24 octobre, 2011

Personnalités toxiques et livres pourris en tous genres !



Oh le vilain titre que voilà ! On va encore m'accuser de faire du mauvais esprit. Voici quelques années, Liliane Glass sortait un livre intitulé "Ces gens qui vous empoisonnent l'existence", dans lequel elle créait le concept un peu fumeux d'un point de vue clinique de "personnes toxiques". 

Ces personnes toxiques vous donnent l'impression de ne jamais être à la hauteur, d'être toujours évalués et notés, de ne jamais être en paix mais au contraire d'être perpétuellement soumis à un examen duquel ne sortirait rien d'autre qu'une dévalorisation perpétuelle.

Qu'il s'agisse de paroles blessantes, impolies ou méchantes, de plaisanteries douteuses,  de critiques incessantes, de mots cruels,  voire de compliments immédiatement suivis d'une gifle, les techniques employées sont multiples. Toujours est-il que quelles que soient la technique employée, fréquenter ces personnes toxiques vous donnent toujours le sentiment d'être dévalorisé, totalement nié, et vous amènent à vous sentir vidé émotionnellement ou parfois même irrité.

Bref, ces personnes toxiques sont vraiment très vilaines et Liliane Glass a raison de nous avertir des ravages qu'elles peuvent causer. Parce que ces personnes vous empoisonnent l'existence comme le dit si bien le titre de son ouvrage qu'elle a pu vendre par centaines de milliers d'exemplaires.

Le problème c'est que Liliane Glass se définit comme une spécialiste en communication et que si elle a pu pointer de son doigt manucuré (Liliane est américaine) certains problèmes, elle pèche quant à l'évaluation réelle de la toxicité des personnes dont elle parle. Elle a beau établir des profils spécifiques plutôt bien pensés en apparence, Liliane se met tout de même son joli doigt manucuré (elle est américaine) dans l’œil. 

Ainsi, après avoir établi qu'il existait des personnalités toxiques,notre Liliane découpe son concept en fines tranches de manière à établir treize profils dont vous pourrez consulter le fonctionnement ici : le dénigreur, le critique, le dominateur, le compétiteur, le moulin à paroles, le fauteur de troubles, le plaisantin, l'écervelé, le nombriliste, le fuyard, l'hypocrite, l'exploiteur et la victime.

L'idée de base était excellente pourtant Liliane a tendance à enfoncer des portes ouvertes. Là ou Marie-France Hirirgoyen, psychiatre de son état, établit un profil de pervers-narcissique en mixant les personnalités narcissiques et antosociales, en tentant de circonscrire ce profil strictement, Liliane nous décrit tout le monde.
Parce que tous, à un moment ou un autre, avons été une personnalité toxique pour quelqu'un d'autre. A midi, en déjeunant avec un ami, j'ai encore eu le droit à "mais quand vas tu te débarrasser de cette merde !". Mon ami faisait référence à ma RJ49 pour laquelle il n'a aucune tendresse particulière. Si j'en crois Liliane Glass, mon ami, chaque fois qu'il se moque de ma RJ49, appartient à la catégorie des "critiques" et peut-être même à celle des "dénigreurs". Est-il toxique pour autant ? Non puisque je trouve ses critiques fondées dans la mesure où il emploie une autre forme de jugement. Tandis qu'il estime l'acquisition de ma RJ49 dans une optique utilitariste, je sais pour ma part qu'il ne s'est agit que d'une lubie. Lui et moi avons raison pourvu que l'un et l'autre sachions d'où nous jugeons.

Pareillement, lorsque je me moque de cette chère Laurence et du fait qu'elle soit juge de gym artistique féminine, j'ai de bonnes raisons. Dans une optique purement utilitariste, qui fait que je suis entraineur et que je déteste voir les gens se gâcher, il m'apparait évident qu'une jeune femme intelligente et de qualité devrait avoir d'autres passe-temps que de passer un dimanche dans un gymnase sale à noter des enfants qui font des sauts. De son point de vue, et comme elle me l'explique fort justement, pour elle ce passe-temps n'est rien d'autre qu'un passe-temps, un dérivatif, une manière de se vider la tête et n'a aucunement l'importance que je lui prête. Si Liliane Glass avait écouté nos échanges, nul doute qu'elle m'aurait classé dans la catégorie du "dénigreur" voire du "dominateur" ou carrément dans les deux. 


