12 octobre, 2014

Délire !


En psychologie, on nomme délire, une perturbation globale, parfois aiguë et réversible, parfois chronique, du fonctionnement de la pensée amenant une personne à élaborer un système de croyances erronées. En tant que pathologie, le délire se distingue d'une croyance basée sur une information fausse ou incomplète produisant une simple erreur de raisonnement.

C'est Karl Jaspers, psychiatre et philosophe qui fut le premier à définir trois principaux critères de délires de son ouvrage de 1913 intitulé General Psychopathology. Ces critères sont :
  • le fait d'être sûr de cette croyance tenue avec une conviction absolue ;
  • le fait que la croyance ne puisse pas être changée par des contre arguments convaincants ou par la preuve du contraire ;
  • la fausseté ou l'impossibilité de la croyance.
On voit donc que bien que les efforts de Jaspers soient louables, le diagnostic de délire est délicat car chacun de ces critères sont plus qu'ambigus. A l'époque actuelle, soyons certains que Jeanne d'Arc tout comme le Christ auraient chacun fini, obèses, dans une cellule capitonnée bourrés de zyprexa jusqu'à ce que l'un et l'autre renient leurs croyances pour sortir. Encore que le Christ, même interné eut plsu de chance que Jeanne d'Arc puisqu'il lui aurait suffit de mourir et de ressusciter.

La notion de délire est d'ailleurs l'arme favorite des régimes totalitaires pour psychiatriser le dissident et le rendre "fou" aux yeux des autres. Si les agissement de la défunte URSS nous sont bien connus, gageons que ceux de notre société actuelle, bien qu'elle nous paraisse plus policée et vraiment démocratique, seront étudiés dans quelques dizaines d'années. Le délirant c'est le fou que l'autre désigne comme tel pour l'exclure de la communauté et le priver de ses droits. C'est donc avant même que cela ne concerne le champ de la psychiatrie, une affaire de société.

Le discours délirant peut être analysé selon cinq axes : mécanisme, thème, degré d'adhésion, degré de systématisation, extension. Il peut débuter par des hallucinations ou des interprétations. Le problème vient ensuite de la durée ou non de ce délire. Ainsi on s'alarmera si le délire se produit sur plusieurs mois. Nul besoin de le faire si le délire est produit par une intoxication et ne dure que quelques heures ou jours.

De même, on doit analyser s'il y a systématisation ou non de ce délire. Le délire est dit systématisé si la croyance parait cohérente alors même que celle-ci ne s'établirait que parmi peu de personnes. Ainsi lors de délire paranoïaque (délire qui est systématisé), le patient explique être persécuté, il donne des raisons possibles de cette persécution, et parfois même l'interlocuteur adhère au discours. On nommait avant la paranoïa "folie raisonnante". En revanche, on parlera de délire non systématisé si la croyance apparait aux oreilles du clinicien ou de l'entourage comme totalement incohérente.

On peut aussi déterminer des délires schizophréniques, qui apparaissent totalement fous des délires non schizophréniques qui semblent bien plus structurés. Ainsi, je me souviens que mon professeur de piano qui commençait doucement à entrer dans la psychose m'avait raconté un jour que nous prenions un café place de la Sorbonne que nous étions entourés d'ennemis, lesquels se distinguaient par leurs canines taillées en pointe. Il ne fallait pas être un clinicien hors pair pour diagnostiquer là un vrai délire nécessitant une prise en charge rapide, ce qui fut fait.

En revanche, voici peu un jeune malien bien éduqué me demandait un rendez-vous au cours duquel, il m'expliqua tous les symptômes qu'il endurait et notamment des cauchemars terribles au cours desquels les morts voulaient l'entrainer dans leurs tombes ou des lions le dévorer. Et quelle qu'ait été la manière très imagée dont il me raconta cela, il ne s'agissait pas d'un délire mais plutôt de l'expression culturelle des symptômes d'une extrême angoisse telle qu'on en voit au cours des dépressions anxieuses. On voit donc que la nature du délire est aussi lié à un fait culturel et que ce qui serait analysé chez nous comme une psychose ne le serait pas en Afrique par exemple. Une bonne cure d'effexor prescrite par un médecin connaissant fort bien l'Afrique a suffit à calmer ce jeune homme là où un psychiatre moins au fait des différences culturelles aurait peut-être prescrit des neuroleptiques.

Bref l'analyse d'un délire est parfois terriblement ardue. On aura beau faire des tas de distinctions nosographiques pour tenter de mettre les gens dans la petite boite qui leur convient, il n'en reste pas moins que face à l’expression d'un délire il faut être circonspect avant de se jeter tête baissée dans la bonne grosse explication psychiatrique avec cure de neuroleptiques à la clé. Allez donc différencier une dépression psychotique d'un trouble schizo-affectif, si tant est que l'une et l'autre soit bien des entités distinctes. Dans les deux cas, c'est comme si l'esprit renonçait au présent pour apaiser la souffrance et ce n'est pas pour autant de la psychose.

Et pour compliquer le tout, il y a évidemment les cas où les causes du délire seront trouvées par la suite et n'auront aucune origine psychologique mais au contraire une bonne vieille explication physiologique comme une tumeur cérébrale, la maladie de Parkinson, l'épilepsie, l'intoxication à certaines drogues, problèmes métaboliques ou endocriniens, etc. A la grande foire aux délires, chaque spécialité à son stand, qu'il s'agisse de la neurologie, de la psychiatrie bien sur mais aussi la cardiologie et tant d'autres encore.

En matière de délires, qu'ils soient systématisés ou non, on sent toujours quelque chose de bizarre chez la personne qui pète un plomb. Chez les schizophrènes, on appelle cela le syndrome de discordance, qui fait que la personne semble totalement désorganisé comme ces types qui cessent de prendre leur traitement et que l'on voit brailler dans les rues à tue-tête. Dans le cadre d'un déliré systématisé aussi, on sent que quelque chose ne va pas tant le paranoïaque nous semble rigide.

Finalement la pire expression d'un délire, c'est quand le patient vous raconte ce qu'il ressent en restant distancié malgré sa souffrance. Qu'il vous explique ce qu'il perçoit, la manière dont il analyse les choses tout en sachant bien que ce qu'il décrit semble proprement délirant. Qu'il est capable de vous expliquer que le vent lui parle tout en restant capable de déconner avec vous. Là, c'est le pire parce que je ne sais pas à qui j'ai à faire. Est-ce un type qui délire pour une bonne raison (tumeur cérébrale ou autre, qu'en sais-je ?) ou bien un futur saint que je suis en train de recevoir et dont l'effigie ornera les vitraux d'une basilique dans cent ans ? Ce pourrait être une simple schizophrénie paranoïde, tous les symptômes sont présents sauf l'adhésion massive au délire et la bizarrerie.

Avant d'envisager le surnaturel, on envisage toujours le naturel ! Alors je lui ai dit de passer un IRM, ce qui a déjà été fait. Je lui ai dit d'en repasser un et je l'ai confié à un psychiatre âgé qui normalement ne reçoit plus de nouveaux patients depuis dix ans. Mais vu le cas, il s'est montré intéressé. Cet octogénaire a le don d'être un très bon médecin tout en étant parfois allumé ce qui lui permet de sortir des chemins balisés. Ce sera peut-être une cause organique toute bête qu'aucun des ânes qui ont examiné mon patient n'a vu. Ce sera peut-être autre chose !

C'est peut-être par exemple l’expression d'un intense complexe de culpabilité qui, ne parvenant pas à s'exprimer, choisit une forme religieuse basée sur l'expiation pour se manifester. C'est fort possible que tout ceci ne soit finalement que psychologique mais de toute manière, j'ai besoin d'un diagnostic différentiel et le cas échéant d'un traitement afin de pouvoir agir.

Jusqu'à présent la seule chose qu'on ait faite pour ce patient, c'est de le blinder de neuroleptiques qui le défoncent sans pour autant atténuer ses perceptions curieuses d'être possédé. Bref, je cherche, je mobilise des gens que j’espère un peu plus malins que la moyenne pour traiter le cas. 

Dépressif avec un syndrome confusionnel, voire schizophrène paranoïde ou bien saint, l'avenir le dira ! Mais quand tout cela sera fini, je pourrais lui dire qu'il m'a bien fait chier tout de même. Parce qu'en général, moi j'aime bien trouver le truc en moins de quinze minutes.

07 octobre, 2014

Intermède !

Il devient difficile de trouver de bonnes photos de marcassins. Celui-ci est photographié avec sa mère. Ce qui relance bien sur le débat sur la GPA et la PMA d'une manière distanciée et élégante.

Un jour, j'irai dans la forêt de Rambouillet photographier des marcassins.

06 octobre, 2014

Manif et mariage pour tous !

Suis pas fan de Mesrine mais bon je cherchais un bras d'honneur pour souligner ma position sur le sujet et il est capricorne comme moi !

On m'a encore reparlé de la Manif pour tous !

C'est marrant, mes patients de gauche qui me trouvent cools pensent que je suis de gauche et ceux de droite, me trouvant tout aussi cool, me pensent de droite. Tant et si bien que si les uns m'imaginent vitupérer contre la Manif pour tous, ramassis de réactionnaires, les autres me verraient bien rejoindre le cortège des opposants à ce mariage pour tous, et rejoindre ainsi les forces de progrès.

Ce n'est pas si simple que cela car si je me suis souvent plaint de la position de Mars en Balance dans mon ciel astral, qui fait un peu gay alors qu'on attendrait le dieu de la guerre dans un signe un peu plus couillu, j'en ai toujours retiré une capacité à peser le pour et le contre. Et ma foi, si sociologiquement, et en tant qu'ancien de l'Institution Sainte-Marie, je pourrais me sentir proche des gens de La Manif pour tous, il y a cependant un petit je ne sais quoi qui fait que je n'ai participé à aucun de leur rendez-vous.

Sans doute que défiler sagement ne faisait pas partie de mes projets. Non que je sois de nature violente mais simplement que j'estime que pour affronter un état obèse et tout puissant il faille faire valoir une capacité de nuisance qui lui fasse peur. Et s'il y a bien une chose qui ne fasse pas peur à l'état quel qu'il soit, c'est une bande de mecs en Loden qui marchent sagement où on leur dit en tenant par le bras leurs épouses en robes Liberty. accompagnés de leurs enfants sapés chez Bonpoint. L'union de Burberry et Laura Ashley ne me semble pas une bonne option politique, bien que je n'aie rien contre ces deux marques.

