01 juillet, 2015

Code vestimentaire et angoisse passagère !


Lundi un de mes patients, ingénieur en informatique, me parlait de sa recherche de travail. Parmi les offres qui s'offraient à lui, figuraient certaines émanant de banques. Et là, le pauvre était paniqué, non par la tâche qui l'attendait et dont il saurait triompher, mais par l'éventualité d'un dress code qui, horreur, l'obligerait à porter un costume et une cravate. Pour preuve, il m'a donné le code vestimentaire en vigueur chez UBS qui, semble-t-il, semble exercer sur les informaticiens une répulsion au moins égale à celle d'un crucifix sur un vampire. Il s'imaginait déjà engoncé dans un costume croisé gris anthracite, le cou serré par une cravate Hermès et chaussé de richelieus de chez Berluti.

Je l'ai bien sur rassuré, lui expliquant qu'à ma connaissance, l'informaticien étant logé à fond de cale, on n'exigeait de lui aucune tenue particulière si ce n'est qu'il ne sente pas mauvais. Pour le reste, barbe, cheveux longs, t-shirts de geeks, tout semble formellement autorisé pourvu que le code Java soit bon et les serveurs en état de fonctionner. Pour preuve, j'en ai même un diplômé d'une très grande école, et travaillant pour une entreprise prestigieuse de la mode, que je n'ai jamais vu avec des lacets noués ni une cravate. De toute manière, vu la réputation d'autiste dont jouissent les informaticiens, il me semble illusoire qu'une société exige d'eux plus que ce qu'une mère exigerait d'un enfant de quatre ans. 

Certes, pour de rares entretiens, le costume peut être exigé. C'est ainsi qu'il reste de bon ton pour un entretien de recrutement de revêtir un costume et de porter une cravate. Pour autant, que l'ingénieur se rassure, à de très rares exceptions près, il lui sera pardonné toutes les fautes de gout. Et même si le jour de l'entretien, il ressemble à un premier communiant empêtré dans son costume tout neuf, cela lui sera pardonné. A la limite, un informaticien trop élégant ferait figure d'escroc et on mettrait ses compétences en doute.

Je ne connais qu'un informaticien élégant, c'est mon ami Olivier, celui qui est riche et a réussi et roule en Ferrari. Toujours sapé comme un milord le père Olive. Par contre en termes de compétences informatiques, je crois qu'il a bloqué à Windows 3.1 et qu'il n'a jamais remis ses connaissances à jour. Mais comme il me dit toujours :"moi je vends et il ne faut jamais effrayer le client avec des trucs techniques. Pour cela il y a les techos (prononcer tekos)". D'ailleurs Olivier parle un peu des techniciens comme un officier de cavalerie portant bottes cirées et un stick sous le bras parlerait du dernier des biffins.

Je crois n'avoir jamais vu d'informaticien en costume dans mon cabinet. Pourtant Dieu sait si j'en ai dans ma clientèle. Parfois je me dis que je pourrais ouvrir une SSII et concurrencer CGI. A deux exceptions près ceci dit. D'une part un jeune ingénieur des mines qui porterait plutôt bien la toilette si ce n'est qu'il semble s'appliquer avec un soin maniaque à avoir l'air totalement négligé même en costume comme si en le revêtant chaque matin il avait adopté une stratégie revenant à dire à son employeur qu'il l'emmerde. Cela s'appelle respecter les règles en les rejetant, ça a un côté délicieusement passif-agressif !

Et puis, j'ai aussi vu Chaton en costume. Lui, c'est spécial. Tandis qu'en jean et T-shirt, comme à son habitude, puisqu'il est en T-shirt même en plein hiver, Chaton le centralien ressemble à un sympathique ingénieur de la Valley, un petit gars diplômé de Cal Tech, en costume c'est différent. Dans ce cas, sa largeur d'épaules et sa musculature obtenue en salle de sport le font ressembler à un videur de boîte de nuit ou à un racketteur de la mafia ! La dernière fois que je l'ai vu en costume, j'ai même trouvé qu'il avait un petit air de Joe Viterelli en plus jeune et sans traces d'acné bien sur. Il ne manquait que le plat de pasta et la nappe à carreaux dans l'arrière salle d'une petite trattoria et l'illusion était parfaite. Le costume lui va bien mais quand il en met un il fait un peu peur.

Certes, je ne me prétends aucunement spécialiste de l'informatique mais à moins d'avoir choisi la voie du conseil IT dans un grand cabinet américain, en vous tuant à la tâche quinze heures par jour en espérant un jour vous aussi devenir partner pour exploiter les autres comme vous l'avez été, je ne pense pas qu'il existe un seul employeur sain d'esprit pour exiger d'un informaticien, fut-il ingénieur de grande école, qu'il porte un costume et une cravate.

N'angoissez pas pour rien, dormez tranquille ! Dites vous chers informaticiens, que personne ne veut vous de mal au point d'exiger que vous portiez un costume ! Un patron peut parfois être cruel et exploiteur mais pas si bête !

30 juin, 2015

Des nouvelles de Jésus !


Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu a dit Jésus, le vrai pas mon patient bien sur. Et moi je lui obéis au vrai Jésus. Quant à l'autre Jésus, celui qui me consulte, justement je lui ai rappelé cette phrase en lui expliquant que mon métier avait un début et une fin, un alpha et un oméga et que même si j'étais le gars ouvert d'esprit, je ne pouvais décemment pas verser dans le mysticisme débridé.

C'est vrai que lorsque l'on connait aussi bien le cas que moi, on a beau dire, on a beau faire, on ne trouve rien pour expliquer ses troubles au père Jésus. Ce qu'il vit ne ressemble à rien de connu et pour le moment, quatre psychiatres et un neurologue s'y sont cassé les dents. Ils y sont tous allés de leur petit diagnostic, histoire de dire quelque chose mais franchement c'était du bout des lèvres, un peu péteux qu'ils étaient de voir un cas résistant à leur science. Certains auraient juste prescrit des neuroleptiques capables de défoncer un éléphant mais rien de plus.

Alors comme un neurologue me fait l'honneur de me lire et qu'il m'a dit un jour qu'il aimait bien les cas difficiles, les "moutons à cinq pattes", je me suis dit : pourquoi ne pas lui adresser Jésus. Pour le coup, ce neurologue a été sympa puisqu'il l'a reçu un dimanche de manière à lui consacrer tout son temps. Et du temps il en a passé. Mais de diagnostic que dalle, rien du tout, pas plus d'explication franche que de compétences économiques dans la tête d'un énarque ! C'est dire.

Bon, du bout des lèvres lui aussi, il a avancé une possible maladie de Wilson. Cette maladie se distingue par une accumulation de cuivre dans l'organisme. J'y avais pensé aussi. Il suffit de regarder Dr House pour connaitre toutes ces pathologies curieuses. Mais c'était impossible puisque les yeux de Jésus sont d'un bleu impeccable et ne comportent pas d'anneaux de Kayser-Fleischer. Alors il a imaginé aussi un possible trouble dissociatif de la personnalité.

Ça c'est la maladie américaine par excellence, ils en ont plein comme des fantômes. Nous en France, on est rationnels alors on a peu de fantômes et pas de troubles dissociatifs de la personnalité. C'est le truc préféré des avocats véreux qui feront un intervenir un psychiatre escroc payé à prix d'or pour expliquer à la barre qu'en fait ce n'est pas leur client Joe qui a violé et tué la petite Cindy mais bien Bob la seconde personnalité de leur client que ce dernier ne contrôle pas. Voilà dans la tête de Joe vit aussi Bob le méchant d'où le trouble dissociatif de personnalité ! 

Franchement Jésus que je connais bien, c'est plutôt le gars qui est tout seul dans sa tête. Il ne manque pas de caractère et je ne vois pas quel espace il pourrait allouer à une seconde personnalité ! Le connaissant bien, je n'ai rien repéré de curieux en lui si ce n'est qu'il vit des trucs extraordinaires ! Je n'ai pas constaté que c'était Bob qui déconnait en lui. D'ailleurs lui même est formel, il est tout seul dans sa tête. Donc exit ce truc aussi !

Comme c'est un neurologue consciencieux et vraiment sympa qui ne veut pas forcément s'avouer vaincu, il a demandé des examens, un IRM et une analyse de sang. Jésus va les faire pour être en paix et se dire qu'il aura exploré tout ce que la science lui offre. Il n'y croit pas mais il est décidé à agir en ce sens. Moi aussi cela me rassurera parce que j'ai beau croire à tout, ça m'arrangerait bien qu'il ait un truc physiologique. Même si tout au fond de moi je veux bien croire à la possession, je vous avoue que ce serait rassurant de trouver un truc physiologique expliquant les symptomes, un bon vieux diagnostic.

Parce que même si cela me fout les boules de me l'avouer, c'est tout de même plus facile de croire en Dieu qu'à l'existence du diable. Dieu c'est cool et clean tandis que le diable ça a des relents archaïques et moyenâgeux. Et pourtant faute de mieux, je vous que j'en perds mon latin et que j'ai assisté à des manifestations plus que troublantes. Des gars bizarres j'en ai souvent vus et je n'ai jamais eu peur, mais un type qui grogne en me regardant méchamment, là sincèrement ça fout vraiment les boules, comme si on vous entr'ouvrait la porte des enfers.

Tenez la semaine passée, Jésus qui trouve qu'aucun des curés qu'il a vus pour des exorcismes officiels n'a assez de pouvoir pour le délivrer de son démon a rédigé tout seul comme un grand sa propre prière d'exorcisme. Il me l'a amenée et comme je suis un bon gars, j'ai commencé à la lire. Et là, au bout de deux phrases, dès que j'ai prononcé Jésus-christ, il s'est mis à grogner méchamment. Bon, j'y suis un peu habitué et je n'ai plus peur mais j'avoue que c'est tout de même un peu flippant. La fois prochaine je le filmerai avec son accord pour les gens qui doutent.

