21 juillet, 2014

Interlude !


Gourmette et marcel blanc tendu sur la bdeaine, peu importe ce que vous porterez cet été, l'important c'est d'avoir un marcassin, l'accessoire indispensable !

Rappelons toutefois que toute personne détenant comme amateur ou professionnel un animal d’espèce non domestique est soumise à la réglementation en vigueur sur la détention d’animaux sauvages en captivité. Voir ici

Moi par exemple, nuitamment il m'est arrivé tandis que je roulais que je croise un hérisson en virée. Je m'arrêtais donc, puis une fois muni de gants que j'avais dans mon coffre, j'ai choppé le hérisson avant de le relâcher dans mon jardin. C'est pratique, ça bouffe les limaces et cela protège mes hostas. Parce qu'une de mes marottes et de mettre des hostas partout. C'est joli, y'en a plein de variétés et c'est sans entretien : ça disparait l'hiver pour réapparaitre au printemps.

Ben, le coup des hérissons, j'ai pas le droit de le faire ! Bon, je pourrais arguer que les hérissons se sont invités chez moi sans que je le leur aie rien demandé, un peu comme des roms qui viendraient camper au bord du périphérique sans obtenir d'autorisation de la commune. Après, tout il y en a parfois dans les jardins (des hérissons pas des roms).

C'est pour cela que je ne le fais plus du tout parce que je suis très très légaliste. Et puis, même si Manuel Valls est un ami, cela m'emmerderait de l'appeler parce que j'ai un problème à propos d'une détention abusive de hérissons. Ça parait idiot mais plonger en calèche pour une DAH (détention abusive de hérissons), ce serait un peu con.

Alors, c'est terminé, je n'enlève nuitamment plus les hérissons baladeurs comme Fourniret les jeunes filles ! Je me suis amendé, tout ça c'est du passé. C'est terminé. Maintenant j'ai un travail et je file droit. J'ai appris de mes erreurs. J'ai grandi et muri. Le hérisson c'est fini et bien fini. Participer aux réunions de Hérissons Anonymes m'a bien aidé, je dois l'avouer.

Si on croise un hérisson dans mon jardin, c'est qu'il y sera venu de lui-même et non sous la contrainte, vous pourrez l'interroger. Et je vous jure que je ne lui ai pas collé la pression.

Ceci dit je ne réponds pas de moi si un jour je croise un marcassin solitaire loin de sa mère ! On a beau dire, guérir d'une addiction c'est jour après jour, on n'en a jamais vraiment fini. Avoir arrêté le hérisson pour me mettre au marcassin, ce serait comme de lâcher l’héroïne pour la cocaïne, c'est pas sérieux. Alors je tiens bon. Par exemple je ne me balade jamais en forêt de Rambouillet parce qu'on m'a dit que c'était bourré de marcassins. 

Vaut mieux pas tenter le diable. Je me connais, j'imagine la laie un peu distraite et moi qui lui pique un petit et repart en courant vers ma Visa pour le jeter dans le coffre. Pour peu que sur le chemin, je croise un hérisson en maraude et hop, me voilà avec un marcassin sous un bras et un hérisson dans l'autre main. C'est des trucs à replonger totalement ça.


Etape 1 : Nous avons admis que nous étions impuissants devant les hérissons - que nous avions perdu la maîtrise de nos vies.
Programme en douze étapes des Hérissons anonymes.

 

Au pays des mythos !

 Auditeur comptable chez KPMG, plus qu'un métier, une carrière militaire !

C'est marrant, plus le temps passe, plus j'ai l'impression que même ici en plein Paris, les gens réagissent comme les petits castelroussins après la guerre, quand après des années de disettes, ils voyaient se poser des avions remplis de choses du nouveau monde.

Si je peux comprendre qu'à Châteauroux en 1950, dans une France rurale et très marquée par l'occupation, on ait pu ainsi s'enticher de l'Amérique, j'ai peine à croire que cela soit encore possible à Paris en 2014. Mais force est de constater qu'à la manière d'un hochet agité devant un bébé, il suffit d'angliciser n'importe quoi pour le rendre attirant. L’Amérique, toute frelatées qu'elle soit, est encore le paradis insurpassable.

C'est d'autant plus navrant que cela touche des gens ayant fait de solides études. Les voir ainsi se complaire dans des attitudes que n'auraient pas reniées ces bons sauvages dont on parlait aux siècles passés échangeant leur trésors contre des verroteries. Il parait que Manhattan fut achetée pour quelques couvertures mais il me semble qu'aujourd'hui on puisse acheter la dignité d'un individu contre un titre en anglais assorti éventuellement d'un smartphone.

C'est ainsi qu'on me parle de CTO, de CIO et de VP et qu'un de mes patients est même devenu deal shepherd, c'est à dire "berger de contrat". Avant on aurait appelé cela de l'administration des ventes et cela nécessitait tout au plus un BTS force de ventes. Mais de nos jours, cela nécessite d'être passé par Paris IX. Dès lors que le patient a un lien plus ou moins direct avec la vie des affaires, j'ai le droit au franglais. C'en est devenu risible.

Bien sur les plus intelligents en rigolent ! Ceux qui ont le moins de recul sont cependant consternés par cette inflation de vocables anglo-saxons parce que c'est justement quand vous n'êtes plus capable d'adapter votre langue au progrès que votre civilisation disparait. D'autres au contraire, en plus de rire de ces niaiseries s'en amusent au quotidien, leur étonnement sans cesse renouvelé face à la création incessante de ces bêtises. Comme me le disait un ingénieur de haut niveau : "voir mes responsables user et abuser de franglais c'est rigolo c'est comme de voir des quadragénaires jouer à la marchande avec sérieux".

Le plus amusant, c'est un soir alors que je recevais un jeune type qui avait été soldat et avait fait la guerre, la vraie avec des morts et des blessés, de celles où l'on tremble pour sa peau. Le patient suivant m'annonce alors qu'il ne pourra pas venir à notre rendez-vus et qu'il le désole. Je lui propose alors de le recevoir à 21h00 mais il s'excuse en m'expliquant qu'il est en pleine war room et que cela risque de durer longtemps.

Dans les faits, connaissant son activité, il s'agissait juste d'une réunion destinée à trouver des arguments pour contrer un client ne désirant pas leur payer le solde restant du. Bref, ayant merdé dans la réalisation d'un contrat et leur client refusant de leur payer, il s'agissait de trouver tous les moyens pour faire rentrer a thune, quitte à leur offrir une garantie assortie d'un nouveau contrat. Rien que du très prosaïque et banal discours de VRP tel qu'on le connait.

Mais par la magie des mots, cette négociation qu'avant on pratiquait entre la poire et le fromage devenait une affaire d'état nécessitant une réunion en war room. Dans leurs têtes, cette bande de mythos, se retrouvaient dans le film Point limite. Et comme j'expliquais à mon patient qu'on aurait plus de temps parce que le suivant était en war room, celui-ci me demanda de quelle guerre il s'agissait. Comme je lui expliquais brièvement la situation, il ne put que me dire d'un air affligé : "mais quelle bande de mythos".

C'est dans ces moments là que je bénis le Ciel d'être en libéral, je crois que j'aurais eu du mal à m'intégrer dans ce monde. Je ne sais pas comment j'aurais réagi si l'on m'avait expliqué que j'avais rendez-vous dans la war room. Je pense que j'aurais eu envie de les secouer pour leur dire de se réveiller que la guerre, la vraie ce n'est pas cela. Ils auraient fini par me foutre à la porte !

Peut-être que mon refus de la war room aurait fait de moi un outlaw voire carrément un maverick, enfin un truc américain super classe dont j'aurais pu me glorifier moi aussi !

Tu n'es qu'un humble consultant ? Alors toi aussi, fais l'américain comme Dick Rivers !

Perte de repères !


Je ne sais plus où ni quand mais c'est récent, j'apprenais qu'un jeune couple avait posté une photo de leur bébé mort-né sur Facebook. Ma profession ne consistant pas à juger mais à comprendre, j'ai bien sur éloigné l'horreur et l'incongruité de cette mise en scène pour tenter d'en comprendre la raison.

Qu'est ce qui pouvait amener ce jeune couple dont la petite fille venait de mourir à vingt-deux semaines de grossesse à montrer la photo de l'enfant mort-né sur ce réseau social. Interrogés, les deux jeunes parents répondent «Nous avons fait le maximum pour garder le souvenir de Julie. Et nous avons pris des photos parce que nous voulions réaliser un bel album», a expliqué le couple. «Notre chagrin n’a pas disparu mais cela nous fait du bien de pouvoir partager notre deuil. Et cela nous emplit aussi de fierté de pouvoir dire: regardez comme elle était belle notre fille.»

Tandis que l'on a toujours imaginé du moins en occident que le processus accompagnant la mort était un phénomène s'articulant tant autour de rites sociaux (obsèques, condoléances, etc.) que privés (deuil), pourquoi en est-on arrivé là. A quel point de déliquescence notre société en est-elle arrivée pour que ce qui relève du privé soit ainsi étalé à la face du monde.

Dans toute société structurée, des relais existent pour pallier à la survenue de ce que l'on attend jamais comme la mort d'un enfant. Ce sont des rites issus de centaines voire de milliers d'années de vie en société qui permettent à l'individu submergé par le chagrin et atteint par l'indiscible de fonctionner en "automatique". Ce sont alors les traditions, ces rituels, ces patterns de comportement, sont justement là quand il n'y a plus de pilote dans l'avion, quand le chagrin est tel que l'on est en état de choc.

Dans une société ruinée comme la notre rejetant aussi bien Dieu que les traditions au nom d'un prétendu modernisme, on assiste alors à de tels dérapages dans lesquels de jeunes parents,  sans doute totalement seuls face au deuil qui les frappe, tentent de trouver une issue à leur chagrin avec les seuls outils dont on les a pourvus : les réseaux sociaux et la téléréalité. 

