01 septembre, 2014

Intermède !






C'est dingue, mais c'est de plus en plus compliqué de trouver une bonne photo de marcassin ! Je dois être l'un des rares dont l'ordinateur recèle un dossier "marcassins". Putain si la NSA m'épie, je suis bon pour un rapport carabiné avec une étiquette de zoophile !

Fabrique de sociopathes !


Je suis né sous le signe du capricorne, je suis né vieux alors je ne prendrai jamais un coup de vieux. Toutefois, je me rends compte des changements de ce monde. Et pour en revenir  à la sociopathie que d'aucuns voudraient parer du nouveau nom de "pervers narcissique", je rejoins mes confrères cités dans l'article du Nouvel Observateur. Moi aussi, je trouve qu'il y en a de plus en plus.

En revanche, je ne trouve pas qu'ils sévissent plus dans les histoires d'amour qu'ailleurs. Ils sont partout et effectivement leur amoralité totale se distingue toujours plus dans la situations psycho-sociales complexes comme l'amour et le travail. Ces sociopathes sont partout et ils sont surtout largement encourage par un "système" ayant perdu absolument toute traces des vertus d'antant que l'on enseignait.

Je suis par exemple ahuri par l'importance que l'argent a pu prendre chez mes jeunes patients. Les deux plus jeunes que je reçois, tous les deux âgés de dix-sept ans", ont tous les deux évoqués non pas une quelconque vocation, un quelconque attrait pour une profession mais uniquement l'envie de faire "un métier qui rapporte". Aucun des deux n'est sociopathes heureusement et tous les deux sont issus de bons milieux. Pourtant, ni l'un ni l'autre ne possèdent la moindre parcelle de spiritualité. Ils sont els alphas et les omégas de leur propre vie.

Du moins jusqu'à ce qu'ils me rencontrent car j'ai un certain talent pour "jouer les papas" et remettre les idées en place. C'est ainsi qu'à l'une qui est une ravissante petite blonde, j'ai recommandé, puisqu'elle adorait l'argent facile de "vendre son cul" tandis qu'au second qui est un peu dans les mêmes dispositions, j'ai recommandé compte-tenu de ses aptitudes sociales, de s'investir dans el trafic d'organe, un marché émergent qui rapporte gros.

Bien sur l'un et l'autre m'ont regardé avec des yeux ronds. Ils pensaient me balancer leurs conneries à la face sans que je ne fasse aucune remarque, muré dans ma "neutralité bienveillante". Mais ça, c'est au cinéma ou chez mes confrères psychanalystes mais pas dans mon cabinet. Le "psy" qu'accole à nos professions, que l'on soit psychiatre ou psychologue, vient de psukhê qui signifie "âme". Alors moi quand l'âme est en danger, je fais mon boulot, je cabale sur mon destrier rapière en main prêt à trancher la tête du démon.

Bien entendu, je m'entends fort bien avec ces deux jeunes patients et cette mise au point a eu le mérite de les alerter sur les fondements sur lesquels ils bâtissaient leur vie. Comme dit le célèbre proverbe belge, "mieux vaut être riche, heureux, beau et en bonne santé, que pauvre, malheureux, laid et malade" : c'est juste. Mieux vaut rouler en Mercedes et vivre dans un superbe appartement qu'être un clodo anxieux pour ses fins de moi dès le cinq du mois en cours. C'est certain.

Maintenant, le problème est, est-ce que la fin justifie les moyens ? Or c'est bien tout le problème que pose notre monde actuel. Comme l'explique l'article du Nouvel Obs' :  le mal n'est pas nouveau mais en recrudescence express, selon Dominique Barbier, criminologue et expert psychiatre avignonnais, ami de Boris Cyrulnik, qui écrit un livre (à paraître cette année chez Odile Jacob) pour expliquer en quoi notre époque est une véritable "fabrique de pervers". Le consumérisme frénétique et l'affaiblissement de la fonction paternelle entraînent une intolérance à la frustration de plus en plus répandue. Cette immaturité serait le terreau fertile de la prédation morale et d'un rapport à l'autre de plus en plus utilitaire. "C'est le mal du siècle. Ce que j'observe est effrayant, dit le criminologue. N'importe qui peut tomber sous la coupe d'un pervers."

Effectivement nous vivons désormais dans un monde qui est une réelle usine à pervers. Il faut dire qu'à longueur de temps les jeunes sont bombardés par des exemples à ne pas suivre. Qu'il s'agisse des programmes de Téléréalité dans lesquels on expose inlassablement les mêmes petites putes et maquereaux prêts à tout pour être célèbre, de l'insolente fortune de footeux décérébrés ou de stars débiles, les discours de rappeurs crétins ou encore des mensonges éhontés des politiciens, rien n'est fait pour donner un bon exemple. 

L'important n'étant plus jamais d'être mais d'avoir, d'amasser et ce d'autant plus que ce que l'on amasse pourra éveiller la concupiscence du voisin d'où la prédominance des marques autrefois "chics" mais aujourd'hui tellement galvaudées qu'elles ne peuvent plus exciter que la rapacité prédatrice d'une blonde à poitrine refaite de Rodeo Drive. C'est le règne du désir mimétique dont j'avais déjà parlé dans un autre texte. Il ne 'agit pas tant de devenir quelqu'un ou d'avoir quelque chose mais surtout que cela se sache et que les autres l'envient.

Par exemple, j'ai été étonné quand voici quelques années de jeunes adolescents appartenant à de bonnes familles auxquels j'expliquais mon métier, m'avaient juste demandé si je recevais des "people". J'avais répondu qu'il pouvait m'arriver de recevoir des gens un peu connus ou connus mais que le secret professionnel m'empêchait de donner des noms, tout en précisant que dans l’atmosphère feutrée du cabinet, ces gens étaient tout à fait normaux. En 1900, on expliquait aux enfants que "bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée" mais cette époque est révolue.

Plus aucune voix ne s'élève contre cet état de chose si ce n'est dans une frange de ce que l'on nomme aujourd'hui la dissidence. Comme on disait en mai 1968, il est interdit d'interdire. La jouissance hédoniste est à son maximum mais ce n'est pas vraiment de l'hédonisme mais juste un ersatz. Encore se fut-il agi de la doctrine philosophique grecque selon laquelle la recherche du plaisir et l'évitement du déplaisir constituent l'objectif de l'existence humaine, que je l'aurais parfaitement compris. 

Ainsi Chamfort, le moraliste pas le chanteur, expliquait dans une célèbre maxime que l'hédonisme c'est : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi, ni à personne, voilà je crois, toute la morale ». L'hédonisme doit donc être mesuré et nécessite de la sagesse sans quoi il est galvaudé. Et croyez-moi, même si au travers de ces lignes je cours le risque de passer pour un vieux con, je sais ce qu'est l'hédonisme, moi qui passe des heures à m'adonner à mon activité favorite, le caffing, qui consiste uniquement à deviser avec des gens intelligents et cools sans le moindre enjeu que celui de passer un bon moment.

L'hédonisme justement c'est de ne pas être tendu comme un arc vers une réussite frelatée, une notoriété usurpée, une collection de choses sans importance qui ne nous suivront pas au cimetière. L'hédonisme c'était Philippe Noiret dans Alexandre le bienheureux, un personnage qui avait décidé de ne rien plus faire et de passer la majeure partie de sa vie couché et non Nabilla, par exemple, dont le seul entretien de la plastique nécessite des efforts soutenus. Sous des abords tellement vains qu'on pourrait les croire futiles, la plupart des candidats de téléréalité sont en fait des acharnés du travail, des concentrés de volonté malheureusement axés sur le néant.

Ceci dit il serait regrettable de blâmer ces candidats de la téléréalité.  Ils ne sont que les victimes d'un système qui promeut ce genre de comportements en les sélectionnant. De la même manière qu'un enfant qui fait l'imbécile sous les yeux attendris et admiratifs de ses parents, aura tendance à continuer ce comportement, le candidat de téléréalité est lui aussi pris dans les rets invisibles d'un système qui l'encourage.

On aurait aussi beau jeu de blâmer les parents car comme me l'expliquait la mère d'une jeune fille dont je venait de louer la bonne éducation et la culture, c'est un combat permanent. Pour cette mère de famille, c'est décider de s'opposer à ses trois enfants en décrétant qu'un téléphone portable s’obtient à treize ans et pas avant par exemple. C'est aussi faire tout un travail avec ses enfants pour palier les carences culturelles offertes par une école publique en pleine déliquescence. C'est donc au travers de l'éducation et des valeurs que l'on donne à ses enfants, perpétuellement corriger les dérives d'une société en perdition. Cela demande du temps et de l'énergie et c'est d'autant plus compliqué que l'accès au net permet une viralité de toutes les déviances.

J'ai d'ailleurs eu quanté de jeunes patients âgés de 18 à 25 ans, souvent toxicomanes, pour qui la thérapie s'est résumée à remettre les pendules à l'heure. Parce que dans tout ce bordel ambiant, ce qui manque c'est juste une limite, un corpus de règles simples à appliquer tels des impératifs catégoriques. J'aurais pu me contenter de les écouter et je l'ai fait au début. Mais par la suite nous aurions tourné en rond et j'avoue qu'écouter les jérémiades standardisées des petits enfants du siècle m'ennuie un peu. De toute manière, les règles et le rappel à l'ordre intelligemment fait permettent une réduction notoire de l'anxiété.

Ainsi, si je réfute le terme de pervers narcissique que je trouve trop vague, je suis d'accord avec mes chers et éminents confrères dans le constat qu'ils font de cette épidémie de sociopathie. Èt si je suis d'accord avec mon confrère H16 quand il explique que "ce pays est foutu", je pourrais aller plus loin que lui en disant que c'est vraiment le monde qui est foutu. Car où que l'on aille, dès que le néo-occidentalisme juste axé sur la consommation s'installe, c'est la société qui en pâtit.

L'occident n'a plus le triste privilège de ces enfant-rois insupportables qui deviendront par la suite à n'en pas douter des adultes tyranniques. La Chine connait aussi ce phénomène.

31 août, 2014

Comme au cinéma !


