02 février, 2007

Rappel aux psycho-rigides !



Bien entendu, dans mes articles précédents, je ne soutiens ni ne promeus le tabac. Je sais que fumer est inutile et nocif. Enfin pas aussi inutile que cela sinon personne ne fumerait.

Ce que je combats, c'est l'aspect totalitaire de cette vaste entreprise hygiéniste et les mensonges énormes qui l'accompagnent. Une liberté de plus est partie en fumée aujourd’hui, au pays de la liberté.


La dictature hygiéniste relève d’un authentique totalitarisme. En témoigne l’extension de l’interdiction de fumer jusque dans les bureaux occupés par une seule personne au motif que le livreur de pizza ou la femme de ménage pourrait être intoxiqués ! On croit rêver ?! Ainsi, un état déliquescent animé par un gouvernement moribond ose carrément interdire à un individu de fumer librement chez lui dans sa propre entreprise même s’il est seul. On baisse la culotte face au CPE mais on joue les matamores face à la clope. Même le pauvre Castro, dictateur à demi-mort, n’en est pas là !

Alors à quand l’interdiction de fumer à son domicile ou dans la rue ? Une de mes patients américaines originaire de San Diego en Californie, me racontait qu’alors qu’elle regardait une vitrine en fumant, un policier lui avait intimé l’ordre de dégager, arguant du fait qu’il était interdit de stationner au même endroit avec une cigarette allumée ! Il s’agit paraît-il de lutter contre le tabagisme passif, qui fait des milliers de morts. Que cela arrive aux Etats-Unis, pays de la sinistre prohibition et souvent du n’importe quoi, m’étonne assez peu. Mais que cela parvienne en Europe est inquiétant. Bientôt nous en serons là. On peut d’ores et déjà imaginer qu’on nous forcera à ingérer des aliments allégés et que le matin, un fonctionnaire assermenté passera tous nous faire courir, parce que le sport c’est bon. Parce qu’effectivement la chasse étant ouverte, ce ne sont pas moins de 175 000 fonctionnaires qui se baladeront désormais le carnet à souche en main pour pruner les fumeurs récalcitrants. Si vous trouvez qu’il manque des gens dans diverses administrations, rassurez-vous, c’est qu’ils chassent les fumeurs !

Amusez-vous à lire la description des nouveaux locaux fumeurs autorisés dans les entreprises :

« Les emplacements réservés mentionnés à l’article R. 3511-2 sont des salles closes, affectées à la consommation de tabac et dans lesquelles aucune prestation de service n’est délivrée. Aucune tâche d’entretien et de maintenance ne peut y être exécutée sans que l’air ait été renouvelé, en l’absence de tout occupant, pendant au moins une heure. Etc. »

La suite de la description de ces locaux réglementés est trop longue pour que je la reproduise ici, mais on a l’impression que l’on nous décrit la chambre à gaz d’une prison texane ! Ils auraient du prévoir un scaphandre antiradiations pour y entrer ! On est dans la plus totale hystérie ! Eh les mecs attendez, ce n’est qu’une clope ! Dans les faits, on tend à nous faire croire que nous vivons dans un environnement sain, excepté les particules rejetées par les fumeurs. Sans nous, l’air serait enfin pur. Attendons que la cigarette soit totalement éradiquée et nous verrons si les cancers du poumon cessent spontanément ? Cette logorrhée étatique est d’autant plus risible que nos gouvernants n’ont pas hésité à nous mentir à l’époque de Tchernobyl ! Et encore plus drôle, rien n’a été voté par nos députés, puisqu’il s’agit d’un décret ! Allez hop, à dégager les représentants du peuple ! Fort heureusement des recours ont été faits.

Au delà de l’aspect liberticide de ce diktat, ayant reçu de très nombreux toxicomanes dans mon cabinet, je sais trop bien que si j'avais agi avec eux, comme on agit aujourd'hui avec les fumeurs, je n'aurais obtenu aucun résultat probant. La surmoralisation et la mise au ban de la société ont souvent un effet inverse.

Toutes les enquêtes auprès des personnes dépendantes qui ont cessé leur addiction parviennent aux mêmes conclusions :

• Il n'existe aucun lien entre le caractère d'une personne et le succès et le succès de l'arrêt. Des personnes très énergiques n'y parviendront jamais tandis que d'autres, que l'on aurait jugées plus fragiles et moins volontaires, y parviennent apparemment sans peine.

• Les grandes décisions prises soudainement et nécessitant beaucoup de volonté sont rarement couronnés de succès. Bien au contraire, les personnes dépendantes trouvent, qu'en cas de succès, ils ont été surpris par la facilité avec laquelle ils ont cessé leur dépendance.

Le cycle de la dépendance est maintenant bien connu. Dans les faits, tout se passe comme si cesser était l'aboutissement d'un lent mûrissement intérieur. Ce lent cheminement commence dès le jour où l'on se dit qu'on exagère. On tente de se contrôler, mais on se rend vite compte que c'est impossible. On tente d'aménager ses habitudes, par exemple dans le cas de la cigarette on passera au cigare ou à la pipe, on fait de petits arrêts, mais cela ne marche pas. Les fermes résolutions pour contrôler l'incontrôlable ne fonctionnent bien sur pas. Jusqu'au jour où, sous un prétexte parfois futile, un évènement survient parfois même mineur et l'on s'arrête, non pas volontairement comme on le croit, mais automatiquement.