Enfin ayant eu souvent des patients homos, je ne me vois pas leur interdire un cadre juridique pour leur union. Soit on leur jette des pierres, on psychiatrise l'homosexualité et on les condamne au bûcher, soit on admet les situations et on se débrouille pour régulariser un état de fait qui existe depuis que le monde est monde sans pour autant tout foutre cul par dessus tête.

Je n'étais donc ni pour ni contre, ne me sentant pas au départ vraiment concerné. La seule chose qui m'ait choqué, c'est qu'on utilise le mot "mariage". On pouvait tout aussi bien créer un cadre légal donnant les mêmes droits et l'appeler union civile que cela n'aurait rien changé. Car même si le mariage est un contrat, destiné à administrer le patrimoine des époux et l'éducation des enfants, il revêtait pour beaucoup un caractère sacré et une tradition multiséculaire à laquelle il était malvenu de s'attaquer de manière aussi maladroite et stupide. Seuls les ultras des deux bords auraient été fâchés par une simple union civile remplissant les mêmes offices.

Les religieux les plus ultras auraient hurlé au signe eschatologique prouvant l'emprise du démon sur la France tandis que les militants homosexuels les plus radicaux auraient dénoncé l'emprise des milieux réactionnaires sur une république en danger. En revanche, les gens de bonne volonté aurait accepté ce nouveau contrat.

Je pense qu'utiliser le terme mariage, c'était bien sur fait exprès, pour provoquer le bourgeois, pour écraser les traditions à grands coups de godillots socialistes. Ce n'était donc pas innocent mais bien voulu de manière à créer un ennemi comme l'explique cet excellent article de Contrepoints (avec un "s" à la fin). Comme le soulignait l'auteur de l'article, ce brave Philippe Muray dans L'empire du bien expliquait : « Le Bien a toujours eu besoin du Mal, mais aujourd’hui plus que jamais. Le faux Bien a besoin d’épouvantails ; moins pour les liquider, d’ailleurs, que pour anéantir, à travers eux ou au-delà d’eux, ce qu’il pourrait rester encore, de par le monde, d’irrégularités inquiétantes, d’exceptions, de bizarreries insupportables, enfin les vrais dangers qui le menacent, quoique l’on n’en parle jamais ».

Finalement d'un côté comme de l'autre, l’enjeu est psychologique et c'est à celui qui désignera l'autre comme étant le mal absolu pour le déshumaniser. Dès lors, c'est une compétition qui a lieu dans laquelle, le discours désigne l'ennemi comme étant celui du genre humain tout entier. Les progressistes considèrent que les conservateurs sont contre l'amour tandis que ces derniers assurent que les premiers sacrifient les enfants sur l'autel de leurs idées. Il ne s'agit pas d'avoir un débat structuré et distancié sur un sujet de société mais de faire du marketing politique basé sur l'émotionnel de manière à gagner des points en s'auto-désignant comme étant celui qui a triomphé des ténèbres.

Dans la mesure où le gouvernement a abandonné la plupart des leviers de décisions à d'autres instances internationales, il ne reste plus grand chose pour donner l'illusion de gouverner au bon peuple qui l'a élu. Alors quand on est à droite, on trifouille un peu dans l'économie et l'identité nationale tandis que lorsque la barre est à gauche, on bricole du coté des impôts et des machins sociétaux. Cela les occupe, en faisant croire au bon peuple qu'il reste encore une droite et une gauche avec des projets. Faut vraiment être naïf ou carrément idiot pour se soucier des élections.

Bref à quoi bon se préoccuper d'un non-problème qui ne désigne que l'état socialiste pour ce qu'il est, une entité morte tentant d'assurer sa survie en n'ayant plus rien d'autre à proposer que ce qui pourra opposer les gens les uns aux autres, les amener sans cesse à la confrontation la plus violente qui soit. C'est aussi con que de décider de se déclarer une guerre parce qu'un archiduc de mes deux s'est fait assassiner loin dans les Balkans. Le mariage pour tous tel qu'il a été mis en place, ce n'est qu'un électrochoc destiné à ranimer le cadavre de la société, un jouet destiné à amuser. 

Je ne sais même plus où je voulais en venir, tellement je me tape de ce qui est devenu, par la faute d'un gouvernement idiot, un problème. Si à l'origine, il était simple de régler la situation, de manière apaisée et intelligente, tout a été fait pour envenimer les choses, pour faire se battre les gens entre eux, pour faire en sorte que le combat s'éternise en mentant aux uns et aux autres. Battez-vous sans moi.

Bref, je m'en tape, mais ça je viens de le dire. Je conspue cet état manipulateur merdique. Voilà !

29 septembre, 2014

Interlude !

Dors petit marcassin !

Mes poteaux de Contrepoint !


Il y a le site libéral en ligne Contrepoint qui parfois me taxe des articles pour les publier. C'est évidemment un grand honneur pour moi. Ils prennent ce qu'ils veulent pourvu qu'ils me citent. Et voici que dernièrement une de leurs lectrice, tout en m'ayant jugé terriblement vulgaire, a émis le souhait de me contacter pour éventuellement  prendre un rendez-vous. Comme quoi, on peut écrire merde et enculé sur un blog et séduire la grande bourgeoise intello qui saura distinguer la finesse derrière les immondices.

Cette dernière me demandait en commentaire mon adresse mail et bien sur je ne pouvais pas la mettre en réponse. Ça aurait fait pégreleu ou pauvre cave qui profite d'un court moment de gloire pour faire de la retape. Et ça ce n'est pas du tout mon genre. On a son honneur tout de même !

Je suis dual que voulez-vous. Y'a d'un côté le loquedu qui se traine en Citroën Visa club, et de l'autre côté le mec qui se la raconte en Jaguar. Et si le mec en Visa aime à jouer les humbles, cette humilité n'est que feinte parce que juste derrière, le mec qui pose son cul sur le Connolly de la Jaguar aime bien rappeler qu'il a quelques valeurs ! Non mais !

Bref tout cela pour dire que mon mail c'est :

pa6712@yahoo.fr


Faut pas se jeter sur les patients comme un crevard !

Le Touffier, Le Gringeot et un de leur pote en Corée en 1951 !

Suite à mon dernier article, Le Touffier qui n'est pas la moitié d'un con puisqu'il est médecin, voui carrément et même chirurgien de temps en temps, ce qui le place à la droite du Mère voire sur ses genoux, m'adresse le commentaire suivant :

J'ai souvenir d'une dépression apparue au décours d'une prise en charge d'un cancer du sein, une athymie sévère, une sorte de distanciation catatonique.
Les trois psychologues se sont succédés pour remplir leur mission sur cette dépression réactionnelle sévère, sans beaucoup de succès. Mais comme il n'en avait jamais, de succès, cela ne constituait pas une information pertinente.
Personne ne pouvait soupçonner la présence du malin ou une schizophrénie, la dame n'était plus toute jeune et originaire du Berry.
Le psychiatre et le prêtre remplirent leurs fonctions sans plus de succès.
C'est une infirmière qui constata cette fâcheuse tendance à danser la gigue dés que la dame se levait, ce qui est très inhabituel chez les berrichonnes.

En ces temps reculés où unE IRM n'était pas disponible, nous nous contentâmes d'un bon vieux scanner pour repérer les métastases cérébrales.

Un simple examen clinique complet aurait permis de faire le diagnostic plus tôt, ce qui n'aurait pas changé le pronostic, mais aurait éviter aux trois psychologues de se livrer à leur activité favorite : se croire utiles.

Mais qui sait encore faire et prendre le temps d'un examen neurologique complet ? Quel neurologue connait encore le réflexe polico-mentonnier, pourtant si distrayant dans les cas de lésions supra-médullaires, puisque qu'en percutant la paume de la main on obtient la contraction des muscles de la houppe du menton. Ce n'est pas spectaculaire, mais c'est distrayant.

Si l'IRM confirme l'envoutement, on pourra passer Rehumanize Yoursel de l'album Ghost in the machine du groupe Police pendant l'examen. Les radiologues ont bien droit eux aussi à quelques distractions.

Tout d'abord vous noterez que Le Touffier, tout chirurgien qu'il soit, n'en oublie pas d'avoir la rock'n'roll attitude prônée par Johnny Halliday puisqu'il cite carrément le deuxième titre de la face B du quatrième album du groupe The Police.  Ce mec vous fend en deux d'un coup de scalpel affuté tout en chantant ; ce n'est pas rien ! Et en plus il a une énorme moto.

Ça vous change des chirs à grosses têtes chauves et culs de bouteille sur le nez, qui roulent en BMW boite auto et dont on sait qu'ils se repaissent uniquement de trucs gnangnans joués par un putain de quatuor à cordes ou d'une obscure sonate interprétée par un non-moins obscur pianiste moldo-valaque connu des seuls initiés. Mettez le en tandem avec Le Gringeot et ils formeront une équipe aussi forte que les mecs de Mash. On s'en fout que Le Gringeot ne soit pas chir, quand on voit la dextérité avec laquelle il vous dépouille une Benelli Sei, on se dit qu'il est habile de ses doigts le bougre !

Alors que nous apprend-t-il ce brave Touffier ? Qu'une fois au moins au cours d'un cancer du sein, une patiente a eu des symptômes psychologiques et qu'il a demandé aux psychologues de se pencher sur le cas. Et bien sur ce gros boucher, se fout de la gueule des psys, être fins et délicats, arguant du fait qu'ils n'ont pas eu plus de succès qu'à l'accoutumée. Ceci dit le psychiatre en prend lui aussi plein la tête puisqu'il semble qu'il ne fut pas plus efficace que les psychologues. Ce qui nous amène à penser qu'il existe une putain de ségrégation chez les médecins où out ne haut, le chir qui a eu de bonnes notes à l'internat peut se permettre de prendre de haut le pauvre psy qui fut moins doué et a du se contenter d'une spécialité non médicale tout juste plus cotée que médecin généraliste.

Mais au-delà de l'aspect polémique dans lequel je ne renterai pas, étant entendu qu emoi j'aime tout le monde parce que je suis un bon gars, cette anecdote illustre bien la manière dont nous sommes traités, nous autres pauvres psys. Combin de fois n'ai-je pas eu de ces cas, pourtant envoyés par des médecins qui n'avaient rien à faire dans mon cabinet s'ils avaient été correctement diagnostiqué.

