25 octobre, 2011

Le chic type, trop gentil pour être heureux ?


 Si vous faisiez mon boulot, vous verriez débarquer dans votre cabinet des gens charmants, toujours des hommes, bien propres sur eux et d’une gentillesse hors du commun. D'un point de vue psychopathologique, ils ne sont que déprimés sans qu'il y ait d'autres problèmes. 

La psychopathologie classique aurait tendance à les enfermer dans la catégorie des personnalités dépendantes mais c'est de mon point de vue très limitatif et en rend pas compte de la psychodynamique de ces personnes. Ils sont simplement gentils, trop gentils et finalement à force d'être aussi gentils, ils en deviennent chiants à mourir. Certes, ils plairaient à Liliane Glass, parce qu'ils ne sont pas toxiques du tout ! Quêtant l'approbation perpétuelle dans le regard de l'autre, ils en viennent à développer une sorte de psychologie à géométrie variable qui les rend suradaptés à leur environnement. Pour le coup, lorsqu'on les fréquente, on en vient à rêver qu'ils explosent, marquent leur désaccord d'une manière ou d'une autre et cessent d'être gentils !

On pourrait gloser à l'infini pour comprendre comment on en arrive à devenir trop gentil. A l'origine, il y a souvent soit un parent totalement barré exprimant sa violence physique ou psychologique d'une manière ou d'une autre, qui place l'enfant dans la recherche perpétuelle de l'adaptation totale de manière à ne pas trop endurer de mauvais traitements. A l'opposé, il peut aussi y avoir chez certains enfants une volonté de réparer un parent ce qui l’amènera à adopter une attitude trop gentille et trop consensuelle et vers un défaut d'affirmation de soi.

Le gentil garçon, ce chic type que les américains appellent nice guy, est donc en constante adaptation avec le monde. C'est le copain idéal, surtout si l'on est une fille. C'est ce type gentil à qui vous pourrez raconter tous vos malheurs mais avec qui aucune fille n'aurait l'idée de coucher. C'est la version totalement hétéro du copain gay. Celui que l'on devine gentil parce que totalement émasculé, une sorte de version humaine du gros chat tout doux et castré tellement prisé par les femmes en mal d'amour.

Jung aurait dit d'eux qu'ils se noyaient dans leur sensibilité, dans leur pôle féminin, leur anima pour être précis. D’ailleurs très récemment un de mes chers patients, avec qui je m'entends bien et que j'ai toujours trouvé d'une grande intelligence, m'expliquait qu'il revendiquait des valeurs féminines qu'il préférait à celles que l'on juge plus masculines.

Tout est finalement là, dans cette manière de revendiquer de prétendues valeurs féminines qui n'abusent que les crétins et le chanteur Renaud qui écrivit voici quelques années les paroles suivantes pour sa chanson Miss Maggie :

je veux dédier ces quelques vers
issus de mon dégoût des hommes
et de leur morale guerrière
Car aucune femme sur la planète
n's'ra jamais plus con que son frère
ni plus fière ni plus malhonnête

Parce que pour n'importe quel observateur du genre humain, il est évident que la violence est partagée par les deux sexes même si elle prend des chemins différents. Sans doute que des différences hormonales amènent des comportements différents mais pour le reste, loin de penser comme Renaud, je crois que le dégoût des hommes cachent généralement un gros conflit mal résolu et notamment la peur de s'affirmer pour ne pas prendre de coups. Car s'il est de notoriété publique qu'on ne frappe pas une femme même avec une fleur, on peut en revanche cogner sur un homme.

Et c'est sans doute les coups que ces hommes trop gentils veulent éviter. Conscients de leurs manques réels ou supposés, ils adoptent un comportement outrageusement féminin dans ce qu'il y a de plus caricatural dans le beau sexe pour échapper au jugement d'autrui et ne pas risquer l’opprobre qui les laisserait démunis comme les petits garçons qu'ils ont été. 

D'ailleurs, cette revendication de valeurs féminines n'est qu'un leurre car les gentils garçons savent aussi devenir méchant dès lors qu'ils endurent trop de frustration. C'est ainsi que lorsqu'ils s'aperçoivent que leur gentillesse ne paie pas vraiment, qu'elle ne leur offre pas ce qu'ils espéraient, ils se muent en revanchard terrible. Parce que sa gentillesse n'est que feinte, elle n'est qu'une armure et non un comportement altruiste. En vous offrant sa gentillesse gluante, le gentil garçon espère juste être aimé en retour ou du moins ne pas recevoir de coups. Comme diraient certains djeuns, le nice guy n'est pas vraiment gentil, ce n'est qu'un gros fake, un tricheur qui adepte de la combine, prompt à déguiser ses attentes purement masculines derrière des atours faussement féminins.

