23 novembre, 2018

Coiffeur de star !




Je ne sais plus qui me l'a envoyé ? Ah si, je m'en souviens, c'était sa voisine de palier que j'avais eue comme patiente l'année précédente. Une petite bonne femme de vingt-cinq ans très rigolote et très sympathique. La pauvre, venue à Paris depuis peu s'était vite confrontée au réel et ses rêves de gloire s'étaient écroulés. Alors aussitôt dit, aussitôt fait, je lui avais dit que plutôt que de psychologiser des heures, le socle d'une vie réussie c'était d'abord de trouver une forme de stabilité. Après elle pourrait se remettre à rêver si l'envie la reprenait.


Elle avait donc trouvé un travail plutôt intéressant et pas si mal payé mais bien loin de ces désirs d'autres fois et par la suite, un petit appartement refait à neuf pour un loyer très correct. Comme j'ai souvent du le dire, le réseau iil n'y a que ça. Et quand ça ne marche pas, il y a le réseau du réseau. Bref, une fois installée dans la vie avec CDI et logement, tout était allé pour le mieux. La petite, satisfaite de mes prestations m'avait envoyé deux ou trois personnes dont ce jeune homme.

Il a pris rendez vous et que je l'ai reçu un jeudi. Je m'en souviens j'avais eu une annulation et il a pris ce créneau immédiatement. J'ai songé que c'était quelqu'un qui se décidait vite. Il était passé juste après un patient exerçant le joli métier de commissaire aux comptes.

Quand j'ai ouvert la porte, j'ai tout de suite vu qu'il n'était pas commissaire aux comptes mais qu'il avait une profession comment dire un peu "artistique". C'était un petit gars, mince voire menu, affublé d'une moustache en guidon de vélo magnifique ! Sa manière de me saluer, son déhanchement et le ton de sa voix m'ont permis immédiatement de voir qu'il n'était pas fort des halles pas plus que salarié dans le secteur de la machine-outils. Je suis très fort en lecture froide, un vrai mentaliste !

Effectivement, il était coiffeur. Mais attention pas n'importe lequel. D'abord, il m'a parlé de sa drôle de vie qui n'avait pas toujours été si drôle que cela. On aura beau dire et faire, l'homosexualité se vit mieux dans le Marais à Paris ou au Castro à San Francisco, que dans un gros bourg de Haute Marne au milieu des champs. Il avait donc morflé. Et plus encore mais là, impossible de le révéler.

Toujours est-il qu'il m'a raconté ses malheurs durant cette première séance et qu'on a bien accrochés lui et moi. Alors que tout semblaient nous opposer, mon format et le sien, mon coté bourrin et son maniérisme, on s'est immédiatement bien entendus. Ca parait bête mais moi j'aime bien les gens qui font coïncider leurs paroles et leurs actes. Et c'était son cas. Car, derrière le petit coiffeur maniéré se dissimulait un type déterminé qui aurait pu en remontrer à bien des brutes côté courage. Il se révélait ambitieux et il avait les moyens de ses ambitions.

Je crois que je lui ai d'ailleurs dit lors de cette première séance. Il était assez angoissé et je lui ai dit qu'il était impressionnant. Et quand il m'a demandé pourquoi, je lui ai franchement répondu que sous ses airs maniérés, se dissimulait un petit gars avec une énorme paire de testicules. Ce n'était pas de la drague mais évidemment un compliment sincère. Il l'a pris comme tel et en a été très touché.

Finalement l'énorme problème pour lequel il venait me voir n'était compliqué à traiter. On a du le faire en deux ou trois séances. Puis, il m'a gardé comme une sorte de coach. Parce que j'ai toujours été persuadé que ce type, s'il menait convenablement sa carrière, aurait son salon à trente cinq ans et serait connu.

Autrant vous dire, mais vous vous en doutiez, que je me tape complètement de la coiffure. Et bien figurez-vous que ce petit gars m'a bluffé. Il était tellement geek et passionné par son métier qu'il a réussi à m'y intéresser. Je connais maintenant pas al de chose et si une patiente se pointe avec un balayage; je sais immédiatement si c'est un bon ou un mauvais qui lui a fait.

Bref (je dis souvent bref), ce petit gars a non seulement réussi à me toucher mais à m'intéresser à son métier d'une manière sincère. Je l'ai trouvé bon mais pas juste bon. Ce type est juste fait pour la coiffure et pour rien d'autre. Vous lui filez une touffe de cheveux emmêlée et il vous en sort un truc génial. C'est bluffant. Car si l'on pense que la coiffure c'est juste prendre une paire de ciseaux et couper en égalisant bien, après l'avoir connu, on se dit que la coiffure pourrait être une forme d'art.

Tant et si bien que j'ai voulu le mettre à l'épreuve. Ce qui tombait bien puisque le salon mondialement connu où il travaille ne le paye ps si bien que cela. Eh oui, à Paris la vie est chère. Saint Louis, le saint patron des coiffeurs devait veiller sur lui puisqu'à la même époque, je recevais Peggy.

Peggy, c'était une jeune femme très brillante revenant de loin. J'avais eu sa mère comme patiente qui me l'avait adressée. Ma mission c'était de faire en sorte que cette chère Peggy mette tout en oeuvre pour trouver enfin l'amour et faire des petits. Parce que si la réussite professionnelle était au rendez-vous pour Peggy, sa vie affective n'était qu'un grand désert.

