16 janvier, 2010

Injonction paradoxale et double contrainte !


Je faisais une recherche sur le net, naviguant de sites en blogs afin d'y trouver un renseignement. L'un des liens que je parcours rapidement m'étonne en proposant la mention suivante :

"Personne ne détenant LA vérité, il importe que les différences de point de vue s'expriment sans restriction mais dans un cadre qui fait droit à l'opinion d'autrui. Les mots pouvant être des armes blessantes, il conviendra de s'exprimer comme cela doit se faire ..."

Ce genre de remarque repose sur une une injonction paradoxale étonnante. Ainsi en même temps que l'on prône la liberté de parole, on censure cette dernière immédiatement. Bien entendu, chacun conçoit que la courtoisie soit de mise dans un échange mais dire que les mots sont des armes blessantes revient à admettre qu'il faut débattre à fleuret moucheté. Finalement le débat est admis pourvu que l'on soit tous d'accord ; les désaccords ne pouvant reposer que sur des détails mineurs. Si les idées se déclinent de 0 à 180 degrés, vous êtes invités à laisser vos propos ne jamais dépasser 90 degrés car au-delà cela pourrait être "blessant". Soyez libres mais trop. On pourra se demander qui fixe l'étendue des propos acceptables. Il ya forcément quelqu'un, qui maitrisant le débat, est un peu plus égal que les autres.

Tout ceci rappelle curieusement la Ferme des animaux de George Orwell lorsqu'à la fin du roman, Douce la jument demande à l'âne Benjamin de lui lire les commandements inscrits sur le mur. Il lui dit qu'il n'en reste plus qu'un seul :
  • Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres.
Une injonction paradoxale appelée aussi double contrainte désigne deux obligations qui se contrarient en s'interdisant mutuellement, augmentées d'une troisième qui empêche l'individu de sortir de cette situation. En termes de logique, elle exprime l'impossibilité que peut engendrer une situation où le paradoxe est imposé et maintenu.

Dans les relations humaines il s'agit d'un ensemble de deux ordres (explicites ou implicites) intimés à quelqu'un qui ne peut en satisfaire un sans violer l'autre. L'exemple que je livre au début est un cas parfait de double contrainte, puisqu'en même temps que l'on vante la libre parole on vient la circonscrire. Si l'on parle librement on risque donc de dépasser les bornes implicites mais si l'on respecte ces bornes alors on ne respecte plus l'incitation à la libre parole. De même, tandis que l'auteur explique personne ne détient LA vérité, il admet tout de même la censure en imposant donc SA ou du moins UNE vérité.

Gregory Bateson, qui en a décrit le mécanisme, l'exprime ainsi : « vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas ». Une retranscription proposé est : Si tu ne fais pas A, tu ne (survivras pas, ne seras pas en sécurité, n'auras pas de plaisir, etc.) Mais si tu fais A, tu ne (survivras pas, ne seras pas en sécurité, n'auras pas de plaisir, etc.).

La double contrainte exprime donc le fait d'être acculé à une situation impossible, le problème étant que le fait de dépasser l'absurdité soit intimé comme une obligation. To bind, dans l'expression « double-bind » signifie « coller », « accrocher », allusion à deux ordres impossibles à exécuter. L'antipsychiatrie de Laing et Cooper utilise le nom de knot (« nœud ») qui évoque bien cette situation d'enfermement.

Bateson pensait que ces situations pouvaient être à l'origine de la schizophrénie. On sait aujourd'hui que les causes de la schizophrénie sont bien plus complexes que cela. Toutefois, vivre dans la double contrainte permanente est une source de stress intense amenant parfois à des états de stupeur et de décompensation sévère.

La double contrainte rend fou ! La double contrainte est l'arme favorite des pervers et elle se développe de plus en plus. Il n'y a qu'à analyser assez froidement le monde dans lequel on vit pour comprendre qu'en même temps que les mots liberté et démocratie sont avancés, des contrôles de plus en plus sévères de la parole sont mis en place. La double contrainte est l'arme favorite de ceux qui vous confisque le droit de penser comme vous l'entendez tout en vous assurant qu'ils œuvrent pour votre liberté.

Plus qu'aucun autre pays au monde, la France voit s'épanouir cette double contrainte. Certes, on m'objectera qu'il existe des dictatures terribles mais en ce cas, la parole libre est interdite et c'est clair et finalement moins pervers. Comme le rappellent mes confrères Fromage+ ou H16, tout débat est truqué et tronqué qu'il s'agisse de celui sur l'identité nationale ou d'un autre concernant le réchauffement climatique. On vous invite ouvertement à vous exprimer en vous rappelant en chuchotant que vous seriez bienvenus de respecter la doxa.

La double contrainte est l'arme favorite des pervers et peut rendre fou.

13 Comments:

Blogger Psignotus said...

Voilà une perle ! Superbe ! Merci !

Au fait, pourquoi H16 ne s'ouvre-t-il plus ?

23/1/10 10:16 PM  
Blogger Sylvie said...

Excellent, comme d'habitude :)
"La double contrainte est l'arme favorite des pervers et peut rendre fou."
Oui, ou on le devient, ou se fait traiter de fou.
On m'a déjà traitée de folle parce que je ne rentrais pas dans leurs cases. Pas facile mais je me suis évertuée à toujours rester droit dans mes bottes. Donc pas folle. C'est ça les capricornes ;)
Et puis, vous lire et lire H16 (entre autres), ça aide... Merci!

24/1/10 6:32 AM  
Blogger GCM said...

je l'aurais appelé double contrainte et double police !
Gaffe, Gringeot se gausse, devant son écran : "MOUAHAHAHA, il ne sait pas utiliser Oueurde"

Bah du coup, j'ai pas lu... Ca parle de quoi ?