Si les TCC offrent tout un panel de dispositifs pour traiter les personnalités dépendantes, j'ai toujours songé que d'autres moyens existaient aussi, plus simples encore pour traiter le syndrome du nice guy. Il s'agit simplement d'offrir à ces hommes la possibilité de se reviliriser sans pour autant abimer leur sensibilité en leur proposant des activités plus masculines. 

Même si des activités telles que les sports de combat semblent avérées, il ne s'agit pas pour autant d'amener ces gentils garçons à se muer en bourrins stupides mais simplement de leur offrir la possibilité de fréquenter leurs coreligionnaires à travers des loisirs plus masculins. L'important est qu'ils puissent parvenir à apprivoiser les valeurs masculines qui leur font peur, à savoir sinon porter des coups, du moins à ne pas les redouter.r

Pour ceux que cela intéresserait, reportez vous à l'ouvrage de Robert A. Glover, Trop gentil pour être heureux, le syndrome du chic type. L'ouvrage a ainsi le mérite de s'intéresser de manière très prosaïque aux relations entre hommes et femmes et de proposer des exercices pratiques. Dans la même optique, il existe aussi l'ouvrage de Guy Corneau, psychanalyste jungien québécois, Père manquant, fils manqué ou encore certains ouvrages de Maryse Vaillant, psychologue clinicienne, ayant aussi réfléchi à ce problème. Dans tous les cas, l'idée reste simple puisqu'il s'agit de se construire une masculinité qui évite les écueils de la beauferie et de la sensiblerie.

En revanche, oubliez totalement le test que l'on trouve sur internet parce qu'ils sont stupides,et n'offrent aucun intérêt clinique à moins que vous ne cherchiez à vous culpabiliser à outrance. Le concept de chic type n'a de fait pas grand chose à voir avec la gentillesse mais bien plus avec l'affirmation de soi au cours de laquelle la masculinité va être questionnée en tant que rapport au monde. Dès lors, n'oublions pas que l'on peut rester charmant sans sombrer dans la négation de soi. Parce qu'il ne faudrait pas sombrer dans une dichotomie hâtive qui nous obligerait à choisir entre n'être qu'une couille molle (le chic type) ou un dur.

Et pour ceux qui comme moi seraient amateurs de comédies stupides, n'hésitez pas à voir ou revoir Fous d'Irène, film des frères Farelly, dans lequel Jim Carrey interprète le rôle caricatural d'un vrai chic type.

Et après avoir rédigé cet article, en y réfléchissant bien je pense que ce film est sans doute l'étude clinique la plus intéressante sur ce sujet !

17 Comments:

Blogger Io said...

Pourquoi ce syndrome est-il l'apanage des hommes ou des petits garçons?

25/10/11 6:32 PM  
Blogger yan.M said...

Cet article de mon confrère parisien est très intéressant.Je n'ai pas eu moi même tellement affaire à ces personnes dans ma clientèle,ou du moins ils ne consultaient pas pour cette raison.Vu les représentations ambiantes,il me semble assez difficile pour un homme de consulter parce qu'on est un "brave type" (et qu'au final on est tjrs le dindon?):ce n'est pas très reluisant!...ou alors,ils se tournent plutôt vers les praticiens qui émargent dans le développement personnel ou le coaching(c'est plus tendance).Ce que cet article soulève quand au fond,et c'est pourquoi il est intéressant,c'est une fois de plus le rôle et les représentations de la masculinité dans notre société.Et là en effet,il y a du boulot.Il semble que de plus en plus (à l'exception des brutes épaisses basses du front qui surjouent la virilité,il n'y en à pas que dans les banlieues,on en trouve aussi pas mal dans le management),l'homme n'ait d'autre choix que d'être un étalon au lit mais un castrat à la ville.Les pathétiques chansonnettes de "blousons noirs millionnaires " et autres chantres du "féminin",tous ces fayots,ces ridicules troubadours bêlant des "fa-a-a-âââââmes,je vous aimeeeeeeu..."et autres "avenirs de l'homme",espérant par là s'attirer les faveurs du gynécée, en disent long sur la question,en effet.Merci en tout cas pour cette étude clinique et ces références!

27/10/11 6:59 PM  
Blogger El Gringo said...

Tu vois Philippe, les vrais psychothérapeutes ont une pipe, eux!

28/10/11 12:27 PM  
Blogger philippe psy said...

Oui je sais, je m'en veux !!! Pff j'ai essayé mais bon, la pipe c'est pas mon truc.

28/10/11 4:58 PM  
Blogger philippe psy said...

au fait, GCM m'a envoyé un texto mercredi. Il parait qu'il y avait une émission sur la sexualité sur M6 dans laquelle un mec avec une tête de biker expliquait qu'il aimait se faire prendre par sa femme avec un "gode-ceinture". Il m'a dit que c'était fou, que le mec avait ta tête et ton allure, une sorte de chauve musculeux avec une barbe !!!