Je reçois l'ainée depuis quelques temps lorsqu'elle m'explique qu'une de ses jeunes sœurs, âgée de trente-deux ans,est actuellement très déprimée suite à une rupture. Bon, c'est triste mais c'est la vie. J'imagine que la sœurette est allée voir son généraliste qui lui a fourni le kit de survie actuel composé d'antidépresseurs, d'anxiolytiques et de conseils lénifiants du genre "c’est dur mais ça va passer, rassurez-vous".

Mais manifestement cela ne passe pas. La rupture n'est toujours pas digérée car il semblerait que la petite soeur ne sache toujours pas pourquoi il est parti. C'est arrivé après quatre ans d'une histoire sans problèmes. En quinze jours, il lui a parlé de choses dont il ne l'avait jamais entretenu, arguant du fait qu'ils ne pourraient jamais être ensemble parce qu'ils étaient "trop différents". Il a fait son sac, a déposé une bise sur sa joue, lui a demandé de ne pas lui en vouloir et est parti comme ça.

Les choses s'aggravant, la sœur ainée, médecin de profession, me demande de recevoir sa jeune sœur, ce que j'accepte puisqu'elles s'entendent bien et que les histoires qui les conduisent à mon cabinet n'ont aucun lien entre elles. C'est elle qui m'a trouvé "déjanté" et qui pense que sa petite soeur, normalienne, ne pourra s'entendre qu'avec quelqu'un comme moi. C'est très flatteur pour moi qu'elle me dise cela mais je me sens à la hauteur de la tâche. 

Et elle rajoute qu'elle espère que je trouverai pourquoi ce type est parti si soudainement. Et moi, comme je ne peux pas m'empêcher de fermer ma gueule, je lui réponds qu'effectivement je suppose qu'en un quart d'heure montre en main, je saurai le pourquoi du comment de cette triste histoire.J'aime bien ces missions d'enquête au cours desquelles, je dois écouter la victime et trouver un sens à ce qui lui est arrivé. 

Voilà une jeune femme qui était heureuse en ménage durant quatre ans, qui projetait même de se marier, et qui se retrouve du jour au lendemain plaquée sans raison ; du moins n'en voit-elle aucune. C'est un cas intéressant parce que si l'oiseau a quitté le nid, il y a forcément une raison que je trouverai.

Je reçois donc la donzelle qui en plus d'être intelligente est jolie comme un cœur. Elle me raconte alors son histoire et je pose les questions habituelles. Non, tout se passait fort bien. Tant les rapports sexuels que l'entente intellectuelle, tout était au beau fixe. Le couple avait des projets, monsieur connaissait sa belle famille avec laquelle il s'entendait bien.

Elle me parle ensuite de son ex. Je suis étonné par la faiblesse des informations qu'elle détient. J'apprends qu'il est originaire d'un autre pays d'Europe, qu'il est bien fait de sa personne, qu'il a fait des études mais qu'il en a refait en France et qu'il occupe un poste dont elle a du mal à m'expliquer en quoi il consiste. Quand à son milieu d'origine, elle me dit qu'il est simple.

Quelque chose fait alors "tilt" dans mon cerveau car si je trouve que ma belle normalienne est parée d'un superbe plumage, je trouve ne revanche que son ex mâle est un peu terne, qu'il a pour tout dire "des contours mal définis". Alors qu'en général, il est assez aisé de profiler un individu sur la foi d'un témoignage, là je bloque. Je ne visualise pas ce type, pour moi c'est une ombre, un esprit qui flotte. 

Je creuse donc pour obtenir plus de renseignements. J'apprends alors que ma belle normalienne a rencontré son oiseau quelques mois après une rupture difficile. C'est un renseignement utile car j’imagine qu'à cette époque, tandis qu'elle frisait la trentaine, elle devait être extrêmement vulnérable étant la seule de la fratrie à ne pas être en couple.

C'est très intuitif mais je sens poindre une histoire tordue. Jamais je n'emploierais le terme de pervers narcissique car je le trouve imprécis, mais je suspecte la venue d'un prédateur alléché par la belle demoiselle en détresse. Surtout que la demoiselle a de quoi intéresser un aventurier. Elle est très jolie, bardée de diplômes et ce qui ne gâche rien, fille d'un père très célèbre et très riche.

Lui, comme je l'ai dit, j'ai du mal à le définir, autant qu'on aurait du mal à discerner un prédateur tapis dans les hautes herbes et guettant la gazelle isolée. Je demande alors plus de détails. Elle ne peut m'en donner aucun. Elle me répète juste qu'il était bien et qu'ils étaient heureux. Mais elle admet que mes questions la dérangent dans la mesure ou effectivement elle songe qu'elle en savait peu sur lui.

Dans ma tête, j'esquisse des possibilités, comme on mettrait au point une sorte d'équation reprenant toutes les données et expliquant la situation de manière évidente. C'est à ce moment que je lui dis que son ex-copain me rappelle le Dr Romand, ce faux médecin qui avait massacré sa famille après lui avoir menti durant des années. Elle me demande pourquoi j'ai cette idée.

Je lui explique alors que c'est une explication qui m'est venue dans la mesure où ce type est apparu un beau jour quand elle allait mal, dont elle ne sait pas grand chose, qu'elle a contribué à aider en France et qui part un beau matin sans explications et sans qu'elle soit capable de me donner des renseignements intimes sur lui. Elle ne connait finalement rien de lui si ce n'est qu'il était toujours arrangeant ou accommodant. "Comme tu voudras ma chérie" semblait être sa phrase fétiche or chacun sait que dans tous les couples, même les plus amoureux, il y aura forcément des frictions !

Je poursuis alors en lui expliquant que quand c'est trop beau pour être vrai, c'est qu'il y a souvent de la sociopathie en dessous. Les sociopathes se distinguent souvent par un "charme et une faconde superficielle". Elle acquiesce et m'explique que ma comparaison avec le Dr Romand est étrange car sa mère, à laquelle elle reconnait de l'intuition, lui a dit la même chose après que son ami fut parti. Elle lui a dit que certes il était gentil et poli mais qu'elle ne l'avait jamais senti et qu'il lui faisait penser à ce fameux Dr Romand.

Ayant constaté une grande disparité de milieux entre son ex et elle, lui issu d'un milieu très modeste et elle d'un milieu extrêmement aisé, je lui demande comment ce dernier jugeait cela. Elle m'explique qu'il avait une grande admiration pour son père. Étant fâché avec lui, elle ne le voyait plus depuis des années mais son copain insistait beaucoup pour qu'ils se réconcilient. Un point de plus. Ce qui l'intéresait dont plus que ma patiente, c'était d'accéder à un monde dont il rêvait, un monde où les X et les Normaliens se comptent à la pelle et où l'argent n'est pas un problème.

Je lui dis alors qu'à mon sens elle a été victime d'un escroc sentimental qui l'a trouvée sur son chemin et l'a utilisée. Que tant qu'elle lui était utile, il est resté avec elle mais que dès qu'il a senti qu'il pourrait trouver mieux, il est parti. Je lui demande si dans les derniers mois il avait connu d'autres personnes ou par exemples changé de poste.

Effectivement six mois auparavant, ayant fini son cycle d'études, il a pu, sur recommandation de la famille de ma patiente, intégrer une entreprise prestigieuse. J'explique alors à ma patiente qu'il a du rencontrer "mieux qu'elle". Que dans cette entreprise, mondialement connue, dans laquelle il est en poste, il a pu rencontrer une autre femme ayant un carnet d'adresses encore plus fourni que le sien.

Son histoire me rappelle un film que j'avais vu dans les années quatre-vingt-dix, Un baiser avant de mourir, et dans lequel Matt Dillon jouait le rôle d'un type élevé sans père dans un milieu très modeste et qui en venait à utiliser une jeune femme de riche famille pour s'élever. Matti Dillon campait avec grand talent ce rôle de sociopathe prêt à tout pour s'en sortir et se hisser dans l'échelle sociale. Je recommande donc à ma patiente de trouver ce film et de le regarder.

Je la revois donc quelques semaines après qu'elle ait vu ce film. Elle retrouve énormément de points communs entre le personnage interprété par Matti Dillon et son ex. Je lui demande alors de préciser ces points. Elle admet qu'il y avait quelque chose de dérangeant dans leur histoire dans la mesure ou il n'y a jamais eu de crises, ni la moindre colère, le moindre mot échangé. Elle trouve après coup que c'était trop beau pour être vrai. 

Elle estime aussi qu'à certains moments, elle sentait un décalage chez son ex comme si parfois elle avait aperçu l'acteur derrière le personnage de théâtre. Elle juge aussi qu'elle l'a parfois trouvé inquiétant, non qu'il n'est jamais été le menaçant mais qu'elle n'a jamais vraiment réussi à le percer à jour, à accéder à son intimité. Elle ne le sentait pas menaçant mais parfois absent du fait d'une trop grande sérénité comme s'il n'y avait rien derrière les sourires qu'il lui faisait. 

A mon sens, et elle partage mon avis parce qu'elle le ressent vraiment, son ex était un sociopathe assez classique. Élevé dans un milieu sans père, dans un milieu très modeste, il s'était juste promis lui aussi de faire sa place au soleil, quitte à utiliser tous les moyens disponibles pour y parvenir. D'ailleurs, il existe un film dont le titre est "Une place au soleil" dans lequel le héros interprété par Montgomery Clift n'hésite pas à noyer sa femme pour tenter de devenir l'amant de la riche Élisabeth Taylor qui lui ouvre les portes d'un monde fabuleux.


Et dans l'histoire qui me préoccupe, justement comme dans les deux films suscités, ma patiente n'aura été qu'un moyen, un barreau situé sur une échelle. Une fois devenue inutile, ce type est juste parti sans donner de raisons parce qu'il n'avait rien de sérieux à lui reprocher bien entendu mais surtout parce que ces raisons étaient de toute manière inavouables. On n'imaginait pas ce type expliquer à ma patiente qu'elle et lui c'était bien mais que maintenant que grâce à son soutient, il avait pu accéder à d'autres sphères encore plus intéressantes que celle dans laquelle elle évoluait, il la quittait.

Je suis donc totalement d'accord avec les traits diagnostics donnés dans l'article du Nouvel Observateur même si je réfute le terme de pervers narcissiques. L'époque est juste féconde à enfanter des sociopathes bien ordinaires, des gens qui pour une gloire éphémère, de l'argent, une voiture ou une situation que les autres envieront, sont prêts à tout. Quand "c'est trop beau pour être vrai", soyez toujours en alerte.

