20 octobre, 2007

Robert et Marcel au restaurant !

Société Nationale des Communistes Français

"Et si qu'on prenait la langouste", s'exclame Robert, cheminot de son état.
"Ben, elle est pas au menu", lui répond l'ami Marcel, plus jeune, qui lui a choisi d'intégrer le corps prestigieux de la RATP.
" Et alors, qu'est ce que t'en as à foutre ?", lui répond Robert qui est dans la fonction publique depuis bien plus longtemps que Marcel. "Te tracasse pas, ici tu prends le menu à 10 € mais tu prends ce qui te plait à la carte" explique Robert.

Marcel est interloqué et regarde Robert en lui faisant remarquer que justement s'ils prennent à la carte, c'est plus le menu qu'ils vont payer mais ce qu'ils ont choisi à la carte.

" Pas du tout", répond Robert, l'index tendu en signe d'explication, "tu choisis le menu à 10€ et tu prends à la carte et tu ne payes que 10€".
"Mais et le tôlier, il sera d'accord ? Il ne va pas tirer la gueule ? C'est de la grivèlerie !", rétorque Marcel, saisi par des doutes petit-bourgeois.
"Nan, t'inquiètes tout est prévu"
, répond malicieusement Robert. Puis, il poursuit, "Te fais pas de bile pour le tôlier. Le système est rôdé. Lui il sera payé. C'est une combine. en fait, la différence entre le menu à 10€ et ce qu'on va vraiment prendre, c'est tous les mecs qui sont assis dans la salle, qui vont le payer".
" Ah oui, tous les mecs qui sont ici, rincent pour nous alors ?", s'étonne Marcel émerveillé par la science de l'ami Robert.

"Oui tous, enfin non pas tous, parce qu'on est pas les seuls, ne rêve pas. Par exemple là-bas, c'est René, lui il est chez EDF, et il fait comme nous", explique patiamment Robert. "Et puis, y'a aussi Josiane que tu vois là-bas, la grande rousse à lunettes, qui paye pas passk'elle est de l'éduc'nat, alors c'est comme nous aussi" continue d'exliquer Robert en scrutant la salle du restaurant à la recherche de zigues qu'il connaîtrait. "Tiens, y'a Lucien aussi, lui il est aux impôts, c'est pareil, il paye le menu mais choisit à la carte mais c'est encore mieux que nous parce qu'il fait peur aux gens. C'est un peu notre porte-flingue.", continue Robert en faisant un signe de la main à son ami Lucien.

Marcel n'en revient pas mais suit les conseils de Robert. Le choix est vite fait. Ce sera langouste et un foie gras. Robert lui s'est laissé tenter par du caviar, un excellent sevruga, qu'il a déjà goûté. Le vins sont immédiatement choisis. Robert et Marcel ne sont pas d'accord. Qu'à cela ne tienne, ils prendront chacun leur premier grand-cru préféré.

Ils se lèvent et laissent 20€ sur la table. Robert demande une note en expliquant à Marcel : "Je prends toujours la note, parce que sous certaines conditions, on peut se faire rembourser une partie du repas, c'est toujours bon à prendre". Marcel est ébahi.

Après être sorti, le jeune Marcel demande toutefois à l'ami Robert :"Dis moi Robert, c'est pas un peu du vol ce qu'on fait ?".

Robert devient tout rouge et manque de s'étrangler "Quoi? Du vol ? T'es dingue ou quoi ?". Marcel s'excuse et bafouille : "Non pas vraiment du vol, mais un peu une arnaque quand même, non ? On a bouffé comme des rois en dépensant que dalle, c'est quand même bizarre".

Et là, sentencieux, ses yeux injectés de sang, plongeant directement dans ceux du jeune Marcel, qui se sent devenir tout petit, Robert explique : "C'est ni du vol, ni de l'arnaque, c'est de la solidarité. Voilà comment ça s'appelle, de la solidarité. T'oublie tous les autres mots et tu ne retiens que celui-là : so-li-da-ri-té. T'as saisi ?".