D'ailleurs, Jésus et moi on a pu constater que pas mal de prêtre indépendamment de la foi qu'ils peuvent avoir, ont toutes les peines du monde à croire au diable. Ils accueillent la demande avec gentillesse un peu comme il accepteraient de satisfaire le caprice d'un gosse. Mais finalement, ils sont un peu comme moi, il préféreraient un bon vieux diagnostic psychiatrique de derrière les fagots, un truc propre qui emmène directement le type dans un établissement de l'APHP plutôt que dans une séance d'exorcisme.

Enfin, même s'il se plaint, comme tous les jeunes de son époque, moi je trouve qu'il y a tout de même du mieux. Certes, il souffre encore mais son état s'est amélioré. Il prend soin de lui et a recommencé à faire des conneries. Chez lui c'est un signe de bonne santé quand il fait des conneries en bon hyperactif qu'il est. D'ailleurs, s'il se tape une garde à vue, vu que c'est un peu sa spécialité, il pourra toujours grogner dans sa cellule. Je suis sur qu'avec un peu de chance, s'il tombe sur un flic moyennement courageux, vous savez le mec qui verbalise mais détourne la tête face à un truc grave, il le foutra dehors sans avertir le procureur ! Si en plus des poivrots qui cuvent et gerbent dans les cellules, les commissariats se mettent à accueillir des mecs possédés qui grognent, où va-t-on !

Car si Jésus peut nous délivrer du mal, peut-être que le démon peut nous délivrer d'une garde à vue. Il n'y a pas que des points négatifs ! C'est le secret du bonheur : savoir positiver et trouver dans toute situation matière à se réjouir.

Sinon, si vous avez des idées ou connaissez un prêtre exorciste vraiment balèze, du genre massif portant la robe de bure et pas du genre à se laisser impressionner, je suis preneur.

29 juin, 2015

Tenir la barre et couler avec le navire !


Voici quelques temps, j'avais un jeune homme brillant qui me posait des questions sur son état mais surtout sur son avenir. Se définissant lui-même comme surdoué, ce qui n'était pas faux, il ressentait quelques difficultés d'adaptation. Je crois que j'aurais pu grandement lui être utile. Toutefois, comme je lui expliquais, il m'était impossible d'intervenir tant qu'il continuerait à autant travailler. Non qu'une thérapie réclame un temps considérable mais qu'il ne faille bien un peu pour songer à soi et à son avenir. Il était en effet à deux doigts du burn-out. 

Je lui avais expliqué que réclamer mon aide, c'était un peu comme si l'on avait demandé à un chirurgien d'opérer un patient souffrant d'une grave infection ! D'abord on traite l'infection puis on pratique l'intervention. Mais rien n'y faisait. Quoique je puisse dire, son travail et l'assiduité qu'il y mettait était l'horizon de sa vie. Je crois qu'il n'avait même pas conscience que beaucoup des symptômes qu'il me demandait de traiter, n'étaient pas dus à sa personnalité mais simplement à la menace du burn-out dont les symptômes physiques et cognitifs se faisaient sentir.

Je l'avais même mis en garde en lui disant que cet état pouvait conduire au suicide. Que vouliez-vous que je fasse d'autre ? Le faire interner ? Cela n'aurait servi à rien. Un burn-out cela se vit jusqu'au bout si l'on veut en retirer quelque chose. Sinon autant dire à un héroïnomane de modérer ses appétences pour la came. Il n'y a pas de modération chez les gens excessifs, il n'y a que des limites à franchir nous rappelant à l'ordre. Et c'est vrai que ce fin juriste travaillait trop. Il avait calculé son salaire horaire et noté qu'il était payé moins de dix euros de l'heure.

Ce qui devait arriver arriva. Un soir, je ne saurais dire pourquoi, tout se lézarda et se fissura. Lancé à pleine vitesse sans se soucier des limites que lui imposait sa condition humaine, il parvint à son terme et implosa. Si l'histoire finit bien et s'il est encore en vie, c'est parce qu'étant âgé de moins de trente ans, il possédait encore des liens forts avec ses parents et qu'il eut la présence d'esprit de les appeler pour les avertir du désastre imminent. 

Interné dans une maison de repos, comme on dit chez les gens bien, il passa trois semaines à faire de la peinture sur soie, du macramé et à se présenter à des séances de thérapie au cours desquelles une consœur rigide voulut à tout prix lui faire parler de sa mère alors que la pauvre femme n'avait vraiment rien à faire dans ce naufrage ! Puis, enfin conscient des limites qu'il avait allègrement franchies au péril de sa vie il revint me voir et donna sa démission de la société qui l'employait. Le reste est sans importance si ce n'est que l'on a pu enfin démarrer un "travail" qui lui sera profitable.

Encore plus récemment, c'est un cadre sup' d'une multinationale qui présente le même risque. Un type au CV impressionnant dont le "patron" est ravi car il a pu constater qu'il se connectait à l'intranet de l'entreprise dès six heures du matin et parfois à vingt-et-une heures le soir. Autant vous dire que c'est un bon soldat, une sorte de Lieutenant Onoda, un type qui poursuit la guerre alors même que ses supérieurs se sont déjà tous rendus depuis longtempset sirotent des cocktails au bord de la piscine.

Là encore, rien à dire. Tout ce que je peux émettre comme argument n'est pas entendu et se fracasse contre une psuedo logique constituée de "il faut" et je dois" formant une sorte de code de conduite rigide qui empêche mon cadre sup' de se rendre compte du ridicule de la situation. Semblant investi d'une mission, rien ne l'arrêtera et il tiendra son poste coûte que coûte.

Le coût parlons en parce que j'ai déjà évoqué les risques qu'il encourt. Outre les différents symptômes qu'il ressent déjà, s'apparentant à une sorte de dépression anxieuse, c'est surtout sa vie qui est en jeu. A moins, que la nature étant bien faite, il pète un jour un plomb et fasse un voyage pathologique. Il n'est en effet pas rare qu'un cadre sup' soudain saisi par l'inanité et la vacuité de sa vie ne monte dans sa BMW dans un état second pour échouer dans un hôtel impersonnel au fin fond d'une quelconque ZI pour y faire le bilan de sa vie en éclusant un mauvais whisky acheté au LIDL le plus proche.

Ca ce serait rattrapable. Le pire ce serait le raptus anxieux, ce moment terrible ou l'anxiété étant à son comble, on préfère se jeter par la fenêtre plutôt que de souffrir. Et là, je ne peux rien. La seule chose qu'il ait accepté, c'est de prendre des anti-dépresseurs et donc d'admettre qu'il n'allait pas si bien que cela. Mais il prend pour le moment des anti-dépresseurs non pour tenter de trouver une solution à un problème qu'il n'entrevoit pas mais pour tenir encore mieux dans cette situation inextricable dans laquelle il se fait totalement exploiter. En l'espèce, il s'agit de violence au travail et non plus de management. 

Comme je n'aime pas parler pour ne rien dire et que manifestement il ne m'écoute pas, je durcis le ton. Récemment, je lui ai encore dit, au cas où il ne l'aurait pas entendu, qu'il finirait sans doute par se suicider. J'ai rajouté que je n'en supporterai pas la responsabilité ayant rempli mon obligation de moyens. Je ui ai dit que le pire c'est qu'étant seul dans la vie et ayant perdu tout soutien social, il n'y aurait personne pour se soucier de lui. Cette fois-ci cela a eu l'air de le marquer. Sans doute que l'image de lui-même mort sur le plancher de son appartement parisien, vilain cadavre en putréfaction dont seule l'odeur de décomposition alerterait les voisins a été assez choquante pour le décider à agir. On a conclu un contrat par lequel il s'engageait à faire quatre choses pour tenter de s'en sortir. Il a tenu sa parole. J'espère que cela suffira pour dévier sa route funeste.

Parce que dans les deux cas, c'est bien d'une route funeste dont il s'agit. Qu'il s'agisse du jeune ou du moins jeune, je les ai toujours imaginé sous les traits de commandants les mains sur barre dans la passerelle d'un paquebot lancé dans l’Atlantique nord vers un iceberg. Peu importe qu'ils saisissent que leur sort sera celui du Titanic, pour eux l'important n'est pas l'impact imminent mais le chemin qu'il leur faut parcourir jusque là, comme si le moindre retard sur le trajet avait plus d'importance que le sort funeste qui les attend. Effectivement tous ceux qui sont promis à un beau burn-out perdent la tête au point de ne plus se concentrer que sur des détails en oubliant l'essentiel. On leur a confié l'entretien d'une machine infernale qui ne peut que leur sauter à la figure. Ils le savent mais peu importe, ils rempliront leur mission.

J'ai dans tous les cas que j'ai eus de burn-out retrouvé deux facteurs. D'une part, ce sont des gens qui ont un véritable investissement social. Ils préféreront se sacrifier plutôt que d'imaginer que la moindre personne ait à souffrir de leur renoncement. Enfin, si l'on creuse leurs histoires personnelles, on constate souvent un père absent ou du moins assez froid. Ce qui les a souvent amené à réparer leur famille, qu'il sagisse de consoler "maman" ou encore de s'occuper de la fratrie. Programmés pour être des sauveteurs, ils le seront coûte que coûte même dans le monde de l'entreprise.

Tenant fermement la barre qui les conduit droit au désastre, ils n'ont pas conscience du danger qui menace. Et moi, arc bouté sur cette même barre, je tente de les faire changer de cap. Et je n'y parviens pas toujours. Parfois la collision est inévitable. Mais s'ils s'en sortent, au moins comprennent ils qu'un burn out n'est pas une invention de psy mais une vraie pathologie du travail !