Ce n'est pas être un pervers narcissique mais juste un sociopathe, une espèce dangereuse car intelligente et sachant fort bien s'intégrer. Les grandes entreprises et les partis politiques en sont remplis.

30 août, 2014

Ouuuh attention, ils sont parmi nous !


Un de mes chers patients, pour qui j'ai le plus grand respect et à qui j'explique depuis des mois qu'il a été victime d'une hystérique tout ce qu'il y a de plus classique, s'entête à me dire que la demoiselle était en fait une ... perverse narcissique ! Et gna gna gna ! Putain font chier ces pervers narcissiques, au moins autant que les crétins qui se mettent des seaux d'eau sur la tête !

Ça y est le grand mot est lâché ! Concept flou qui amalgame le narcissisme et la personnalité antisociale, la notion de "pervers narcissique" est avant tout à mon sens un superbe coup médiatique. Ainsi voici deux ou trois ans ou quatre peut-être, j'avais été contacté par trois éditeurs. A chaque fois, parce qu'ils aimaient bien ma manière d'écrire, des directeurs de collection m'avaient demandé de leur proposer un sujet de livre. Si j'avais proposé un livre sur les pervers narcissiques, là c'était bingo. Vous auriez vu ma tronche sur des plateaux de télévisions où d'un ton docte, j'aurais expliqué qu'ils étaient vraiment partout et que nul n'était à l'abri ! J'aurais participé à la paranoïa ambiante en me faisant un peu de blé au passage.

Comme je suis un fainéant qui ne fais aucun plan, je n'avais évidemment rien de précis à proposer qui puisse dépasser les dix pages. Je trouvais juste amusant d'aller voir des éditeurs parce que c'était flatteur. Tous m'ont pris pour un gros con qui leur a fait perdre leur temps. A ma décharge, j'aurais pu leur reprocher de ne pas être de très bon profileurs parce qu'il faut être un peu idiot pour estimer qu'un type qui tient un blog comme le mien pourrait être capable un jour d'écrire un vrai livre. Autant demander à Socrate d'écrire quelque chose ! Mais personne ne se risquerait de nos jours à traiter Socrate de glandeur !

Mais bon, beaucoup d'auteurs, dont la plupart sont parés de diplômes bien plus prestigieux que les miens se sont rués sur la poule aux œufs d'or et ont pondu, c'est le cas de le dire, leur livre à eux sur les pervers narcissiques. C'est ainsi que mon cher patient, pour qui je le répète, j'ai la plus grande estime, n'a pu s'empêcher de me filer le lien suivant l'air de me dire : "tu vois que j'avais raison, c'était une perverse narcissique !". 

Ce à quoi je répondrai évidemment que non, qu'il se trompe, que son ex n'était qu'une vulgaire hystérique bien banale et bien nocive et rien de plus et que de la même manière que je n'irai pas lui apprendre son métier, il ne m'apprendra jamais le mien. Ouaip, je suis parfois assez cash parce que c'est mon boulot de tenir la relation thérapeutique sans me laisser malmener par des gens qui pensent savoir mieux que moi.

Alors ce fameux lien sur lequel j'imagine que vous allez vous ruer parle de ces fameux pervers narcissiques en termes tellement vagues que la moitié des femmes et les deux tiers des hommes pourraient en faire partie. Et puis, on n'oublie pas, parce que c'est du journalisme de sensation  à la petite semaine de faire appel à l'émotionnel en commençant le truc par l'histoire bien glauque d'une pauvre nana qui a fini par se pendre parce qu'elle a été victime ... d'un pervers narcissique ! Bien sur, on ne connait pas les tenants et les aboutissants de l'histoire, on n'en saura rien, on a juste l'image du cadavre de la jeune femme tournant lentement, la corde au cou et la langue violacée hors de la bouche.  Les plus créatifs d'entre vous peuvent même imaginer qu'on a retrouvé le cadavre une semaine après en plein mois d'aout avec des mouches et des asticots. C'est gore mais c'est visuel.


Alors le journaliste pas en reste, y va du name dropping et appuie ses propos en citant les "travaux" mais surtout les "dires" de tout un tas de psychiatres dont certains sont même criminologues comme à la télévision dans la série Esprits criminels. Alors là, si c'est comme à la télé, on n'a plus qu'à les croire sur parole, débrancher nos cerveaux et notre sens critique et avaler la bouillie ! Et puis  de toute manière, à la clé, il y a des livres à acheter ! Et il y a même des sites spécialisés à consulter qui le cas échéant, une fois que vous aurez fait leurs test jamais validés par la moindre faculté, et que vous aurez enfin la preuve que vous avez été vous aussi victime d'un pervers narcissique, vous proposeront eux aussi leurs livres.

Bon, moi j'avoue que cela ne me convainc pas. Ces trucs me rappelle toutes ces histoires vues et revues dans des documentaires dans lesquels des couples un peu concons se font escroquer par des entrepreneurs véreux. Ensuite les caméras nous montrent Monsieur et Madame Michu qui ont perdu toutes leurs économies face à une pauvre barraque en parpaings dont les tuiles n'ont jamais été mises. Bien sur, c'est triste et ça fait pleurer dans les chaumières. Je ne nie pas que de tels drames existent parfois. En revanche, je sais que ces documentaires surfent toujours sur l'émotionnel et oublient toujours de présenter la totalité de l'affaire. De plus, ce genre d'affaires se règlent généralement mieux en déposant plainte qu'en venant chouiner à la télévision.

Ben pour les pervers narcissiques, c'est pareil. Je ne nie pas qu'il puisse exister des cas réels, des histoires dramatiques dans lesquelles des femmes ou des hommes ont pu être victimes de grands pervers. Ça arrive je vous raconterai même une de ces histoires, un truc vraiment super chaud. Mais d'une part, il s'agit toujours de narcissiques, d'hystriques ou de sociopathes parce que la psychopathologie est déjà parfaitement organisée sans que l'on ait besoin de rajouter cette catégorie fumeuse. 

Le sociopathe est évidemment amoral par essence puisque c'est la pierre d’achoppement de ce type de personnalité. Mais les narcissiques, forts avec les faibles et faibles avec les forts le sont tout autant, de même que les hystériques qui sont d'une perversité infinie. Nul besoin de se créer de nouveaux diables puisque ces trois là en sont déjà de parfaits et redoutables exemplaires.

Maintenant, il faut cesser de dire que cela arrive à tout le monde. C'est faux ! Les sociopathes, les narcissiques comme les hystériques sont de redoutables prédateurs ! Ils ne s'attaquent généralement qu'aux sujets les plus faibles du troupeau. Le problème est donc parfaitement partagé entre prédateurs et proie. Cessez de croire au père Noël, croyez les faits et non les mots. Et vous verrez que normalement, sauf situations compliquées commes les rapports de travail que l'on ne choisit pas, vous devriez passer une vie heureuse sans jamais être victime d'un de ces fameux "pervers narcissiques".

A titre d'exemple, voici peut être dix ans, je recevais une patiente, une très très jolie brune. Je me souviens qu'elle me regardait toujours avec un demi-sourire tout en minaudant. Face à elle j'avais l'impression d'être Brad Pitt (celui de l'époque) or je savais que je n'étais pas Brad Pitt mais que j'avais juste en face de moi une hystéro grand modèle qui essayait de me la faire à l'envers en pratiquant ce qu'elle savait le mieux faire : séduire ! Si vous saviez ce qu'elle a pu me raconter comme turpitudes, vous iriez vous même chercher des fagots pour la brûler comme sorcière. Et pourtant, ce n'était pas une perverse narcissique, tout juste une hystérique barrée et amorale mais rien d'autre. D'ailleurs je n'aurai jamais la preuve que ce qu'elle m'a raconté soit vrai ! Paumée comme elle l'était, il est possible qu'elle soit venue faire son show et jouer la perverse. Les hystériques font de bonnes comédiennes.

Alors pour tous ceux que le sujet intéresse, voici un superbe livre fort bienr édigé qui vous en apprendra plein sur les personnalités pathologiques :

http://www.amazon.fr/personnalit%C3%A9s-pathologiques-Quentin-Debray-ebook/dp/B006JCNTOW/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1409370045&sr=8-1&keywords=les+personnalit%C3%A9s+pathologiques+debray


Et pour toutes celles et ceux qui ont envie de se faire peur en croyant au grand méchant loup, voici un superbe teste que je viens de créer parce qu'il n'y a pas de raisons que je n'aie pas moi aussi mon test foireux :

Test pour es femmes : votre conjoint est-il un dangereux pervers narcissique !

Il n'a pas remarqué votre dernière coiffure
Il vous a déjà dit "oh tu m'emmerdes Josiane, arrête steuplait"
Il ne vous a pas dit je t'aime depuis deux jours
Il a des copains avec qui il rigole et regarde du foot à la télévision
Il vous a déjà dit qu'il trouvait que Hannibal Lecter était vraiment cool.

Test pour les hommes : votre conjointe est-elle une dangereuse perverse narcissique !
Elle a mis un rouge à lèvre très vif aujourd'hui !
Elle ne vous a pas flatté sur vos capacités sexuelles !
Elle vous a reproché de passer trop de temps sur votre ordinateur !
Elle n'aime pas trop votre copain Zozo qui est un peu lourd et crade mais sympa tout de même !
Elle trouve qu'Elisabeth Bathory savait vraiment vivre !

Résultats :
Si vous avez au moins une réponse "oui" à l'une des cinq propositions précédentes, attention vous vivez avec un(e) dangereux(se) pervers(e) narcissique. Ceci étant d'autant plus possible que vous avez répondu "oui" à la cinquième proposition ! Achetez tout plein de livres sur le sujet, montez votre dossier, souvenez vous de toutes les petites avanies qu'il(elle) vous a fait subir puis dénoncez le (la) au procureur de la république.

28 août, 2014

IBC


Bon, comme tout le monde, j'en ai entendu parlé tout l'été donc il fallait bien que je me fende d'un article. L'Ice Bucket Challenge, que tout le monde connait maintenant, est une activité impliquant le geste de se renverser ou de se faire renverser un seau d’eau glacée sur la tête, avant d’inviter un ou d’autres amis à reproduire ce geste. Le but de cette activité est de sensibiliser le public à la lutte contre la clérose latérale amyotrophique (SLA) encore appelée « maladie de Charcot ».