Bien sur que je préférerais être toujours un petit ange gentil mais cela est impossible dès lors qu'il y a de l'affect. Et à moins de tenter d'être une sorte de monstre froid et perpétuellement sous contrôle parfois la communication comporte de petits écueils. L'idée même de la neutralité bienveillante est un leurre. Car même si l'on ne juge pas les patients moralement, faire abstraction de ce que l'on est dans un cadre thérapeutique s'avère impossible à moins de confondre le métier de psy et celui d'entomologiste. D'ailleurs, parfois cette forme de neutralité que l'on sent apprise et digérée s'avère totalement stupide et peut devenir une forme de maltraitance parce qu'elle met le patient à l'écart.

Liliane Glass sombre en plein dans de ce qu'il peut y avoir de plus atroce aux États-Unis, la négation de notre humanité au nom d'une prétendue maitrise de la communication passant par une formation dans laquelle on apprendrait des séquences communicationnelles comme un vendeur d'encyclopédie apprendrait par cœur la réfutation des objections de ses clients. D'ailleurs attardez vous sur ce questionnaire pour constater que l'on peut répondre positivement à au moins un des points précisés, ce qui aurait tendance à prouver que l'on vit entouré de personnes toxiques dès lors qu'elles ne sont pas d'accord avec nous.

Cette mode désastreuse a atterri chez nous et l'exemple des stages de citoyenneté ou de récupération des points de permis, n'est qu'un avatar de psychologisation rampante et gerbante que l'on veut instituer dans les rapports humains pour normaliser ce qui n'a pas lieu d'être. Une technique de manipulation issue de recherches en psychologie sociale qui a bien compris que plutôt que de frapper les gens, il fallait mieux les culpabiliser pour obtenir leur consentement. Cela rejoint ce que me disait un ami dirigeant une grande enseigne de l'immobilier lorsqu'il m'affirma froidement que chez eux on croyait au travail mais pas au talent et donc qu'ils avaient imaginé qu'un management au top était d'avoir de bons petits soldats.

L'échange entre deux personnes est nécessairement l'objet de crises que l'on peut résoudre ; c'est humain et non pathologique. Et effectivement, même si dans un monde parfait, il faudrait savoir tout le temps mettre des gants pour parler aux gens, et ne jamais se mettre en colère, notre humanité, le fait que l'on ressente des émotions, ne rend pas toujours cela possible. Le fait par exemple que l'on s'engueule au sein d'un couple, ne veut pas dire que l'on ne s'entende pas. Chacun peut être amené à commettre des erreurs de communication et cela reste humain, de la même manière qu'il est humain de reconnaitre ses erreurs par la suite.

En proposant son ouvrage, Liliane Glass rate le coche même si elle a du empocher beaucoup de droits d'auteur. Plutôt que de tenter de mettre sur un même plan des comportements totalement différents, Liliane notre experte en communication aurait du expliquer que justement relativiser faisait perdre de la force à cette notion de toxicité. Entre un pervers-narcissique et un simple chieur, il y a une différence fondamentale parce que le premier l'est intentionnellement dans le but de faire du mal tandis que le second n'est que maladroit ou au pire ignorant des pratiques qu'il emploie.

Tous dans notre vie avons été chieurs une fois, ce n'est pas pour autant que l'on soit toxique. En bon français, le terme toxique a une définition réelle. On dit d'une substance qu'elle est toxique parce qu'elle est nocive pour l'organisme et on ce terme à propos de poisons. 

Bref je conspue ce genre de littérature, qui partant d'un bon sentiment, psychologise des relations humaines normales et non pathologiques. Cette littérature de gare qui sous des abords d'expertise, ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes et complexifier ce qui n'est pas complexe.

Et la prochaine fois qu'un(e) patient(e) emploie le terme de "personne toxique", je me fâche tout rouge parce que n'étant pas pervers-narcissique, je me réserve toutefois le droit d'être parfois toxique en marquant mon désaccord d'une manière ferme et définitive.