Dans ces cas là, je me borne juste à constater les symptômes, à tenter de voir ce qu'ils expriment d'une manière psycho-dynamique et le cas échéant, si cela ne me dit rie, ne me raconte rien, je me contente de dire que je ne suis pas compétent en adressant ces patients à des médecins qui les prendront mieux en charge que ceux qui s'en sont débarrassés chez moi. Parce que faites l'expérience chez vous, bourrez-vous la gueule et vous verrez que vous vous mettrez à raconter des conneries et que votre état émotionnel sera fortement altéré. Par exemple, moi même pourtant buveur modéré, je me souviens d'une soirée ou j'ai pu parler durant une heure de pneus, oui de pneus, avec un pote à l'époque trader au Crédit agricole alors qu'habituellement, c'est à dire à jeun, ni lui ni moi n'éprouvions la moindre passion pour les pneus fussent-ils taille basse et en dix-huit pouces et très chers. Y'avait aucune symbolique particulière dans le pneu, ni indice permettant de sonder notre putain d'inconscient. On était bourré et on a parlé de pneus, c'est tout.

Dans ce cas, on parlera d'intoxication alcoolique. Alors d'un point de vue psychologique, si vous vous bourrez souvent la gueule, on pourra soupçonner des problèmes chez vous mais en aucun cas la cuite en elle-même et les conneries que vous aurez racontées n'auront valeur diagnostique.Être bourré, c'est juste avoir fait le trop-plein d'une molécule dénommée éthanol (formule CH3CH2OH). 

Celle ci se diffuse alors à travers la paroi de l'estomac, passe dans le sang et ensuite se propage au cerveau. Là, elle perturbe les échanges chimiques entre synapses et les ennuis commencent, on titube et on dit des conneries. Par exemple on peut parler de pneus durant une heure. Bref, c'est une intoxication, c'est chimique et c'est pas psychologique.

Et il y a plein de trucs de ce genre dont les symptômes apparaissent psychologiques alors que c'est purement physiologiques. Ça peut être neurologique, ophtalmologique, viral, etc., mais pas du tout psychologique. Par exemple, la dépression pourtant bien connue peut être la voie inaugurale d'une maladie de Parkinson.

C'est pour cela qu'il faut toujours faire l'anamnèse du cas, c'est à dire tenter de retracer les antécédents durant lesquels sont survenus les symptômes pour voir si c'est psy ou non. Parfois ce n'est pas si simple notamment dans les cas d'angoisse. Car si celle-ci est toujours un phénomène actuel, elle peut être réactivée à partir d'un traumatisme ancien oublié ! La psychologie justement ça concerne l'âme, c'est à dire le vécu de la personne. Si rien dans l'environnement, c'est à dire le vécu de la personne n'explique ce qui se passe, il faut savoir passer la main et demander, que dis-je exiger un diagnostic différentiel à un médecin dont c'est le boulot et principalement à un spécialiste de médecin interne dont c'est précisément le job comme le Dr House dans la série éponyme.

Çà ne sert à rien de se jeter sur un patient comme un crevard en se disant que si on vous l'a envoyé, c'est que c'est psy ! Justement il faut se dire que si on vous l'a envoyé c'est qu'on pense que vous êtes un peu spécialisé dans votre job et que vous aurez un avis pertinent et que vous ne vous jetterez pas sur le cas comme un mort-de-faim qui pense que parce-que-c'est-un-médecin-qui-l'a-dit-alors-il-a forcément-raison. Parfois le médecin, surtout s'il est spécialiste et que le cas sort de sa spécialité, il peut aussi douter ou ne pas savoir et demander un avis. 

Il m'est arrivé plusieurs fois de renvoyer des patients à leurs médecins parce que je ne m'estimais pas compétent en leur expliquant pourquoi et aucun d'eux ne m'en a voulu ni ne s'est senti atteint dans sa toute-puissance. La plupart des médecins ne gardent un patient qu'un quart d'heure, voire moins, tandis que je prends une heure de mon temps pour recevoir la personne. Il est normal que je puisse parfois voir des trucs qui sont passés à l'as dans une autre consultation. C'est d'ailleurs pour cela que les médecins sont riches et jouent au golf tandis que je me traine la bite en Citroën Visa et que j'ai du mal à payer une cotisation à un club de boulistes ! Mais bon, la vocation c'est la vocation.

Alors je ne sais pas ce que j'aurais fait de la patiente du Touffier si ce n'est que des symptômes ausis bizarres auraient nécessité une prise en charge plus large. Me connaissant, je pense qu'après l'anamnèse du cas, je me serais dit que ça sentait mauvait et qu'un IRM ou à défaut un scanner à cette époque était nécessaire.

Je ne suis pas la poubelle de la médecine et je dois être l'un des psys qui psychologise le moins au monde. La psy c'est bien mais ça peut être très chiant aussi surtout quand on en fait pour rien. Ça tourne alors à la discussion de salon de coiffure et c'est lourdingue. Je préfère encore parler de pneus.

D'ailleurs pour les pneus, moi j'ai choisi Allopneus.


28 septembre, 2014

L'exorciste !


Bon, on l'a tous vu ce film L'exorciste. Même que moi je l'ai visionné alors que je n'avais pas encore l'âge de le voir. Je sais je suis un outlaw. Mais je connaissais le mec du vidéo-club à l'époque qui me l'a loué sans problème. C'était un jeune con d'à peine trente ans qui se la pétait face aux ados alors même que l'on n'avait qu'un vgue mépris teinté de commisération pour nous. Il se la racontait alors qu'il louait des cassettes tandis que nous avions tous qu'on ferait de superbes études et qu'un jour ce loser nous mangerait dans la main.

C'était les débuts de ces boutiques, le mec devait avoir deux-cents cassettes posées sur des étagères et il se la racontait grave. Le tiers de l'offre était composé de films de boules médiocres jusqu'à ce que le porno de Canal+ du samedi soir ne leur brise le marché. Et puis il y a eu les DVD, le téléchargement et le streaming.

 Ce mec un peu arrogant était la version 80's du vendeur de téléphone de la fin des 90's, le type qui se croit génial parce qu'il vend des trucs à la mode. On avait quatorze ans mais on savait qu'un jour on aurait notre revanche, qu'on ne roulerait pas toujours sur nos 50cm3 mais qu'on l'humilierait à notre tour dans sa 104 ZS au volant de nos Jaguar, Mercedes ou Ferrari.  On était de petits enculés de fils de bourges surs d'eux-mêmes et c'était le début des années Tapie.

Le reste des K7 proposées, c'était le meilleur comme le pire. De bons films bien sur mais aussi des sous-productions merdiques qu'on louait parce qu'on était parfois désœuvré et qu'il fallait passer le temps. C'est comme ça que j'ai vu Les motos de la violence et que depuis j'ai toujours adoré les nanars. J'aurais pu aller faire du sport mais je n'ai jamais aimé ça. Taper dans un ballon et de me retrouver dans un vestiaire puant le fennec avec des mecs à poil n'était pas l'idée que me faisais d'un moment de détente. 

De toute manière, quoique bon élève, je ne fréquentais que des branleurs dont pas un n'aurait eu la constance d'adhérer à un club de sport. Je crois que mon pote Lionou a fait un peu de handball mais on se foutait trop de sa gueule pour qu'il continue. Il a remisé le maillot et s'est mis à la clope et au café. On l'a sauvé d'un naufrage le pauvre. 

Ceci dit avec l'âge, la cinquantaine venant, ils balisent tous et se mettent au sport ces crevards. C'est ainsi que mon pote Olive, qui est riche a réussi et roule en Ferrari, possède un VTT tandis que Lionou soigne sa ligne en se passionnant pour la diététique. Ça les a rendus un peu chiants d'ailleurs. Rien de pire que le mauvais garçon qui se renie pour se transformer en gourou de la vie saine et sans vices. Moi je continue la clope et le café en voyant où cela va me mener. Non que parfois je ne balise pas mais que de toute manière je pense qu'à moins d'un truc grave, je me dise toujours que les emmerdes c'est pour les autres. On appelle ça vivre avec un biais d'inférence positif. 

Mais revenons à l'exorciste, le film. Je l'ai vu et bien sur malgré tout ce qu'on en a dit, c'était une arnaque romancée même si c'était bien fait. Je veux bien croire au diable mais je pense que ses actions sont plus fines que celles consistant à faire vomir en vert une gamine ou à lui faire tourner la tête à 360 degrés. Comme signes eschatologiques, il y a mieux non ? Pour moi le diable serait plutôt un gros enculé malin qu'un rigolo qui ferait des tours en s'emparant des gens pour en faire des guignols de foire.

Disons que si je vois des manifestations étranges, je pense plus à la neurologie qu'au diable. Et pourtant, j'ai déjà échangé avec un vieux psychiatre qui m'a assuré avoir été confronté au mal et avoir envoyé des gens chez un prêtre exorciste. Je ne remets pas sa parole en doute et je serais capable de faire la même chose. Mais disons que ce serait une décision prise après que mon patient ait passé un bon IRM.

C'est ainsi que je recevais récemment un jeune type se disant possédé. Je le connais un peu et on s'entend bien. Moi, son truc je n'y crois pas. Je pense que les manifestations qu'il endure sont juste les conséquences biologiques d'un stress intense du à une culpabilité profonde. Et je sais de quoi il se sent coupable. Mais bon, il est parché et pour lui y'a pas c'est le diab' qu'a pris l'contrôle !

Comme Chaton a tout un tas de connaissances parmi les curetons et qu'il saurait m'en trouver un sympa, je lui ai demandé le blaze d'un mec assez ouvert d'esprit pour recevoir mon patient. Ce dernier y est allé pour se confesser. Alors comme je le lui ai dit, si tu as réussi à entrer dans une Eglise, à te confesser à un prêtre sans te mettre à parler araméen ou à être éjecté contre les murs, c'est que tu n'es pas possédé.

Moi je m'en fous de la grille de lecture. On peut me parler astrologie, tarologie ou même démonologie, pourquoi pas, je m'adapte. Mais bon, partout y'a des règles et faut pas déconner avec sinon c'est la foire d'empoigne. En tant qu'ancien juriste je suis un mec carré. Suffisamment allumé pour parler de possession avec un patient mais suffisamment logique pour rester les pieds sur terre. Et là, c'est vrai que mon patient était bien emmerdé ! 

