03 juin, 2013

Pauline, les autorails et le libéralisme !

Vous vous attendiez à un autorail et c'est un marcassin !

Comment me suis-je intéressé aux autorails ? Je ne m'en souviens plus. Autant je pourrais vous dire que j'ai vu des hérissons et que j'en ai dans mon jardin ce qui pourrait expliquer pourquoi je m'y suis intéressé, autant je ne possède pas d'autorail. Je n'ai même jamais pris un autorail et je crois ne jamais en avoir vu un en vrai. D'ailleurs, avant de devenir le tout petit spécialiste que je suis devenu, je crois que j'appelais une micheline un autorail alors que les premières sont des véhicules à pneus produits par Michelin tandis que les seconds ont des roues de type ferroviaire. Je conçois aujourd'hui combien j'étais sot de ne pas connaitre ce genre de choses car c'est le B-A BA de la discipline.

Bon, je me dis tout petit spécialiste du sujet parce que je peux me le permettre. Car il me semble qu'à part de vieux cheminots ou fils de cheminot ou encore petit-fils de cheminot, dument abonnés à La vie du rail, nous sommes peu nombreux en France à faire la différence entre un X3800, un Billard X902 et un Renault VH ! Et encore, je ne vous parle pas du Verney X 212 ni des livrées différentes que chacun de ces astucieux véhicules aura pu aborer selon les époques d'exploitation.

Qu'on le veuille ou non, l'autorail est une passion dévorante mais exigeante que seuls les plus constants peuvent maitriser un jour ! Ne devient pas autoraillologue qui veut, la discipline demande du temps et de l'abnégation dans la mesure où le temps que l'on aurait consacré à faire des choses milles fois plus intéressantes doit être sacrifié sur l'autel de l'autoraillogie. En plus de l'ascèse nécessaire à l'apprentissage de cette âpre discipline, il vous faudra aussi vous habituer à une grande solitude car, qu'on se le dise, peu nombreux sont ceux avec qui vous parlerez d'autorails car c'est une passion aussi rare qu'exigeante. A la fin, puis on se spécialisé, moins on supporte tous les prétendus spécialistes qui sont incapables de faire la différence entre un moteur Poyaud et un MAN.

Ceci dit, moi qui ai appris, qui sais maintenant faire la différence entre un simple autorail et une vraie micheline, je sais aussi qu'il a existé des paulines ! Oui, vous m'avez bien lu ! Vous connaissiez les michelines, nom commun sous lequel, non spécialistes que vous êtes, vous englobiez tous les autorails que vous croisiez, mais vous étiez loin de vous douter qu'il y eut un jour sur notre beau réseau ferré secondaire, des paulines !

Nous devons ces paulines, qui ont moins marqué que les fameuses michelines, à l'un de nos plus brillants polytechniciens, Jean-Raoul Paul, que vous ne connaissiez pas, j'en suis sur. Pourtant sa fiche Wikipédia nous apprend que ce brillant X-ponts s'illustra dans de nombreux domaines, qu'il s'agisse de routes, de transports ferroviaires tout autant que de navigation et sans doute dans bien d'autres domaines que la postérité a oublié. Notre ingénieur en homme providentiel qu'il était fut aussi celui qui se chargea de sauver le train de sa concurrence directe : la route !




C'est en tombant sur un autre lien dédié à ces fameuses paulines que j'ai en effet appris que ces véhicules ont ainsi été appelés affectueusement en souvenir de ce bon polytechnicien, qui déjà à l'époque avait le souci de dépenser l'argent du contribuable pour faire un peu n'importe quoi. Sans doute qu'il avait ses lubies, tout comme moi, sauf que je finance moi-même les miennes. C'est ainsi que notre dispendieux homme d'état, où plutôt de région, puisqu'il semble qu'il ait sévi essentiellement dans le Sud-Ouest,  vécut très mal l'irruption des transports routiers par cars qui concurrencaient évidemment le transport ferroviaire. Plus confortables, plus surs, plus souples, moins chers en termes d'investissements, les cars avaient fini par rendre caduques la plupart des petits lignes secondaires dont les tortillards n'offraient que de médiocres performances aux clients moyennant des coûts d'infrastrcutures énormes.

Mais visionnaire comme le sont souvent ceux qui dépensent l'argent du contribuable, ce cher Jean-Raoul Paul, ne l'entendit pas ainsi et voulut faire revenir le voyageur au train ! Pourquoi ? On n'en sait rien mais on peut imaginer que le car par la souplesse qu'il autorise tant aux exploitants qu'aux usagers, ne permettait plus à une foule d'agents payés par les collectivités de se goinfrer sur la bête ni à l'état de contrôler le citoyen en déterminant arbitrairement le parcours qu'il prendra et les heures auxquelles il voyagera. Jean-Raoul Paul eut ainsi l'idée d'établir un cahier des charges destiné à créer un véhicule autonome ferroviaire, apte à répondre à la concurrence automobile sur les lignes secondaires. 

C’est très exactement un autobus sur rails qui fut mis en chantier, capable de transporter une soixantaine de personnes assises et une tonne de bagages. Bref, visionnaire comme savent souvent l'être ceux qui ont la charge de distribuer notre argent, Jean-Raoul Paul venait de recréer un autobus mais sur rails, c'est à dire un monstre hybride totalement inadapté puisqu'il s'agissait d'un véhicule nécessitant l'emploi d'une couteuse voie ferrée tout en ne permettant pas l'emport d'un grand nombre de passagers ! Notre génie, issu d'une de nos formations élitistes, venait donc de combiner les désavantages du car et ceux du rail ! L'ENA n'était pas encore créée que Jean-Raoul Paul en grand visionnaire laissait déjà augurer la gabegie à venir issues d'idées stupides.

Hélas le génie du grand homme ne sera pas reconnu de son vivant puisque ses paulines ne seront manifestement employées que sur d'obscures lignes secondaires. Mais la mise en place de nos actuels TER prouve cependant que lorsqu'il s'agit de dépenser beaucoup d'argent pour peu de passagers, la SNCF (ou les régions) sait perpétuer l'inventivité du grand homme que fut Jean-Raoul Paul créateur des inoubliables paulines !

Non Jean-Raoul Paul, tu n'auras pas vécu pour rien !

Vous vous attendiez à un marcassin et c'est une pauline !

Cinéma !

 Bientôt sur Arte !

Hier, un de mes chers patients qui est en école de cinéma semblait tout triste parce qu'ayant rendu son court-métrage de fin d'année, il se trouvait tout désœuvré. J'aurais pu lui conseiller d'aller faire la plonge, de devenir équipier chez Mc Do, de faire du télémarketing en vendant des panneaux solaires à Pantin, enfin n'importe quoi pour s'occuper.

Mais j'ai eu une meilleure idée. Il se trouve que la dernière fois, avec lui et quelques autres, nous avions déjeuné rapidement avant d'aller prendre un café rive gauche. Marchait en tête, le jeune gentilhomme tourangeau, tandis que nous suivions. Et tandis que nous passions par les petites rues de Saint-Germain-des-prés, nous avions été stupéfaits de voir à quel point le jeune gentilhomme tourangeau se fondait dans le décor. 

Que l'on soit à la Fontaine Saint-Michel, dans la rue Saint-André-des-Arts, devant le Lycée Fénelon ou à l'Odéon pour terminer place de la Sorbonne, le quartier était fait pour lui. Il avait le physique, la démarche, la suffisance blasée du regard qu'il affectait de jeter sur tout, cette certitude d'être à la fois bien né et d'avoir une culture encyclopédique, suffisaient à faire de lui le petit germanopratin tel qu'on le conçoit de manière caricaturale.

Comme nous étions évidemment aussi jaloux de son aisance naturelle et que nous sommes de mauvaises langues toujours prêts à nous gausser du talent des autres parce que nous en sommes dépourvus, nous le suivions en imaginant des dialogues fictifs, creux et plein d'emphase. Cette promenade devenait pour nous une sorte de film, ou plutôt de documentaire verbeux dans lequel, il ne s'agissait plus de nous promener mais bien au contraire de suivre, comme le ferait n'importe quelle équipe télévisuelle d'Arte, un jeune auteur médiatisé au fil de ses pérégrinations oiseuses dans son quartier de référence.

Le pauvre ne pouvait regarder un immeuble, une boutique ou quoi que ce soit, sans que derrière, nous n’imaginions quelque pensée qu'à notre avis tout jeune auteur médiatisé se devrait avoir. Avait-il simplement jeté un coup d’œil distrait à l'entrée du Lycée Fénelon à proximité duquel nous étions, que nous imaginions déjà qu'il se rappelait les classes préparatoires (Khâgne) qu'il y avait suivies. S'était-il simplement approché d'un présentoir offrant des cartes postales, que nous le pensions perdu dans quelque rêverie sans fin lui rappelant une rencontre avec quelque femme jadis connue, que nous mettions immédiatement en scène, commentant en voix off.

Mais le pire, c'est que tout cela fonctionnait bien. Eussions-nous disposé d'une caméra voire d'un simple appareil photo filmant en HD que le film était dans la boîte. Le pire étant que le produit de notre délire idiot du moment n'aurait pas eu à rougir face à certaines émissions vaguement intellectualistes proposées par France télévision. De la même manière qu'il est possible de générer des jaquettes de livres sans rien avoir écrit, il est tout à fait possible de créer un auteur en vue de toute pièce sans qu'il ait eu besoin d'écrire un traitre mot.

Un physique, une paire de lunettes cerclées de fer, une chemise blanche, une manière de marcher, un décor et des commentaires pompeux en  voix off, et voici Jean-Nicolas des Lys en chair et en os, aussi vrai que s'il existait. La crédulité des spectateurs fait ensuite le reste, donnant à la supercherie des allures de vérité indéniables. Certains ont ainsi pu duper BHL et Télérama, tandis qu'en des temps plus ancien, d'autres se moquèrent des contempteurs de l'art contemporain. A l'instar des buveurs d'étiquettes qui ne se fient qu'à ce qu'il y a écrit sur la bouteille, la fatuité de certains milieux est tel que pourvu que vous donniez des gages en adoptant le même style creux et emphatique qu'eux, vous pouvez leur vendre n'importe quoi.

Tout cela pour vous dire que puisque ce jeune homme s'ennuyait, je lui ai proposé de passer de la fiction à la réalité en réalisant un court métrage mettant en scène ce fameux Jean-Nicolas des Lys. Bon encore faut-il que le jeune gentilhomme tourangeau accepte de jouer le comédien malgré lui ! Mais je ne vois pas qui pourrait le remplacer ! Sincèrement, il est parfait pour le rôle.

Il cadrera, filmera et nous réaliserons les commentaires. On s'amuse comme on peut !