Dans l'arrêt des addictions, les sanctions, la volonté ou la culpabilisation, n'ont aucun effet !

La volonté exige un effort quotidien et l'on finit toujours par craquer. A l'inverse, la détermination est un phénomène psychologique quasi-définitif, qui permet de repousser facilement les tentations et qui épargne donc la volonté.

• La volonté, c'est se forcer en permanence à ne pas se faire plaisir

• La détermination, c'est le plaisir permanent de faire ce que l'on a décidé.

Au-delà de ces considérations purement psychologiques, il faut aussi considérer la réalité biologique ! Face aux addictions, nous sommes inégaux. De nombreuses études semblent avancer vers une explication neurobiologique évidente. De fait certains individus sont plus enclins à devenir dépendants et d'autres encore plus à le rester. On note une anxiété plus grande avec parfois un fond dépressif, sans pour autant parler de dépression. On observe aussi très souvent une plus grande sensibilité rendant ces personnes plus fragiles. Dès lors l'addiction, quelle qu'elle soit, servira surtout de filtre entre elles et la réalité afin d'en amoindrir les pires moments. On n'est jamais dépendant par hasard.


Dès lors, cette entreprise étatique hygiéniste, outre le fait qu'elle foule aux pieds le droit de chacun de disposer de lui-même, me dégoûte aussi parce qu'elle traite les fumeurs comme on n'oserait pas traiter d'autres catégories de personnes.

Il me semble donc que sevrer brutalement les fumeurs pourrait déclencher quelque chose d'important que l'on ne soupçonne pas. D’ailleurs l’association des psychiatres libéraux a émis de grandes réserves sur ce projet. Je serais curieux d'observer dans les prochains mois la consommation de psychotropes, d'alcool ainsi que d'autres comportements addictifs. La cigarette est l'arbre qui cache la forêt. Et je ne vois pas ce que propose de concret l'Etat comme substitution intelligente en termes politiques. Où sont les grands projets mobilisateurs ? Dans une société vide de sens et sans grand intérêt, la cigarette est parfois une amie fidèle.

Avec plus de 50 000 tentatives de suicide par an, et un taux de récidive important, le suicide est aujourd’hui la première cause de mortalité chez les 25-34 et la deuxième chez les 18-24 derrière les accidents de la route. Les TS ont augmenté de 50% en général dans la population au cours des dix années passées. J'attends toujours une réponse des politiques.

***

" Dis-toi bien que c’est la même chose pour nous. Les uns, la vie les emporte à toute vitesse là où ils seraient de toute façon arrivés, même s’ils avaient tardé davantage. Les autres, elle les ramollit et les dessèche. La vie, tu le sais, il ne faut pas s’y cramponner à tout prix : le bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. C’est pourquoi le sage vivra autant qu’il le doit et non pas autant qu’il le peut."
Sénèque, Lettres à Lucillius.

4 Comments:

Anonymous claire said...

Mais notre cher ministre ne s'inquiète pas tant que vous et s'est engagé dans un grand plan anti-addictions.
Les fumeurs vont bientôt avoir des copains (les buveurs, les joueurs, les bâfreurs, à première vue, on élargira ensuite) et le gouvernement va se charger de les aider à redresser leurs comportements.

Quand on pense que nos gouvernements ont déjà bien du souci avec l'emploi, dont ils ne se sortent pas si bien, le logement, qui bat de l'aile, la sécurité qui prête à discussion etc., on se demande bien pourquoi ils vont se fourrer sur les bras un sujet où ils n'ont rien à voir et pas grand chance d'arriver à quelque chose.

C'est d'un dévouement à vous tirer des larmes, ou c'est un dangereux goût mégalomaniaque du pouvoir. on va dire que je m'interroge.

5/2/07 12:10 AM  
Blogger philippe psy said...

Si biens ur, il s'agit de sauver la sécurité sociale par tous le smoyens. notre miinistre n'est pas médecin mais simple ancien assureur. Dès lors il sait que le bon business c'est de ramasser les cotisations sans rien sortir!

5/2/07 1:39 AM  
Anonymous Thierry said...

Il va de soi que l'action du gouvernement pour éradiquer le suicide sera bien sûr de l'interdire purement et simplement . Et peut-être de supprimer les allocations familiales à vie de la famille infâme qui n'aura pas suffisement participé à la réductions des statistiques ... Avec un peu de bonne volonté , les familles accidenteront les dépressifs avant qu'ils passent à l'acte ce qui vous menera tout droit à l'ANPE , mon cher Philippe ... Bravo pour votre blog , j'y passe de bons moments .

6/2/07 9:36 AM  
Blogger philippe psy said...

Si on trouve des remèdes miracles je finirai sans doute à l'ANPE à moins que la psycho ne retrouve ses lettres de noblesse en redevenant une voie philosophique indiquant une meilleure manière de vivre!

6/2/07 3:20 PM  

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