26 janvier, 2015

Mon cadeau de Noël et Saint-Gringeot !

Esquisse de la chapelle Saint-Gringeot !
Mon épouse comme chaque année m'a demandé ce que je voulais à Noël. Et comme chaque année, je lui ai dit que je ne savais pas. En fait si, je sais, mais je n'ose pas trop le dire parce que j'ai toujours des idées un peu baroques. Soit des livres stupides comme par exemple sur les fontaines votives et les bois sacrés, soit des trucs parfois très chers et irréalisables comme par exemple une statue équestre de moi-même que chaque commune pourrait commander pour agrémenter leurs places ou jardins comme elles le firent avec la statue du Poilu victorieux d'Eugène Bénet pour les monuments aux morts de la Grande guerre. A force, j'ai toujours un peu peur de passer soit pour un con soit pour un mec un peu bizarre. Alors je me tais.

Cette année comme l'an dernier, j'ai demandé à mon épouse de me retenir Le Gringeot à titre de marque auprès de l'INPI. Elle trouve que c'est une idée de cadeau complètement idiote parce qu'elle aimerait bien m'offrir un truc chic et cher. Mais c'est que moi, j'y suis attaché au Gringeot, ce personnage mythique dont je vous parle depuis tant d'années.

Je me vois bien décliner la marque Le Gringeot sous forme de vêtements, d'articles de sport, de vaisselle, de linge de maison, de lubrifiant intime et autres godemichés et pourquoi pas, céder des licences à des constructeurs automobiles pour qu'il existe enfin une Aston Martin Le Gringeot, enfin fiable avec un quatre cylindres deux litres diesel économique et un coffre digne de ce nom pour charger du bois  ou les valises quand on part en ouikène avec les mômes !

Et comme mon esprit ne s'arrête jamais, j'ai même imaginé une sorte de culte au Gringeot el que je le décris sur mon blog. De la même manière que durant longtemps, et ce malgré la lutte de l'église contre ces relents païens, on s'est ingénié à faire des saints à partir de tout et n'importe quoi, et même d'un lévrier qui avait sauvé un bébé d'une morsure de serpent, j'aurais bien vu un Saint-Gringeot, saint laïc et contemporain vers lequel on se serait tourné pour un peu tout et n'importe quoi. Enfin, chaque fois que l'on se dit que la vie fait chier et qu'on aurait bien besoin d'un truc solide auquel s'arrimer.

Lorsque l'on regarde sur le bon coin, il ne manque pas de petites parcelles de terrains non constructibles situées au diable-vauvert vendues une misère ! J'imaginais alors d'y bâtir une chapelle simple de béton armé et vibré, carrément indestructible comme un bunker allemand, un simple cube massif, avec des fondations solides, sans autre ornementation qu'une niche accueillant un buste minimaliste du Gringeot en acier et une croix faite en ferraille à béton. Bref, la technologie en vente chez Casto ou chez Leroy-Merlin au service de la Foi !

S'agissant d'une œuvre d'art, nulle procédure d'autorisation auprès de la mairie, on coffre, on ferraille à mort et on appelle la toupie pour couler le béton et le tour est joué. On plante un chêne, symbole de la virilité, à côté et hop un nouveau saint est né. Au début les péquenots tireront la gueule de voir ce cube de béton planté là dans leur cambrousse mais après, une fois le pèlerinage entré dans les mœurs, ils feront comme à Lourdes, ils ouvriront des boutiques ces crevards !

Et voilà, un nouveau culte qui nait, un saint accessible comme tout un chacun, un mec simplement fiable qui assure au jour le jour, qui possède une philosophie de vie carrée, une vie sans fioritures, des gouts classiques, qui n'a pas fait de miracles, rien d'hallucinant, un saint qui propose la verticalité à échelle humaine, une sorte de marchepied vers l'espoir alors que les autres saints sont des échelles vertigineuses tendues vers l'éternité que rares sont ceux qui peuvent les emprunter.

La sainteté par le Gringeot, deux marches pour se rapprocher de Dieu. C'est déjà ça !

On pourrait ensuite aller prier Saint-Gringeot pour lui demander n'importe quoi. Par exemple, s'agissant de ses valeurs viriles, les femmes pourraient l"invoquer pour lui demander d'intercéder afin d'avoir un enfant ou pour trouver un mec correct et non un métrosexuel ou un hipster incapable de s'engager, tandis que les hommes pourraient lui demander de les aider à choper des filles, à accroitre leur vigueur sexuelle, la taille de leur verge ou à augmenter leur musculature sans recourir aux anabolisants.

Et comme le Gringeot, c'est pas vraiment le genre de mec à qui on offre des fleurs, même une fois sanctifié, on pourrait en guise d'offrande, laisser un boulon, un écrou, un morceau de fer, une jante ou même un composant électronique. Cela revivifierait la tradition des arbres à loques, sauf qu'un beau boulon c'est autrement plus classe qu'un vieux slip qui flotte au vent sur un arbuste décati.

En cette époque de matérialisme atterrant, le culte thérapeutique de Saint-Gringeot serait un grand pied de nez à tous les marchands en général et aux laboratoires pharmaceutiques en particulier. Je vois bien des médecins dire à mots couverts, aux patients qu'ils ne pourraient plus traiter : pourquoi ne pas tenter un pélerinage à Saint-Gringeot ?

Et dans ces moments là, quand je suis parti, que mon esprit s'emballe, je serais assez idiot pour ouvrir une souscription via paypal pour ériger la chapelle Saint-Gringeot. J'ai déjà trouvé le terrain au milieu de nulle-part. J'ai déjà contacté le vendeur. Cette bourrique me prenait pour un américain en me proposant un prix deux fois plus élevé pour sa parcelle merdique.

Ne me reste qu'à convaincre mon épouse. La connaissant, elle lèvera les yeux au ciel en me disant "fais ce que tu veux après tout !".

M'en fous la marque m'appartient maintenant que j'ai eue mon cadeau, je la gère comme je veux ! La prochaine fois que le Gringeot passe en chair et en os à la maison, comme un gros traitre, je me précipite derrière lui et lui applique un coup de tampon © sur son gros crâne chauve !


Han la la, on me critique ne mail même que ça me rend tout malheureux !

Catherine II de Russie !

Mon article sur les idéologies défensives de métier, me vaut de me faire carrément traiter de phallocrate en mail ! Argh, l'insulte suprême, je suis  mort ! Et dans le même temps, ma lectrice m'explique que si les médecins sont stressés, ils n'ont qu'à faire plus de golf ou partir plus longtemps en vacances aux frais des laboratoires pharmaceutiques ! Ah la la, la pauvrette, si elle connaissait la vie des internes, les exploités du système de soin français !

Je me casse la tête, voire carrément le cul, à relire Souffrance en France de Dejours et même à recompulser le cours de Pascale Molinier, mon ex-prof de psychodynamique du travail à l'INETOP, et voici comment je suis acceuilli. Putain, il faudrait que je me contente d'écrire des trucs sur le Gringeot ou de mettre des photos de marcassins en ligne ! Des trucs consensuels quoi ! La liberté c'est juste pour Charlie et moi je dois me taire !

Et ma lectrice de conclure en plus : "Je suis une féministe, tout comme vous quoique vous en disiez. Vous voudriez que votre femme, votre splendide corse libre et fière, ne puisse pas exercer sa profession ? qu'elle ne puisse pas prendre la pilule ni apprendre à lire ? ou qu'elle claque d'une septicémie parce que son corps de salope tentatrice n'aurait pas le droit d'être vu par le regard d'un toubib ?"

Faudrait que je fasse lire ce passage à mon épouse. Vu le caractère qu'elle a, je ne la vois pas soumise à un mec, coincée dans une cuisine et totalement analphabète. Même notre ancien maire avait peur d'elle depuis une explication houleuse qu'il avait eue avec elle. Et voici que ma lectrice me transforme ma Colomba en soumise. Trop lol comme dirait Lapinou mon filleul socialiste.

Et puis cessons un peu. Les femmes ne sont pas que des victimes, faut arrêter ! Il y a eu des reines, des régentes, des abbesses, une première avocate, une première femme médecin, etc. En revanche, les mecs n'ont pas non plus l'apanage du pouvoir, il y a du prolo qui souffre, du cadre moyen stressé, etc. C'est plus social que sexuel la réalité de la condition de soumis ! 

Une gonzesse riche, et encore plus si elle est belle, aura bien plus de pouvoir qu'un mec fauché et moche. Sortez un peu, moi j'en vois régulièrement des petits mecs avec la tronche grisâtre qui rasent les murs dans leurs frusques de chez Kiabi (la mode à petit prix). Vous pensez que ce sont des héros eux ? Que ce sont des putains de phallocrates ? Ben non, parce que tout cela est social et lié à des enjeux de pouvoir et à des symboles que l'on manipule avec plus ou moins de bonheur en fonction de nos possibilités.

Tenez la fois dernière, on parlait montres avec un de mes patients, un ingé tout ce qu'il ya de plus gentil, et lui qui auparavant se passionnait pour la science, comprend maintenant les enjeux de pouvoirs et admet que posséder une belle montre vous place ipso facto dans la catégorie des winners. C'est stupide bien sur mais c'est comme ça ! D'ailleurs comme il a le poignet fin, je lui ai conseillé une Jaeger-Lecoultre Reverso, un classique qu'on peut toucher pour pas trop cher ! Le monde marche ainsi. Il peut garder sa Swatch qui lui donnera aussi bien l'heure mais il n'appartiendra pas aux cercles du pouvoir. Bien sur après, quand vous êtes reconnu, vous pouvez vous saper comme un loquedu, vous vous en foutez, c'est le comble du snobisme !

