11 avril, 2016

Les surhumains !


D'abord, j'avais voulu intituler cet article les "inhumains" tant ce je vais vous parler me laisse perplexe. Et puis, je me suis ravisé car plus que d'inhumanité, c'est de surhumanité dont il s'agit vraisemblablement. Mais de qui ou de quoi est-ce que je parle ?

Des victimes ou des proches des victimes d'attentats bien sur ! Tenez, voici peu, un attentat avait lieu à l'aéroport de Bruxelles. Deux ou trois jours après, en regardant un journal télévisé, je vois une des victimes dont la jambe droite vient d'être amputée et qui risque aussi de perdre la gauche, interrogé par un journaliste. Et que nous dit cette victime ? Qu'elle aura du mal à s'en remettre, qu'elle veut à mort aux assassins qui ont ruiné sa vie ? 

Bien sur que non, cet homme nous explique qu'il n'a pas de haine et surtout pas contre les auteurs de cet acte abominable. Amputé fémoral d'une jambe et risquant de perdre l'autre, ce surhomme, tel un Épictète des temps modernes, prend les choses avec philosophie et pratique le pardon comme moi je fume mes JPS. 

C'est la résilience exprès ! Ce sont les étapes du deuil de Kubler-Ross franchies en un temps record ; un contre la montre ahurissant qui voit tous les chronos tomber. Déni, colère, marchandage, dépression et acceptation sont traversées à la vitesse de la lumière. Hier je marchais, aujourd'hui je perds mes jambes et alors ? La vie est belle, je suis en vie et c'est le principal ! Et puis j'ai entendu dire que la C-leg d'Ottobock, le grand prothésiste allemand était une vraie merveille ! J'ai hâte de l'essayer !

Suite aux attentats de Paris, j'ai aussi été témoin des mêmes scènes. Là, le père d'une victime nous rappelait encore une fois qu'il n'avait de haine pour personne tandis que l'époux d'une autre nous serinait la même chose. Dans les deux cas, des salauds sanguinaires leur arrachait leurs proches mais eux restaient de marbre, encore capable de logique et de stoïcisme après un tel traumatisme. Mais comment font-ils ? 

Certes on a tous saisi qu'il ne fallait pas d'amalgame. On a bien compris que pour le pouvoir il y avait clairement les méchants d'un côté et les gentils de l’autre et que d'ailleurs les méchants étaient eux aussi des victimes mais pas des bombes, de la société. D'ailleurs Clémentine Autain, conseillère régionale IdF, nous l'a rappelé sur Tweeter : "il faut opposer à Daesh, plus de services publics, plus de solidarité".

Il n'empêche que je ne comprends pas leurs réactions à toutes ces victimes que l'on  nous montre dans les journaux télévisés. Je ne les comprends pas parce que justement le traumatisme fait de vous un pantin incapable de réflexion. Au pire on enrage, on est soumis aux émotions les plus violentes on pleur, on hurle. Au mieux, on se replie sur soi et on ne bouge pas plus qu'un animal blessé. Je me souviens quand j'avais vingt ans de la tragédie qu'a vécue la mère d'un ami quand le frère aîné s'est tué en moto. Elle s'est tue, ses cheveux ont blanchi en une semaine, elle n'a plus été la même, sa maison est devenu un mausolée et sans le secours de la religion, elle se serait suicidée. Certes, c'est dramatique mais c'est humain.

Plus près de nous, c'est André Bamberski qui enlève le Dr Krombach, l'assassin de sa fille pour le remettre ligoté aux autorités françaises. Une fois encore, même si la méthode est expéditive, je comprends aussi la réaction de cet homme, lassé de voir l'assassin de sa fille en liberté. Je suppose que sur quelques iles de Méditerranée, ce même assassin aurait juste reçu un coup de fusil sans passer par la justice. 

Si la vengeance n'est sans doute pas la meilleure des choses, on admet tous qu'elle est la voie la plus facile quand on subit une injustice tandis que la voie du pardon est très longue. Il en faut pour du temps et de la réflexion pour pardonner. Ce fut ce très long parcours qu'entreprit par exemple Michel Bourgat, dont le fil Nicolas fut assassiné en 1996 pour un simple sandwiche. Pour s'apaiser, il avait choisi la voie du pardon. Il avait relaté ce parcours dans différents journaux quelques années après ce drame. Ce sont des années qu'il lui avait fallu et non un jour ou deux.

Alors décidément je ne comprends pas ces gens victimes des attentats de Paris ou de Bruxelles. Sans doute sont ils plus humains que moi, moins soumis à leurs émotions. C'est fort possible même si c'est hautement improbable. Je suppose en revanche que derrière ces prises de position, il y ait surtout le maelstrom dans lequel ils ont été baignés immédiatement après le drame. Les petites bougies, les embrassades, les mots d'ordre plus ou moins idiots, etc., autant de signes discret de l'hystérie collective qui prenait la foule peu à peu. La colère légitime qui aurait du amener la foule à demander des explications à notre ministre de l'intérieur Cazeneuve, s'est muée en une parodie de deuil un peu grotesque, en un carnaval où la mièvrerie le disputait aux larmes de crocodiles.

Sans doute que les victimes n'y ont pas échappé. Sans doute non plus que pour certaines d'entre elles, ils 'agissait aussi d'adopter une posture 2.0 mimant le faux pardon, celui que l'on encense tellement sur les réseaux sociaux où toute forme de colère spontanée serait très mal vue, un composé complexe de pédanterie, d'infantilisme, d'insensibilité et je ne sais quoi d'autre qui transforme la victime en zombie compréhensif et acquiesçant.

Peut-être justement cette interrogation à chaud par des médias venus exclusivement recueillir des témoignages de pardon à l'exclusion de tous autres, a-t-il créé un biais statistique ne montrant que ce type de victimes ? Peut-être que face à ces médias tout puissants et prompts à chercher la faute, même chez ceux qui viennent d'être victimes d'un acte odieux, a-t-il incité ces derniers à mimer le pardon pour être absous par avance par la presse ? C'est aussi possible.

Lorsque j'en ai parlé voici peu au Touffier, il m'a avoué avoir eu les mêmes réserves face à ce trop plein d'angélisme. Pour lui, l'affaire était entendue, ces gens n'étaient pas de vrais victimes mais des comédiens payés par le système. C'est vrai que certains sites ont pu lancer de telles idées. C'est vrai que lorsque l'on prend connaissance de cela par exemple, il nous est impossible de ne pas douter à tous moments de ce que l'on nous montre. J'ai beau savoir que la théorie du complot est le passe-temps préféré de tous les illuminés, et d'ailleurs notre gouvernement nous met en garde contre cela, j'ai du mal à croire en nos élites et à la presse subventionnée. Mais bon, c'est l'avis du Touffier et pas forcément le mien.

Moi, je pense que ces gens ne sont pas surhumains. Je pense qu'on leur a donné la vedette à un moment tragique de leur existence alors même que l'émotion était à son comble sous forme d'hystérie. Je pense simplement qu'ils se sont laissés happer par ce maelstrom et que c'est cela seul qui les empêche d'être humains et de sombrer comme le ferait tout un chacun. Que les mois passent, que les choses se tassent, que les projecteurs soient mis sur d'autres faits, et ils cesseront d'être portés comme ils le sont par cette hystérie. Ils connaitront alors les étapes du deuil comme moi, l'individu lambda, je les aurais connues, si pareil drame m'était arrivé. Je pense que le climat d'hystérie relayé par ces stupides réseaux sociaux les a empêchés de démarrer leur deuil.

J'en veux pour preuve que voici quelques mois j'avais été très étonné par une nouvelle expliquant qu'une jeune femme amputée des deux bras suite à un accident de métro avait repris des projets professionnels avec succès huit mois après l'accident. Sur le coup, je m'étais demandé qui était cette espèce de déesse qui se voyant les bras tranchés au dessus du coude, décidait d'en prendre son parti et de continuer sa vie. Je m'étais alors interrogé sur mes propres capacités de résilience ! Déjà que je suis prompt à m'énerver quand je ne retrouve pas mes clés, je ne suis pas sur que je serais resté aussi calme si j'avais perdu mes bras.

Et puis, j'ai appris récemment, qu'après un retour à la vie en fanfare, pleine d'un projet qu'elle voulait mener à bien pour se prouver que justement elle serait plus forte que le sort qui l'accablait, cette demoiselle a connu une période d'intense dépression dont elle vient tout juste de se sortir. Ouf, la vie a repris ses bras avec son processus normal de cicatrisation psychologique.

Je suppose qu'il en est toujours ainsi. On n'échappe pas à la dépression quand on est frappé par le sort. Même le grand Cicéron n'y a pas échappé, lui qu'on appelait philosophe de son temps. Cela lui aura valu d'écrire Les tusculanes, un livre merveilleux qui parle justement de tout cela. Les deux premières parties, s'appellent Face à la mort, les deux suivantes Face au chagrin et le dernier Le bonheur.

C'est me semble-t-il le dur chemin que font et feront tous ceux qui sont accablés par les circonstances. Le nier c'est être fou d'orgueil.


Se livrer à une douleur sans fin, pour la perte de ses proches, est une faiblesse puérile ; n'en ressentir aucune, serait une dureté inhumaine. La meilleure manière de tempérer la tendresse par la raison, c'est d'éprouver des regrets et de les étouffer.
 Sénèque - Consolations à Helvia

04 avril, 2016

Lancer de cacahuète !