22 juin, 2015

Annoncer une mauvaise nouvelle !


C'est un grand classique chez les hommes généralement. Du moins chez ceux qui veulent plaquer la femme avec qui ils sont. Comme l'idée d'avoir à endurer une crise de larmes ne leur plait pas démesurément, ils se demandent souvent comment faire pour que la nouvelle passe mieux. Un peu comme on ferait passer une pilule au bout amer en la mélangeant avec un truc sucré. Et c'est donc une question que l'on me pose souvent : comment annoncer une mauvaise nouvelle de la meilleure manière qui soit.

Je réponds toujours qu'il n'y a pas de bonne manière d’annoncer une mauvaise nouvelle. Quel que soit le ton employé, doux, affable, sec ou dur, de toute manière vous serez l’oiseau de mauvais augure même si vous n'êtes pas responsable ! Dans ces cas là, on confond le messager et le message.


On voit cela dans tous les polars américains quand un flic annonce à une famille qu'un des membres vient de se faire assassiner sauvagement. Selon l'humeur des scénaristes, on a soit le flic empathique qui annonce doucereusement "soyez courageux" ou encore "hélas j'ai une très mauvaise nouvelle" ou bien le flic bourrin qui ne prend aucun gant pour annoncer les choses. Dans tous les cas, la réaction émotionnelle est intense.

Comme le disait Le Touffier qui parlait de cela, quand il doit annoncer à une mère que son enfant est mort, il n'y a pas de bonne manière de le faire : il faut juste le faire. Il rentre dans la chambre et dit les choses et adorerait pouvoir se mettre les mains sur les oreilles pour ne pas entendre les hurlements. Comme il le rappelait avec sa sagesse toute paysanne : je sais qu'en lui annonçant la nouvelle, c'est comme si je lui mettais un coup de batte de base-ball dans la face, alors qu'elle soit verte ou rose, on s'en fout un peu !".

S'agissant d'une rupture c'est un peu la même chose. Attendez vous à une crise qui selon les femmes ira soit de la pure colère avec claques et jet d'objets dans votre face soit à une cataracte de larmes impossible à endiguer entrecoupée d'annonce d'un suicide imminent ! C'est le prix à payer.

Bon, quand c'est l'inverse, elles ne prennent pas de gant. Vous êtes éjecté manu militari et invité à récupérer vos affaires. Parce que c'est vrai qu'un homme c'est solide et que ça ne pleure pas. Et puis une de perdue et dix de retrouvées parait-il !

Ceci dit soyons juste, du moins si j'en crois mon expérience de psy, je dois admettre qu'avant de jeter leur bonhomme, la plupart des femmes ont longtemps enduré. Comme quoi il fallait prendre au sérieux leur avertissement et ne pas croire qu'elles pardonnent toujours. Parfois, non !

23 mai, 2015

Et Dieu lui apparut !


On va l'appeler Franck pour respecter l'anonymat. Et puis Franck est un prénom franc comme celui qu'il porte en réalité. Donc Franck souffrait de problèmes d'alcool. Franck est un type éminemment sympathique et intelligent, une sorte de mélange entre une bourrinitude assez incroyable, une sensibilité exacerbée et une intelligence très vive. Si en plus vous saupoudrez le tout d'un humour acide et d'un réel talent d'acteur, ça donne un type assez incroyable.

Lui et moi on s'entendait plutôt bien vu qu'on a des bases communes et que de plus, il déteste les socialistes parce qu'il a eu des parents communistes, des vrais, qui lui faisaient lire Fils du peuple de Maurice Thorez quand il était tout jeune.

En revanche, là où on ne s'entendait pas c'était sur la marche à suivre. Moi je lui disais d'arrêter de picoler et que de ce fait la plupart de ses problèmes cesseraient tandis que lui, voulait l'inverse, arguant du fait que c'était parce qu'il avait des problèmes qu'il buvait. Moi, j’étais opposé parce que je connais mon boulot et que ce n'était pas lui, quelle que soit son intelligence, qui allait me l'apprendre.

Et puis, en fils de militants cocos, il voulait en chier, on lui avait appris jeune que les classes laborieuses obtenaient les choses par la lutte et que seuls les nantis pouvaient se laisser aller. Or moi, je suis un psy plutôt cool qui pense qu'une thérapie doit aller toute seule, sans éclats de voix, sans pleurs ou autres débordements. Bien sur, cela arrive parfois qu'il y ait des moments difficiles, des pilules à avaler. Mais dans les faits, on s'aperçoit souvent que tout va mieux alors qu'on l'a pas l'air d'avoir tant bossé que cela pour obtenir les résultats. Je suis pour la voie de la moindre résistance, c'est de la feignasso-thérapie.

Alors bien que je sache qu'il avait de l'affection pour moi et sans doute un minimum de respect pour mes idées, je comprenais que je ne lui convenais pas. Un cabinet où l'on vous offre le café et où l'on peut cloper, ce n'était pas dans ses idées. Il lui aurait fallu soit un psychanalyste revêche ne pipant mot ou bien un psychiatre soviétique rigide mais pas un gars comme moi. Je sentais qu'il allait me lâcher même si je trouvais cela un peu con parce que je savais ce que j'aurais pu faire pour lui. Mais bon, les patients ça va, ça vient et comme je le disais dans un article précédent, même si je suis le bon gars, j'ai aussi des principes.

Donc un jour il n'a pas repris rendez-vous, sans rien dire. Puis un soir, croyant sans doute que je faisais un gros dodo, il m'a balancé un SMS vachard dans lequel il me disait tout le mal qu'il pensait de ma pratique. Moi, j'ai lu le SMS et je lui ai répondu immédiatement un truc du genre : alors gros lâche on profite du fait d'être bourré et qu'il soit deux heures du matin et que tu me croies endormi pour le cracher ton venin à la gueule ?". Parce que manque de pot, moi je suis un gars plus du soir que du matin. Donc on s'est frité par SMS interposé puis on a fait une séance entre 2h30 et 3h30 du matin. Il était un peu énervé mais bon, je sais qu'on s'aime bien quand même.

Puis, on s'est revu de temps à autre mais jamais en séance, il passait parfois au cafing mais sporadiquement parce qu'il n'était pas dit qu'il pourrait admettre qu'on pourrait bien s'entendre. On ne se perdait pas vraiment de vue quoi. Puis voici que jeudi il m'appelle et me dit qu'il sera dans mon coin et veut savoir si on peut déjeuner ensemble. Ca tombe bien vu que je viens d'avoir un déjeuner annué avec un médecin. Je lui dis donc que je serais disponible à 13h00, ce qui, compte tenu de mon retard chronique, devrait faire du 13h20/13h30.

Et hop, nous voici assis en terrasse au rade où se déroulent habituellement les séances de cafing. Et là, il me dit qu'il a cessé de boire depuis quarante-sept jours ; le décompte est strict. Il a toujours sa bonne tête de brute et son air sympa. En tout cas, ce n'est pas un hipster. Mais il a un peu dégonflé, on sent l'arrêt de la picole, c'est vrai. Il m'explique alors qu'il trouve que le baclofène est génial. Mais ça je m'en fous un peu parce que quelle que soit la technique que l'on emploie pour cesser de picoler, moi ce qui m'intéresse c'est le "pourquoi" un jour on s'est dit que ça suffisait et qu'il fallait arrêter. Après le reste c'est de la technique.

Il m'explique donc qu'un soir tandis qu'il allait acheter sa flasque de vodka favorite chez l'épicier arabe il s'était senti anxieux à l'idée qu'il n'y en ait plus assez. Tant et si bien que jouant des coudes, il s'était montré grossier, n'hésitant pas à bousculer un homme un peu âgé qu'il m'a décrit comme ayant la tronche de Morgan Freeman ! Mais il s'en fout, il veut picoler et il achète sa vodka qu'il va boire chez lui tout seul.

C'est alors qu'il ressort et va cuver tranquillement chez lui. Toujours est-il que revenu de sa nuit d'ivresse et se réveillant le lendemain pas frais il repense à ce qu'il a vécu et se dit qu'il a encore du pot d'être en vie. Et puis, sans qu'il sache pourquoi, il repens eà ce vieil homme, Morgan Freeman, avec qui il s'est montré grossier. La gueule de bois s'accompagnant souvent d'anxiété, il s'habille alors en vitesse et se décide à le retrouver coute que coute pour lui présenter ses excuses. Il ne sait pas pourquoi lui mais il sent qu'il doit le faire.

Il passe donc l'après midi dans son quartier à la recherche du type, se disant qu'il doit vivre dans le coin. Après quelques heures passées à arpenter le bitume jusqu'à ce qu'il voit enfin son homme sortir d'un pressing. Il se précipite alors vers lui et honteux lui présente ses excuses pour la manière inqualifiable dont il est conduit la veille. Et voilà ce qui se passe ensuite, ce qui l'a fait changer.

Le type, Morgan Freeman, lui prend la main droite dans la sienne et lui tient un temps considérable. Mon patient en est gêné mais il n'ose pas la retirer et le type lui dit alors : "rassurez vous je comprends et je vous pardonne parce que je suis chrétien et qu'il appartient aux chrétiens de pardonner". Puis, il lui lâche la main.

C'est décontenancé par cette scène que mon cher patient rentre chez lui. Il se remémore la scène sans savoir ce qui le touche même s'il apprécie l'attitude que ce type a eue. Sans doute que cette idée de pardon, ce qu'il n'arrive pas à faire vis à vis de ses parents, pas plus que vis à vis de lui l'a profondément touché.