Bizarre vous avez dit bizarre ! (Où l'on parle de voyages et d'amers)


J'ai une conception de la normalité qui m'amène à penser que pourvu que la personne soit cohérente, fonctionne bien, et ne s'en prenne ni aux autres, ni à elle-même, tout va bien. Je n'ai rien d'un normopathe et d'ailleurs, je crois que les gens trop normaux finissent par me faire un peu peur. Au mieux, ils sont profondément ennuyeux tant ils sont prévisibles, au pire ils sont carrément angoissants. Les mécaniques bien huilées, qui démarrent au premier tour de clé, c'est sans doute super quand il s'agit d'une voiture mais pour les gens, ce n'est pas mon truc. A la longue, c'est comme un jeux vidéo dont vous auriez chopé l’algorithme en deux minutes, vous savez au fur et à mesure que vous progressez ce qui se passera. C'est sympa comme application sur un smartphone mais guère plus. Finalement, je crois que j'aime qu'on m'étonne en me disant que finalement, cela n'a rien d'étonnant que je sois étonné. Vous me suivez ? Peut-être que non ...

C'est pour cela que tout à l'heure après déjeuner quand j'ai vu l'ami avec qui j'étais serrer un platane dans ses bras, je n'ai pas été très étonné finalement. Je l'ai laissé faire et j'ai accepté avec bienveillance son explication quand il m'a dit qu'il avait besoin de se recharger électriquement. Je fumais ma cigarette tranquillement.

Après il m'a expliqué que normalement les chênes étaient mieux, plus adaptés mais qu'il fallait faire avec ce que l'on trouvait. Moi, j'ai trouvé cela sage de voir qu'il se contentait d'un platane quand il ne trouvait pas de chênes. Parce qu'en ville, il y a rarement des chênes, plutôt des platanes ou des marronniers, voire d'autres essences. C'est bien de savoir se contenter de ce que l'on trouve. Par exemple, si l'envie me prenait de recharger mes accus et qu'il n'y ait pas un chêne à l'horizon, j'aimerais avoir la sagesse de me contenter d'un platane voire d'un bouleau ou même d'un simple aucuba. Pourtant, je suis sur qu'un aucuba, ces arbustes  à feuilles persistantes que l'on trouve partout, sont moins efficaces qu'un arbre véritable. 

Et puis, comme il me l'explique souvent, quand il fait une passe magnétique à quelqu'un, il sent qu'il se décharge. Il ressent le courant passer de sa main droite à la gauche, il perçoit même une différence de potentiel entre ses deux mains qui lui indique exactement si la personne va bien ou mal. Ensuite, en fonction des personnes, il se décharge plus ou moins.

Il a pris conscience de ce "pouvoir" lorsqu'il était petit alors qu'il était assis sur un banc, désœuvré et les bras ballants. Des pigeons picoraient devant lui et l'un d'eux s'est approché, un crevard qui boitillait et n'avait pas un beau plumage lustré. Comme il est observateur, il a vu que le pigeon restait là, étendait ses ailes et ses pattes. Il a compris qu'un processus était à l’oeuvre et il en a déduit qu'il devait avoir une sorte de fluide. Il a ensuite testé sur d'autres animaux puis sur des gens.

Il ne sait pas d'où cela vient mais il me dit qu'en tant que natif du scorpion, comme de nombreux signes d'eau, il a en lui des ressources étranges. Il perçoit des choses que d'autres ne verront jamais, même les yeux grands ouverts. Bon, le prix à payer, c'est d'être dépendant. Il a déjà perdu une baraque aux courses mais comme il me dit, il s'est calmé et puis il a amélioré ses martingales. Parfois, il se lève, va au comptoir et revient réjoui en me disant que là, il est sur de gagner, il met cinquante euros placés sur un canasson. Quand il gagne il invite, quand il perd, il m'explique combien il aurait pu gagner en fonction de la cote du cheval. 

A côté de cela, il reste très carré puisqu'il a fait polytechnique. Il n'est pas autiste d'Asperger non plus, il est éminemment normal, juste un peu décalé. C'est juste un type suffisamment sérieux pour ne jamais tomber dans la supercherie parce qu'il reste physicien dans son approche des choses mais suffisamment allumé aussi pour voir les vraies nouveautés là où les autres ne verront jamais rien.

Moi qui ne suis doté d'aucun de ces dons extraordinaires, mi qui ne suis capable que de modéliser en intégrant toutes les variables, je trouve cela amusant, troublant voire fabuleux d'être connecté à d'autres choses. Quand je lui dis que je ne ressens pas ce qu'il ressent, il me dit que c'est normal parce que je suis capricorne mais que c'est rassurant pour les types comme lui de bien s'entendre avec les mecs comme moi. J'ai un côté stable et fiable, comme un port d'attache. A défaut de partir pour de lointains voyages comme ces types que j'observe souvent, j'ai au moins cela pour moi d'être stable et fiable. 

Dans le vocabulaire maritime, on appelle cela un amer remarquable.

01 juin, 2013

Spécialiste en profils pour sites de rencontres ! (et en autorails)


Parce que j'ai du en parler à quelques reprises, lors d'articles dédiés à la séduction, un certain nombre de jeunes patients, qui ne voulant pas mourir idiot, et souhaitant rencontrer une femme, viennent me voir.

Comme je leur explique, les femmes n'ont rien de compliqué, bien au contraire, même si elles semblent parfois l'être. Ce n'est que poudre aux yeux, contre-mesures plus ou moins sophistiquées destinées à affoler les missiles de votre détermination, bref pas grand chose quand on a compris que finalement à chaque crapaud sa crapaude et que qui ne tente rien n'a rien. Oui, cher patient ou futur patient, vous aussi vous pouvez avoir une femme rien que pour vous, et cela sans recourir ni à l'amour tarifé ni en lui faisant boire un cocktail au GHB.

Mais comme je le dis souvent, la séduction peut se révéler déconcertante si l'on ne connait rien aux femmes et si on se laisse impressionner par elles. Dans ce cas, plutôt que de mater discrètement l'élue de votre cœur, la fille qui vous plait, du coin de l’œil en n'osant pas lui parler, au risque de passer pour le neuneu de service ou le mec un peu chelou, ayez recours au simulateur !

Vous qui êtes né avec cet outil magique qu'est internet, n'hésitez pas, plutôt que de vous lancer directement dans la vraie vie avec ses risques de ne pas oser et de rougir, à vous inscrire sur un site de rencontre. Et vous aurez là, à portée de clavier, un stock entier de femmes dont la raison d'être sur ce site est justement de vouloir aussi rencontrer l'élu de leur cœur. Vous aurez donc le choix entre des petites, des grandes, des minces, des rondes, des brunes, rousses ou blondes, etc. La vie n'est-elle pas belle ?

Alors certes, je connais, parce que je suis un homme aussi, j'aime me jeter des défis parce qu'un homme, ça peut tout, tout le temps et toujours. C'est un truc bien connu. Cependant, et bien que je ne sois rémunéré par aucun d'eux, je trouve qu'il n'y a aucune honte à avoir, à rencontrer quelqu'un vi l'un de ces sites. Rencontrer quelqu'un de cette manière, ce n'est pas moins bien que de rencontrer dans la vraie vie. Alors cessez de vous dire qu’un homme, un vrai, c'est forcément le mec qui s'avance sur de lui vers sa proie pour lui proposer un drink comme on disait dans les late sixties

Tout le monde n'est pas Sean Connery dans le rôle de 007. Et puis, si vous le voulez, testez dans la vraie vie, moi je m'en fous ! Cependant si vous êtes comme un manche dans cette vraie vie, face aux filles, plutôt que de vous lancer dans un combat aérien où vous feriez descendre en flammes, faites d'abord du simulateur, essayez les sites. Après, si vous n'avez rencontré personne qui vous intéresse sur lesdits sites, rien ne vous empêche de brancher en direct la gonzesse de votre choix. Vous serez aguerri et vous saurez déjouer tous les petits pièges que certaines nous tendent.

De fait, j'ai un certain nombre de patients qui hantent ces sites mais avant d'y aller, il a fallu remplir le sacrosaint profil ! Et là, mon Dieu, ils y mettent autant d'appréhension que s'ils préparaient leurs concours d'entrée dans leurs écoles d'ingés, c'est sans doute même pire. Tout se mélange dans leurs têtes, ils sont perdus entre l'envie d'expliquer qui ils sont et quelles sont leurs attentes, tout en étant soucieux de coller à l'image qu'ils ont du mâle parfait, en souhaitant à la fois être sérieux mais aussi un peu déconnants tout en ne voulant surtout pas d'une fille casse-couilles !

A la fin, s'ils se laissent aller, ça donne un profil de faux cool, genre de type factice produit par les fantasmes d'un petit gars qui voudrait laisser croire qu'il a tout de James Bond, tout en expliquant qu'il est aussi passionné par les jeux vidéos, une sorte de Sean Connery s'éclatant dans des jeux de rôle vêtu d'un smoking ! Et là, comme les filles, même les plus stupides, ont ce petit sixième sens qu'on appelle l'intuition féminine, ce genre de profil ne passe pas !

Il y a quelques mois, j'avais eu le cas d'un petit ingé, très bien, mais qui avait fait un profil façon racaille qui se la pète à un tel point que ça confinait au ridicule. Je lui avais dit que si son truc c'était de se faire une gonzesse du genre Les anges de la téléréalité ou Les chtis à Ibiza c'était parfait, sauf qu’il fallait abandonner les sites de rencontres et aller choper au Macumba Club pour ce genre de filles. E n plus comme j'avais le mec en face de moi, charmant, gentil, avec sa sensibilité et ses doutes, c'était plutôt rigolo d’imaginer que le mec type puisse se la raconter autant sur un site. Faut être cohérent.

Bref, soyez vous même et puis voilà, rajoutez juste ce qu'il faut de mensonges comme le ferait un pubard des années 80 vantant une bagnole. Après tout la 205 GTI n'était pas une Ferrari mais ça se vendait bien. Soyez votre propre Séguéla, rajoutez en un peu, c'est autorisé, gommez adroitement les défauts, sombrez et vautrez vous autant que vous voulez dans ce qu'en droit on nomme le bon dol, c'est à dire l'habileté à vous vendre, mais n'en faites pas des caisses pour sombrer dans l'escroquerie amenant soit l'acheteuse à carrément ne pas vouloir de vous soit à invoquer par la suite un vice du consentement pour vous jeter comme un étron. Le style camelot dans la vraie vie comme sur un site, c'est pénible !