Lui, il a vingt-huit ans et c'est un patient que je reçois depuis peu. Il est venu me voir pour des angoisses terribles qui confinent maintenant à la phobie. C'est une angoisse étrange qui le saisit dans certaines occasions sociales et le met en panique. Tant et si bien qu'il se met à suer à grosses gouttes et ne peut faire autrement que de se lever de l'endroit où il est, de s'excuser pour rentrer chez lui.

Comme l'angoisse est toujours actuelle, lui et moi avons analysé et passé en revue tous les moments où il s'est mis à paniquer. On a pu remonter douze ans en arrière lors de première crise d'angoisse. Et comme il a bonne mémoire, il m'a même fait un joli tableau Excel dans lequel il a pu répertorier toutes les crises qu'il a eues depuis lors.

La première fois qu'on s'est vus, je lui ai dit au bout 'un quart d'heure qu'il était manifestement surdoué. Cela ne lui a pas du tout fait plaisir. Il m'a dit que sa psychiatre précédente lui avait dit au bout de deux mois. Il a jugé le procédé malhonnête car pour lui la douance, c'est le truc cheap à la mode pour flatter les patients. Je lui ai répondu qu'à moi, il n'avait pas fallu un mois mais un quart d'heure et que j'avais raison. 

Même si je comprenais sa réaction vu que la douance est de nos jours le concept le plus galvaudé au monde en psychologie. Qu'on soit seul, mal aimé, bon à rien, et je ne sais quoi d'autre, et on trouvera très vite un document qui expliquera que non, on n'est pas un toquard mais simplement un individu trop intelligent pour être heureux ! Par chance, je n'ai rien d'un surdoué, et j'en suis fort aise sinon j'en voudrais à mort à celui ou celle qui me jugerai comme tel ! 

Mais je n'en ai pas démordu, ce jeune type est surdoué. D'abord, il est bon en tout, en lettres comme en sciences. Enfin, dans nos entretiens, que je lui envoie une balle au fond du court ou derrière le filet, il est rattrape toutes ! C'est un signe. Je ne m'ennuie jamais avec lui. Et puis, autre signe, ce type n'a pas d'âge. Je pourrais être son père et pourtant quand je lui parle, on a l'impression d'avoir le même âge. J'ai une copine un peu cintrée et adepte de trucs mystiques qui dirait de lui que c'est une vieille âme. Et sur le coup, elle n'a peut être pas tort !

Bon, au bout de quelques semaines à triturer des données, je lui ai dit qu'avant il avait des crises d'angoisses qui se sont résolues d'elles-mêmes. Il est marié, il a un travail et tout va bien. Ce qui subsiste, ce ne sont pas des crises d'angoisse stricto sensu mais l'émanation de sa peur du monde adulte. J'avais ainsi noté que ses peurs ne se manifestaient que lorsqu'il allait être confronté à des situations sociales que l'on admet être inhérentes au statut d'adultes : diners chiants, gens pénibles, obligations lourdingues, etc.

Je lui ai expliqué que je comprenais parfaitement ce qu'il ressentait et que je le partageais bien souvent comme l'atteste mon texte précédent. Il m'a demandé comment j'avais fait pour surmonter tout cela. Je lui ai juste répondu que vers trente ans j'avais choisi une autre vie. J'avais quitté ma carrière toute tracée pour affronter quelque chose ou je me sentirais plus à l'aise parce que j'y mettrais plus de moi même. 

Il m'a alors parlé de capacité de travail, de limites de l'effort acceptable, et de toutes ces choses qui entravent l'homme le plus déterminé quand il n'est pas un bosseur né. Je lui ai alors répondu que j'avais connu la même chose et qu'il m'avait fallu faire un mix de mes facilités, de mes centres d'intérêt, de mes limites en termes d'efforts, de mon intelligence disponible pour en sortir un parcours socialement acceptable. Ce qui me valait aujourd'hui, certes de ne pas être un brillant chef de service de psychiatrie d'un grand hôpital mais d'être un modeste psychothérapeute pouvant se targuer d'avoir une clientèle charmante et assez rock'n'roll dont peu de confrères aimerait se charger.

Je lui ai aussi expliqué qu'on sentait bien qu'il avait le mépris de l'opinion commune mais qu'il recherchait le beau en toutes circonstances. En ce sens, il était un dandy, tel que le concevait Baudelaire, c'est à dire, selon les propres mots du poète "un hercule sans emploi". En effet, pour Baudelaire, le dandy est "une institution vague, aussi bizarre que le duel. Il rassemble des hommes qui possèdent l'argent et le temps et n'ont pas d'autre état que de cultiver l'idée du beau pour leur personne, de satisfaire leurs passions, de sentir et de penser." Il n'a pu qu'opiner du chef tant cette description lui parlait bien plus que le qualificatif galvaudé de surdoué.

J'ai alors conclu mon monologue en lui disant qu'il était surdoué, rempli d'humour, joli garçon ce qui ne gâchait rien et qu'il lui appartenait maintenant de trouver sa voie, un combat à sa mesure sous peine de finir comme des Esseintes, le héros de A rebours de Huysmans, perclus d'angoisses et empli de vanité. Je crois l'avoir convaincu !

Tant et si bien que la semaine suivante, ses angoisses avaient disparu. En lieu et place, il se sentait déprimé. D'après lui, j'avais touché juste. Alors, quand je lui ai demandé ce qui le déprimais autant maintenant qu'il savait ce qui lui restait à faire, il m'a répondu cette phrases savoureuses : "jusqu'à maintenant, j'ai toujours géré ma vie chichement. Je me lance une cacahuète à un mètre et je vais la chercher. Et puis, hop, j'en relance une autre et ainsi de suite. Mètre après mètre."

Je l'ai alors rassuré en lui disant que nous allions passer à la noix de cajou que l'on lancerait à deux mètres. Et que lorsqu'il serait capable de l'exploit consistant à ramasser cette noix de cajou, alors nous pourrions réfléchir à un projet de vie un peu plus conséquent.


Le temps qui passe et ne repassera pas !


Voici encore pas si longtemps, quand j'allais à des mariages, c'était ceux d'amis. On était sur de bien manger, de picoler et de s'amuser. Le plus rigolo c'était de voir la tronche des amis qui se mariaient pour qui ce n'était pas forcément le plus beau jour de leur vie ; tant l'organisation d'un grand mariage est contraignante et stressante. Qu'on se le dise, le grand mariage avec robe blanche, cérémonie et tout le tralala est plus souvent décidé par la future mariée et les familles que par le futur marié, lequel se serait bien passé des préparatifs pénibles. Mais ce que femme veut, Dieu le veut !

Puis, mes relations étant toutes mariées, vint le tour des mariages de petits frères ou sœurs de ces mêmes amis. Ça allait encore, on pouvait faire illusion. On continuait à picoler et à s’amuser et on regardait d'un œil bienveillant les "petits" s'amuser. Vint enfin le tour des premiers divorces. On n'avait pas vu le temps passer mais certains couples si. Et les plus mal assortis faisaient naufrage au bout de dix années d'union. Là pas de fêtes, ni de picole ! On se dit juste que Madame X qu'on était habitué à voir dans les diners en tant qu'épouse de X et avec qui on avait créé des liens, ne viendra plus et qu'on finira par la perdre de vue et l'oublier. 

Voici aujourd'hui venu le temps des mariages de la génération suivante. On ne l'avait pas vue grandir celle-là. Née à la fin des années quatre vingt ou au début des années quatre vingt dix, on avait déjà été étonné qu'ils parlent, puis aillent à l'école, passent le bac ou votent et voici qu'ils sont fin prêts pour convoler. Ces petits cons qu'on a vu naitre sont devenus adultes, ont des métiers et se marient. Bientôt, ils nous enterreront. C'est la vie qui passe. Dès que vous croisez un nourrisson, dites-vous bien que c'est ce charmant bambin rose qui une fois adulte jettera une poignée de terre sur votre cercueil après avoir convenu avec votre médecin traitant d'arrêter les soins !

Sauf que moi, qui suis né vieux et pour qui rien ne vaut autant qu'un lendemain qui ressemble à aujourd'hui et un aujourd'hui qui ressemble à hier, je ne l'ai pas vue passer la vie. Dans un an, j'aurai cinquante balais. Je me souviens que ce même blog que vous lisez, je l'avais commencé à l'âge de trente neuf ans. Le temps passe vraiment vite et je ne l'ai pas vu passer. On grimpe l'échelle du toboggan jusqu'à trente ans, putain que c'est long, et après on le dévale. Le manque de pot, c'est qu'on ne finit pas dans un bac à sable pour regrimper aussitôt mais plutôt dans un caveau dont à part le Christ et Lazare, personne n'est jamais revenu à ma connaissance.

C'est ainsi que mon filleul Lapinou, non content de ne jamais venir me voir depuis qu'il exerce la profession d'auditeur externe chez un des big four, une sorte de travail idiot d'esclave moderne qui le mobilise même le samedi, a décidé de m'assassiner en convolant en justes noces. Il m'a annoncé ça l'année passée alors j'avais tout le temps d'y songer. Sauf que j'ai rangé l'idée dans un coin de ma tête pour ne plus y penser. Et puis le faire-part est arrivé avec même un site internet à consulter. Ça m'a foutu un coup de vieux parce que nous, quand on se mariait, on n'avait pas de site vu que ça n'existait pas ! Et puis je n'avais jamais imaginé qu'on puisse naître en 1989 et avoir l'âge de se marier !

Et puis, ça m'a aussi rajouté un second coup de vieux parce que je me suis demandé comment ça allait se passer. Connaissant les familles de Lapinou et de sa promise, je me doute bien qu'ils mettront les petits plats dans les grands et que tout sera parfaitement organisé. Mais bon, dans la vie, il n'y pas que la bouffe et le pinard, même quand ils sont au top. Il y aussi l’assistance avec qui on les partage. Je n'ai pas lu la lettre à Ménécée pour rien.