Je n'imagine même pas que leur démarche soit dénuée de fondements, je pense simplement que dans des milieux, sans doute très fragiles, dans lesquels l'image, le paraitre et la mise en scène ont supplanté toute autre tradition, Facebook soit devenu un expédient évident à défaut de solutions plus élaborées qu'on ne leur a pas présentées. 

De même que dans ces milieux, on prénomme les enfants du noms de personnages de séries anglo-saxonne, de même on mimera de manière stupide l'infatuation scénaristique présente dans ces séries. De fait, réserve, dignité, introspection ne sont plus des valeurs en vogue auxquelles on préférera la communion dans l'hystérie.

Voici quelques années, une de mes patientes avait assisté aux obséques d'un jeune qui s'était suicidé. Elle m'avait décrit la scène au cours de laquelle le cercueil est exposé avant d'être avalé par le four crématoire. L’assistance était dans la salle prévue à cet effet. Et on avait mis de la musique, on avait tagué le cercueil comme on écrivait jadis sur le plâtre d'un copain s'étant cassé une jambe au ski. Elle avait vu des messges du type "So long Jeff" ou encore "t'es trop con d'avoir fait ça" ou bien "on t'aimait Jeff", etc. 

J'étais totalement ébahi par la scène qu'elle me décrivait. Et comme elle ne semblait pas comprendre ma réaction, elle s'était contentée de me dire que le jeune disparu ayant été un hipster de son vivant, il avait semblé normal à l’assistance de lui offrir des obsèques festives et "un peu hors normes". Et quand je m'étais interrogé sur le comportement des parents face à un tel déchainement d'attitudes immatures, elle m'avait dit qu'ils n'avaient rien dit, qu'ils comprenaient.

C'est dans ces moments là que je me dis que soit le monde ne tourne pas rond soit je suis devenu une sorte de vieux con incapable de devenir un individu.2 ! Dans la même veine, Youtube regorge aussi de personnes qui vous font vivre leur cancer en direct. Le pire étant lorsque des parents filment leur enfant atteint d'un ostéosarcome au fil du temps et vous font partager le pire comme le meilleur du combat contre la maladie.

C'est ainsi que voici quelques temps, en ayant entendu parler, j'ai visionné une suite d'une dizaine de vidéos dans lesquelles papa et maman filmaient leur adolescente au gré des chimiothérapies, nous annonçant que tout s'était bien passé avant que les métastases ne l'emportent finalement. Encore une fois, j'avais eu du mal à comprendre les fondements d'une telle démarche. Et si je m'associe pleinement à la peine de ces parents en deuil, je ne saisis pas ce que l'on peut espérer en mettant à profit d'inconnus ce qui relève de l'intimité la plus totale. 

Je ne suis d'ailleurs pas sur qu'ils aient réfléchi à leur démarche, ni qu'elle résulte d'un plan établi. Je pense que Youtube, mais cela aurait pu être Facebook, s'est imposé à eux parce que c'est moderne. Un peu comme la Gopro s'impose du fait de son faible coût à tous les crétins faisant du ski, du surf, de la plongée, de l'alpinisme ou du vélo, et prompts à faire partager leurs non-exploits à des inconnus !

Je suppose que la prochaine étape sera de mettre une Gopro à un petit cancéreux pour que l'on voie la mort arriver par ses yeux. Ce sera de l'émotion avec un grand E, comme au cinéma, un tru cà vous arracher les larmes des yeux puisque de toute manière c'est l'hystérie qui règne. Quelle chance puisque la marque californienne propose tout un tas de harnais et de fixations diverses pour maintenir la caméra dans tous les contextes divers et possibles. L'ignominie n'étant jamais insurmontable chez les paumés, je gage que cela se fera prochainement.

Après tout, les parents commencent déjà filmer et à proposer les funérailles de leurs enfants. Alors tout est possible !

Indécence : Caractère de ce qui choque par son côté inopportun, ostentatoire, déplacé. 
(Larousse)

L'amour !


Bon, j'avais envisagé de produire un texte sur ce sujet avant que l'idée ne me soit piquée par un jeune ingénieur de ma connaissance. Je suis toujours stupéfait par l'idée que certaines personnes se font de l'amour, confondant de fait une pulsion hormonale et une construction sociale.

Être attiré par une personne est peut-être une base, si ce n'est la condition nécessaire pour que naisse l'amour mais elle n'est pas suffisante. Comme le remarque Le Touffier, homme aguerri et blanchi sous le harnais, sans cesse émerveillé par la beauté de certaines donzelles qui hantent mon quartier, on ne saurait confondre un début d'excitation (le zizi tout dur) à la vue d'une paire de jambes nues et hâlées et le véritable amour.

L'amour c'est autre chose, c'est une construction sociale qui nécessite du temps et n'est pas forcément corrélé au seul niveau de testostérone. Être amoureux, et je ne parle pas de la passion qui est forcément destructrice et ne peut attirer que les jeunes et les sots, est un sentiment qui nait de la fréquentation assidue d'une personne avec qui l'on se trouve des points communs. Et plus encore, l'amour est ce sentiment qui résiste à la routine. 

D'ailleurs on sait que l'on est vraiment amoureux que lorsque la routine s'installant dans le couple, on n'a pas forcément envie d'aller voir ailleurs. Ou mieux, que l'on pourrait être tenté d'aller voir ailleurs, parce que justement les hormones travaillent toujours, mais que le cerveau dit non parce que justement une construction sociale émane de notre néo-cortex et transcende toujours un état naturel.

Voici quelques années, je recevais une ex-mannequin qui me parlait du mec idéal qui serait forcément "un type qui ne tomberait pas dans la routine mais saurait m'émerveiller en me proposant des weekends". S'il lui fallait pour être amoureuse qu'un type lui sorte comme par magie deux billets en Orient-Express destination Venise avec une suite retenue au Danieli, ce n'est plus de l'amour mais une construction sociale totalement immature. Parce que l'amour est un sentiment humain plus fort que le reste et qu'il ne consiste pas à exiger d'autrui qu'il nous souhaite notre anniversaire tous les jours ni qu'il fasse tirer un feu d'artifice à cette occasion.

Pour autant, l'amour ne saurait être une simple routine, une automatisme, qui ferait qu'une paire solidement appariée puisse ainsi fonctionner sans que l'on ne mette un peu de graisse dans les rouages. Après tout, même une paire de boeufs a besoin d'un minimum d'eau et d'avoir pour travailler sous le même joug. 

L'amour véritable s'il ne nécessite pas d'artifices extraordinaires ni de solutions miraculeuses pour persister, nécessite cependant quelques accomodements pour durer. A l’instar d'un jardin, il suffit d'arroser à bon escient (et nulle gaudriole cachée dans ma métaphore). C'est d'ailleurs là que les hommes pèchent souvent, imaginant sans doute que leur copine ou leur femme est comme un dossier bouclé que l'on pourrait ranger dans un tiroir du bureau.

Les hommes étant ce qu'ils sont, sont souvent pénétrés de rêves de puissance et de gloire. Peu enclins à comprendre que less is more, ils échafaudent toujours des solutions impressionnantes pour capter l'attention de leur dulcinée. Ils imaginent donc que madame attend forcément quelque chose de fabuleux comme preuve de leur amour. Ils laissent donc dépérir le jardin en oubliant de l'arroser, persuadés que le moment venu, ce ne seront plus quelques gouttes qui feront refleurir leur couple mais plutôt la contenance d'un lac de barrage.

Quelle erreur manifeste. Dernièrement encore, un de mes patients tout entier perdu dans la réalisation de son grand oeuvre de scénariste à succès (ils vont voir ce qu'ils vont voir, je serai le plus grand !), se plaignait de l'attitude rogomme de madame. S'il reconnaissait son manque de disponibilité, il ne comprenait pas qu'elle ne saisissse pas qu'il lui fallait un peu de temps mais que bientôt elle verrait ce qu'elle allait voir et qu'elle croulerait sous les bijoux, les soirées people et que sais-je encore.

Avec tout le respect que je dois à ce cher patient et avec toute les précautions que l'on peut avoir face à un natif du signe du lion quand on s'avise de le remettre en cause, j'ai simplement émis l'hypothèse que comme tous les mecs, il ne savait pas être dans le quotidien mais qu'aveuglé par ses rêves de puissance et de gloire et de réalisation personnelle, il remettait sans cesse à demain ses obligations.

Ayant connu son épouse auparavant, je l'ai juste engagé à sélectionner quelques petites choses qu'il pourrait réaliser afin de témoigner que son épouse était une vraie partenaire dont il se souciait et non la simple contemplatrice des exploits du grand homme dont elle était amoureuse en même temps qu'elle serait sa bonniche.

L'amour est donc bien différent de la simple excitation sexuelle comme de la passion adolescente. Il se réalisé dans le quotidien et c'est pour cela qu'il s'entretient dans le quotidien. La plupart des divorces ont lieu quand l'un des deux époux ne trouve plus de plaisir dans le quotidien.

Solitude parisienne !


J'ai beau exercer à Paris, la solitude est un facteur que je dois de plus en plus prendre en compte dans les thérapies. On a beau imaginer que la capitale est pleine de promesses de sorties exaltantes et de possibilités extraordinaires, cela semble assez faux.

Si l'hédonisme est la valeur montante, il est assez terrible de constater que se préoccuper de soi-même et de son plaisir immédiat conduit de manière irrémédiable à la solitude. Jouir sans entraves c'est évidemment oublier autrui dans les plans que l'on projette sur l'avenir. Or cet avenir au fur et à mesure que les années passent s'assombrit. 

La bande de copains cools que l'on rejoint au café pour de super apéros aura tôt fait d'exploser parce que justement elle n'est qu'un remède contre l'ennui, un ersatz social à la terrible solitude de tous ceux qui pensaient que la vie c'était cool et que l'on ne vieillirait jamais. Le groupe est un phénomène terriblement adolescent qui n'a généralement pas vocation à perdurer quand on est adulte.