Bref, soyez vous même en omettant juste les trucs les moins glamours de votre personnalité. Par exemple, moi qui vous écris, si j'étais à votre place, je dirais tout un tas de trucs sur moi mais bien sur, j'omettrai de dire qu'hier, j'ai passé plus de deux heures sur le net à lire des trucs sur les autorails. Non que j'en aie honte, puisque je sais que je suis sujet aux lubies et que si j'avais de la place chez moi, j'aurais déjà acquis un X3800, mais que je sache simplement qu'il faut d'abord connaitre tout ce qu'il y a de bien en moi pour accepter les trucs un peu plus compliqués à comprendre quand on n'a pas toutes les cartes en mains. 

Vous voyez, ne pas expliquer à une femme de but en blanc que je peux me passionner momentanément pour les hérissons ou les autorails, c'est du bon dol, rien de plus. Disons que jouer du piano sera plus vendeur que de dire qu'un soir, devant la télévision, j'ai été capable de lire tout ce qui concernait les 320 communes de l'Allier où je ne suis d'ailleurs jamais allé ! Je ne mentirais pas sur moi, je ne me transformerais pas en super héros de pacotille, non je serais sincère avec des limites. Rassurez vous, elles font pareil et c'est de bonne guerre.

Disons que sans aller dans les excès en matière concision du Gringeot qui, en guise de profil, mettrait juste une photo de lui sur sa Harley accompagnée de la phrase "cherche meuf gros seins pour bonne baise et + si affinités", il ne faut pas aller dans l'excès inverse. Rien ne sert d'expliquer que vous êtes  un "mec exceptionnel riche, beau, brillant, chef d'entreprise, bonne tchatche, pour canon" parce que d'une part, il faut être crédible et que les connes capables de vous croire ne courent pas les rues, et que même si vous tombiez sur la reine des crédules, après il faudra assurer en réel. Par exemple, il faudra expliquer à celle que vous voyez pourquoi vous n'êtes pas dans un restau étoilé au Michelin mais en train de diviser l'addition dans un chinois en expliquant en même temps au serveur que vous étiez persuadé que les cocktails maison étaient offerts. Ça ce serait plutôt le genre de GCM.

Hier, tandis que je tentais d'aider un de mes chers patients à remplir un profil, je l'entendais bloquer sur les activités qu'il faisait. Il aime nager, pourquoi pas, qu'il le mette si vraiment la natation est l'affaire de sa vie, ce sera mieux. Mais ensuite, il en était à se dire s'il devait préciser qu'il nageait en piscine et non pas en mer. Vu qu'il est en Autriche, moi je trouvais le détail sans intérêt parce que le bain de mer en Autriche n'est très pas courant. Mais il bloquait là dessus, dans le sens où il éait persuadé que la gonzesse en face de lui, éplucherait son profil comme l brigade financière les comptes de Cahuzac. 

On s'en tape des passe-temps, ce sont toujours à peu près les mêmes. De toute manière, à mois qu’il ne s'agisse d'un truc dévorant, d'une passion qui fasse de vous un militant menant une croisade, de votre vraie colonne vertébrale avant même votre boulot, on s'en fout de vos passions. De toute manière après la lune de miel qui dure six mois, les histoires d’amour finissent toujours le cul sur un canapé à se demander ce qu'il y a à la télévision. 

Et puis passé trente ans, qui en a encore des passe-temps dévorants ? Le boulot et ensuite la famille, les gosse, bouffent tout, alors encore heureux si vous avez un peu de temps pour un diner, un apéro sympa et une semaine de vacances en couple. Passé trente ans, vous êtres trop vieux pour le sport, vous risqueriez d'y laisser vos rotules, vos vertèbres ou carrément votre cœur, et le théâtre, ça fait vieil histrion qui ne veut pas raccrocher les gants. Bref passé trente ans, on commence doucement à faire du lard en s'imaginant encore jeune. Et du côté féminin, on rêve encore de ses vingt ans mais on se dit que ses ovaires vieillissent aussi et on pense aux bébés.

Elles s'en foutent finalement de ces renseignements ! Plus vous en mettrez, vous vous attirerez leur attention sur détails en les éloignant de l'essentiel. Alors qu'en fait, la musique que vous écoutez n'est pas l'essentiel de votre personnalité. A mon sens, une bonne photo avantageuse, c'est à dire pas le truc fait à partir d'un pauvre téléphone merdique, et une phrase sympa et c'est dans la poche. Après c'est la vie qui fait tout parce qu'il est dans la logique que les bergères rencontrent des bergers et les princes des princesses. Alors je lui ai dit à mon petit patient, de cesser de se prendre la tête, de s'en tenir à la bonne photo et à la phrase bateau du genre "ingénieur bien sous tous rapports cherche jeune femme idem" et puis voilà, il y a tout dans cette phrase. Ça sent le mec bien fiable, stable, intelligent avec de bons revenus et une bonne orthographe ; le reste on s'en fout, ça se dit par mail après le premier contact ou lors du premier rendez-vous.

Quant à l'humour, sauf si déjà au collège vous faisiez rigoler tout le monde, laissez tomber ! Rien de pire qu'un mec sympa mais pas plus drôle que la moyenne qui tente la saillie rigolote, ça a toutes les chances de tomber à plat. C'est la même chose pour la culture ! Rien de pire aussi que la citation verbeuse et lénifiante mise dans un profil. On sent que la plupart du temps, le truc a été chopé sur un site et que le mec n'avait jamais entendu parler de l'auteur avant de faire son copier/coller. Jouer l'intello sentencieux n'est pas forcément un avantage concurrentiel !

De toute manière, c'est simple, soit vous êtes moyen, dans la norme et là pas de problèmes, faites un profil classique et sympa et vous trouverez une fille qui vous correspond. Si vous vous sentez exceptionnellement brillant et doté d'une sensibilité hors du commun, alors quel que soit votre profil, au cours du premier mail, vous saurez décrypter tout ce que la fille vous montre et surtout vous cache et vous saurez vous adapter. Testez-la comme si vous étiez en train d'essayer une bagnole, passez de cinquième en troisième et voyez si elle suit, si il y a des chevaux sous le capot, c'est simple, ça se sent tout de suite. Et surtout, si vous angoissez à l'idée de ne pas avoir renseigné tous les champs exigés par le profil du site de rencontre que vous avez choisi, que la fille qui s'en plaindrait est à priori une emmerdeuse.

Donc, voilà une bonne photo et une phrase simple d'accroche !

Psychothérapeute, mauvais côté de la quarantaine, revenus aléatoires, passionné par les autorails, les microvoitures et les hérissons, cherche princesse, âge, physique et profession indifférents, pas trop exigeante, pour vieillir ensemble dans une douce indifférence et partager les charges communes.


31 mai, 2013

Boulot de merde !



Qu'est ce qu'il ne faut pas faire pour gagner sa croûte ! Au moins faire des powerpoints chez Accenture, ça paye bien et ça laisse espérer de bonnes opportunités. Mais tout le monde n'a pas le chance, l'intelligence ou la constance pour faire de longues études.

Parmi ceux qui n'iront ni à Dauphine, ni à Sup-de-Co Paris ou dans d'autres formations tout aussi prestigieuses, il y en a tout de même qui auront la possibilité de faire un métier qui leur plaise et pourquoi pas de réussir au-delà de leur espérances. Tenez, je me souviens que quand j'étais jeune et que j'aimais les bagnoles, le poissonnier à côté de chez moi roulait en Mercedes 560 SEC. 

Bon aujourd'hui, ce genre de bagnole doit se toucher pour trois-mille euros sur le Bon coin mais à l'époque, mazette, la 560 SEC c'était quelque chose, le vaissez amiral de Stuttgart, la caisse de patron, celle avec le gros V8 glouton. Croyez moi, il fallait en faire du powerpoint, avec plein de coleurs et de graphiques, chez KPMG pour se payer la même sauf que je ne sais pas si powerpoint existait à l'époque !

Et puis, il y a le reste, les petits boulots, les trucs d'obscurs, de sans grades, les jobs ingrats qu'on fait histoire de palper son smic, d'avoir un toit sur la tête et de ne pas crever de faim en espérant en sortir un jour. C'est la cohorte de tous ceux à qui s'adresse Mélenchon, sauf qu'on peut avoir un boulot de crevard et ne pas être con au point de voter pour lui, d'où ses scores médiocres. Effectivement, on peut avoir un job tout pourri et n'en pas moins rester digne.

Voici quelques minutes à peine, mon fixe sonne et immédiatement, je me dis "quel est le casse-couille qui m'appelle pour me vendre une merde ?". Voilà, c'est pavlovien, dès qu'un fixe sonne, vous êtes sur le qui-vive, parce qu'il y a de fortes chances que l'emmerdeur de ce début du XXIème siècle, celui qui vous fait chier jusque chez vous alors que vous ne l'avez pas sollicité, j'ai nommé le télémarketeur, soit au bout du fil pour tenter de vous refourguer quelque chose.

Ca n'a pas raté, et là le type après avoir obtenu la confirmation que j'étais Mr X et que j'étais propriétaire me débite un laïus selon lequel suite au Grenelle de l'environnement, je ferais partie des cent logements de ma commune à pouvoir obtenir des panneaux photovoltaïques gratuits ! Oui, vous m'avez bien lu, moi qui vous écris je suis éligible à une aide quelconque me permettant de ruiner l'esthétique de ma jolie maison d'architecte en mettant sur mon toit d'ignobles panneaux fabriqués en Chine qui tomberont en rade dans trois mois et qui au mieux me laisseront des trous dans les tuiles vu que je parie que ce sont des gougnafiers autant spécialisés en couverture que je le suis en dentelle qui viendront me les poser. 

Ah la la, je suis vernis, quel cadeau ! Et puis je suis d'autant plus vernis que manifestement, le mec me sort son laïus en étant persuadé que j'ai soit un QI de 50 ou Alzheimer et que je vais croire ces conneries de Grenelle de l'environnement. Tu parles ! Pendant qu'il me débitait son laïus j'imaginais déjà la tête de voleur de son tôlier prêt à tout pour fourguer ses merdes. Mais, comme je n'avais rien de mieux à foutre, je l'ai écouté. Et puis, le pauvre il doit gratter pour survivre alors je ne vais pas rajouter de la discourtoisie à son malheur. Et enfin, je suis curieux de savoir comment un mec peut me vendre du panneau solaire vu le temps gris et merdique qu'il fait en ce moment. Soit c'est un champion de la vente, soit je le plains sincèrement parce que c'est un galérien de la vie.