 Mais pour en revenir à nos moutons, moi, je ne me sens pas féministe le moins du monde bien que je m'entende généralement très bien avec les femmes. Je ne nie aucun de leur droit sauf celui de m'emmerder en tant qu'homme pour de faux prétextes ou parce que j'utilise un torchon à verres pour essuyer une assiette. Au moins ne me font elles pas chier avec leur foot ! Quoique ces dernières années, elles aient empiété sur ce terrain là aussi. Mais bon, parler entre mecs, ça fait du bien aussi. L'ambiance testostérone agrémentée de vannes bien grasses, c'est sympa. 

Notre déjeuner du mercredi, je l'adore quand on est assis comme des nababs dans une salle rien qu'à nous avec Le Touffier, Chaton, Jean Sablon, le Jeune Gentilhomme Tourangeau et même parfois le petit Jérémie à qui on apprend comme c'est que d'avoir des burnes, et que la belle Soline vient nous servir ! On parle de trucs parfois savants, ou de cul, ou de motos, on se vanne et on rigole bien.

Tiens, la belle Soline, c'est notre Madelon à nous. Et ce n'est pas parce qu'elle nous chouchoute, qu'elle fait sa soumise, bien au contraire. C'est une pièce bien codifiée. On fait semblant d’être des cadors qui décidons et elle nous colle dans sa représentation de ce que devrait être la vie. On reste assis, bien sages, et elle œuvre. L'individu à table, c'est comme l'individu au travail, c'est plus compliqué que cela ne parait.

Tenez la dernière fois, voilà qu'on nous envoie un jeune serveur embauché de la veille. Et la belle Soline de nous demander comment on le trouvait. Comme on est des gars francs, des gars cools mais aussi des gars à principes, on lui a dit qu'il était bien, mais un peu familier tout de même. Parce qu'on peut plaisanter bien sur mais bon, c'est pas pour autant qu'un godelureau de vingt ans va se la raconter avec nous. On est d'accord pour ne pas faire péter les galons mais on est clients tout de même.

Oh putain, vous auriez vu ça, cinq minutes après, le petit nouveau est revenu ramper à notre table, cauteleux et obséquieux à souhait ! La gamine lui avait fait la leçon en lui expliquant qu'on était "sa" table, qu'on était des mecs cools, sympas et respectueux, qu'on laissait des gros pourboires et qu'on devait nous traiter en conséquence. La gamine, parce qu'elle n'a que vingt-et-un ans, ne s'en est pas laissé conter ! Elle l'a mis à l'amende le jeunot qui voulait jouer son kéké façon GO du Club Med' ! Elle lui a collé un gros steak et l'a ramené à de plus justes considérations. Elle lui a appris le métier. Ça c'est de la gonzesse !

Ceci dit même si parfois elle m'envoie des scuds sur mon mail pour me critiquer, je l'aime bien la Cindy, elle est marrante. Elle est super coléreuse, elle démarre au taquet et monte dans les tours immédiatement. C'est le genre à démarrer sans avoir fini de lire l'énoncé ! Marrant, malgré tout ça, elle est diplômée d'un IEP.

Au fait, j'ai une statuette équestre de Jeanne d'Arc sur mon bureau. Si c'est pas de la femme phallique ça, je ne m'y connais pas ! Alors cessez de m'emmerder avec vos procès bidon. Si la psychologie du travail vous intéresse, lisez Dejours et Clot, c'est assez passionnant !

25 janvier, 2015

Foulques-thérapie (2)


Les conseilleurs ne sont pas les payeurs chacun le sait ! C'est pour cela que lorsque mon patient a discuté avec moi de la meilleure manière d'obtenir son augmentation, et que je lui ai conseillé d'agir comme l'aurait fait Foulques Nerra, c'était quitte ou double. La Foulque-thérapie est un peu risquée mais amusante. Au moins si cela ne marche pas, on aura bien rigolé.

Soit son patron, impressionné par autant d'audace capitulait, soit il refusait en lui expliquant qu'ailleurs on lui donnerait peut-être le salaire exigé. Ceci dit, j'étais confiant. On ne se débarrasse pas d'un jeune ingénieur des mines comme d'un équipier chez Mac Do.

Comme cela l'amusait, il a adopté cette tactique et s'est présenté en exigeant beaucoup. Puis, il a attendu. Il a eu un peu peur qu'on ne lui donne rien ou disons, pas grand grand chose. Cela aurait pu se conclure par un joli 2% d'augmentation plus des bons d'achat FNAC.

Et pourtant, je l'ai appris jeudi dernier, la tactique Foulques Nerra a fonctionné. Il a obtenu en cinq minutes d'entretien, près de quinze pour cent d'augmentation. Pas mal non ? Parce que l'on a beau se poser toutes les questions possibles et inimaginables, la meilleure manière d'avoir quelque chose est encore de la demander. A quoi bon finasser et tenter de modéliser la situation longuement. Après, ça passe ou ça casse bien sur. Mais souvenons-nous que seuls ceux qui osent réussissent.

Comme disent les gauchistes, le droit social est un droit de combat. Ce n'est parce que l'on est ingénieur de haut niveau que l'on doit imaginer que l'on est du côté du tôlier. Que dalle ! Un salarié reste un salarié, qu'il soit prolo de base ou cadre sup'. Quand on ne veut plus de lui, on le lourde. Il n'y a que les indemnités qui changent. Ensuite, les clés de votre bagnole de fonction et la CB de l'entreprise seront à déposer à la RH. Avec un peu de chance on vous laissera votre téléphone.
Et encore, si vous l'avez négocié dans le protocole que vous aurez signé ! Sinon, vous serez prié de rapporter votre Iphone 6 !

Idéologie défensive de métier !


Voici quelques jours, un collectif dénommé "Osez le féminisme" dénonçait une fresque ornant la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand au motif que celle-ci représenterait un viol collectif dont personne, jamais personne, peut-être même pas Charlie Hebdo lui-même, n'oserait rire. Au pays de la liberté d'expression, on peut dessiner le Christ qui se fait enculer ou se foutre de la gueule de Mahomet mais pas des femmes. Le sacré a opéré depuis quelques temps un revirement et le blasphème n'est pas là où il était auparavant.

Ayant vu, comme tout un chacun, cette fresque, je n'y ai pas vu un viol collectif mais une sorte de gang bang au cours duquel, la ministre de la santé Marisol Touraine (et surtout sa loi santé) représentée sous les traits de Wonder woman, se faisant pénétrer par des super héros comme Flash, Superman, Batman et Supergirl. On pourra se prononcer sur le bon ou le mauvais goût de l'oeuvre, dans laquelle je ne vois qu'un caricature dans laquelle les médecins dénoncent cette loi. Je suppose que si le ministre en exercice avait été un homme, il aurait lui aussi subi les derniers outrages.

Bien entendu, un collectif de médecins femmes s'insurgent et dénoncent le machisme dans le monde médical dans les colonnes de Libération. Il existe effectivement un rituel lié aux salles de garde assez spécial, du moins jusqu'à ce que celles-ci soit supplantées par les self tenus par Sodexo. Il s'agit avant tout d'un folklore, c'est à dire d'une tradition héritée du XIXème siècle, aube de la médecine moderne et de la création des grands hôpitaux tels que nous les connaissons encore. 

Rappelons nous que le folklore (de l'anglais folk, peuple et lore, traditions) est l'ensemble des productions collectives émanant du peuple et se transmettant d'une génération à l'autre par voie orale ( contes, écrits, récits, chants, musique, danses ou croyances) ou par l'exemple (rites et savoir-faire). A ce titre le folklore n'est pas sexiste mais peut-être très masculin ou féminin en fonction des milieux dans lequel il est né voire neutre. Et qu'on le veuille ou non, la médecine fut un milieu masculin même si depuis quelques années, 60% des PH et 30% des PUPH sont des femmes. 

Au-delà de cette polémique stérile qui est représentative de notre époque, il est intéressant de s'intéresser non pas à cette fresque mais à toutes les fresques qui ornent les salles de garde des hôpitaux. Curieusement, tandis que certaines dénotent un réel talent chez ceux qui les ont peintes, force est de constater qu'elles mettent toutes en scène des corps nus dans des scènes obscènes dans lesquelles les attributs sexuels sont omniprésents.

On aurait beau jeu d'invoquer l'esprit carabin. Il existe sans doute mais n'ayant pas fait médecine, je ne l'ai pas connu. Je me souviens juste de quelques soirées auxquelles des amis étudiants médecins me conviaient quand j'étais jeune. A l'époque, je constatais juste que nous autres, juristes savions mieux nous tenir, puisque nous n'étions jamais saouls avant minuit. C'est vrai que nos horaires étaient plus légers que nous n'avions sans doute pas autant besoin de nous lâcher qu'eux. De la même manière, il est évident que les commentaires d'arrêts dans lesquels on apprenait par exemple que les structures que Coquerel avait édifiées sur son terrain était un abus de son droit de propriété destinée à nuire à Clément-Bayard, étaient sans doute moins angoissants que de voir des malades et des mourants toute la journée.