Toujours est-il que le lendemain, il va à l'église la plus proche de chez lui et qu'il demande à se faire baptiser. En même temps, il commence son traitement au baclofène qu'il avait depuis quelques temps chez lui mais qu'il n'avait jamais pris.  Il poursuit actuellement son catéchuménat qui durera deux ans jusqu'au baptême qu'il espère ardemment. Il admet que l’arrêt de l'alcool a résolu l'essentiel de ses problèmes. Quant à moi je pense au mec qui devra le porter sur les fonts baptismaux avec sa petite robe de baptême parce que ça reste un gros bébé !

Et croyez-moi quand on connait le mec, la vie qu'il a eue, qu'on voit sa tronche, on se dit que ce n'était pas gagné. Quand je lui demande alors pourquoi il sait si bien qu'il en est à quarante sept jours d'abstinence, il me répond qu'il est entré dans l'église le vendredi saint et qu'il y a quarante jours jusqu’à l'ascension et sept jours jusqu'à aujourd'hui.

Encore un de sauvé même si je n'y suis pas pour grand chose. J'espère juste avoir allumé la flamme, mais après ce n'était plus de mon ressort. Encore un signe eschatologique qui ne cesse de me passionner. Ceci dit, il m'a promis que si par le plus grand des hasards ce baptême était suivi d'actes incroyables qui le conduisent à la sainteté, il condescendrait à me faire figurer sur les vitraux le représentant sous forme de marcassin !

Poutine, l'ancien colonel du KGB, se retire dans un monastère et les fils de militants staliniens se font baptiser. En vérité mes soeurs et mes frères, l'apocalypse n'est pas loin !

Un monde qui change !


Je discutais avec un patient vivant par delà un océan furieux, en des terres où l'hiver dure des mois et qui m'a expliqué qu'une fois, alors qu'il dansait en boîte de nuit, une fille s'était approchée de lui en lui disant : "T'as-tu don l'air d’avoir du fun toué !". Ce que nous traduirions par "toi, tu sembles bien t'amuser ! ". Cette approche roborative et sympathique l'avait un peu décontenancé et il n'avait pas poussé plus loin la relation.

Ce n'est qu'ensuite qu'il avait tenté une autre approche. Mais ayant gardé ses mœurs venus d'un autre temps et d'un autre continent, l'insensé, peu au fait des coutumes locales,  s'était laissé aller à inviter la demoiselle à diner en réglant l'addition plutôt que de partager en deux équitablement, ainsi que l'eut fait n'importe quel mâle un peu moderne parait-il. La leçon qu'il en retira fut déterminante puisqu'elle consista en un mail bien senti dans lequel la demoiselle lui rappelait qu'elle était indépendante et n'avait pas besoin d'être nourrie, pas plus qu'elle n'estimait devoir dépendre d'un homme. Le adieu clôturant le message n'appelait évidemment pas de réponse.

Hélas, la leçon ne s'imprima pas dans son cerveau et notre pétulant séducteur, encore accroché à des pratiques antédiluviennes, sans doute héritée des pratiques médiévales de l'amour courtois, s'entêta à conserver ses pratiques phallocrates. Pensant que la précédente était sans doute une féministe acharnée et enragée, il en déduisit qu'avec une autre, il aurait plus de chances. C'est ainsi qu'une nouvelle invitation à diner fut acceptée par une autre demoiselle et qu'il régla l'addition à la fin du repas.

Cela ne plut pas plus à celle-ci qu'à la première. Et elle le lui fit savoir en lui expliquant que ce n'était pas parce qu'il l'avait invitée à diner qu'il pourrait la baiser ! Notre homme tout entier pétri d'amour courtois autant que de logique cartésienne fit savoir à la pétroleuse que l'invitation à diner n'était pas faite pour baiser comme elle n'avait pas non plus été envisagée pour ne pas baiser.

En un mot comme en cent, il lui expliqua que l'invitation à diner était quelque chose qu'il avait eu plaisir à lui offrir indépendamment du fait qu'ils puissent ou non baiser et que donc, les deux séquences n'avaient aucun lien entre elles. Mais passablement agacé par la réaction de la demoiselle, il préféra rompre la relation qu'il savait ne pas s'engager sous de bons auspices.

Sa méconnaissance des moeurs du nouveau monde, de ce qu'il faut faire ou ne pas faire, lui fut funeste. Lui qui pensait que dans une société moderne où les différences étaient largement encouragées, on lui ferait bon accueil, comprit bien vite que les siennes ne trouveraient jamais un accueil favorable.

Tant et si bien qu'aujourd'hui, ayant toujours conservé ses habitudes de maudit français, il en est réduit à rencontrer d'autres hommes au sein d'une association dénommée Les hommes de cœur, où il peut s'épancher sur ses malheurs tout en écoutant ceux des autres. Je ne connais pas pas cette association mais d'après ce qu'il m'en a dit, c'est une sorte de cénacle au sein duquel, les hommes se souviennent qu'ils ont été des hommes tout en se rappelant qu'il leur faut respecter les femmes avant tout.

Que c'est laid une société qui s'américanise !


"Bonne Dame, je ne vous demande
Que d’être accepté pour serviteur.
Je vous servirai en bon seigneur,
Quelle que soit ma récompense.
Me voici à vos ordres :
Etre noble et doux, gai, courtois !
Vous n’êtes point un ours ni un lion,
Vous ne me tuerez pas, si je me rends à vous !"
Bernard de Ventadour (XIIème siècle)

22 mai, 2015

Blagounette !

Ce matin, comme tous les vendredis, je regardais Facebook. Facebook, je m'en fous un peu, ça me sert juste d'agrégateur de sites et rien d'autre. Et c'est là que j'ai trouvé une vidéo terrible avec des gitans violents qui donnent leur 06 à la fin !

Comme je suis blagueur, la prochaine fois que je vois Lapinou, je lui taxe son portable sous un prétexte fallacieux et je leur envoie un SMS du genre : "bande de gros pédés, je suis socialiste et je vous explose votre gueule à tous !". Bien sur, je préciserai l'adresse de Lapinou !

Il faut que je demande l'avis à mon épouse parce qu'elle protège toujours Lapinou et en cas de problèmes, je le connais, il viendrait se plaindre.


Coïncidences et synchroncité et trucs étranges !

Je viens de me rendre compte que Le Touffier était né le même jour que Jay-Z. Est-ce à dire que Jay-Z serait devenu un gynécologue s'il était né ailleurs que dans une cité HLM de Brooklyn ou bien que Le Touffier aurait pu devenir un rappeur connu et amasser des centaines de millions de dollars !

C'est étrange la vie au moins autant que les questions que je me pose ! Faudra que je demande à Chaton qui est devenu super balèze en astrologie s'il pense que Le Touffier a des aspects dans son thème astral qui le prédisposeraient au rap !

Ceci dit vu le succès qu'il a Jay-Z a du voir autant de chattes qu'un gynéco. Quant au Touffier, il ne lui est pas interdit de faire du rap en amateur.

Le monde est bien foutu tout de même !


18 mai, 2015

Culture générale et chèvrefeuille arbustif !


Mon dernier patient me disait ne pas connaitre Jean Nouvel non plus. Ceci dit ayant lu mon article il s'est rué de lui même sur un livre de culture générale. Comme c'est un ingénieur alsacien, je ne lui en veux pas. Je ne crois pas que Nouvel ait édifié la moindre construction dans ces contrées. Ceci dit mon patient s'est interrogé sur ses fréquentations et s'est rendu compte qu'il fréquentait peut-être trop de geeks ce qui le handicapait sur ce point.

Personnellement mes haies ayant eu à souffrir des attaques de la pyrale du buis (saleté de chenilles chinoises), je me suis mis en quête d'une plante offrant une alternative au buxus sempervirens devenu fragile. J'avais dans mon jardin un arbuste dont je ne me souvenais plus du nom. Avant de partir chez Truffaut (cher mais belles plantes), j'en arrache donc un rameau afin de le montrer à un des vendeurs.
 
Sitôt dit, sitôt fait, à peine entré chez Truffaut, je me mets en quête du responsable du rayon arbustes car il existe un rayon arbuste chez Truffaut ! Si, si ! Voyant le quidam, je le hèle alors poliment en lui demandant si par le plus grand des hasards il ne pourrait pas me donner le nom de l'arbuste dont je tiens présentement un rameau sous ses yeux.

Ce dernier se saisissant doctement du rameau, l'observe et me le tendant me dit d'un ton encore plus docte : "c'est sans doute un lonicera nitida, vous trouverez cela derrière l'allée". Je suis sur que ce gueux aurait rêvé que moi client, je sois en veine d'une explication qu'il m'aurait fournie tel un instituteur s'adressant à un gamin attardé. A ce moment, j'ai lu dans son regard tout l'espoir qu'il avait mis dans sa réponse ! Il rêvait de se faire de l'égo au détriment du mien et que je lui avoue piteusement que je ne savais pas ce qu'était le lonicera nitida !

Hélas pour lui, ma culture générale, acquise durement à glandouiller en lisant tout et n'importe quoi a fait que ce maraud allait en avoir pour ses frais. Car à ce moment là, mon épouse qui m'accompagnait, me demanda : "un lonicera, tu connais ?" Et tandis que l'autre voyant sa maigre victoire poindre à l'horizon souriait, voici que je répondis à mon épouse : "bien sur c'est du chèvrefeuille arbustif".

D'une phrase simple mais parfaite, tel une feinte dans un duel à mort entre deux égos qui frapperait droit au cœur entre les côtes, j'avais coupé l'herbe sous le pied de ce vendeur arrogant. Je l'imaginais déjà ce malotru nous dire comme on éduquerait deux gros ploucs que le lonicera nitida est le nom latin savant du chèvrefeuille arbustif. Du ton de celui qui explique des choses simples que le commun des mortels devrait considérer comme acquises dès l'âge de sept ans.