Comme j'ai l'esprit taquin, je lui dis justement qu'il est bien courageux de vendre du solaire à Paris vu le temps que l'on a. Et là, le type à qui l'on a donné un script avec la réfutation des objections, le clampin me répond doctement que ce n'est pas lié au soleil mais à la luminosité, nuance ! Moi, je continue à jouer au con et je lui demande si par hasard, mais bon je ne suis pas Hubert Reeves non plus, je n'ai pas étudié astrophysique et tout le toutim, la luminosité ne serait pas un peu liée à l'ensoleillement vu que la nuit, quand le soleil est couché justement, j'ai noté qu'il y avait moins de luminosité que le jour. Moi sur ce truc, je reste candide et je demande juste une explication au spécialiste qu'il semble être. Un mec qui fourgue du panneau solaire comme Cahuzac arnaque le fisc, ça doit en connaitre un morceau sur le soleil et l'énergie et tous ces trucs !

Mais là, le type sèche un peu, il me bredouille un truc sur la notion d'ensoleillement et de luminosité mais il n'y croit pas vraiment, ça se sent, c'est pas très fluide et intuitivement, il sent qu'il perd son temps et "qu'il ne me vendra pas ses panneaux gratuits". Là son entrainement au traitement des objections fait un peu défaut, y'a comme une faille dans le script. Et puis, je pense qu'il tombe rarement sur des mecs comme moi qui ont le temps de parler. J'imagine que la plupart des gens lui raccrochent au nez, l'insultent parfois et que par coup de chance, il y a parfois un mec ou deux qui sont intéressés.

Comme je suis humain et que je le sens un peu tendu parce qu'il ne peut pas m'envoyer me faire foutre et qu'il ne sait pas comment se débarrasser de moi, je le soulage en prenant congé de lui après l'avoir salué courtoisement et l'avoir assuré de tout mon soutient dans son projet de vente de panneaux solaires alors qu'on a un printemps pourri. Il n'a vraiment pas un job facile.

Moi, je crois qu'à sa place, j'aurais plaqué mon job et que j'aurais couru chez Mc Do pour leur demander du travail ! Ou alors, j'aurais fait une formation en plomberie ou en électricité voire même poissonnerie vu que même si la 560 SEC n'est plus au catalogue, Mercedes produit maintenant la CL 500 qui semble plutôt sympa. Mais bon, à 132 000€ le morceau, c'est sur qu'il faut en vider des poissons et en ouvrir des douzaines d'huitres pour se l'offrir. Mais on n'a rien sans rien ! Ou fleuriste, c'est joli les fleurs aussi et c'est rare les fleuristes de talent ! Tenez moi qui côté bricolage ait deux pieds gauches à la place des mains, c'est ce que j'aurais fait, fleuriste, ça fait un peu gay mais bon, je ne renie pas ma sensibilité. En tout cas, je n'aurais pas été vendre des panneaux solaires dans le nord de la France, ça c'est sur.

Pourquoi certains se condamnent à faire ces jobs de galérien de la vie, je me le demande !

Carrière ou destin !

Photo à la con, illustrant le monde de l'entreprise, ça fait rêver !

Aujourd'hui, je recevais de nouveau un patient, un bon petit gars sorti de Sciences-po mais de la véritable école, celle de la rue Saint-Guillaume et non d'un ersatz de province. On s'entend bien et je l'apprécie parce que justement, il a commencé à déprimer dès le premier trimestre après être entré à Sciences-po. Il s'était donné à fond, il avait même fait la préparation au concours durant son été, sacrifiant ses vacances au profit de ce rêve : entrer à Sciences-po et devenir quelqu'un d'important. Sitôt entré, il a du saisir que ce n'était pas pour lui.

C'est vous dire s'il croyait en lui. Et c'est sans doute là que le bât blesse parce que si l'on croit en soi, si l'on sent vraiment que l'on a un truc, un quelque chose, un petit machin en nous qui brille et qui nous donne l'impression que l'on a quelque chose à offrir au monde, il ne faut rien attendre d'une formation. Où que vous alliez, si vous êtes doué, vous réussirez, plus ou moins rapidement en fonction des réseaux que vous aurez tissés mais vous réussirez. Quand on mise tout sur une école, c'est que l'on n'a pas grand chose dans les tripes et que l'on attend tout de la formation que l'on convoite, on espère juste sortir du bon moule.

J'imagine aisément mon pauvre patient qui arrivé là a du se faire à l'idée que durant de longues années, il devrait fréquenter ces jeunes déjà un peu vieux qui ont des avis sur tout et on déjà en tête leur carrière. Imaginez vous, mes chers lecteurs brillants, que vous deviez fréquenter une personne dont la seule ambition serait de devenir fonctionnaire international à la Bruxelles ou encore assistant parlementaire ne espérant que ce marchepied puisse lui permettre à son tour de devenir député. Entrevoyez vous le drame que provoquerait l'obligation de fréquenter cette personne, tout entière tournée vers sa fausse vocation ? 

Car je parle bien sur de plans de carrière en tant que fausse vocation, pour ne pas les confondre avec les vraies vocations toujours plus altruistes même si elles comportent souvent un volet narcissique. Mais si je peux comprendre quelqu'un qui voudrait créer un nouveau vaccin, devenir le nouveau Pasteur ou Salk, j'ai toujours plus de mal celui ou celle qui après une première expérience réussie au sein d'un important cabinet d'audit, souhaite intégrer une banque afin d'y développer ses compétences-métier. Bien sur, quand on est comme cela, on obtient tout, la bagnole, la fille, le fric, le bureau d'angle, les vacances de rêve dans des pays lointains et la quarantaine passée, on est bien content au volant de son Audi sur le chemin du retour vers son appartement du beau dix-septième ou son pavillon de Sèvres d'avoir fait les bons choix.

Encore faut-il être taillé pour ! Comme avait dit un psychiatre de l'armée de l'air avant d'accepter la démission de mon copain pilote "certains sont faits pour le vol en escadrille d'autres pour le solo". Voilà toute la différence et elle est de taille parce qu'entre avoir une carrière et un destin, on ne choisit pas, la vie nous l'impose. Mais gare à vous si vous vous trompez. Si vous pensiez avoir un destine t que vous n'êtes fait que pour une carrière, vous serez comme ces cadres supérieurs qui vers la cinquantaine décident de se réaliser pour monter leur boite et regrettent bien vite la quiétude de leur ancienne vie. En revanche, si vous êtes fait pour avoir un destin et que vous vous entêtiez à avoir une carrière, vous vous sentirez vite gêné aux entournures. Très vite, les convenances, le conformisme, vous feront souffrir et vous déprimerez.

C'est ce qui s'est passé pour mon pauvre patient dès le deuxième jour de son entré dans cette école tant convoitée. Mais il s'est acharné parce qu'il ne pressentait pas qu'il pourrait exister d'autres possibilités. Et puis, il y a sans doute une part d'escalade d'engagement qui fait que quand on commence un truc pour lequel on a fortement investi, on a des chances d'aller au bout quitte à ne rien gagner.

Et une fois son diplôme en poche, il a cru que c'était gagné et que le monde du travail lui offrirait enfin des gratifications. Hélas quand on est diplômé de l'IEP de Paris, on postule et on est recruté à des postes et dans des boites qui sont taillées pour ce type de diplômés et on a toutes les chances de finir dans le tertiaire dans un métier mal défini, une fonction où en costume cravate on exécute des tâches mal définies dont on ne comprend pas toujours la finalité. Si on est carriériste résolu, on s'en fout, on se tape les powerpoints stupides demandés, en se moquant de savoir à quoi cela sert, parce qu'on sait qu'on joue une comédie durant laquelle, c'est au savant dosage de servilité et d’audace que l'on pourra accéder à l'échelon supérieur jusqu'à devenir directeur de quelque chose.

Si on est un peu différent et que l'on sent confusément qu'on a besoin d'exister, que l'on devine tout au fond de soi que l'on n'est pas né pour faire des powerpoints idiots, on commence à comprendre que quelque chose ne va pas, que l'on n'est pas à sa place. On commence alors à ruer dans les brancards et ma hiérarchie vous fait vite comprendre que vous n'êtes pas là pour réfléchir mais pour faire comme si vous réfléchissiez. De toute manière quoiqu'on vous en dise, gérer une boite n'a rien de compliqué et on complexifie à outrance pour faire croire que c'est difficile, cela donne justement du boulot aux carriéristes. Les powerpoints et les réunions ne sont là que pour permettre aux carriéristes de faire croire qu'ils ont une utilité.

Alors une fois qu'on l'eut gentiment remis en place à base de conseils et d'entretiens d'évaluation (l'arnaque) durant lesquels on pointa du doigt tout ce qu'il aurait à changer pour se couler dans le moule, mon patient se mit à déprimer. Simplement parce qu'il avait compris que quoiqu'il fasse, malgré toute sa bonne volonté, sa lucidité sur le monde et l'idée diffuse qu'il pourrait avoir un destin ne lui permettrait jamais de ressembler à ses collègues :il était fait pour le vol en solo.

Et pourtant durant nos entretiens, sans doute parce qu'il me prenait pour une sorte de coach dont la mission aurait été de le conditionner pour le faire entrer dans le moule, le rendre performant (seconde arnaque), il s'est entêté à faire de son mieux avec autant de talent qu’un cul de jatte s'alignant à un marathon. Bien sur, cela n'a pas marché, à l'instar de l'albatros de Baudelaire, ses grandes ailes l'empêcheraient toujours de marcher en rang.

Ceci dit, il est jeune et il a du temps devant lui. Moi j'ai attendu pour ne pas le brusquer, jusqu'à ce qu'il arrive à ses limites, jusqu'à ce que dégouté à l'extrême par ce qu'il fait mais aussi des gens avec qui il le fait, il en vienne à déprimer encore plus gravement. Le fruit étant mur, on a pu entrer dans le vif du sujet. Le pauvre bonhomme était dans un tel état qu'il devenait plus réceptif à des alternatives de vie qui lui permettraient d'être plus heureux. De doute manière, tant qu'il me voyait en coach, en directeur de la norme, cela n'aurait pas marché. On cesse ses conneries, qu'il s'agisse de boire, de fumer, de se droguer, ou d'avoir un emploi débile, quand on a touché ses limites.

Il est pourtant talentueux le bougre et pour son âge, il fait preuve d'une très étonnante maturité. A tout ceci s'ajoute un réel talent artistique pourtant en jachère. Sans doute qu'il aurait été mieux inspiré de faire une école d'art, ou du moins quelque chose de plus créatif, que de perdre son temps à l'IEP même si le fait d'en être sorti n'implique aucunement le fait de choisir d'autres carrières. Mais la crainte de ne pas réussir, lui a fait préférer une formation roborative dont le seul diplôme est généralement un aller simple vers le succès indépendamment de son talent parce que justement, c'est fait pour faire carrière dans des trucs où le talent est inutile.

