pourrie mais pas très grave. J'ai donc écoute la mère une demie-heure avant de voir la fille, la demie-heure restant. Pour être belle, elle est belle et elle le sait. A peine assise, elle m'a tiré la gueule à un point que j'avais rarement vu. Bon, heureusement que je suis patient et que j'ai du métier, parce qu'un plus sanguin que moi l'aurait prise par les cheveux et l'aurait jetée dans les escaliers en lui hurlant : "espèce de petite pute tu pensais te foutre de ma gueule ?".

Moi bien sur, je suis resté très pro, je ne l'ai pas insultée évidemment. Je me suis contenté de lui demander en quoi pourrais-je lui être utile. Et c'est la bouche pincée qu'elle m'a répondu "en rien". Sans me départir de mon air affable je lui ai demandé si elle souhaitait collaborer ou si elle n'était venue qu'à la demande pressante de ma mère. Et là, elle m'a répondu qu'elle n'avait aucune envie d'être là ni de me parler. 

Toujours aussi calme je lui ai dit qu'il n'y avait aucun problème et qu'ayant été payé par sa mère, on allait s'arrêter là et que j'allais passer une chouette demie-heure au café à lire. Et ça, ça l'a énervée. Sans doute parce qu'elle pensait qu'elle pourrait faire son cinéma et me faire tourner en bourrique. Comme si j'étais le micheton de base, le trou du cul de seize ans prêt à se rouler par terre pour ses beaux yeux bleus ! Putain, je n'y crois pas !

Alors je me suis levé, je me suis habillé et je l'ai gentiment poussée vers la sortie. Elle n'en revenait pas et m'a dit "mais alors c'est tout ?". Ce à quoi j'ai répondu qu'à quarante-sept ans, j'avais passé l'âge de subir les caprices d'une gamine de quinze ans. Elle était interloquée. Mais bon, professionnel jusqu’au bout je lui ai cependant précisé que sa mère m'ayant parlé de sa peine de cœur, je me sentais tout à fait capable de l'aider si elle le désirait et que mon cabinet lui était grand ouvert à condition qu'elle veuille bien collaborer et que ce serait à elle de prendre rendez-vous.

Ensuite j'ai pris mon téléphone et j'ai prié sa mère de la prendre devant la porte de l'immeuble. Elle m'a dit qu'elle n'avait pas besoin de sa mère et moi je lui ai rappelé qu'étant mineure elle restait sous ma responsabilité et qu'il m'appartenait d'avertir la personne ayant l'autorité parentale qu'elle sortait une demie heure avant l'heure dite. Le rappel de sa condition de mineure ne lui a pas fait plaisir mais je m'en suis tapé. Je crois qu'elle en aurait pleuré.

Je l'ai salué d'un sonore "bonne journée jeune fille et à bientôt peut-être" avant d'aller vers mon café préféré juste en face de mon cabinet. Bref, les ados me font vraiment chier mais pas tous évidemment,  mais enfin la plupart tout de même.

De toute manière, cela ne sert à rien de forcer quelqu'un à voir un psy si il ne veut pas !

Nabilla !

Calendrier Nabilla 2014 (collection privée du Dr Le Touffier)

Je vous avoue que l'affaire Nabilla ne m’inspirait rien de bien précis et que je n'aurais jamais écrit un article sur ce sujet. Ce qui lui arrive était à prévoir. Sujet ultra-narcissique n'ayant pour seul horizon que ses propres désirs et pour unique prison que la frustration intolérable qu'ils ne soient pas tous satisfaits immédiatement, il était évident qu'un jour la belle brune en arriverait là. Soit qu'on la tue, soit qu'elle tente de tuer quelqu'un.

C'est à la demande du Touffier que je rédige cet article. Soit qu'il ait réagi en vieux médecin paternaliste affligé par la tournure funeste qu'a pris le destin de cette gamine de vingt-deux ans, à moins qu'il ne soit très triste de ne plus pouvoir reluquer ses gros seins dans l'émission Touche pas à mon poste ! Je ne le saurais sans doute jamais.

Alors que dire de cette affaire ? Je crois avoir tout dit dans le premier paragraphe finalement. On a à faire à un cas classique de narcissique qui, comme le précise le DSM. C'est ainsi que le patient présente au moins cinq des symptômes suivants :
  • le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (par exemple, surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;
  • est absorbé par des fantasmes de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté, de perfection, ou d'amour idéal ;
  • pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;
  • montre un besoin excessif d'être admiré ;
  • pense que tout lui est dû : s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;
  • exploite l'autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins ( mensonges, chantages, violence verbale, etc.) ;
  • manque d'empathie : n'est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui ;
  • envie souvent les autres, et croit que les autres l'envient ;
  • fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.
On notera que la belle Nabilla s’illustre particulièrement dans les neufs symptômes décrits ce qui est plutôt rare. C'est pourquoi, il n'est pas anormal d'entendre des commentaires selon lesquels "ce serait bien fait pour cette petite pute" ou encore "qu'elle l'a bien cherché cette salope". Les narcissiques sont en effet unanimement détestés. Et tandis que l'on peut trouver par exemple un hystérique touchante car l'on sent sa fragilité même derrière sa perversité, le narcissique ne bénéficie pas des mêmes circonstances atténuantes tant sa manière d'être "faible avec les forts et fort avec les faibles" semble répugnante à tous les gens normaux.

Évidemment on a pu trouver ça et là des gens pour la soutenir et même parvenir à être persuadé que la pauvre n'était qu'une victime et qu'il fallait que la justice soit clémente par exemple en la libérant immédiatement. De même que ses monstrueuses consœurs Paris Hilton ou encore Kim Kardashian, Nabilla a avant tout pour vocation d'exploiter les pauvres filles dépressives qui se projettent dans sa sinistre vie de poupée marketée. Il est donc normal que de tous les endroits glauques du pays touchés par la crise, des voix s'élèvent pour protester qu'on leur ait ôté leur idole, celle qui parvenait à leur faire croire qu'on pouvait se sortir de la médiocrité sans aucun travail pour parvenir au luxe et à la notoriété.