C'était peine perdue ! Des heures perdues dans mon canapé à lire tout et n'importe quoi alliées à ma mémoire, qui à l'instar de mon estomac, me permet de digérer tout et n'importe quoi et encore plus les choses qui n'ont qu'un intérêt relatif et voici que le rêtre s'avouait vaincu et partait piteux la queue entre les jambes.

Alors la prochaine fois que l'on me demande à quoi sert à la culture générale, je répondrai que c'est utile à plein de choses et notamment à tancer vertement les vendeurs prétentieux !

Dos au mur !


J'en connais plusieurs qui se targuent d'être de bons négociateurs mais qui masquent derrière cette apparente qualité leur allergie au conflit. Donc plutôt que d'entamer la moindre dispute, que de déterrer la hache de guerre quand c'est nécessaire, ils préfèrent composer en se disant que "ce n'est pas grave".

Et puis on a nous a tous éduqué en nous rappelant sans cesse que "c'est le plus intelligent qui cède". chez certain, céder devient une seconde nature. Et quelle que soit la personne à qui ils ont à faire, ils cèdent. Face au conjoint, aux collègues, aux supérieurs, etc., ils cèdent alors même qu'ils n'auraient pas voulu le faire et pour se rassurer ils se disent que "ce n'était pas si grave".

Ce "ce n'est pas si grave" devient une sorte de mantra une formule pour conjurer le sort dès lors qu'au fond d'eux-mêmes, ils savent qu'on a dénié leurs droits les plus élémentaires. Ravis d'avoir pu échapper au conflit dans l'instant, ils auront tôt ou tard à payer cette fuite en se faisant des reproches et notamment celui de s'être fait marcher dessus et de n'avoir pas assez osé.

La lâcheté procure un bénéfice immédiat dont le prix s'échelonne à plus ou moins brève échéance par un amoindrissement de l'égo. On finit par s'en vouloir et parfois par ne plus se supporter. A force de dire que ce n'est pas grave, on finit dos au mur. Et quand on ne peut plus reculer, soit l'on se décide à contre-attaquer, mais ce n'est pas simple quand on ne l'a jamais fait, soit on décompense en dépression.

Bien sur que pour un stoïcien ou un cynique, rien n'est grave. Mais ce sont là des systèmes philosophiques qui n'érigent pas pour autant la lâcheté en principe de vie. Sans doute que la majeure partie des choses ne sont pas graves. Encore faut-il se souvenir qu'on a un esprit de discernement qui nous permet justement de "discerner" l'essentiel de l'accessoire. Point n'est besoin de partir sabre au clair pour tout mais pour certaines choses et notamment nos principes.

Les principes ce sont les choses en lesquelles on croit, ce sur quoi on a fondé sa vie, ce qui nous sert de compas et nous servira à tracer notre route. Mélange de sagesse, de croyances et de retour d'expériences, les principes, une fois qu'on les a acquis, ne se négocient pas.

En ce qui me concerne, l'image que je donne est celle d'un château-fort. Les gens sont les bienvenus dans la cour car le pont-levis est perpétuellement ouvert. En revanche, le donjon restera imprenable. Je préfère perdre par exemple un patient plutôt que de remettre un de mes principes en cause. Non, que je sois orgueilleux à ce point, mais plus simplement que j'aie mis quelques dizaines d'années à me bâtir ce donjon.

Samedi soir, une amie nous demandait si l'on aimerait remonter le temps et retrouver nos vingt ans. Je n'ai jamais été adepte de ce retour dans le passé mais pourquoi pas. Ce que je lui disais, c'était que j'aimerais pourvu que je puisse garder mes principes durement et chèrement acquis.

Par le passé, j'ai moi aussi été adepte du compromis allant parfois à la compromission. Par exemple, quand j’étais beaucoup plus jeune, je me suis laissé dépasser par certains patients qui ont pris la barre sur moi. J'étais trop dans la "gentillesse" ce qui est stupide puisque je ne suis pas payé pour être gentil mais pour être efficace. Sans doute que par peur de déplaire ou par peur de perdre le patient, j'acceptais trop de certains au risque de rater l'entreprise que nous avions commencée.

Ce temps est révolu, j'ai quelques principes dont celui, même si je m'entends parfaitement bien avec l'ensemble de ma clientèle, de considérer que c'est moi qui tiens la barre et que si l'on vient me voir on s'en remet à moi. Les gens sont libres de me dire tout ou seulement ce qu'ils veulent me dire et je comprends qu'ils manifestent une certaine méfiance au début de la relation.

En revanche si j'observe au cours de la thérapie qu'il y a des zones d'ombre, je préfère que l'on en discute plutôt que de m'apercevoir que j'étais le seul à avoir joué franchement tandis que le patient se tenait à une distance respectable par peur ou crainte. Ne prescrivant aucun médicament, on ne peut se reposer que sur moi, sur ce que je dis ou recommande. Je n'ai que la parole pour être efficace. Si celle ci est remise en doute, ce que je ne conteste pas dans la mesure où les gens sont libres, alors je ne pourrais jamais être efficace.

Ca, c'est par exemple un de mes principes. Et j'en ai quelques autres. C'est à prendre ou à laisser et ce n'est pas négociable. Renoncer à ces principes, ce serait me renier moi-même. Je ne suis pas un héros. A notre époque de présentisme qui veut que tout le monde aurait été résistant durant la dernière guerre mondiale, je ne peux jurer de rien me concernant. Simplement à défaut d'avoir été un héros, je suis au moins sur que je n'aurais pas été collaborateur. Parce que justement, j'ai des principes.

Le fait de les respecter, m'évite de me battre, si nécessaire, dos au mur. C'est toujours plus simple quand on a une marge de manœuvre. Bien sur l'affirmation de soi a des limites. Il y a des situations psycho-sociales complexes qui empêchent l'affirmation totale de soi comme le travail ou l'amour ou la rencontre avec les agents civils et militaires de l'état qui ont un pouvoir discrétionnaire sur vous ! 

Mais bon, quoiqu'il en soit, j'évite aujourd'hui de trop me dire que ce n'est pas grave. J'ai finalement appris que plein de choses n'étaient pas graves du tout ce qui n'entrainait pas le fait que rien ne soit grave pour autant. Il y a bien peu de principes à défendre finalement et c'est justement pour cela que cela vaut la peine qu'on les défende parfois.

La prochaine fois que vous vous direz que "ce n'est pas grave", demandez vous si ce que vous pensez est vrai ou pas ou si vous renoncez encore une fois. Être facilitant a des vertus pacificatrices. Être trop facilitant a des inconvénients pour l'égo.

Tout le monde n'est pas le chevalier Bayard, dit sans peur et sans reproches, ce n'est pas pour autant qu'il faille se rouler dans la fange de la compromission et des alliances crapeuleuses.

Boite à rythme !


Alors je ne sais plus quand mais récemment un jeune patient m'a fait la promotion pour les boites à rythmes et la musique électronique. Bon, ça m'a vien fait rigoler vu que c'est ma génération qui a vu l'arrivée des premiers synthétiseurs. 

A l'époque le DX7 de Yamaha faisait un carton. J'avais un pote qui en avait un et il se la racontait. Il jouait les spécialistes. Qu'on ne dise pas qu'il était pianiste ou "claviers", non il jouait du "synthé", c'est tout. Ca lui donnait une forme d'aura prenant autant à l'univers du musicien qu'à celui de l'ingénieur en informatique. On trifouillait les boutons et ça donnait tout de suite l'image du mec savant qui vivait avec son temps. Ça reléguait les tables d'harmonie et les cordes aux greniers !

Et puis côté tripatouillage de boutons et de curseurs, j'ai aussi vu apparaitre Cubase qui était génial pourvu qu'on soit déjà musicien. Parce que sinon, ça sert à rien ! Il y a trois ans, j'i eu un jeune guitariste qui voulait se lancer. Il avait une très belle gueule et savait composer mais que de pains rythmiques. Je l'ai envoyé prendre des cours d'harmonie parce que le pauvre, il allait perdre son temps à réinventer la roue !

Sinon, avant les boîtes à rythme, il y avait ça. La cadence est simple mais il faut tenir le rythme. Et avec une batterie basique en plus !



Bref, les jeunes ça croit tout savoir mais en fait ça ne sait rien !


Faux jeunes et gérascophobie !


On se baladait avec Jean sablon et devant nous marchait un couple. Lui, cheveux poivre et sel, habillé façon jeune et elle, blonde et menue, moulée dans un jean. Poète comme il sait l'être, Jean Sablon a dit "beau petit cul" d'un air entendu. Puis elle s'est retourné.

Fichtre ! Quel tableau ! La peau parcheminée, épaisse, ridée comme une vieille pomme à force d'avoir pris le soleil, la donzelle devait être plus près des soixante carats que des vingt piges. Si mémé faisait illusion de dos, sanglée dans son jean Diesel, de face, c'était la catastrophe. Surtout que la pauvre avait déboutonné un peu trop son chemisier, donnant ainsi à voir un décolleté consistant essentiellement en un sternum aussi voyant que le bréchet d'un poulet d'où partaient des côtes trop apparentes. Mémé s'était grimée en Lolita et ce n'était pas très heureux.

son cavalier n'était pas en reste puisque lui aussi, oubliant l'âge qui était le sien s'était acheté la panoplie complète de ce qu'il estimait être celle du "jeune dans le vent". du haut en bas, on avait le droit à une coupe improbable, ni courte, ni longue, une barbe de trois jours, rigolote chez un minot mais vieillissant n'importe quel type dès que son poil blanchit un peu.

Ensuite, c'était l'inévitable sweat-shirt Abercrombie, le truc en coton survendu, avec la veste en jean par dessus. Et pour compléter le look, il y avait le jean sans doute acheté très cher mais un peu ridicule à force de vouloir être "mode" porté avec l'incontournable paire de Converse.