Ce d'autant plus que j'avais rapporté de l'eau bénite, venue en direct de Lourde qu'on m'avait donné voici quelques années. Le flacon était tout neuf c'est vous dire si c'était propre à nettoyer rune âme noircie. Et j'en ai versé quelques gouttes sur son poignet et croyez moi ou pas, ça n'a pas fait de trou et ça n'a pas fumé ! Preuve que le pépère il déraille mais qu'il n'est pas possédé. Et comme il n'est pas perché à ce point, il a admis ce que je lui disais.

Comme toute explication psychologisante le ferait chier, je lui ai dit qu'à défaut d'être possédé, il pourrait être obsédé. C'est le cran au dessous, c'est le truc des petits joueurs car l’Église distingue parmi les phénomènes sataniques, la tentation comme moi et la clope, l'obsession et la possession.

Un site spécialisé dans ce domaine explique que : L’obsession représente une forme plus grande de tentation. Deux types de personnes en sont victimes: Elle peut atteindre les hommes de Dieu, dont la sainteté particulière a su résister aux attaques de la tentation. Elle peut atteindre aussi les imprudents qui ont fleurté avec le spiritisme ou avec la sorcellerie. L’obsession est parfois externe, lorsqu’elle agit sur les sens extérieurs par des apparitions, des voies, des coups frappés ou encore des objets déplacés. Par ces moyens, le démon tente d’effrayer ses victimes pour les détourner de la pratique de la Charité ou, au contraire, il essaie de les séduire, pour les attirer au mal. On raconte que Saint-Antoine du désert fut obsédé par le démon, qui lui apparaissait sous la forme de courtisanes. Il sut résister là où tout homme serait tombé. L’obsession est le plus souvent interne. On peut même dire qu’il n’existe pratiquement pas d’obsession externe qui ne soit accompagnée de ce genre de tentations puissantes. Dans ce cas, le démon agit sur les sens intérieurs, l’imagination et la mémoire, et sur les passions, pour les exciter. Comme malgré soi, on est envahi pur des images importunes, obsédantes, qui persistent malgré les efforts énergiques. On se sent en proie aux bouillonnements de la colère, aux angoisses du désespoir, à des mouvements instinctifs d’antipathie ou au contraire, à des tendresses dangereuses, et que rien ne semble justifier. Sans doute, il est difficile d’être sûr de la présence d’une véritable obsession, mais quand les tentations sont à la fois soudaines, violentes, persistantes, et difficiles à expliquer par une cause naturelle, on peut y voir une action spéciale du démon. En cas de doute, il est bon de consulter un psychologue chrétien, qui puisse examiner si ces phénomènes ne sont pas dus à un état morbide relevant de la médecine.


Effectivement comme ils le disent, il est difficile de savoir s'il s'agit d'une obession véritable ou d'un vrai problème psychologique. Et comme je suis un petit gars sérieux et bien que je sois ouvert d'esprit, moi je penche pour ma chapelle e imagine que c'est psy et que c'est du à une putain de culpabilité qui le ronge. Mais comme il y a du vrai dans l'autre explication, je lui ai dit que pour lutter contre une obsession, il fallait ne pas s'isoler et faire preuve de force d'âme. Et cela cadre de toute manière avec ce que je lui aurais recommandé à savoir faire face à ce qui le taraude. 

J'aurais pu imaginer qu'il fut schizophrène mais il ne l'est pas. A part cette curieuse idée, il est normal, il sait qui il est et on s'entend très bien. Il n'est pas bizarre au sens où j'aurais pu voir de la discordance. D'ailleurs, il avait fait un petit séjour en HP durant une quinzaine et on n'a rien trouvé. Il faut dire que mon confrère, plutôt que m'appeler a préféré chercher tout seul et qu'il a été face à un mur. Putain un scorpion quand ça veut pas parler, ça veut pas !

Cet âne de psychiatre l'a juste remis dehors avec un neuroleptique atypique qu'il a cessé de prendre un ois après. De toute manière, neuroleptiques ou pas, il avait les mêmes putains d'idées. Alors il est revenu em voir et je reprends le dossier. Moi, si cela ne m'ennuie pas de parler d'anges et de démons, je reste prosaïque et je ne suis pas du genre à chercher des explications surnaturelles à un phénomène naturel. Je veux bien croire à tout pourvu que toutes les pistes aient été explorées.

Alors j'ai songé à la paraphrénie, un diagnostic sur lequel personne n'est vraiment d'accord. En bref, la paraphrénie, c'est quand un mec déraille sur un sujet précis alors que le reste de sa personnalité est intacte. On en voit souvent sur les forums, vous savez de ces doux dingues qui viennent avec une putain d'idée en tête et ne détellent pas de leur truc. Il y a bien une forme de délire mais sans que les fonctions cognitives ne soient atteintes. Parfois on parle de troubles schizo-affectifs ce qui en veut rien dire mais crèe une boite pratique pou coller tous les cas bizarres auxquels on n'entend rien.

Comme lui et moi, on s'entend bien et qu'il me fait confiance, je vais l'envoyer à un neurologue. Parce que pour moi, être dans cet état n'est pas un truc normal. Oui je veux bien croire en Dieu et au diable mais je crois aussi aux tumeurs, aux AVC qu'on n'a pas détectés, aux traumas crâniens passés inaperçus et à tout un tas de trucs que je ne connais pas mais qu'un neurologue saura diagnostiquer avec de grosses machines d'imagerie médicale. Je ne comprends pas comment le psychiatre qui l'a reçu n'a pas ordonné cette exploration !

J'aurais bien aimé avoir à faire à un nouveau Saint-Antoine harcelé par le démon mais on va d'abord procéder rationnellement ! Un IRM ou un scanner et on verra si ce truc est pour moi ou pour un neurologue !

104 ZS de kéké de loueur de K7 vidéos qui se la pétait face aux ados !

Et pan dans ta face de psy !



« Le péché "mortel" de la psychologie, c'est de tuer la vie, c'est de distiller un ennui mortel dans ses manuels et ses discours, d'étaler son ronronnement satisfait, sa prétention, ses nouvelles lubies d'une banalité consternante, ses exhortations lénifiantes, son décorum, son snobisme, ses congrès d'experts, la quiétude de ses cabinets de consultation, toutes ces eaux stagnantes où l'âme va s'abreuver dans un dernier espoir de sauver une culture de pain de mie informe et sans saveur.»


« Nous travaillons constamment sur nos relations, nos sentiments et nos pensées, mais observez le résultat. Il n’en résulte qu’un monde en dégénérescence. Je crois que nous connaissons une période de déclin incroyable. Pourquoi les gens intelligents, sensibles – à tout le moins ceux de la classe moyenne – sont-ils si passifs ? Parce qu’ils sont tous en thérapie ! »

James Hillman, psychologue américain

26 septembre, 2014

T'en as pas marre de voir des dingues ?


C'est marrant parce que les gens qui me connaissent tout en méconnaissant mon métier me demandent tout le temps si je n'en ai pas marre de recevoir des dingues ou d'écouter les problèmes des gens.

A cela je réponds toujours deux choses. D'une part que la dinguerie, pour reprendre ce terme, est assez rare et toute relative. Ainsi, on admet que celui qui est fou est celui qui a perdu le sens du réel. Dans ce cas, quid des socialistes ? Et puis, n'en déplaise aux contempteurs des laboratoires pharmaceutiques, on a beau dire, même si des excès existent, la pharmacopée est tout de même capable de rattraper les plus perchés. Fut un temps ou une simple dépression ou un trouble bipolaire pouvait vous envoyer toute votre vie derrière les barreaux d'une chambre d’hôpital.

Quant à écouter les problèmes des gens, c'est une réflexion idiote car je tiens pour acquis que la base du lien social est l'utilité. On ne fréquente jamais de gens inutiles, fussent-des amis. Même pour une activité à priori aussi dénuée d'intérêt que mes séances de cafing, j'aime à m'entourer des gens sympathiques, rigolos et cultiver. Je n'aurais que faire d'un abruti !

Et puis, ça aussi je ne cesse de le dire, les gens à problème sont rarement dans nos cabinets. Parce que tous ceux qui viennent me voir, le font de leur plein gré. C'est à dire que cent pour cent de ma clientèle, ce n'est pas rien, sont des gens lucides. Même le pire toxico ou alcoolo que j'aie pu recevoir, restait indépendamment de ses conduites addictives baroques, quelqu'un de lucide. Bref, les vrais dingues, si vous me passez ce terme, ne sont pas dans mon cabinet mais à l'extérieur.

C'est ainsi que l'on m'a confié ce matin le lien suivant. Comme vous le constaterez si vous cliquez dessus, ce lien pointe vers un article de FranceTVinfo, dans lequel on apprend que dans le cadre de la Semaine du climat, afin de dénoncer la politique de l'autruche en matière de réchauffement climatique, des australiens se sont mis la tête dans le sable d'une plage. Des dizaines de gens ont donc creusé des trois dans le sable pour s'y fouir le chef espérant de cette manière alerter les décideurs du monde entier. 

C'est à dire qu'une bande d'abrutis qui n'a plus en tête comme réponse aux problèmes réels (ou qu'ils supposent tels) que des happenings stupides ont songé qu'une telle pantomime pourrait produire une réponse idoine amenant quelqu'un à les prendre au sérieux. Par exemple on pourrait protester contre un génocide en montrant sa biroute dans la rue ou bien on pourrait vouloir alerter l'opinion des dangers du virus Ebola en se baladant avec des oreilles de Mickey sur la tête. 

Cette bande de nazes, généralement anglo-saxons, reconnaissons-le, ont tellement tété aux mamelles de l'entertainment qu'ils sont incapables de concevoir d'autres réponses que des parodies de spectacles confinant plus aux mauvais sketches qu'à de vraies actions politiques. Si j'étais le proprio d'une grosse usine recrachant des fumées bien grasses, noires, malodorantes et chargées de polluants, je tirerais une bouffée de mon habano especial en rigolant doucement. Puis, j'appellerais mon accorte secrétaire de direction pour lui demander de réserver dans mon restau préféré où je me rendrai au volant d'une caisse motorisée par un V12. Et le soir venu, je m'endormirais d'un sommeil tranquille.

En tout cas, une chose est sure, quoique les béotiens puissent penser de ma profession, je vous assure que j'ai parfois reçu de bons allumés mais jamais un seul qui ait foutu sa tête dans le sable en signe de protestation.