Pour autant, je ne souhaite pas charger la barque, laquelle est déjà bien pleine. Je veux juste me souvenir que, quelle que soit l'assurance dont elle tente de faire preuve dans tous les émissions débiles dans lesquelles elle apparait, Nabilla n'est finalement qu'une gamine de vingt-deux ans, une idiote mal éduquée, un pur produit d'un environnement duquel toute loi a disparu pour n'en laisser qu'une, celle édictée par L'Oréal : Parce que je le vaux bien. Je lui accorderai bien volontiers les circonstances atténuantes.

Je me doute que l'affaire sera correctionnalisée et qu'elle ne passera jamais aux Assises. Toutefois, je souhaiterais que la loi ne soit pas clémente envers Nabilla et qu'une peine de prison ferme soit prononcée. Il me semble que trois ans fermes, sachant qu'elle n'effectuera que la moitié de sa peine parce que nous sommes en France, serait la bienvenue. Non que je lui en veuille ou que je sois cruel mais parce que je pense que la manifestation de la loi, pour une fois dans sa vie, soit la meilleure chose qui puisse lui arriver. 

Je me doute bien que passer dix-huit mois en cellule ne soit pas une sinécure mais d'abord elle a poignardé son amant et ça n'est pas rien. Enfin, si la justice se montrait trop clémente, cédant encore aux manipulations de la jolie brune, je me doute de la tournure que prendrait la vie de Nabilla. Je suppose, et sans doute à raison, qu'après avoir détruit sa cloison nasale à coups de coke puis son utérus à coups de chlamydiae, elle se suicidera vers quarante ans, à moins qu'elle ne soit tuée au cours d'une soirée de débauche par un énième amant sociopathe.

Il est donc temps de grandir et la prison ferme y aide parfois. En leurs temps Valérie Subra comme Florence Rey sont passées par cette étape et il semble qu'elles n'aient plus fait parler d'elles et mènent maintenant des vies rangées.




11 novembre, 2014

Armistice et cérémonie personnelle !


Aujourd’hui c'est le 11 novembre, le jour où l'on commémore l'armistice de la première guerre mondiale. Souvenons-nous que Paul Valéry expliquait que la guerre, c'est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas.

Autant la seconde guerre mondiale ne m'a jamais passionné, autant la première me passionne. Allez savoir pourquoi ? Sans doute parce qu'elle est un trait d'union entre une époque révolue et la période moderne. Commencée avec nos pioupious habillés avec leur pantalon garance, elle s'achèvera par des combats de chars. Elle signe la fin de la belle époque, d'un monde digne des livres d'histoire pour inaugurer le monde moderne tel qu'on le connait avec l’avènement de l'Amérique.

Et puis comme mes gouts littéraires me portent plus vers Alain Fournier, Charles Péguy que vers les contemporains, il était bien normal que cette boucherie me passionne. Il faut dire aussi que ma grand-mère paternelle possédait tous les exemplaires du Miroir, un journal de guerre, reliés et que dès mon plus jeune âge, je me suis délecté à lire cette propagande macabre de guerre dans laquelle les boches étaient des salauds infanticides tandis que les français étaient nécessairement courageux.

Je remarque d'ailleurs que mourir pour la république est toujours la pire chose qui soit parce que celle-ci a tôt fait de vous oublier, une fois enterré avec les honneurs. C'est ainsi qu'à côté de la tombe de mon arrière-grand-père, est une tombe abandonnée qui risquait d'être reprise par la commune. On a beau parler de concession à perpétuité, dès qu'ils le peuvent les corbeaux communaux se ruent vers les vieilles pierres tombales moussues ou rouillées pour en flanquer les occupants dans une caisse en sapin à la fosse commune et relouer la place à des nouveaux !

Comme la plupart de ces vieilles sépultures, il s’agit d'une simple bordure de ciment dans laquelle sont scellés quatre poteaux de fonte supportant une chaîne faisant le tour de la tombe. La seule ornementation est une croix en métal ainsi qu'une plaque sans doute obligeamment fournie par la France sur laquelle figure deux drapeaux entrecroisés ainsi que le nom et le grade du type ayant perdu la vie à 21 ans en 1915 sans doute au cours de la bataille de l'Artois à moins que ce ne soit aux Eparges.

Le pauvre gars enterré là depuis bientôt cent ans n'avait évidemment plus personne pour fleurir sa tombe. Et bien entendu, bien qu'étant passé mille fois devant ce cénotaphe, je n'avais jamais pris garde qu'un poilu y était inhumé, la plaque émaillée étant passée depuis longtemps et les inscriptions difficiles à déchiffrer.

Mais comme c'était le onze novembre et que je me trouvais là par hasard, je me suis fendu d'une cérémonie personnelle consistant à redresser la croix, ce qui redonna à l'endroit une bien meilleure allure tandis qu'un coup de kleenex permettait de redonner quelque brillant à la plaque. Et comme le temps était encore clément et que la Toussaint avait eu lieu voici dix jours, les chrysanthèmes avaient bien résisté et encore fière allure. 

Ce qui me permit d'en piquer fort joli un sur une tombe voisine qui croulait sous les fleurs afin de le déposer sur la tombe de ce jeune gars. C'est mal et très vilain de piquer des fleurs mais l'occupant des lieux m'aura bien sur pardonné de lui avoir soustrait un pot parce que c'était pour une bonne cause. L'an prochain je le paierai de ma poche, c'est promis. En attendant c'est en socialiste occasionnel que je me suis permis cette redistribution d'une tombe qui en possédait trop vers une autre qui n'avait rien. Jaurès a du être fier de moi !