Il s'ensuit donc que la psychologie du travail a esquissé des explications afin de comprendre pourquoi certaines catégories de travailleurs, avaient érigé en folklore des pratiques que tout un chacun réprouverait. Si il existe des stratégies destinées à éliminer le stress au travail que chacun est libre de mettre en place pour évacuer la pression, on a ainsi pu noter qu'il existait d'autres stratégies nettement plus défensives, radicales, globales mais surtout collectives que certains "métiers" mettaient en place afin de se prémunir contre une organisation du travail devenue très agressive à l'encontre du collectif des travailleurs. On les nommes des idéologies défensives de métier.

Elles sont présentes dans tous les secteurs dans lequel le stress est très élevé et notamment lorsqu'il résulte d'une charge de travail élevée et que la mort est présente, qu'elle puisse être celle du travailleur confronté à des risques mortels ou de celui qui par sa pratique peut tuer autrui. Ces idéologies défensives de métier, apparaissent ainsi pour celui qui ne fait pas partie du collectif des travailleurs comme particulièrement dérangeantes ou choquantes, alors qu'elles n'ont d'autres buts que de rassurer le travailleur en lui proposant un cadre dans lequel on affirme haut et fort que la vie est pmus forte que tout.

C'est ainsi qu'en médecine, milieu dans lequel la maladie et la mort sont tout le temps présente, le jeune médecin au repos érigera en folklore des pratiques au cours desquelles le sexe, en tant que libération de l'angoisse est omniprésent. On peut donc voir dans ces fresques hypersexualisées, non pas des œuvres pornographiques mais plutôt la revanche de la vie, phallus géants, pénétrants des vagins offerts, en une allégorie de la fornication en tant que preuve que l'on est vivant, L'activité sexuelle est en effet l'acte par lequel on se donne du plaisir et l'on donne la vie.

A ce titre, on a pu constater par exemple que les ouvriers œuvrant dans des secteurs très risques comme la construction de building au siècle passé aux États-Unis, avaient eux aussi développé de telles pratiques sous une autre forme. C'est ainsi que tout un chacun a pu admirer des photographies dans lesquelles on voit ces ouvriers déjeunant assis sur des poutrelles, sans s'être assurés par aucun cordage, les pieds dans le vide à plusieurs centaines de mètres de hauteur. Là où l'on pourrait ne voir que de la bravache voire de la bêtise, c'est avant tout une mise en scène destinée à braver le danger et à assurer que la vie et la chance seront plus forte que la mort due à une chute qui sont mises en scène.

Ces idéologies défensives très "machistes" dans leur mise en oeuvre concernent évidemment des professions très masculines ou auparavant très masculines comme la médecine. Mais elles sont aussi présentes dans des secteurs plus féminins. C'est ainsi qu'une étude avait montré que dans le secteur des soins aux personnes âgées (services de gérontologie, maisons de retraite, etc.), le personnel féminin, infirmières ou aide-soignantes, avait tendance à porter des dessous très affriolants que ne nécessitaient pas leurs fonctions. Les discussions avec ce personnel soignant a fait apparaitre que la présence continue de corps abimés et vieillis entrainait des angoisses qu'elles jugulaient en portant ces dessous extrêmement féminins. Encore une fois, il s'agit e faire triompher la vitalité sur la morbidité au moyen de recours radicaux.

Dans d'autres cas encore, totalement neutres sexuellement, intéressant des milieux axés sur l'innovatione t l'excellence, dans lesquels la compétition est érigée en valeur ultime, ce sont d'autres conduites qui seront valorisées. Parmi celles-ci ce sera le culte de l'excès ou des possessions. Ainsi, parce que le travailleur sait qu'il est perpétuellement sur la sellette, soit parce qu'il comprend que sa société peut disparaitre ou bien qu'il peut lui-même en être viré, il valorisera tous les excès possibles et inimaginables en tant que preuves que pour le moment, il consomme et est bien vivant. On répond aux exigences de l’organisation du travail en allant au-delà de ses demandes et en donnant plus comme s'il s'agissait de triompher d'un jugement ordalique.

L'existence de telles idéologies défensives de métier laisse supposer un collectif de travail extrêmement fort et c'est plutôt une bonne nouvelle pour l'organisation. Cela indique que les individus ont su créer ce collectif pour endurer les conditions de travail sans décompenser individuellement. A ce titre, mieux vaut une fresque grivoise qui mobilise un collectif de médecins que les voir individuellement prendre du lexomil pour supporter le stress de leur activité.

La découverte la plus importante de la psychodynamique du travail fut de considérer que les gens ne sont pas passifs face à la souffrance issue de l'organisation du travail mais sont capables de s'en défendre de manière surprenante et ingénieuse. Ces défenses n'agissent pas forcément sur le monde réel,  en abaissant les risques ou les contraintes. Les défenses agissent de manière symbolique sur l'environnement en permettant d'éviter la perception de ce qui fait souffrir. C'est une forme de scène de théâtre sur lequel on projette la réalité.

Ces défenses lorsqu'elles se structurent dans des conduites, des représentations, des règles partagées, telles qu'elles existent dans ces fameuses salles de garde, formant un véritable folklore, sont alors nommés des idéologies défensives de métier. Dans les collectifs de travail dans lesquels les hommes sont majoritaires, l'idéologie défensive de métier s'organise autour d'un véritable déni de la vulnérabilité et de la souffrance masculine. Il s'agit même de renforcer ce déni par une attitude méprisante des personnes exprimant ou incarnant la fragilité. 

C'est la raison pour laquelle, lorsqu'une femme entre dans un collectif de travail naguère très masculin, comme le fut longtemps la médecine, elle ne peut être que heurtée par l'idéologie défensive de métier mise en place. Et c'est donc une erreur de juger ces mécanismes à l'aune d'un féminisme idiot alors qu'il s'agit uniquement d'une production psychologique ayant fait ses preuves pour empêcher la souffrance au travail. Dans les collectifs féminins, comme les métiers du soin, la vulnérabilité et la souffrance ne sont pas niées pareillement mais élaborées de manière défensive au travers de techniques différentes, mais existent aussi et pourraient sembler stupides au regard d'un homme.

Bref, l'individu au travail n'est pas un militant associatif socialiste, qui croit avoir tout compris de la complexité humaine, mais un être complexe qui peut mettre en œuvre des stratégies surprenantes pour s'adapter et triompher de certaines agressions issues du milieu dans lequel il œuvre. Avant même de pousser des cris d'orfraies et de hurler comme des chaisières à la vue d'un sexe, il aurait été bon de se demander pourquoi ces fresques existent en salles de garde. Avant de hurler au sexisme, ou à je ne sais quoi, il est toujours utile de se demander pourquoi un tel folklore a pu s'établir et quelle est sa fonction.

Un article du monde en date de juillet 2011, s'étant penché sur l'art dans ces fameuses salles de garde, explique d'ailleurs que :
"Là où la souffrance et la pensée de la mort dominent, il est nécessaire qu'un espace soit dévolu au culte de la fertilité et du plaisir. Comportement archaïque sans doute. Dans les cavernes du paléolithique, les pictogrammes sexuels abondent."

On peut se demander quelle carrière de médecin fera celle qui a dénoncé cette fresque au collectif Osez le féminisme. Sans doute qu'en tant que praticienne, dont les connaissances sont livresques, elle fera son chemin mais je doute qu'elle soit jamais une bonne clinicienne capable de saisir le patient dans son intégrité.Mais peut-être la dénonciatrice n'est-elle même pas interne, et ce serait encore pire.

Beaucoup de bruit pour rien comme bien souvent en France ces dernières années !

23 janvier, 2015

Souvenirs d'enfance !


L'émotion est enfin retombée, il était temps que cette hystérie collective cesse. Voilà, tout le monde était dans la rue, tout le monde a voulu son Charlie Hebdo de collec' et tout est bien qui finit bien. On s'est indigné, on a pleuré, on a communié, on a marché, on a allumé des bougies chauffe-plats, on a assisté en direct aux obsèques de Charb et enfin le gouvernement nosu a dit qu'on allait voir ce qu'on allait voir ! C'est vrai qu'entre l'ancien maire de Tulle, d’Évry et de Cherbourg, c'est du lourd, des types habitués aux grandes décisions, inaugurations de fontaines, galettes des rois, création d'un rond-point, de la graine de De Gaulle ou de Churchill. On peut dormir tranquille.

La semaine passée, je discutais avec l'un de mes chers patients, un jeune avocat, qui s'étonnait de la tournure des événements et surtout de la tristesse ressenties par certaines personnes, alors qu'ils n'avaient aucun lien avec l'une des victimes de ces attentats. Fallait-il y voir de l'hystérie, et donc de la comédie, ou une certaine sincérité et donc en être étonné. 

Parce c'est vrai qu'il faut avoir un sacré degré d'empathie pour pleurer des morts que l'on ne connait pas ! Ceci dit, personne n'a jamais connu la mère de Bambi et sa mort reste tout de même un traumatisme pour bien des enfants. Il s'agit justement d'enfants ! Quoiqu'à la vérité, bien qu'étant adulte, je ne suis pas sur de résister à cette scène, ce qui fait que je n'ai jamais voulu revoir Bambi.

Tandis que je plaidais pour mon explication de la sidération, telle que je l'ai exposée dans un article précédent, j'ai aussi pu avancer un début d'explication à cette débauche lacrymale. J'ai ainsi pu noter lors de ces deux semaines écoulées qu'une catégorie de ma clientèle avait été plus touchée que le reste. Si tout le monde s'accorde à dire que c'est triste, l'une des victimes semblait avoir un statut particulier.