L'adulte est confronté au travail puis au couple et la cellule nouvellement formée, qui si elle n'obère pas totalement les amis, ne leur laisse qu'une juste place. Or force est de constater qu'à force d'avoir eu pour unique limite son amusement propre sans vraiment intégrer les contraintes liées aux autres, on parvient facilement à prendre des habitudes de vieux garçon ou de vieille fille. On peut même être totalement hipster et se comporter en vieux machin pénible.

J'ai ainsi dans ma clientèle des jeunes femmes trentenaires désespérément seules mais qui restent pourtant campées sur leurs principes de minettes de vingt ans et considèrent que si un type ne les accroche pas irrémédiablement en une heure, cela ne marchera jamais. A l'opposé, je peux aussi avoir de jeunes hommes trentenaires qui à force de "consommer des femmes" ont totalement oublié ce que l'engagement voulait dire.

Dans ce jeux morbide, la seule échappatoire possible est la rencontre coute que coute en espérant qu'on puisse enfin trouver celle ou celui qui plaira. Comment cela serait-il possible si l'on ne donne aucune chance à autrui mais que l'on attend juste que le moment de grâce se produise. Tomber amoureux c'est avant tout accéder à l'intimité d'autrui et non le/la trouver juste joli(e). C'est avoir de vraies valeurs communes qui vont au-delà de simples accointances concernant la musique que l'on écoute ou les pays que l'on aimerait visiter.

Entre les moments de rencontres furtives, le plus souvent acquis par l'entremise de sites dédiés, il y ale travail puis surtout la solitude. Laquelle est encore plus prégnante au moment des vacances quand on se dit qu'on a beau avoir rencontré cent personnes cette année mais que pas une ne sera disponible pour les vacances et qu'il faudra juste se contenter de quelques jours passés en compagnie des parents.

Il y a bien sur quelques aventuriers voyageurs qui se moquent pas mal de partir seuls, persuadés qu'en route, ils trouveront bien des quidams avec qui parler. Mais ce n'est pas la majorité de l'espèce. Puis, il y a les autres qui voient Paris se vider et attendent août avec anxiété se demandant ce qu'ils vont bien pouvoir faire de leur temps libre.

On imagine qu'il existe cinq réseaux sociaux qui structurent la vie : la famille, le travail, les amis puis les associations et enfin le voisinage. La solitude est au rendez-vous quand on n'en fréquente plus qu'un, ce qui est le lot de beaucoup de monde.

Si le travail est un puissant facteur d'intégration sociale, il n'est pas le seul. Certes, on sait que le chômage est un état qui fragilise grandement les personnes. Ceci étant, n'avoir pour seules sorties que prendre le métro pour aller travailler et rester tous les weekends chez soi est aussi un facteur aggravant.

Si la solitude augmente modestement le risque de mortailité à cause du stress, des études prouvent qu'elle peut cependant engendrer des dommages psycholigiques sévères. Dans des cas extrêmes, la solitude impacte directement la vie de la personne qui la subit. On a ainsi pu prouver que la solitude est corrélée au risque de cancer, spécialement chez ceux qui préfère la masquer mais aussi d'AVC et de maladies cardio-vasculaires.

Elle engendre aussi inévitablement des risques psychologiques comme la dépression et le suicide. La désocialisation peut aussi entrainer des conduites toxicomanes ou alcooliques. Enfin la solitude quand elle est trop importante a une influence directe sur les compétences cognitives comme la compréhension et la mémoire.

Un professeur de psychologie de l'Université de Chivago, John Cacioppo, explique que pour briser la solitude il faut appliquer une métthode en quatre étapes qu'il a nommé EASE pour Extend yourself, action plan, selection et expect the best.

Durant la première étape, il faudra sortir de ses habitudes (extend yourself) et tenter un effort pour changer ses habitudes et briser la routine quotidienne. Il s'agit de s'investir dans une activité quelle qu'elle soit (artistique, sprotive, caritative) de manière à élargir son environnement social.

Dans la seconde étape (action plan), il s'agira de bien préparer l'action en prenant en compte ses forcer et ses faiblesses. Il ne s'agit pas d'agir pour agir mais de murir l'activité qu'on va choisir de manière à ne pas se stresser. Si vous n'avez pas dépasser le niveau du bac L nul besoin d'aller suivre des concurrences scientifiques auxquelles vous ne comprendriez rien. De même que si vous êtes un grand timide, évitez les activités exigeantes socialement (danse, théâtre, etc.).

Dans la troisième étape (selection), il s'agit une fois l'activité démarrée de sélectionner les gens avec qui vous sentez que vous pourriez avoir des affinités. Ce n'est pas parce que l'on partage un moment social donné que l'on aura forcément des affinités avec tout le monde.Il s'agit de privilégier la qualité sur la quantité. Ce que justement ne font pas beaucoup de personnes qui sortent pour sortir et voient du monde pour voir du monde en multipliant de fait des moments sociaux de basse qualité impropres à juguler leur sentiment d'isolement.

Enfin la quatrième étape (expect the best), consiste à rester positif pour persévérer en espérant le meilleur. L'optimisme suscitera plus de réponses positives de la part de l'environnement qu'une attitude défaitiste. Cela permettra de renforcer le sentiment de rester connecté à la société en créant une boucle de rétrocation.
 
Les neurosciences sociales, sont une discipine émergente qui peut se définir comme étant l'exploration empirique, via la biologie et les neurosciences, des phénomènes traditionnellement examinés par la seule psycholgie sociale tels que les comportement altruiste, sexuels, de compétition, etc. Le but des neurosciences sociales est de comprendre les mécanismes biologiques qui sous-tendent les relation interpersonnelles.
 
Trois principes fondamentaux guident cette nouvelle approche :
  • 1) Tous les phénomènes psychologiques, qu’ils soient adaptatifs ou non (le domaine de la psychopathologie) sont sous-tendus par des mécanismes neurobiologiques.
  • 2) Les relations entre domaines biologiques et sociaux sont bidirectionnelles et réciproques : les événements neurochimiques influencent les processus sociaux, et ceux-ci influencent la neurochimie de l’individu. Par exemple le niveau de testostérone chez les primates mâles encourage les comportements sexuels tandis que la disponibilité de femelles réceptives influence les taux de cette hormone chez les mâles.
  • 3) L’articulation des niveaux d’analyse biologiques, cognitifs et sociaux favorise une explication plus complète de l'esprit humain et des comportements sociaux. L’idée étant que les humains sont des systèmes bio-sociologiques complexes, et que ceux-ci ne peuvent pas être compris par une simple extrapolation des propriétés de leurs composants élémentaires.
De fait, les interactions entre l'individu et son milieu ont des implications évidentes sur son comportement et sa santé. La solitude, en tant qu'absence totale de liens actifs avec autrui, est une variable importante à prendre en compte lors d'une thérapie. Il ne s'agit pas de briser la solitude pour endiguer la dépression, comme si l'interaction sociale était la suite d'une dépression enfin vancue mais bien au contraire de comprendre que la solitude, dans la mesure ou elle est subie, est totalement corrélée à la dépression.

Actuellement la plus âgée de mes patients a soixante-huit ans et se plaint d'une grande solitude. Comme elle ne cesse de me répéter, elle regrettera toujours d'avoir demandé le divorce. Et comme je ne cesse de lui répéter, je joue avec les cartes que l'on me donne. De puis un an que je la vois, je l'ai à peine écoutée, dans la mesure où ses plaintes récurrentes ne m'apportent aucun élément intéressant destiné à la traiter durablement.

En revanche, je me suis astreint à appliquer le modèle EASE décrit ci-dessus en la forçant à "avoir rendez-vous avec la vie chaque jour". La solution est empirique et basique et l'on est loin des grands concepts analytiques en vogue chez les intellos. Cependant, j'ai constaté une amélioration spectaculaire de son état. Et de la même manière j'ai pu constater que le psychiatre qui la suivait en parallèle réduisait de manière évidente, non seulement le nombre de molécules prescrites, mais encore leur dosage.

Bref, si vous vous sentiez seul, brisez ce cercle de la solitude en agissant. Et surtout privilégiez toujours de vraies relations épanouissantes à des moments sociaux médiocres.

Oxymores féminins !


Allez, paf, on va encore m'accuser de faire du sexisme voire du spécisme. Et pourquoi pas d'abord ? Imaginer qu'au-delà de notre beau néo-cortex, qui nous permet à tous, femmes et hommes, de faire de belles études, puisse exister un cerveau plus ancien qui fasse qu'il y ait des femelles et des mâles de l'espèce n'est pas un crime.

Bien au contraire, c'est nier les différences qui serait à mon sens la plus grave des attitudes. Ce serait faire comme Lyssenko sous Staline, en imaginant qu'il y ait une science bourgeoise et une science prolétarienne. L'époque ayant changé, on n'oppose plus bourgeois et prolétaires mais phallocrates et féministe.

Pourtant, et les cas de changement de sexe l'attestent, quand on fait prendre des hormones femelles à un homme ou mâles à une femme, les comportements changent. Testostérone et oestrogène différencient sans doute nos comportements à un stade plus archaïque de notre cerveau. On peut être une femme et avoir fait l'X et faire chier son mec. A l'opposé, on peut être un homme, être diplômé des Beaux Arts et être un queutard invétéré.

Tout ce long préambule pour vous expliquer que j'ai été confronté récemment à quatre histoires racontées par mes patients. Dans les quatre cas, ces jeunes hommes faisaient état d'un comportement pour le moins erratique et apparamment illogique émanant de jeunes femmes pourtant parfaitement saines d'esprit.

C'est ainsi que l'un d'eux m'a expliqué qu'au cours d'une soirée un peu débridée dans un bar, il s'est mis à danser sur une table en compagnie d'une demoiselle à qui il ne semblait pas indifférent. Et comme l'attraction augmentait, le rapprochement eut lieu jusqu'à ce que la demoiselle lui dise "qu'elle avait un mec".

Dans les deux autres cas, les rencontres eurent lieu de manière plus classique et tandis qu'il semblait s'établir de manière plus que chaleureuse jusqu'à ce que les demoiselles expliquent là encore "qu'elles avaient un mec".