Les morts bougeaient. Les nerfs se tendaient dans la rainure des chairs pourries et un bras se levait lentement dans l’aube. Il restait là, dressant vers le ciel sa main noire tout épanouie ; les ventres trop gonflés éclataient et l’homme se tordait dans la terre, tremblant de toutes ses ficelles relâchées. Il reprenait une parcelle de vie. Il ondulait des épaules, comme à son habitude d’avant quand sa femme le reconnaissait au milieu des autres, à sa façon de marcher. Et les rats s’en allaient de lui. Mais, ça n’était plus son esprit de vie qui faisait onduler ses épaules, seulement la mécanique de la mort, et au bout d’un peu, il retombait immobile dans la boue. Alors les rats revenaient.
Jean Giono, Le grand troupeau

Relation thérapeutique, proximité et similarité !


Sur Facebook, dont je ne me sers que comme agrégateur de sites, je suis abonné à une page intitulée "Philippe Muray aurait adoré" dans laquelle des internautes divers partagent le contenu de documents divers allant dans le sens de ce que l'auteur prématurément disparu nommait le festivisme.

C'est ainsi que j'ai eu accès à cet article dans lequel une patiente homosexuelle semblait très choquée d'apprendre que sa psy avait participé à la Manif pour tous. Personnellement, je ne sens rien de vraiment choquant dans ce qu'évoque cette jeune femme même si parfois, le ressenti me semble bien sur outré. On peut avoir participé à La Manif pour tous sans être pour autant un homophobe patenté ou un néo-nazi. On peut ne pas être d'accord sur tous les sujets avec son patient et pour autant prodiguer une écoute et des conseils de qualité. D’ailleurs certains commentaires sous l'article font état de cela.

Je n'ai ici jamais caché ma détestation du socialisme et pourtant, si je discute avec un militant UMP, je comprends que l'on puisse être de gauche. Sans doute que ma qualité d'anarchiste de droite me permet de naviguer sur l'échiquier politique aisément de manière à bien m'entendre avec quantité de gens. J4ai souvent été pris pou un gauchiste par des gens de droite et vice-versa. C'est ainsi que venus de ce blog, j'ai eu des gens de gauche. Ils ne sont pas majoritaires mais ils sont su distinguer derrière mes mots plus de complexité qu'il n'y parait. Comme me disait Mlle J. voici deux semaines tandis que je me moquais gentiment d'elle en lui rappelant son gauchisme : "je sais que bien que de droite, vous êtes un brave type".

Comme me disait récemment J. une jeune femme de gauche que je reçois : "je sais que vous êtes de droite mais aussi un brave mec". C'est parfois suffisant pour aplanir les différences. De toute manière face aux patients je n'ai pas à faire état de mes idées. Et si les gens les devinent, c'est qu'au travers des mots et des idées, on sait finalement où penchent les gens.

Cependant, je comprends que s'agissant de la relation thérapeutique, trop de dissensions puisse nuire à la thérapie. Certes la thérapie repose sur une technique mais celle-ci s'oublie toujours au profit d'une relation particulière qui s'établit entre le psy et le patient. A Paris, nous sommes tous issus de Paris V, Paris VII ou Paris X et ce n'est pas pour autant que nous soyons tous des clones. Et heureusement.

A l'époque où je cherchais un analyste pour faire une psychanalyse jungienne, j'ai vu pas mal de confrères. Combien, je ne sais plus. Six ou sept sans doute. Je ne pense pas que ce soit les dissensions politiques qui aient beaucoup joué dans mon refus de persister avec la plupart d'entre eux mais l'absence de similarité. Un cabinet trop bien rangé, un rendez-vous où j'étais assis face au bureau derrière lequel trônait le psy,  un jargon incompréhensible tout comme une attitude trop réservée, me semblaient à l'époque incompatibles avec ce que je savais de moi.

C'est ainsi que lorsque je rencontrais le Dr C. psychiatre et psychanalyste, je sus qu'il était le bon. D'abord son cabinet ressemblait à mon bureau sauf que chez moi, il aurait fallu une fourche pour ranger tandis que chez lui, c'était au tractopelle qu'on aurait du recourir. Je n'aime pas les gens trop ordonnés, c'est un fait. De plus sur le divan, sur lequel jamais je ne me suis allongé, un Figaro trainait là oublié de la veille. J'étais chez un gars de droite classique. J'étais chez moi.

Ce brave psychiatre qui parait-il était fort connu du milieu restreint des analystes jungiens fut bien étonné lorsque je lui avouais que ce n'était pas pour la qualité de ses publications, que je n'avais jamais lues, que je l'avais choisi mais simplement parce qu'on m'avait donné l'adresse par hasard et que j'avais trouvé son cabinet accueillant tout en me sentant conforté par le fait que je n'aurais pas à faire à un con de gauchiste.

L’attraction interpersonnelle est un processus graduel étudié en psychologie sociale expliquant les affinités avec autrui. Elle constitue une étape importante dans l’établissement d’une relation interpersonnelle, et peut aboutir à des relations amicales ou amoureuses. L’évolution de ce processus est influencée par plusieurs facteurs, comme la proximité, l’apparence physique, la similarité ainsi que la complémentarité.


La similitude est un autre facteur intervenant dans l’attraction interpersonnelle. La proximité renforce la familiarité, qui, à son tour, permet à deux individus de découvrir leurs similitudes. Celles-ci viennent alors consolider les relations. Les psychologues sociaux ont tenté de comprendre pourquoi la similitude engendrait l’attraction. Avant tout, les similitudes entre individus permettraient d’entretenir des relations équilibrées avec autrui. Ainsi, une relation sera plus harmonieuse si les individus partagent les mêmes intérêts. De plus, le comportementalisme explique que si nous aimons les gens qui nous ressemblent c’est tout simplement parce qu’ils nous renforceraient dans ce que nous sommes.

D'autres expériences ont tenté d’évaluer les effets simultanés de l’attraction physique et des similitudes dans les caractéristiques personnelles et leurs résultats suggèrent la très grande importance des traits de personnalités, d’attitudes, physiques et biologiques. Les similarités influencent donc l'attraction personnelle. Peut-être que le transfert c'est aussi simple que cela.
De même la proximité permet aussi de créer des liens et c'est même peut-être la première des causes. On a pu démontrer que les individus choisissent leurs amis et leurs partenaires parmi ceux qui sont à proximité, autrement dit : accessibles physiquement. Ces études montrent au travers de leurs résultats, que c'est la proximité permet aux individus de se croiser et de parler davantage, créant des espaces pour développer des liens amicaux tout en abolissant les différences mineures.