Alors on a commencé à bien discuter, à aller plus au fond des choses. Moi qui fait des TCC, je connais pourtant assez bien Jung et je lui ai parlé de l'individuation. Le concept lui a plu non parce qu'il serait narcissique comme ces crétins qui à force de se vouloir différents en viennent à adopter des comportements moutonniers (tatouages) mais parce que tout au fond de lui, il sent qu'il a une bonne main, un truc à jouer, pour le meilleur ou pour le pire et que s'il ne la joue pas, il aura perdu sa vie.

Oh bien sur, je lui ai parlé de destin, de changement de vie, et de tous ces trucs un peu vagues mais mon but n'est pas de projeter quoi que ce soit sur lui mais de lui proposer des alternatives à sa vie de misère. De toute manière, il est intelligent et a du caractère et n'est pas du genre à obéir à des injonctions, fussent les miennes ! Et puis, je ne lui apprends rien en fait. Je ne l'ai qu'à révéler au grand jour ce qu'il sent confusément depuis toujours et que toute sa vie atteste, cette petite différence qu'il ne pourra pas ignorer. Ce qui lui manque c'est de se passer de béquilles pour marcher de manière autonome. 

Où ira-t-il je n'en sais rien mais il ira, pour le meilleur ou pour le pire. A ce niveau, justement parce que je ne suis pas un coach chargé de rendre les gens plus performants, je m'en fous qu'il réussisse ou échoue. L'important c'est qu'un jour, quels que soient ses succès ou ses échecs, il se dise qu'il ne regrette rien et qu'il a vécu.

Il m'a demandé comment on faisait pour changer devie et enfin décoller alors je lui ai donné la recette de mon pote le pilote qui lorsque j'avais l'âge de mon patient et les mêmes problèmes me disait : "décoller c'est simple, moteur à fond face au vent et tu lâches les freins".

Comme il n'est pas idiot mon petit patient, il m'a demandé comment on savait d'où venait le vent. Et là, sans le vouloir, j'ai été un peu mystique, et je lui ai dit que d'où venait le vent, quand on est comme lui, on le sait depuis toujours, depuis tout petit mais qu'effrayé par ce que cela implique, on fait tout pour l'oublier. Bref la vie est plutôt simple. 

Je rajouterait que je n'ai rien contre les carriéristes et que je pourrais aussi être un très bon coach. Les querelles picrocholines de bureau, j'adore ça de même que les problématiques issue d'une prise de poste et de manière générale, ce genre de conneries. Je suis quelqu'un de très adaptable mais je prends plus cher comme coach que comme psy.

François !


Souvenez-vous, Nicolas Sarkozy venait à peine d'être élu, que la plupart de mes confrères de gauche, essentiellement psychanalystes, se jetaient sur lui comme une meute sur un cerf, dépeçaient à grands coups de dents savantes et acérées sa personnalité, ce côté agité tellement étonnant, afin d’avoir accès à son intimité, à ses tripes, afin de connaitre les moindres ecoins de sa psyché qu'il aurait osé nous cacher.

Eux habituellement garants de l'orthodoxie freudienne, toujours soucieux de coller aux mécanismes précis de la cure psychanalytique qui exige la quiétude du cabinet et le moelleux du divan avant de se livrer, n'avaient à l'époque eu aucune pudeur, aucun respect pour la personne de notre ancien président, n'hésitant jamais à fouiller toujours plus loin jusqu'à ses moindres prétendus traumatismes infantiles ou adolescents pour nous en dresser un un portrait saisissant qui nous faisant hésiter entre l'histrion cocaïnomane et le sociopathe avide de pouvoir. Rien ne lui avait été épargné, ne fut-ce que le bénéfice du doute car il était vraisemblablement l'ennemi à abattre.

Le portrait qu'on en dressait alors confinait donc toujours au pathologique à la limite de la folie, à moins qu'il ne se soit agi de le faire passer pour un pauvre con, un déclassé rêvant d'avoir enfin sa revanche, copie presque parfaite du personnage de César, interprété par Yves Montand, dans le film César et Rosalie, mais en moins sympa et touchant tout de même, mais en plus intrigant, plus méchant, plus médiocre, plus calculateur et retors, tout en étant aussi parvenu, soucieux du paraitre et du pouvoir au point d'en être ridicule.

Parce que même le beauf et le parvenu peuvent devenir touchant à force de maladresses, il ne s'agissait surtout pas de dresser du petit Nicolas, un portrait qui puisse attendrir, celui d'un môme sans père ni repère parvenu au sommet de l'état par désir de revanche sociale. Ce côté trop conforme à une success story comme les adorent nos amis américains, aurait pu plaire au prolo, au pauvre type qui rêve lui aussi de quitte son HLM pour vivre dans les beaux quartiers.A cette époque, il ne faisait pas bon ne pas appartenir au sérail socialo-germanopratin et Nicolas Sarkozy en avait fait les frais.

S'agissant de François Hollande, rien de tout cela. Personne ne se penche sur le cas de Flamby, mes confrères se murent sans doute dans une éthique pointilleuse, une distance toute faite d'éthique et de déontologie. Il n'est pas question que ce qui s'opère dans le silence de leur cabinet puisse s'étaler au grand jour, on ne saura rien d'autre de notre président que ce qu'en diront ses adversaires politiques. Il est mou, n'a pas de colonne vertébrale, ne sait pas prendre uen décison mais rien de plus, rien de son enfance ni de son adolescence ne nous permettra de comprendre comme on devient magré ces tares un président de la république.

Les réseaux fonctionnent sans doute, et qu'il s’agisse des camarades psychanalystes ou des amis journalistes, on ne dira donc rien de François Hollande, du moins rien qui puisse nous éclairer et nous permette de saisi le parcours de ce médiocre parvenu par hasard au sommet de l'état. Mes confrères se tiennent cois et moi qui ne suis pas psychanalyste, qui ne maitrise pas cet outil si puissant capable parait-il d'accéder à la vérité nue, moi qui aurais tant aimé savoir ce que dissimulait cette apparente bonhomie, ce qui se cache derrière ce sourire énigmatique de Boudha, j'en serai pour mes frais : François Hollande restera un mystère. 


Pourtant, jeudi dernier alors que je déjeunais avec un vieil ami psychiatre hospitalier, nous avons abordé le cas Hollande. C'est d'ailleurs lui qui a initié la conversation en me demandant ce que j'en pensais d'un point de vue psychologique, si j'avais eu le temps de réfléchir au fonctionnement de notre bon président et ce que j'aurais pu découvrir de particulier. Je lui ai avoué que j'y avais songé mais sans plus, n'ayant pas vu de choses qui me heurtaient particulièrement. Certes le personnage était plat, fade, inodore, incolore et sans aucune saveur mais ce ne sont là que des caractéristiques assez communes et partagées par bon nombre d'individus.

Penaud, j'avouais donc à cet ami que je n'avais saisi aucun trait qui m'aient alerté ou orienté vers une analyse plus fructueuse, vers une pathologie quelconque. Et même si l'on peut s'étonner qu'un type pareil ait pu se retrouver président de la république, je n'y vois moi rien d'anormal compte-tenu du déroulement des primaires socialistes et surtout du fait que beaucoup de gens de droite se soient abstenus de voter pour Nicolas Sarkozy. Et puis, même si je ne suis pas socialiste, il n'est pas question d'être de mauvaise foi alors avouons que François Hollande est dans la moyenne du personnel politique que l'on a pu observer depuis trente ans.

Alors de retour chez moi, j'ai juste consulté la biographie présente sur Wikipédia de notre président pour tenter de creuser si tant est que l'on puisse creuser dans le vide. Alors, il y a ce que tout le monde connait de lui, son passé de gosse de riche (papa médecin propriétaire de clinique), son passage au lycée Pasteur de Neuilly (pas très prolo non plus) puis entre en faculté de droit où il obtient une licence.

C'est sans doute là qu'il se découvre une conscience politique politique ce qui ne l'empêchera pas d'entrer à HEC (on se demande pourquoi), avant d'opter pour la politique en entrant d'abord à Sciences-Po puis en intégrant l'ENA. C'est une sorte de parcours sans faute, si ce n'est l'épisode HEC qu'on ne parvient vraiment pas à intégrer dans cette formation de bête à concours destinée à devenir un futur petit apparatchik. C'est tout à fait le type de parcours qui me fait toujours frémir moi qui me suis toujours ennuyé durant mes études. Sans doute que HEC à cette époque n'était pas assez élitiste pour notre ami François qui a préféré par la suite s'en remettre à des formations plus conformes à ce qu'on attend de ceux qui sont promus à un brillant avenir.

Sa biographie nous apprend aussi qu'il a milité à l'UNED-Renouveau, proche du parti communiste français. Les dés sont donc jetés, notre ami François sera un homme de gauche mais c'est un peu sociétal compte tenu de son année de naissance. A cette époque on portait les cheveux longs et on avait des idées courtes. On parlait et déparlait de tout et de rien, d'autogestion, de dictature du prolétariat et on était prêt à soutenir n'importe quel dictateur.  Mais c'est à ce moment que je suis surpris puisque l'on apprend aussi que bien que réformé pour myopie, il fait annuler cette décision pour faire son service national dans un régiment du Génie. Curieuse décision, dont on apprend qu'elle lui serait venue par devoir. A mon sens, mais sans doute suis je mauvaise langue, conseillé par ses mentors, on a du lui expliquer qu'être réformé risquait de lui nuire par la suite s'il voulait embrasser la carrière politique.

Dans ces années là, époque ou le service national était encore une valeur sure donnant une preuve de son patriotisme, se faire exempter pour ensuite briguer de hautes fonctions ne se faisait pas. On a du lui expliquer qu'après les EOR, il trouverait une affectation sympa et qu'un an après tout ce serait vite passé et qu'il pourrait en profiter pour fréquenter des français moyens voire très moyens, ses futurs électeurs. Ce serait aussi le prix à payer pour montrer patte blanche au système afin de ne pas être vu comme un dangereux gauchiste. Dans tous les cas, j'imagine difficilement qu'un type militant dans un groupe proche du parti communisme ait été militariste ni même patriote.

Il ne s'agit que d'une lecture à froid basée sur une simple biographie disponible sur Wikipédia mais je crois déjà sentir le petit carriériste bon teint, le calculateur, le jeune type sur de lui et de ce qu'il fera plus tard : de la politique et en plus à un haut niveau. Pas question, après un tel parcours, droit, sciences-po et ENA, de se faire allumer par un vieux patriote, droitard ou socialo, qui lui aurait jeté sa réforme à la face en jetant le soupçon sur son patriotisme. C'est avec des conneries de ce genre qu'on foire un beau parcours, qu'on se fait allumer en plein débat. Alors François mettra un beau képi pour faire valoir qu'il a des valeurs. A cette époque il y avait encore des tas de résistants en vie !