Enfin, dans le dernier cas, tandis que la jeune femme émettait l'idée qu'elle passait d'excellente soirée avec le jeune homme, elle avançait aussi que les dix ans de différence lui faisait peur.

Alors que penser de ce comportement totalement oxymorique consistant à se comporter comme une femme libérée tout en faisant par la suite intervenir un argument moral pour ne pas aller plus loin ? Quelle logique dans cette attitude ?

Je n'ai évidemment pas la science infuse mais il me semble qu'il y ait un carambolage entre la nature et la culture. C'est à dire que biologiquement, la femelle de l'espèce semble d'accord pour aller plus loin comme l'attestent les comportements dénués d'ambiguités tandis que la femme morale freine des quatre fers.

Tandis que la femelle semble d'accord pour aller plus loin, la femme craint le jugement moral. Et plutôt que de trancher directement ce dilemme moral, elle fait reposer, par un tour de passe-passe habile, sa responsabilité sur monsieur. Le oui semble plus manifeste que le non. Ces demoiselles sont à mon sens, tout à fait d'accord pour aller plus loin, pourvu qu'elles gardent intactes leur réputation.

C'est semble-t-il une évidence qu'en cas d'histoire sérieuse, mademoiselle ne veut absolument pas passer pour la pouffiasse qui sort avec un type alors qu'elle a déjà un copain, n sachant qu'elle devra à un moment donné le révéler à sa nouvelle conquête. On n'imagine pas le lendemain la demoiselle expliquant à son nouveau petit copain :"au fait tu sais j'ai déjà un copain mais ne t'inquiète pas, je vais le plaquer parce que tu es mieux que lui". Cela ne donnerait pas une très bonne impression.

D'où cet oxymore féminin consistant à sortir par beau temps avec un parapluie en disant manifestement "tu me plais" par le comportement observé, tout en expliquant "je ne peux pas parce que j'ai un mec" avec des mots.

Alors dans ce cas, que faire ? Moi, j'ai juste conseillé de foncer et de croire aux faits plus qu'aux mots. Foncer ne veut pas dire forcer entendons nous bien. Je ne prétends pas qu'un non puisse être un oui ! Je pense bien au contraire qu'il s'agit de retourner habilement l'argument avancé par la demoiselle à son avantage.

Ainsi, il a suffit à l'un d'eux, d'opposer à la différence d'âge avancée par la demoiselle, que "non, il la trouvait très mure et que les dix ans de différence ne luis semblait pas handicapant", pour que l'affaire soit dans le sac. L'un d'eux a juste dit que si l'histoire était sérieuse, elle ne serait pas là à lui parler depuis deux heures mais que son mec serait là et cela a marché. Les deux autres, se rendant à l'argument d'un mâle déjà dans la place, n'ont rien tenté et on laissé filer la proue.

Il me semble bien que dans tous ces cas, ces demoiselles n'aient pas eu envie de trancher par elles-mêmes de peur de passer pour des salopes, mais aient simplement, avec beaucoup de ruse, décidé de laisser trancher le dilemme moral par le jeune homme.

La prochaine fois qu'après un bon moment passé en compagnie d'une jeune femme qui vous semble disponible, elle vous explique qu'elle a un copain, remerciez-la d'avoir été assez honnête pour vous le dire et rajouter que vous n'êtes pas jaloux puis voyez où cela vous mènera.

Ne tombez pas dans le piège de l'oxymore !

07 juillet, 2014

Le mécanique plaqué sur du vivant !


Dans les thérapies modernes, on favorise l'approche bio-psycho-sociale. L’aspect biologique, c'est de la médecine. C'est se souvenir qu'on a un cerveau, un système endocrinien, etc., bref que la psychologie de grand-papa avant les découvertes de Brown-Sequard et de ses continuateurs, a vécu. L'aspect psychologique, c'est ce que la personne a vécu en termes d'expériences, traumatisantes ou non, et qui a permis de se forger une personnalité plus ou moins adaptée. Enfin, le volet social concerne l'adaptation de l'individu à son milieu.

C'est souvent le parent pauvre de la thérapie. On se focalise toujours sur l'aspect psychologique en sous-estimant les ravages que peut réaliser une mauvaise adaptation d'un individu à son milieu. Et trop souvent, on imagine que les souffrances sont d'origine psychologique alors que dans bien des cas, il s'agit d'une inadaptation de l'individu à son milieu.

Car si l'on a voulu vanter le sens de l'adaptation comme étant une modalité majeure permettant à une espèce de survivre, en termes psychologiques, il faut aussi que ce soit une qualité transitoire. A force de s'adapter sans cesse, on est comme une forme ronde que l'on ferait rentrer dans un trou carré à coups de marteau. A la longue, pour éviter la solitude ou les questionnements lancinants sur qui l'on est, on finit par se perdre de vue. 

A force d'être à géométrie variable, par avidité de coller aux désirs supposés d'autrui, on finit par perdre toute identité sociale. Habitué à se mirer dans le regard de l'autre pour définir ses propres limites, on ne sait plus qui l'on est. La suradaptation permet de ne jamais être seul en réalisant le tour de force de nous rendre encore plus seul. 

Ayant perdu de vue ses propres besoins, la personne se conforme à des normes sans jamais les remettre en question. Elle devient une sorte de normopathe terrible. Sa vie se résume à consommer, à réussir, pour qui, pour quoi ? elles n'en savent rien. L'important n'est plus de s'intéresser à leurs désirs mais à leurs besoins. Mais leurs besoins, elles ne les reconnaissent même plus.

La suradaptation est le symptôme d'une grande dépendance affective. C'est une perturbation pathologique de la relation à autrui mais aussi à soi. On maintient à l'âge adulte des comportements de survie le plus souvent acquis durant l'enfance sous le coup de peurs et notamment celle d'être abandonné. Ces stratégies de défense perdurent malgré leur inutilité. Elles survivent à leur utilité. L'adulte suradapté agit comme un enfant apeuré.

Les décisions prises sont alors calquées sur ce  que l'on ressent des autres, et pire encore, sur ce que l'on anticipe de leurs comportements. Impuissant et vulnérable à l'excès, ce normopathe, ce déficient relationnel, décide de subir mais jamais de choisir. Comment le pourrait-il puisque de toute manière il ne connait pas ses besoins. Alors, à défaut de jamais se connaitre, il décortique les autres, tentant de mimer son comportement sur les leurs. Passé maitre dans l'art d'analyser les autres, l'adulte suradapté ne sait plus faire que cela. Sa vie devient une pantomime réglée sur les figures des autres.

Cette permeanente suradaptation est consommatrice d'énergie psychique à outrance. Vient alors le moment où la personne surdaptée décompense, le plus souvent dans des dépressions spectaculaires et inattendues pour ceux qui n'ont pas su voir. Ceux pour quoi, l'apparence de normalité signait la normalité, l'adaptation parfaite, sont alors étonné de voir cette personne bien comme il faut, gentille et polie avec tout le monde, sombrer dans la dépression la plus totale, n'hésitant pas à envoyer balader tout ce qui constituait les fondements de sa vie de façade. 

Le théâtre vole alors en éclat et c'est toujours dur à comprendre. La plupart des aidants considérant que la personne allait bien avant cet épisode dépressif, voudront alors la réinstaller dans son ancienne vie. Alors que bien au contraire, il faut l'aider dans la destruction de tout ce faux-semblant pour reconstruire sa propre vie basée sur ses attentes véritables. Il faut justement lui éviter de devenir comme Eliza Doolittle, le personnage central de Pygmalion.

Le patient suradapté se distingue toujours par une énorme volonté de bien faire, voire de trop bien faire. Ils vous scrute, vous observe, croyant pouvoir encore une fois copier des attitudes et des pensées afin de changer en mieux. De fait, il ne tente que de retourner à son état antérieur avec la même stratégie de surdaptation. 

Il faut toujours savoir les décourager dans leurs entreprises mimétiques. Il ne faut surtout pas qu'il "plaquent du mécanique sur du vivant". Il faut décourager leur envie de stéréotypie, leur soif d'imitation, leur envie de ressemblance. Il ne s'agit pas de les rejeter mais simplement de leur faire comprendre que "moi, c'est moi et que toi, tu es toi". Il s'agit simplement de les réconcilier affectivement avec eux-mêmes en les faisant découvrir leurs vrais besoins.

"L'homme raisonnable s'adapte au monde ; l'homme déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le mond eà lui-même. Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable".
George-Bernard Shaw

04 juillet, 2014

Enigmes !


C'est un peu la mode dans certains entretiens de recrutement. On vous balance une énigme que l'on vous propose de résoudre. Ce n'est évidemment pas la solution qui intéresse le futur employeur mais la manière dont vous vous proposez de la résoudre. Si vous claquez la gueule du recruteur pour qu'il vous donne la réponse (méthode Gringeot), que vous trichez en pianotant discrètement sur votre Iphone sous la table (méthode Jean Sablon) ou encore que vous noircissez des pages d'équations absconses en vous proposant de démontrer l'existence de Dieu afin qu'il vous donne la solution (méthode Chaton), que vous vous levez en lui disant que ça vous fait chier de répondre à cette question débile (ma méthode) vous risquez d'apparaitre comme un type violent, un pur escroc, un mec compliqué ou encore un gros branleur. 

Bref, vous l'aurez compris, peu importe le résultat de l'énigme, c'est la manière dont vous tentez de la résoudre. Tant mieux si en plus vous trouvez la solution mais en revanche, tenter à tout prix d'élucider l'énigme n'est pas à faire. C'est scolaire et cela prouvera juste que vous aimez perdre votre temps et que chez vous, les étagères doivent être encombrées de casse-têtes chinois et que vous aimez encore jouer avec un rubik's cube. A moins que vous ne passiez pour le gars qui, ayant peu confiance en lui, se jette à corps perdu dans la résolution de l'énigme pour mériter la reconnaissance du recruteur.