La proximité est donc un autre facteur important à l’établissement d’une attraction interpersonnelle. Cette proximité physique augmente les possibilités d’interaction avec autrui et permet d’anticiper l’interaction via la formation d’a priori. Si ce dernier est positif, les relations avec autrui seront probablement plus harmonieuses.

C'est sans doute la raison pour laquelle, bien que je sois parfois véhément dans mes écrits, je peux recevoir, venus de ce blog, des gens assez différents de ce que je suis. Dans la mesure où chacun puise dans ce que j'écris ce qui lui convient, s'habitue à mes excès, à mes emportements mais aussi à mon humanité (mon côté brave gars), il est possible au fur et à mesure de la lecture de développer avec l'inconnu que je suis pourtant une proximité permettant de développer un sentiment de similarité.

C'est d'ailleurs ce qui me permet, les rares fois où l'on me reproche mes retard répétés, sérieusement ou en plaisantant, d'expliquer aux gens que je suis tel que je me montre sur le blog et qu'il était tout à fait délirant d'imaginer que dans la vie je puisse être un roi du contrôle vivant avec une horloge dans la tête. 

Bref, tout cela pour dire que proximité et similarité sont les mamelles de la relation thérapeutique, laquelle oserais-je dire étant la condition sine qua non d'une thérapie réussie. Et j'ai beau être plutôt habile pour ouvrir les portes fermées, quelles qu'elles soient, serrures perfectionnées nécessitant des doigts de fée ou portes de granges cédant à coups de pied, je dois avouer que trop de différences en termes de valeurs seraient sans doute un handicap.

Bref, de la même manière qu'un proverbe explique que l'on se marie dans sa rue, il est aussi nécessaire de choisir un psy avec qui l'on partage un certain nombre de valeurs.

07 novembre, 2014

Agenda !


Bon, c'est clair et net, je le sais depuis des années, j'en ai pris mon parti, je ne serai jamais le roi de l'organisation et ne développerai jamais de compétences particulières pour les tâches administratives. A mon âge, il est temps de connaitre ses limites : je ne serai jamais certifié ISO 9001. C'est ainsi et puis voilà.

Toute ma vie, j'ai rêvé d'être ordonné et ne l'ai jamais été. Qu'il s'agisse des impôts, des factures diverses, j'ai toujours tout fait à la dernière minute voire carrément en retard. On m'a parfois coupé l'électricité et le téléphone que j'avais oublié de payer. Je recevais le TIP et plutôt que de renvoyer le tout par la poste immédiatement, je me disais que j'avais le temps. Tellement de temps qu'ensuite,, je me retrouvais chez France Télécom ou à l'EDF en train de faire la queue avec les clodos et les indigents pour payer ma facture en souffrance par carte bleue.

Et puis je me suis marié et me suis retrouvé sous tutelle. On me dit de signer là, je le fais et hop, les tracasseries administratives cessent immédiatement. Tant et si bien que lorsque j'entends des patients se plaindre de leur mari ou copain en m'expliquant qu'il est complètement immature et n'assume aucune tâche administrative, j'opine du chef et me montre plein d'empathie. C'est vrai que cela doit parfois être pénible d'avoir un mec comme moi à la maison.

Je me dis que c'est génétique que j'étais fait pour chasser le mammouth et non pour m'occuper de la caverne, ça me rassure de m'identifier aux chasseurs. Dans les faits, non je ne chasse pas, je me contente de faire un peu ce qui me plait, de m'adonner à mes lubies et de collectionner uns avoir stupide sur des choses sans intérêt pour la plupart des gens. Quoique la dernière fois, j'ai été content de pouvoir parler d'akènes et de samares avec Chaton. C'est rare de pouvoir parler de ça.

Récemment encore je m'intéressais à l'harmiscara, une peine infamante que l'on rajoutait à celle prononcée envers quelqu'un qui avait trahi sa parole ou ses vœux. J'étais tombé la dessus en regardant la peine que l'on avait infligée à Cinq-Mars après que l'on eu découvert sa conspiration à l'encontre de Richelieu. Non seulement, on avait tranché la tête de ce type mais en plus on avait rasé son château "à hauteur d'infamie". J'avais trouvé le terme assez chouette et la pratique plutôt classieuse. Non seulement, on massacre le coupable mais en plus on ternit son nom en rasant sa demeure et éventuellement ses forêts. On ne rigolait pas sous l'ancien régime.

Malgré tout cela, j'étais assez fier d'avoir réussi à bien gérer mon agenda. Bon, ça fait un peu crétin de dire ça, un peu comme si j'écrivais que j'étais fier de savoir faire mes lacets tout seul. Mais n'empêche, un agenda c'est une petite tâche administrative et moi qui suis encore plus phobique de ces tâches là que ce brave Thévenoud, je pouvais ressentir une légitime fierté à l'idée de gérer mon petit Quo vadis, tout seul comme un grand.

Et puis jeudi dernier, tout a foutu le camp. Comme j'ai bonne mémoire, le matin je me disais que je devrais appeler M pour savoir si l'on n'avait pas rendez-vous parce qu'il me semblait que j'avais donné ce rendez-vous à Madame P, une nouvelle, un peu rapidement. Et au lieu d'envoyer un SMS de suite à M, je suis passé à autre chose, j'ai oublié et le soir venu, j'avais à la même heure M, qui faisait la gueule, et Madame P qui était un peu surprise. 

Bon comme je suis tchatcheur quand je veux, j'ai fait rentrer Madame P dans le cabinet et j'ai parlé à M tranquillement pour le calmer. Je l'ai collé juste après et j'ai décalé les rendez-vous suivants en prétextant une urgence. Bon quand je les ai vus les autres, je leur ai dit que j'avais pris deux rendez-vous en même temps comme un âne que je suis.