La campagne devient virale sur les réseaux sociaux durant l'été 2014, notamment suite à la participation de Mark Zuckerberg, qui a ensuite convié d'autres célébrités comme Bill Gates, Oprah Winfrey, etc. Toutefois, le président Obama, défié par Ethel Kennedy, dans un sursaut de dignité que n'a pas eu son prédécesseur George W. Bush qui a préféré se faire balancer un seau d'eau glacée sur la tête, a préféré s'acquitter d'un dédit de 100 $. A la fin du mois d'août 2014, l'association ALS expliquait que cette campagne lui avait permis de bénéficier d'une manne de 70 millions de $ contre seulement 2,5 millions de $ à la même époque l'année précédente.

Bien sur, tous ceux qui sont habitués à me lire savent d'avance tout le mépris que j'ai pour de telles initiatives. J'avais déjà évoqué cela quand j'avais parlé de cette amie, qui en compagnie d'amies un peu simplettes, publiait deux numéros sur Facebook. C'est ensuite qu'elle m'avait expliqué que le premier correspondait à leur pointure tandis que le second était le temps qu'elles mettaient à se coiffer le matin. L'enjeu, car il y en avait un dissimulé sous ces pitreries campagnardes, était de soutenir les femmes victimes d'un cancer du sein. J'avais trouvé cela odieux et irrespectueux. Et ce d'autant plus que cela venait d'adultes dont on aurait pu attendre un comportement plus mature.

A la vérité, ces comportements m'affligent. Et l'association ALS aurait bien pu percevoir 500 millions de $ que je n'en penserai pas moins. J'ai l'impression que le recul de la civilisation occidentale est tel qu'on assiste maintenant aux ébats d'une bande de jeunes gorets se vautrant de manière permanente dans l'instantanéité des plaisirs faciles. Auriez-vous dérangé un de ces jeunes porcs pour l'entretenir de la souffrance d'autrui, telle que peut provoquer la SLA, que vous n'auriez eu pour réponse qu'un sourire narquois ou une expression ébahie. Parce que pour le jeune goret 2.0 l'altruisme qui consiste à se soucier d'autrui tout comme la conscience du temps qui passe et qui fait que de jeune goret il deviendra un vieux porc arthritique, sont des notions qui sont loin de son spectre de pensée. Le goret consomme et s'amuse.

C'est d'ailleurs pour cela que le Ice Bucket Challenge a réussi. Tout comme on ne parvient à  mobiliser l'attention des très jeunes enfants que sur de très courts instant en mobilisant leur faibles conscience qu'à coups de couleurs vives et de bruits, on ne mobilise la conscience sociale quasi-inexistante de ces jeunes gorets qu'en leur proposant des choses rigolotes. De la même manière que Yoplait incite la toute jeune clientèle à consommer des laitages en créant des yaourts au nom rigolo, présenté dans un emballage criard, les Petits Filous,  il faut aujourd'hui pour que le jeune goret soit concerné par autre chose que son propre nombril, lui présenter la réalité, qu'il s'agisse de ses devoirs comme des pires atrocités, sous des abords rigolos.

Je ne ferai pas ici le panégyrique de Philippe Muray qui en élaborant son concept d'homo festivus a parfaitement circonscrit le phénomène. Il s'agit effectivement d'une régression anthropologique colossale à laquelle on assiste depuis trente ans. J'ai encore le souvenir de Daniel Balavoine venu chouiner au nom des jeunes face à ce vieux renard de Mitterrand avant de mourir six ans plus tard dans un accident d'hélicoptère durant un Paris-Dakar, auquel il participait forcément pour une raison humanitaire. Peut-être était-ce le début de la fin ? Peut-être était-ce un de ces moments durant lesquels tout a basculé, quand on a commencé à mélanger le sérieux et le futile, l'essentiel et l'accessoire, le grave et le bénin, le sacré et le profane, l'intime et le public.

J'aurais beau jeu de continuer à discourir sur cet Ice Bucket Challenge en jouant le vieux réac', l'empêcher de s'amuser en rond, le vieil emmerdeur qui ne comprend rien à la jeunesse. Aussi m'arrêterai-je là. Je conspue simplement ces initiatives en lesquelles je vois une régression infantile très grave et un recul civilisationnel. Est-ce que la chose est voulue ? Est-ce que dans le secret d'assemblées discrètes quelques complotistes malveillants ont décidé de transformer notre monde en un paradis pour gorets idiots dans lequel les individus lucides n'auront d'autre espoir que se lamenter ? Je n'en sais strictement rien.

Je sais que je suis heureux de n'avoir jamais reçu dans l'intimité de mon cabinet un de ces crétins. D'ailleurs pourquoi en aurais je reçu un ? Parce que c'est bien connu qu'aucun de ces jeunes gorets ne peut souffrir tant qu'il se maintient dans son monde illusoire coloré et bruyant. Pour souffrir, il faut juste se prendre dans la face un retour du monde réel, celui justement dans lequel la SLA n'est pas une occasion de se renverser un seau d'eau glacée sur la tête mais une pathologie terrible qui permet juste de s'interroger sur la finitude de la vie humaine. 

Prévert dans une citation restée célèbre disait qu'il avait reconnu le bonheur dans le bruit qu'il a fait en partant. Je laisse donc ces jeunes gorets à leur bonheur  fragile de nourrisson repus. Pourvu que cela dure, mais je sais que cela ne dure jamais. Un jour ou l'autre, on se réveille, un peu comme si on recevait un seau glacée sur la tête. D'ailleurs j'ai récemment appris qu'un des pionniers de cette lamentable initiative est mort noyé.

C'est peut-être la morale de l'histoire ?



« lorsque les hommes ne croient plus en Dieu, ils ne croient pas en rien, ils se mettent à croire en n’importe quoi. »

27 août, 2014

Public contre privé !


Juste avant la reprise, j'avais quelques jours. Alors, ni une ni deux, je prends le cabriolet et me voici en Touraine pour me balader et faire ou refaire quelques visites. Ceci dit je joins l'utile à l'agréable car ayant plusieurs patients tourangeaux, je peux ainsi me rendre compte du biotope dans lequel ils ont évolué durant leurs jeunes années. Cela me permet de créer une meilleure alliance thérapeutique et de les comprendre lorsqu’ils me parlent de rillons et de poires tapées. Et puis comme je sais où passent la Loire, le Cher et la Vienne, je ne confonds pas les villes ni les terroirs.

Comme tout ceux qui visitent cette aimable région, j'ai visité quelques châteaux et autres monuments historiques. Il faut dire que cela ne manque pas. Sur chaque portion de départementale, un panneau vous fait de l’œil, vous invitant à visiter telle abbaye, tel château ou que sais-je encore, une cave peut-être ? Parce que si le tourangeau se gave de rillons et de poire tapée, il picole aussi.

Mais trêve de digressions et venons-en à ce que j'ai pu noter. Oui, car j'ai beau me baguenauder tel le touriste moyen, je suis toujours aussi sagace, ne manquant pas de noter certaines choses au cours de mes pérégrinations. J'ai ainsi pu noter que tout ce que je visitais était soit la propriété de l'état ou d'une collectivité publique, soit privé. Oui, comme je vous le dis, il reste des châteaux, vous savez ces symboles de l'ancien régime, de l’oppression des puissants sur le petit peuple, aux mains de particuliers ! C'est à peine croyable !

Alors j'ai noté que les châteaux appartenant à des particuliers se montraient particulièrement créatifs pour attirer le chaland, l'y retenir et lui faire dépenser son argent. Il faut dire que même s'il existe des aides, l'entretien de ces bâtisses et de leurs parcs n'est pas vraiment donné. Alors outre les bâtiments et les parcs proprement dits, les propriétaires rivalisent d'ingéniosité pour créer d'autres attractions susceptibles d'intéresser les visiteurs.

Les puristes trouveront sans doute que les balades en barques sur le Cher à Chenonceau comme le repas de la meute de Cheverny sont des activités de beaufs. Peut-être mais cela marche. D'autres appelleront cela simplement du marketing, de l’ingéniosité, de la débrouillardise, bref tout mot qui conviendrait pour nommer l'ensemble des stratégies que doit déployer tout bon commerçant voulant faire prospérer son entreprise.

De l'autre côté, il y a l'état et ses collectivités territoriales. Là, nul besoin de trouver des stratégies ingénieuses pour perdurer puisqu la manne se trouve aisément dans la poche du contribuable au travers de l'impôt. Peu importe que l'offre corresponde ou non  aux attentes des visiteurs puisque de toute manière, y aurait-il un joli zéro dans la colonne des recettes que cela ne changerait pas grand chose. Seul compte le désir du prince, que celui-ci soit président de la république, d'un conseil régional ou général ou encore simple maire. L'édile veut et le bon peuple finance.

Et donc lorsque le prince finance un projet, il est forcément accompagné de sa cour. Ladite cour se compose essentiellement des clercs, ceux qui ont fait des études et savent et ont pour mission de nous faire partager tant bien que mal toute leur sapience. Et dans les édifices publics, le savoir ne manque pas. D'ailleurs, se voulant modernes, ils n'y vont pas de main morte ! Là où une simple affichette plaquée au mur et protégée par du plexiglas suffirait, il fallait au contraire donner dans la technologie, sans laquelle vous comprendrez bien que le savoir n'aurait pas la même saveur. 

Alors c'est une débauche d'écrans tactiles ou non, de mise en scène curieuses présentant des débats tout juste bons pour les meilleurs élèves de l'école du Louvre, ceux qui rêvent de devenir conservateurs, à grands renforts de meubles et d'équipements qui se veulent interactifs qui nous attendent dans ces palais publics. Tant et si bien que dans certaines salles, ce grand déballage culturel est d'une telle importance que l'on ne sait plus où l'on se trouve et que l'endroit pourrait bien être la salle polyvalente de Tartempion que cela ne changerait rien. Certains poussent le vice jusqu'à occulter les fenêtres pour être bien surs que les visiteurs seront vissés devant leurs écrans. 