Vu leur âge, leurs gamins devaient avoir une trentaine d'années. Je me suis imaginé ces deux vieux tableaux se disant que c'était bien pour les enfants et les petits-enfants des parents sachant rester jeunes. Et je me suis mis à la place de leurs gosses songeant à leur gêne!

Ce couple étrange me rappelait mes jeunes années, quand je croisais de vieux rockers. C'était les années soixante-dix ou quatre-vingt, et on croisait encore des types, sans doute nés dans les années trente, ayant connu les années yéyé et restés bloqués dans cette époque. Portant un perfecto et arborant fièrement une banane grisonnante, ces vieux Johnny nous démontraient qu'avant nous, il y avait eu une autre époque avec d'autres jeunes. Ayant baigné dans la musique des Chats sauvages et des Chaussettes noires, ils n'en étaient pas revenus.

Ils nous faisaient un peu sourire mais au moins avaient ils le mérite d'en être resté à leurs années de gloire sans chercher à raccrocher les wagons d'une époque qui n'était plus la leur. Nostalgiques d'une époque où Johnny Halliday chantait Que je t'aime, ils étaient restés fidèles à leurs idoles, sans trahir leurs idoles au profit de Michael Jackson. Qu'auraient donnés ces mêmes papys rockers attifés du célèbre blouson rouge et noir et s'essayant au Moonwalk ?

Il faut savoir vieillir, se souvenir qu'on ne peut être et avoir été et se satisfaire d'être le témoin d'une époque disparue. C'est ce que je me suis dit samedi soir en allant rechercher la fille d'une amie qui était à une soirée pleine d'ados de dix sept ans. L'un d'eux m'a proposé un coup à boire et je lui ai dit qu'on avait déjà tisé en le remerciant. Le fait que j'emploie "tiser" l'a amusé et il m'a dit que c’était drôle ces vieilles expressions. J'aurais du sur le coup prendre un coup de vieux et me senti gêné.

Moi, je m'en suis foutu. D'une part, parce qu'en bon capricorne, je suis né vieux et qu'en plus je ne l'envie pas. Je n'aime pas son époque et je préfère mes dix sept ans à moi que les siens. En 1985, j'étais en fac, et tandis que Jackson chantait Thriller et que Springteen braillait Born in USA, en France c'était Peter et Sloane qui nous noyait dans leur guimauve Besoin de toi, envie de rien ! Et puis pour ce petit con, le Vietnam et la guerre froide ne seront jamais que des images, tandis que pour moi, c'est de l'histoire. Je ne souffre pas de gérascophobie.

La gérascophobie, c'est la peur de vieillir. Parfois ça prend des allures alarmantes comme ce cas, mais le plus souvent ça touche les quadras sur la mauvaise pente. On a beau savoir qu'on va tous mourir, chez certains y pensent constamment au point que cela devient leur préoccupation majeure. C'est dans ce cas, qu'on parle de gérascophobie. L'individu sera par exemple sensible à l'état de sa peau, a sentant moins élastique ou guettant la moindre ride.

Les symptômes se concentrent aussi sur les organes car l'individu se sent moins dynamique quatrefois et pense qu'il se fatigue plus facilement du fait de son âge. Et bien que son généraliste l'ait maintes fois rassuré sur son étant, sans déceler aucune affection médicale, l'individu va recourir à des artifices pour tromper le vieillissement. Il recourra à l'automédication (DHEA), aux cosmétiques à outrance et se met généralement à une pratique sportive intensive.

Obsédé par son image, les réassurances de l'entourage ne suffisent plus. et l'individu devient dépressif et anxieux. Pris dans une course contre la montre, il pratique le jeunisme à outrance, tentant de se prémunir contre le vieillissement. Et c'est ainsi que des types plus âgés que moi, se retrouvent à jouer les jeunes attifés comme l'as de pique avec la panoplie complète de ce qu'ils estiment être au gout du jour, ne faisant que renforcer leur phobie en soulignant justement que seul un jeune peut vraiment se permettre de s'habiller en jeune ...

J'en ai eu un comme ça une fois. Agé de quelques années de plus que moi, il portait un perfecto blanc et une coupe digne des Bee Gees. Ca m'avait fait rigoler. Il était seul, divorcé de fraiche date après une union tumultueuse. Peu sur de lui avec les femmes, c'était sa manière de se remettre en selle.

On devrait tous avoir un memento mori chez soi dès l'âge de quinze ans et méditer face à lui !

04 mai, 2015

Suradaptation !


La semaine passée, je parlais déjà de suradaptation en vous citant cet article. Cette semaine je recevais un patient habituel. Comme il venait en dernier et que j'avais du temps pour ramasser les morceaux, j'ai adopté un ton apologétique. C'est à dire, que hors de toute réserve, je l'ai cogné par un enchainement de droites et de gauches en lui mettant les points sur les i afin qu'il comprenne que si sa vie était pourrie, ce n'était pas parce qu'il était nul, bien au contraire, mais parce qu'il était en suradaptation permanente et de ce fait luttait contre lui-même !

Ca a bien marché et pourtant c'est du lourd ! ENS, agrégation et doctorat d'état pour le monsieur et une propension malgré ce bagage impressionnant à faire des conneries dès que l'occasion se présente ! Qu'il s'agisse de son parcours professionnels ou affectifs, il est perpétuellement en dessous de ce qu'il pourrait légitimement obtenir. Déjà pour traiter ses problèmes professionnels, il avait fallu recourir à la ruse afin qu'il se souvienne de ce qu'est la saine et juste colère !

Et pourquoi ? Parce que monsieur s'oublie ! Parce qu'il se vit tellement en termes de variable d'ajustement qu'il en a perdu de vue ses simples besoins ! Il passe après tout le monde et s'il ne reste que des miettes, il s'en contente. Du moins, il tentait de s'en contenter car il allait très mal.

Cette suradaptation entraine en effet un inconfort extrême dans la mesure où l'on vit perpétuellement un écartement entre ce que l'on imagine que les autres attendent de nous et ce que l'on souhaiterait pour soi-même. La dépression est le lot quotidien de ceux qui vivent cet état avec pour issue fatale la dépression anxieuse quand on n'est plus capable de s'adapter.

Ce patient, qu'il s'agisse du boulot, de la famille ou des relations affectives, rien ne va jamais ! On a déjà bossé mais c'est qu'il résistait le bougre. Le pire, c'était les relations affectives. Le mec a une gueule d'acteur, des diplôme sà faire pâlir Attali et il se tape des peaux de saucisson pas croyables, des nanas qui ne valent rien et l'exploitent !

Comme je trouvais le moment idéal et que j'avais du temps, j'ai donc boxé afin de le faire décompenser. Wow, quel effet ! Lui toujours sur de lui a enfin pleuré, ce qui était bon signe, avant de s'abimer dans un mélange de profonde tristesse et de rage. C'était plutôt prometteur. Ce qui nous manquait, c'était un sac de boxe contre lequel il aurait pu cogner et cogner pour sortir toute sa rage. 

A défaut, on a fini la séance et on a marché le long de la Seine durant une bonne demie-heure. Il était 22h00 et il n'y avait personne. Je l'ai écouté monologuer, et tout sortir ou presque. C'était fini, le prie était passé. Je pouvais sans risque le laisser repartir chez lui. J'ai gardé mon téléphone près de moi au cas ou et j'ai reçu quelques SMS dans lesquels il me décrivait son était. Les prises de conscience affluaient mais il dominait bien le maelström. 

Je lui ai dit de contacter le Jeune Gentilhomme Tourangeau afin d'aller faire de la boxe. En attendant, je lui ai conseillé d'aller courir afin de faire baiser le taux de cortisol. Ça a bien fonctionné durant tout le week-end. Il n'est pas resté seul et il a couru régulièrement.

si j'étais chirurgien, je dirai que j'ai extrait toute la tumeur. Bon, durant quelques mois, on va le surveiller car on n'est jamais à l'abri de rien surtout côté cœur mais j'ai confiance.

Je ne supporte pas de voir les gens se gâcher à ce point ! On a certes le droit de rater sa vie mais seulement si cela résulte d'un choix !

Le bon moment !


La semaine passée, un patient me parlait d'un de ses jeunes amis à qui il en voulait un peu, à juste titre. Souhaitant minorer l'impact de cette relation sur mon patient, je lui expliquais que son ami n'allait sans doute pas si bien que cela et que son comportement devait sans doute plus à une dépression masquée, dans laquelle les symptômes psychologiques sont peu présents, qu'à une vraie méchanceté.

Il se trouve que j'avais croisé une fois ce jeune type à l'une des séances de cafing. Le courant n'était pas passé et il l'avait senti. De toute manière, je ne tiens pas table ouverte, et même si je suis de nature plutôt agréable, je n'ai pas non plus envie que mes pauses soient parasitées par des gens que je ne connais pas. Et encore, ce n'est pas tant le fait que je ne les connaisse pas, que le fait que je ne sache pas ce qu'ils pensent.

Le cafing, c'est avant tout se retrouver entre gens pensant à peu près la même chose et c'est ce qui nous fait plaisir. Je n'ai pas forcément envie de devoir me taire lors de mes pauses parce qu'un jeune socialiste pense que dans notre monde tout le monde pense forcément comme lui. Je déteste les fâcheux. Le reste du monde est fait pour les socialiste progressistes, alors laissez-moi mes séances de cafing avec mes petits camarades réactionnaires !

Bref, outre ses pensées pénibles, j'avais aussi estimé que ce type était au bord de la dépression. C'est d'ailleurs pour cela que je m'étais tu, préférant ne rien lui dire que de tirer sur une ambulance quand il déraillait avec ses pensées à deux balles. Et si je n'ai jamais refusé mon aide à quelqu'un, elle se fait selon un mode classique en prenant rendez-vous et non en venant prendre un café. Ma profession n'est pas de prendre des cafés avec des inconnus. Ces moments là, lors de mes pauses, sont réservés aux gens que je connais bien.