Alors comme j'avais déjà connu cela, je me suis dit que cette fois c'était fini et que j'allais définitivement devenir sérieux. Mais le mercredi suivant, ça recommençait. A l'heure dite, tandis que j'attendais J, j'ouvre la porte et je vois descendre quelqu'un qui s'était trompé d'étage. En voyant la paire d'escarpins descendre les marches pour arriver au palier du deuxième, je me dis que cela ne ressemble pas à J qui est plutôt roots. Et effectivement, c'est C qui se présente en m'assurant qu'on avait bien rendez-vous. Comme C est du genre plutôt hypra-controlante, si elle dit qu'on avait rendez-vous, c'est que c'est vrai même si je l'avais noté au mercredi suivant.

Fort heureusement, J m'a prévenu par SMS qu'elle aurait du retard et je réponds immédiatement de ne pas venir que je me suis planté. Manque de pot, elle sonne à cet instant. Je dévale donc les escaliers pour l'accueillir dans la cour et lui expliquer que je suis un âne bâté et que j'avais déjà un rendez-vous. Je lui propose toutes les options possibles mais peine perdue, elle a un emploi du temps trop important. Tant pis, on prend rendez-vous pour dans quinze jours et elle me pardonne. Je peux donc remonter voir C qui m'attend sagement au cabinet et qui rigole de mes prestations administratives.

Alors depuis je me suis appliqué une routine. Dès que je prends rendez-vous ou qu'on me déplace un rendez-vous, zou je sors le Quo vadis et je note IMMÉDIATEMENT ! C'est ma petite ISO 9001 à moi quoi et ça fonctionne de faire les choses en temps et en heure. Je suis content de moi. Certes je pourrais m'en vouloir à mort et me dire que ce n'est pas sérieux de ne pas réussir à gérer un agenda aussi simple que le mien. Mais bon, de toute manière ma clientèle me connait assez bien et même si je ne suis pas coutumier du genre, les gens se doutent bien qu'avec moi ce sont des choses possibles. On ne me consulte pas pour mes prestations organisationnelles.

Quant à moi, je me dis que je peux toujours progresser. C'est déjà ça. Pour le reste, on n'est pas non plus très nombreux en France à pouvoir parler d'akènes, de samares et d'harmiscara. Alors je me dis que si je suis un peu léger parfois sur l'oganisation, en revanche j'assure un max dans le domaine des connaissances inutiles en tous domaines. De toute manière, le désordre stimule la créativité. C'est un fait avéré et c'est pour ma créativité que l'on me paye. Pour la gestion d'agenda, voyez avec la CEGOS.

On ne peut pas être doué en tout !

"La vie crée l'ordre mais l'ordre ne crée pas la vie"
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre

26 octobre, 2014

Drôle de délire ou les dangers du yoga !


Voici deux semaines, je parlais de délire, de la juste appréciation de celui-ci afin de ne pas confondre toutes les productions de la pensées, fussent-elles incohérentes. Ainsi, quand Manuela Delahaye tweete que Margerie, le PDG de total mort dans un accident d'avion, n'avait qu'à prendre l'autocar comme les pauvres, elle ne délire pas mais fait simplement état d'un manque d'intelligence aggravé par une absence totale d'empathie et d'éducation.

Le délire c'est bien autre chose et je vous ferai grâce de réécrire ce que j'ai publié voici peu. Mon cher patient avait beau se savoir possédé du fait d'hallucinations cénesthésiques, je savais que tel n'était pas le cas. Déjà il avait passé le test de l'eau bénite avec succès et s'il est bien un truc que redoute le démon, c'est l'eau bénite surtout celle de Lourdes vendue en petites bouteilles à l'effigie de la Vierge Marie avec la tête qui sert de bouchon !

Et puis, il n'était pas non plus schizophrène comme l'affirmait la débile de psychiatre qui le suivait au même moment affirmant la preuve que la sélection en médecine a beau être terrible, ce ne sont pas forcément les plus fins qui sortent diplômés. Or la psychiatrie n'étant pas une spécialité médicale, ce n'est pas un job d'ingénieur, et il faut un peu de finesse, déjà pour entrer en contact avec le patient et enfin pour être sur de son diagnostic. La schizophrénie et les neuroleptiques pour tous est peut-être une facilité thérapeutique mais franchement ce n'est pas du boulot !

Bon, à force de l'interroger patiemment, il a fini par me dire qu'il avait tenté d'ouvrir ses chakras. Parce que c'est !un drôle de numéro mon patient, toujours prompt à suivre les sentiers non balisés de la connaissance, surtout si c'est un peu hermétique. Tandis que moi, pauvre capricorne, j'en suis à construire ma chapelle avec des parpaings, lui sombre scorpion invoque les esprits célestes.

Il m'a aussi dit qu'il avait ressenti une auréole couronner sa tête ! Alors ça c'est rigolo, parce que d'aura à auréole, il y a peu de lettres en plus et que moi, une aura, ça me fait penser à de l'épilepsie. Et même que ces hallucinations cénesthésiques, ça me ferait diablement penser à une épilepsie temporale. Sauf que si on évoque des hallucinations de ce type au cours de crises d’épilepsie, celles ci ne durent pas six mois. Bref, ça y ressemblait sans vraiment y ressembler.

Comme je suis le bon gars, je voulais bien prendre en compte les explications paranormales de mon cher patient sans pour autant verser dans la possession. De toute manière, il n'en avait pas les signes tels que décrits par l’Église, telles que voyance, glossolalie ou psychokinésie. Non, l'explication devait se trouver à mi-chemin entre une belle explication de capricorne carré ayant les pieds sur terre et celle fournie par mon cher scorpion de patient toujours un peu perché.

Alors j'ai cherché et j'ai trouvé ces liens, celui-ci et celui-là encore. En pratiquant l'ouverture de ses chakras tout seul comme un grand, sans l’assistance d'un maitre confirmé, mon cher patient semblait avoir réveillé Kundalini. Ca parait complètement fou de l'écrire mais c'est la seule explication qui vaille et qui regroupe tous les symptômes qu'il a. J'ai beau ne pas être versé ni dans la magie et encore moins dans les pratiques orientales, mais je suis sur que c'est cela. D'ailleurs la lecture de ces liens lui a parlé.