Globalement, j'ai constaté que le visiteur semble s'en fout. Après quelques secondes durant lesquelles, mu par sa culpabilité de passer à côté de la Kultür, il tente vainement de mobilier son attention, il cesse de regarder les écrans et passe dans une autre salle. De toute manière, le guide Vert Michelin offre suffisamment de renseignements pour se passer de ce que l'on nous propose.

Et lorsque ce ne sont pas les cultureux qui essayent de vous assassiner de leur vain galimatias, c'est au tour des artistes contemporains d'en mettre une couche. Pas un édifice public digne de ce nom qui n'ait sa cohorte d'artistes invités et subventionnés venus enlaidir des architectures parfaites de leurs œuvres. C'est ainsi que les dortoirs de l'Abbaye de Fontevraud dans lesquels on pourrait admirer la splendide charpente sont occupés par des tubes néons rouges suspendus au dessus de barques remploies de cailloux. C'est ce qu'on appelle une installation. 

En revanche, le pauvre Richard-Coeur-de-Lion et sa mère Aliénor voient leurs gisants présentés avec le talent d'un étalagiste de chez LIDL, posés par terre comme des gravats. On croirait presque deux malles abandonnées là dans la salle des pas perdus d'une vaste gare grisâtre.

Chaumont n'est pas en reste puisqu'une sorte d'illuminé a décidé avec l'accord du maitre des lieux, la région Centre, de bloquer une immense salle souterraine en y installant des poutres d'où pendent des cloches. De toute manière, il semblerait que où que l'on aille, si c'est public, c'est forcément corrompu par un de ces "artistes". La palme revenant sans doute à Chaumont dans les écuries duquel, un quidam que l'on décrit nanti d'un doctorat et enseignant aux Beaux-Arts, expose un tas de charbon de bois surmonté d'une sorte de pelote de fil de fer. Mais juste à côté dans un ancien manège couvert, c'est l'un de ses concurrents qui ne voulant pas être en reste, expose dans le noir complet une œuvre que j'ai du être le seul à vouloir contempler par curiosité. Certes, il parait que l'oeuvre d'art est dans l'oeil de celui qui la contemple...

Et bien sur l'ONF n'est pas en reste dans cette compétition de vanité et de fatuité. C'est ainsi qu'à Azay-le-Rideau, le parc est à demi fermé et dans un état épouvantable parce qu'il est en train d'être remis à neuf à grands renforts de subventions comme l'explique le panneau d'informations. Et nos braves élagueurs n’ayant sans doute aucune envie d'être à la traine de leurs amis de l'école du Louvre ou des Beaux-arts, et d'être pris pour des cons tout juste bon à faire ronronner leur Stihl, y sont allés eux aussi de leurs jolies petites formules. C'est ainsi que l'on apprend sur un splendide panonceau affiché dès l'entrée du château que "l'on n'abat plus les arbres morts" mais que l'on "élimine les sujets sénescents".

Diantre, si même les bucherons se mettent à faire de grandes phrases où va-t-on ? Je préfèrerai toujours le privé.

O tempora, o mores !
Senatus haec intellegit, consul videt, hic tamen vivit ?
Cicéron, Les Catilinaires

11 août, 2014

Mon copain Manu (horrible attentat) !


Les hommes de pouvoir ont un côté fascinant non ? Songez au fait que tous ceux que vous verrez au sommet ont un jour commencé comme vous et moi. Maintenant, demandez vous pourquoi eux et pas moi ? Pour ma part, c'est une question qui me passionne et sans doute que j'écrirais un jour un article sur ce sujet. J'ai toujours pu noter, indépendamment de leurs secteurs d'activité, que les hommes qui réussissaient avaient quelques points communs.

Mais trêve de psychologie ! On note aussi que les hommes de pouvoir attisent souvent la haine de leurs opposants. Ce n'est pas de tout repos d'avoir le pouvoir et il faut une bonne dose de paranoïa pour pouvoir survivre et finir de sa belle mort comme Staline ou encore Mao.

Un homme de pouvoir, un vrai, aura forcément dans sa vie à s'opposer à des détracteurs parfois très mal intentionnés. Il y a ceux qui auront à faire face à des déboires judiciaires issus de cabales menées contre eux mais d'autres courront aussi le risque d'être assassinés.

C'est ainsi que le 22 août 1962, aux environs de 19 h30, deux Citroën DS 19 banalisées et escortées de deux motards quittent le l’Élysée pour emmener le Général et son épouse à la base aérienne de Villacoublay où ils doivent prendre un hélicoptère pour leur résidence de Colombey-les-Deux-Églises.  À bord du second véhicule  se trouvent de Gaulle et son épouse. Le colonel Alain de Boissieu, gendre et aide de camp du président, est quant à lui assis à côté du chauffeur, un gendarme.

Alors qu'il arrive, à 20 h 08 à hauteur du carrefour des rues Charles Debry, RN 306 et rue des Bois, à environ trois cents mètres avant le rond-point du Petit Clamart, le commando Bastien-Thiry est dissimulé en guet-apens. Le commando est constitué de douze hommes équipés d'armes automatiques, d'explosifs et de quatre véhicules. 

Bastien-Thiry est dissimulé avant le croisement, dans une Simca 1000, d'où il donne le signal en agitant un journal. Cinq hommes sont dans une Renault Estafette jaune équipés de fusils-mitrailleurs tandis qu'un autre groupe est à bord d'une ID19 lourdement armés. Une camionnette Peugeot 403 avec d'autres hommes lourdement armés à bord se tient en réserve.
Le commando ouvre le feu sur la DS présidentielle, les pneus avant du véhicule sont crevés tandis qu'une rafale de MAT 49 fait exploser la glace arrière. Boissieu crie aux de Gaulle de se baisser, ce qui leur évite d'être touchés et ordonne au chauffeur d'accélérer. Malgré l'état de la voiture et le sol mouillé, il parvient à s'enfuir àà vive allure ce qui conférera à la Citroën DS un prestige inégalé.

Le chef de l'État et son épouse survivent à la tentative d'assassinat et bientôt le commando sera arrêté et déféré devant un tribunal militaire. Jean-Marie Bastien-Thiry sera fusillé le 11 mars 1963 u fort d'Ivry. Avouez que quand on lit cela, on a les images sous les yeux, c'est un vrai film !

Mais cette folie ne s'arrête jamais et les hommes de pouvoir seront toujours la proie de malades. C'est ainsi que le matin, 7 aout 2014, c'est le branle-bas de combat rue des Saussaies où est situé le ministère de l'intérieur. Un colis suspect vient d'être détecté ! Selon le Point, il s'agit d'une fiole recouvert d'aluminium contenant un liquide inconnu. Il est adressé à Manuel Valls l'ancien occupant des lieux devenu depuis premier ministre.

Tout s'arrête alors et la police scientifique intervient immédiatement. Un officier de police aussi courageux que l'avait été Alain de Boissieu sauvant la vie du général s'approche alors de la fiole suspecte. Revêtu d'une combinaison spéciale et portant des gants, il la prend entre ses mains l'ouvre. Tout le monde retient son souffle, la tension est à son comble. Le préfet de Police est sur place tandis qu'à l’Élysée, le chef d'état major attend les ordres.

Le spécialiste prudent et professionnel examine alors le contenu de la fiole d'un œil expert. Avec une infinie prudence, car il pourrait s'agir d'une arme bactériologique mortelle spécialement mise au point pour attenter aux jours de Manuel Valls, le policier tourne doucement la fiole. N'écoutant que son courage, il la remue doucement avant de s'exprimer : "c'est marrant, on dirait de la merde". Courageux comme pas un, il ôte alors son masque protecteur et déclare : "ça sent bien la merde".

Après analyses on s'aperçoit que la fiole contient effectivement des matières fécales destinées à Manuel Valls ! Le courageux policiers vient de sauver Manuel Valls d'un attentat terrible qui aurait pu lui brouiller son sens olfactif et tacher son costume. Le parquet de Paris est immédiatement saisi pour avis. Encore une fois, mettez un bon réalisateur et la scène devient mythique !

Le Général De Gaulle et Manuel Valls, deux hommes de pouvoir, deux hommes que des fous auront tenté d'éliminer, deux destins plus grands que la vie.


08 août, 2014

Journée internationale du chat !




J'ai appris par le plus grand hasard que le huit aout était la journée internationale du chat. Bon, c'est vrai que je trouve l'initiative complètement conne. La journée internationale du chat, à quoi ça sert ? Le chat n'est pas une espèce en danger ! Tellement pas en voie d’extinction d'ailleurs que ça se castre à tout va, sinon on vivrait dans un monde rempli de chats. Ça grouillerait comme la vermine !


Bon, avouons-le, je déteste les chats. Je trouve ça moche et idiot. Là où certains voient dans l'indépendance du chat une sorte de comportement aristocratique, je n'y vois que l'évidente bêtise qui interdit à cet animal de créer un lien social au contraire du canidé qui est capable de fonctionner en meute. D'ailleurs tandis que les félins ratent souvent leurs proies, c'est un canidé le Lycaon qui a le taux de réussite le plus élevé à la chasse.

Pour moi le chat reste l'animal préféré des vieilles filles ou des misanthropes. Si l'on appartient pas à ces deux catégories, on prend comme animal domestique, quelque chose de plus intéressant, un chien par exemple. Quant à ceux qui argueraient que le chien pue et qu'il bave, c'est peut-être vrai mais au moins il ne chie pas dans une caisse dans la cuisine. 

Pour moi, il y a donc les chiens intelligents vifs et fidèles dans lesquels je me reconnais et les chats, idiots, fourbes et cruels. C'est ainsi et même si certains ne le pensent pas, je m'en fous, c'est comme ça. Quand Laurence avait décidé d'adopter un chat, j'avais tout fait pour l'en dissuader mais elle m'avait expliqué que même si elle préférait un chien, le chat avait l'avantage de pouvoir rester seul deux jours et que c'était pratique. Oui, un peu comme des poissons rouges mais avec des poils, des griffes qui niquent tout et une caisse à caca dans la cuisine. Pourquoi pas si on aime avoir son canapé ruiné et des étrons dans la pièce où l'on cuisine !

