16 octobre, 2006

Nostalgie ! C'était bien mieux avant...

En allant chez mon marchand de journaux préféré, j'ai vu qu'un tome 2 des Aventures inédites du Petit Nicolas était publiée aussi l'ai-je immédiatement acheté ! J'avais déjà acheté le tome 1 paru l'an dernier.

Pour moi comme pour beaucoup d'autres, le Petit Nicolas, c'est un morceau de mon enfance ou plutot de ma pré-adolescence, mais aussi quelque chose qui se lit et se relit à tout âge.


Pour ceux qui ne le connaissent pas (y-en-a-t il??), le Petit Nicolas est un personnage de la littérature de jeunesse. On le rencontre dans une série de romans illustrés humoristiques dont René Goscinny a écrit les textes et Jean-Jacques Sempé réalise les dessins. Publiées entre 1956 et 1964, d'abord dans le un journal belge Le Moustique, puis à partir de 1959 dans Sud Ouest Dimanche et Pilote, par la suite, ces histoires donneront naissances à des recueils que tout le monde connait. La série met en scène un petit garçon, Nicolas, dans un environnement urbain pendant les années 50, avec un esprit un peu potache mais aussi beaucoup de vraie-fausse candeur.

Le personnage, qui n'est que profilé en noir et blanc, nous livre ses pensées intimes pour ce qui reste dans l'ensemble une analyse sociologique complexe de la société de son époque : Papa travaille, Maman reste à la maison, Nicolas et sa bande de copain, Nicolas et les filles, etc.

Finalement, avec beaucoup d'humour, de dérision et de douceur, Goscinny parvient à mettre en scène des problèmes complexes que rencontrent tous les enfants de l'âge du petit Nicolas. Et sans doute, que ces ses histoires auront peut-être bien plus aidé les enfants à grandir et à appréhender le monde que bien des théories psys. Les rapports de l'enfant à ses parents, à l'argent, mais aussi au sex opposé, sont abordés de manière humoristique mais tellement juste que c'est ce qui fit le succès de ce héros de bande dessinée dans lequel jeunes et moins jeunes se reconnurent. Simple sans jamais être simpliste, amusantes tout en restant graves, ces histoires sont indémodables.


Curieusement, je n'ai pas retrouvé la même saveur dans ces deux derniers livres d'histoire inédites. Ont-elles été réécrites à partir de vagues notes découvertes dans un vieux carnet, sont-ce de faux inédits que l'on a décidé de publier pour des motifs pécuniaires ? Je n'en sais rien et me garderai de me prononcer sur ce sujet car je n'ai aucune envie de tomber dans la diffamation !

Une chose est sûre, mon radar sophistiqué qui tourne inlassablement dans ma tête, à la lecture de ces aventures inédites n'a pas réagi de la bonne manière.

Alors que ces aventures du Petit Nicolas, auraient du me faire remonter le temps et me ramener délicieusement au temps béni de mes dix ans, là, je n'ai rien ressenti, ou pas grand chose. Sans cesse, dans ma tête une lumière rouge clignotait semblant m'avertir "attention plagiat". L'impression de boire un Canada Dry en lieu et place d'un Lagavulin (Ca ressemble à, mais ce n'est pas).


J'ai lu le premier tome de cs histoire inédites plutôt distraitement, moi qui suis un lecteur compulsif. Et là, venant d'acheter le second tome, je ne l'ai ouvert que deux jours après, le laissant dans son emballage de cellophane posé sur une marche d'escalier. J'étais face à ce nouvel opuscule un peu comme un chien, qui se rend compte que sa gamelle habituelle a quelque chose de changé, comme si on lui avait mis d'autres croquettes ! J'ai lu la première histoire, et ma foi, mon sentiment s'est confirmé, on croirait une histoire écrite à la manière du grand Goscinny. Goscinny, tout en ayant assumé des responsabilités de rédacteur en chef, fut surtout un homme ayant gardé une âme d'enfant empreinte de gravité, quelque chose de véritable, de sincère et non de bricolé ou trafiqué.