Parce que j'ai lu depuis, je me susi documenté, le yoga est multiple et il n'y a pas que celui pratiqué par des mémères dans des gymnases pour conserver leur souplesse ou pour mincir. Il y a d'autres formes bien plus mystiques destinées à se connecter à l'univers et recourant à des pratiques moins connues. Bon, moi je suis tellement terre-à-terre que si je pratiquais cela, en fait de Kundalini, ce grand serptent terrible chargé d'énergie, serait plutôt un ver de terre ou un orvet. Mais chez certains, bien plsu réceptifs, dont l'énergie psychique est redoutable, il semblerait que la possibilité existe de provoquer des modifications cérébrales.

Comment ? Je n'en sais rien même si je suppose que cela doit se passer au niveau du gyrus cingulaire. JE ne suis pas neurologue alors je ne pourrais pas vous en dire beaucoup plus mais bon, sans doute que certaines pratiques agissent d'une manière inconnue sur la structure du cerveau créant parfois des effets dévastateurs, un peu comme si l'on s'auto-droguait tout seul comme un grand à coups de mantras. Remarquez, c'est moins cher que l'héro ou la MDMA mais les effets semblent terribles si j'en crois mon patient se disant habité par une présence depuis six mois. C'est le bad trip assuré pour pas un rond.

Alors comme mon patient n'avait absolument aucune confiance en sa psychiatre qui l'avait diagnostiqué schizophrène paranoïde à tort, il m'a demandé des adresses. Et dans mon réseau, j'avais fort heureusement deux psychiatres assez âgés mais suffisamment expérimentés pour ne pas faire de diagnostics au démonte-pneu et pour avoir connu absolument tout ce que l'esprit humain est capable de proposer comme trucs un peu fous.

Pour bien faire, il a consulté les deux. Les deux ont confirmé avoir déjà connu par le passé de jeunes abrutis autant fait joujou avec ces pratiques orientales et ayant eu les mêmes désagréments que mon patient. Le premier psychiatre a considéré que les neuroleptiques étaient inutiles et a recommandé une hospitalisation pour le sevrer et éventuellement trouver une autre molécule plus efficace. Mon patient est donc rentré à l’hôpital où on l'a juste gardé deux jours avant qu'il ne décide d'en partir parce qu'on voulait lui troquer ses neuroleptiques contre ... d'autres neuroleptiques. Se jugeant toujours aussi incompris par un jeune psychiatre hospitalier qu'il ne jugeait pas très malin selon ses dires, il a signé une décharge et zou, dehors !

Il a donc préféré poursuivre avec le second psychiatre qui lui, ne préconise rien de spécial si ce n'est de retrouver une vie plus équilibrée et le cas échéant de traiter son anxiété durant quelques temps. Il lui recommandera aussi un spécialiste de ces questions afin d'agir au mieux.

Voilà, une bonne chose de réglée. C'est vraiment étonnant tout ça. C'est vraiment le dernier truc auquel j'aurais pensé. Mais que voulez-vous à l'instar de Sherlock Holmes (qui aurait mérité d'être capricorne), une fois qu'on a éliminé l'impossible, ce qui reste aussi improbable que ce soit doit être la vérité. C'est sans doute par là que pèchent bon nombre de praticiens qui veulent à tout prix faire cadrer un diagnostic avec leur représenation du monde.

Parce que si à moi, quelqu'un venait me parler de chakras et de kundalini ou de que sais-je encore, j'aurais du mal à la croire, tant je suis un pauvre mec ancré dans le sol. Mais que voulez-vous, ma pratique clinique m'a mise en contact avec tellement de gens différents de moi et pourtant crédibles que je reste persuadé que si j'ai une représentation du monde qui m'est propre, d'autres ont la leur tout aussi valable.

Bref, tout ceci pour vous dire que la prochaine fois que vous voudrez ouvrir vos chakras, faites gaffe, il y a des expériences parfois curieuses en ce bas monde !
.... un fait hors de l'ordinaire est plutôt un indice qu'un embarras.

Arthur Conan Doyle, Une étude en rouge

PMA, GPA é tutti quanti !


Tiens un sujet qui fâche ou du moins, suffisamment polémique pour faire se lever les boucliers de tous les bienpensants du monde ! Bien sur il s'agit de la PMA et de la GPA. Si la première existe depuis longtemps, la seconde pose d'autres problèmes.

Parce que s'agissant de PMA, on a beau se référer sans cesse à la médecine, souvenons-nous que la PMA la moins chère de toutes consiste simplement à tirer un coup quand on est en période de fertilité, ni vue ni connue, et le tour est joué. Même pas besoin de prévenir le géniteur et si vraiment on se sent malhonnête on l'avertit totu de même. Et puis si quelques années après on a des remords, un bon procès en reconnaissance de paternité et le tour est joué. Elle dispose de dix-huit ans pour le faire et ensuite le délai est prorogé de dix ans pour le moufflet.

Et si vraiment, on est allergique aux mecs, une seringue suffit et le tour est joué dans l’intimité de sa salle de bains. C'est très artisanal bien sur mais cela a le mérite de ne pas subir de stimulation ovarienne et de faire ça en douce loin de la médecine et de la loi. Des femmes qui ont fait un "bébé toute seule", comme le chantait Goldman dès 1987, comme quoi on peut n'être que chanteur et n'en être pas moins visionnaire, il y en atout de même. Je ne peux pas dire que je connaisse des centaines de femmes qui aient agi ainsi mais quelques unes tout de même.

Bon pour d'autres, la PMA tant vantée c'est un peu le parcours du combattant pourvu que l'on s'inscrive dans le cadre de la loi. Ce sera dans un cadre strict. Et le parcours médical n'est pas une partie de plaisir, loin s'en faut. De la stimulation à l'implantation, on comprend vite que la maternité dans certains cas c'est compliqué.