Mercredi, c'est Le Touffier qui semblait bloqué sur la résolution d'une énigme. Ayant décidé que tous ceux qui étaient à la séance de cafing étaient intelligents, le voici qui nous en parle. Bien sur, glandeurs comme nous le sommes, il était hors de question que l'on passe plus de deux minutes sur le sujet. D'une part, parce que l'on se branle de savoir à partir de quel étage une noix de coco se brise et enfin parce que de notre point de vue, la résolution d'énigme est à apprécier à l'aune du Sudoku : c'est un truc que l'on fait quand on se fait vraiment chier et qu'on n'a vraiment rien d'autre à faire.

C'est ainsi que si l'on n'a pas résolu l'énigme consistant à deviner à partir de quel étage une noix de coco se briserait si on la lançait, l'échange nous a tout de même permis de dégager de grandes lignes concernant les résolution d'énigmes en général.

Il en ressort que face à une énigme posée soit par un magazine, soit par un site de surdoués où tout un chacun fait assaut d'intelligence, on ne doit jamais passer plus de deux minutes sur le sujet. Si l'on passe plus de deux minutes sur le sujet cela prouve deux choses :
  • D'une part soit que l'on a une piètre estime de soi-même et que l'on cherche l'épreuve ultime qui nous rendra grâce et fera de nous le géant de nos rêves. L'énigme devient une sorte de Graal, le process par lequel on ne devient pas intelligent mais le chemin qui nous prouverait enfin que l'on est intelligent. C'est triste au moins autant qu'un chien qui ferait le beau pour une croquette.
  • D'autre part soit que l'on n'a pas d'amis et que l'on vit seul dans un studio encombré d'ordinateurs et de boites de pizza vides. La résolution d'énigmes reste alors la seule stratégie de survie qui empêche le passage à l'acte chaque fois que l'appel du suicide résonne en nous. Résoudre une énigme permet alors de mobiliser le système nerveux central en empêchant l'angoisse.

  • Dans ces deux cas, le mieux est de consulter votre médecin généraliste qui le cas échéant vous prescrira un traitement adapté et vous enverra voir un psy.  Le manque de confiance en soi, tout comme l'angoisse ou l'isolement affectif ne sont pas des fatalités contre lesquelles on ne puisse rien tenter. Cependant résoudre des énigmes ne règlera jamais le problème, sinon les chercheurs de chez Lilly (par exemple) n'auraient pas sorti le célèbre Prozac mais des magazines de jeux.

    Bref parfois, l'intelligence ne se mesure pas à la capacité à résoudre une énigme ou régler un problème mais simplement à la rapidité avec laquelle on décide de s'en foutre pour se consacrer à des choses plus intéressantes.




    Énigme : Comment évaluer le poids d'un cheval à partir d'un sac de pommes de terre.

    Stratégie IVL !


    Depuis que je parle des succès de Jean Sablon, surnommé aussi le chacal, nombreux sont les messages que l'on m'adresse à ce propos. Si une de mes lectrices m'explique qu'elle lui aurait volontiers coupé les c....... parce qu'elle déteste ce genre de suborneurs (véridique), force est de constater que ce sont plutôt des hommes qui me demandent les recettes de son succès.

    Récemment encore, un de mes chers patients qui me parlait de l'éventualité d'inviter une fille à prendre un verre ne pouvait se résoudre à agir normalement de peur de ne pas être le mâle alpha ! Encore une fois, je vantais les mérites qu'il y a à être simplement soi-même quitte à expliquer à la demoiselle en question que l'on est un peu réservé. Rien ne sert de vouloir apparaître pour celui que l'on n'est pas. Cela mobilise une énergie considérable et fragilise. Être simplement soi-même, c'est prendre le parti d'éviter l'anxiété d'anticipation pendant que l'on cherche à construire son personnage, sa pantomime pédante, et le risque d'être ridicule en passant pour un fake, un héros en carton.

    Finalement, c'est très simple d'adopter la bonne stratégie et l'on est bien loin des conseils plus ou moins alambiqués des sites dédiés à la drague. Du moins ds conseils que j'ai lus, car je ne doute pas que certains de ces sites puissent prodiguer d'excellentes tactiques. Nul besoin d'avoir suivi le parcours du combattant nid'avoir échafaudé des théories complexes pour devenir un PUA et pour engranger les succès. La recette est simple. Elle tient en peu de chose et voyant Jean Sablon agir, je l'ai appelée la stratégie IVL.

    Il ne s'agit pas de chiffres romains mais des lettres I,V et L.  I pour Intérêt, V pour Valorisation et L pour Liquette. Parce que j'ai noté que le secret était bien simple. Plutôt que de tirer la couverture à soi en racontant ses succès comme le feraient la plupart des hommes, Jean sablon s'intéresse à la femme qu'il tente de circonvenir séduire.

    Il l'écoute, quel que soit l'intérêt qu'il porte à son babil. C'est le I de la stratégie. Nul besoin de se couvrir maladroitement de gloire en racontant ses succès sportifs ou professionnels, de faire assaut d'intelligence ou de testostérone ! Les exploits de l'employé de bureau parisien sont lassants à la longue. Nul besoin non plus de parader en Harley-Davidson ou grosse Honda, de jouer le beau en Jaguar, aucun investissement n'est requis. Comme chez Mc Do, venez comme vous êtes !

    Exemple 1 :
    Fille : J'étudie le serbo-croate.
    Jean Sablon : Ah bon ? C'est super intéressant, comme cela tu peux parler avec des Serbes et des Croates.

    Exemple 2 :
    Fille : J'étudie le serbo-croate.
    Crétin : Ah ok, moi j'ai fait l'ENS, HEC et l'X. J'ai un gros salaire et une voiture énorme.

    Vient ensuite le V de la stratégie, phase au cours de laquelle, Jean Sablon valorise la demoiselle. Là où le crétin de base, entrerait dans une lutte pour montrer qu'il est plus beau, plus fort et plus grand, notre séducteur laisse filer le poisson en refusant toute confrontation. Il valorise sa proie, sans se diminuer pour autant. Tel le chasseur à l'affut sous le vent, il disparait presque ne laissant qu'un miroir offert dans lequel la demoiselle se mirera.

    Exemple 1 :

    Fille : oui je peux aller dans l'ex-Yougoslavie et me faire comprendre.
    Jean Sablon : tu dois être intelligente car il parait que c'est une langue très difficile.
    fille : (sourire timide) Je ne sais pas mais merci du compliment.
    Jean Sablon : De rien c'est sincère.
    Fille : Cela se sent que tu es quelqu'un de sincère parce que tu t'intéresses vraiment aux gens.

    Exemple 2 :
    Fille :Ah désolée, je ne suis qu'une étudiante en faculté.
    Crétin : non ce n'est pas ce que je voulais dire ...
    Fille : (regardant sa montre) Oh il se fait tard. Salut, c'était sympa, à plus.
    Crétin : Mais euh, je n'ai pas ton numéro !
    Fille : ... (on entend juste la porte du café qui se claque)

    Évidemment, ramage et plumage doivent être coordonnés. Inutile d'adopter cette stratégie IVL si tout dans votre manière d'être vient contredire la nature de vos propos. si vous descendez de votre Audi TT cabriolet en agitant votre Rolex en portant des vêtements arborant ostensiblement une marque de luxe, c'est fichu. La stratégie IVL est celle du garçon bien qui cherche une fille bien, pas celle du mac qui voudrait une roulure !  D'où l'importance du L pour Liquette. La liquette, c'est la preuve que l'on assène à la personne que l'on est quelqu'un de normal et non un pitre surpris en pleine comédie.

    Parce que notre ami Jean Sablon ne fait pas de frais de toilette particulier. Non, un simple jean et une liquette en coton font l'affaire. Manches longues l'hiver avec un pull col en v et manches courtes l'été avec poche de poitrine plaquée, ni plus, ni moins. Et toujours dans des couleurs neutres ou passe partout : blanc ou bleu clair. La fantaisie est proscrite ! La liquette en coton, c'est le suaire de Turin du vrai séducteur, du simple en esprit, qui prend l'autre en considération et se présente à lui sans forfanterie. La liquette de coton, c'est l'uniforme de celui qui abandonne tout égo démesuré pour valoriser autrui en témoignant de sa volonté de communiquer vraiment. C'est très abordable, ça se trouve même à moins de dix euros ici. Jean Sablon achète les siennes sur le marche de La Chaise-Dieu en Auvergne.

    On ne se met pas trop en valeur, on met l'autre en valeur. On ne joue pas le kéké sorti de salle de sport, le cheveux gominé avec un pull ouvert sur des pectoraux épilés cherchant sa cagole, on est un type normal et on le montre. On est à fond dans la stratégie IVL et non dans une drague lourde et maladroite qui sent de loin la lecture des sites de drague. On ne pêche pas à la dynamite, encore moins avec un chalut, on pêche à la mouche et c'est un truc d'expert !

    Vous l'aurez compris, on gagne toujours à être simple, c'est à dire à être soi-même.

    "Il y a quelque chose de plus haut que l'orgueil, et de plus noble que la vanité, c'est la modestie, et quelque chose de plus rare que la modestie, c'est la simplicité"
    Rivarol

    30 juin, 2014

    Le mort de faim !


    Je connais un type, un de mes patients, qui pour diverses raisons, est resté en état semi-comateux depuis trente ans. Ayant branché le pilotage automatique, il s'est contenté de peu. Un psychiatre dirait qu'il était "stabilisé". C'est leur mot pour désigner leur mission : rendre quelqu'un inoffensif envers lui-même et les autres.

    Pour cela c'est simple, soit on prescrit des médicaments soit on encourage le patient à adopter des attitudes l'amputant totalement et définitivement de ce qu'il est. Mais certaines personnes sont si douées qu'elles savent d'elles-mêmes et sans le recours à la faculté s'administrer le même traitement.

    Elles font alors de leur vie, si ce n'est un enfer, du moins quelque chose de morne et triste. Et comme l'esprit humain s'habitue à tout, nous encourageant à croire à l'évidente plasticité du cerveau, elles parviennent ainsi à vivre ainsi qu'un condamné au mitard, en voyant passer les jours les uns après les autres comme le condamné qui dessinerait des petits bâtons sur les murs de sa cellule.