Subtil équilibre entre appartenance à un groupuscule proche des cocos tout en adoptant un peu des valeurs de droite, François, en bon futur apparatchik, sait que le vent peut tourner, que rien ne dure, que les bonnes places sont partout, que selon l'endroit où l'on est parachuté, on peut se présenter en ville comme à la campagne où les valeurs traditionnelles persistent, qu'on peut réussir sa vie un peu à droite comme un peu à gauche et ne veut rien gâcher.

Bien entendu, malgré l'engagement gauchiste de leurs jeunes années, bon sang ne saurait mentir et je n'imagine pas notre ami François se montrer trop à gauche tout de même parce qu'il ne s'agirait pas de se tirer une balle dans le pied. Quel que soit l'engagement dé départ, on sent que cela se terminera dans une gauche molle dite aussi gauche libérale ou réaliste qui flatte le prolo et l'exclu tout en dinant avec le patron. C'est une manière de ne pas renier le confort bourgeois de ses jeunes années tout en assumant sa révolte légitime contre son père. Encore une fois, ce n'est pas l'apanage de François mais plutôt un trait de caractère commun à bien des individus. On se révolte mais pas trop et surtout on ne pousse pas le vice jusqu'à embrasser totalement la condition de ceux que l'on défend parce que la condition de martyr n'est pas aussi enviable qu'un pavillon à Mougins.

S'éloignant des cocos, il adhère ensuite au PS avant d'entamer une carrière de bon lèche-cul modèle standard en étant d'abord auditeur à la cour des comptes, le fin du fin quand on est issu de l'ENA, pour finalement servir de factotum à quelques barons du PS de l'époque en assurant différentes fonctions dans différents cabinets. François a donc quitté bien vite le service public pour faire de la politique et remplir son carnet d'adresses. Qu'y-a-t-il fait, je n'en ai aucune idée, je n'ai pas creusé jusque là mais je suppose qu'il s'est agi de faire partie d'une quelconque jeune garde destinée à produire des idées afin que son patron conserve son poste en échange de quoi, si l'on se fait remarquer par ledit patron, si l'on est intelligent, retors mais aussi servile, le patron renvoie l’ascenseur en proposant au jeune impétrant un parachutage quelconque.

C'est ainsi qu'ensuite, celui qui n'était pas grand chose si ce n'est un étudiant intelligent et calculateur devient un parasite dument élu à différents postes dans une région où il a été parachuté : conseiller municipal, puis député, puis adjoint au maire d'une autre commune, puis député européen, puis maire et enfin de nouveau député et président du conseil général. Bref, partout et nulle part, cumulard comme les autres, tantôt élu, tantôt conseiller de l'ombre, tantôt tout autre chose, notre bon François qui fait partie du sérail peut enfin distiller les bonnes recettes apprises à l'ENA. Soit que je sois mal renseigné par manque d'intérêt pour le personnage, soit qu'on en ait peu parlé, il me semble que ces postes aussi honorifiques qu'ils soient auront plus rempli la bourse de notre ami et servi ses ambitions que procuré un avantage indéniable à notre pays même si la biographie que j'ai consultée parle tout de même de l'ouverture d'un boulodrome couvert en 2003 ce qui n'est pas une mince victoire quand on a fait HEC, Science-Po et l'ENA. Quand on pense que certains pensent que la pétanque est un sport d'abrutis !

La suite, parce que récente, nous est connue, qu'il s'agisse de ses liaisons féminines réelles ou supposées, de ses récents succès politique, aussi ne m’appesantirai-je pas sur le sujet. Voilà, un peu ce que la lecture à froid cette simple biographie me permet de voir, c'est à dire pas grand chose. On est certes très loin de Sarkozy l'histrion, le roi du coup de force, le type lambda s'élevant toujours plus haut à la manière d'un personnage de Scorsese. Avec François, on est face à un parcours on ne peut plus classique que pourrait choisir n'importe quel jeune type intelligent et calculateur qui a décidé de faire carrière. Ce type de profil est aussi disponible dans d'autres carrières telles que la médecine, le marketing, la carrière militaire, la crèmerie, l'audit ou que sais-je encore. On bosse, on calcule, on sait se placer, on négocie les virages avec un peu d'audace ou à grands coups de lèche ou de vaseline, on flatte, on suce, on trahit un peu, on se pousse du coude, on prend les bons amis, on se débarrasse deux ceux qui sont inutiles et à la fin on vit plutôt bien. Que celui qui n'a jamais péché de la sorte jette la première pierre à François. Cette vie est le lot de tous ceux qui n'ont pas vraiment de destin mais veulent juste faire carrière.

Alors, sincèrement d'un point de vue psychopathologique, je ne vois rien, mais alors rien du tout. Ou du moins rien de plus que le parcours classique de tout petit apparatchik de gauche ou de droite qu'un caprice du destin aura pu faire passer de président de conseil général à président de la république. C'est l'histoire commune et mille fois répétée du type intelligent, calculateur, avec des convictions sans doute moyennes mais suffisantes pour que les électeurs y croient, un physique moyen de monsieur-tout-le-monde qui a pu convaincre ces mêmes électeurs qu'il leur ressemblait et le dogmatisme fat et creux acquis dans les formations élitistes par ceux qui, ensuite adoubés jeunes par les réseaux de pouvoir, se tiennent loin de la réalité de la vie et distillent le mépris satisfait et les leçons pleines de morgues de ceux qui savent. La carrière type de l'homme qui avait tout fait pour se hisser tout en haut et qui n'y est parvenu qu'à la faveur d'un coup de pot. C'est un peu Ulrich le secrétaire de l'Action parallèle, héros du roman de Musil, L'homme sans qualités.

C'est sans doute beaucoup d'intelligence et de travail parce qu'on ne réussit pas un tel parcours en étant stupide et fainéant, aucun talent particulier ni de génie (du moins rien qui me permette d'en distinguer si ce n'est l'inauguration de ce boulodrome couvert en 2003, exploit que je salue à sa juste mesure), et c'est ma foi rassurant pour tous ceux qui étaient persuadés qu'il fallait des dispositions phénoménales pour sortir du lot. Finalement, accéder à l'Elysée est peut être moins dur que d'obtenir un premier rôle à Hollywood.

Mais à part cela, tous ceux qui s'attendaient à des révélations croustillantes en seront pour leurs frais. De mon humble point de vue de misérable petit psy, et à la seule lecture de cette biographie, je n'ai rien distingué de pathologique dans le personnage. A mon humble avis, François est normal, conforme au portrait que nous en avaient fait ses amis, au portrait qu'il dresse de lui-même, un mélange entre le tout mou de celui qui n'a pas de convictions bien établies et le très dur de celui qui sait se fixer des buts et à la finale, cela donne un Flamby, un machin flageolant qui malgré tout tient à peu près debout, quelqu'un qui s'offre le luxe d'exister en étant inexistant.

De plus, bien que certains le détestent depuis le passage en force du mariage pour tous, je ne suis même pas sur qu'il soit si méchant et dogmatique que cela. Sans doute que tiraillé entre ses molles convictions et les pressions de ceux qui l'ont soutenu, il a cédé tout simplement. Je crois que son plus grand défaut est qu'avec tout cela, on ne puisse même pas le détester. Quelques personnes qui le connaissent en privé m'ont même affirmé qu'il était plutôt rigolo. Bien sur, comme tous les socialos, il est dogmatique et idéologue et laïcard. C'est même amusant de le voir vivre en couple à la colle, sans jamais épouser une femme, ça a des relents libertaro-gauchistes issus des 70's. C'est sur qu'avec un tel comportement, on ne s'attendait pas à un type très ouvert politiquement. C'est un dinosaure, un petit et replet, c'est tout.

Et puis, autant l'avouer, comme tous les glandeurs patentés, ceux qui auraient pu bien faire mais qui n'ont rien fait de génial parce qu'ils avaient du mal à se concentrer sur ce qu'on disait en cours, préférant se laisser à rêvasser ou à bavarder, je suis sans doute un peu jaloux de François. C'est en voyant de telles réussites que je me dis que finalement ce n'était pas si dur, qu'avec un peu de constance et d'assiduité, moins d'originalité et de questionnements sans fin, moi aussi j'aurais pu devenir président de la république !

C'est peut-être cela le trait le plus marquant de notre président, nous rappeler à tous que finalement la réussite ce n'est pas très compliqué et qu'avec un peu d'application on y arrive. En même temps qu'il nous rassure sur ce que l'on est, on en vient à le détester d'avoir si bien réussi avec si peu de choses. En tant que chantre de la normalité et éloge de la moyenne, on finit par lui en vouloir. On aimerait tant percevoir chez ceux qui nous gouvernent, un zeste de quelque chose en plus, un talent particulier, un quelque chose de précis qui nous fasse comprendre qu'il ne faut pas nous en vouloir, qu'il nous manquait un truc. On rêve d'un roi à la lignée fabuleuse et on se retrouve avec un clerc de notaire de province.

A l'époque, quand j'étais au Lycée, j'en connaissais des François, de bons élèves appliqués et studieux et intelligents mais je ne les fréquentais pas. Non que je leur reproche leurs succès mais plutôt la manière dont ils les obtenaient. Bien sur que c'est normal quand on est intelligent et studieux de réussir ! Mais la classe, la vraie classe, c'était de ne rien foutre, si ce n'est au tout dernier moment, pour d'un unique effort passer en classe supérieure avec un mélange de culpabilité et de satisfaction. Si je n'avais pas pris mes études à la manière d'un dandy qui considérerait tout de loin, de peur d'être avili par la réalité du monde, moi aussi j'aurais pu être président.

Voilà tout ce que je perçois du personnage, qui allié à son premier ministre aussi falot que lui, nous proposent un bon remake de Dumb and dumber. Finalement, je comprends que mes confrère ne se soient pas intéressé à son cas. Peut-être qu'il ne s'agissait pas d'une question de réseaux ou de soutiens, mais d'un franc désintérêt pour François Hollande. En ce cas, je présente mais excuses les plus sincères à mes confrères de gauche.


« Si on me parle d’un homme dans les affaires ou simplement d’un écrivain quelque peu notoire ayant fait ses preuves, je me demande à moi-même si ce personnage qui m’est désigné a seulement prouvé sa propre existence. C’est cette preuve là qu’il me faut et pas une autre. Car je suis devenu extrêmement défiant depuis le jour où je me suis aperçu de l’inexistence absolue d’un très grand nombre d’individus qui semblaient situés dans l’espace et qu’il est impossible de classer parmi ceux qui ont une appréciable et suffisante raison d’être. (…) Les recensements ne signifient rien. On ne saura jamais combien est infime le nombre réel d’habitants de notre globe. »

Léon Bloy, Exégèse des lieux communs

27 mai, 2013

Frigide, Jérôme, Bernard et tous les autres !