C'est ainsi que chez les 38/42 ans, principalement les femmes, le décès de Cabu a été ressenti plus durement que les autres. Non que cette catégorie de personne ait suivi la carrière du dessinateur mais simplement qu'elles aient toutes gardé en mémoire les prestations de Cabu lorsqu'il participait à l'émission enfantine Récré A2 en compagnie de Dorothée. Dans cette émission, Cabu intervenait pour apprendre aux enfants à dessiner et réalisait en direct ses caricatures. Tous les amateurs d'art, et je sais qu eje suis lu par d'anciens élèves de l’École du Louvre,  se souviendront de la caricature de l'animatrice avec son nez pointu.

C'est en "creusant" un peu avec l'une des patientes qu'i m'en parlait, que j'ai pu réaliser la forte charge émotionnelle liée au décès de Cabu. Parce que beaucoup se souviennent de lui lors de ses prestations dans cette émission enfantine, il a pu bénéficier de l'étiquette de "gentil" que n'avaient pas forcément ses collègues à la dent dure. Cabu c'était donc pour beaucoup, cet éternel adolescent à la drôle de coupe de cheveux et aux lunettes rondes qui les amusait lorsqu'ils étaient petits.

Et comme me le disait ma chère patiente, c'est un peu sur son enfance disparue, ce moment agréable de son existence, ce paradis perdu. A travers la disparition du dessinateur, c'est aussi sur elle, sur son passé qu'elle a aimé pleurer. Jamais auparavant elle n'avait repensé à Cabu pas plus qu'elle n'a jamais acheté Charlie Hebdo. Il aura fallu ce drame, cette exécution pour que le nom du dessinateur soit sur toutes les lèvres et dans tous les journaux.La disparition de Cabu aussi fou que cela paraisse, c'était comme s'apercevoir que ses parents étaient mortels.

Et les souvenirs sont revenus, sans doute pour bien des personnes. A l'instar de la petite madeleine de Proust au travers duquel il revivait son enfance, sans doute que le fait que le nom de Cabu soit ressorti d'un relatif anonymat (qui en parlait avant le drame ?) pour être sur toutes les lèvres aura servi à certains de catalyseur pour se remémorer leur enfance. Certains auront voulu détruire la liberté de la presse dixit le pouvoir, alors qu'ils auront surtout abimé les souvenirs d'adultes.

Personnellement, appartenant à une génération gavée par L'ile aux enfants, je n'aurai jamais ce problème parce que je sais bien, pas depuis très longtemps c'est vrai parce que je suis un grand naïf,  que Casimir n'était qu'une défroque dans laquelle se glissait un comédien. Je sais donc que Casimir ne peut pas mourir et c'est un peu rassurant. Cabu est mort, les madeleines de Proust sont devenues immangeables mais Casimir est vivant !

Je m'adresse donc à tous les terroristes pour leur crier : moi, vous n'assassinerez jamais mon enfance parce que Casimir est immortel ! Même si vous le bruliez, on s'en fout, on peut en recoudre un le lendemain !

Casimir vous nique tous, bande de lâches !

19 janvier, 2015

Le bonheur est sur mon blog !

Photo non contractuelle !

Voici une ou deux semaines, c'est un agriculteur quadragénaire qui m'a écrit de sa Bretagne profonde, où si j'ai tout compris, il élèverait des bœufs ! Fidèle lecteur, il s'étonnait que je n'aie jamais parlé des natifs du signe de la vierge. Ce à quoi je lui répondis que ce blog n'était pas dédié à l'astrologie, qui n'était pour moi qu'une marotte et non ma profession. Afin de ne pas laisser le pauvret sans ressources, je lui enjoignis de s'adresser à Chaton qui est un maître en astrologie et saurait lui donner, le cas échéant, toutes les informations qu'il désirait.

Et c'est ainsi que de fil en aiguille, il me confia qu'il roulait en Kawasaki ZZR mais qu'il était seul et malheureux comme un goret atteint de la fièvre porcine, aucune dulcinée ne partageant ses jours. Je lui répondis derechef que les filles seules, ce n'était pas ce qui manquait à Paris et qu'il serait fondé à mettre ses plus beaux atours, son costume du dimanche et ses souliers en cuir noir, se brosser ses ongles, se faire la raie et se gominer ses cheveux au Pento puis se rendre à la capitale avec son C15 pour y chercher l'amour. Négligeant mes conseils avisés, il a préféré me répondre ceci :

Si tu as des gonzesses en trop , je prends...
En plus d'avoir un gros QI , il faudrait qu'elle ait envie de venir se faire chier en Bretagne centrale , et en hiver svp...
Une solide charpente pour manier la fourche serait un plus.
C'est vrai que la Bretagne du centre ( kreiz breiz) au moment de la mousson, faut pas avoir des tendances à la mélancolie , parce que sinon c'est le génocide assuré.
J'ai passé un an à Perpignan vers 20 ans, moi qui n'avais quasi pas bougé avant, et ce fut un choc. De presque 300 jours de flotte par an , je suis passé à 3 jours...
C'est une erreur de croire que lorsqu'on a connu les fastes et la vie frivole d'un VIP au soleil, on arrivera à s'y faire à ce temps de merde.
Donc si tu connais une nana pas trop superficielle, pas trop canon parce que je ressemble pas à brad Pitt non plus (brad Pitt jeune je précise), pas trop farouche (marre des meufs qui ne savent pas ce qu'elles veulent et qui minaudent passé 30 ans), qui ne cherche pas à me mettre sur la paille avec des gouts de luxe (genre prendre des vacances comme ces aristos de parisiens!), ça m'intéresse.
Je précise que je suis tout à fait disposé à coucher le premier soir .
Je pense que pour décrire mon bled il faut imaginer Foug en moins froid mais avec plus de pluie.
Salutations agricoles.
Voilà ! Vous admettrez que le quidam sait se mettre en valeur et qu'il met tout en œuvre pour  attirer à lui des femmes ! En tout cas, si vous êtes intéressée, écrivez moi et je ferai suivre.
Le fameux Citroën C15 !

Charlie et le Stress post traumatique !


Alors là, attention à ce que j'écris. Entre ceux qui n'ont jamais lu Charlie Hebdo, n'y ont jamais pensé ne serait-ce qu'une seconde de leur vie mais semblent songer que le monde n'aurait plus été pareil sans ce journal, et le nouveau délit d'apologie du terrorisme, j'ai intérêt à planquer mes miches moi ! J'ai intérêt à raser les murs et me recentrer sur ma ligne éditoriale : la psychologie ! De toute manière, je vous l'affirme, je pense comme tout le monde ! Et si tout le monde ne pense pas pareil, alors disons que je pense comme la majorité ! 

Ceci étant dit, j'ai vu que le Figaro avait publié récemment cet article dans lequel on fait état d'une hausse des ventes d'anxiolytiques après les attentats. Alors bien sur, il y a les sans-cœurs qui se sont moqués de ces gens soit disant trop fragiles qui ont recours à la pharmacopée pour traiter leurs angoisses de jeunes filles !


A midi, on m'a même demandé si j'avais reçu de nouveaux patients suite à ces attentats. A la vérité, non, si le chiffre d'affaires de Charlie Hebdo a singulièrement augmenté, le mien n'aura pas varié. Personne ne s'est précipité dans mon cabinet, en se jetant à genoux à mes pieds en me disant sauvez moi j'angoisse depuis le neuf janvier ! En revanche, j'ai eu deux cas qui sont très révélateurs de ce que cette hystérie collective a pu avoir de pernicieux pour l'équilibre des gens plus fragiles.

Le premier est un jeune home qui a ressenti un début de panique alor qu'il échangeait avec un ami qu'il estimait bien connaitre. Se sentant en confiance, plutôt qu'adopter la doxa ambiante, il s'est laissé aller à dire que même si l’exécution des douze de Charlie Hebdo était monstrueuse, ce n'est pas pour autant qu'ilapprouvait la ligne éditoriale de ce journal qu'il jugeait stupide et dangereuse. 

Et c'est à ce moment que cet ami se serait écrié : Comment tu n'es pas Charlie ? Avant de l'agonir d'imprécations par lesquelles, tel un commissaire politique Khmer rouge, il lui avoua que sa prise de position était suspecte. Puis, dégoûté de tant d'absence de sentiment républicain, cet ami s'est levé sans le saluer pour rentrer chez lui.

Mon patient a été ébranlé par cette scène qu'il n'imaginait pas pensable dans la mesure où cet ami lui a semblé être toujours un esprit libre. Comme il me l'expliquera plus tard, il lui a semblé que ce n'était pas simplement une altercation, comme il peut y en avoir même entre amis, qu'il avait vécue mais bien une décharge de haine. Cet ami étant inscrit à un club de tir, mon patient en a développé un sentiment paranoïaque, que l'on doit plutôt rattacher à un syndrome de stress post-traumatique, qui lui donnait à penser que cet ami aurait venir l'abattre chez lui. 

Pour une simple altercation à propos de Charlie Hebdo, en venir à imaginer qu'on pourrait venir vous tuer !? Certes, c'est un patient un peu fragile et surtout doté d'une sensibilité intense mais le fait ne m'étonne pas plus que cela. Mon radar tournant sans cesse dans ma tête pour capter les moindres variations de l'environnement, j'ai ressenti un peu la même chose que ce patient. Moi, biens ur je me suis tu, mais j'ai bien compris que les douze mors de Charlie Hebdo venaient de devenir de vrais martyres auxquels on ne touchait pas. 