28/10/11 4:59 PM  
Blogger monoi said...

C'est marrant, j'ai decouvert ce site recemment qui n'est pas sans rapport...

http://alphagameplan.blogspot.com/

C'est en anglais helas.

28/10/11 5:45 PM  
Blogger Lucie Trier said...

@Yan.M : comme les femmes anorexiques auraient assez tort d’incriminer les magazines et les diktats de la mode, les hommes restent libres de se soumettre ou non aux représentations mainstream de la virilité. Les "nice guy" sont les socialistes de la sexualité : si c'est de la fôte de la société ou de maman, si la moindre difficulté est castratrice, il n'y a pas de combat ni d'adaptation au réel, donc pas d'accroissement des aptitudes, l'accès à la sexualité doit être pré-mâché, dû et pré-cuit. Avec une telle logique, ce n’est pas à moi ou à vous de vous améliorer -il n'y a d'ailleurs aucune perspective possible- car c’est de la fôte des femmes, des juifs et des francs-maçons. Or, là où vous avez raison, c'est qu'avec l'éclatement des formes patriarcales de la société, le schéma "tout nous est dû" ne fonctionne plus aussi bien qu'avant pour les hommes. Il faut donc aller au turbin maintenant. Et comme vous le dites, il y a du boulot puisque la lutte et la concurrence en ce domaine sont assez nouveaux.
Si la chute du patriarcat met en lumière une virilité non plus acquise mais à construire, elle libère aussi les hommes de beaucoup de fausses responsabilités, et l'accès à la séduction n'a jamais été aussi ouvert, ni celui au sexe, aussi multiple. Attention à ne pas confondre le concept d'amour courtois avec le syndrome du nice guy, le premier étant une idée très ancienne, assez efficiente et plutôt noble qui n'a rien à voir avec la culculterie ou la lopette.
Je vous rejoins totalement sur ce que vous dites du management et du coaching. Peut-être parce que, au-delà des effets de mode auxquels seuls les crétins se soumettent, le coaching est perçu comme une forme de valorisation, d’accroissement de la performance, de « poussée vers le haut » tandis que la psychothérapie, comme un processus plus intérieur de remise en question. Or la forme de courage qu’exige le coaching est peut-être plus évidente pour les hommes que la force qu’exige la seconde.
J’espère avoir été assez castratrice à votre goût !

J'officie en réalité au Donjon tous les jeudis soirs avec le Gringeot et GCM mais je ne révèlerai pas qui de nous trois porte la ceinture-gode.

-c-

28/10/11 9:11 PM  
Blogger V. said...

Le pré requis du ratage masculin et féminin, c'est la mère et son impact sur l'imaginaire.
Si la mère ne perdait pas de vue qu'elle est juste (et pas plus), pour moitié dans l'existence des enfants, ces futurs hommes, femmes, pères et mères ça réglerait tous les problèmes de place autant pour les uns que pour les autres.

30/10/11 11:49 AM  
Blogger cacao said...

Dites moi, j'espère que votre patient ne connait pas l'existence de votre site !! car à sa place j'aimerais pas trop savoir ce que vous pensez de lui, et des gens auxquels vous collez l'étiquette "nice guy"...question respect de la confidentialité et absence de jugement, vous pouvez repasser l'examen...

31/10/11 1:03 PM  
Blogger boudeuse_2011 said...

@Philippe a dit : "il ne faudrait pas sombrer dans une dichotomie hâtive qui nous obligerait à choisir entre n'être qu'une couille molle (le chic type) ou un dur".

C'est vrai les gars, en dehors du mouvement "ni molles ni dures", vous pouvez choisir les couilles que vous voulez.
Et en stock, il doit rester les couilles en or, les couilles bénites, les couilles du pape, les couilles à mordre, les couilles à Jules, les couilles à casser, les couilles qui tombent ....
Mdr !

Heu ... intervention sans intérêt ? Humour douteux ?!
Okééééééé ! Je retourne me coucher. Sourire.



PS : chouette article Philippe.

31/10/11 1:29 PM  
Blogger El Gringo said...

Ok, je ferme ma gueule sur la pipe mais tu restes discret au sujet du gode-ceinture.

31/10/11 4:01 PM  
Blogger Don Lo said...

Le plus dur, quand on est affligé du "syndrome du chic type", c'est de se plier aux injonctions d'auto-affirmation, de s'affirmer comme une bête, de questionner sa masculinité à mort... pour se retrouver au final juste "gentil" parce qu'on continue à ne pas aimer la violence, le conflit, la domination...
Bref, s'apercevoir qu'on a tellement suradapté qu'il n'y a plus rien sous la carapace de (fausse) gentillesse.