Alors je me suis risqué à demander à Lapinou à quelle table nous serions. Celle des mariés, c'est à oublier puisqu'il y aura forcément les parents et les témoins. Ouste Philippe, dégage à une autre table. Oui mais laquelle ? C'est là que le bât blesse et que Lapinou n'a pas voulu me répondre parce qu'il m'assure que les plans de table ne sont pas encore établis. Alors, moi j'ai un peu gueulé, je lui ai dit qu'il avait intérêt à ne pas nous coller à une table de quinquagénaires chiants ! Et mon épouse qui était assise en face de moi a interrompu ma conversation pour me rappeler que si elle calculait bien, étant né en 1967, j'aurais cinquante ans l'an prochain. De fait, il ne semblait pas idiot qu'on me mette à une table de gens de mon âge !

Le ciel m'est tombé sur la tête. Je me suis imaginé aussi à l'aise que le Petit Nicolas à l'anniversaire de Marie-Edwige sauf que moi, je me voyait assis, cravaté, rasé de près, à une table à laquelle seraient assis des cadres chiants discutant de trucs convenus, attendant que le temps passe, et me demandant à quelle heure il serait convenable de repartir de ce pensum. J'imaginais une table composée de gens capables de s'enflammer pour un duel Lemaire / Juppé ! Et moi au milieu, le vieux toujours jeune ou le jeune né vieux, se demandant ce qu'il était venu faire dans cette galère.

Alors je me suis interrogé ! Suis-je adulte ? Peut-on avoir mon âge et se trouver encore jeune ? Est-il normal quand je croise des gens respectables de mon âge, de me dire que je l'ai échappé belle ? Je n'en sais rien. Et pourtant, je ne pense pas refuser les responsabilités. Je crois même que j'adore ça. Je ne vis jamais mieux que quand je suis persuadé d'être au centre des décisions. Mais bon, j'ai toujours fait la part des choses en me disant que dans la vie, il y avait l'essentiel et l'accessoire. Et moi, l'accessoire, les choses sans importances, les fausses responsabilités, les obligations facultatives ou la respectabilité en carton, je ne cours pas après. 

Et puis est-ce de ma faute si je passe les deux tiers de mon temps à fréquenter des surdoués ? non que j'estime en être un ! Mais simplement que mon cabinet en regorge. Je dois en voir vingt par semaine. Et quelles que soient leurs diplômes et leurs responsabilités, ils savent rester cools et prendre du recul. si leur intelligence pourrait les placer tout en haut de la pyramide, ils s'en foutent. Du moment, qu'ils assurent un minimum, ils ne seront pas du genre à tout faire pour dominer ou posséder. Je n'ai jamais su s'ils étaient sages ou un peu fainéants. Peut-être les deux ? A moins que l'intelligence permette justement de se souvenir que rien n'est plus précieux que le temps libre, celui que l'on peut attribuer à des lubies.

Alors comment faire si on me place à une table de vieux emmerdeurs, de gens pédants et vaniteux. Qu'un seul me vante son pouvoir et ses avoirs et je lui répondrai que dans trente ans de toute manière il sera mort. C'est idiot de s'imaginer cela. Après tout ils seront peut-être sympas, qui sait ...

De toute manière, né sous le signe du capricorne, je suis un être responsable. C'est le mariage de Lapinou, et dut-il m'asseoir à une table de comptables ou je passerai la soirée la plus pénible de ma vie, que je ne dirai rien et me coulerai dans le moule.

Parce que justement, c'est le mariage de Lapinou et que parfois il faut savoir faire taire ma grande gueule, renoncer au délice d'un bon mot, d'une joute verbale, pour simplement faire plaisir.


28 mars, 2016

Formation rapide !


Voici déjà quelques temps au cours d'une séance de caffing, on discutait des relations hommes / femmes. Chacun pointait les différences et les points communs pouvant exister entre mâles et femelles de notre espèce. On a du balancer pas mal de lieux communs mais on s'en foutait. Ceci dit on a du aussi raconter des trucs très malins vu le concentré d'intelligence qu'il y avait autour de la table. Ce sont les bienfaits du brain storming que d'amener quelques pépites dans un amas de grosses bêtises. On ne se censure pas, on parle, voilà tout. Après tout, ne faut il pas pelleter des tombereaux de merde pour trouver des diamants ? Hein ? N'est-il pas ! ? Ainsi va la vie !

Je me souviens que j'ai dit au Touffier que quand j'étais petit, j'avais été marqué en lisant Le petit Nicolas. D'une part parce que Goscinny a parfaitement décrit les états d'âme d'un enfant parfois nettement mieux que certains ouvrages savants de psychologie du développement. Enfin, parce qu'il existe parmi toutes les histoires publiées du Petit Nicolas, quelques pépites qui méritent que 'on s'y attardent, tant sous des dehors légers, elles se révèlent pleines d'enseignement.

Et puisque l'on parlait des rapports hommes/femmes, j'ai expliqué avoir été marqué par deux histoires dans lesquelles intervient Marie-Edwige, un des rares personnages féminins de ces historiettes. Il faut dire qu'à l'âge du petit Nicolas, on n'a que faire des filles, lesquelles sont vécues comme un empêchement à bien s'amuser. Quand on a huit ou neuf ans on est mieux entre copains car les jeux sont très sexués. Ce n'est bien qu'après que l'on commence à s'intéresser aux filles et encore plus tard qu'on en revient aux basiques en se souvenant que décidément on est bien mieux entre mecs.

J'avais donc été marqué par la justesse avec laquelle Goscinny, en observateur avéré, narrait l'impact de la présence d'une fille sur une bande de garçons alors que cette dernière ne fait absolument rien si ce n'est se tenir présente. Dans cette histoire intitulée "Marie-edwige", Goscinny montrait que la simple présence d'un élément féminin suffisait à bouleverser les rapports entre garçons, dès lors que leur rivalité ne les opposait plus que pour attirer l'attention d'une fille.

Dans une autre histoire intitulée "L'anniversaire de Marie-Edwige", c'est le petit Nicolas qui se retrouve seul, invité à l'anniversaire de la petite fille en tant que seul garçon. Et c'est aussi de voir un garçon plutôt habitué à réprimer ses émotions confronté à un monde où elle s'exprime naturellement. Sans le comprendre, car ces notions n'existaient pas à l'époque ou il écrivit ces histoires, Goscinny nous montrait à cette époque la différence existant entre compétition sexuelle masculine et féminine.

J'avais alors expliqué à l'auguste assemblée présente ce jour là, qu'à mon sens, il suffisait de lire ces deux histoires pour tout comprendre des rapports hommes/femmes et naturellement admettre que si bien des choses nous rapprochent, bien d'autres nous tiendront toujours éloignés.

Le Touffier, en bon médecin, c'est à dire en gars sérieux qui ne se contente pas d'une parle mais creuse tous les sujets, avait trouvé sur le net les deux histoires en accès libres. Hélas elles n'auront tenu que peu de temps en ligne et les ayant droits de René Goscinny les ont fait disparaitre. Qu'à cela ne tienne, on les trouve sur Amazon pour pas grand chose. Mais je gage bien que quelques pirates du net, parmi mes lecteurs, auront tôt fait de retrouver ces deux histoires pour les consulter gratuitement.

Ainsi à tout patient qui vient me voir pour se plaindre de ses rapports avec les femmes, je demande si il a lu ces histoires du Petit Nicolas. Et si ce n'est pas déjà fait, je lui enjoins de le faire dans les plus brefs délais car tout y est dit. S'il l'a déjà fait, et n'y a pas trouvé son content, j'avoue ne pas comprendre ce que l'on peut chercher de plus !


11 mars, 2016

Aliénation sociale et collectif de défense !


Groupe de marcassins constituant un collectif de défense en vue de lutter contre l'abrutissement du monde.

Coordonnées !



En publiant les commentaires, je me suis aperçu que certains lecteurs me demandaient des contacts. Comme certains commentaires sont parfois attachés à deux très vieux articles, il n'est pas facile, une fois publiés, de les retrouver et d'y répondre. Pour cela, merci de m'écrire en mail à :

pa6712@yahoo.fr

KO Debout !

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Voici quelques semaines, j'étais comme un boxeur KO debout mais avec la très nette impression que l'on m'avait convié à boxer les mains attachées dans le dos. Parce que, même si en tant qu'être humain, citoyen et bien sur contribuable, je fais moi aussi partie de la société, j'ai eu très nettement l'impression que depuis pas mal de temps, la société se passait bien de moi et continuait sa course folle sans vraiment se préoccuper de mes aspirations. L'espace d'un instant, je me suis senti comme perdu dans un monde dont il ne maitriserait plus les codes, comme un vieillard désorienté confronté à un environnement nouveau et déstabilisant.



Que s'est-il passé ? Rien de bien spectaculaire, si ce n'est qu'à chaque fois que j'ai regardé les informations ou ouvert le Parisien, comme chaque matin avant mes consultations en prenant mon café, je me suis pris une mauvaise nouvelle dans la figure.  A vrai dire, ces nouvelles n'étaient pas mauvaises en elles-mêmes puisqu'elles ne me concernaient même pas directement pas plus qu'elles n'annonçaient de drames terribles. Non, elles m'ont juste apporté jour après jour la preuve ou du moins l'impression très nette que je vivais dans un monde devenu fou auquel je ne comprenais plus rien.