Cet après-midi, c'était la Manif pour tous. Bien qu'on m'ait encouragé à y participer, je n'y suis pas allé. Pour certains, c'est très mal et je suis une petite merde qui ne fait rien qu'à écrire mais n'est pas capable de bouger son gros cul pour défendre la civilisation. Pour d'autres, au contraire, je suis un mec très cool qui a compris qu'il fallait valider les avancées sociétales et vivre avec son temps.

En fait, je n'y suis pas allé pour d'autres raisons dont je parlerai peut être un jour mais qui tiennent en gros au fait que je n'ai toujours pas d'opinion très tranchée sur le sujet mais aussi que si l'on veut aller à l'encontre du vote légal d'une assemblée régulièrement élue, il faut s'assumer comme étant séditieux et ne pas vouloir jouer les sages légalistes de peur de passer pour des hors-la-loi. Sinon, le pouvoir en place vous regarde défiler et marcher, et à la fin il ne se passe rien ; les syndicalistes qui arpentent depuis des dizaines d’années le parcours Bastille : République doivent en savoir quelque chose.

Un pouvoir en place ne vous écoute qu'en fonction de votre capacité de nuisance et non de votre capacités à recruter des clampins pour marcher dans les rues de Paris. Tout le monde aura noté que la répression est mojns sévère en Corse ou dans les cités dans la mesure où le pouvoir, de droite ou de gauche a peur des nuits bleue pour le premier cas et de l'embrasement dans le second. De la même manière, bien que les français soient peu syndiqués, l'importance des syndicats reste importante dans la mesure où ils sont bien représentés dans des secteurs clés comme l'énergie ou les transports via l'administration. Je ne suis donc pas sur que ces grosses manifestations aient un quelconque impact sur le législateur.

Et puis, il y a sans doute quelque chose de plus ténu, une sorte de flow impalpable qui fait que certaines idées ont le vent en poupe tandis que d'autres tombent en désuétude et il n'est pas facile d'aller contre son époque. Mais je parle et m'égare.

En fait, ce qui a attiré mon attention ce dimanche est le fait que l'instigatrice ou initiatrice du mouvement, Frigide Barjot, ait déclaré forfait, arguant qu'elle craignait pour sa vie suite à des menaces de mort qu'elle aurait reçues. C'est sans doute vrai même si je n'en sais rien ni si personne ne sait d'où viendraient ces menaces. Toutefois je me souviens aussi de ses piètres prestations dans les émissions dans lesquelles elle est apparue où elle avait l'ensemble des journalistes et autres invités contre elle. Elle a même pleuré dans l'émission Le grand 8 sur la chaine D8 face aux chroniqueuses emmenées par Laurence Ferrari. 

Je peux aisément imaginer quelle pression insupportable peut peser sur elle quand à la moindre de ses interventions, on l'imagine alliée aux groupes de droite les plus radicaux ou encore lorsqu'on la soupçonne forcément d'homophobie parce qu'elle a osé lutter contre cet "évident progrès social" que serait le mariage pour tous. Dans les deux cas, on lui fait un procès d'intention, on la déclare en état de péché mortel. La pauvre n'estimant pas que ce serait si dur, qu'elle aurait autant de gens ligués contre elle, elle qui voulait juste sauver les petits nenfants et leur filiation, se lamente, pleure, veut se justifier, se faire aimer mais désespère et abandonne

Or le désespoir en politique, c'est la pire des bêtises comme aurait dit ce bon vieux Charles. On commence le combat comme on irait danser en club, le sourire aux lèvres et persuadé qu'on va passer un bon moment. Mais la soirée se termine mal, abrutie et sonnée,  on se réveille au petit matin la culotte sur les chevilles et la jupe retroussée sur le ventre comme la pauvre victime qui aurait fait une mauvaise rencontre. On ne se méfie jamais assez !

Pourtant, voici quelques semaines, c'était Jérôme Cahuzac qui était sur la sellette et qui faisait les frais d'une attaque en règle de la part de tous, d'un hallali terrible. Au delà de ses turpitudes fiscales, je m'intéressais au devenir de cet homme. On a beau savoir qu'en politique on ne meurt jamais, je me demandais comment un type chargé de de telles fonctions et ayant menti avec autant d'assurance tant au peuple, qu'à ses représentants ou aux journalistes, pourraient s'en sortir. Lorsque j'en discutais avec certains amis ou patients, certains me disaient qu'à part le suicide ou l'exil, ils ne voyaient pas comment on pouvait survivre à une telle épreuve. De mon côté, j'étais sur que l'on reverrait ce bon Jérôme et son bagout bien vite.

Je ne m'étais pas trompé puisque très peu de temps après, notre ancien ministre du budget arpentait le marché de sa bonne ville de Villeneuve-sur-Lot. Quelques semaines après qu'on l'ait vu, honteux, dérouté, dépité, ruiné, voici qu'alors que l'arbitre n'avait pas fini de compter sur jusqu'à dix, qu'il était déjà debout et prêt à refaire un round. Si ses amis ne lui avaient pas déconseillé de revenir aussi vite en politique, le père Jérôme se repointait à l'assemblée nationale sur de lui. C'est toute la différence entre Frigide l'amatrice et Jérôme le professionnel. Jérôme est de la race des prédateurs. Loin de moi l'idée de juger de la sincérité de ses engagements mais sa vie prouve qu'il est un compétiteur, un vrai, un type qui n'a pas peur de l'arène. Bernard Tapie était de la même trempe. Rien ne l'a jamais abattu et il a toujours fait preuve d'une vitalité extraordinaire.

De fait pour réussir en politique à un très haut niveau, il faut avoir des dons, ou parfois des tares que le milieu ultraviolent de la politique transforme en qualités. Même si l'on si combat en costume ou en tailleur, la politique est un milieux violent, très violent. Analyser la personnalité des politiciens, c'est justement ce qu'avait voulu faire Pascal de Sutter dans son ouvrage Ces fous qui nous gouvernent.

Une personnalité pathologique est en effet un avantage indéniable. C'est ainsi qu'un sociopathe, ceux dont mon confrère H16 expliquent qu'ils ont été amputés de la honte, ont un avantage très net sur les autres, tous ceux qui ont une conscience. La sociopathie étant une autre forme pour définir la perversion, elle permet à ceux qui en sont atteint d'être uniquement dans l'agir du type : je veux, je prends. 

Aucune conscience morale, aucune élaboration mentale si ce n'est un simple calcul des risques liés à l'action à l manière d'un ordinateur jouant aux échecs. Le sociopathe ou grand pervers est taillé pour le grand banditisme et donc pour la politique. D'ailleurs, les élections ont à ce jour devenues tellement terribles et exigeantes humainement, qu'elles ne peuvent que favoriser ce profil psychologique. Il ne s'agit pas tant de résister à la pression que de ne même pas la ressentir, d'être une sorte de monstre froid.

Aussi dur que les sociopathes sont les personnalités paranoïaques dont l'hyperinflation du moi et la méfiance exacerbée sont des armes terribles dans ce type de combat. Avec ces personnes, tout ceux qui ne sont pas avec eux sont contre eux. La vie est simple et se résout à cela, une simple ligne droite qu'il ne faut jamais franchir sous peine d'être agressé plus ou moins dangereusement par le paranoïaque. Le paranoïaque est né pour être chef, qu'il s'agisse de commander une bande, une secte ou un parti voire un pays ! Avec lui, le critère moral est essentiel contrairement au sociopathe. Le paranoïaque est un engagé extrême voire un enragé. Il rendra coup pour coup et souvent au centuple et rien ne peut le faire dévier de sa voie, laquelle est souvent ce que l'on nomme du rationalisme morbide, à savoir une construction intellectuelle séduisante mais donc les présupposés doivent plus à l'esprit malade du paranoïaque qu'à une quelconque recherche sensée.

Un cran en dessous se situent les narcissiques et les hystériques dont, chacun à leur manière, leur grande confiance en eux, du moins apparente, leur confère des certitudes et un culot étonnant. Très présents dans les professions très en vue (journalisme, télévision, mode, etc.), cette assurance étonnante, cette capacité à charmer leur permet une ascension rapide mais sans pour autant avoir la résistance d'un sociopathe ou d'un paranoïaque. De fait, une fois démasqués, les narcissiques et les paranoïaques sont fragiles. Lorsqu'un narcissique vous met une claque, donnez lui une droite et vosu verrez que derrière sa jolie façade il n'y a rien.

Une autre manière de réussir est aussi d'avoir la foi, que l'on peut avoir sans pour autant être un grand paranoïaque. Il peut s'agir d'une fois religieuse ou d'un idéal très fort. Songeons ainsi à ce qu'on nous enseigne de ces saints catholiques qui ont enduré le martyre pour leur foi. Plus près de nous, pensons aussi à un De Gaulle, modeste général de brigade, qui s'embarque pour Londres La foi soulève des montagnes et en tant que croyance, elle est inattaquable. 

Une croyance est en effet un processus mental par lequel une personne adhère dogmatiquement à une thèse ou des hypothèses, de telle manière qu'elle les considère comme une vérité absolue ou une assertion irréfutable, indépendamment de toutes preuves qui en attestent ou en contestent la crédibilité. C'est indéracinable et en ce sens, les pouvoirs publics ont peut-être bien plus à craindre d'un mouvement comme les veilleurs que des casseurs. Gardes à vue, humiliations ou bien coups, ne pourront jamais venir à bout d'un individu qui met en balance sa foi et la justice humaine. Dans un match code pénal contre commandements divins, le premier n'a aucune chance de gagner. 

Enfin, la dernière manière de réussir en politique, c'est le réseau, et uniquement. Ce réseau, que l'on commence par exemple à développer dans les grandes écoles et notamment dans celle qui prépare le mieux à la vie politique, l'ENA, permet de développer un soutien social comme on dit en psychologie qui garantit sans doute contre tous les coups du sort. Qu'il s'agisse de se placer, de se faire pistonner, de se faire blanchir ou aider en cap de dérapage, qu'il s'agisse de se coopter, etc., les mafias des grandes écoles permettent à tous, indépendamment de leur talent, d'assurer une carrière tranquille et exempte de risques aux diplômés.
A côté de ces mafias d'écoles procurant un réseau important, figurent sans doute tous les autres réseaux connus du grand public, moins connus, voire discrets, tels que les clubs, les loges, les syndicats et que sais-je encore. Il n'est pas nécessaire d'être à fond dans la théorie du complot pour noter qu’à droite comme à gauche, certains points de vue, expressions, manières de voir le monde, d'adhérer ou non à certaines thèses sont étonnamment proches pour ne pas y voir la patte discrète de réseaux et lobbies divers. C'est ainsi depuis toujours. Et les réseaux aident les bons comme les médiocres. Comme dans tous les films, la vraie vie a besoin de premiers et de seconds rôles, de chefs comme de seconds couteaux mê: eà de hauts niveaux.