7 Comments:

Blogger Igor Thiriez said...

Oui c'est d'ailleurs probablement ce manque de spécificité qui provoqua le succès du bouquin. Etant donné que tout le monde s'y retrouve, tout le monde aime.
En fait c'est une sorte de version populiste du "Gérer les personnalités difficiles" de Christophe André...

24/10/11 8:15 PM  
Blogger Stephanie said...

Là je vais peut-être faire ma chieuse mais les lettres vert caca et les liens bleu fluo, c'est juste impossible pour l'oeil humain ! Ça me gâche au moins la moitié du plaisir d'avoir un nouveau billet à lire.
Sinon cette chère Lilian, entre deux manucures, devrait plutôt s'intéresser aux multiples précautions que presque tout le monde prend maintenant avant de dire le moindre mot.
Cette culpabilité permanente devient réellement pénible (et je ne dois pas être la seule à ressentir ces moments de gêne, de flottement : "est-ce que je peux dire ça, est-ce que c'est trop").
Cette société est toxique pour l'homme en général : tout est considéré comme méchant, sexiste, raciste...et illégal. Le vrai problème est là, effectivement.

24/10/11 9:21 PM  
Blogger 100hp said...

Nous sommes biens d'accord que la différence entre le normal et le pathologique en psychologie n'est pas de nature mais de tendance, qui se traduit par une rigidité psychologique qui contraint le fonctionnement psychique d'une personne, et qui entraîne une décontextualisation des comportements. Donc une fois, non, à chaque fois, oui.

24/10/11 10:15 PM  
Blogger 100hp said...

Je voulais dire ceci aussi mais j'ai oublié : le fait est que face à de telle personne, le jeu ne peut s'instaurer que si on laisse faire. Si on ne réagit pas, ça ne peut que perdurer. L'énervement viendra de notre incapacité à exprimer notre gène face à leurs comportements.

Je pense que c'est en réagissant que l'on peut déterminer si l'on est vraiment face à une manifestation pathologique: j'en connais des cons, mais des cons téméraires qui y reviennent après s'être pris une soufflante, beaucoup moins. Par contre, si la personne en question commence à diffuser des versions erronées des échanges, à dénigrer etc. ça commence à sentir mauvais.

Au fond, certaines personnes ne savent pas se cadrer elles-mêmes. Elles ne sont pas bien méchantes mais peuvent devenir vraiment toxiques si on ne fixe pas les limites. C'est aussi à nous de se faire respecter quand les autres ne savent pas fixer par eux-mêmes les limites de la bienséance.

Comme pour les enfants, un bon cadrage, sans être agressif, rend souvent ces personnes charmantes !

24/10/11 11:33 PM  
Blogger philippe psy said...

@Stéphanie:désolé pour le vert je n'avais pas fait attention, c'est corrigé.
@100hp : je comprends ce que vous dites même s'il m'arrive d'être téméraire même après avoir pris une soufflante si je suis sur de mon bon droit ;)

25/10/11 2:01 AM  
Blogger Lousk said...

Pour reprendre 100hp :
"Elles ne sont pas bien méchantes mais peuvent devenir vraiment toxiques si on ne fixe pas les limites."

Ce passage (résumant bien l'ensemble de cette utile contribution) souligne la principale problématique rencontrée quand le néophyte aborde ce genre de classifications : les genres décrits ne racontent pas des personnes, mais des ideal types relationnels.

On rencontre aussi (et surtout, à ce que j'en ai vu) ce problème dans certaines vulgarisations (qu'on pourrait croire) plus spécialisées : l'exemple du "pervers narcissique" est particulièrement adapté.
"Mon mari est un PN, mon ex, mon père..." doivent bien représenter 20% des sujets "psy" sur forums.

25/10/11 10:21 PM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Je dois reconnaître que sur ce coup-là, il y a stigmatisation de RJ 49 et microcarophobie caractérisée.

Cela dit, les liens en bleu foncé sur noir foncé sont à chier, aussi.

1/11/11 11:32 PM  

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