24/1/10 1:41 PM  
Blogger El Gringo said...

"vous êtes damné si vous le faites, et vous êtes damné si vous ne le faites pas"
"La double contrainte rend fou ! La double contrainte est l'arme favorite des pervers..."

Quand le pervers est votre gouvernement, ça peut être grave mais vous n'êtes pas censé aimer votre gouvernement.
Quand c'est votre conjoint...

24/1/10 11:32 PM  
Blogger V. said...

En mm temps, les forums maçonniques ne sont peut être pas le meilleur endroit où trouver dans les propos tenus autre chose qu'une forme plus ou moins sourde de manipulation....

26/1/10 10:12 AM  
Blogger Laure Allibert said...

Vous devriez vous pencher de plus près sur la double contrainte gigantesque qui structure la vie économique et sociale de la France depuis 1945, celle qu'impose la Sécurité sociale. Elle est la suivante : "tu es obligé de cotiser (pour faire preuve de 'solidarité'), et tu ne dois pas trop dépenser (toujours pour faire preuve de 'solidarité'), et d'ailleurs on te pénalisera si on estime que tu dépenses trop (la 'solidarité' c'est pour les autres, tu n'es pas censé en bénéficier)".

Etonnez-vous après ça que les Français soient stressés et consomment des antidépresseurs à tout va !

27/1/10 2:29 PM  
Blogger Gilles said...

Bonjour,

je vous ai envoyé il ya qq jours un mail sur votre boite, j'éspère que vous aurez l'occasion de le lire.
J'aimerais bien avoir votre définition d'un pervers...
Car je trouve que c'est un mot utilisé à tort et à travers...un peu trop et je n'ai pas l'impression que ce soit toujours le terme adéquat. merci!

1/2/10 1:11 PM  
Blogger Laure Allibert said...

Philippe, si vous avez une minute, je vous ai laissé un mail sur votre boite pa6712 at yahoo dot fr...

7/2/10 6:37 PM  
Blogger Larry said...

Qui a dit :

Mon cher, nous sommes pour la liberté d'expression mais ce que vous exprimez là n'est pas une opinion. C'est un délit.

C'est déjà ancien.

Depuis, il y a eu une série de lois, de poursuites et de condamnations.

11/2/10 7:43 PM  
Blogger marie said...

Il est malade notre psy ? je l'attends, allons reprend ton clavier et frappe-nous un truc qu'on s'amuse un peu...
bise

11/2/10 11:01 PM  
Blogger Philippe said...

"Au pays de la soif..." La traversée est longue.

Espérons que notre psy n'est pas malade.

24/2/10 5:22 PM  
Blogger Julien said...

Il y a aussi des situations qui font penser à celles où l'on donne des ordres contradictoires, mais où la nature de ce qui se passe entre les personnes n'est pas empreint de perversité ou de désir de nuire ; un exemple de mon quotidien :
Ma petite assistante craquante est à la fois exceptionnellement intelligente et franchement maso.
Moi je la bombarde d'ordres qui ne sont pas contradictoires mais qui sont difficiles à exécuter : je lui en donne plusieurs à la fois, et avec un contenu qui fait qu'ils ne peuvent être réalisés chronologiquement dans l'ordre où ils sont énoncés : "vous faites ci (qui prend 1 heure)", "quand un tel revient, vous cessez tout immédiatement et vous faites ça, c'est le plus urgent", et "vous faites cette troisième chose (qui prend aussi une heure, et qu'il est plus pratique de réaliser avant la première tâche), mais la première tâche doit être achevée avant telle heure impérativement". Tout ça est réalisable, et d'ailleurs elle y arrive, mais il faut qu'elle ré-ordonne tout, sinon ce serait comme d'essayer de battre des oeufs en neige avant d'avoir cassé les oeufs!

Tout ça est sous-tendu par mon côté sadique, parce que je pourrais le faire l'effort de réfléchir assez pour présenter les choses dans l'ordre, mais j'aime trop la voir se démener, je fantasme que je vais réussir à la pousser à bout et à casser quelquechose en elle, mais non, elle réussit tout, elle se plie de mille façons, et plus les contraintes pleuvent, plus elle est excitée et moi aussi!
D'ailleurs ça nous met dans un état très bénéfique à l'ambiance au boulot, et ça rejaillit positivement sur la relation avec les clients...
Quand vraiment j'arrive pas à lui faire assez comme ça, je la prends de front : soit je l'attaque sur sa religion en lui disant que c'est trop de la daube et qu'avec sa super personnalité elle pourrait quand même faire l'effort d'être chrétienne comme tout le monde (ça je sais pas si elle aime quand je fais ça, je voudrais bien savoir!), ou alors si vraiment j'ai la pêche je lui demande "vous sortez toujours avec votre copain?" (car elle sait qu'elle me plaît, on a déjà discuté mariage de façon très hypothétique car son histoire semble relativement sérieuse) et quand elle me dit oui, je la regarde en face et je lui dis "vous pouvez pas savoir comme j'ai envie de passer les 5 prochaines minutes juste à vous filer des baffes! (bon quand je lui dis ça elle adore!)".

Voilà, illustration de sadisme sans perversité s'appuyant sur des ordres "quasi-paradoxaux"...

8/3/10 11:53 PM  
Blogger jp rosse said...

Bonjour

Ma femme est une PN avérée
Je suis fâché avec ses parents et elle avec les miens
Elle me dit souvent vu que l on essaye de revivre ensemble que ca ne marchera pas car " je ne veux pas parler à tes parents et toi tu ne veux pas parler au miens" sauf que moi je serais prêt a faire un effort mais elle c est inimaginable s agit t il d une injonction paradoxale??? Merci

29/6/14 10:27 AM  

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