Or là, je ne retrouve plus cette âme d'enfant, un peu comme si un tâcheron salarié avait eu pour mission de reprendre les plans stylistiques ayant contribué au succès du Petit Nicolas, pour torcher vite fait bien fait, une nouvelle série d'historiettes. Anne Goscinny aurait parait-il trouvé ces histoires inédités dans les archives de son père ? Sachant que René Goscinny est décédé le 5 novembre 1977, ils en ont mis du temps à faire l'inventaire et à régler la succession... A moins, que l'on imagine une vaste demeure en province que l'on devine à travers la brume; En haut dans le grenier poussiéreux, des coffres couverts de poussière et aux charnières rouillées s'alignent. Anne Goscinny s'approche et tente de d'ouvrir le premier coffre. Elle force les serrures et étonnée aperçoit des centaines de manuscrits jaunis par le temps. Elle se saisit d'un premier mansucrit et s'écrie "Ciel, des histoires inédites du Petit Nicolas !"

Quiconque ayant lu les histoire du Petit Nicolas, connait parfaitement sa manière d'appréhender le monde ("l'an dernier quand j'étais petit") et ses tics de langages et il ne serait pas bien difficile d'écrire à la manière de. Toutefois, il manquerait la magie de René Goscinnny ! Et c'est bien là que le bât blesse, la magie est absente de ces deux derniers volumes d'aventures inédites. Mais je cesse d'être mauvaise langue ! Pff, à force de voir le mal partout, et d'imaginer des complots on va me traiter de paranoïaque !

Evidemment, je le rappele et le souligne en gras, c'est une impression qui n'engage que moi ! Après tout peut-être ces histoires sont-elles réellement de Goscinny et alors je comprends qu'il ne les ai pas publiées. Un auteur aussi exigeant que lui , les aurait sans doute réécrites.

Quoiqu'il en soit, les dessins sont bien sûr toujours de Jean-Jacques Sempé et cela suffit peut-être à mon bonheur. De toute manière, en tant qu'aficionado, je ne pouvais pas ne pas l'acheter.

Et puis quel bonheur de tomber dans un monde candide (mais pas naïf) dans lequel les enfants ne sont pas pris pour des pseudo-adultes !

Le Petit Nicolas n'agresse personne, on ne traîne pas de force Alceste chez un nutrionniste, Eudes n'est pas mis sous Ritaline, Geoffroy ne se fait pas traiter de sale bourgeois, Clothaire sera sans doue orienté en fin de troisième sans que cela pose le moindre problème et Marie-Edwige n'engueule pas sa mère pour avoir un jean Diesel ou des lunettes Dolce&Gabana !

Papa et Maman vivent ensemble presque sereinement et ne pensent pas à divorcer à la moindre engueulade et la Maîtresse d'école, que l'on appelerait aujourd'hui professeur des écoles, appele encore un ballon, un ballon, et non un référentiel bondissant comme on l'enseigne dans les IUFM et n'a sans dout jamais lu un livre de Françoise Dolto. Pffff, j'ai parfois l'impression d'avoir cent ans. Nostalgie quand tu nous tiens...




Voilà le site officiel du Petit Nicolas. Si le coeur vous en dit, allez y faire un tour.

***

Nostalgie : Définition

Appelée "vulgairement" maladie du pays; état moral caractérisé par la tristesse que cause l'éloignement du pays natal et le désir d'y revenir". (M.-N. Bouillet, Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts..., Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1857)

Un sens plus vague existe de nos jours. On parlera alors d’une douleur dont la cause n’est pas nécessairement l'éloignement d’un lieu géographique, mais celui d’un "ailleurs", quel qu'il soit (spatial, temporel et même abstrait ou indéfini), qui peut à la limite se confondre avec l'origine: "Désir de ce que l'on n'a pas encore connu, ou de ce qu'on ne peut atteindre" ; ou encore "mélancolie mêlée de désir et d'insatisfaction et sans objet précis" (Pouvoirs des mots : nostalgie). Exemples : nostalgie de mes années de jeunesse ; nostalgie de la période romantique (qu'on n'aura connu qu'"abstraitement", à travers des ouvrages et des oeuvres picturales et musicales).