Plus jeunes, Olivier, mon ami riche qui a réussi et roule en Ferrari, et moi on adorait raconter aux amateurs de chats que parfois on en chopait un, qu'on l'arrosait de white spirit et qu'on lui mettait le feu avant de l'allumer à la 22 long rifle. Que c'était une occupation sympa les soirs où on se faisait chier et qu'on avait trop picolé de binouzes. Et comme les gens sont souvent cons, ils le croyaient et nous disaient que c'était monstrueux de faire ça. 

Nous on répondait que non, que c'était drôle, et que de toute manière des chats y'en avait plein ! On nous regardait alors d'un drôle d'air comme deux benêts de la campagne, tout juste sortis de Shérif fais moi peur, une série débile de quand on était jeunes mettant en scène une bande de péquenots sudistes. La série était vraiment conne mais la bagnole, General Lee, une Dodge Charger était vraiment superbe. Et puis y'avait aussi Daisy Duke, la soeur des des deux héros, deux crétins bovins, qui était bonasse vu qu'elle se baladait toujours en talons aiguille et micro-short quoiqu'elle fasse. Et nous, vu qu'on était soumis à nos hormones, on trouvait ça bien cool les gros V8 et les petits culs.

De toute manière, Oliver et moi, en s'en branlait de passer pour des psychopathes vu qu'on n'aimait ni les chats ni ceux qui les aimaient et que ça nous plaisait de les laisser imaginer la scène du chat brulant dans la nuit. On était jeunes et c'était le bon temps.On était des outlaws comme les frères Duke de la série !

D'ailleurs à cette époque, on n'aurait fréquenté pour rien au monde quelqu'un aimant les chats. Enfin si y'avait notre pote Lionou qui avait un greffier vu que dans sa famille ils adoraient les félins. Nous on se foutait de sa gueule. Lionou il était sympa et il l'est encore mais il est un peu mou, même que je le surnomme le galet, vous savez comme un truc lisse et sans aspérités, alors cela ne m'étonne pas qu'il ait aimé les chats.

De toute manière les chats de Lionou avaient une espérance de vie limitée vu qu'il vivait près d'une route assez fréquentée. Passé deux trois ans, le greffier finissait toujours sous les roues d'une bagnole puis dans un sac Intermarché puis dans la poubelle. Le sac Intermarché c'était pas du à un rituel mais simplement du au fait que c'était la grande surface la plus proche de chez Lionou. Lui, il était un peu triste mais pas Olivier et moi vu qu'on ne pouvait pas comprendre qu'on puisse s'attacher à un chat ! Pourquoi pas à une taupe pendant qu'on y est, dans le genre animal naze !

Ceci dit, il a persisté, il a toujours un chat. Avant c'était une grosse femelle qu'on ne voyait jamais. En revanche, vu qu'il avait foutu sa caisse à caca dans les gogues, quand on était invité et qu'on devait aller faire la grosse commission, on s'asseyait sur le trône et on avait une vue directe sur la litière du greffier. En regardant les petits étrons parsemant les copeaux, on savait qu'on était dans la bonne pièce. Je crois qu'un jour j'ai du pisser exprès dans la caisse du chat.

Olivier et moi on s'était dit qu'un jour ou l'autre, on démoulerait un cake dedans mais on ne l'a jamais fait. Pourtant on aurait aimé imaginer la tronche de notre pote découvrant une de nos bouses malodorantes dans la caisse du chat. Mais bon, on sait se tenir et puis on est les parrains des gamins, lui du fils et moi de la fille. Alors, on a des responsabilités, un rôle à tenir. On peut pas trop chier dans la caisse du chat quand on prend ses responsabilités de parrain au sérieux ! Mais bon, l'idée a germé je dois l'avouer. On a des plaisirs simples nous. On n'est pas passé par les classes préparatoires.

Alors certes pour en revenir aux chats, Baudelaire leur a consacré un poème. Mais quand on connait la vie de branleur de Baudelaire cela ne nous étonne pas. Ce mec aura perdu son temps à claquer le blé des autres pour financer du temps libre à écrire ses conneries. Et puis de toute manière c'est plus facile de rédiger un poème sur un machin poilu qui passe sa vie à se lécher le trou du cul sur un radiateur parce que ça ne bouge pas ! Au contraire du chien  actif qui n'est pas un animal de poète, c'est l'animal du mec actif, du winner qui a compris que la vie c'était dur et qu'il faudrait se battre. Un mec actif il a autre chose à foutre que d'aligner des alexandrins ou de faire des pantoums, il a des empires à construire et des usines à édifier !

Par exemple pendant longtemps Le Gringeot a eu un malinois. Vous savez le clébard plus petit que le berger allemand mais deux fois plus méchant, le clebs préféré des vigiles et des casseurs avec le rottweiler. Avec sa tronche de tueur tchétchène et son clébard plein de crocs, personne ne la ramenait dans le quartier ! Vous ne lui auriez pas taxé son autoradio dans sa Simca 1307, une excellente voiture qu'il a gardé vingt-deux ans (876 000 kms). D'ailleurs il était triste quand il a du s'en séparer de ce malinois.  La Simca, je pense qu'il a encore sous une bâche dans son jardin. Le Gringeot c'est pas le mec à planter des fleurs. C'est cher et ça sert à rien les fleurs. Un potager c'est mieux.

Par contre, Le Gringeot, il a aussi eu un chat. Et si mes souvenirs sont bons, il s'en branlait un peu quand il est canné le greffier. Peut-être même qu'il a filé le cadavre a bouffer au malinois. Y'a pas de petites économies. Un mec qui achète des Paturettes parce qu'il trouve que les Danettes sont trop chères ne va pas se priver d'un apport protéinique gratos qui lui économisera un sac de croquettes ! Le Gringeot il est né sous le signe du taureau, il va pas perdre son temps à enterrer le chat alors que y'a Rex qui salive déjà dans son chenil quand il voit son maitre qui tient le cadavre par la queue.

Le chat mort c'était du caviar pour Rex, ça l'a changé des croquettes premier prix de chez Leader Price qui le faisait chier tout dur et lui irritait le rectum ! En deux coups de mâchoires, Minou était dans l'estomac de Rex et le lendemain rejeté sous forme d'étron dans le chenil. J'imagine que Le Gringeot a du prendre sa pelle et ramasser la mouscaille de Rex pour fumer ses salades. Dès fois Le Gringeot il nous ramène des salades de son jardin mais on n'ose pas trop les bouffer quand on sait comment il les fait pousser. Alors on les file aux poules.

Et puis les années ont passé et maintenant j'ai vachement évolué et je peux fréquenter des gens qui aiment les chats même si je trouve un peu suspect de les préférer à un chien. Parce que je le répète, un chien c'est mieux, tous les gens intelligents vous le diront. Mais bon, je me suis bonifié avec l'âge, je suis devenu tolérant et sympa. Je ne critique plus les chats. D'ailleurs je serre la main ou je fais même la bise à des gens qui ont des chats, c'est vous dire.

La dernière fois, dans une animalerie, je me suis même surpris à en trouver un joli ! Bon, cela ne veut pas dire que j'en prendrais un. De toute manière, mon épouse est allergique aux poils de chats et quant à moi, il est hors de question que j'aie une caisse pleine de merde et de pissat dans ma cuisine.

En revanche j'aime bien les guépards parce que justement c'est un animal qui tient autant des félidés que des canidés. Ça n'a pas de griffes rétractiles et c'est balancé comme un pur lévrier. Donc c'est mieux qu'un félin.

Alors que rajouter d'autre ? Rien je crois. Et pourquoi ce texte ? Sans doute pour participer à ma manière à la journée internationale du chat. 

Certes j'aurais pu faire mieux mais je suis convalescent, ne l'oubliez pas !


Mon directeur de banque est un trou du cul ! (2)


Comme j'ai été sage que je ne me suis pas énervé ni mis en colère mais que j'ai su différer la satisfaction, le petit Jésus qui est capricorne comme moi m'a aidé. Il faut dire qu'après ce rendez-vous, je me suis posé en terrasse au café à côté de ma banque. C'est un peu con de prendre un double café pour se calmer mais moi le triptyque café-clope-terrasse c'est toute ma vie et mon vrai luxe.

Et tandis que je sentais ma colère s'apaiser, qui vois-je passer ? Vous l'aurez compris mon directeur de banque qui sortait de son agence et s'apprêtait à rentrer chez lui. Assis au café, je le vois disparaitre dans une rue adjacente d'où je ne tarde pas à le voir ressortir au volant d'une allemande rutilante. Vu le salaire d'un directeur d'agence bancaire, cela m'étonnerait qu'il ait pu se payer une pareille voiture dont le prix équivaut sans doute à son traitement annuel. Bon, il existe des LLD. De toute manière, avec ces nouvelles plaques d'immatriculation on peut tout savoir si on est un peu malin.

Un tour sur Oscaro où j'entre le numéro et je connais la version de sa voiture et même l'année modèle en cherchant bien. L'auto est récente. J'imagine qu'il a mis un apport et qu'il paye un loyer pour se pavaner dans son 4x4 gris métal. Compte tenu de son salaire estimé et du fait que cette année, le résultat catastrophique de sa banque ne lui permettra pas d'avoir de primes, j'en déduis que le bonhomme est prêt à manger des patates toute l'année pourvu qu'il ait la plus belle voiture du parking.

En tout cas, selon mes estimation sa bagnole équivaut à une année de salaire. Bon, sans doute qu'il a accès à des financements privilégiés. De toute manière, la voiture s'accorde parfaitement avec son costume et surtout sa chemise voyante de mafieux du New-Jersey. Je suis persuadé, enfin cela reste intuitif, que ce type dans sa tête s'imagine dans la City ou encore à Wall street

C'est dommage qu'elles soient hors de prix même en occasion, sinon le bougre se serait offert une Aston Martin de trader, comme les vrais financiers qui brassent des milliards et se font des sueurs froides tout en se tapant le soir les plus belles escorts de la planète ! Il doit se passer Le loup de wall street en boucle le soir chez lui et s'identifier un peu à Patrick Bateman. Dès qu'Apple sortira l'iphone6, il l'aura le jour de sa sortie.

