20 juin, 2016

Bon sens !

Saviez-vous que je rêvais parfois de mes patients !? Oh rassurez-vous, il s'agit de rêves bien sérieux et non de coquineries ! Non mais ! Je suis un gars sérieux moi ! Le fait est que finalement, je bosse tout le temps parce que je pense tout le temps. Et sous mes dehors légers, je prends très à cœur ma mission. Si je devais facturer à l'heure mes patients, j'en aurais ruiné plus d'un ! C'est ainsi, je suis né comme ça.

Tenez puisque j'en suis à me confier, saviez-vous qu'une nuit, je me suis réveillé en pensant à l'un de mes patients qui venait de rencontrer une gonzesse qu'il m'avait présentée. Justement, le jour où je l'avais vue, même si je l'avais estimée brillante et plutôt sympa, quelque chose m'avait gêné, un petit truc que j'étais incapable de définir. Et puis sans doute que j'avais mis  tout cela dans un coin de ma tête, confié le problème à un bout de mon cerveau afin d'avoir le fin mot de l'histoire. Et voilà qu'une nuit, paf, j'avais eu une illumination. Je m'étais réveillé en pensant au patient en me disant qu'il allait se casser la figure avec cette donzelle ! La semaine suivante, je lui fournissais le fruit de mes cogitations. 

Dernièrement, c'est un autre patient qui m'inquiétait. C'est un X, autant vous dire pas la moitié d'un imbécile. Sauf qu'il a un projet d'entreprise qui me gêne un peu. Je n'aurais pas su dire pourquoi vu que c'est un domaine auquel je ne comprends pas grand chose même si, en toute modestie, ne rien comprendre à quelque chose ne me ressemble pas. Je ne maîtrise pas totalement le truc devrais-je dire. Je comprends ce qu'il veut faire, mais je trouve cela flou. Là encore, j'ai l'impression qu'il manque soit un truc, soit qu'il y a un truc en trop.

De mon point de vue, si son projet semble abouti, je trouve qu'il s'aveugle un peu, comme s'il voulait prouver à la face du monde qu'il a raison. Je l'ai écouté semaine après semaine me raconter son truc. J'ai bouffé de la donnée, j'ai trituré et malaxé. Et en bout de chaîne, je n'avais pas de solution sauf que ma petite voix me disait qu'un truc merdait. J'ai fini par en rêver? Si, je vous l'assure ! Alors, j'ai fait ni une ni deux, j'ai appelé Vincent la Machine.

Vincent la Machine, c'est un de mes patients, un putain d'expert-comptable qui sait tout et connait tout sur son sujet. Il est incollable et a une faculté de concentration exceptionnelle. Même qu'une fois, j'ai joué avec lui. Mon épouse me soumettait un problème qu'en tant qu'ancien juriste j'aurais du savoir traiter. Sauf que j'avais la flemme. Alors, je lui ai dit de m'envoyer son problème par SMS. Ensuite, j'ai copié/collé ce SMS et l'ai envoyé à Vincent la Machine en expliquant à mon épouse que j'étais persuadé que j'aurais la réponse en moins de dix minutes. Ça n'a pas raté ! Vincent la Machine m'a répondu en sept minutes montre en main  ! Je ne vous parle même pas de la réponse ! Vingt lignes de SMS avec les articles et les renvois au mémento Francis Lefebvre.

Une autre fois, c'est un ami à moi, un vieux psychiatre qui avait des problèmes juridiques assez complexes. Je l'ai rassuré et puis je lui ai dit que je lui envoyais Vincent la Machine. Il s'est pointé un samedi matin vers dix heures et à douze heures trente il avait retraité toute la compta du psychiatre et tout remis en ordre. Mon ami était sur le cul. Pourtant ça fait près de soixante ans qu'il est psychiatre et il en a vu des gens étranges mais pas des comme Vincent la Machine. 