Ceci dit, si le réseau peut produire des seconds couteaux à la chaine, il est aussi nécessaire pour assurer une forme d'impunité aux premiers rôles. On appelle cela faire partie du sérail. On mesure l'importance de ces réseaux lorsque l'on constate que ni Cahuzac, ni même Tapie, malgré leur indéniables talents ou leur formidable vitalité ne reviendront vraiment aux affaires. Ne faire partie d'aucune coterie ne permet que de ramasser des miettes ou des morceaux et d'être sacrifiés comme boucs émissaires en cas de problèmes, mais seule l'appartenance au sérail, au vrai, permet à un politique de réussir pleinement.

Dans les faits, sans doute qu'une minutieuse alchimie de tout ce que je viens de décrire permet d'être une vraie bête de politique, un soupçon de mégalomanie, une croyance totale en son combat, une bonne paranoïa pour éliminer ses adversaires et des réseaux solides pour assurer le soutien de son action et une relative impunité.

Ainsi, pauvre Frigide qui s'est lancé dans cette guerre terrible en sous-estimant l'adversaire sans avoir ni personnalité pathologique - car ses traits histrionniques ne suffisent pas à lui assurer un avantage décisif - ni une foi inébranlable et encore moins de réseaux construits ou de réseaux très performants. Il fallait au moins avoir la ferveur d'une Jeanne d’Arc et ne pas craindre pour sa vie pour espérer réussir une telle entreprise face à un pouvoir en place soutenu par une vague de modernisme internationale.

Vae victis !

« La politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique sanglante. »

Mao

26 mai, 2013

Ita missa est !


Hier, c'était la première communion du fils d'un ami. Nous avions rendez-vous à 18h30 pour la messe. J'étais à l'heure. Cela faisait quelques mois que je n'étais pas allé à la messe, exactement depuis les obsèques de Philippe, cet ex-patient dont j'ai parlé voici peu. L'église était bourrée mais mon épouse a pu trouver une place. Moi j'aurais pu m’asseoir de l'autre côté de la travée mais le type qui était au bout du banc m'a dit qu'ils attendaient quelqu'un. Je lui ai dit qu'il y avait de la place pour deux mais il m'a regardé d'un air bête et contrit, n'osant me répondre qu'un étranger les aurait dérangé, lui sa petite famille et leur copain. J'ai eu le temps de lui jeter un "bravo pour la charité chrétienne" avant de me placer loin derrière. Après tout je m'en fous, s'ils veulent rester entre amis pour écouter la messe, grand bien leur fasse.

Après j'ai écouté religieusement, un document en main m'expliquant comment ce pensum allait se dérouler. Puis une demoiselle catégorie Miss Neuneu, a entonné un chant insipide d'une voix de crécelle insupportable. S'il suffisait de chanter juste, cela se saurait. Là c'était juste mais horripilant, à la manière d'une craie crissant sur un tableau noir. Assis sur mon banc, commençant un peu à avoir mal au cul, je me suis perdu dans la contemplation de l'édifice gothique pour détourner mon attention de ce chant merdique aussi mal interprété.

A ce moment là, j'étais en train de me dire qu'on pouvait soit mettre de vrais chants sacrés qui élèvent l'âme et montrent que le lieux où l'on est n'est pas anodin ou encore moins neutre, ou bien verser dans le gospel parce que le rythme binaire et entêtant peut favoriser une certaine transe. Mais bon, moi je trouve qu'entre la musique sacrée et le gospel (ou apparenté), rien n'existe en matière de musique religieuse, à moins de sombrer dans le profane ou pire dans la chanson cucul typée scout. Moi, voir une "bande de ravis de la crèche" entonner des trucs sans mélodie remplis de paroles mièvres, ça me donne juste envie de foutre le camp.

C'est d'ailleurs ce que j'ai fait prétextant la nécessité de donner ma place à une dame âgée que je voyais au fond de l'église. Ce faisant, j'ai aperçu un bon pote qui faisait le pied de grue lui aussi au fond de l'église, adossé contre les portes, parce qu'arrivé trop tard. Quand il m'a demandé comment c'était et que je lui ai répondu chiant comme la plupart des messes, il a décidé de me faire confiance et nous sommes sortis boire un coup à la terrasse d'un estaminet situé juste en face. De là on pouvait vérifier le suivi des opérations et on n'avait pas plus de cinq minutes pour nous rapatrier dans l'église et être vus confits en dévotion par les parents du jeune communiant.

Quelle bande de crapules on fait ! Ceci dit on a passé un bon moment ensemble au rade et comme cela faisait quelques mois que l'on ne s'était pas vus, on s'est raconté les derniers potins. Vu que c'était mon épouse qui avait mon portefeuille dans son sac à main, je n'avais pas un radis sur moi alors je me suis fais rincer la dalle comme un clodo de base. Et puis les minutes tournant, on  décidé de se rapatrier comme deux fourbes. Je l'ai laissé passer en premier, me planquant du mieux que j'ai pu derrière lui, pour réintégrer l'église au moment même où ceux qui voulaient communier allaient recevoir le corps du Christ. Bon, pécheurs comme on l'était, on n'a pas poussé l'escroquerie jusqu'à aller avaler une hostie, mais on s'est mêlé au troupeau pour aller choper une place tranquille.

Comme on n'avait pas pensé à éteindre nos portables, ils ont sonné. D'abord le mien et j'ai eu le temps de glisser ma main dans ma poche pour faire taire l'iphone sacrilège avant que celui de mon pote ne sonne lui aussi. On a eu le temps de regarder qui nous appelait, et il se trouve que c'était Olive, celui qui a réussi dans la vie et roule en Ferrari, qui avait profité du cortèges des pénitents allant avaler l'hostie consacrée, pour tailler la fuite des premiers bancs où il était assis. Manque de pot, on était déjà rerentrés nous.

Bien sur la sonnerie intempestive de nos téléphones a fat réagir une nana assise devant nous qui s'est retourné d'abord vers moi avec le bruit de ses cheveux coupés au carré balayant son carré Hermès et un regard courroucé avant de se tourner vers mon pote avec cette fois ci un regard navré. Il faut dire que mon pote n'est pas l'arbitre des élégances et qu'il avait l'air, si ce n'est du clodo moyen, du moins du mec qui devenu SDF depuis peu, tente de se maintenir à peu près propre sans y réussir totalement tant on voit que ses frusques on été dégotées dans un bac de la Croix rouge. Elle n'a donc rien dit se souvenant qu'être catholique, c'est pratiquer la charité et que cela n'aurait pas été bien de s'en prendre à un pauvre gars du quart-monde.

D'ailleurs j'ai chuchoté à mon pote qu'avec sa dégaine de traine-savate, il nous avait sauvé d'un commentaire acide. Mais bon je n'ai pas trop insisté sur le sujet déjà pour ne pas parler durant les quelques minutes qui restaient mais aussi pour souligner le fait que mon pote avait fait des efforts considérables vu qu'une fois, il s'était pointé à un baptême en short de foot, modèle années 70 échancré sur les cuisses. Alors j'ai voulu encourager son effort d'élégance même si du chemin reste à faire. Et puis je me connais, je sais que si j'avais répondu à la donzelle qui nous reprochait nos téléphones, le ton serait monté. Après tout, c'était notre faute, on n'avait qu'à ne pas avoir remis nos sonneries en marche, alors je n'ai rien dit.

Et puis de toute manière, c'était la fin, miss Neuneu a entonné un dernier chant insipide, j'ai vérifié sur le programme qu'on m'avait remis à l'entrée et j'ai vu que dans cinq minutes, je pourrais me barrer, que la punition était levée. Effectivement l'église a commencé à se lever et on a croisé les parents du communiant qui étaient ravis et étonnés de nous voir bien sages dans l'église. Bien sur on a balancé Olive qu'on a accusé justement d'avoir appelé dans l'église alors que nous étions quasiment extatiques.Quand il nous a recroisés, on lui a fait comprendre que ce qu'il avait fait était odieux et qu'il brulerait sans doute dans les flammes éternelle tandis que nous battrions gentiment des ailes en montrant nos fesses roses au paradis comme deux chérubins.

Bref, c'était encore bien chiant. Moi à part les messes de mariage durant laquelle je peux participer au bonheur des mariés, d'enterrement durant lesquelles je peux m'associer à la peine des gens, le reste généralement m'emmerde. Les chants sont tout pourris, les sermons dépassent généralement rarement le niveau d'un leçon de morale républicaine telle que Vincent Peillon voudrait en donner dans les écoles, sauf qu'on colle le nom  de Jésus pour rappeler qu'on est à une messe.

Par contre, quand je vais en Corse, chez mon épouse, je n'en rate pas une. Mais il faut dire que le curé de choc qu'ils ont tient plus de Don Camillo que du curé mièvre et un peu chiant habituellement rencontré. On sent que la foi chez lui est un truc sacré, une expérience inattendue et non le fruit d'une histoire familiale (tu seras prêtre mon fils) ou bien un refuge face à un monde menaçant. Bref, au delà de son aspect sacré, la messe qui n'est pas une obligation évangélique, est aussi un spectacle à orchestrer et il faut retenir l'attention des ouailles. Et moi, entre chants gnangnans et sermons sirupeux et convenus, je n'y trouve pas mon compte, je me fais chier comme un rat mort et même que cela me rappelle quand tout petit mes parents m'y emmenaient et que je me trémoussais sur le banc en espérant que ça passe vite parce que j'aurais préféré jouer avec mes légos que de m'emmerder à cent sous de l'heure.  Je ne suis pas un super adepte de Paulo Coelho même si je ne reprocherai pas leurs gouts à ceux qui l'aiment.

La messe, cela devrait être la possibilité durant une heure par semaine de nous couper de nos préoccupations quotidiennes, de réfléchir à des tas de trucs auxquels on ne penserait pas forcément, de créer du lien, de cesser de penser qu'à notre gueule, de se souvenir de mettre en pratique les paroles des évangiles, etc., et à la fin, enfin de ce que j'en vois, c'est le plus souvent un spectacle ritualisé et plutôt mièvre.

Je n'ai, quand j'étais jeune, jamais été féru de MJC et autres moyens mis à disposition par les élus pour occuper les jeunes. Je crois que maintenant que je suis devenu adulte, les éducateurs spécialisés et autres animateurs stipendiés, n'ont pas plus la cote avec moi.

Peut être que je suis une vraie tête de con ! Mais bon, je m'accepte. Bon peut-être qu'au dernier moment, sentant l'ombre de la grande faucheuse me recouvrir, je me repentirai de ce que j'ai fait, mais on verra à ce moment là !

A chaque jour suffit sa peine !