Libre à tout un chacun de caricaturer Mahomet mais interdiction absolue de remettre en cause ne serait-ce que du bout des lèvres nos douze nouveaux martyres, sauf à vouloir connaitre la fin du Chevalier de la Barre et à être condamné pour « impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables ». Ces douze martyres ont d’ailleurs eu le droit à leur procession dans chaque ville de France, à leurs cierges (bougies chauffe-plat Ikéa) et même aux cloches de Notre-Dame. Quand l'émotion est à ce point à son comble, il n'est plus temps de raisonner, on se tait et on courbe le joug.

Comme on disait dans la défunte URSS :
Si tu le penses ne le dis pas,
Si tu le dis, ne l'écris pas,
Si tu l'écris, ne le signe pas,
Si tu le signes, ne t'étonne pas.

J'ai pu rassurer ce patient en lui indiquant que ses craintes étaient infondées et que je n'imaginais pas quelqu'un venant l’assassiner pour motif de lèse-Charlie. Il a admis que sa grande sensibilité lui avait fait faire du cinéma et que son angoisse était retombée. Nous avons aussi discuté de la période plus que troublante que nous vivions et de l'égrégore que cela avait engendré.

Un égrégore est en ésotérisme, un concept désignant un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun. Cette force vivante fonctionnerait alors comme une entité autonome.C'est dans ce cas, une sorte d'exaltation collective répondant, en tant que stratégie de défense, à un état de sidération.

Enfin, deux autres patientes m'ont avoué ne pas se sentir en sécurité en me disant que cet état avait augmenté durant ces derniers jours. Certes, l'idée que l'on puisse être à la merci d'un individu armé d'une kalachnikov n'est pas rassurante. C'est l'attentat combinant la plus forte efficacité puisqu’il ne demande qu'un individu déterminé et des moyens dérisoires pour un résultat meurtrier.

Pour autant, alors qu'il semble que ces armes de guerre ne soient pas difficile à se procurer dans certains endroits, comme l'attestaient déjà des documentaires sur le sujet datant de quelques années, Dieu merci, elles ont essentiellement servi à des actes criminels plutôt qu'au terrorisme. Espérons que la publicité planétaire donnée aux trois terroristes ne donnent d'ailleurs pas d'idée à d'autres. Ce serait aussi le prix à payer pour cette surmédiatisation ! 

En discutant avec ces deux patientes, nous avons vu que cet état de stress existait bien avant ces attentats et que ces derniers n'avaient fait que le catalyser, lui donner plus d'acuité. Les deux ont fait état de la jungle qu'était devenue Paris quand on est une jeune femme obligée de prendre les transports en commun et d'affronter ce que nos bons élus nomment des "incivilités" mais qui pour une femme sont autant d'agressions très difficiles à vivre (insultes, attouchements, etc.).

Enfin, il ressort aussi que la surmédiatisation a donné à ces événements une charge émotionnelle au delà de toute raison. Les chaines d'information tournant an boucle, H24, ainsi que les moyens disproportionnés destinés à arrêter ces trois individus, on pu donner à penser que la France était en guerre, qu'une armée étrangère était aux portes de Paris. Un peu plus, et ils auraient réquisitionné les taxis ! Là où pour toute prise d'otage, telle qu'il s'en est passé une très récemment dans une agence bancaire, on se contente d'envoyer le nombre de spécialistes nécessaires, durant ces journées du neuf au onze janvier, ce fut une vraie débauche de moyens hollywoodiens.

Sans doute que cette débauche de moyens en hommes et en matériel, derrière laquelle de mauvais esprits auront pu voir une instrumentalisation d'un pouvoir exécutif exsangue décidé à faire oublier ses résultats économiques catastrophiques, amplifiée par des médias ultra-présents jusqu'à la nausée, auront pu donner à penser à certains que nous étions en guerre.

C'est sans doute un véritable traumatisme psychique, alors même qu'ils n'étaient proches d'aucune des victimes, qu'auront pu vivre certaines personnes. Un traumatisme psychique est justement un évènement qui par sa violence et sa soudaineté, entraîne un afflux d’excitation suffisant à mettre en échec les mécanismes de défense habituellement présents et efficaces. Il s'ensuit souvent un état de sidération et entraîne à plus ou moins long terme une désorganisation de la psyché.

La sidération est un état de stupeur émotive dans lequel le sujet, est figé ou inerte, allant parfois jqu'à la prte de connaissance ou la catatonie. La sidération agit comme un arrêt du temps qui fige la personne dans le choc traumatique, au point que les émotions semblent pratiquement absentes. La sidération est un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant.

C'est justement dans ces moments là qu'il est utile de parler, de mettre à distance les affects traumatisants comme l'angoisse, de revisiter les événements à l'aune de la pensée rationnelle afin d'éviter que les émotions n'agissent seules.

Ainsi qu'on qu'en disent les moqueurs, se croyant toujours au dessus des autres, je comprends tout à fait que les ventes d'anxiolytiques aient augmenté. Au-delà de la tragédie terrible qui a fait dix-sept victimes, il me semble qu'on en a fait trop. Non qu'il aurait fallu minorer les événements mais simplement leur attribuer leur juste gravité ou plutôt réagir de manière plus mesurée et par cette débauche émotionnelle.

Ce n'était pas la wermacht contournant la ligne Maginot, ce n'était que trois individus connus des services de police comme l'on dit. Des individus dont on connait parfaitement le fonctionnement et qui viennent toujours au fantasme religieux via la délinquance. Et moi ce qui m'inquiète, c'est qu'en attribuant une telle charge émotionnelle à ces événements, on ne finisse par créer des émules.

Ce n'est pas pour autant que je finirai sous lexomil. Pas encore !


11 janvier, 2015

Ben euh ...


05 janvier, 2015

Sous le signe de l'audace !


Bon, c'était la rentrée pour moi. C'était marrant, tandis que j'adore mon boulot, dimanche soir, j'étais comme un gosse à la veille de la rentrée des classes ! Je m'étais habitué à rester chez moi durant dix jours, à faire ce que je voulais, c'est à dire pas grand chose mais j'aimais bien. 

Plein de gens racontent qu'ils adoraient l'école mais moi je détestais ça. J'avais de bons résultats même si sur la fin, on ne peut pas dire qu'ils se soient maintenus. Mais bon, j'étais plutôt efficace puisque j'y suis parvenu malgré un travail personnel proche de zéro. Non, je n'aimais pas sortir de chez moi ou alors pas trop souvent, il aurait fallu que la semaine soit concentrée sur deux ou trois jours. Je suis meilleur en boulot intensif qu'en travailleur constant. 

Mais il a fallu que je retourne au cabinet. Ceci dit pour la rentrée je n'avais que des gens sympas et aucun nouveau. C'était bien, ça ressemblait à l'année passée. Et puis, Jean Sablon est venu déjeuner et comme il aime autant ses habitudes que moi, on a fait comme on fait toujours : chinois ou kebab ? Et oui, on sait vivre, on aime les bonnes choses ! Et on n'hésite pas à se vautrer dans un luxe indécent !

On s'en fout, c'est le plaisir de parler ensemble vu qu'on a 99% de points communs. C'est chouette j'ai l'impression de me parler même si on a quinze ans de différence. Il est né vieux comme moi. C'est un saturnien comme moi. Ça change des hipsters qu'on croise un peu partout !

Finalement comme il faisait froid, on est allé chez Fleur de Lotus près du cabinet. Quelques pas à faire et hop on était au chaud. On a pris comme d'habitude, le menu impérial à 7,60€. On ne se refuse rien nous. On donne carrément dans l'impérial. Et c'est là que c'est un peu parti en vrille !

Habituellement on mange toujours la même chose : nems au porc, poulet du chef et nougats chinois, avec un Coca pour lui et une Cristalline pétillante pour moi. Je sais que les gourmands se pourlèchent déjà les babines à l'énoncé de ce repas de roi d'empereur ! Ben oui, on gagne notre vie alors on en profite !

Mais là, sans savoir pourquoi, au lieu des nems au porc, j'ai pris un rouleau de printemps et Jean Sablon m'a regardé un peu décontenancé. C'est vrai que je ne l'ai pas habitué à de telles folies. Mais ça ne s'explique pas, d'un coup d'un seul, une petite voix m'a dit "et si tu changeais pour une fois" et je lui ai obéi !

Comme Jean Sablon me regardait curieusement, je l'ai apaisé, l'ai rassuré en lui disant que je ne devenais pas fou mais que je croyais que l'année 2015 serait placée sous le signe de l'audace ! Et c'est là que m'emboitant le pas, plutôt qu'un Coca, il a carrément pris un Schweppes agrume ! Carrément ! Le truc de dingue ! On n'en revenait pas en portant nos plateaux jusqu'à notre table !

On s'est souri l'air un peu penaud, parce que ça nous faisait vraiment tout drôle de faire des trucs aussi insensés ! Moi j'avais changé mon entrée et lui sa boisson alors que depuis cinq ans, on prenait toujours la même chose. On nous aurait croisé sortant d'un bordel, notre gêne n'aurait pas été aussi grande ! C'était de la folie pure !

