12 septembre, 2015

Lubie ! 1


Mes fidèles lecteurs le savent : je suis sujet aux lubies. J'ai même créé tout spécialement le néologisme "lubique" pour me décrire. Ainsi à ceux qui voudraient mieux me connaitre et brûlent de connaitre mes particularités, je n'ai de cesse de répondre qu'à mon sens, je ne me connais aucune tare ni défaut flagrant, si ce n'est que je suis lubique. Je saute du coq à l'âne, m'intéressant selonn les jours, les semaines ou les mois à un sujet puis à un autre.

Soyez sur que ce que j'écris ici, je ne le répéterai devant aucun psychiatre hospitalier. Je l’imagine déjà vêtu de sa blouse blanche de l'APHP avec l'étiquette bleue sur la poche de poitrine clamant Docteur Truc, me fixant du regard de celui qui sait mais n'en veut rien montrer et se disant "oh le beau cas, le vrai maniaque celui-là". Je repartirais de là avec une tape dans le dos accompagné d'un encourageant "ne vous inquiétez pas, on va vous sortir de là" et une ordonnance de Xeroquel. Car je l'ai noté dernièrement, ils aiment à prescrire du Xeroquel.

Or si je précise lubique c'est bien pour que cela ne soit pas confondu avec maniaque. Il s'agirait d'une honteuse méprise et d'un diagnostic erroné et je ne prendrais pas mon Xeroquel parce que cela ne traite évidemment pas les lubies. Et parce que j'aime bien mes lubies, pourvu que chaque fois que j'en ai une, je ne la satisfasse pas immédiatement. Mais j'ai appris à laisser passer quelques nuits pour que les choses se tassent.

Ma dernière grosse lubie fut l'Everest. Oui, vous avez bien lu, moi qui tremble déjà de peur, saisi de vertige en haut d'un escabeau, je me suis passionné pour l'Everest. Je n'y ai jamais fichu les pieds et n'irait sans doute jamais mais si vous avez une idée de trek dans l'Himalaya, ou bien sur vous voulez marcher dans les traces d'Hilary, vous pouvez m'en parler, je suis devenu un spécialiste. De Paris à Katmandou puis de Katmandou au camp de base, je saurai vous renseigner et vous éviter les arnaques. Et si vous avez besoin d'oxygène pour arpenter la dead zone au dessus de huit mille mètres, ne prenez que des bouteilles d'air comprimé Poisk !Les autres sont moins chères mais remplies en Inde et risquent de foirer quand vous redescendrez du sommet. Et là c'est la mort assurée.

Je crois que je pourrais déjouer tous les pièges de la khumbu icefall les yeux fermés, grimper les ressaut Hilary en moins de deux. Quant aux dizaines de cadavres qui jalonnent la Rainbow valley, je les connais tous par leur petit nom ! Je peux évidemment vous conseiller la meilleure poignée Jumar mais en tant que spécialiste, je vous dirais aussi que se taper l'Everest en style alpin est la seule manière qui vaille, l'expédition étant réservée au cadre ventripotent américain. Et fort de mes connaissances, je finirais par vous asséner que de toute manière l'Everest n'est qu'une médiocre montagne à vaches ne présentant aucune vraie difficulté et que si vous voulez vraiment relever un défi, c'est l'Annapurna qu'il faut tenter.

Comme il n'y avait pas grand monde à qui en parler, j'ai tenté d'entrainer Jean Sablon dans mon délire. Ce type, malgré d'indéniables qualités a le métabolisme d'une anémone de mer alors ce n'est pas forcément le meilleur compagnon de cordée à envisager. Ceci dit, il n'a pas dit non à l'Everest sauf qu'il voyait le truc différemment. Il nous imaginait aller au Vieux campeur à Paris, prendre des fringues de marques, genre Millet, faire des selfies trafiqués et ramener ensuite le tout dans les délais impartis pour nous faire rembourser. Comme il vit à deux-cent mètres d'un de ces magasins, il envisageait l'effort possible.

Bref, j'étais seul dans les cimes, perdu dans mes lectures. C'est aussi une des raisons qui m'ont tenues loin du blog parce que j'ai passé beaucoup de temps à dévorer des livres sur l'Everest. C'était la canicule, il y avait des pics de température de plus de quarante degrés à Paris et moi avec mes lectures, dans mes pensées, je me gelais les burnes par moins quarante au camp IV ! C'est chouette la lecture, on peut s'évader ! Ceci dit, les mauvaises langues diront que j'ai perdu mon temps avec mes lectures. Pas tout à fait.

Parce que si à Chamonix, le SNGM a besoin d'un mec à l'accueil, je peux être très crédible. Surtout qu'après trois semaines en cabriolet je suis bronzé. Un pull, un anorak et une paire de lunettes glacier et le tour était joué. 

Mais bon, ma lubie himalayenne a pris fin vers la mi-aut quand je suis arrivé au terme du dernier livre que j'avais acheté. Et totu comme les feuilles du printemps tombent en hiver, ma lubie himalayenne. Et tout comme les feuilles repoussent toujours au printemps suivant, j'ai fait ce que je fais toujours, j'ai rangé mes livres et je suis passé à autre chose. 

Enfin à une autre lubie ! Dans ma tête c'est le cycle des saisons, un éternel printemps !

Philippe psy, Everest 2015 (on me reconnait mal je sais)