    Alors voici que ce pauvre type, au bout de trente ans de mitard, retrouve par le plus grand des hasards son amour de jeunesse. Certes les années ont passé mais le mythe est encore vivace. C'était la femme de sa vie, ce sera encore celle-la. Et le voici qui fait des kilomètres pour la retrouver tous les weekends, ne sachant que lui offrir pour la mériter de nouveau.

    Elle l'a connu adolescent alors vous pensez si elle sait tout de lui, tout de ce qu'il était avant de devenir cet homme pénétré de sagesse. Ses fausses certitudes sur la vie et l'avenir, elle n'en a cure, elle sait aisément accéder à son intimité émotionnelle qu'il tente maladroitement de cacher derrière des défenses assez communes. 

    Elle n'a pas de talent particulier si ce n'est le talent de ceux qui pensent avoir tout compris et osent en croyant agir volontairement alors que tout ce qui se joue existe malgré eux. Un peu comme un enfant qui soufflerait en l'air et verrait les nuages bouger, elle ne se rend pas compte que le processus qui s'opère existe malgré elle et non à cause d'elle.

    Quant à lui, ce benêt, il a tant abdiqué émotionnellement qu'il est prêt à croire à ces tours de magie. Alors à deux, ils s'enfoncent dans une histoire d'amour qui n'en est pas vraiment une. Tandis qu'elle lui enseigne ce qu'elle croit avoir compris de l'âme humaine, au prix d'une longue psychanalyse, lui avale tout comme un seul homme, croyant avoir trouvé le Graal ! Alors que l'infirmière vient juste de lui planter une perfusion de glucose dans le bras, il se croit attablé chez Ducasse.

    Le voilà qui revit et l'infirmière lui parle et parle encore. L'un et l'autre, tels deux fous engagés dans une folie à deux, croient dur comme fer à ce qui leur arrive. Elle toute fière de ses acquis psychanalytique se persuade qu'elle lui donne le meilleur sans se douter qu'il ne s'agit que de glucose. Lui, mort de faim depuis trop longtemps, se convainc que le quignon qu'on lui a donné à rogner est ce qu'il attendait depuis toujours et que ce n'est que le début.

    Mais ce qui se jouait n'était qu'un transfert et contre-transfert. Tandis que personne n'aurait pu l'aider tant il était muré dans sa solitude et ses certitudes, elle l'a pu sans s'en rendre compte. Amour de jeunesse nimbées de tendres souvenirs de ces temps mille fois bénis, ce sont ces réminiscences qui ont agi et ouvert le coeur hibernant de notre vieil ours.

    Et comme elle n'était pas si maligne que cela, elle n'a rien compris de ce qu'elle avait fait. Elle avait la clé de son cœur, le code secret qui ouvrirait le coffre de ses sentiments et elle en a usé. Elle a ouvert la lourde porte d'acier qui gardait là intact ces joyaux mais n'en a eu cure. Car une fois dans ce coffre, elle a jugé qu'il sentait le renfermé et que la poussière s'y était accumulée. Toute autre qu'elle aurait été ravie de se parer d'aussi merveilleuses pierreries mais elle, s'est juste empressée de prendre plumeau et chiffon pour tenter de nettoyer la grotte aux trésors.

    Quand le sage montre la lune du doigt, l'idiot regarde le doigt, dit un proverbe chinois tellement vrai. C'est sans doute ce qui s'est passé. Peu importe que l'histoire n'ait pas marché. Au pire c'eut été un moment de grâce, comme celui que Blondin nous fait traverser dans Un singe en hiver. Gabriel Fouquet et Albert Quentin reparte chacun de leur côté mais il s'est passé quelque chose ! 

    Tandis que là, elle est repartie sans jamais rien comprendre tandis qu'il se lamente d'avoir été si adorablement appâté sans qu'il n'y ait eu de suite. Après sa perfusion de glucose, il s'attendait à de l'Ambroisie, il n'aura eu qu'une soupe claire dans laquelle nageait quelques morceaux gras de psychologie rudimentaire, de l'aliment pour neuneu sous-cortiqué. 

    Elle ne le comprendra jamais et croit dur comme fer aux fausses raisons qu'elle se donne. Lui, il est si sensible qu'il se demandera toujours ce qu'il n'a pas su offrir pour continuer avec elle.

    Pauvre bonhomme, elle ne te méritait plus. Parfaite ou presque à quinze ans, peut-être n'a-t-elle pas donné tout ce que tu avais rêvé qu'elle produise. Toutes les vignes ne promettent pas de grands crus classés et certains petits vins sont tout juste bons à boire immédiatement.

    Elle aura su le réveiller et c'est éjà ça. Maintenant qu'il a compris qu'il avait encore faim et qu'il n'était pas un mort vivant, il lui reste à trouver celle qui saura se montrer à la hauteur. En attendant, remercions la Providence de ce cadeau qu'elle lui aura fait sans s'en rendre compte : le ramener à la vie. Et quand on connait son métier, c'est un joli pied-de-nez du destin. 

    Et puisque j'en étais à citer Nicola Sirkis dans l'article précédent, pourquoi ne pas citer carrément Michel Fugain ?

    C'est un beau roman, c'est une belle histoire
    C'est une romance d'aujourd'hui
    Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard
    Elle descendait dans le midi, le midi
    Ils se sont trouvés au bord du chemin
    Sur l'autoroute des vacances
    C'était sans doute un jour de chance
    Ils avaient le ciel à portée de main
    Un cadeau de la providence
    Alors pourquoi penser au lendemain
    Une belle histoire, Michel Fugain, 1972

    29 juin, 2014

    Peopolization et tolérance !


    Jean Sablon et moi au Stade de France !

    L'intérêt d'avoir quelques notables, personnes connues voire quelques peoples dans sa clientèle c'est qu'on peut jouer le crevard et être invité un peu partout comme si l'on était soi-même un people. Pour moi, lorsque cela arrive, c'est l'heure de gloire, la minute de vraie vie, l'instant magique qui me sort de ma médiocrité et qui me fait dire que j'ai beau rouler en Visa, je ne suis pas n'importe qui quand-même !

    Vendredi soir, j'étais ainsi au Stade de France. Comme j'avais plusieurs places, j'ai emmené Lapinou et sa copine Lison et puis Jean Sablon, parce que lui, il ne fait jamais rien et que c'est un peu un dalleux et que boire et bouffer à l’œil, il aime bien.

    Pendant que les fans avaient passé la nuit sur place pour espérer avoir une bonne place sur la pelouse, moi je suis arrivé juste à l'heure en retirant les places à mon nom. Et on nous a bien précisé de mettre les bracelets noirs. A peine passés le contrôle de sécurité, effectivement une jeune nana avisant nos bracelets s'est chargée de nous emmener dans les tribunes.

    Le plus rigolo c'est quand deux nanas m'ont demandé comment on faisait pour avoir ces bracelets et moi j’ai juste répondu que je n'en savais rien et que c'était mon attachée de presse qui réglait les détails en désignant la petite Lison. Putain quel gros con je peux être quand je m'y mets ! Heureusement que je suis un obscur parce que sinon j'aurais la grosse tête et que j'organiserais sans doute mes anniversaires à la Voile rouge en prenant une douche au champagne ! De toute manière, l'établissement étant fermé, je ne regrette rien ! Mais bon, croyez-moi avec de l'argent et de la notoriété, j'aurais fini socialiste ! Plein aux as et sans vergogne, j'aurais maltraité ma femme de ménage en défendant les sans-papiers, j'aurais milité pour l'élection de Hollande tout en optimisant ma stratégie fiscale.

    Moi qui ne suis rien, j'aime bien observer les nantis et les puissants et notamment les fameux peoples. Ils sont rigolos à regarder. Comme la place grouillait de gens connus, c'était assez drôle d'observer ces gens en buvant du champagne. Jean Sablon et moi étant parfois un peu langues de putes, du fait de notre anima qui nous fait nous comporter comme des mégères, on s'étonnait que Machine fasse si vieille alors qu'à la télévision elle soit bien et on trouvait que Truc devait mentir quand il assure avoir arrêté la picole. Quand à Chose, je veux bien me faire dentelière s'il ne prend pas de coke ! Désolé de ne pas citer les noms mais je suis déjà sous contrat avec Closer !

    Et puis le plus rigolo, c'est de voir ces gens ayant au minimum mon âge mais le plus souvent dix à vingt ans de plus tenter de jouer les djeuns alors que ça ne rime à rien. Moi cette attitude me fera toujours penser à Pierre Richard dans Les Compères expliquant à Depardieu qu'il sait parler aux jeunes et entrant en disant "cool la basse, chouette la rythmique" avant de se prendre un coup de boule. Vous voudrez bien me pardonner mes piètre références cinématographiques au passage. 

    Mais bon, mon père qui est né en 1929 et a connu le phénomène Zazou dans les années quarante ne me fout pas la honte en s'attifant avec une veste trop grande et en swinguant en marchant ! Il a su vieillir dignement. Putain, pourquoi quand ces péquenots abordent la soixantaine, s'obstinent-ils à se balader habillés en noir, mal rasés, les mains dans les poches, en se dandinant comme des ados désœuvrés. Je lance une question, comme ça rapidement, à la hâte : les peoples seraient-ils globalement des trous du cul immatures ? 

    Jean Sablon et moi, on était venus comme d'habitude. Pas d'efforts particuliers ! Pas de jeans slims noirs ni de casquettes ! Un bon jean acheté au supermarché du coin faisait l'affaire ! Jean sablon avait même une petite liquette en coton, le genre de chiffon vendu 10 euros sur un marché de campagne, ce qui ne l'a pas empêché de jouer le beau et de choper comme un grand. Comme quoi, la classe, on l'a ou pas et c'est pas des frusques de marque qui changeront la donne. Y'a des trucs que l'argent n'achète pas !