Je ne saurai même plus vous dire dans le détail ce qui m'a le plus affecté. Je me souviens par exemple que le fait de savoir que notre dernier Garde des sceaux. Jean-Jacques Urvoas, ait eu l'idée d'unifier les ministères de la justice et de l'intérieur au sein d'un super-ministère qu'il souhaitait baptiser du doux nom de "ministère de la règle et du droit" m'a laissé pantois. J'ai songé qu'il aurait pu rajouter le ministère de la santé pour psychiatriser les déviants tant qu'il y était. Je me souviens aussi que c'était un jour ou la RATP avait fait grève en soutien aux salariés de Good Year. Je m'étais étonné qu'un service public puisse ainsi déclencher une grève politique et puis je me suis vite dit qu'il fallait que je renonce à comprendre.



Je crois que ce jeudi, car c'était un jeudi, je me suis dit que plus que dans un monde de fou, il se pourrait que je commence à vivre dans une sorte de néo-fascime 2.0. Même si ce n'était pas l'idée que je me faisais du fascisme. Pour moi, le fascisme, ça avait la couleur et les odeurs des odyssées politiques d'avant-guerre. Ça portait l'uniforme et la casquette plate, c’était le fait de grands leaders charismatiques et paranoïaques faisant de grands meetings et haranguant les foules. Comme tout le monde, j'avais en tête les images de Hitler à Nuremberg ou les célèbres mouvements de mentons de Mussolini ou encore l'aspect débonnaire et néanmoins effrayant de Staline. Et puis mes deux parents étant nés avant guerre, j'en avais entendu parler maintes et maintes fois de ce conflit. Mais jamais je n'aurais cru que le fascisme, dont on nous rappelle toujours le bruit des bottes, soit le fruit de gens ternes en costumes gris.



Finalement je me suis dit que le début du fascisme c'était quand moi, et les autres bien sur, avions la nette impression que nos voix ne sont pas entendues, que l'on crie dans le désert pour enfin renoncer à simplement parler voire à penser. Renoncer à penser parce que le fait même de penser, de poser une analyse nous met face à des impossibilités cognitives, de blocages neuronaux. D'ailleurs, pourquoi parler de moi ou des autres, parce que ce dont ils se moquent vraiment, c'est du réel. Ce qu'ils nient, ce n'est ni moi, ni les autres, mais tout ce qui n'est pas eux. Ils nient tout ce qui est réel et n'appartient pas à leur environnement proche. Formés à la dure école de la politique, prompts à s’entretuer pour le pouvoir, n’ayant d’autre ligne d’horizon que les élections, leur réel n’est pas le notre.

Nous vivons un vrai totalitarisme même si ce terme peut sembler outré. Souvenons-nous que le propre du totalitarisme est d'aliéner les individus en niant leurs aspirations mais surtout en détournant leurs actions vers des buts choisis par le pouvoir. Ce totalitarisme est certes vécu avec plus de douceur et de confort parce que les dirigeants sont devenus habiles. Or si nous n'avons aucun problème à dénoncer cette aliénation lorsque l'on nous parle de sectes étranges ou de régimes exotiques maltraitant de manière évidente leurs populations, il nous est plus difficile de l'admettre pour nous. Parce que nous avons l'apparence de la liberté, parce que nous avons un droit de vote, etc. Et pourtant, nous n'en sommes pas moins enrôlés nous-mêmes dans un système aliénant. Peut-être qu'au-delà de toutes les explications savantes, le fascisme ce n'est que cela : obéir à des gens qui sont persuadés de mieux savoir que vous.



J'en étais là de mes réflexions en allant à mes rendez-vous ce jeudi matin lorsque j'ai retrouvé X, un patient libéra. Le pauvre était dans le même état que moi, en pire peut-être. Peut-être parce qu'il est ingénieur de formation. Parce que moi, j'ai été formé si ce n'est pour faire face à tout, du moins pour puiser dans mes connaissances afin de donner du sens à ce qui n'en a apparemment pas. La différence entre moi et mon patient X c'est juste de savoir d'où provient la souffrance mais pas toujours d'aller mieux. On fait ce que l'on peut. Si mes études m'ont permis de manipuler des outils de conceptualisation, ils ne me donnent aucun moyen d'agir pour autant. Je sais ce qui arrive mais je n'y peux rien.


Ayant étudié en mon jeune temps à l'INETOP, le triangle de Sigaut et la notion d’aliénation, de stratégie de défense et d'idéologie défensive de métier ne me sont pas inconnues. C'est même assez amusant d'utiliser ces notions de psychologie du travail à la vie de tous les jours. Mais aujourd'hui qu'on ne peut plus justement se laisser vivre parce que vivre dans ce monde de dingues est un vrai travail. Un travail qui consiste chaque jour et parfois chaque heure ou minute à se dire que "non je ne suis pas dingue".



Comme je l'expliquais dans un article très récent, François Sigaut a construit un triangle dans lequel, égo (moi) est en contact avec autrui par la médiation du réel. En situation de travail, cela signifie que la reconnaissance sociale ne peut s'obtenir que lorsque ces trois sommets sont liés. Que le lien entre égo et autrui soit rompu et c'est l'aliénation sociale qui s'installe. 

C'est ce que vécurent ou vivent encore de nombreux salariés dans la logique d'organisation scientifique voulue par Taylor ou par Ford. Dans ce cas, l'individu est considéré comme une machine, le bœuf Taylorien ou le chimpanzé  Fordien, qui n'a que des cadences à respecter. L'individu est exclu du processus de création au profit de la mystique du chef chez Ford ou de l'ingénieur chez Taylor, bref de ceux qui savent mieux. Comme le déclarait le médecin du travail de Ford à Bardamu dans Voyage au bout de la nuit : "l'ouvrier rêvé est un crétin, ce qu'il nous faut ce sont des chimpanzés".



Dans l’aliénation mentale, c'est le sujet qui voit la réalité telle qu'elle est alors qu'autrui, les autres l'ignorent totalement. La société, ou du moins ceux qui sont sensé la construire et lui donner une forme intelligible, rejette le sujet tout autant que le réel. Dans l'imagerie populaire, c'est le prolo qui trime durement pour un salaire de misère tandis que le patron fume de gros cigares en expliquant que s'il payait plus ses salariés, ceux-ci iraient boire leur augmentation ! C'est la négation de ce qui constitue un individu, à savoir sa subjectivité.
 
Aujourd'hui, l'aliéné social, ce n'est plus l'OS rivé à sa chaine, figure de la contestation issue des années soixante-dix, c'est bien plus de monde que cela. L'aliénation sociale concerne aujourd'hui toutes les couches de la population, au delà du statut privé-public, elle réunit les riches et les pauvres, les notables et les sans-grades. L'aliénation sociale concerne tout un chacun qui est confronté au réel.  C'est le téléspectateur lambda qui écoute le président de la République expliquer que "ça ne coûte rien, c'est l'état qui paye". La lutte des classes a volé en éclat au profit d'une autre fracture, celle existant entre ceux qui exercent un vrai métier et les autres.

Il serait effectivement très injuste de dire que l’aliénation sociale ne touche que les salariés du privé mais pas ceux du public. Je reçois ainsi de nombreux fonctionnaires qui vivent aussi la même aliénation sociale que les autres, quelque soit le statut qui les protège. Il serait donc plus juste de dire que si fracture il y a, elle existe entre ceux qui ont un vrai métier et les autres. Il y a donc ceux qui sont au front, quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent et ceux de l'arrière, les planqués, qui parfois ne font rien ou pas grand chose ou pire, décident pour nous. Il y a l'agriculteur et le technocrate européen, mais aussi le professeur, le guichetier de la Poste ou encore le médecin et leurs ministères de tutelle.

Dans mon cabinet, les aliénés sociaux, ce sont aussi bien ces salariés du privés qui se plaignent de l’empilage de taxes et de textes toujours plus nombreux. Mais ce sont aussi les magistrats ou les policiers qui se demandent à quoi ils servent ou ce professeur d'université qui a pris conscience que sa réelle fonction n'était pas d'enseigner mais de garder le plus longtemps possible des étudiants pour qu'ils n'aillent pas grossir le nombre des demandeurs d'emploi. C'est aussi ce scénariste qui a appris de lui-même à s'auto-éduquer, à brider son imagination, afin que les histoires qu'il propose aux producteurs veillent à respecter une doxa de bon aloi.

Cette aliénation sociale ressemble à s'y méprendre à une dépression noogène telle que la décrivait Victor Frankl. Sauf que dans le cas d'une dépression noogène, l'individu a perdu le sens de sa propre existence et se sent dans un vide existentiel. Dans le cadre de l’aliénation sociale, il n'y a pas perte de sens bien au contraire, le sens est trop présent. Les personnes ont l'impression qui perdure qu'ils vont bien dans le bon sens mais que quelqu'un a manipulé les cartes tant et si bien qu'ils ne s'y retrouvent plus. Ils savent exactement où aller mais le logiciel GPS qu'on leur impose les emmène ailleurs.



Finalement, face à cette aliénation sociale, pour tenir le coup, ne pas sombrer dans la dépression ou dans l'alcool, il faut développer des stratégies de défense. Élaborées au départ dans le cadre strict du travail afin de faire face aux souffrances importantes que peuvent constituer l'ennui et la peur, les stratégies de défense existent afin de résister psychiquement à l'agression que constituent certaines organisations du travail. Ces stratégies de défense peuvent aussi s'adapter à la vie quotidienne de tout individu confronté à l'aliénation sociale. Il s'agit donc pour tout un chacun de dominer la peur ou l'incompréhension face au monde en agissant sur la perception du risque. Ce déni de perception du risque permet de le chasser de la conscience.