22 septembre, 2014

Phobie administrative !


Suite à l'article concernant le petit gars Thomas, ce jeune élu droit et sincère qui a récemment défrayé la chronique, un de mes lecteurs m'a laissé un commentaire dans lequel il donne un lien vers un article du Monde. Selon cet article l'aveu de sa phobie administrative par Thévenoud aurait libéra la parole de tous ceux qui souffriraient de la même pathologie qui osent enfin parler de leur haine de la paperasse.

Je pourrais m'inclure dans le lot tant la paperasse et l'administratif me révulsent. Non que je ne sache pas m'y prendre mais que j'aie tendance à me noyer dans un verre d'eau. D'ailleurs, tandis que plein d'autres choses ne me font jamais peur, pourvu que je puisse exercer ma pensée, la paperasse m'angoisse au plus haut point. J'ai l'impression qu'elle me possède et que je n'aurais jamais aucun contrôle sur elle. 

Bien que je possède une RJ49, je suis pourtant extrêmement carré. Farfelu parfois parce que j'aime bien explorer d'autres continents, mais extrêmement rigoureux dans mes raisonnements, je n'ai rien d'un artiste. D'ailleurs, confronté aux gens réputés très carrés, les contrôlant, j'ai toujours détesté que l'on me traite d'artiste. Je veux bien être créatif, dans la mesure où je n'ai jamais peur d'emprunter les chemins de traverse, mais je n'ai rien d'un artiste dans le sens que prend cette dénomination dont on affuble tous ceux qui ne suivent pas forcément le troupeau. 

C'est sans doute ce qui me gêne dans la paperasse, c'est qu'elle ne puisse faire l'objet d'aucun de mes petits talents. La paperasse, cela se gère, point barre. Cela s'organise, se traite, comme on le ferait d'une chaine de montage. Ce n'est pas pour moi. Je suis un bon concepteur mais certainement pas un grand réalisateur. Plus jeune avant de changer de vie, je m'étais interrogé pour savoir si je n'allais pas devenir avocat mais la paperasse m'a fait fuir. C'eut été pareil pour une profession comme l'architecture quand on voit la complexité d'un dépôt de permis de construire.

De fait j'ai toujours eu la chance d'être bien accompagné dans la vie pour surmonter mon aversion à la paperasse. Car je parle d'aversion et non de phobie, la phobie c'est autre chose, c'est une vraie peur paralysante. J'ai reçu assez de vrais phobiques pour faire la différence entre mon aversion et cette pathologie réelle qu'est une phobie.

Quand j'ai été salarié, j'ai ainsi pu compter sur une assistante extrêmement organisée et carrée. Si elle reconnaissait mes compétences de juristes et notamment mes talents de négociateur pour monter les opérations immobilières dont j'avais la charge à l'époque, elle détestait mon manque d'ordre. Elle classait et je déclassais sans jamais rien remettre à sa place. J'ai vite pris le pli à force de me faire engueuler et me faire traiter de branleur, d'au moins respecter l'ordre qu'elle s'acharnait à mettre dans les dossiers à défaut d'y contribuer.

Lorsque j'avais une petite vingtaine d'années, j'avais monté une petite société dans laquelle je m'étais associé à mon ami Lionou. Lionou n'avait absolument aucune créativité tant et si bien que je l'ai toujours surnommé le galet. Ce type est lisse et sans aspérité mais c'est une machine en ce qui concerne l'administratif. Aujourd’hui encore, et bien que nous ayons vendu les droits de cette société, cet ami me fascine. Il est capable dès le mois de septembre de louer une voiture pour ses vacances d’août de l’année suivante. Tandis que moi, j'aurais tendance à y songer la veille au soir !

Les années que j'ai passées célibataire furent dramatiques pour moi. Il n'y a que les impôts que j'envoyais en temps et en heure dans la mesure où les journaux télévisés rappelaient sans cesse la date butoir d'envoi des déclarations. Mais bien sur il m'est arrivé plusieurs fois d'aller directement à la perception mettre ma déclaration dans la boite aux lettres. Quand l'électricité, plus d'une fois j'ai eu le courant coupé simplement parce que le TIP trainait quelque part sur mon bureau où je l’avais oublié. 

Avec l'âge, je me suis amélioré et dès que je reçois un document je m'empresse de le remplir et de le renvoyer en évitant de remettre la fastidieuse paperasse au lendemain. Fort heureusement mon épouse est du genre super carrée et c'est avec délice que je me vautre depuis déjà pas mal d'années dans une tutelle administrative de tout repos. Elle remplit les documents, m'appelle pour les signer immédiatement et se charge de les renvoyer. elle pourrait me mettre sous tutelle et me dépouiller de tous mes biens que je ne m'en apercevrais pas.

De la même manière, il suffit que je reçoive un recommandé pour que je redoute le pire. Le cinéma se met en branle dans ma tête et me voici immédiatement poursuivi, jeté au cachot pour de longues années. Et pourtant, dussè-je en éprouver de l'angoisse, je vais chercher mes recommandés. Bref si je me reconnais aisément dans l'article du Monde, il s'agit plus de procrastination, d'absence de goût pour ces choses que d'une réelle phobie.Je sais ne pas être unique et il m'arrive souvent de recevoir des patients atteints du même syndrome paperassophobe que moi sans pour autant que j'y perçoive un grave trouble psychologique. L'administratif c'est pénible et il faut s'y mettre c'est tout.

En revanche, j'ai parfois eu des patients qui n'assumaient plus du tout leurs obligations administratives. Mais dans ce cas, c'était simplement un trait parmi tant d'autres. Ils étaient simplement tellement dépressifs que plus rien de fonctionnait si ce n'est en mode automatique alors même que les symptômes psychologiques n'étaient pas flagrants. Je pense particulièrement à un jeune patient âgé de 32 ans, diplômé d'une grande école et tout de même capable d'aller chaque matin travailler sans entrain.

J'avais déjà remarqué qu'il était très peu soigné mais pas à la manière d'un type qui se moquerait de son apparence mais plutôt d'un type qui aurait tout lâché. Chemise au col douteux, hygiène corporelle défaillante, chaussures jamais cirées, il donnait de lui le portrait de Gérard Jugnot dans le film Une époque formidable dans lequel il interprète un cadre au chômage venant d'être privé de ses droits. Peu de plaintes, mais en revanche émanait de ce patient une sorte de morne résignation. C'était tout à fait le genre de personne pour qui le pro,ostic vital est en jeux, le genre de type à descendre si bas qu'un jour il ne lui resterait plus qu'à se balancer sous les rails du métro ou se plaindre. Je l'ai incité à consulter un médecin afin de prendre des anti-dépresseurs.

C'est une fois que les IRSR à haute dose l'aient un peu remonté que l'on a pu faire l'inventaire et mettre en place un plan de sauvetage, passant entre autre par un changement de profession. Je me souviens que l'on avait bloqué deux heures afin de faire l'inventaire de sa situation administrative. Il est venu ce soir là avec un sac de sport bourré de lettres jamais ouvertes mais aussi d'avis de recommandés ou de colis qu'ils n'avaient jamais pris la peine d'aller chercher.

Afin de l'aider, nous avions tout ouvert et je lui avais proposé deux tas en fonction de l'urgence de la situation. Dans le premier, on avait classé tous les courriers urgents, dans le second les simples lettres tandis que l'on jetait tout le reste. Il avait évidemment du retard dans ses loyers ainsi que dans le paiement de ses impôts. C'était à lui de régler cela et il s'était engagé à le faire. J'avais aussi noté qu'il ne payait plus son assurance habitation ce qui était un vrai risque. Ce soir là, avec son smartphone il avait payé immédiatement ce qu'il devait à l'assurance en faisant un virement de sa banque : merveille de l'informatique ! 

Au fur et à mesure qu'il reprenait confiance en lui et en l'avenir, il parvenait à gérer sa situation administrative. Afin de l'aider, et comme il disposait de moyens financiers malgré tout, je lui avais procuré un secrétaire qui durant trois mois l'aiderait à y voir plus clair et à tout organiser. De la même manière, parce que son appartement était un bouge sans nom, il avait trouvé quelqu'un pour lui faire son ménage et s'occuper de ses fringues. Il la trouvait tellement bien qu'il l'avait surnommée Mary Poppins. 

S'il n'avait pas eu de moyens lui permettant d'assurer de telles dépenses, je lui aurais recommandé de trouver quelqu'un pour vivre avec lui quelques temps. Soit qu'il se fasse héberger par son père vivant aussi à Paris soit qu'il trouve un colocataire jouant un peu la nounou. J'étais en face de quelqu'un qui avait totalement lâché la rampe et qui était passé en mode survie. A ce stade, qu'il s'agisse des impôts ou des assurances, plus rien n'existe que de savoir si l'on va continuer à vivre le lendemain. C'est donc un cas, mais j'en ai eu d'autres bien sur, de dépression majeure au cours de laquelle les symptômes que sont la perte de l'élan vital et l'humeur perpétuellement triste.

Ces cas sont les plus dramatiques dans la mesure où plus une des obligations que l'on se doit d'affronter avec plus ou moins de plaisir ne sont honorées. Mais il ne s'agit pas d'une quelconque phobie administrative ni même d'une simple procrastination mais d'un organisme qui a renoncé et s'est mis en mode survie, un peu comme un corps soumis à une basse température rapatrie le sang aux organes vitaux au détriment des membres non utiles à la survie.

S'agissant de Thomas Thévenoud, je ne crois pas que l'on soit dans la même situation. Qu'il soit narcissique nul ne le conteste aussi verrais-je plutôt dans sa manière de se déclarer phobique le système de défense de celui qui ne veut pas se regarder avec sincérité et admettre ses fautes qu'une vraie pathologie. Qu'il s'agisse de sa personne, de sa carrière ou de sa situation affective, Thomas Thjévénoud me semble parfaitement à l'aise. 

De belles études suivies d'un parcours sans faute l'amènent à un poste de député puis de secrétaire d'état. Avouons que pour un grand dépressif, il se débrouillait plutôt bien. De la même manière, sa mise est parfaite, qu'il s'agisse de ses costumes ou de sa coiffure ; on ne distingue pas en lui de laisser-aller qui augurerait une pathologie dépressive. On le sait aussi marié à une femme ayant suivi le même parcours que lui et dont le physique avenant ne donne pas à penser qu'il l'ait choisie en désespoir de cause. Tout cela donne à penser que Thomas avant sa chute, appartenait plutôt au monde des privilégiés comme aime à l'appeler la gauche à laquelle il appartient, plutôt qu'à celui des sans-dents.