Lorsqu'elles viennent me consulter à l'aube de la quarantaine ou la quarantaine légèrement engagée, sans que le moindre partenaire valable ne pointe le bout de son nez, elles y pensent toutes à ce bébé qu'elles pourraient faire seules. Quant à moi, je n'ai pas à décider même si je comprends leur choix. Chacune d'elle comprend le risque éventuel qu'il y aurait à faire un enfant sans père ou du moins estiment-elles que ce risque existe.

Dès lors, comment aborder ce risque, sachant que rien, ne peut assurer qu'un enfant élevé sans père sera forcément un adulte malheureux. On peut ergoter sur le manque, sur la singularité d'un tel enfant qui sera élevé au milieu d'enfants qui ont eux un père, mais bien malin celui qui saurait affirmer que ce sera forcement l'origine d'une grande souffrance.

Sans doute que pour les plus sensibles, ce manque sera présent, alors qu'il n'existera pas ou peu pour d'autres. Même s'ils ont en commun leurs gènes, les être humains sont bien divers. Un enfant sans père est-il le résultat d'un caprice irresponsable de quadragénaires actives, les fameuses working girls, ou simplement l’expression d'un besoin fondamental et légitime que porteraient en elles les femmes ? Bien malin qui saurait y répondre. En tout cas, ce ne sera pas moi, surtout depuis que Madame Badinter a insisté sur le fait que l'instinct maternel n'existait pas dans son livre L'amour en plus.

Être une femme serait une construction sociale. De toute manière, la construction sociale c'est un peu le truc à la mode. On serait tous pareils, identiques en tous points et puis la société, la vilaine société patriarcale et phallocrate ferait de nous ce que nous sommes. Peut-être que dans une autre société, je ne serais pas allé perdre mon temps sur des forums de bagnoles anciennes mais que j'aurais fait de la couture.

Moi, je ne me prononce jamais sur de tels cas. D'une part parce que même si c'est sans doute pénible, on peut grandir sans père, pourvu qu'il y ait dans le coin une figure paternelle existante. On me dira que c'est facile de dire cela, que moi j'ai eu un père, etc. C'est tout à fait vrai mais d'un autre côté ma profession n'implique pas le fait de dire la loi. Enfin, et justement, je n'ai pas à choisir pour elles, je ne suis pas directeur de conscience. Je peux avoir ma propre opinion sur le sujet sans pour autant l'imposer à ma clientèle. Et puis avec ma mentalité de boutiquier, je me dis qu'après avoir eu la mère comme patiente, j'aurais peut être le gamin dans dix huit ans si ça passe mal ! Faut penser à l'avenir.

Ceci dit sans doute que la PMA me choque moins que la GPA, dussè-je être encore choqué par ces "pratiques" dont les plus progressistes affirment qu'elles sont l'avenir ! Tandis que la PMA n'implique pas la rupture mère-enfant dans la mesure où la femme inséminée aura une gestation normale, il n'en va pas de même pour la GPA.

Et l'adoption me direz-vous ? Dans la mesure où bien évidemment l'enfant adopté n'a évidemment pas été porté par la mère, on pourrait la comparer à la GPA. Elle est à mon sens d'une autre nature. L'adoption est le fruit d'un parcours qui justement fait admettre à la femme que l'enfant qu'elle recueillera sera autant aimé que si c'était le sien qu'elle aurait porté. En ce sens, peut-être que le parcours psychologique menant une femme stérile à admettre l'adoption est-il en quelque chose, semblable à une gestation, fut-elle plus psychologique que physiologique naturellement. Je ne sais pas si de telles études existent. Dans tous les cas, je ne suis pas sur que la mère ayant du abandonner son enfant soit pour autant ravie, quel que soit le destin que cet enfant ait avec ses parents adoptifs.

En l'état, il me semble dangereux d'admettre qu'une GPA puisse simplement consister en un contrat de louage de ventre comme on dirait en droit. Et je trouve assez abominable que Pierre Bergé puisse en toute quiétude affirmer qu'il en va de même du louage de ventre que du louage de sa force physique dans le cadre d'un contrat de travail, comme si il semblait évident que le docker loue ses bras tandis que sa femme louerait ses entrailles. C'est assez curieux d'envisager ainsi la vie du prolo quand on se dit socialiste ! Le type loueait ses bicpes tandis que sa femme en serait réduite à louer son utérus et roule ma poule. Décidément les socialos ont bien changé.


De plus c'est nier que la grossesse soit autre chose qu'un bouleversement physiologique, un peu comme si l'enfant à naitre, cet embryon avait le statut d'un gros fibrome qu'un chirurgien expert vous ôtera d'un coup de bistouri au bout de neuf mois. C'est évidemment nier l'aspect hormonal qui bouleverse les femmes mais aussi ce lien, difficile à définir qui fait qu'une femme enceinte ressentira toujours quelque chose qui nous restera à jamais étranger, à nous les hommes. Mais évidemment en tout cela, je ne suis pas expert. et je ne doute pas qu'une armée de femmes bienpensantes pourrait me persuader du contraire. Moi, je ne reçois que des individus et je ne fonctionne qu'au cas par cas.

En revanche, que dire de la marchandisation de l'enfant ? Certes on peut avancer tous les arguments libéraux pour admettre la GPA, il n'en reste pas moins que si la GPA était autorisée, elle resterait un fait anecdotique. Je n'imagine pas, du moins en France, la pratique se développer. Sans doute qu'au sein d'une famille, la GPA pourra être vue comme une entraide ultime, un peu comme quelqu'un qui ferait un don de moelle osseuse à un proche. Et ce n'est pas sans risques psychologiques par la suite mais au moins s'agit-il du "linge sale" que toute famille est en droit d’avoir sans que l'état ne mette son vilain nez dedans (hormis les violences sur mineurs bien sur).

