19 septembre, 2011

Mon premier Tourette !


Tout le monde imagine que le syndrome de Gilles de la Tourette consiste à dire des insanités que l'on ne peut retenir. Voici bien des années, j'ai ainsi fréquenté le temps d'un stage de formation un café-restaurant dont un des clients attitrés ne pouvait s'empêcher de dire "pute pute" toutes les cinq minutes. L'ayant observé, je le voyais se raidir un peu, son mouvement quelque qu'il soit semblant suspendu dans le temps, avant de lâcher son obscénité. Une fois cette phase achevée, il reprenait sa conversation comme si de rien n'était. On imagine aisément le handicap social que représente cette pahtologie.

Plus près de nous dans la saison 11 de South Park, un épisode intitulé Le petit Tourette nous présente un cas de manière tout à fait amusante prouvant que l'on peut être drôle sans pour autant être idiot et irrespectueux. Encore une fois, la pathologie est présentée sous sa forme la plus phénoménale à savoir les cas dans lesquels les personnes qui en sont atteintes ne peuvent s'empêcher de proférer des insanités.

Ces pauvres gens longtemps malmenés par des psys qui n'y voyaient que des mécanismes psychologiques à l’œuvre, leur renvoyait la responsabilité de leur pathologie. Fort heureusement, le déclin de la psychanalyse combiné aux progrès de la neurologie permet aujourd'hui de comprendre qu'à l'instar de la plupart des tics, il s'agit de pathologies purement physiologiques trouvant leur origine dans un dysfonctionnement du système nerveux et non dans une quelconque épreuve psychologique.

C'est là un poids de moins que l'on a ôté à ces personnes qui peuvent ainsi être prises en charge de manière plus efficace sans avoir à subir le charabia pseudo-scientifique d'abrutis qui méprisent toujours les causes organiques sans doute parce que la neuropsychologie leur semble trop difficile tandis que dans le même temps, il leur apparait toujours plus rassurant d’imaginer qu'on aurait le contrôle sur tous les éléments de notre vie.

La personne que j'ai reçue était venue pour d'autres problèmes que l'on a pu aisément régler. En revanche, percluse de tics en tous genre, j'imaginais que les conséquences psychologiques n'étaient pas aisées à vivre. Et si je n'ambitionnais pas de régler cela dans le fond, j'ai pensé que je pouvais apporter une mince contribution à une meilleure prise en charge des problèmes.

Curieusement, malgré des visites chez différents spécialistes, il ne semble pas que le diagnostic de maladie de Gilles de la Tourette ait jamais été posé. Encore une fois, il semblerait que l'on sur-représente tellement la forme la plus "aboutie" que les formes plus mineures passent inaperçues.

Pourtant la maladie n'est pas présente parce que l'on constate que la personne profère des insanités de manière automatique sans s'en empêcher mais uniquement par le fait d'une présence concomitante de tics moteurs et sonores.

C'est ainsi que tout en discutant avec mon patient de problèmes divers et variés j'ai eu le loisir d'observer sa séquence de tics. Haussements d'épaules, gestes ritualisés des mains, mouvement oculaires tout aussi automatiques, le tout accompagnés de raclements de gorge discrets mais suffisamment présents, m'ont donné la clé.

Ainsi quand on parle de tics moteurs et sonores, il est aisé de distinguer les premiers tandis que les seconds ne sont pas forcément repérables tant que l'on ne prend pas le terme "sonore" au sens premier. Je me suis donc simplement demandé si ces raclements de gorge n'étaient pas en fait des tics sonores. Et bingo. Après avoir fait quelques recherches, j'ai pu annoncer à mon cher patient qu'en l'état, je n'avais pas les compétences pour traiter ces tics mais qu'il s'agissait vraisemblablement d'une maladie de Gilles de la Tourette. 

Je crois qu'il en fut le premier surpris parce que comme tout un chacun, il était persuadé que cela impliquait forcément de proférer des insanités. Or, je le confirme, je ne l'ai jamais entendu dire "chatte, couille, pute" dans mon cabinet . Non, juste ces raclements de gorge sonores qui auraient pu passer inaperçu pour quelqu'un de moins sagace que moi.

Puis comme dans n'importe quel polar américain, je lui expliquai que devais rendre la main et qu'il devrait consulter un neurologue. Que soit il en connaissait un, soit je lui en fournirais un en qui j'avais toute confiance. Ce qu'il a fait. Et si les tics n'ont pas totalement disparu, j'ai pu noter une atténuation due à l'emploi de certains neuroleptiques.

Enfin, l'aspect psychologique n'est pas forcément à négliger. D'une part, il faut se souvenir qu'une certaine hygiène de vie permet de diminuer la fréquence et l'importance des tics (pas d'excitants, du sommeil, etc.) et enfin d'autre part, parce qu'en tant que pathologie aisément repérable, elle peut devenir occasionner un handicap social. Sans doute d'ailleurs vaut-il mieux expliquer de quoi l'on souffre que de laisser imaginer les gens tout un tas de causes possibles et farfelues dont notamment un déficit intellectuel.

Je rajoute au cas où je serais lu par quelque dinde de Facebook, qu'il est inutile de coller sa pointure et le temps que l'on met à se coiffer pour venir en aide aux gens atteints de la maladie de Gilles de la Tourette. On peut en revanche se documenter sur ce site. Et pan dans les dents !!!




8 Comments:

Blogger Lucie Trier said...

Il y a une explication plus simple. Je pense que cet homme a passé trop de temps à Las Vegas.

20/9/11 1:49 AM  
Blogger philippe psy said...

Du tout, c'est un jeune homme charmant et brillant avec qui on rigole bien. Et je ne crois pas qu'il soit jamais allé à Vegas :)

20/9/11 2:37 AM  
Blogger Lucie Trier said...

Las Vegas ==> Pute ou pas P.. ==> Archétype télévisuel du syndrome de Gilles de la Tourette ==> Blaguounette ratée.

20/9/11 3:26 AM  
Blogger philippe psy said...

@Lucie : ouiiiiiii quel âne stupide je suis décidément !

20/9/11 3:55 AM  
Blogger El Gringo said...

Ben si dire "chatte, couille, pute" file la tourette, faut plus l'dire et pis c'est tout!

20/9/11 6:20 PM  
Blogger philippe psy said...

Ben oui, c'est simple à traiter finalement. Tu devrais accrocher une plaque de neurologue. Et puis tu crées la thérapie "à la Gringeot". Le premier "Tourette" qui profère une insanité, tu lui lattes la gueule. On ne sait jamais, parfois le comportementalisme de base fonctionne.

Tiens je t'aide même en te filant un projet de plaque à accrocher en bas de chez toi :
"Neuraulaugue spaissializé dans les tourette. Lattothérapie dans la gueule"

21/9/11 10:43 AM  
Blogger monoi said...

Ça, ça serait une plaque qui aurait de la gueule.

21/9/11 11:43 PM  
Blogger yan.M said...

Il y a en effet beaucoup d'idées reçues sur la maladie de la tourette...et sur bien d'autres pathologies dès lors qu'elles prennent parfois des formes spectaculaires.Ainsi,tous les schizophrènes ne sont pas des sérials killers,les borderline des scarificateurs adeptes du rodéo automobile et du gang bang;ou encore les "résilients" des rescapés des camps de la mort.Psychologie ménagère(et médiatique) quand tu nous tiens...
ps:à lire et relire "l'abus de psy nuit à la santé" de Serge Tribolet amitiés

28/10/11 7:05 PM  

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