Il m'a dit qu'il n'avait jamais vu une telle capacité de concentration. Moi, je suis blasé, comme je lui ai expliqué, je suis entraineur de chevaux de course alors dans mon cabinet, je ne les compte même plus les gens hors du commun. Y'en a de très intelligents comme les X, Mines et autres centraliens que je collectionne par dizaines, y'en a des très très riches comme Le Touffier dont la légende dit qu'il possèderait la moitié du Mans et les trois quarts de la Sarthe. Mais, je crois que le meilleur d'entre tous, celui qui m'étonnera toujours, ça reste tout de même Jean Sablon, le mec qui réussit à vivre dans le sixième arrondissement tout en voyageant dans le monde entier sans travailler. Il a le train de vie de deux X et de trois centraliens sans fournir une calorie d'effort. Ce mec c'est ITER à lui tout seul, il crée à partir de rien ou presque. Et en plus il a la classe à l'ancienne façon Engelbert Humperdinck. Alors lui putain, on aimerait tout connaitre son secret !

Toujours est-il qu'ayant un doute au sujet du projet de mon patient de l'X, j'ai appelé Vincent la Machine. Je lui ai fourgué toutes les données et en deux minutes, il a rendu son verdict en me disant que le projet n'était pas viable et en m'en donnant les raisons. C'est ce que j'augurais avec moins de précisions étant donné que je ne suis pas expert-comptable ! Ce mec est un tueur et moi un malin.

Voilà donc que je revois mon petit gars de l'X et que je lui dis tout ce que je pense de son projet. Je parle, j'argumente, je fais un discours construit en n'omettant pas de citer l'aide apportée par Vincent la Machine parce que je ne suis pas du genre à profiter d'autrui sans le créditer au générique ! Bref, je lui dis en gros que son projet n'est qu'une manière détournée de prouver au monde qu'il a raison mais que dans les faits, je n'y crois pas.

Et mon gars de l'X qui rappelons-le n'est pas la moitié d'un imbécile puisqu'il a fait l'X bien sur mais qu'en plus il fait partie de ma clientèle, me répond que voici quelques jours il a lu un article d'un bloguer américain qui disait un truc intéressant. Mon X il adore ce qui vient des States, c'est son truc à lui. Si y'a pas du franglais et si ça ne vient pas de la Silicon Valley, il se méfie. Chacun son truc. Toujours-est-il que son blogueur américain, qui a fondé des jeunes pousses, disait justement qu'en affaires on devait se demander si on voulait avoir raison ou avoir du succès. Et que c'était là son problème. Qu'il avait sans doute voulu avoir raison à tout prix !

J'ai bien aimé cette formule "avoir raison ou avoir du succès" alors j'en ai parlé à Harry Potter, un petit gars à lunettes toujours tiré à quatre épingles, un ancien patient à moi avec qui j'ai pris un café. Il se trouve qu'en plus de ses activités professionnelles, il œuvre aussi aux Narcotiques Anonymes, vu qu'à une époque il a pris plein de trucs dans les narines, dans les poumons et dans les veines. Et là, il m'a dit qu'aux N.A. justement ils avaient une formule, pour ceux qui hésitaient encore à arrêter la dope, qui ressemblait trait pour trait à celle dont je venais de lui faire part. Et cette formule, c'est :

"Soit tu sauves ta face, soit tu sauves tes fesses"

3 Comments:

Blogger Kevin Macarry said...

"Jean Sablon, le mec qui réussit à vivre dans le sixième arrondissement tout en voyageant dans le monde entier sans travailler" il est rentier?

20/6/16 10:37 PM  
Blogger philippe psy said...

@Kevin : personne ne sait ! Rentier, proxénète, trafiquant d'armes, gigolo, etc. C'est une énigme !

21/6/16 2:41 AM  
Blogger Kevin Macarry said...

Ah c'est le plus grand mystère de tout les temps,peut être qu'un jours il va dévoiler par inadvertance un indice laissant transparaitre son identité secrète :p

21/6/16 6:05 AM  

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