J'ai déjà beaucoup de peine à croire en l'existence d'une phobie administrative dans la mesure où une phobie stricto sensu ne nait que suite à une expérience particulièrement traumatisante qui se serait engrammée dans le système limbique. Tout au plus, un manque d'organisation chez certaines personnes peut elle être la source d'une angoisse face à l'inflation paperassière de l'époque sans que l'on puisse y voir une phobie véritable mais une simple procrastination.

Mais s'agissant de quelqu'un d'aussi bien intégré que Thomas Thévenoud, j'ai peine à concevoir que le pauvre petit bonhomme ne se soit pas acquitté de ses obligations du fait d'une prétendue phobie administrative. Pour ma part, j'y vois surtout le signe de l'existence d'une caste tellement coupée du monde réel et tellement persuadée de son impunité que ceux qui la composent se croient tout permis.

D'ailleurs aujourd'hui Thomas Thévenoud se croit même permis d'invoquer la psychopathologie pour excuser son inexcusable conduite. En d'autres temps, son petit corps replet se serait balancé en compagnie de celui de Jérôme Cahuzac, suspendus à une corde par le col au gibet de Montfaucon, là où douze ministres des finances furent pendus.

On savait vivre en ces temps là !

 

Rationnalisme contre obscurantisme !






Bon, voilà le cadre. Mon cher père qui est un être hyper-rationaliste, un ex-homme d'affaires madré et sagace, avait paumé la carte grise d'une de ses voitures. En allant faire recharger la climatisation, un clampin du garage lui demande le document afin d'établir la facture puis, plus rien. Mon père se souvient de l'avoir rangée dans la pochette du véhicule où figure la notice et le carnet d'entretien, c'est tout. De retour chez lui, impossible de remettre la main sur cette satanée pochette. Et le voici parti dans un cinéma incroyable, m'expliquant qu'il perdait la tête !


Comme je suis un petit gars prosaïque et que j'ai l'habitude des gens qui me racontent n'importe quoi, je lui ai dit qu'il avait juste perdu sa carte grise, ce qui arrivait mais pas la tête. Que de cela j'en étais sur. Et que d'abord s'il avait vraiment perdu la tête, je serais devenu son tuteur et qu'il en serait à manger une biscotte avec une soupe dans une maison de retraite pas chère d'une lointaine province, le degré de l'hospice, tandis que je claquerais son argent dans des trucs stupides.

J'ai ensuite rajouté que j'allais constituer une task-force comme disent les ricains et que je me faisais fort de retrouver sa putain de carte grise qui était forcément chez lui dans un endroit quelconque et peut-être même dans la voiture. Ce à quoi il m'a répondu qu'il avait déjà fouillé cette putain de voiture dix fois sans retrouver ce document administratif et qu'il n'était pas fou, qu'il avait évidemment déjà pensé à fouiller cette voiture. J'ai alors pointé du doigt son incohérence puisqu'il considérait un quart d'heure avant qu'il avait perdu la tête pour m'affirmer ensuite qu'il n'était pas fou. Mais ça c'est le stress, c'est biologique et ça fait dire n'importe quoi.

Je suis donc passé avec mon ami Philippe. Lui, c'est un cas, c'est un bon pote qui fêtera ses soixante-dix ans le 14 novembre prochain. Mais comme chacun le sait, les gens vraiment intelligent, je parle là des vrais surdoués, pas juste des bêtes à concours, n'ont pas d'âge. Ce qui fait qu'avec Philippe (quel beau prénom), on peut déconner comme deux adolescents de quinze ans. Le côté rigolo c'est qu'il est polytechnicien et hyper-analysant. Parfois, quand on lui pose une question, il prend des heures pour répondre. Comme je suis promouvant et que je comprends vite, on s'engueule parce qu'il m'emmerde à se noyer dans un verre d'eau. 

En revanche, muni de son multimètre, et pourvu que vous ayez l'endurance pour subir le cours de physique qu'il ne manquera pas de vous faire, c'est un champion pour détecter toutes les pannes intermittentes dans une bagnole. Là où un mec soit disant confirmé se prenait la tête à chercher la panne de ma Jaguar, Philippe l'a trouvée facilement avec méthode. Bon, à plusieurs reprises j'ai failli lui mettre un coup de tournevis dans la gorge tellement il est lent à force d'être méthodique. Mais comme je sais juguler mes pulsions meurtrières,  je suis resté calme.

Philippe a aussi un don particulier c'est qu'il est magnétiseur. Que vous ayez mal quelque part et que la médecine se déclare impuissante, et il vous fera une imposition des mains qui vous soulagera. Ça parait dingue mais je l'ai constaté des dizaines de fois : ça marche. Dernièrement, il a même essayé sur les mains de la cuisinière de la petit ebrasserie où nous déjeunions. La pauvre fille avait les mains rouges et gonflées, perclue d'arthrite qu'elle était. Il s'est concentré a positionné ses mains, l'une sur le poignet, l'autre au bout des doigts et il a fermé les eyxu cinq minutes. Il a répété l'opération sur l'autre main. La femme n'en croyait pas ses yeux, elle sentait ses mains légères comme jamais.

Bien sur, comme c'est un ingénieur et un enculeur de mouche comme ce n'est pas permis, il a une théorie sur le sujet. Il refuse le terme de "magnétisme" pour je ne sais plus quelle raison scientifique. Et quand il se sent déchargé pour avoir trop utilisé son "fluide", il se colle à un chêne qu'il serre de ses bras et il se recharge. Enfin, il me le raconte à moi parce qu'il sait qu'il en faut beaucoup pour me choquer mais jamais il n'oserait avouer cela à quiconque de peur d'être pris pour un fou. Comme je lui dis toujours, moi je crois à ce qui marche et ce n'est pas parce que l'on ne comprend pas un phénomène qu'il n'existe pas. 

Bref, mon pote Philippe, ou devrais-je dire mon vieux pote Philippe, est un type particulier capable d'un scientisme terrible, féru de physique comme il l'est, tout en étant pétri de croyances marrantes et parfois étranges. C'est pour cela que je l'aime bien. Eut-il été un simple X comme on en trouve à la pelle dans les grandes boites du CAC40, qu'il m'aurait sans doute fait chier. J'avais donc mon partenaire et acolyte pour la chasse à la carte grise perdue !

Et moi me direz-vous ? Moi je suis un ancien juriste spécialisé en droit immobilier qui faisait joujou avec les finances publiques pour monter des projets immobiliers sociaux, passé vers trente ans à la psychologie. Même en tant que psy, je reste très carré. C'est sans doute pour cela que la psychanalyse ne m'a jamais plue, c'est trop vague pour mon esprit. Ceci dit si je reste persuadé de savoir réfléchir, je ne rechigne jamais à intégrer dans mes équations des trucs insensés comme Dieu, la Providence ou que sais-je encore. Comme mon petit camarade de l'X qui joue au magnétiseur, je suis capable de sortir des sentiers battus pourvu que cela marche.

C'est ainsi que Philippe et moi nous sommes présentés chez mon père. Mon père connait bien Philippe et l'apprécie malgré son côté farfelu. Je lui ai juste demandé de nous foutre la paix. Parce que sinon, il nous aurait collé aux basques en nous disant de chaque endroit qu'il n'avait déjà exploré. Alors moi j'ai commencé à fouiller la bagnole et le bureau de mon père. Si on m'avait observé de près, on aurait vu que je marmonnais quelque chose. En fait, je récitais une prière à Saint-Antoiné de Padoue qui parait-il est l'aide la plus précieuse pour trouver ce que l'on a perdu. Ce truc me vient de ma grand-mère et m'a été confirmé par ma belle-mère, c'est vous dire si le procédé est prouvé. Parce qu'autant ma grand-mère maternelle que ma belle-mère ne sont pas le genre de femmes à s'en laisser compter !

D'ailleurs, une fois Monsieur le Comte était passé à la main et m'avait dit avoir paumé son portefeuille avec tous ses papiers. Comme c'est un grand catholique devant l'éternel et un type que j'aime bien, je lui avais appris cette prière. De retour chez lui, peut-être vingt minutes après, il avait retrouvé ses papiers et m'avait envoyé un sms pour remercier Saint-Antoine et moi-même. C'est vous dire si le truc marche parce que Monsieur le Comte est contrôleur de gestion dans la vie et pas le genre de mec à sombrer dans la magie ou les pseudo-sciences.

Je me baladais donc dans le bureau en récitant cette prière et une fois dans le garage, j'ai été pris d'une petite illumination. Comme le bon Philippe trainait derrière moi, je lui ai juste dit : puisque tu as ton putain de fluide, sors tes clés et sers t-'en comme d'un pendule, on va voir si la carte grise est là. Ce cher Philippe m'aurait bien donné un cours sur le pendule mais je l'ai interrompu pour lui dire d'agir. Il s'est donc exécuté, a sorti les clés de sa Jaguar (la même que la mienne) et s'est concentré. Il s'est dirigé vers la voiture de mon père, dans le vide-poche de la portière droite, a fouillé, a sorti un carnet et a trouvé la carte grise coincée dedans. Bingo !

Derrière mon père ne cessait de me dire qu'il avait tout fouillé et me demandait comment on avait fait. Je lui ai alors avoué que nous avions travaillé en tandem Philippe et moi. Moi avec ma marotte consistant à invoquer ce brave Saint-Antoine, lequel m'avait peut-être donné l'illumination de demander à mon ami Philippe de se servir de son don de "magnétiseur" en utilisant un pendule de circonstance, en l’occurrence ses clés. Philippe prenant le relais avait utilisé son "don" pour savoir où chercher.

Comme je le disais, mon père est du genre hyper-rationnel et n'en revenait pas. Alors je lui ai expliqué que quand un polytechnicien en retraite et un ancien juriste collaboraient, ça donnait forcément de bons résultats, parce que l'on était réputés pour être super carrés tout en admettant que les outils utilisés n'étaient sans doute pas de ceux que l'on apprend à Paris II ou à l'X. L'important finalement c'est la manière dont on s'en sert et Philippe et moi, on reste méthodiques. Pas du genre à revêtir un chapeau pointu orné d'étoiles et à invoquer des puissances célestes en faisant brûler des bougies. Non, habillés en civil et nantis d'une simple prière à Saint-Antoine et d'un trousseau de clés, on se démerde.