J'avais pris les choses en mains. La mission n'était pas compliquée. Elle était grande, avait de 'allure et un très joli visage. Quelques kilos en moins, un relookage et une coupe de cheveux digne de cela auraient raison de son manque de confiance ; j'en étais sur. Ca avait plutôt bien marché. Le poids, elle l'avait perdu, près de trente kilos sans vraiment souffrir. Le look s'était amélioré parce qu'il est plus facile de s'habiller quand on se plait que lorsque l'on chercher à se dissimuler. Restait la coiffure.

Je lui en parlais régulièrement.Jusqu'à ce qu'un jour le petit coiffeur ait rendez vous juste après elle. J'ai prévenu Peggy que je recevais un as de la coiffure. Ce soir là, elle m'expliqua qu'elle était fatiguée et ne souhaitait pas parler de sa féminité. J'opinais en feignant de la comprendre.

Ceci dit quand mon petit coiffeur se pointa, je les présentai l'un à l'autre. S'il fallait attendre le bon vouloir des patients pour faire leur bien, je serais mort ! Et là, quelle leçon ! Etant du même âge, le coiffeur l'a tutoyé et en cinq minutes a tout deviné de l'infâme traitement qu'elle réservait à se chevelure. En quelques mots il lui a expliqué ce qu'il lui fallait et lui a proposé de venir à domicile la coiffer. Moi, en totale confiance j'ai rajouté que si cela ne lui plaisait pas, je remboursais la coupe. Il faut savoir s'engager et parier. Elle accepta !

La semaine suivante, j'attendais Peggy fébrilement, je savais que mon petit coiffeur était passé la veille la coiffer. Même si je lui faisais une totale confiance, il va sans dire que j'étais un peu anxieux. Mais lorsque je lui ouvrir, je ne pus retenir un cri de surprise du type "wooow" assorti d'un "putain" pas très élégant. Elle était métamorphosée ! C'était incroyable. Elle en était elle même ravie !

Et bien croyez le ou non, trois semaines après, elle rencontrait un mec avec qui elle est depuis quelques mois. Ca semble sérieux et ça me ravit vu que l'essentiel de mon job, c'est de rendre les gens heureux.

Évidemment, depuis il a coiffé une autre de mes patientes, toute aussi heureuse du résultalt. Quant à lui, cela lui permet de se faire sa clientèle ! Quant à moi, je suis ravi parce que j'aime bien prendre en compte la totalité d'un chantier qu'on me confie. Et s'il faut en passer par la coiffure, qu'à cela ne tienne.

Récemment, mon petit coiffeur passait après une de mes comtesses. J'ai un nombre non négligeable d'aristos-cathos dans ma clientèle dont cinq comtesses (titres de courtoisie). Cette comtesse là, est une grande brune fine et ayant belle allure/ Mais ses cheveux ! Quel désastre. Combien de fois lui ai je dit qu'être coiffée comme Morticia n'était pas la meilleure stratégie pour trouver l'amour. Mais rien n'y fait.


Cette fois dernière, coup de bol, je recevais mon petit coiffeur juste derrière elle. Elle avait accepté de mauvaise grâce d'avoir un avis professionnel. Moi je trouvais qu'elle avait les cheveux trop longs. Mais bon, je ne suis pas un figaro !

Voici que mon petit coiffeur de stars entre en scène. Je fais les présentations. Il commente techniquement la coupe de cheveux. Il m'explique que la longueur est bonne mais que c'est un problème de brushing. Moi, debout derrière lui, je ne moufte pas, j'apprends, je suis l'apprenti coiffeur. Il va alors se laver les mains et s'enquiert d'une brosse. Heureusement ma patiente en a une dans son sac. Il lui met alors la main dans les cheveux, les remue, fait je ne sais quoi, puis, se saisissant de la brosse lui intime de ne pas bouger. Et là, le miracle s'accomplit, la sage grande brune devient d'une seul coup une femme sexy ; moi je suis sur le cul. Ben oui c'est un métier. Et il le maitrise à la perfection. Et encore je vous passe le dialogue plutôt rigolo entre ma patiente et lui.

Ma patiente court devant un miroir se contempler et n'en revient pas. Elle est presque gênée de voir son potentiel érotique ainsi révélé mais cela lui déplait pas. Mon petit coiffeur lui explique alors comment faire son brushing et lui donne sa carte au cas ou. Une heure après, je recevrai un SMS dans lequel elle me dit  il est vraiment très doué.

Alors pourquoi parler de coiffure me direz vous ? Simplement parce que parfois un nouveau départ dans la vie c'est simplement une nouvelle coupe de cheveux. Et que sincèrement, en deux coups de brosse mon petit coiffeur a réussi là où je ramais depuis des mois. C'est une belle leçon d'humilité qui remet le psy et la psychologie à leurs justes places !

Les bons coiffeurs sont mes meilleurs concurrents !

1 Comments:

Blogger Fan 2 PDA said...

C'est vraiment ce qu'il aurait fallu à Henri Virlojeux pour décupler son potentiel érotique, encore que je doute que cela fût possible.
Il avait changé de visagiste sur la fin de sa carrière et je pense que cela a gravement impacté son jeu d'acteur.

13/12/18 1:03 PM  

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