2/11/11 10:06 AM  
Blogger Oxymore said...

Pas très éloigné des coach, ils finissent souvent aussi sur les communauté de séduction. Ce qui amène d'autres soucis, ils n'ont plus qu'une grille d'analyse sociale de la vie, matinée de positivisation ...
Ravage de l'époque actuelle ...
Ayant eu des soucis allant dans ce sens, j'ai depuis une certaine rancune contre les féminihilistes qui ont quand même bien pourri le rapport à la masculinité. (Bon, y a des racines personnelles, hein, ca ne venait pas que du social.) Mais quand même, na !

3/11/11 11:24 PM  
Blogger Matou said...

Bonjour, j'ai lu cet article avec intérêt. Cependant je meose une question: quel est votre vision de la masculinité? En effet, si il y a syndrôme, il ya dysfonctionnement, c'est a dire mauvais fonctionnement. Fonctionnement de quoi? Votre analyse de ce syndrôme pourrait elle s'opposer aux theories du gender qui refuse, pour le,peu que j'en sais en tout cas, la sexuation des caractères: la femme etant réputée douce et passive, l'hom'e etant au contraire dans la force et l'activité. Votre analyse du gentil garçon, que je crois comprendre, se propose-t-elle de corriger un comportement qui serait déviant, et le rendre plus conforme à ce qu'il devrait-être.
Enfin, j'aimerais savoir quelle est l'éthique de votre démarche, où vous situez vous? J'imagine qu'on se pose ces questions lorsqu'on se sent apte à régler les problèmes des autres.
Cordialement,
R.

5/4/13 1:45 PM  
Blogger Ale Lara said...

Bonjour très intéressant votre blog, je voudrais savoir s'il vous plaît comment faire face à un chic type lorsqu'il devient méchant, mais aussi savoir pourquoi il accepte être le confident des autres femmes sauf de la sienne. Merci Ale

30/1/14 7:40 PM  
Blogger V. said...

@ Ale Lara : Fiez vous à votre ressenti (car rassurez moi vous en avez bien un ??) :-)
Sinon il existe une technique assez simple : imaginez qqn auquel vous tenez beaucoup venir vous poser cette question. Que lui répondriez vous ?
Bon we.

1/2/14 5:05 PM  
Blogger Loup Fred said...

Bonjour
Ce genre d'analyse du 25 Octobre 2011
est une analyse débile, arriérée, de mentalité typiquement Parisienne.
Alors d'après l'analyse, l'homme gentil est un Fake, un hypocrite qui cherche à se faire aimer, etc...
Quand je lis ces propos, on voit bien que cela vient d'une Société Malade mal dans sa peau en quête de sens.
Alors d'après votre analyse, l'Homme ne doit pas être Bon ni Gentil mais doit être presque Macho et agressif.
Et si on continue dans votre esprit, la Femme serait soumise, il ne faut pas qu'elle fasse d'étude pour qu'elle soit une parfaite Femme de maison bonne qu'a faire le ménage et la cuisine ?
Un Homme gentil, c'est un Fake
et pour qu'il soit normal, il faut qu'il soit un Macho et un Salaud ?
Vous vous rendez compte des putains de conneries que vous racontez et de la médiocrité intellectuelle dont vous faites part ?
Même au siècle dernier, ils ne débitaient pas autant de conneries et de médiocrités que vous !
Pas étonnant que la société Française soit Dépressive avec des Gros Cons comme vous qui débitent autant de Médiocrité Intellectuelle sans aucune Humanité !

Aujourd'hui, il y a de plus en plus de gens qui fuient les abrutis du cerveau tel que vous
et qui préfèrent se rallier à des mouvements Solidaires et Humanistes
Le Week-end dernier, dans ma grande ville de Montpellier, il y a eu une 2e ouverture d'un Jardin Partagé, avec le discours du Maire
Dans ma résidence, le voisinage se passe bien, on se partage des moments, on se parle.
Il y a la fête des voisins, on mange ensemble.
Tout cela se fait dans le respect, la gentillesse, on se rend service entre voisin et cela se passe bien !

D'après votre discours, vous n'avez l'air que de personnes qui sont aigris, mal dans leur peau, qui n'ont aucune Humanité et qui préfèrent critiquer et cracher sur les autres plutôt de faire des choses positives, construire
En tout cas, je doute fort que la Jovialité fasse parti de vos qualités
Avec vous, c'est plutôt la Dépression, la méchanceté et vous devenez aigri sans aucune joie de vivre !
Pauvre Dépressif que vous êtes !
Allez plutôt vous faire soigner
Ce n'est pas avec vous qu'on risque d'avoir de la joie de vivre !

20/5/14 1:03 AM  

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