Je pense que la GPA moyennant espèces sonnantes et trébuchantes resterait minime. On lutte déjà contre la prostitution, qui est souvent vue comme le fait de vendre son corps, ce qui reste abominable dans notre société, et je ne vois pas comment on pourrait soutenir le fait de louer, parce que l'on n'a pas d'argent son ventre à des "nantis". Il faut être un californien sans foi, ni loi autre que le désir de posséder, pour se lancer dans le recrutement d'une future parturiente à louer. Fort heureusement, tous les êtres humains sur terre n'appartiennent pas à la caste des Real housewives de la téléréalité qui justement ne vivent pas vraiment dans la réalité mais dans un monde un peu fictif dans lequel, tandis Manuel taille les haies, James s'occupe de la piscine (et parfois de madame), Bob les aide à sculpter leur corps, Carmen fait le ménage, une autre femme portera l'enfant qu'elles voudront à cinquante ans pour faire plaisir à leur troisième mari.

Je ne vois même pas comment on pourrait organiser juridiquement un tel contrat et je souhaite bonne chance au couple qui voudrait, contrat notarié en main, arracher le bébé à la femme qui l'a porté durant neuf mois et décide de le garder. A moins qu'il n'existe un rapport odieux, dans lequel la femme louant son ventre ne serait qu'une pauvre fille paumée et totalement soumise au désir des "riches", j'ai du mal à imaginer qu'un tel contrat puisse être moralement défendu. De toute manière le droit français ne le permet pas. Et j'ai bien conscience en écrivant cela de passer pour un salaud de gauche vilipendant les désirs des riches.

Bien sur à ce stade de la discussion, j’imagine qu'on pourrait me dire que les gens sont libres et que je n'ai pas à traiter de "pauvre fille", celle qui ferait commerce de son utérus, pas plus que je ne suis en droit de juger une prostituée. C'est tout à fait vrai. Le seul problème, c'est que les fois où j'ai reçu des femmes qui faisaient commerce de leurs charmes dans mon cabinet, alors même qu'elles se voulaient affranchies et sures d'elles, leur belle indifférence fondait comme neige au soleil au fur et à mesure qu'elles me parlaient de leur vie. Laquelle vie expliquait bien souvent ce choix discutable de se prostituer.

Et pourtant je me suis toujours gardé d'apporter le moindre commentaire négatif, quoique je puisse penser de cette activité. Le plus fou finalement, c'est que dans notre société d'abondance où les services sociaux pallient au pires situations, certaines de ces jeunes femmes se soient prostituées essentiellement pour assouvir leur désir de consommation. Parfois une paire de Louboutin coute plus cher que le prix demandé en boutique ! Mais posséder ces escarpins est aussi une manière détournée de s'octroyer de la valeur, quand on manque d’estime de soi, fut elle un peu factice.

Certes certains de mes camarades libéraux, souvent jeunes je suppose, imaginent que l'on pourrait louer son ventre aussi bien qu'on vendrait un rein et ses cornées, mais ce ne sont que des suppositions. A moins d'avoir une morale proche de zéro et des traits psychologiques faisant de soi un sociopathe, j'ai du mal à imaginer que l'on puisse ensuite se vanter d'avoir acheter un rein à un "pauvre" comme si on avait juste acheté une baguette de pain.

Certes parfois nécessité fait loi mais je préfère vivre dans un pays où l'on organiserait par exemple mieux le don d'organe que dans un autre où l'on pourrait se procurer des pièces détachées auprès du quart monde. Je dois être un incurable moralisateur, une sorte de vieux con. Admettre que les gens peuvent bien faire ce qu'ils veulent pourvu que leur consentement soit libre et éclairé n'empêche pas de garder le sens de la mesure. C'est en cela qu'on distingue l'adulte de l'adolescent.

Par exemple, je  ne suis pas contre la drogue. L'usage de certains produits, comme celui de l'alcool, peut être récréatif. Pour autant, je ne me vois pas conseiller à qui que ce soit de prendre de l’héroïne ou bien certains autres produits à la toxicité redoutable. Je n'ai pourtant pas envie d'interdire mais de conseiller car c'est un devoir qui échoit à toute personne adulte responsable. Après tout, la nature en un simple jardin, recèle bien des pièges mortels en termes de produits toxiques. Et pourtant aucune loi ne réglemente la plantation d'un if ou d'une digitale par exemple.

C'est un peu pour tout cela que je me suis tenu loin de l'agitation faite autour de ces problèmes de PMA et de GPA. Non que je m'en fiche comme mes pauvres réflexions vous le prouvent, mais simplement que quelle que soit la solution adoptée, parfois les mesures prises sous l'emprise d'un modernisme ou d'un progressisme forcené, portent en elles-mêmes leur propre arrêt de mort.

Ainsi en est-il de la drogue. Tous ces chanteurs qui en faisait grand usage durant les années soixante-dix ont compris que soit on mourrait d'une overdose, soit on arrêtait. Et je gage que chacun d'eux, maintenant riches à millions, ont leur coach sportif et leur diététicien personnel. Il faut bien que jeunesse se passe.

Il n'y a que la bêtise qui ait du mal à passer, surtout quand elle se revêt des oripeaux d'une pensée soit-disant originale. Bref, il y a des débats qui sont simplement dans l’air du temps et cela ne sert à rien de s'agiter. On peut bien tout autoriser, le réel est là qui veille et les gens, dans leur multitude, sont bien plus raisonnables qu'on ne l'imagine. De toute manière, il suffit qu'elles existent, pour que les chose se fassent !

Finalement ce débat, et l'importance qu'il a pris, a sans doute une signification bien plus politique que psychologique. Cela annonce que la gauche, de plus en plus inapte à se saisir des problèmes de sa clientèle électorale de base, a su se concentrer sur des sujets sociétaux novateurs pour tenter d'exister et finalement y parvenir. Tandis que la droite, vidée de toute substance idéologique, est condamnée à la suivre à chaque fois sans jamais rien proposer d'innovant.

Quant aux libéraux que j'apprécie parfois, il suffit souvent aux plus simples d'entre eux, qu'une chose soit interdite pour qu'ils aient envie de l'autoriser. Il faut bien que jeunesse se passe !