Encore faut-il que la personne se rende compte de son état et c'est souvent compliqué chez les hommes qui se croient les plus fort tout le temps. Il leur faut du temps avant d'admettre qu'il ont besoin d'aide. Ce jeune, sans aucun doute au bord de la dépression, en était encore au stade de la protestation virile de l'adolescent, quand on croit encore que l'on est assez fort pour tordre le réel et le faire coïncider à nos névroses.

Mon patient avait la même analyse et m'a d'ailleurs confié qu'il avait donné mes coordonnées à cet ami qui, bien sur, ne voyait pas bien ce qu'il serait allé faire chez un psy. J'ai alors remercié mon patient de sa confiance avant de lui expliquer que la graine étant plantée, il fallait juste qu'elle éclose.

Et cela peut prendre du temps. Comme je lui expliquait, j'ai couramment des hommes qui viennent me consulter en me tendant un courrier un peu froissé de leur médecin et en s'excusant du bout des lèvres, l'air un peu gêné de me tendre ce torchon.

Je les rassure toujours en leur disant qu'il n'y a pas de moment en termes de dates mais juste le bon moment pour consulter, quand on sait que seul on n'y arrivera pas. C'est un peu comme l'arrêt de la clope ou de la drogue en général, tant qu'on se croit plus fort que le produit et qu'il n'est pas en mesure de créer de graves dommages, on continue.

Le record que j'aie eu fut un patient qui m'a tendu un courrier d'un médecin datant de trois ans dans lequel ce dernier m'expliquait le cas. Il lui avait fallu trois ans pour se décider à venir me voir. Ceci dit, me souvenant très bien de lui, ça s'était fort bien passé. 

On a bien réussi à faire germer une graine âgée de deux mille ans, alors il n'y a pas de miracle à traiter un patient en dormance depuis seulement trois ans.

Il faut venir au bon moment et je serai bien incapable de vous préciser quand est ce bon moment. Chacun est juge de ses actions. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

01 mai, 2015

Proposition de logo !


27 avril, 2015

Fou !

Je regardais mes statistiques quand jai vu qu'un quidam avait débarqué chez moi après avoir fait cette requête sur Gogol :

jane birkin photo radiateur

Je l'ai tapée dans le moteur de recherche et suis tombé sur une photo où effectivement la belle anglaise est attachée à un radiateur la croupe offerte à la concupiscence des amateurs de ... croupes offertes, bien sur !



 Je suis sur de ne jamais avoir parlé de Jane Birkin attachée nue à un radiateur !

Grr, je vais craquer !


Non pas moi, je ne vais pas craquer, tout va bien ! Je pense à deux de mes patients. Le premier, un jeune de moins de trente ans très prometteur est venu me voir parce qu'il ne savait pas ce qu'il avait. Il se trouvait "limite" mais de mon point de vue, il n'avait rien d'une personnalité limite. Ça je m'en serais rendu compte !

En fait, il n'avait rien du tout. Intelligent, cultivé, du moins je suppose car je ne sais pas s'il connait Jean Nouvel, poli et gentil, je ne lui ai toujours trouvé que des qualités bien qu'il se dise de gauche. Comme il est encore jeune, je ne lui en veux pas, ça pourra se guérir.

Et puis, c'est compliqué d'y voir clair parce qu'il travaille beaucoup ! Il travaille tellement que quand il divise son salaire net par son nombre d'heures, il arrive à huit euros de l'heure. C'est pas lourd tout de même ! 

J'ai cherché, cherché et n'ai rien trouvé ce qui n'est pas dans mon habitude vu que généralement je trouve tout le temps. Parfois ça prend plus de temps mais je finis par trouver. Parfois en revanche, on se laisse un peu abuser et entrainer par des symptômes apparents et on ne pense plus au fond. Là, ce qui bloquait tout c'était son activité qui le rendait proche du burn-out et puis son côté gentil et accommodant. Mon Dieu qu'est-ce qu'il est gentil et accommodant ce jeune homme, me dis-je chaque fois que je le reçois !

D'ailleurs, il a fini par me dire qu'il en avait marre d'être gentil et accommodant et qu'en lui bouillonnaient des choses qui finiraient par exploser. Je vous avoue qu'il est si gentil et accommodant que c'est bien le dernier chez qui j'aurais pu soupçonner de la violence. Ce type n'a jamais été scout mais je vous assure qu'il aurait fait un bon scout ! Ceci dit, il y a aussi un proverbe qui dit qu'il faut se méfier de l'eau qui dort !

Par exemple, le mec qui fait l'émission River monsters sur la 23 en sait quelque chose. Dès qu'il s'approche d'un coin d'eau, il réussit à trouver un poisson à la bouche pleine de dents voire pire ! Tenez, un soir que je ne dormais pas et que je matais ça tranquillement, le type farfouillait dans un marigot putride où il ne devait pas y avoir plus de dix centimètres d'eau. Et bien, le proverbe a du bon, parce qu'au milieu de cette eau qui semblait dormir nageait traitreusement des anguilles électriques capables de tuer un homme !

D'ailleurs depuis que j'ai vu cet épisode de River monsters, je me dis que sous ses dehors gentils et accommodants, mon jeune patient serait capable de tuer quelqu'un, comme une anguille électrique. Ceci dit, il est de constitution tout à fait normale et ne ressemble en rien à une anguille ! Jean Sablon par contre qui est très grand et mince pourrait plus faire penser à une anguille. Sauf que l'anguille c'est rapide et que Jean Sablon pas tellement en fait. D'ailleurs maintenant que j'y pense personne dans mon entourage ou ma clientèle ne me fait penser à une anguille.

Mais revenons à ce patient en apparence gentil et accommodant mais qui se dit capable de violence, au point peut-être de tuer comme le ferait une anguille électrique bien qu'il ne ressemble aucunement à cet animal improprement appelé anguille alors qu'en fait c'est un gymnotidae. Qu'est ce que cela voulait donc dire quand il faisait état de cette violence alors que moi je ne voyais que gentillesse.

Comme je vous l'ai souvent dit, mon métier consiste souvent à traquer les incohérences et là j'en tenais une. Tel qu'il se racontait, j'avais l'impression qu'il décrivait le personnage interprété par Mickaël Douglas dans Chute libre, ce drôle de film qui nous raconte la descente aux enfers d'un cadre qui décompense soudainement.

Voici donc quelques semaines que ce cher patient tentait de me prévenir que sous ses abords gentils et accommodants se dissimulait de la dynamite ou pire de la nitroglycérine. Une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde en quelque sorte. Et c'est sans doute pourquoi, il se retrouvait peu ou prou dans la personnalité limite parce que justement, dans cette personnalité il y la notion de limite, comme une fenêtre qui serait ouverte sur quelque chose de terrible.

Je lui ai donc dit que pour ne pas l'avoir vu c'est qu'il devait être perpétuellement en sur-adaptation. Parce que même dans la manière de me décrire ses symptômes, on avait du mal à y croire un peu comme si un gentil garçon avec la raie au milieu vous racontait sa guerre. Alors on a creusé cela, di moins on a commencé à creuser ce syndrome de sur-adaptation. Il s'agit de savoir quand il a commencé et pourquoi il a été mis en place. Le reste, on s'en fout car comme toute stratégie mise en place durant l'adolescence, cette sur-adaptation survit à son utilité. 

Bon, on peut imaginer que passer sa vie à faire bonne figure, dire oui quand on voudrait dire non, faire les choses alors qu'on en a pas envie, puisse être une frustration terrible de nature à générer une tension énorme. Comme je lui disais, son truc c'est de la thermodynamique et rien de plus ! C'est aussi connu comme syndrome de l'imposteur. Et finalement, on peut lui donner tous les noms que l'on veut.

Comme lui, farfouille sur le net, il a fini par trouver ce texte qui parle de syndrome PASS. Bon, c'est juste ce que l'on connait mis à la sauce américaine. Et il faut dire que si les ricains ne savent construire ni une voiture ni une moto digne de ce nom, côté marketing ce sont des champions. Dans tout ce qu'ils touchent, zou ils ont la patte marketing qui transforme un truc médiocre en un machin fantastique.

Bon, vous pourrez prendre connaissance du texte, mais le syndrome PASS, ce n'est pas une trouvaille pharamineuse, c'est juste passer à côté de sa vie en jouant le falsificateur, l'usurpateur, contrait que l'on a été par une influence extérieure de renier ses besoins et sa personnalité. Ça arrive à plein de gens et même si cela parait simple écrit comme cela, ça fait souffrir et ça amène souvent des dépendances pour supporter ce réel insupportable et ça peut faire péter le plombs gravement en cas de décompensation.

Moi par exemple, j'aurais voulu être un artiste pour pouvoir faire mon numéro quand l'avion se pose sur la piste à Rotterdam ou à Rio !



Légion d'honneur !


Récemment, lors d'une séance de cafing en compagnie d'ex-patients, l'un d'eux me disait que je lui avait été vraiment utile pour des honoraires on ne peut plus contenus. C'est vrai que quand je repense à lui, je me suis bien engagé, j'ai bossé hors de nos séances et que je lui ai évité l'internement avec tous les désagréments que cela implique. Allez trouver une banque qui vous prête du fric une fois que vous auriez coché "j'ai déjà été interné" dans le petit questionnaire joint à votre demande ! Toujours est-il que plein de reconnaissance, il a estimé que je méritais la Légion d'honneur.