Lorsque la pseudo-réalité nous agresse, lorsque l'on prend conscience que ce qui est décidé pour nous ne peut l'être que par des malades en pleine aliénation culturelle, cultivant juste l'entre-soi pour ne jamais sortir voir la réalité, l'important est de ne pas flancher, de rester debout en se disant que nous ne sommes ni fous ni inadaptés. Ce qui est parfois compliqué quand on est confronté aux délires de toutes sortes. Par exemple comment tenir quand est créé un secrétariat d'état à l'égalité réelle ? Comment gérer l'information selon laquelle l'UE voudrait interdire les bouilloires et les grille-pains à deux fentes ? Comment faire face à une situation dans laquelle on aurait l'impression de vivre dans un asile où les fous seraient non seulement déguisés en médecins mais en plus contrôleraient les traitements.



Bien sur, la meilleure solution serait que la société sorte de son aliénation culturelle et que le réel reprenne ses droits. C'est sans doute possible à la faveur d'un retour inopiné du réel. Les économistes et les businessmen pencheront pour un krach boursier en analysant des indices tandis que les croyants attendront l'apocalypse sagement en traquant les signes eschatologiques, tous étant persuadés que quelque chose d'important viendra sonner la fin de la récréation pour tout le monde. Chacun attend donc un événement salvateur, d'une révélation (apocalypse) économique ou religieuse. Beaucoup rêvent finalement que "ça pète" enfin. Mais bien des exemples passés montrent que le retour du réel, fruit d'une prise de conscience peut être long tant le déni est important.

Chacun trouvera en lui-même, en fonction de ce qu'il est psychiquement et de son environnement immédiat, la stratégie de défense la plus adaptée pour continuer à avancer sans sombrer. Qu'il s'agisse de garder des œillères en vivant dans le déni (ce n'est pas si grave après tout), d'atténuer sa souffrance en  interposant entre soi et le monde un filtre destiné à atténuer la douleur (drogue, alcool, etc.), de pratiquer le cynisme viril (ce monde est pourri mais tant pis je fonce pour y survivre), de nier ses vulnérabilités en tentant coûte que coûte de s'adapter (je suis un winner) ou encore de pratiquer l'humour et l'autodérision en soulignant chaque fois l’imbécillité du système, chacun fait pour le mieux.

On peut aussi à titre individuel adopter d'autres stratégies de défense. Dans ce cas, il s'agit de reconnaitre sa souffrance mais aussi de la transformer en quelque chose de positif. Ainsi chacun à son échelle peut-il adopter le rôle d'opposant au système. Qu'il adopte la stratégie du génie incompris, du précurseur, de l'excentrique clairvoyant ou encore du classique dissident en lutte contre le totalitarisme, les choix qui s'offrent à l'individu sont assez nombreux pour rester dans le système tout en s'en affranchissant au maximum. 
Celui qui accepte de ne pas jouer totalement le jeu en prenant le risque de passer pour un fou ou un inadapté social sortira forcément gagnant puisqu'à la fin, c'est toujours la grandeur d'âme qui décide. Tel Diogène répondant "ôte toi de mon soleil" à l'empereur Alexandre venu lui demander les secrets de son bonheur, ou encore comme ces opposants célèbres pour avoir affronté la tyrannie au prix de leur liberté, il faut tenter d'ériger son âme en citadelle intérieure comme disait Marc-Aurèle. Conformité en dehors et dissidence en dedans affirmait déjà Sénèque voici deux-mille ans. C'est plus facile à dire qu'à faire me direz-vous. On se prend juste à rêver d'une justice immanente qui ferait que cette souffrance psychologique ne soit pas vécue pour rien.

Ce jeudi matin, j'avais eu un rendez-vous annulé au dernier moment alors, avec mon ingénieur, nous avons pu commencer notre séance au café en terrasse. Il m'a demandé comme je faisais moi, pour résister. Je lui ai répondu, comme je l'expliquais au début de cet article que compte tenu de ma formation, j'avais un point de vue critique qui me permettait sans doute de trouver un sens à cette folie ce qui m'évitait de sombrer. Au moins à défaut d'autre chose, avait je sans doute les capacités à modéliser et conceptualiser tous ces problèmes. Enfin, je lui ai expliqué que finalement, je n'avais que fort peu de liens avec cette société aliénante. Nonobstant les fois où j'ouvre le journal ou écoute les nouvelles télévisées, ce que je fais finalement trop, je pense que mes interactions avec la société sont si ténues que je voyage en passager clandestin. Tout comme les autre, j'attends la chute seul sur mon radeau. Un patient exerçant la profession de chirurgien m'a expliqué que pour "survivre" à ce maelstrom de bêtises, il tentait de voyager d’oasis en oasis. J'ai trouvé la formule jolie.

Quant aux relations que j'ai conservées, qu'il s'agisse de certains de mes patients ou des quelques amis d'enfance que j'ai gardés et avec qui je partage encore quelque chose, je crois qu'ils sont suffisamment proches de moi en termes de valeurs pour qu'eux et moi constitutions un collectif de défense, comme on dirait en psychopathologie du travail,  assez efficace pour ne pas nous laisser trop abimer par ce monde de fous. C'est notre petit maquis à nous. On n'y fait rien de fabuleux, on se serre juste entre nous en attendant des jours meilleurs.

En ce sens, mes séances de caffing, dans la mesure où elles me permettent d'interagir avec des personnes dont je suis proches philosophiquement me permettent de tout supporter ou presque. Socialisme tyrannique, féminisme absolu, terrorisme à tous les étages, mesures économiques aberrantes, écologisme totalitaire, et j'en passe et des meilleures, ne peuvent rien contre un groupe soudé. Aussi m'efforcè-je quand j'entends une nouvelle qui me saisit d'effroi de me dire que ce sera une occasion d'en rire un peu plus tard.

"A l'intérieur, dissidence totale ! A l'extérieur, faisons comme tout le monde !"
 Sénèque

29 février, 2016

Je suis là !

Rassurez-vous, je suis là, j'écris juste un très long article !


Malgré un temps relativement doux, les marcassins restent couverts !

08 février, 2016

Psychiatrie et aliénation !


Voici quelques mois, j'ai déjeuné avec une jeune consœur. Enfin, consœur dans l’esprit mais pas dans les faits, puisqu'elle est médecin-psychiatre et donc nettement plus gradée que moi qui ne suis rien ! Elle m'avait été présentée par un ami commun.

Juste avant de déjeuner, je venais de passer deux heures avec un patient venu de province, exprès pour me rencontrer. Ce type m'avait emballé. Colonel de profession, il avait certes oublié d'être con mais plus encore, il s'était même souvenu qu'il pouvait rester simple malgré sa réussite et même faire preuve d'une très belle sensibilité sous ses airs de tueur. Si j'osais un raccourci audacieux,  je dirais que si j'avais été mécanicien, je venais de passer deux heures à ausculter une fabuleuse mécanique, un beau V6 apte à rouler sur la ligne de couple tout en étant capable de monter dans les tours au moindre coup d'accélérateur. Ça c'est pour les férus de mécanique ! 

J'étais donc sur un tapis volant en venant à ce déjeuner, tout entier encore pris dans l'entretien précédent qui venait de s'achever. Si j'ai uen clientèle sympathique à 99,99%, mes expériences avec les galonnés n'ont pas toujours été fabuleuses. Le précédent colonel que j'avais reçu par exemple, s'était montré extrêmement arrogant et enclin à "faire péter les galons". 
 
Il avait fallu que je rappelle à ce cuistre qui se croyait dans une caserne, qu'en tant que  "psy", il devrait me voir comme un aumônier militaire ayant le grade de celui auquel je m'adressais. Soit, s'il préférait, il en devrait pas oublier qu'il était dans mon cabinet dans lequel je restais le commandant de bord auquel il devrait se soumettre ! J'ai toujours détesté l'argument d'autorité et ce d'autant plus que celui qui en use n'a accompli aucune tâche en rapport avec le respect dont il espère être l'objet. Et moi, il me faut plus que cinq barrettes sur une épaulette pour m’imposer le respect. T'as pas fait Verdun ni le Chemin des dames alors ne viens pas me parler de la guerre et puis voilà ! Non mais !

Mais ce colonel là, celui que je venais de voir ce jour, m'avait enchanté tant et si bien que c'est d'un naturel primesautier que j'arrivais à notre déjeuner. La demoiselle bien que charmante ne semblait pas non plus d'un naturel enjoué. Je mis cela sur le compte d'une certaine timidité tout en me rappelant que dans ma profession, on a plus de contrôlants et d’analysants que de gens vraiment ouverts et sympas. Ceci dit, peut-être que de son côté elle a pu croire que j'étais le représentant Ricard venu prendre les commandes de la brasserie dans laquelle nous allions déjeuner ! La tête de l'emploi est un vaste sujet !

On papote, on papote et puis, on aborde des sujets de boutique, c'est à dire qu'on parle de psy. Moi qui me fais vieux d'années en années, même si un capricorne ne vieillit pas vraiment, j'étais ravi de papoter avec une jeune consœur, persuadé qu'elle allait m'apprendre plein de truc sur les recherches actuelles. Ben mon cul ! Oups, pardonnez moi cette vulgarité. Je voulais dire que je n'ai rien appris de neuf si ce n'est qu'en psychiatrie comme dans le reste de la médecine, semble-t-il, ce soit de plus en plus les protocoles qui s’installent au détriment du facteur humain. Fini les diagnosticiens géniaux, comme House, place aux analyses et aux machines. Elle m'a dont parlé de tests en me disant que untel était positif au test de truc ou négatif à celui de machin. Dans un boulot où n'existent pas de marqueurs biologiques, les tests font donc la loi !