Bon, compte tenu de la manière dont il m'a parlé, des renseignements sur lui qu'il m'a fourni de lui même comme le fait de se déclarer économiste par exemple mais de ce que j'ai pu glaner par ailleurs, le bonhomme aurait quelques grosses tendances narcissiques que cela ne m'étonnerait pas. Fort avec les faibles, faible avec les forts, telle est leur devise. La seule manière de s'en débarrasser est de leur coller une droite quand il vous mette une claque.

Et nous voici vendredi, jour de mon rendez-vous au cours duquel je lui ai promis d'ouvrir un compte professionnel comme il me l'a demandé. Pour l'occasion, je suis accompagné de mon épouse que cela amuse beaucoup de corriger cet impertinent qu'elle a déjà envoyé balader voici quelques mois avant de clôturer ses comptes.

Cette fois ci, nous n'aurons pas de café car la Nespresso est cassée. C'est mon épouse qui commence les hostilités à sa manière, c'est à dire avec la grâce et la délicatesse d'une division blindée. Pointant tout ce qu'il m'a dit la dernière fois, elle s'étonne et lui demande des précisions juridiques. Moi benoitement, en bon psy un peu crétin, je ne moufte pas me contentant d'observer.

Ce que j'aime c'est faire tourner mon radar et observer les expressions de son visage. Comme la tête compte quarante-six muscles permettant au visage d'adopter des mimiques expressives, je suis à la fête. Bon, le type n'est pas mauvais et encaisse bien en adoptant une attitude de poker face. Ceci dit son occipito-frontal le trahit un peu. On le sent tendu pour tenter de ne rien montrer. Faites l'essai et tendez votre muscle du front et vous verrez que cela vous permet de garder une bonne contenance. On sent nettement que les avocats le font chier et qu'il aime bien aborder les points de droit avec ceux qui le maitrise peu.

Une fois qu'il a bien compris la différence entre le droit et la réglementation interne de sa putain de banque, ce qu'il avait tendance à confondre, je le sens mur pour la seconde couche. C'est à moi d'intervenir. Je lui parle en le fixant dans les yeux, les coudes sur son bureau. Comme il connait mon métier et que comme la plupart des gens il a tendance à conférer aux psys des pouvoir que nous n'avons évidemment pas, je le sens tendu. D'ailleurs, il s'éloigne et se cale bien en arrière dans son fauteuil directorial.

Je lui explique alors que comprenant qu'il n'a pas autorité pour accéder à ma demande, je vais tout laisser en l'état et couvrir mon découvert par un virement. Ce sera ainsi plus simple et cela ne le mettra pas en porte-à-faux par rapport à sa hiérarchie. Je m'amuse donc à lui rappeler ses limites. Je veille calmement et très gentiment à ne pas me mettre dans la peau de celui à qui l'on refuse ce qu'il demande mais dans celle de celui qui comprend que la personne en face de lui n'est pas assez haut placée pour décider. C'est misérable mais cela me fait un bien fou mais pas à lui.

Je le sens devenir teigneux. J'ai effectivement mis trois gouttes de pipi sur son territoire et il n'aime pas cela. Je crois que ce qu'il n'aime pas c'est quand je lui dis que finalement il n'a pas plus de pouvoir que le directeur d'établissement d’une petite agence postale. Et le voici qui devient arrogant me débitant tous les pouvoirs qui sont les siens. Pouvoirs que bien entendu je m'empresse d'amoindrir en lui rappelant sans cesse cette fameuse réglementation dont il m'a rebattu les oreilles lors de notre premier entretien. 

Il souhaite me montrer ses ailes de géants et je ne cesse de mettre en relief les barreaux de sa cage. Après tout c'est lui qui m'a donné les munitions voici deux jours quand il était content de m'envoyer chier en se retranchant derrière ses putains de règles. Mais je le fais très gentiment en compatissant et Dieu sait si un narcissique n'aime pas être pris en pitié ou pire, considéré comme une victime d'un système qui le dépasse. 

Et finalement je lui dis que le métier de directeur de banque est devenu terrible puisqu'il doit se coltiner tous les problèmes de management sans pour autant avoir beaucoup plus de pouvoirs qu'un simple conseiller de clientèle. Alors là, il se débat encore plus et m'explique que tandis qu'un conseiller clientèle pourrait aller jusqu'à un engagement de dix mille euros, lui peut bien plus. Je lui demande si c'est toujours dans les soixante-dix mille et là il ne veut pas me répondre arguant du fait que c'est un secret entre lui et la banque. 

Là, il commence un peu à s'énerver mais pas moi. Je lui dis que je suis étonné qu'il fasse un tel cas d'un secret de polichinelle puisque c'est un renseignement que je pourrais obtenir en une heure. Là, il se ferme totalement. Je sens que cette capacité d'engagement c'est son talon d'Achille. Sans doute que dans sa tête, il se voit en grand argentier alors que dans les faits, il doit référer à sa hiérarchie lors d'une commission d'engagement dès lors que les financements qu'on lui demande excèdent un niveau relativement bas.

Et je lui décoche alors ma flèche du Parthe en lui disant que même si comme il me l'explique les dernières réglementations ont considérablement minoré sa marge de manœuvre, ce doit être plutôt sympathique d'être en prise avec l'économie locale au travers des petites PME et des artisans du coin pour qui le directeur de banque est un allié de poids. Pauvre gars, il n'apprécie pas vraiment ma réflexion. Lui il s’imaginait discuter stratégie avec Bernard Arnaud et voici que j'en fais l'allié de José le plombier. Un peu plus et je le dépeins en secrétaire d'une mairie rurale du siècle passé, poste souvent tenu par l'instituteur, à qui les analphabètes s'adressent pour remplir des formulaires. Il commence à m'expliquer qu'il a aussi de gros clients et que ...

Et que rien du tout, parce que je le coupe pour signifier que l'entretien est clôt. Je le remercie du temps qu'il m'a consacré. Je lui répète que je suis d'accord pour ne rien changer mais qu'à l'occasion je serais ravi de l'inviter à déjeuner parce que j'ai apprécié notre échange. Je suppose qu'il n'a pas très envie de déjeuner avec moi mais il ne peut pas m'envoyer balader. Quant à moi, j'aime bien inviter à déjeuner les salariés méritants.

Il nous raccompagne alors jusqu'à la porte. Je peux sentir tout le mal qu'il pense de moi mais j'affiche un sourire épanoui comme si lui et moi étions dorénavant les meilleurs amis du monde. Je me fends d'un "alors à très bientôt pour déjeuner" et il me répond un froid "avec plaisir".

Tout cela est bien sur inutile mais d'une part, en ce début de vacances pluvieux, je n'avais pas grand chose d'autre à faire et enfin c'est toujours amusant de faire de la psychologie appliquée. Et puis, je suis content de moi parce que je ne me suis pas énervé lors du premier rendez-vous. J'ai su différer la satisfaction, je ne suis pas tombé dans le piège.

Ceci dit maintenant j'ai intérêt à trouver une autre banque parce qu'au moindre écart, il ne me ratera pas ! Enfin, on a bien rigolé et c'est le principal. Parce que nous sommes de passage sur terre et qu'on ne va pas se laisser emmerder par des petits merdeux non ?

Mon directeur de banque est un trou du cul ! (1)


C'est fou ce que le monde a changé. Je me souviens encore d'un temps où j'avais des rapports humains avec le gestionnaire de mon compte. Une  boite de chocolats à Noël et une invitation à déjeuner au restau du coin et le tour était joué. A cette époque, je boursicotais, je faisais joujou mais j'étais traité humainement. 

Une augmentation d'autorisation de découvert, c'était un coup de fil et un accord immédiat. J'ai même eu un directeur qui regardait mon compte de temps en temps et me faisait les virements que je passais signer le vendredi. Il faut dire que bien qu'étant allé jusqu'en doctorat de gestion, je reste le pire gestionnaire qui soit. La paperasse et moi, ça fait deux !

D'ailleurs quand ce directeur est parti, il m'avait prévenu en m'expliquant qu'il était un directeur à l'ancienne et que maintenant je devrais composer avec des trous du cul qui se prenaient pour des banquiers d'affaires mais avaient plus de scrupules qu'un fonctionnaire sourcilleux. Grâce lui soit rendue, ce brave homme avait raison.

Depuis ce temps là, je n'ai que des trous du cul en face. La dernière en date a tellement bien réussi à se mettre la clientèle à dos qu'elle a été mutée au siège où dorénavant son avancement sera lié à son ancienneté. Cette détestable bonne femme passait de toute manière plus de temps en congés et en formation qu'à son poste.

Je ne pouvais qu'espérer mieux mais j'ai été déçu. Alors que je demandais juste une augmentation de découvert parce que durant le mois d'août, je ne rentre pas d'honoraires, il a fallu que je prenne rendez-vous avec le directeur mercredi.

C'est donc un nain rasé de frais en costume bleu marine qui m'a accueilli. J'ai pu noter la belle chemise toute neuve un peu m'as-tu-vu digne d'un VRP qui se la joue. Je ne saurais vous la décrire si ce n'est qu'elle était dans les tons lavande et toute brillante avec un drôle de col ; le genre de truc à porter avec une grosse gourmette. Je suis sur que même les ingénieurs commerciaux de SSII ne mettent plus ce type de liquettes. Je demanderai à mon ami Olivier, celui qui est riche, a réussi et roule en Ferrari, vu qu'il bosse dans une SSII.

J'ai eu le droit à un café de chez Nespresso, c'est déjà cela. N'importe quel type un peu intelligent aurait regardé mon compte, vu que j'étais un client sans problèmes et accédé à ma demande consistant à augmenter de 50% mon autorisation de découvert sur un mois.

Mais pas ce crétin qui m'a tenu le discours selon lequel en tant que professionnel je me devais d'avoir un compte professionnel et non un compte particulier. Je lui ai objecté que ce n'était pas une obligation légale en tant que profession libérale et qu'ayant toujours fonctionné comme cela sans problèmes, j'aimerais ne rien changer. J'ai rajouté qu'étant un gestionnaire négligent j'aimais la facilité et que tous les outils qu'il m'offrait ne me serait d'aucune utilité.

Puis cet âne jouant les importants m'a parlé de bilan et de compte de résultats en rajoutant des ratios et que sais-je encore, ce à quoi j'ai évidemment rétorqué qu'en tant que libéral je me sentais peu concerné par toutes ces choses, ma comptabilité étant plus simple que celle de Bouygues.