Alors quelle leçon en tirer ? Je ne suis pas astrologue même si c'est une marotte mais je crois que si vous êtes né sous le signe du capricorne, comme moi, ou êtes ascendant capricorne, comme Jean Sablon, 2015 sera une année de folie pour vous, placée sous le signe de l'audace la plus débridée !

Sait-on ou tout cela va nous mener ! On a un peu peur tout de même !



03 janvier, 2015

J'oubliais encore en espérant ne plus oublier !


On m'a redemandé mon mail. C'est vrai que je pourrais le mettre dans la colonne de droite du blog. Je pourrais aussi actualiser mes liens. Je pourrais ainsi proposer des liens à tous ceux qui m'ont mis eux-mêmes en lien. Je pourrais ainsi diriger vers cet excellent blog ou cet autre encore, voire aussi celui-ci. D'ailleurs, si vous souhaitez un lien, dites le moi !

Je pourrais faire tout cela si je n'étais pas si négligent. Bon, je le ferai vendredi car j'aurai du temps. en attendant, je vous réitère mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2015. Puisse Sainte Dymphne veiller sur vous, que vous soyez dépressif, anxieux, épileptique, schizophrène, bipolaire, atteint d'un trouble du comportement alimentaire voire un confrère !

J'allais oublier, voici mon mail (en gros, gras et rouge) :

PA6712@yahoo.fr

01 janvier, 2015

Bonne année à tous !


Et voilà, une autre de passée et une qui commence. C'est ainsi que je vous présente à toutes et tous, chères lectrices et chers lecteurs, mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année 2015 ! Puisse cette année vous apporter tout ce que vous souhaitez de mieux et éloigner de vous ce que vous redouter. Quoique parfois, ce que l'on redoute ait parfois du bon car que serait-on sans avoir connu quelques épreuves ? Rien du tout !

Et puis n'oubliez pas que vivant du malheur d'autrui, que deviendrais-je si la vie n'était pas jalonnée de frustration, de douleurs et de deuils divers et variés. Je deviendrais inutile et il ne me resterait qu'à aller planter des pommes de terre ou à me retirer en ermite. Parce que ce n'est pas à mon âge que je pourrais retrouver un travail salarié. Au mieux, je serais accueilli dans une quelconque communauté Emmaüs où je ne serais même pas capable de remettre des meubles en état vu que je ne suis pas manuel. Ceci dit je pourrais conduire la camionnette qui vient chercher les meubles que l'on donne.

Mon projet immédiat n'étant pas de me laisser pousser une barbe et de déprimer en conduisant un Iveco Daily dans une communauté Emmaüs, c'est avec un plaisir teinté de culpabilité que je me contenterai de poursuivre ma vie telle qu'elle est. Si d'aventure vous étiez tenté de me souhaiter quelque chose, soutaitez moi que rien ne change car je ne suis jamais aussi heureux que quand aujourd'hui ressemble à hier et que je sais que demain ressemblera à aujourd'hui !

Je vous réitère donc mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année et n'hésite pas à illustrer cet article d'une image volée sur un site proposant des cartes de vœux virtuelles. J'ai juste ôté le happy new year parce qu'on est en France bordel et pas chez les rosbifs ni chez les amerloques !

31 décembre, 2014

Saint-patron et hagiothérapie !


Tout à l'heure, je ne sais plus de quoi nous parlions, ni surtout comment nous en sommes arrivés là, mon épouse me demande à brûle pourpoint : qui est notre saint patron au fait ? Et moi, de lever les yeux au ciel pour le prendre à témoin de l'ignorance impardonnable de mon épouse, de répondre imméiatement : mais c'est Saint-Yves voyons ! Yves Hélory de Kermatin de son petit nom. Évidemment je l'enjoignis, afin de se faire pardonner, de faire participer au pèlerinage en l'honneur à Saint Yves qui aura lieu le 19 mai prochain à Tréguier, sa ville natale, en chantant le fameux Kantik sant Erwan dont voici le refrain :

Nan eus ket e Breizh, nan eus ket unan
Nan eus ket ur sant, evel sant Erwan,
Nan eus ket ur sant, evel sant Erwan.

Bien entendu mon épouse, respectant la parole de son saint homme d'époux, moi, me promit d'aller à ce pèlerinage afin de se faire pardonner l'offense faite à son saint patron et en vue de rentrer dans ses bonnes grâce. Joignant la parole à ses intentions, elle se mit immédiatement à chanter ce Kantik sant Erwan et je débarassais le plancher pour me réfugier dans mon bureau car une corse chantant en breton à vite fait de vous casser la tête.

Et c'est là dans l'intimité de mon bureau, qui me sert occasionnellement de cabinet, que je me posais une question lancinante ! Car si j'avais moqué mon épouse ne se rappelant plus de son Saint patron, j'étais moi aussi gros jean comme devant (délicieuse expression surannée) ne sachant pas qui était mon saint patron ! Avais-je seulement un saint patron ou notre profession relativement récente était-elle une pure construction moderniste dédaignée de Dieu ! Qu'allait donc advenir de mon âme après mon trépas si d'aventure je m'apercevais que la profession que j'exerce n'avait point reçu de grâces divines,  à un point tel qu'aucun des nombreux saint chrétiens n'avait daigné s'y intéresser !

C'est vrai que la folie ou ses corollaires comme la dépression, l'anxiété et tutti quanti, furent de tout temps, avant que la science moderne ne débarque, traités par des prières et autres recettes magiques. On priait tel saint, on allait faire boire le malade à une fontaine sacrée ou on lui collait la tête dans une débredinoire mais, une chose est sure, on ne l'amenait pas voir un psy. Bon, pour les tourments de l'âme il y avait aussi la philosophie ou la drogue par la suite ! Puis seulement après, vinrent les aliénistes et psychiatres avec leurs armes de destruction massive comme les douches glacées ou la lobotomie en même temps qu'une discipline purement matérialiste émergeait : la psychanalyse. Rien de bien affriolant pour ramener un saint dans la profession !

Aussitôt saisi d'effroit, tandis que me parvenaient les échos assourdis de mon épouse chantant le Kantik sant Erwan dans le salon, j'allumai fiévreusement mon Imac 27' gay friendly, preuve de ma grande ouverture d'esprit, et je tapai comme requête gougueulesque "saint patron des psy", mêlant hardiment psychiatres, psychologues, psychothérapeutes et psychopathes dans le même panier !

Et là, le regard brouillés de larmes, je vis que Dieu, dans sa sainte sagesse nous avait dépêché depuis des siècles et des siècles, non pas un saint, du genre moine barbu évangélisateur, mais une gracieuse vierge pour présider au salut de notre profession ! Qui est-elle ?

Il s'agit tout simplement d'une sainte martyre décédée au VIIème siècle et répondant au doux nom de Dymphne de Geel ! Sacré nom ? On se croirait dans un épisode de Kaamelott vu que c'est un peu la même époque ! D'ailleurs, cette sainte au prénom improbable est aussi connue sous les prénoms de Dympna ou même Dymphna !

Alors que vous dire d'elle ? Rien, vous lirez par vous-même ici, car je ne vais pas faire du copeir coller. Disons que la pauvrette étant martyre et sainte, n'a pas eu la vie facile. Elle a été décapitée par son père qui voulait l'épouser après que lui soit arrivées moultes aventures ! Cette vie tumultueuse a fait d'elle la sainte patronne de tous ceux qui sont atteints des maladies mentales et d'affections nerveuses (folie et épilepsie) et par extension de ceux qui en ont la charge (ma profession entre autre)  et fut par la suite adoptée, compte tenu de sa vie, par les victimes d'inceste et autres abus sexuels. On la représente tenant un démon enchainé et elle est fêtée le 15 mai ! Si elle protège de la folie, on peut peut-être l'invoquer contre le socialisme ? En tout cas, c'est à tenter !

Pour les dévots, on peut acheter tout un tas de médailles et objets la représentant sur ce site marchand. Je ne sais pas si cela marche mais en tout cas c'est moins cher qu'une consultation chez un psy ! Enfin moi je serais vous, je ferai les deux, j'utiliserais la voie naturelle, les psys, et la voie surnaturelle, la prière à Sainte Dymphne.

Le recours à un saint détenteur d'un pouvoir thaumaturge que l'on nomme savamment l'hagiothérapie et a toujours représenté une voie de guérison. Le saint est invoqué pour obtenir par son intercession auprès de Dieu, la guérison de la pathologie dont on souffre. S'agissant des troubles mentaux, l'hagiothérapie fut la concurrente directe, voire supplanta la médecine jusque dans le courant du XIXème siècle. Les sanctuaires faisant l'objet de pèlerinages restent nombreux, même si un certain nombre sont tombés en désuétude. S'agissant de pathologies mentales, nombreux sont les saints, outre Sainte Dymphne, n'ayant semble-t-il que peu de renommée dans nos confins, que l'on peut invoquer.

On notera que les hôpitaux, même ceux de construction moderne possède toujours un endroit où prier. Face à des pathologies lourdes plaçant le patient face à une issue fatale, il est assez classique d'associer à la médecine des voies moins scientifiques. On ne sait jamais ! C'est de la thérapie à large spectre comme les antibiotiques !
Le 15 mai prochain, ne vous étonnez pas si vous me croisez chantant un cantique à Sainte Dymphne dans les rues de Paris ! Il n'y en pas que pour Saint Yves !


30 décembre, 2014

Sus au misérabilisme !