Bref, à un moment comme nous parlions d'un sujet précis, les rescapés du Bataclan, je lui demandais comme elle agirait ou réagirait face à de tels cas. Et là, le museau se plisse et la voici toute fermée. Elle distingue dans ma question un piège qui l'amène à me dire : désolé mais je déteste me faire tester en déjeunant. Alors que moi, et je vous le jure chers lecteurs, je n'avais aucune envie de la tester mais simplement, face à des cas dramatiques, d'avoir son avis de clinicienne. C'est vrai quoi, on a des tests, des IRM et des Scanners mais à la fin, il y a tout de même un individu en face de nous à qui on doit parler. 

On ne peut pas décemment se borner à dire à la personne, vous avez été victime d'un stress intense comme l'atteste le test X que vous venez de passer, voilà une ordonnance pour des anxiolytiques. Il va falloir parler. Ou encore, vous êtes amputé d'une jambe suite à une rafale de Kalachnikov, et comme le prouve le test Y, c'est un cap difficile à passer, prenez ces cachets deux fois par jour et revoyons nous le mois prochain. Mais bon, comme la donzelle avai hérissé toutes ses défenses, j'ai fermé ma gueule et on a achevé le déjeuner, peut-être pas dans une joie délirante mais du mieux possible.

J4ai juste pense à certains patients que j'ai eus par le passé et la manière dont ils auraient pu être jugé par cette jeune consoeur si ils l'avaient consulté. J'ose imaginer que les diagnostics de schizophrénie et les neuroleptiques seraient tombés comme les braves à Saint-Privat ! Je me suis juste dit "putain de monde dans lequel on donne des postes aussi importants à des individus qui n'en sont pas dignes". Puis comme je trouvais cela un peu méchant et que je ne le suis pas, je me suis juste dit qu'il y avait un manque dans la formation. Parce qu'en psy, si vous êtes un petit cœur sensible attaché à l'ordre et aux convenances, ça risque de déménager vu les cas qu'on reçoit.

C'est vrai que pour ma part, partageant tout un tas de traits de caractère avec ma clientèle, il m'en faut beaucoup pour estimer que quelqu'un est fou ou du moins atteint d'un truc grave. Sinon, il y a longtemps que je me serai mis dans le lot avec mes addictions et mes lubies ! Ceci dit c'est aussi pour cela que les médecin qui m'honorent de leur confiance m'envoient souvent les cas un peu "bizarres " parce qu'ils savent que je parviendrai toujours à m'en accommoder.

Et puis, comme je parlais tout en réfléchissant en tâche de find, je me suis souvenu du triangle de Sigaud que j'avais appris en psychologie du travail, lequel Met en relief les trois formes d'aliénations possibles. D'ailleurs j'en avis déjà parlé voici quelques années ici-même. Le triangle de Sigaut, c'est cela :



A l’origine, on admet que la société enferme dans ce qu’on a longtmeps nommé les asiles d’aliénés ceux qui perturbent par trop son fonctionnement du fait d’une personnalité altérée, elle peut aussi tenter d’imposer par l’enfermement une volonté collective à des individus non conformes mais sains d’esprit, du moins aux yeux d’un psychologue impartial. Dans son analyse, Sigaut dessine un triangle formé par la réalité le sujet et les autres et postule que le lien entre égo (soi) et les autres (autrui) âsse forcément par la médiation du réel. Il postule alors que l'aliénation passe forcément par l'ignorance d'un des termes par rapport aux deux autres et qualifie ainsi trois types d’aliénation : l'aliénation mentale, l'aliénation culturelle, et l'aliénation sociale.

L'aliénation mentale correspond à la rupture du lien de l'individu, laquelle débouche sur une rupture avec autrui. Ce sont les cas classiques de "folie", de délires ou de paranoïa par exemple. Le sujet privé de réel et d'autrui est totalement isolé. Ce sont les fous que l'on trouve ici.


L'aliénation culturelle est une coupure du lien avec le réel même si le sujet est en lien avec autrui. Mais sans médiation du réel, ce lien est faussé. C'est le cas de la personne embrigadée dans une secte, dans un mouvement associatif militant ou dans une grande institution. C'est aujourd'hui le cas des politiques qui ne vivent pas ce que vivent les gens. Tant que les gens vivant en aliénation culturelle maintiennent une forme de cohésion dans leur groupe, il n'y a pas de souffrance. En revanche l'irruption du réel entraine nécessairement une crise terrible. C'est aussi la position préférée des personnes appartenant à un environnement très normé où la soumission aux normes, dont le bien-fondé ne sera jamais discuté, est la seule manière de se faire bien voir et d'évoluer. Ce sont les soumis que l'on retrouve dans cette catégorie.


L’aliénation sociale est l'inverse de l'aliénation mentale. Le sujet voit la réalité telle qu'elle est mais reste coupé d'autrui. C'est le cas du génie incompris, du précurseur, de l'excentrique clairvoyant, du dissident contre le régime totalitaire qui peuvent apparaitre comme des inadaptés sociaux minoritaires dans un environnement où justement c'est l'aliénation culturelle qui règne. C'est une position qui génère une souffrance intense dès lors que le sujet est isolé. C'est aussi un piège pour le mauvais psy lui-même en pleine aliénation culturelle et qui, incapable de voir le réel, de le questionner, et de se questionner, serait amené à juger celui qui le voit comme un fou ou dangereux déviant. C'est la position que vivent la plupart des libéraux qui me consultent, cette impression de vivre dans un monde de fous qu'ils sont les seuls à juger tels. Ce sont les rebelles que l'on retrouvera dans cette catégorie d’aliénation.

Au-delà de tout diagnostic, la réalité de la situation que 'jai vécue en compagnie de cette jeune psychiatre, était de voir un individu en pleine aliénation culturelle, tout juste capable d'apprendre et de recracher, sans jamais remettre en cause les pré-supposés de ses croyances, les jugeant bonnes parce qu'enseignées par des individus dûment étiquetés par la société (les profs) et dûment mis en oeuvre par un supérieur (le chef de service).

Et moi, j'étais en pleine aliénation sociale, me trouvant face à ce monde fou que je déteste, ce réel abject et violent, qui consacre comme humanités nouvelles, des études stéréotypées destinées à des individus sots dont la seule gloire aura d'avoir été suffisamment travailleurs, parce qu'ils n'avaient généralement pas grande chose d'autre à faire de leur maigre vie, pour réussir un concours !

Comme je suis rebelle depuis très jeune, entré très tôt en dissidence du fait des mes idées baroques sur la vie et les gens en général et que j'ai vite compris qu'il fallait embrasser la main qu'on ne peut mordre, j'ai fait profil bas en tentant de lui donner à penser qu'elle était sympathique. En revanche, je ne suis pas sur qu'elle m'ait trouvé sympathique et je dois avouer que je m'en fous totalement.

N.B. : 
Bien entendu, mes récriminations sur les concours, ne concernent que les médiocres et ne sauraient concerner les gens très brillants issus de concours. Il y en a et j'en ai un paquet dans ma clientèle(X, Mines, Centrale, médecins, IEP, etc.). J'ai moi-même en mon jeune temps passé quelques concours. Outre le fait que durant leur préparation, je me sois abstenu de sortir, de voir mes amis, ma copine de l'époque et de picoler, je ne suis pas certain que ces épreuvess aient prouvé d'une manière quelconque mon intelligence mais simplement ma capacité (limitée) à me concentrer l'espace d'un moment sur un objectif. On appelle cela du dressage.

Curriculum-vitae et entretiens !


J'ai un patient, un type charmant s'occupant du risque dans une compagnie d'assurances mais manquant de confiance en lui,  à qui j'ai affirmé qu'il était sans aucun doute un salarié d'une fiabilité extraordinaire. Manifestement, son patron, tout en l'appréciant, ne se montre pas aussi catégorique que moi. D'entretiens en entretiens, d'évaluations en évaluations, il semble lui manifester une certaine défiance sans pour autant préciser ses griefs. De mon point de vue, c'est son patron qui a des problèmes et non mon patient dont je persiste à croire qu'il est parfaitement fiable. Fiable à un tel point que même ses défauts sont perceptibles puisqu'ils ne sont que "les défauts de ses qualités".

Il a été étonné, alors que nous nous voyons que depuis peu, que je puisse ainsi affirmer aussi catégoriquement quelque chose le concernant. A priori, mon style plutôt promouvant heurtait quelque peu sa démarche analysante. Peut-être lui aurait-il fallu plus de temps pour être aussi sur que moi d'une personne. Nous serions sans doute parvenus à la même conclusion mais ses opérations logiques auraient pris plus de temps que mes "fulgurances". Très aimablement, il m'a demandé sur quels éléments je fondais mon jugement. En tant qu'analyste-risques, il était intéressé par ma démarche.

Tout d'abord, je lui ai expliqué que nous partagions quelques expériences. Ainsi, en école supérieure de commerce, j'avais eu des cours intitulés "prise de décision en avenir certain ou incertain", lesquels se targuaient, après avoir mis en équation puis sous forme de matrices différentes situations de prendre des décisions d'une manière scientifique. Si à l'époque j'ai scrupuleusement suivi les conseils du professeur qui m'enseignait cette matière, il va sans dire que je la trouvais passablement ridicule. 

Je la trouvais contraire à l'esprit humain lequel est à mon sens rationnel d'une manière apparemment irrationnelle. Je ne pense pas pour autant que notre rationalité soit limitée mais simplement que dans une prise de décision intervienne tout un tas de facteurs qu'il est bien difficile de modéliser pour, justement, des esprits trop rationnels. Je pense que l'excès de rationalité dont font preuve les analysants les rend parfois incapables à prévoir le choix des humains. 