Mais l'idiot pérorait toujours et encore, fier de son effet sur moi, allant jusqu'à parler de lui-même en tant qu'économiste. Le mec dirige une agence de six salariés et voici qu'il se croit directeur du FMI. Le plus beau étant qu'il m'ait demandé pour ouvrir son putain de compte professionnel un justificatif d'identité et de domicile alors que j'ai mes comptes chez lui et un emprunt. Je suis d'ailleurs client dans sa putain de banque depuis trente-et-un ans, ils devraient commencer à me connaitre !

C'est dans ces moments là que j'ai juste eu envie de me pencher sur son bureau, de l'attraper par les revers de son costume super 100 bleu et de lui coller une tête. Bien sur je ne l'ai pas fait. Je lui ai juste réitéré ma demande à laquelle il n'a pas fait droit arguant des règles de la banque auxquelles il ne pouvait pas déroger. Vint ensuite la réglementation bancaire et les lois léguées par Christine Lagarde et que sais-je encore. Alors là, il tenait à me faire savoir que ce n'était pas le dirlo à l'ancienne, celui qui négociait entre la poire et le fromage mais un vrai technocrate aussi à l'aise dans le droit que dans la finance. Ce trou du cul c'était le rôel de sa vie, le mec qui se la joue avocat d'affaires comme dans un film américain.

Et de rajouter qu'en cas de non-paiement, il ne pouvait pas se permettre le risque d'avoir un dossier de surendettement. Le mec était juste en train de me traiter de clodo, imaginant que je ne pourrais rembourser et que j'irais comme un pauvre hère saisir la commission départementale de surendettement. Je n'étais plus Phil le psy, le mec qui tient un blog qui aligne tout de même ses 12/15 000 lecteurs mensuels mais Filou la cloche, genre lorrain fraichement licencié de son emploi dans la sidérurgie et sans espoir de rebosser un jour.

Putain, même si je n'ai pas d'égo vu que mon métier l'exige, j'ai bouilli intérieurement sans rien laisser paraitre. Je déteste généralement l'autorité et je suis obligé de me l'appuyer quand elle émane d'un agent de l'état. Mais y obéir quand il s'agit d'une simple société commerciale est un effort trop prodigieux ! C'est dans ces cas là qu'Epictète est utile avec son célèbre : ce qui dépend de toi et ce qui ne dépend pas de moi.

Dans ce bureau, je suis coincé, ce qui dépend de moi ce sont mes mots et mon attitude. Rien de plus, je n'ai aucune marge de manœuvre puisque l'on est en août et qu'il est difficile de prospecter  les agences bancaires pour rouvrir un compte. J'ai jute envie de jouer à Tony Montana, de le traiter de "hijo de puta" et de tout casser dans son bureau. Mais si cette attitude satisferait mon égo et l'idée grandiose que chaque mâle se fait de lui-même en cas de complexe, elle serait aussi bénéfique qu'insulter un flic un soir de biture. Sur le moment ça défoule et une fois dégrisé, on se rend compte que c'était plutôt con.

D’où la nécessité de toujours se souvenir que la culture transcende la nature, que la néo-cortex doit toujours prendre le pas autant que possible sur le système limbique. Et que même si ce dernier actionne votre putain de système endocrinien et vous fait monter les taux d'ACTH, d'adrénaline et de cortisol pour vous préparer aux deux seules adaptations que notre cerveau connait en situation de stress, l'attaque ou la fuite, là c'est impossible. Je suis juste fait comme un rat, ou plutôt comme un enfant à qui le maître d'école ferait la leçon. C'est lui qui a le bâton et moi qui doit me tenir sage.

Alors j'active justement mon néo-cortex, le siège de mon intelligence qui fait de moi un être humain et non un buffle stupide qui va charger uniquement parce qu'il a détecté un stimulus qui a engagé une réponse liée à son espèce. Je me souviens donc d'Epictète et je me dis que ce n'est pas si facile mais aussi du fait que je sois né sous le signe du temps. 

Et puis, j'ai un métier un peu spécifique et autant m'en servir. Si une fois sorti de mon cabinet, je me comporte comme un gros boeuf c'est idiot. Autant profiler l'individu et voir comment je peux lui mettre une gentille branlée. Pour cela, il y a le truc marrant consistant à profiler.

Parce qu'autant vous dire que même si je suis bon garçon, je n'ai pas trop aimé la manière donc ce trou du cul m'a reçu. Je feins donc d'accepter de bonne grâce ce fameux compte pro qu'il me presse d'accepter et reprend un rendez-vous vendredi.

L'important c'est de savoir accepter de perdre une bataille pour gagner une guerre. Même si je sais qu'en écrivant cela, c'est totalement ridicule puisqu'il n'y a pas vraiment de guerre,ou du moins juste dans ma tête. N'importe quel individu aurait lâché l'affaire et laissé ce branleur où il était dans son agence toute pourrie.

C'est peut-être le fait que je sois un peu déjanté comme je l'expliquais dans l'article précédent ou bien mon ascendant bélier, toujours est-il que moi ce genre d'accueil m'a fait chier. Je suis le client putain, je ne réclame rien d'autre qu'un peu de considération et de respect mais surtout pas d'être toisé par ce nain grotesque.

L'enculé, je me jure de lui mettre une gentille branlée !

07 août, 2014

Déjanté !


Dans ma profession, quand les patients nous choisissent, tous les confrères adoreraient que ce soit pour des raisons positives voire exceptionnelles. Ainsi, on aimerait que ce soit pour notre professionnalisme, nos publications, notre culture ou que sais-je encore. Je n'y échappe pas. Même si je lutte contre l'égo, je n'en suis pas dépourvu et moi aussi j'aimerais croire que j'ai été élu parce que l'on a distingué en moi quelque chose d’exceptionnel.

Hélas, Dieu en sa très grande sagesse semble en avoir décidé autrement pour moi. C'est ainsi que dernièrement tandis que je recevais une de mes patients, excerçant la noble profession de médecin hospitalier (PH pour les connaisseurs), ne me souvenant plus de la manière dont elle avait eu mes coordonnées, je me suis risqué à lui demander pourquoi elle m'avait choisi parmi la pléthores de psys sur le marché.

Elle me rappelai alors que j'avais traité voici quelques années une de ses consœurs, P. dont je me souvenais fort bien, laquelle lui avait donné mes coordonnées. Et la praticienne hospitalière de poursuivre : "P. m'a raconté la manière peu orthodoxe dont vous aviez mené sa thérapie et je me suis dit que vous étiez déjanté et que vous étiez fait pour moi".

Oui, vous avez bien lu, je n'avais pas été choisi pour une quelconque qualité qui font d'un homme un futur professeur du collège de France mais parce que j'avais semblé "déjanté" ! Si je me fie au dictionnaire, le terme déjanté signifie littéralement sortir de ses jantes, et se dit à propos d'un pneu. Cependant, en langage commun, déjanté signifie aussi "hors norme" ou encore "marginal".

Bien que je ne sois pas filigforme, loin s'en faut, je n'ai rien d'un pneu et je dois donc en déduire que l'on m'a quitté une étiquette selon laquelle je serais "hors norme" voire carrément "marginal", une sorte de "maverick" comme ils disent dans Top gun à propos de Pete Mitchell, le personnage interprété par Tom Cruise, qui fait rien qu'à pas écouter ses chefs et n'en fait qu'à sa tête ! 

Bon, ceci dit je n'ai pas de chefs, donc je n'ai pas d'ordres à recevoir et je ne pilote pas d'avion. La comparaison avec Top gun s'arrête donc là. De plus, je suis beaucoup plus grand que tom Cruise et j'aurais du mal à tenir dans un cockpit de F14. Et puis, je ne suis pas vraiment indiscipliné. Je suis trop bon diplomate pour prendre l'autorité de face. D'ailleurs, plus jeune, j'avais des tas d'avertissements pour "bavardage" parce que j'ai du mal à maintenir mon attention mais jamais pour indiscipline. J'étais un p'tit gars bien poli et gentil.

Et lundi, voici que cela continue; Une de mes jeunes patientes me dit carrément qu'elle me trouve déjanté mais qu'elle sait qu'avec moi, ça peut marcher. Pourquoi me trouve-t-elle déjanté, je n'en sais rien. Peut-être que le fait que je me sois assis par terre parce que j'en avais marre d'être sur mon fauteuil a pu jouer ? Ou alors que j'offre le café ? Que l'on puisse fumer dans mon cabinet ? Je n'en sais rien mais ça a à voir avec l'accueil des patients ou sans doute à ma manière de voir les choses. Je dédramatise pas mal et ma devise est "c'est mieux que si c'était pire".

Quant aux gens venus du blog, ils m'ont aussi choisi pour ce côté déjanté. Sans doute que mes lubies, mon affection pour les marcassins et les hérissons ont pu jouer. J'imagine que cela donne de moi une image moins conforme de ma profession dans laquelle les gens sont généralement plus dans le contrôle et sans doute un peu moins libre que je ne le suis. C'est vrai que tous les confrères n'ont pas une RJ49 !

Bref alors que j'aurais pu être choqué d'être qualifié de déjanté, je ne le suis pas. J'assume parfaitement d'être hors norme dans ma manière de pratiquer tout en estimant que je suis extrêmement carré dans ma réflexion.

Et puis comme les médecins qui m'envoient du monde, le savent autant maintenant que les lecteurs de ce blog, cela me permet d'avoir une clientèle assez hors norme aussi. Je ne parlerais pas de déjantés par pur respect et parce que le terme pourrait être mal interprété psychiatriquement.

Mais c'est vrai que je ne compte plus les les ingénieurs sortis de grandes écoles tout en assumant une nette propension à la glandouille, les gens brillants ne se prenant pas au sérieux. J'en ai même eu un, ancien chercheur, qui s'est jeté dans mes escaliers pour m'expliquer comment on apprenait à les descendre rapidement dans ses stages d'autodéfense.

N'importe lequel de mes confrères aurait jugé la démonstration pour le moins étrange mais moi, j'ai trouvé cela super. entre "déjantés", on doit se comprendre. Un jour moi aussi je serai capable de me jeter dans les escaliers pour les descendre plus rapidement !

Ce qui est bien avec la "déjante" c'est qu'il n'y a pas de limites.