Voilà donc comment les forces rationnelles combinées de la science et du droit ont fait reculer l’obscurantisme !

20 septembre, 2014

Psychologie scientifique !


Bon assez de clinique ! Après tout en clinique on ne fait qu'objectiver du subjectif et c'est à peu près aussi sérieux que de la sociologie. Non que je n'aime pas la sociologie mais simplement que ce n'est pas comme cela que je me ferai ma place au soleil ! Expliquez à des parents responsables que leur môme veut s'inscrire en psycho ou socio et vous verrez leur tronche ! 

Ils vous répondront immédiatement qu'en tant que parents responsables, ils avaient plutôt imaginé une grande école quelconque. Que le mouflet veuille devenir magistrat (ENM), ingénieur (X) ou fasse de la politique (IEP-ENA), ils s'en foutent. L'important c'est qu'il échappe à la fac poubelle pour lui éviter, quand il aura vingt-cinq ans et sera nanti d'un doctorat dans une de ces disciplines, d'en être réduit à passer des concours de catégorie C de la fonction publique ou de cumuler les CDD de médiateur culturel dans une banlieue rouge !

Songeant au cas Thévenoud, et de manière générale à tous ces toquards qui ont décidé un jour de prendre leur revanche sur une adolescence difficile afin d'en faire baver leurs ex-tortionnaires, j'ai imaginé que l'on puisse créer une formule mathématique assez simple permettant de prévoir la capacité de nuisance d'une ancienne tête de turc parvenue au pouvoir.

L'idée est simple. Prenez un enfant à problème(s) immergé dans un environnement que l'on qualifierait de normal pour tous les autres : l'école. Et imaginons que ce pauvre gosse n'ait pas su acquérir les habiletés sociales qui lui permettent quelques soient les problèmes rencontrés (poids, taille, peau acnéique, parents socialistes, etc.) de développer des liens fructueux avec ledit environnement.

Imaginons ensuite que ce pauvre gosse en ait perçu un très très vif ressentiment l'ayant entrainé à haïr son environnement et notamment les individus qui le composaient. Poursuivons en songeant que cette haine, afin de ne pas l'anéantir, se soit transformée en un fantasme morbide par lequel notre pauvre perdant se soit imaginé en gagnant au terme d'une âpre lutte destinée à le faire entrer dans un cercle quelconque de pouvoir politique dans lequel il pourra enfin nuire à tous ceux qui lui ont nui. Songez ensuite aux dégâts qu'il va pouvoir occasionner !

On aura donc un truc dans le genre :
Capacité de nuisance = Souffrance endurée x Désir de revanche x Cercle de pouvoir.

On peut imaginer que la souffrance endurée constitue une sorte de masse résultant de l'agrégation de souffrances et vexations diverses tandis que le désir de revanche serait une énergie et le cercle de pouvoir une sorte de constante, un mur immuable dans lequel on vient taper. Ça ressemble furieusement à du nucléaire ce truc !

Putain que l'on trouve une équation permettant de définir tout cela puis qu'un neurochirugien un peu inventif greffe une prise sur la grosse tête de certains de nos politiques permettant de transformer la capacité de nuisance en énergie et on pourra e passe de pétrole !

Avec Thévenoud on pourrait éclairer Paris durant un siècle, avec Cahuzac on rajoute la banlieue et si l'on parvient à choper Sarkozy, on connait l'indépendance énergétique pour un millénaire.

Avec mon projet de centrale nucléaire fonctionnant au politicien véreux, je songe sérieusement au Nobel !

Le gars Thomas !


J'aurais pu écrire sur le sujet bien avant mais j'étais occupé. Quel sujet ? Mais à propos de Thomas Thévenoud bien sur ! C'est assez amusant parce que l'histoire est sortie au moment ou je parlais de la "sociopathie ordinaire", ce comportement que l'on observe chez des gens qui n'obéissent qu'à une règle simple, je veux je prends, sans qu'intervienne la moindre délibération morale. 

Ceci dit, je ne pourrais pas affirmer que ce désormais célèbre député sorti de l'anonymat soit réellement un sociopathe. On peut aussi imaginer que ce soit simplement la rencontre d'une histoire singulière avec un environnement particulier qui ait produit ce comportement aberrant. Je suis persuadé que Thomas Thévenoud ne noyait pas de chatons étant enfant et je suis sur que sa biographie est exempte des événements que l'on retrouve habituellement chez les tueurs en série.

Quand l'affaire a éclaté, je ne connaissais pas ce personnage. J'ai juste eu une sorte d'illumination en me disant que c'était là le pur produit de l'IEP de Paris, cette vénérable institution tellement transformée (pervertie ?) par son ancien directeur. Je n'ai rien de particulier contre cette école si ce n'est que, comme toutes les formations élitistes, elle peut avoir des effets pervers chez les sujets les plus faibles. L'admission dans une grande école peut en effet provoquer un "effet melon" chez certains qui sont dès lors persuadés de leur singularité qu'ils entrevoient comme un ticket pour l'Olympe où loin de la plèbe ils pourront vivre en n'étant soumis qu'à leurs désirs.

Ces traits ne sont pas uniquement présents chez certains élèves de l'IEP de Paris mais se retrouvent aussi dans toutes les grandes écoles accessibles sur concours. Certains, et je ne doute pas que ce soit la majorité, seront ravis que leurs efforts aient porté leurs fruits tandis que d'autres, les plus fragiles, verront dans leur admission une revanche sur une adolescence pas toujours très heureuse. Dès lors, leur vie sera guidée par le fait qu'ils en ont assez bavé et que c'est au tour des autres de les subir. On ne devrait jamais donner une once de pouvoir à d'anciennes têtes de turc sans leur avoir imposé au moins la nécessité d'avoir fait le ménage dans leur tête. La victime peut aisément se transformer en bourreau.

Je ne sais évidemment rien de la jeunesse de Thomas Thévenoud. J'ai juste été alerté par certaines images que j'ai vues. La première, c'était lui montant le perron de l’Élysée. Il avait beau porter un très beau costume et être élégant, je l'ai trouvé terriblement gauche. Je pèse bien plus lourd que lui et pourtant je n'ai pas cette impression de balourdise quand je marche. Sans doute que je connais les limites de mon corps et la masse que mes muscles doivent entrainer. Tel n'était pas le cas de ce cher Thomas. J'ai eu l'impression d'avoir à faire à un ancien "petit gros" ce qui aurait pu expliquer aisément son comportement moral aberrant.

J'ai alors demandé à trois chères patients chez j'ai décelé une grande intuition ce qu'elles avaient pensé du personnage. Toutes les trois étaient d'accord avec moi en affirmant que Thomas Thévenoud devait sans doute être un ancien enfant obèse qui avait du mincir avant d'entrer en politique afin de faire coïncider ramage et plumage. On ne parlera jamais assez de la cruauté des enfants et je suppose que si l'adolescence de Thomas Thévenoud a été celle d'un jeune obèse, il a du en souffrir. Les mauvais traitements marquent parfois irrémédiablement si l'on ne prend pas la peine de sortir du conditionnement qu'ils opèrent chez la victime. On devient soit une victime à vie soit un bourreau décidé à prendre sa revanche.

Surtout que je suppose que le jeune Thomas était bon élève car on n'entre pas à l'IEP de Paris en étant le dernier des ânes. Une fois encore, même s'il est préférable d'être bon élève, c'est aussi un trait qui peut couper du reste de ses petits camarades. Le bon élève est parfois le fayot tel que le décrivit admirablement Goscinny au travers du personnage d'Agnan dans Le Petit Nicolas. Ce n'est évidemment pas une constante et j'ai connu des tas de bons élèves qui faisaient attention à ce que leurs excellents résultats ne les coupent pas du reste de la classe pour ne pas subir l'opprobre ou la jalousie de leurs camarades. Imaginons un instant Thomas Thévenoud en petit gros obtenant de bons résultats et affublé d'une mère castratrice méprisant l'épanouissement psycho-affectif de son fils et c'est une petite bombe à retardement que nous avons.

Tout ceci n'était que vaines suppositions et j'aurais pu me tromper. Mais c'est un autre reportage qui m'a confirmé ce que je pensais. Il s'agissait de la récente fête de la Rose, grande cérémonie socialiste s'il en est, au cours de laquelle Arnaud Montebourg accueille Thomas Thévenoud. Pour dire les choses simplement, Montebourg c'est le beau mec, grand et tchatcheur et Thévenoud le petit gars insipide qui ne ressemble à rien. Et c'est très amusant de voir la manière dont ce dernier devient le jouet du premier. Montebourg commence à le flatter d'une drôle de façon à la manière d'un jeune patron d'avant-guerre faisant l'éloge d'un bon ouvrier fidèle mais un peu simplet. Après l'avoir complimenté, voici qu'il le serre dans ses bras et le décoiffe presque comme un chasseur le ferait de son fidèle épagneul qui vient de lui ramener le faisant abattu. Bon chien ça, c'est un bon chien ça, entend-on presque !
 
On voit immédiatement dans cette courte vidéo de treize secondes s'établir un parfait rapport de domination-soumission dont je suppose Montebourg n'a même pas conscience. Montebourg croit agir de manière adéquate alors qu'il ne fait que reproduire quelques dizaines d'années après, ce qu'a peut-être enduré Thévenoud dans la cour de récréation. Même après être issu de Sciences-Po Paris et avec un mandat électif national, le pauvre Thévenoud reste le soumis. Il a beau pérorer à l'assemblée nationale, il suffit de le voir en groupe alors qu'aucun rôle particulier ne lui est assigné par uen fonction ou un protocole pour le voir redevenir ce qu'il a sans doute été : une victime des plus beaux, des plus forts, des plus adroits.

Le comportement même de Thévenoud après qu'il eut été démasqué est aussi révélateur d'une psychologie singulière. Démis de ses fonctions de secrétaire d'état et renvoyé du parti socialiste, rien en effet ne l'obligeait à abandonner son mandat de député si ce n'est l'honneur et la morale commune. Pourtant, malgré les incroyables pressions, rien n'y a fait, Thomas Thévenoud s'accroche à son siège comme une bernique à son rocher. Tant d'efforts pour que tout lui soit enlevé, il ne l'imagine même pas, alors même que cet incroyable scandale lui interdit désormais de remettre le pied à l'Assemblée nationale. Bien sur, on peut aussi imaginer que exécutif confronté à une défiance sans précédent de la part du peuple n'ait pas envie en cas de démission, de subir des élections partielles en Saône-et-Loire qui ferait entrer un élu FN à l'Assemblée. Tout est possible.