J'ai d'ailleurs pu noter, depuis près de vingt ans que je pratique mon métier que mes patients ayant le mieux réussi sont soit :
  • Ceux bénéficiant d'un phénomène de rente soit au travers d'un diplôme de grande école bénéficiant d'un réseau important, soit ceux pratiquant une profession réglementée limitant la concurrence. Indépendamment de leurs qualités individuelles, c'est un concours qui a déterminé leur niveau de revenus. A ce niveau, rappelons nous les mots de d'Auguste Detoeuf, polytechnicien et fondateur d’Alstom, qui parlant des concours, précisait que : "cela sélectionnait les volontés et harmonisait les médiocrités".
  • Enfin, chez les autre, ceux soumis à la concurrence la plus rude parce que ne bénéficiant ni d'un réseau particulier ni d'un accès réglementé à une profession, les plus belles réussites s'observent chez ceux chez qui on aurait coutume de dire qu'ils ont eu du nez. La locution "avoir du nez" signifie qu'ils ont eu de l'instinct, du flair. Ils ont simplement vu la nouveauté là où d'autres ne l'autraient pas vue et là où ce que l'on m'a enseigné de la prise de décision, lorsque j'étais jeune, aurait échoué puisqu'il n'y avait pas d'éléments à modéliser mais simplement une idée, parfois un peu folle, à laquelle ils se sont accrochés.

  • Loin de moi l'idée de dire que l'actuariat ou toute formule de prédiction des risques ne vaudrait rien. Disons que pour moi, de la même manière que la décision d'un juge ne saurait se soumettre à un rapport d'expertise, j'aime à me souvenir que ce sont des outils et rien d'autre, comme le sont les tests dans ma profession, lesquels doivent être utilisés avec circonspection et ne jamais se substituer à la clinique.

    J'ai ensuite rajouté à mon patient que sa présentation était extraordinaire. Comme nous sommes tous deux nés à une année d'intervalle, nous avons eu la même jeunesse et donc les mêmes références. En le voyant, je me revois voici trente ans. C'est un parfait diplômé d'école de commerce. Rien ne dépasse : le costume est impeccable, la chemise et la cravate aussi et les chaussures bien cirées. Et touche amusante et détail décalé, il doit être l'un des derniers à encore porter des chaussettes Burlington comme nous en portions dans les années 80. Les chaussettes de couleur signent un petit côté original marquant sa nature facilitante. Soit ce type a tout prévu et tout calculé et est un escroc de haut vol, de nature à endormir toute méfiance, soit comme je le pense, c'est un type fiable à cent pour cent.

    Enfin et je crois que c'était le plus important pour moi, c'est un passionné de voile. J'ai moi-même fait un peu de voile étant plus jeune. Pas suffisamment pour être un marin confirmé et tracer la route jusqu'aux Antilles, mais assez pour distinguer un vrai marin d'un charlot. Et puis au gré de mes lubies, j'ai pu à l'occasion m'y remettre au travers de lectures. Les différentes allures, de même qu'un bouge, une tonture, une ligne de tin, un trinquette, un pataras ou un ridoir et autres termes techniques me sont familiers autant qu'inutiles sauf lorsque je suis face à un passionné de la mer. 

    Et mon patient est un vrai marin, ayant à son actif quelques belles traversées tout en ne dédaignant pas s'amuser sur un dériveur en Bretagne. A défaut d'en parler avec passion, puisque c'est un analysant, il en parle savamment. Et s'il y a bien quelque chose qui ne pardonne pas l'amateurisme, c'est la mer. En mer, nulle bande d'arrêt d'urgence sur laquelle vous attendrez la dépanneuse venue vous secourir. Et si la technologie a beaucoup apporté à la navigation, bien souvent, les mauvaises décisions se payent très cher, au prix de la vie.

    Pour lui résumer la manière dont j'avais posé mon jugement définitif sur lui, je lui rappelai donc qu'il avait de beaux diplômes comme beaucoup et qu'il présentait bien comme tant d'autres. En revanche, j'avais été amusé par ses Burlingtons, lesquelles signaient à n'en pas douter un petit côté original donnant une dimension originale et bienvenue à un profil qui eut été trop analysant à ce niveau de poste. Un directeur doit avoir un peu d'ampleur et d'empathie pour manager. Ce n'est pas un poste d'expert.

    Enfin, sur son C.V. figurait la passion de la voile et il suffisait d'en parler ne serait-ce qu'une demie-heure avec lui pour comprendre que c'était un vrai passionné et un vrai marin. Et là, mon jugement était définitif, un type qui est capable de s'embarquer sur un sloop de sept mètres pour traverser l'Atlantique sait mesurer les risques et donc en prendre ! Je l'aurais donc signé sans problème et sans lui faire subir je ne sais quelles évaluations faussement scientifiques qui rassurent surtout ceux qui sont incapables d'apprécier un individu en peu de temps.

    Vosu l'urez compris, ma prise de décision équivaut à : Chaussettes Burlington + passion de la voile = recrutement parfait. C'est certain qu'écrit sous cette forme, cela apparaitrait totalement idiot. Pourtant, j'espère vous avoir démontré que ces détails, pour nous promouvants, ont autant de validité que les tableaux des analysants.




    01 février, 2016

    Douance, accoutumance, aisance et aberrance !


    Être ou ne pas être surdoué, voici l'un des enjeux majeurs de notre temps. Depuis que Jeanne Siaud-Faschin, affectueusement surnommée JSF dans le milieu des surdoués, a publié son livre Trop intelligent pour être heureux, tout le monde se sent concerné par la douance. Et si plutôt que d'être déprimé par l'environnement ou les événements de vie, on pouvait l'être du fait d'une trop grande intelligence.

    Se comparer à l'Albatros de Baudelaire, celui que ses ailes de géant empêchent de marcher à certes plus de gueule que de s'avouer juste victime d'une dépression lambda qu'un généraliste soignera à coups d'ISRS, avant que la vie ne reprenne ses droits, mais ce sera une existence normale, tout juste ébréchée par l'accident de parcours qu'aura représenté la dépression.

    Sans doute faut-il voir dans la réussite de ce concept de douance à notre époque, l'atavisme qu'ont les gens pour l'individualisme. Déprimer ? Seulement déprimer, ce serait tellement commun, tellement vulgaire. Alors on déprimera au nom d'un idéal, d'une singularité, d'une intelligence malmenée par la bêtise de nos contemporains. On prendra les mêmes antidépresseurs et on recourra aux mêmes recettes que les autres mais tout au fond de soi, on s'estimera unique. La dépression ne sera plus vécue comme un échec, une panne, mais comme la preuve éclatante de ses surcapacités.

    Comme je suis souvent confronté à cette donnée nouvelle, on m'a conseillé deux ouvrages que je devais lire absolument. L'un, Les surdoués ordinaires, est de Nicolas Gauvrit et l'autre, La précocité dans tous ses états, est écrit par Fabrice Bak. J'ai commencé le premier et il me tombe des mains. Non qu'ils soit mal rédigé ou inintéressant mais qu'on y ressasse les mêmes choses que partout ailleurs en égrenant la litanie de toutes les particularités qu'auraient peut-être les surdoués. 

    On aura ainsi le droit à surdoués et schizophrénie, surdoués et troubles "dys", surdoués et créativité, surdoués et humour, pour à chaque fois s'apercevoir que parfois oui mais parfois non, tant est délicat l concept de douance. L'auteur, on ne pourra pas lui reprocher, a au moins le mérite d'être carré. On n'en espérait pas moins puisqu'il est mathématicien de formation. Il me semble que le livre aurait pu être résumé en vingt pages et que cela aurait bien suffit. 

    Mais l'ayant acheté, je le lirai, c'est l'escalade d'engagement qui l'exige. Et puis je suis trop coutumier d'abandonner des livres en cours de route pour le refaire encore. C'est ma grande décision du jour de l'an : cette année, je finirai tous les livres commencés, même les plus pénibles. Même si à la lecture de celui-ci j'en viens à me souvenir d'un patient qui ayant décrété que le livre était médiocre, n'hésitait jamais à le renvoyer à Amazon en exigeant son remboursement. Sans doute qu'aller à la poste m'est un effort plus insurmontable que de finir ce livre ?

    Celui de Bak, je ne l'ai pas encore commencé, tout juste parcouru. Il m'a semblé moins austère que celui de Gaudrit mais cela ne m'a pas pour autant incité à m'y plonger immédiatement. J'ai préféré commencer par le plus petit, le livre de Gaudrit faisant moins de pages que celui de Bak, il m'a semblé que mon calvaire serait plus supportable. Mais bon je lirai les deux car je ne nie pas qu'au fil des pages, je ne puisse apprendre quelques menues choses. Je ne suis pas spécialiste en douance mais si d'aventure on m'en reparle, je serai moins bête en les ayant lus.

    De même, je ne nie évidemment pas la validité des tests en psychologie, la psychométrie étant une branche importance de cette discipline. Toutefois, je m'insurge contre cette psychologie réalisée à base de tests qui viendrait en lieu et place de l'observation clinique. Cette psychologie de protocole pour autant qu'elle soit utile pour valider des intuitions ne saurait remplacer la finesse diagnostique.