Au XIXe siècle, la nostalgie était considérée comme une maladie en bonne et due forme, plus exactement une névrose:

"La nostalgie est classée parmi les névroses cérébrales : c'est une sorte de monomanie qui est commune chez les soldats et les marins nouvellement incorporés. Les habitants de la Suisse, de la Bretagne, de tout l'ouest de la France, des rives du Rhin, en sont souvent affectés, tandis qu'elle est plus rare chez les Savoyards et les Auvergnats. Cette maladie, que la certitude seule de pouvoir bientôt retourner au pays a souvent guérie instantanément, peut quelquefois cependant entraîner la mort; son traitement est tout moral: on prescrit au malade de l'exercice, de l'occupation, des distractions de tout genre; en cas d'insuccès, le seul remède vraiment efficace, le retour au foyer natal. Un ordre ministériel a prescrit récemment aux chefs de corps d'accorder des congés à tous les militaires atteints de nostalgie." (M.-N. Bouillet, Dictionnaire universel des sciences, des lettres et des arts..., Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1857)

Marquant une évolution dans l'appréciation de la nature de la nostalgie, le Larousse du XXe siècle en six volumes (éd. 1932) précise: "La nostalgie répond à un défaut d'adaptation de l'individu transplanté, aux conditions nouvelles, matérielles et morales, qui lui sont faites. C'est pourquoi elle a été jadis considérée comme une sorte de névrose, d'autant qu'elle apparaissait surtout chez les personnes sensibles et les névropathes, mais pouvait atteindre aussi profondément les paysans n'ayant jamais auparavant quitté leur village. Ses symptômes sont la tristesse, le découragement, la rêverie éveillée; puis à une période plus avancée, des troubles nerveux, la diarrhée, un amaigrissement progressif pouvant conduire à la mort. Tous ces accidents disparaissent d'eux-mêmes si l'individu est assez résistant pour réaliser une nouvelle adaption; s'il ne le peut pas, il n'y a qu'un remède: le rapatriement."


Source : L'encylopédie de l'Agora

Vous voyez, nous sommes tous des malades qui nous ignorons ! Si vous êtes parfois nostalgique, vous êtes un dagereux névrosé. Mais si vous ne l'êtes pas, il est possible que vous ne soyiez qu'un psycho-rigide.





5 Comments:

Anonymous bregman said...

Au sujet du Petit Nicolas, j'ai eu moi aussi l'impression que certains de ces inédits (du moins, ceux du tome I, car le tome II vient d'arriver sur mon chevet, mais je ne l'ai pas encore ouvert) n'étaient pas du grand Goscinny. Certaines formulations, et mêmes certaines façons de mener la narration m'avaient mis la puce à l'oreille.
Il est vrai que ces inédits qui ressortent trente ans plus tard, c'est un peu suspect ...

Mais bon.
Le Petit Nicolas existe toujours et c'est peut-être ce qui compte ?
Moi, si les inédits avaient été signés Anne Goscinny, je les aurais achetés aussi, et cela n'aurait rien changé au plaisir de retrouver un de mes personnages fétiches de la littérature !

Mystère.
Le Petit Nicolas, avec ces inédits, semble avoir déjà perdu un peu de son innocence ... ;)

22/10/06 11:00 AM  
Blogger philippe psy said...

Ouh la attention à ne pas diffamer ;) . J'ai le même sentiment que vous...mais puis-je me fier à mes sentiments ?

22/10/06 7:32 PM  
Anonymous café crème said...

super article. suis tombé sur votre texte en cherchant le petit nicolas sur google.

bonne route à ce nouveau blog

18/11/06 6:02 AM  
Blogger Molly said...

Je me suis dit exactement pareil en lisant ces bouquins, c'est amusant.

Sinon, ce n'est que maintenant que je me rends compte que c'était les éditions inédites. C'est rassurant car j'étais sûre que c'était celles de mon enfance.

J'ai fini par me dire qu'en fait, ça n'était pas si drôle et que j'étais tout simplement, terriblement* con à l'époque.
Ca n'a pas été drôle niveau estime de moi-même.

*deux adverbes de suite sonnent mal.

31/12/14 5:39 AM  
Blogger Molly said...

Je me suis dit exactement pareil en lisant ces bouquins, c'est amusant.

Sinon, ce n'est que maintenant que je me rends compte que c'était les éditions inédites. C'est rassurant car j'étais sûre que c'était celles de mon enfance.

J'ai donc fini par me dire qu'en fait, ça n'était pas si drôle et que j'étais tout simplement, terriblement* con à l'époque.
Ca n'a pas été drôle niveau estime de moi-même.

*deux adverbes de suite sonnent mal.

31/12/14 5:44 AM  

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