Je trouvais son idée assez baroque, n'ayant jamais envisagé d'avoir la Légion d'honneur car n'ayant pas conscience d'avoir de mérites éminents. Je travaille comme des millions d'autres français et rien de plus. C'est vrai que parfois, mon travail produit des fruits plus impressionnants que celui de l'humble labeur du cordonnier recollant des semelles dans son échoppe sombre mais ce n'est qu'apparence. Personnellement, je suis content qu'il y ait des cordonniers surtout que le mien fait les clés en plus et qu'il m'a procuré un double pour ma Jaguar à un prix défiant toute concurrence.

Quoiqu'il en soit et parce que cela semblait les amuser beaucoup, mes deux condisciples de cafing ont décidé d'écrire à mon ministre de tutelle, qui je suppose doit être Marisol Touraine afin que l'on m'accorde cette dignité. Je n'ai bien sur aucune chance de la recevoir.

Le reste de la discussion consistait à savoir si je la refuserais ou non. Je trouve que refuser une décoration est devenu tellement surfait et convenu que bien sur je l'accepterais. Non pour ce qu'elle représente car trop de coquins ou de personnes ne la méritant pas, la portent déjà.

Mais il ne me déplairait pas, moi qui dans deux ans aurait cinquante ans, de porter ruban à la boutonnière de mon costume. Cela pose un homme et je suis sur que certains de mes bons amis en seraient morts de jalousie ce qui ne serait pas pour me déplaire.

Autant, voici vingt ans, quand on m'avait coopté pour devenir franc-maçon, j'avais remercié du grand honneur que l'on me faisait tout en refusant bien poliment. Moi qui n'aime déjà pas le sport d'équipe, je ne me voyais pas assurer des tenues au milieu d'un groupe dont je n'aurais pas choisi les membres. De plus, se farcir des planches sur des sujets abscons alors que j'ai toujours été un étudiant négligent rendant toujours son travail au dernier moment, me paraissait contraire à mon éthique personnelle et à ce que je suis en réalité. J'avais bien envisagé tout cela que pourrait éventuellement em rapporter en termes de réseau mais j'avais décliné sans aucun regret.

Autant, arborer le ruban et qui sait, par la suite, la rosette ne me déplairait pas. Certes, je n'ai rendu aucun service particulier à la nation mais que je sache Johnny Halliday et Catherine Lara non plus et pourtant ils en sont décorés. Alors parfois quand je me laisse prendre à mes rêves de petit-bourgeoins, je me dis : pourquoi pas après tout ...

Sans doute que l'on n'a pas vraiment réussi si à cinquante ans on n'a pas la Légion d'honneur.

Manolito qué pasa ?!


Ceux qui savent que je suis ami avec Manuel Valls, me demandent depuis quelques temps ce qu'il pourrait avoir. Tout un chacun a pu noter, que lors d'une séance à l’assemblée nationale, qu'il tremblait de la main, un peu comme Bruno Ganz interprétant Hitler dans son bunker dans La chute. D'autres ont noté qu'il avait des haines terribles et qu'il savait se montrer pugnace quand il s'agissait de s'en prendre à ceux qui avaient eu le malheur d'attenter à son ombrageux orgueil.

Ça pourrait être une maladie de Parkinson mais il est interdit de se poser même la question sous peine de passer pour un complotiste d'extrême droite. Il suffit de taper "Valls Parkinson" dans Google pour tomber sur des articles de journaux dénonçant une tentative des milieux dissidents pour décrédibiliser l'action du premier ministre. Ceci dit, il pourrait s'agir de tremblement essentiel qui justement ne doit pas être confondu avec la maladie de Parkinson. A vrai dire, je n'en sais rien du tout, n'étant ni médecin et encore moins neurologue.

Certes à mon humble niveau, je constate la présence de traits comportementaux inquiétants chez Manuel Valls. On sait que dans le cas de la maladie de Parkinson, le manque de dopamine peut être responsable de troubles dont la dépression, l'anxiété et même parfois des hallucinations. En revanche, on sait que les traitements que l'on donne peuvent parfois donner des résultats inverses en créant des excès de dopamine. Dans ce cas, on peut constater des états maniaques voire des états paranoïaques.

Encore une fois, n'étant pas neurologue, je me garderai bien de me prononcer sur l'état de notre premier ministre. Toujours est-il que si quelqu'un avait débarqué dans mon cabinet avec de tels symptômes, j'aurais demandé un diagnostic différentiel.

Mais il est bien connu que les paranoïaques ne consultent pas. De toute manière, traiter la paranoïa se révèle toujours difficile en raison de l'absence totale de souffrance ressentie par le patient qui est dans le déni total de tout élément pathologique.

Ce traitement est surtout difficile en raison de l’absence de souffrance ressentie par le patient et du déni de tout élément pathologique par lui-même et son entourage. La paranoïa, en tant que délire de revendication systématisé a longtemps été appelé folie raisonnante. Elle ne se guérit pas.

Ceci étant dit, je n'ai jamais dit que Manuel Valls était paranoïaque. C'était juste histoire de parler. D'ailleurs, j'ai constaté qu'il n'était plus mon ami sur Facebook, sans doute que son community manager, le clampin qui gère son compte, a jugé mes autres amis et sources d'intérêt peu conformes avec son le socialisme éclairé de son patron !



Jean Nouvel, culture générale, affirmation de soi et honnête homme !


Mercredi dernier, un de mes chers patients se plaignait de se sentir exclu des groupes. Il invoquait un possible manque de culture générale qui le rendait inapte à se mêler aux conversations usuelles. Par exemple, une fois qu'il était venu avec nous à une séance de cafing, il s'était senti très isolé tandis que Jean Sablon et moi parlions de motos. 

On peut cependant admettre que la moto, tout comme l'informatique est un sujet de geeks. En revanche, il m'avoua aussi que ne s'intéressant pas à la politique, il se trouvait tout autant isolé lorsque les discussions tournaient autour de ce sujet. Cette gêne pouvait en outre générer une sensation de mal-être lorsqu'il y avait des femmes dans l'assistance dans la mesure où il avait du mal à trouver sa place dans le groupe, se trouvant de facto à la place de celui qu ne dit rien du taiseux, facilement prix pou un timide voire quelqu'un qui n'a simplement jamais rien à dire.

C'est tout à fait le genre de problème que l'on peut aborder dans le cadre d'un cabinet mais qui ne s'y résoudra jamais. C'est ainsi que discutant de sa gêne avec lui, j'aborde différents sujets. Allez savoir, comment j'en viens à parler d'architecture, toujours est-il que je cite le nom de Jean Nouvel. Et là, voici que mon cher patient avec l'air de l'humble qui avoue sa faute en estimant qu'elle n'a pas d'importance, m'explique qu'il ne connait pas Jean Nouvel.

Je me fâche alors tout rouge en lui expliquant que je conçois que l'on puisse se sentir mal à l'aise en groupe de manière générale et face à des femmes de qualité en particulier quand on ne sait pas qui est Jean Nouvel. Je lui explique alors qui est ce fameux Jean Nouvel dont il ne connaissait pas le nom. Et voici qu'il me rétorque en geignant qu'on a le droit de ne pas connaitre les noms des architectes et que je suis méchant de lui dire cela.

Je rétorque alors que d'une part, on ne me paye pas pour être gentil mais efficace. Je ne suis pas un ami que l'on paye pour recevoir des compliments ni un ersatz de grand-père qui préparer le chocolat et les tartines. Enfin, je lui explique qu'à son âge et ayant toujours vécu à Paris, il me semble incroyable que le nom de Jean Nouvel, le type qui a fait l'Institut du monde arabe, le musée du Quai  Branly ou encore la Fondation Cartier ne lui dise rien. Et cela d'autant plus qu'on vient d'inaugurer la Philharmonie tout récemment encore.

Schant qu'il a vécu une partie de sa vie près de Beaubourg, je gage qu'il ne sait même pas que c'est l'architecte Reno Piano qui l'a dessiné. Effectivement, il n'en savait rien. Je lui reproche alors son manque de curiosité tout simplement, lui expliquant que la culture générale c'est sans doute ce qui demeure dans l'homme quand il a tout oublié comme disait edouard Herriot mais c'est aussi le produit de la curiosité d'un individu face au monde qui l'entoure. Bref, à l'époque d'Internet, il n'est pas admissible pour un parisien de trente ans de ne pas avoir ce genre de connaissances.

C'est ainsi qu'afin qu'il se mette à biveau et puisse de manière plus agréable communiquer avec les groupes avec lesquels il se liera, je lui propose d'aller faire un tour chez Gibert, Boulevard Saint-Michel, afin de se procurer un ouvrage de révision à l'épreuve de culture générale de l'IEP de PAris et des grandes écoles de commerce. Sitôt sorti du cabinet il y court et y achète l'ouvrage.

Plus tard dans la journée, je me suis amusé à demander aux patients et aux gens que je rencontrais s'ils connaissaient Jean Nouvel. Tous, sauf Jésus, ont admis savoir qu'il était architecte. Certains pouvaient citer ses projets d'autres non. J'ai bien sur envoyé Jésus chez Gibert en lui tenant le même discours qu'à mon patient du matin. Ce n'est pas parce qu'on peut citer les écritures et vous citer la vie de cent saints quasi inconnus qu'on doit faire l'impasse sur la culture générale. Interrogé sur ce sujet même Le Gringeot, m'a répondu : ah oui Nouvel c'est le mec qui a fait le truc des rebeus près de la Seine".

Je ne suis pas un inconditionnel de Jean Nouvel mais bon, comment faire bonne figure dans un groupe de personnes quand on a une culture tendant vers zéro. L'affirmation de soi passe aussi par l'acquisition de notions basiques permettant d'échanger sur à peu près tous les sujets. Il s'agit de devenir un honnête homme comme l'on disait au XVIIème siècle. L'honnête homme a justement une culture générale étendue et des aptitudes sociales le rendant agréable en société où il saura se montrer humble, courtois et cultivé.