    Le Test de QI n'échappe donc pas à mes interrogations. Je comprends que l'on en fasse, notamment lorsqu'on y est poussé par des parents soucieux de savoir ce que leur chérubin a vraiment dans la tête. Pourtant, il me semble curieux qu'à l'âge adulte on veuille encore s'y soumettre comme si l'on pouvait douter de son intelligence et ne pas savoir quelle quantité approximative on en possède. A moins, que mus par des intentions moins honnêtes, il s'agisse de s'inscrire dans un classement destiné à savoir si l'on fait partie des THQI ou simplement des HQI. Pourquoi pas ? 

    Quoiqu'il en soit, il m'a toujours semble qu'un examen clinique pas spécialement complexe permettait de detecter cette fameuse douance bien plus rapidement et facilement qu'un test long et couteux. Certes l'entretien ne viendra jamais mettre une note ni graduer l'intelligence mais simplement avertir la personne si elle est surdouée ... ou non. Quoiqu'à la vérité, je suis persuadé de ne jamais m'être trompé en donnant un chiffre de QI à quelqu'un. Mais fi des chiffres et du classement, la douance cela se sent. C'est rapide un surdoué et ça renvoie toutes les balles qu'on lui envoie, fond de court ou derrière le filet. 

    Dernièrement je recevais un nouveau patient, un jeune type âgé de vingt-six ans pour des problèmes d'anxiété. Comme je discutais avec lui, je lui fis remarquer au bout de vingt minutes qu'il était très certainement surdoué. J'ai été très amusé de sa réaction. Il m'a répondu "ah non pas vous, déjà que la psychiatre précédente avait évoqué cela au bout d'un mois". Je lui ai fait remarquer en souriant qu'il m'avait fallu vingt minutes et non un mois. Et puis comme il prenait mal le fait d'être catalogué surdoué, je lui ai demandé pourquoi il avait cette réaction.

    Il m'a alos avoué que pour lui le concept de "douance" était un "truc marketing vraiment cheap". Voilà un peu où amènent l'inflation de livres sur le sujet ai-je pensé. Il a rajouté qu'il venait trouver des réponses et traiter son anxiété et non sombrer dans "des histoires de bonnes femmes". J'ai simplement rajouté que sa douance, au même titre que son sexe et son parcours scolaire et professionnel étaient des données utiles pour traiter son anxiété et que je n'avais jamais eu l'intention d'apporter comme preuve définitive de mes compétences le fait que j'aie détecté sa douance. On a pu crever l'abcès et nous nous entendons fort bien. Il est  vif d'esprit, très cultivé et bourré d'humour ... comme souvent les surdoués !

    Mais ces remarques ont fait leur chemin en moi. J'ai trouvé amusant que ce qui aurait du passer pour un compliment soit vécu sur un mode agressif. Et j'ai trouvé intéressante son analyse de la "douance" comme étant un "truc marketing actuel". 

    Sans doute qu'il n'a pas tort ce jeune surdoué.Sans doute qu'à force de trop s'y intéresser, d'en dénaturer le concept, de le décortiquer jusqu'à lui faire perdre toute saveur, la douance sera bientôt le centre d'intérêt pour les sots !

    Viendra un jour, où les gens vraiment intelligents refuseront d'être appelés surdoués laissant cette épithète aux fats et autres cuistres pour qui la normalité est insupportable à vivre !

    De toute manière, soyons surs qu'on est toujours le con de quelqu'un !

    Suicide by cop !


    Le 7 janvier dernier, un homme se présentant dans un commissariat parisien, armé d'un hachoir et criant Allah Akbar a été abattu par des policiers. Au même moment, je recevais un jeune capitaine de police. Comme je lui annonçai la nouvelle qui venait d'arriver sur les dépêches de mon i phone, ce dernier ne sembla pas plus surpris que cela et se contenta de me dire d'un ton dégagé : suicide by cop.


    Le suicide by cop ou suicide par police interposée est une méthode de suicide par laquelle une personne agit délibérément de manière menaçante vis à vis d'un représentant armé des forces de l'ordre en vue de provoquer une réaction mortelle de sa part.

    C'est vrai que ces derniers temps on a pu voir, soit des attentats rigoureusement organisés comme ceux de Charlie Hebdo ou ceux du treize novembre, mais à côté de ceux-ci, on a aussi pu assister à des comportements totalement  aberrants.

    Ces comportements amènent alors des personnes que les services qualifient de déséquilibrés à se comporter comme des terroristes alors que manifestement, ils n'appartiennent pas aux mouvances islamistes si ce n'est pas le truchement de quelques lectures par internet ce qui peut sembler assez banal à une époque où tout est disponible en ligne, quelle que soit l'option politique retenue.

    Certains peuvent avoir des casiers judiciaires chargés et n'être pas pour autant des terroristes mais de simples condamnés de droit commun qui un jour, à la faveur des événements ou sans doute de l'actualité, vont basculer et se mettre à adopter des conduites irrationnelles comme celle consistant à prendre d'assaut seul un commissariat.

    Il faut savoir que parmi ceux que l'on nomme les "droits communs" figurent un certain nombre de personnes souffrant de pathologies soit jamais détectées soit jamais soignées ou ayant cessé leur traitement. Qu'ils s'agissent de bipolaires ou de schizophrènes en rupture de soins ou encore de personnalités pathologiques, tels des paranoïaques, nombreux sont ceux qui du fait d'une pathologie sont amenés à adopter des comportements anti-sociaux. Les criminels ne sont pas tous des sociopathes géniaux et rationnels ayant choisi de leur plein gré le mauvais chemin, loin s'en faut.

    Bien entendu, la réciproque est vraie aussi et le fait d'être schizophrène ou bipolaire n'entraine évidemment pas un parcours délinquant ou criminel, fort heureusement. Cependant, la fragilité de ces patients, leur isolement social, leur parcours fait de rupture successives et d'incapacité à s'insérer dans un cadre sentimental ou professionnel peut en faire de bons candidats au crime. 

    Et si l'on peut admettre qu'ils sont autant victime d'eux mêmes que leurs prpores victimes, le droit les reconnait tout de même coupables puisque selon l'article 122-1 du Code pénal, « N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ». 

    Une personne atteinte de tels troubles sera donc considérée irresponsable si ceux-ci ont affecté son discernement au moment des faits puisqu'elle n'a pas pu contrôler ses actes en raison d'un trouble mental et ne sera pas jugée responsable de ces derniers. La personne pourra bénéficier d'un non-lieu de la part du juge d'instruction, ou bien d'un acquittement ou d'une décision de relaxe de la part de la juridiction pénale. Si la personne est considérée comme dangereuse pour la société en raison de son trouble mental, une décision d'internement sera prise. C'est évidemment une question que l'on posera aux experts psychiatres en charge d'examiner ces personnes.

    A coté de tous ces cas bien connus et répertoriés impliquant des pathologies souvent lourdes, existent aussi des personnes dépressives se sentant à un moment donné de leur vie totalement privée d'avenir. Souvenons-nous que la dépression se caractérise par une humeur triste et une perte de l'élan vital et qu'elle peut toucher n'importe qui avec une acuité plus ou moins importante à différents âges de la vie.

    Voici plus de vingt ans, c'était l'affaire Rey-Maupin qui mettait la France en émoi puisque ce tandem de jeunes tueurs se terminait route dela Gravelle dans le bois de Vincennes dans une fusillade au cours de laquelle cinq personnes dont trois policiers et Audry Maupin alors âgé de vingt-deux ans décéderont. 

    Si l'on regarde les éléments biographiques d'Audry Maupin, étudiant en philosophie, on notera un ancrage politique à l'extrême gauche avec cependant un engagement associatif important. Ce genre de jeune idéaliste, qu'ils se situent à l'extrême gauche ou droit ou dans une mouvance religieuse, sont le terreau idéal pour des actions militantes extrêmement violentes. Tant leur âge, que leurs fréquentations ou leurs lectures en font les candidats idéaux pour des aventures sans lendemains se terminant par une forme de suicide by cop.

    De simples criminels de droit commun auxquels on ne peut reprocher aucun engagement militant pourront aussi choisir cette voie pourvu que le panthéon des gloires auxquelles ils se réfèrent soit peuplé d'individus violents et jusqu'au-boutisme. On ne saurait mesurer ce qu'un simple film comme la seconde version de Scarface aura fait comme victimes, ces jeunes voyant dans la fin du bandit interprété par Al Pacino l'essence même du héros romantique que rien n'arrête et qui place son idéal au-delà de toute mesure.

    On parlera alors de comportement ordalique (jugement de Dieu) qui est un est un comportement à haut risque, motivé par un besoin de jouer avec la mort ou de revitaliser son existence. On parlera aussi parfois d'une "appétence traumatophilique" ou! encore "d'ordalisme", qui est un fort désir de prouver l'intérêt de vivre en la risquant, comme dans les cas de sports extrêmes ou de conduites à risque. Il s'agit alors de la recherche exclusive de l'intensité de la vie, du plaisir total et du refus d'une vie économe qui durerait longtemps mais n'apporterait aucun sel.

    Parfois un criminel ou un terroriste abattu par la police n'en est pas vraiment un, c'est juste ce que l'on nomme trivialement un "paumé", un pauvre type jamais pris en charge psychologiquement ou bien dont la prise ne charge aura été mal faite. C'est aussi parfois la victime d'un système qui glorifie des comportements adolescents au détriment de la raison.

    Confronté à une existence médiocre, ils préféreront alors mourir dans un coup d'éclat plutôt que de recourir à tout autre moyen d'en finir. D'ailleurs, je gage que si l'on avait demandé à ces gens là s'ils étaient suicidaires, la plupart auraient répondu que tel n'était pas le cas, car ils n'ont pas les capacités de comprendre que leurs comportements ne sont en rien rationnels mais appartiennent plutôt à la sphère des actes ordaliques.