Je ne pourrais donc pas affirmer que les comportements de Thomas Thévenoud soient celui d'un sociopathe même si cette absence totale de morale y fait penser. Imaginer que ce type qui était vice-président de la mission d'information contre la fraude fiscale suite à l'affaire Cahuzac n'ait pas payé ses impôts depuis au moins trois ans, c'est vraiment énorme. Toutes choses égales par ailleurs, imaginer que ce terne petit député jusqu'alors inconnu pouvait se montrer d'un tel cynisme est comparable aux révélations concernant Jimmy Savile après sa mort, cette vedette déjantée et rigolote de la BCC dont on sait maintenant qu'il était nécrophile et pédophile.

Chez le sociopathe, il y ale côté jardin avenant et fleuri et le côté cour sombre et nettement moins reluisant. Il n'est jamais aisé de déceler ce "coté cour" chez eux et tout au plus peut-on se borner à des impressions ou intuitions les concernant sans détenir de preuves formelles tant ils verrouillent parfaitement leur intimité, ne laissant percevoir qu'une façade policée. Personne ne sait comment nait la sociopathie, s'il s'agit d'une tare génétique qui les rendrait incapable de morale ou bien s'il ne s'agit que de comportements sélectionnés par eux pour se défendre d'avanies subies par le passé.

Avec le peu d'informations dont je dispose, c'est à dire ce que les médias ont publiés, et la lecture à froid que j'en fais, j'ai la nette impression que dans ce cas la sociopathie résulte de la collision entre un pauvre type à problèmes et un environnement de pouvoir qu'il avait surinvesti narcissiquement. En l'état, si la sociopathie n'est jamais aisée à prouver, il semblerait que le narcissisme soit bien présent de manière pathologique.

S'il est commun de dire qu'il ne faudrait jamais donner le pouvoir à quelqu'un qui le demande, il serait bon de ne jamais le donner à un pauvre type qui l'instrumentalisera à seule fin de se transformer, lui l'ancien nain de ses cauchemars, en géant de ses rêves.


19 septembre, 2014

Enigmes stupides, perte de temps et entretiens d'embauche à la con !


Comme on dit dans les fictions télévisées, les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. Mais afin de rendre encore plus impossible toute identification avec des personnages, j'ai modifié radicalement leurs noms.

Tout commence lorsque Chatounet, jeune ingénieur talentueux, le genre bac à quinze ans et grande école derrière, pas le benêt de base quoi, m'explique qu'il a eu un entretien dans une boite de gros lourds, le genre de boite qui se prend pour Google ou Microsoft ou toute autre boite américaine. 

Dans ces boites là, non content de vous poser des tas de questions pour la plupart idiotes puisque les réponses sont déjà dans votre CV que vous leur avez envoyé, on vous soumet en plus à des énigmes pour voir si vous êtes un malin. Parce que chez eux, vous pouvez avoir été diplômé de votre école à vingt ans, ça ne suffit pas, en plus il faut être un putain de petit malin. 

Chez ces bœufs, faut avoir le regard malicieux et être resté aussi pur qu'un bambin qui s'émerveille d'un rien. C'est le genre de turne où il y a des couleurs vives et un baby-foot parce que ça stimule la créativité et que les HP (hauts-potentiels) adorent ça. Je suis sur que cette bande de cons roulent en Vélib', tout en rêvant à terme d'avoir une Toyota Prius, et se balancent des vannes en anglais d'un air entendu comme si ils vivaient à LA ou SF plutôt qu'à Paris 11 ou à La Garenne-Colombes. C'est la version techno du bobo arty.

Comme Chatounet n'est pas le dernier des cons, il répond à la question en proposant la solution qui lui semble la plus adaptée à cette énigme. Comme il me l'avoue lui-même, ça le fait déjà grave chier cette ambiance de merde et ces questions cons et il n'a plus vraiment envie de bosser là. Mais bon, de toute manière, je lui dit qu'il fallait qu'il arrête de tirer au cul parce que comme je le répète toujours : le travail structure le temps, apporte de l'argent et de la reconnaissance. Et puis, je voudrais bien, puisqu'il est plus jeune, qu'il paye un jour ma retraite.

Voilà que la semaine d'après, je reçois Touffy, un médecin brillant (il y en a) qui pour son grand malheur ne le sait pas, tout en n'ayant pas compris que justement le fait de ne pas se trouver plus intelligent qu'un autre est souvent le signe qu'on l'est. Alors Touffy, avide de preuves d'intelligence comme il l'est, il n'en rate pas une. Qu'il s'agisse de tests, de groupes de surdoués ou qui croient l'être, Touffy est partout, sur tous les fronts pour avoir la preuve qu'il est intelligent.

Balancez lui une épreuve en lui disant que s'il la réussit, il sera vraiment intelligent et voici Touffy qui remue la queue comme un jeune chiot après son jouet et se lance à corps perdu dans l'exercice. Touffy trouve que Chatounet est un mec vraiment intelligent. C'est pour cela que je lui soumets l'énigme que la boite de cons a proposé à Chatounet. Et là, je vois Touffy tenter désespérément de répondre à cette énigme débile, persuadé que s'il réussit, il sera au moins aussi intelligent que Chatounet. Il cherche, il cherche, trouve un truc mais à la fin, je lui explique le truc qui consiste à utiliser une formule de physique afin de faire une approximation.

"Bah, oui mais c'est ça" s’exclame Touffy un peu dépité de ne pas avoir trouvé tout en étant rassuré tout de même d'avoir compris le truc, ce qui veut dire que s'il ne s'estime pas aussi intelligent que Chatounet, il en est proche puisqu'il comprend la solution que ce dernier à proposé. Et puis comme on n'a pas que cela à faire, on passe à autre chose.

La semaine suivante, voici que Touffy et Chatounet sont réunis lors d'une séance de cafing. Et Touffy de parler de l'énigme à Chatounet afin d'avoir les tenants et les aboutissants de tout le processus mental, le raisonnement quoi, ayant amené Chatounet à trouver cette solution. Chatounet explique donc son raisonnement avec l'air de s'en foutre un peu tandis que Touffy, suspendu à ses lèvres, suit tout le raisonnement avec l'air de se dire "putain jusque là j'ai bon, je comprends".

C'est ensuite que Touffy pour ne pas paraitre en reste, explique à Chatounet que lui aussi il aime les énigmes et que d'ailleurs parfois, il se concentre tellement qu'il réussit à y répondre. Il s'attend sans doute à ce que Chatounet lui dise que c'est super mais il nous voit plutôt rigoler. Et Chatounet lui explique alors que face à une énigme à la con, lui il est capable de se concentrer deux minutes pour esquisser un début de réponse mais que s'il ne trouve pas, il laisse tomber parce qu'il a autre chose à faire dans la vie, que de se torturer avec des énigmes à la con. Touffy se retrouve donc tout penaud tout en admettant qu'on n'a pas tort et qu'il faut être un putain de nolife pour s'intéresser aux énigmes.

Bon, récemment encore, un de mes chers patients, vraiment intelligent, me disait qu'il adorerait rentrer à Mensa. Moi, je trouve l'idée un peu baroque mais je ne suis pas non plus une bête à concours. Et puis chacun trouve son plaisir où il le souhaite. Moi qui suis sociable, je préfère glander avec de bons amis à raconter des conneries mais je peux comprendre que l'on puisse préférer se retrouver avec des mec certifié QI130+ à s'asséner des énigmes pour savoir qui est le plus intelligent. C'est la version intello du combat de bites pour savoir qui a la plus longue et je trouve que passé vingt ans, c'est un peu problématique d'en rester là. Mais bon ...

Alors, je suis allé voir leur putain de test en quarante question à Mensa. Au moins, ils sont cash et vous expliquent que si vous avez moins de trente bonne réponses, ce sera un peu chaud pour être admis et qu'il faudrait mieux penser à faire du sport, à militer en politique ou toute autre activité ne demandant pas une grande intelligence. Bon, moi j'ai répondu aux cinq premières en étant sur d'avoir juste. Alors je me suis dit que j'aurais répondu juste au trente cinq suivantes et je me suis donné la notre de quarante sur quarante. 

Et puis, soucieux d'être réaliste, je me suis dit que je n'aurais pas été à l'abri d'une petite erreur d’inattention alors j'ai corrgé mon score à la baisse en m'accordant la note de trente-neuf sur quarante. Bref, ce test qui aurait pu me prendre une plombe ne m'a pris que cinq minutes tout en m'apportant la légitime satisfaction de me dire que j'aurais pu entrer à Mensa si j'avais voulu. De toute manière, je n'avais aucune envie de rentrer à Mensa. Bref j'ai consacré à ce test, ce que Chatounet consacre aux énigmes, le juste temps nécessaire pour se dire qu'on pourrait réussir si on était moins feignant et surtout si on avait que cela à foutre dans la vie.

Il s'ensuit donc la règle suivante qui édicte que face à une énigme à la con ou un test stupide :


  • Le crétin de base buche comme un âne pour obtenir un score médiocre ;


  • le mec intelligent buche comme un âne et fait un bon score. Il obtient un certificat de mec intelligent sans se rendre compte que s'il a du temps pour résoudre ces énigmes c'est, d'une part qu'il doute de lui au point de toujours vouloir se juger, et enfin la preuve éclatante qu'il n'a pas de vie sociale qui pourrait le détourner de ces loisirs puérils.


  • Le mec vraiment intelligent se penche deux minutes sur le sujet, se dit qu'il pourrait réussir mais n'en a rien à branler parce qu'il a autre chose à foutre dans la vie que de résoudre des énigmes stupides. Parce que le mec intelligent sait qu'il l'est tout en admettant qu'il sera toujours le con de quelqu'un.

  • Bref, face à une énigme fuyez, c'est une preuve de bonne santé mentale. De toute manière, je n'ai été invité qu'une fois à une soirée de surdoués et je les ai trouvés très cons dans la grande majorité. Je suppose qu'ils m'ont aussi trouvé très con. Ceci dit on a le droit d'aimer sincèrement les énigmes. Moi qui possède une RJ49, je ne vais pas juger les autres parce qu'ils ont des passe-temps idiots !