    A ce propos et pour conclure, j'ai souvent des commentaires qui me reprocherait un certain sexisme ce qui est bien sur faux parce que chacun sait que je suis super tolérant et d'ailleurs Manuel Valls est mon ami sur Facebook. Mais cela ne suffit pas et c'est ainsi, que dernièrement encore, une fâcheuse semblait déceler dans mes propos le germe ténu d'une probable homophobie latente à cause de mon article sur les limites de l'animus ! Putain, qu'est-ce qu'il ne faut pas lire quand même ! A tous ceux là, ces flics de la pensée qui passent leur temps à chercher des poux dans la tête des autres, je voudrais dire qu'il y a soixante-mille personnes, que dis-je des témoins, qui nous ont vus, Jean Sablon et moi chanter à tue-tête "3ème sexe". Alors si c'est pas une preuve ça ! Je n'y comprends plus rien.

    Et on se prend la main
    une fille au masculin
    un garçon au féminin
    et eux ne valaient rien
    et on n'en a plus besoin
    3ème sexe, Indochine, Paroles Nicolas Sirkis

    Placid et Muzo et Blaise Pascal !


    Comme vous vous en doutiez mon article récent sur Placid et Muzo a déchainé les passions. Il semblerait qu'une guerre larvée puisse prochainement opposer les ingénieurs aux littéraires et autres juristes. Esprit de géométrie ou esprit de finesse, le débat pascalien est encore vivace. Qui l’emportera ? Nul ne le sait encore !

    J'en veux pour preuve qu'un de mes patients, diplômé de l'école des Mines, m'ait assuré que pour lui il était clair que Placid fut un ours dès le début. Pour lui, c'était clair comme de l'eau de roche et il argumente en m'expliquant qu'une souris eut été beaucoup plus petite que Muzo le renard. Pour lui, c'est une question qui n'a même pas à être discutée, c'est une évidence : il n'y a pas de souris de cette taille ! 

    Selon cet ingénieur de talent, ce serait une aberration de considérer qu'un individu appartenant au genre mus puisse être aussi grand. Deux jeunes centraliens centraliens confirme cette thèse et je regrette de ne plus avoir de polytechnicien en ce moment dans ma clientèle pour avoir un avis supplémentaire. D'ores et déjà, on peut comprendre que Placid et Muzo se placent en bonne position parmi les ouvrages requis pour préparer sereinement une grande école d'ingénieurs.

    A l'opposé, chez les littéraires, on se range de mon côté. C'est ainsi que Jean sablon, historien émérite, est d'avis que Placid ressemble plus à une souris qui aurait été dessinée par un enfant différent. Un jeune avocat, sans doute futur ténor du barreau, est aussi d'avis que tant les oreilles rondes surdimensionnées que que le museau fin et pointu font penser évidemment à une souris. suite à la lecture de mon blog, il a d'ailleurs écrit à Disney afin de leur proposer de les représenter lors d'un éventuel procès pour contrefaçon n'hésitant pas à qualifier Placid de copie servile ! Encore une fois, il est intéressant de comprendre que pour préparer un capes ou le barreau, la lecture de Placid et Muzo s'impose.

    Le célèbre débat initié par Pascal est donc toujours d'actualité. De mon côté, je me propose de créer un test psychotechnique simple et efficace. Après avoir proposé d'observer un dessin représentant Placid, le candidat devra répondre s'il s'agit d'un ours ou d'une souris. Tandis que les premiers seront orientés vers des carrières littéraires et se verront proposer des carrières nécessitant de l'imagination et de la finesse, les seconds se verront proposé d'intégrer des écoles d'ingénieurs pour ensuite monter des murs bien droits ou percer des trous bien ronds. Simple et efficace !

    Ceux qui cocheront les deux cases en estimant qu'il s'agit soit d'une sourours ou peut-être d'un oursis ouvriront un blog traitant d'astrologie après leurs études d'ingénieurs !

    Différence entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse. En l'un, les principes sont palpables mais éloignés de l'usage commun. Mais dans l'esprit de finesse, les principes sont dans l'usage commun et devant les yeux de tout le monde.
    Pensées, Blaise Pascal (1670)

    22 juin, 2014

    Incroyable, où j'apprends des trucs fous !


    Alors que je vous raconte un peu ma vie ! quand j'étais tout petite, je lisais tout le temps, de tout, des trucs bien et des conneries. Dans les trucs bien entre autre, il y avait l'encyclopédie Larousse dont je prenais les volumes les uns après les autres et que je feuilletais au hasard. Autant, j'étais un élève très moyennement impliqué, autant j'étais super concentré quand je lisais.

    En revanche, j'étais aussi très éclectique et lisais tout un tas de daubes sans nom. Il m'arrivait même de demander de l'argent à ma mère pour aller acheter Pif Gadget. C'était à chaque fois l'enfer parce que ma mère ne voulait pas qu'on file du blé aux cocos. Eh oui, Pif le chien sous ses airs bonasses était un putain d'agent rouge, un fieffé membre du KGB ne désirant qu'une chose : nous réduire tous en esclavage, nous fourguer des Ladas, nous faire bosser dans un kolkhoze ou des Kombinat crasseux. 

    Et comme ma mère aimait bien les Mercedes et les Alfa-roméo, le communisme ce n'était pas trop son truc. Il était donc hors de question que notre bél finisse dans les poches des gens de la Place du Colonel Fabien pour ensuite être rapatrié à Moscou où il financerait des goulags. Mais bon, j'ai eu des Pif Gadget, même que j'ai eu les pois sauteurs mexicains dont tous les mecs de ma génération se souviennent. 

    Bref, je lisais beaucoup et de tout, du meilleur et du pire. C'est sans doute parce que j'avais une très bonne vue et pas de culs de bouteille sur le nez et que je ne lisais pas que des trucs sérieux que je n'ai pas fait l'X ou bien l'ENS. Sinon, aujourd'hui croyez moi, je ne tiendrai pas un blog comme celui-ci. Mon épouse se pavanerait en montrant son solitaire et en disant que j'ai une "grosse situation". Salauds de communistes, si je ne suis pas associé chez Accenture c'est de leur faute : tout ça à cause de Pif le chien !

    Mais pourquoi vous parler de tout cela ? Ah si simplement parce que cette marotte ne m'a jamais quitté. Je lis toujours beaucoup, tout le temps, partout. Par exemple je lis aux toilettes. D'ailleurs puisque je suis ici et que j'y écris souvent pour ne rien dire ou pas des choses intéressantes, j'ai assisté voici deux semaines à un échange prodigieux. Madame T. se plaignait que son ingénieur de mari lise aux chiottes et mon épouse, pluôt que de se taire, de répondre "ah oui, Philippe est pareil". Mais putain est-ce que cela regarde Madame T. ce que je fais aux chiottes ! 

    Ceci dit, l'ingénieur se contente de Télé7jours alors que moi j'ai une vraie littérature-chiotte. Voici quelques temps par exemple un médecin m'avait adressé une patiente ayant déjà publié et bien j'ai lu tout son roman le cul calé sur les gogues. Bien sur quand je lui ai dit que j'avais apprécié son livre je ne lui ai pas dit où je l'avais lu. J'ai préféré la laisser penser que je l'avais dévoré place de la Sorbonne. C'était un parfait bouquin à lire aux toilettes, pas trop mal écrit mais pas tellement prenant non plus et permettant de le lire par tranches de cinq minutes. Peut-être que son éditeur aurait du faire mettre un bandeau "spécial gogues" sur le livre pour augmenter le tirage !

    Sinon, je lis aussi affalé sur mon canapé quand je regarde la télévision. Ce qui fait que toutes les cinq minutes, je demande : qu'est ce quis 'est passé ?". J'ai beau jouer le beau et faire croire que je peux mater la télé et lire mais en fait, je me concentre pour lire et je rate des trucs quand c'est un film. Alors sur ma tablette j'ai perpétuellement quarante onglets ouverts sur Firefox et je navigue de l'un à l'autre. Une fois encore, je lis des trucs sérieux ou pas. Dans les sérieux, ce sont souvent des trucs de politique ou d'histoire. Sinon je me bloque sur Le bon coin et je mate des annonces de bagnoles ou de bécanes comme un gros blaireau.

    Et bien sur, je lis wikipédia comme quand j'étais petit et que je taxais les volumes de la grosse encyclopédie. Et là, je navigue de liens en liens, lisant tout et n'importe quoi. Comme j'ai bonne mémoire, je me souviens assez bien des trucs. Parfois cela me permet d'avoir une minute de gloire comme le soir où quelqu'un me parlant d'un lac d’Auvergne, j'eus la gloire de lui dire qu'il était méromictique. Et comme l'ignare me pressait de lui expliquer pourquoi je connaissais cela, j'eus le plaisir de lui dire que parmi mes marottes nombreuses je comptais la limnologie

    Et voici qu'il y a quelques jours, parti de je ne sais où, je m'intéressais subitement aux dessinateurs. Enfin, c'est de liens en liens que j'arrivais sur ces pages et les noms m'évoquant des souvenirs de jeunesse, je cliquais et j'appris donc que le dessinateur de Placid et Muzo, se prénommait Jacques Nicolaou et était né à Chatenay-Malabry tout près de chez moi.

    Bon Placid et Muzo était une bande dessinnée assez naze dont les gags frisaient le grotesque et le dessin l'amateurisme. De plus, c'était publiqué dans Pif gadget, le journal de cocos dont je parlais ! Mais, bon négociateur, je parvenais tout de même à taxer de temps à autre les trois francs que cela coutait pour m'offrir un Placid et Muzo poche ! C'était de petits bouquins carrés présentant une histoire par page se terminant toujours par un gag stupide. C'était con mais même si je n'appréciais pas vraiment, comme je lisais vite, parfois je n'avbais que cela à me mettre sous la dent chez le marchand de journaux, alors je faisais la vie à ma mère pour qu'elle m'en achète.

    Et là, en lisant l'histoire du dessinateur et ces héros, j'apprends que Placid est un ours noir tandis que Muzo serait un renard. Placid moi, j'ai toujours cru que c'était uen souris, une sorte de grosse souris, une sorte de copie de Mickey dessinée par un mec pas doué en dessin justement. Alors comme j'étais persuadé que ce gros con de Placid était uen souris, j'en avais déduit que Muzo était un écureuil !