Robert décide d'informer le jeune ignorant. Se tournant vers lui, ils e penche un peu et lui dit : "Ca date de 1946 tout ça, et c'est acquis, c'est d'ailleurs des avantages acquis, ça peut plus bouger. On sera tous mort, et le soleil lui même se sera éteint, que les avantages acquis dureront, c'est comme ça. Personne ne peut y toucher, c'est sacré". Marcel acquiesce mais il n'est toutefois pas satisfait. Robert s'en aperçoit et lui demande ce qu'il a.

Alors Marcel, lui explique : "tu crois que ca va durer longtemps la solidarité, dis Robert ?". Et là, Robert grand et magnanime, lui rétorque d'un ton sans appel :"Mais oui, t'inquiète pas, c'est le prix à payer pour le service public. Les français sont très attachés à leur service public. Et puis, quand ils semblent moins l'être, on fait grève et là, crois-moi, ils nous regrettent très vite". Il sourit à Marcel avant de lui dire : "On est des princes Marcel, ne l'oublie pas."

Robert semble réfléchir avant de se tourner vers Marcel pour conclure : "Tu vois la dernière fois, avec mon gamin, tu sais le petit Sylvain, le cadet, celui qui est grand, celui qui perd tout le temps au poker, on a regardé un film. Ca s'appelait "Les affranchis". J'ai vu que ça lui plaisait au gamin. Moi j'ai trouvé ça pas mal mais je lui ai dit que franchement, ses mafieux c'était des grosses billes à côté de nous. La preuve, ils finissent tous mal à la fin, soit avec une balle dans le cigare, coulés dans le béton, soit au ballon. Nous tu vois on est là, et c'est pas demain qu'on verra les flics débarquer pour nous faire arrêter nos magouilles. De toute manière flics et magistrats, y sont un peu de notre famille. Et au pire, on a plein d'élus parmi nos chefs. tu vois on a tout prévu.".

Marcel triomphant se retourne alors vers Robert et lui dit : "bon tu reconnais que c'est un peu mafieux ce système où on bouffe à l'oeil sur le dos des autres alors ?". Et là Robert impérial le toise et lui dit "Non Marcel, c'est pas mafieux, c'est mieux que ça, c'est bien plus malin. Regarde on est libres nous. Libres de ne rien foutre, d'emmerder le monde et d'aller et de venir comme bon nous semble". Je te le dis Marcel : "On est des princes, n'oublie pas petit, te laisse pas aller à trop de réflexions, c'est pas bien vu si tu veux faire ta place chez nous !".

Et les deux amis se séparèrent pour aller affronter une dure journée de travail. Heureusement Marcel aurait trois jours de RTT dès le lendemain tandis que Robert se demandait s'il n'allait pas se faire mettre en arrêt de travail.

SNCF : donner au train des idées d'avance !

5 Comments:

Blogger El Gringo said...

Tu oublies qu'en partant, Robert, Marcel, Lucien, René et Josiane recevront une petite gratification du patron du restaurant, pour "fluidifier les relations sociales"...

20/10/07 1:54 AM  
Blogger Laure Allibert said...

Eh, mais c'est excellent, ce petit conte... J'ai bien envie de le rediffuser chez moi...

20/10/07 9:02 PM  
Blogger philippe psy said...

Avec grand plaisir, il est libre de droits, je vous l'offre !

Merci d'être passée me lire Laure !

20/10/07 11:39 PM  
Anonymous Le Champ Libre said...

Excellent !

24/10/07 6:51 PM  
Blogger Anna said...

Excellent oui, très drôle, ça aurait pu constituer le début d'un roman !

Ca manque un peu de travail comme d'habitude mais l'inspiration est toujours là !

26/10/07 12:31 AM  

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