Voici quelques jours et par le plus grand des hsards, je me suis retrouvé l'espace d'une heure en compagnie de personnes que je ne connaissais pas dix minutes avant. Allez savoir pourquoi, l'un d'eux a parlé des prix astronomiques de certaines maisons situées aux antipodes et nous a montré des photos.

Moi j'ai trouvé ces maisons très moches, très nouveau riche et pour rien au monde je n'en aurais voulu une si ce n'est pour la revendre bien vite et m'acheter ce qui me plait. On trouve bien mieux et bien moins cher sur la côte d'Azur, les pieds dans l'eau et question bouffe ça reste mieux que les antipodes.

De toute manière n'étant pas un adepte inconditionnel de la côte d'Azur, ce n'est pas ce que j'aurais acheté. Mon truc à moi ce sont les pierres sombres et les terres, du genre grosse maison avec des tours entourée de forêts. En plus avec la différence de prix entre cette maison de mauvais gout et ma forteresse, peut-être que j'aurais pu me louer une poignée de vilains que j'aurais vêtus de haillons, logés dans des masures insalubres, mais rigoureusement soumis au régime des intermittents du spectacle, pour me conforter dans mon fantasme de châtelain médiéval !

Bref, j'ai juste dit que je trouvais la maison moche, le pays sans grand attrait et puis voilà. C'était une question de goût et de couleur, de la simple idiosyncrasie. Totu ceci aurait pu en rester là et nosu aurions devisé de choses sans importances, à savoir nos gouts comparés, eux pour les villas de stars en bord de mer et moi pour les forteresses médiévales.

Mais comme nous sommes en France, il y a toujours un fâcheux qui veille, un petit flic, un empêcheur de tourner en rond. Attention, non quelqu'un qui comme moi, comme je l'expliquais dans l'article précédent, vous rappelle aux réalités à la manière d'un Sénèque, mais un bon gros socialiste qui vient vous vider son seau de merde à vos pieds en vous éclaboussant de sa morale bas de gamme et de son heuristique de comptoir et de son christianisme dévoyé.

C'est ainsi que l'un des participants, se voulant sans doute plus docte et se faisant fort de nous rappeler aux dures réalités se saisissant de son portable nous montra une photo d'un bidonville quelconque en nous expliquant qu'il existait des inégalités terribles et que lui ne pourrait vivre dans une maison à quarante millions de dollars tant que des gens vivraient dans des maisons de tôle ondulée !

En premier lieu, ce type n'est qu'un cuistre qui s'est cru capable de jouer le rôle qui m'est imparti de par ma naissance en capricorne ! N'est pas Sénèque qui veut et d'ailleurs Sénèque n'enseigne pas à vivre au raz des paquerettes mais simplement que si lui a pu manger dans de la vaisselle en vermeil, il n'en a pas moins été aussi heureux quand il a du se contenter d'une écuelle de terre cuite. Sénèque n'est pas un pseudo socialiste à la petite semaine mais un stoïcien et c'est différent !

Deuxièmement j'aurais voulu dire à ce type, mais ma bonne éducation m'en a rendu incapable, que les inégalités étaient partout, et pas que dans les disparités de l’habitat, puisque j'en avais pour preuve qu'il était très laid et de plus très bête. Je me suis tu et j'ai eu le droit au laïus habituel misérabiliste. Je déteste cette vision des choses car justement le misérabilisme renvoie à une vision péjorative de la pauvreté, le pauvre, le "démuni" étant vu comme une victime éternelle de sa situation, dépourvu d'outils pour s'en sortir. D'ailleurs je suis persuadé que les "pauvres" qu'il adore, seraient ravis d'habiter un de ces palais bordant l'océan. Mais le gaucho n'aime les pauvres que tant qu'ils restent pauvres, comme une masse confuse qu'il pourra exploiter en lui vendant des lendemains qui chantent qui l'enrichissent avant tout lui dans le confort de sa petite prébende d'exploiteur de la misère humaine.

C'est une vision anti-humaine qui va à l'encontre de la réalité ! Sinon, on en serait encore à se terrer dans des grottes pour se prémunir des tigres à dents de sabre. Or l'expérience prouve qu'on a niqué tous ces putains de smilodons et que justement on peut vivre dans des maisons cossues en bord de mer fussent-elles dotées d'une architecture de nouveau riche ! Je crois en le pouvoir qu'ont les individus de changer la donne même si parfois il faut un petit coup de pouce, je n'en disconviens pas.

Et voici que ce crétin, cet apprenti penseur pour festivals alternatifs se met à nous prodiguer sa sagesse concernant l'exploitation de l'homme par l'homme en fustigeant le vilain capitalisme qui est responsable de tant de peine ! Encore une fois, n'étant pas débile de base, je ne suis pas non plus un contempteur absolu du capitalisme et sait reconnaitre ses excès mais bon, je pense aussi en avoir perçu ses bienfaits. 

Et voici que l'idiot me remontrant sa photo de bidonville me reprend comme on morigénerait un garnement disant des grosses bêtises. Je m'approche alors et constate que ladite photo est prise au Cambodge. Je souris et lui explique que pour le coup, il a fort bien choisi sa photo car justement si le Cambodge a été victime d'une idéologie mortifère, ce n'est pas du capitalisme dont il s'agit mais du communisme. Je lui rappelle alors les horreurs de Pol Pot et des ses acolytes comme le tristement célèbre Douch. Le fâcheux se fige, tente de se rétablir, de se justifier mais c'est peine perdue. Parce que pour justifier les ravages du capitalisme, montrer la photo d'un pays qui a subi une des pires dictatures communistes, il fallait oser. L'idiot se tait enfin. touché dans ses œuvres vives par l'exocet de ma démonstration fatale, ce misérable rafiot de la pensée crétine coule corps et bien, plongeant son nez (qu'il a très laid) dans sa bière tiède.

Comme ma clope est finie, je lâche deux euros sur la table pour régler mon café et me hâte de rentrer chez moi dans ma Jaguar profitant du cuir connolly et de mon nouvel autoradio ! Avec une ristourne de trente euros, je n'allais pas m'en priver pour remplacer cette vieille daube de Blaupunkt d'origine !

La mort !


Mon père vient de perdre son deuxième plus proche ami ce qui le laisse un peu seul au monde. Ils étaient trois et il est le dernier. Bon, le point positif, c'est que tandis que la génération précédente était déjà vieille à soixante-cinq ans, celle-ci dépasse largement les quatre-vingt ans. C'est déjà ça. Comme celui faisait un coup, j'ai tenté d'apaiser sa tristesse en lui disant que cela faisait de lui winner. Surtout que ses deux amis étaient de sacrés challengers. 

L'un d'eux, décédé voici deux ans, était une sorte de scorpion mystérieux ayant passé la moitié de sa vie dans les cercles de jeux et les champs de course, tandis que celui qui s'est éteint ces jours-ci était un capricorne massif, issu de la terre et fort comme un bœuf. Mais pour l'un comme pour l'autre, comme pour les vieilles voitures, il y a forcément un organe qui finit par lâcher et qui n'est plus réparable. Le cœur pour le premier et les reins pour le second ont eu raison de ces vieilles mécaniques d'avant-guerre élevées à coups de ticket de rationnement J3.

Le plus drôle dans cette histoire si l'on cherche vraiment quelque chose qui fasse rire, est que je me retrouve un peu, une génération après, dans la même situation que mon père. Dieu sait si je connais du monde et des gens avec qui je m'entends parfaitement bien. Mais quoi que Dieu fasse, je reste indéfectiblement attaché à deux amis proches. L'un d'eux, c'est Olive, celui qui a réussi et roule en Ferrari, et que je connais depuis la maternelle. Et le second c'est Lionou, que j'ai connu en seconde. On a beau moins se voir, nul besoin de se rencontrer sans cesse pour savoir que même si la vie nous a fait un peu dévier de route, il restera toujours entre nous un lien inexplicable que l'on ne retrouvera jamais avec d'autres.

Je trouve Lionou trop mou et Olive plutôt foireux tandis que Lionou me trouve parfois chiant et qu'Olive me tient pour un emmerdeur patenté. Peu importe, nos liens sont là. De plus Olive et moi sommes les parrains des deux enfants de Lionou ce qui nous laisse au minimum quatre occasions de nous voir au cours de repas familiaux. Olive et moi en profitons pour offrir aux gamins des jouets, non en fonction ce ce qu'ils apprécieraient, mais de ce qui fera chier au maximum Lionou. Il avait par exemple moyennement apprécié les vuvuzelas de 2010 qui lui ont littéralement cassé la tête ou les méga-pistolets à eau de 2012 qui ont dégueulassé sa maison. Il faut bien que les enfants s'amusent ! 

Comme je suis un sombrer capricorne toujours épris de choses que les autres ne veulent pas voir et dont ils ne veulent jamais discuter, j'aime parfois plomber l'ambiance. C'est ainsi qu'à certains moments mais ne me demandez pas pourquoi, à moins que ce ne soit juste pour les emmerder un petit peu quand ils me saoulent avec leur contentement de bourgeois repus, je leur demande s'ils se posent parfois la question de savoir qui de nous trois mourra en premier, puis en second et enfin qui sera le survivant. Évidemment, on me renvoie toujours un "tu nous fais chier avec tes questions à la con". Il faut dire qu'entre Lionou qui nanti d'un DESS banque-finance qui n'a jamais réellement bossé et Olive, l'informaticien qui parvient tout juste à déballer un portable de son emballage, l'ambiance est rarement aux discussions sérieuses !