    Entendons-nous bien, je sais différiencier un renard d'un écureuil et je trouvais que Muzo avait plutôt une dégaine de renard. Mais bon, comme il faisait la taille de la souris à côté de lui, je m'étais dit que le mec avait juste raté son dessn d'écureuil comme il avait raté celui de sa grosse souris. Parce que je trouvais cela con qu'un renard, si Muzo en était bien un, fasse la taille d'une souris ! J'avais beau être tout petit, on ne me la faisait pas et j'avais le sens des proportions moi ! Ce que j'avais sous les yeux, les deux personnages abrutis dont je lisais les gags idiots ne pouvaint être qu'une souris obèse  et un écureuil mal dessinés !

    Mon cul oui ! Voilà ce que Wikipédia m'aura appris : Placid est un ours noir et Muzo un renard. Et en plus, j'ai vérifié sur plusieurs sites, vous pouvez me croire. Bon, maintenant, il ne me reste qu'à trouver le moment ad hoc pour sortir ma science. Après tout, j'ai bien réussi à placer "méromictique", il n'y a pas de raison que je n'assène pas un jour à la face d'un crétin que Placid est ours noir et qu'il peut vérifier et qu'on peut même parier !

    Sur ce, je vous quitte là, maintenant que ma mission est remplie. Je vous remercie de m'avoir lu jusqu'au bout. Je me sens un tout petit peu coupable de vous avoir pris autant de temps pour lire un article si long et présentant finalement peu d'intérêt. Mais qui sait, je n'étais peut-être pas me seul à me méprendre sur Placid ! Si j'ai pu vous rendre service, j'en suis ravi ! Peut-être que demain, les langues se délieront dans les bureaux.

    - Dis tu sais pas, en fait Placid c'est pas une souris, c'est un ours noir ! 
    - Ah bon, t'es sur ?
    - Ouais et Muzo un renard !
    - Putain, c'est pas un écureuil lui ?
    - Nan, c'est un renard !
    - Mais c'est super mal dessiné comme personnages.
    - Ben oui, mais c'était pour les gosses des communistes, autant dire des fils d'ouvriers, alors ils allaient pas prendre des stars.
    - Non, et puis les bons dessinateurs c'est cher !
    - Enculés de communistes ! En tout cas merci pour l'info.

    Putain ce gag désopilant !

    17 juin, 2014

    Interlude !

     
    Il devient de plus en plus dur de se procurer de bonnes photos de marcassins ! Un jour, je vais m'énerver, je vais m'acheter un super appareil-photo et je vais aller planquer dans la forêt de Rambouillet pour en photographier quelques uns ! J'aurai ma collection privée de photos de marcassins, sans doute la plus importante du monde et je pourrai balancer autant de photos que je veux !

    Mais où va le monde !

    16 juin, 2014

    L'amour !


    Ouh la la, c'est qu'il en a du chagrin mon jeune patient ! Comprenez que le pauvre lassé de jouer les utilités auprès d'une femme qu'il aimait a préféré rompre que de rester l'éternel amant auquel elle ne proposerait jamais rien.

    Il faut dire qu'il a pris des risques, il s'est jeté sur la plus belle du bureau et une femme mariée en plus. Au début, il s'en foutait, il paradait à son bras, ravi d'avoir chopé la fille sur laquelle tous les hommes jetaient des regards envieux. Et lui, il faisait son petit mac, ravi d'être enfin le PUA de ses rêves ! Et qu'il ramène la donzelle chez lui pour des nuits torrides, et hop à part le weekend, c'était la fête du slip tous les soirs.

    Sauf qu'il s'est attaché mais qu'elle, plus madrée et calculatrice, lui a fait comprendre qu'elle ne divorcerait pas. Certes elle adorait la sensibilité, la bonne éducation et les coups de rein de mon patient, mais plus encore l'appartement à Courchevel et les vacances aux Bahamas que lui procurent son friqué de mari.

    Et là, ce fut la débandade parce que ce n'est pas facile de s'apercevoir que même s'il y eut des sentiments de la part de madame, ça n'allait pas plus loin que ceux qu'une femme de riche producteur de Bervely Hills aurait pour son jeune amant mexicain, celui dont elle aime tant la peau cuivrée et les pectoraux virils ! 

    Mais bon, de là à vivre comme un pauvresse en bouffant des tacos et en roulant dans un vieux Ford F150, il y a des limites ! Les truffes c'est bon, les boutiques de Rodeo Drive sont sympas et le cuir de la Bentley plus agréables pour des petites fesses façonnées à grands coups de Pilates. C'est pas demain la veille que la belle allait abandonner son coiffeur visagiste ni son coloriste attitré pour se faire sa couleur avec un produit acheté en supermarché dans un lavabo ébréché.

    Et alors là mon pauvre petit patient est tout déconfit. Certes, voyant que cela ne mènerait nulle part, c'est lui qui l'a larguée. Mais bon, sans doute qu'au fond il espérait qu'elle le rattraperait au vol en lui promettant le divorce rien que pour vivre avec lui. Ben non ! Elle préfère les avantages financiers procurés par un mec qu'elle aime un peu à l'indigence relative d'un type pour qui elle voue une passion. Face à cette passion, la raison l'emporte : cette femme est une tueuse !

    Alors mon petit patient est encore plus triste. Certes il est assez intelligent pour savoir qu'ayant pris le risque d'aller avec une femme mariée, il doit en assumer les conséquences. Il est aussi suffisamment malin pour comprendre qu'ayant chopé au bureau, il va maintenant devoir se fader l'élue de son coeur tous les jours, sachant qu'elle ne le calcule même plus. Il est même prêt à admettre que c'est une putain de salope ! Bref, il est partagé entre la colère et l'abattement ! Son état oscille entre "je la hais cette pute" et "pourquoi m'as tu fait ça". Bref, il dérouille le pauvret.

    Et moi, il me demande ce que j'en pense. Ben, j'en pense pas plus que lui, à savoir que séduire une fille du bureau et qui plus est une mariée c'était un peu chaud et qu'ayant joué il a perdu et puis voilà. Il s'en remettra même si je comprends l'orgueil mâle blessé ! Comme je lui rappelle sans cesse, c'est moins grave que s'ils avaient deux enfants et une baraque en commun ! Il se remettra dans quelques temps. Le problème chez les jeunes c'est qu'ils veulent tout, tout de suite ! Mais la vie n'est pas un putain de jeu vidéo sur lequel on peut annuler la partie et rejouer.

    Alors je lui ai dit que puisqu'il comprenait tout cela mais qu'il se sentait toujours mal, il fallait faire un parallèle avec la toxicomanie, le syndrome de sevrage. Parce qu'être amoureux, c'est englué dans l'amour mais surtout être baigné et submergé par au moins trois hormones différentes : la phényléthylamine pour la passion, la dopamine pour l’insoutenable attente de nouvelles ou l’ocytocine pour les câlins.

    La phényléthylamine (PEA) possède de puissants effets euphorisants et excitants ; elle pousse à l’hyperactivité. Elle est l'hormone de la passion qui fait passer des heures en compagnie de l’être aimé sans pouvoir arrêter de parler et d’échanger ou qui fait passer des nuits d’amour sans fin.

    La dopamine, c'est l’hormone de la récompense. Elle sert à nous gratifier pour une bonne action que l’on a faite à notre propre corps : le nourrir, l’abreuver, ou assurer sa reproduction ! Notre corps lorsqu'il ressent l'afflux de dopamine se sent si bien qu'il voudra vite renouveler l’expérience !

    L'ocytocine est notamment produite en grande quantité lors de l'orgasme. Elle nous plonge dans un état de bien être et d’apaisement, de confiance et d’optimisme. Elle est également produite pendant les massages et câlins ou tout autre moment de tendresse. D'abord connue comme "l’hormone de la maternité" car sécrétée en grande quantité au moment de l’accouchement en agissant sur les contractions de l’utérus, elle est aussi massivement présente lorsque la mère allaite son enfant puisqu’elle favorise la sortie du lait. On considère cette hormone comme étant à l’origine de l’amour entre parents et enfants mais également entre amoureux, une fois passée la passion de la dopamine et la folie de la PEA des premiers temps.  Il suffit juste d’un contact physique pour en sécréter.
     
    L'endorphine est sécrétée entre autre lors d’efforts physiques importants et prolongés. Voilà pourquoi elle est associée au sport. C'est une sorte de dogue naturelle bien connue des sportfs devenus accros. Elle est aussi secrétée pendant l'orgasme.

    Enfin, autre hormone sécrétée lors des ébats, la sérotonine aide à rester optimiste et à garder son calme. A l’inverse, en cas de carence, on a tendance à perdre notre sang-froid et à nous énerver facilement.

    Bref, en lui communiquant certains articles traitant de ce sujet, à savoir l'amour vu par les éprouvettes, je lui ai juste montré qu'un amoureux transi éconduit devenit de facto un toxico en manque, en manque de tout un tas d'hormones. 

    Dès lors, il ne suffit plus de comprendre intellectuellement une situation mais aussi de se souvenir que nous sommes aussi un amas de cellules lesquelles sont soumises ou non à un bombardement d'hormones. On peut donc comprendre une situation et continuer à en souffrir notamment en amour. Ne plus être aimé, c'est perdre la sécurité, les câlins, les petits mots, les compliments,l'activité sexuelle. C'est devenir comme un gros cocaïnomane qui vient d'apprendre que son dealer vient d'être mis en garde à vue et qu'il n'aura pas son produit !

    Je lui ai donc dit, soit de voir son médecin qui lui prescrira des ISRS, soit de se mettre au sport afin de sécréter par lui même ces hormones dont il est en manque. Et bien sur, la prochaine fois, il fera plus attention. Elle était belle mais tout ce qui est beau n'est pas forcément comestible. C'est en faisant qu'on apprend. Il finira par en rire.