J'assume alors pleinement mon rôle d'emmerdeur, je suis leur vanité vivante, celui qui a un moment, du moins si je le décide, va juste troubler un peu leur digestion en leur rappelant que la vie n'est pas seulement se goinfrer de mets fins et de grands crus classés (ces salauds sont riches) mais qu'elle a une fin plus ou moins digne avec la certitude de finir en poussières. Natifs du sagittaire et de la Balance, il est évident que ces deux esthètes, ces deux jouisseurs ne se posent jamais ces questions ou du moins qu'ils ont tôt fait de les mettre de côté. J'assume donc pleinement mon rôle de saturnien austère. Je suis l'idiot qui lors du triomphe romain murmure au général revenant d'une campagne victorieuse en étant acclamé qu'il n'oublie surtout pas qu'il va mourir pour lui garder les pieds sur terre.

Voici quelques années, tandis que j'avais croisé Lapinou en compagnie de trois copines de son école de commerce, j'avais un peu tenu le même rôle. Voir ces gamins tout juste âgés de vingt ans faire des plans sur la comète et construire des châteaux en Espagne sur ce que serait leur vie professionnelle m'avait agacé. Et donc, c'est fort de mon expérience de type âgé de vingt-cinq ans de plus qu'eux, que je m'étais ingénié à distiller une bonne dose de réalité dans les rêves de ces gamins ce qui avait eu pour conséquence de leur prouver que leurs prévisions étaient à peu près aussi réalistes que le château de Cendrillon de Disney. Lapinou m'en avait un peu voulu ce à quoi j'avais répondu que j'avais juste tenu mon rôle d'adulte tout en assumant pleinement le lien avec l'enseignement de mes ainés capricornes célèbres comme cicéron et Sénèque, lesquels ne sont pas toujours très drôles.

De toute manière, comme dans tout groupe, chacun a un rôle à tenir. Et l'on a parfois beau me le reprocher, si je m'avisais un jour de me montrer léger et primesautier, on me le reprocherait en me demandant ce qu'il m'arrive ! Je finis par devenir ma propre caricature parce que c'est rassurant. Toujours est-il que cela ne règle pas le problème de nos décès futurs. Faut-il mieux partir en premier, et laisser les deux s'ennuyer de moi et perpétuer ma légende, partir en second et se moquer du décédé avec le survivant ou finir en troisième et se dire que l'angoisse est là, que ça va être son tour et que finalement les deux autres ont bien de la chance de connaitre enfin le secret des secrets : ce qu'il y a après la mort.

Voici bien des mois que je ne m'étais pas complu dans une délectation morose et mélancolique et il aura fallu ce décès pour que revienne cette question lancinante : qui d'Olive, de Lionou ou de moi partira le premier.

On s'en fout me direz vous. Sinon autant se demander en plus de l'ordre à quelle date nous partirons pour le grand voyage. Dans tous les cas, ces questions ne sont pas aussi déprimantes qu'il n'y parait. C'est parfois en ne se posant pas ces questions, en ne s'y arrêtant pas l'espace d'un moment que l'angoisse de la mort devient insupportable.

Quoiqu'il en soit, j'espère qu'il me reste suffisamment de temps pour me bâtir un mausolée ou bien laisser ma trace d'une quelconque manière.


29 décembre, 2014

Les rigides, Le Touffier et autres considérations sur le métier !


C'est les vacances ! youpi ! Je me couche à pas d’heure, je me lève quand je veux, je mange, je bois du café, je fume, je lis affalé dans mon canapé des chouettes bouquins sur mes dernières lubies, tout en ayant une pensée attristée pour tous ceux qui seront allés se geler le cul sur les pistes de ski.

Mais bon, il a fallu que je reçoive une patiente, une gamine dont les parents de passage à Paris souhaitaient que je leur donne un avis autorisé sur la pathologie de leur fifille dotée d'un impressionnant parcours psychiatrique. Comme je suis bon gars et pas du tout spécialisé dans les ados à problèmes, j'ai accepté de la recevoir. Au pire, j'aurais dit que je ne comprenais rien à la gamine et j'aurais renvoyé chez un pédopsy.

Finalement, la môme âgée de dix-sept ans s'est montrée tout à fait sympathique et réceptive. J'ai écouté ses plaintes, fondées pour la plupart même si j’ai pu noter un "petit caractère" un peu têtu et peu enclin à s'adonner à une diplomatie apaisante.. Puis, comme j'ai eu dix-sept ans avant elle, je lui ai expliqué qu'elle était bienvenue dans le monde réel auquel sa toute puissance allait se heurter.

Comme elle est plutôt brillante, elle a vite compris le truc, à savoir que la condition d'une ado se révèle assez proche de la condition carcérale. Bref si l'on peut aménager sa peine, on peut difficilement s'opposer au maton sous risque de finir en isolement dans une cellule sans fenêtre et sans promenade ! Pour le moment, ses prises de position butées et massives se sont uniquement retournées contre elle, avec le succès qu'a connu la grève de la faim de Bobby Sands.

Elle a parfaitement chopé le truc a même réussi à en rire et l'humour c'est bien. C'est un putain de sacré rempart contre les vicissitudes de la vie ! Comme disait Beaumarchais, je me presse de rire de tout avant que d'en pleurer. Parce que sinon, la pauvre gamine, elle risque de morfler si elle vise la sortie de tôle qui n'arrivera pas avant la fin de ses études, le jour où elle sera enfin indépendante. Et comme elle veut faire médecine, ce n'est pas demain la veille !

Enfin, tout a fonctionné, elle n'a pas grand chose la gamine, il fallait juste une bonne alliance thérapeutique, un type qui sache rester adulte tout en lui montrant qu'il avait lui aussi été ado. Nul besoin de science complexe, juste du bon gros sens. Sans me jeter de lauriers, je crois que j'ai cartonné.

D'ailleurs le père me l'a dit, les trois jours suivants, elle était plus souriante et avait recommencé à lui parler. Il était ravi du résultat. Et comme il voulait savoir ce qui s'était dit, je lui ai juste expliqué que sa fille se débrouillant pour être moins abrupte en mettant de l'eau dans son vin, il serait bienvenu de se montrer un poil moins rigide lui-même. Comme il semblait plutôt content, je l'avais imaginé bienveillant et enclin à m'écouter.

Mais que dalle, j'ai eu le droit à un "mais je ne suis pas rigide du tout, si elle vous a dit cela, elle a tort". Alors comme il me gonflait un peu et que je suis en vacances, je lui ai juste dit que ce n'était pas très grave et que bien souvent les choses se réglaient parfaitement quand deux parties faisaient un pas l'une vers l'autre. M'ayant répété de manière extrêmement rigide qu'il n'était pas du tout rigide, je lui ai dit "bien le bonsoir, à vous de voir", de manière fort aimable, estimant que j'avais fait le job et que tout risque suicidaire ou majeur était écarté. Oui, je suis optimiste. Elle ne manque ni de caractère ni d'intelligence cette petite, il faut juste qu'elle lise Le lion et le rat, cette vieille fable de La Fontaine qu'on nous faisait lire lorsque nous étions petits et qui nous apprend que "patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

Et puis quelques jours après, alors que j'échangeais avec Le Touffier sur nos pratiques cliniques respectives. Comme il est médecin et surtout intéressé par la vraie plainte somatique avec des symptômes que l'on puisse voir via l'exploration médicale (IRM, prise de sang, toucher rectal, etc.), il me disait, tout en s'excusant de sa brusquerie, qu'il s'interrogeait sur les plaintes de mes patients qu'il avait du mal à prendre au sérieux. 

Ah la la, c'est bien là une réflexion de médecin axé sur sa poïésis tandis que mon action se situe sur un autre plan. Un peu comme si un mécanicien, les mains tachées de cambouis venait vous interroger sur la notion de pilotage en vous demandant de lui restituer sous une forme accessible au plan physique une expérience purement émotionnelle ! Ah Touffier, homme de peu de foi formé au dur contact des râles, des fièvres et de la sanie dans les salles communes d'hospices de province tandis que je navigue dans l'éther et les chuchotis à peine esquissés de la psyché fugitive au sein d'un cabinet feutré ! (Putain c'est beau ça)

Ceci dit, j'ai pu lui répondre que si je respectais au plus haut point ma patientèle parce qu'il faut pas mal de courage pour oser se plaindre et raconter sa vie à un inconnu, je ne prenais pas forcément les plaintes toujours au sérieux. Non, que je néglige les plaintes ! Moi qu'un simple rhume met en transe et rend prompt à prendre une assurance obsèques, je serais bien mal placé pour me moquer des plaintes d'autrui.

Disons que j'attribue à la plainte ce que l'on attribue au symptôme, une autre manière de dire les choses indicibles. Et c'est ainsi que magistralement, du moins ai-je voulu l'être, j'expliquai au Touffier que l'essentiel de mon métier n'était pas tant de m'occuper des plaintes que d'aider à grandir les immatures, de rehausser ceux qui se rabaissent et de faire toucher du doigt le réel ceux qui se regardent trop le nombril. Comme m'a dit une fois Le Gringeot : "ah ouais y'a quand même un aspect vachement phisolophique dans ton job quoi !".

Finalement mon job est assez simple. Sur ce je vais aller finir mon super livre sur les fontaines votives.