19 septembre, 2011

Conasses et festivisme ! (2)

0 mn pour se coiffer mais on ne connait pas sa pointure !


Me revoici et je reprends l'article laissé en plan la veille. Donc, concernant cette affaire, j'en étais resté à une plaisanterie de "filles", un peu bébête mais rigolote dans la mesure où même moi, je m'étais laissé prendre à tenter de résoudre l'énigme.

Puis, sachant que ce n'était pas vraiment l'habitude de mon amie de tremper dans ce genre de bêtises, je lui demande ce qui lui a pris. Et voici qu'elle me forwarde un message dans lequel une demoiselle explique en gros que l'an dernier, cette initiative avait créé un buzz repris par les médias (lesquels?) ce qui avait permis de faire parler du cancer du sein et de soutenir les femmes qui en sont atteintes !

Je pense que ma première réaction, le cri du coeur, a été de dire que c'était complètement con, et non seulement puéril mais à la limite de l'irrespect le plus total vis à vis de personnes atteintes d'une pathologie aussi grave. C'est marrant parce qu'en apprenant la nouvelle, le regrette Philippe Muray qui se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Et là, j'ai pris en plein dans la figure les dégâts provoqués par cette créature emblématique de notre temps : Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web » même si en occurrence il s'agissait là de mulier festiva.

Si je redeviens charitable l'espace d'un moment, je sais que le jour de la distribution de l'intelligence, certains ont reçu une pleine louche tandis que d'autres n'ont eu le droit qu'à une parcimonieuse cuiller à café. En revanche, on petu s'interroger pour comprendre comment ce genre d'initiatives idiotes parvient à créer un buzz même dans les médias sans que quelqu'un se permette de dire que certes, c'est très gentil de penser aux gens qui souffrent mais qu'une certaine pudeur est nécessaire. 

Sans doute que le médium Facebook y est pour quelque chose de même que le conformisme social qui veut que dans un groupe de crétins, même le plus intelligent se mette à devenir idiot pour ne pas être exclu. Finalement la psychologie sociale explique cela fort bien et on l'on sait qu'isolé dans une masse médiocre, il est difficile de s'affirmer à moins d'accepter d'être isolé ou d'avoir les compétences pour s'affirmer comme leader. Dans tous les cas que les idiots s'amusent maladroitement ne me posent pas de problèmes. Ce qui est le plus gênant c'est que des journaleux reprennent l'info en parlant de buzz sans même s'interroger sur le bienfondé d'une démarche pourtant terriblement maladroite et totalement inutile.

Par la suite, ayant eu ces réflexions, je me suis demandé si je n'avais pas trop versé dans le tragique en jouant ma pétasse hystérique voyant le mal où il n'est pas. J'ai ainsi successivement interrogé deux femmes intelligentes en qui j'ai toute confiance afin d'avoir leurs avis.

Mlle C. m'a soutenu en expliquant que d'une part, elle détestait ce genre d'initiatives féminines donnant à penser que les femmes sont un groupe homogène alors qu'elle n'a rien à faire avec ce genre d'idiotes avec lesquelles elle ne partage que le sexe biologique mais certainement pas la même vision de la vie. Et elle a rajouté que l’initiative en plus d'être inutile confinait à la pire des bêtises. Et toc !

Quant à mon épouse, fière corse aux paroles aussi rares que frappées au coin du bon sens, elle a peu ou prou dit la même chose en ajoutant qu'il fallait être de sacrées débiles pour parler du temps que l'on met pour se coiffer quand on soutient des femmes atteintes d'un cancer dont un certain nombre n'ont plus de cheveux du fait des traitements. Son regard noir et sa moue méprisante en ont dit tout autant ; le corse parle peu avec les mots mais exprime bien ses sentiments. Et vlan !

Voilà pourquoi j'ai intitulé ces articles "connasses". Non que je voue une haine et un mépris total à ces personnes mais simplement que j'aie voulu souligner les incohérences de ces démarches et me fâcher tout rouge parce que cela fait du bien parfois. J'ai eu l'année passée, deux patients dont les mères sont décédées d'un cancer du sein (54a et 57a) tandis qu'une troisième est allée assister à la fin de vie d'une de ses amies (38a) dans un centre de soins palliatifs. Ce sont des expériences douloureuses qui ne prêtent pas à rire. Ou alors, quand on est capable d'en rire pour se distancier, on le fait pour évacuer l'angoisse ou la tension et intelligemment mais on ne mélange pas les genres.

C'est très bien de penser aux patients atteints de cancers. Rassurez-vous les chercheurs y pensent aussi. Alors si l'on a une belle âme et que l'on tient à tout prix à aider ces personnes, on peut donner de son argent à des associations d'aider à la recherche ou de son temps auprès d'associations recrutant des visiteurs de malades. C'est sans doute plus dur dans les deux cas que de rigoler comme une baleine idiote en créant un pseudo buzz sur Facebook mais c'est aussi plus utile.

***

Pauline : Ça court les rues, les grands cons !
Le Dabe : Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres !
  • Le Cave se rebiffe, Michel Audiard, 1962, (Françosie Rosay et Jean Gabin)

7 Comments:

Blogger Lousk said...

Puisqu'aller à contresens est ma passion et qu'on est sur un blog de psychologie,
"Les souvenirs émotionnels sont stockés plus efficacement dans la mémoire." L'essentiel Cerveau&Psycho n°7 p.68

Et toc !

19/9/11 5:02 PM  
Blogger Lucie Trier said...

Afin d'appâter plus de clientèle féminine dans ton cabinet, je me dois de nuancer tes propos sanglants et meurtriers.

Cette histoire de Buzz c'est comme si je me baladais avec un tee-shirt Uncle Ben's et un bol de riz sur la tête de manière mystérieuse (la nuit en forêt ou en autoroute, par exemple, ça pourrait fonctionner) pour soutenir ceux qui meurent de la famine au Soudan. C'est une forme d'inconscience de la gravité crasse et de la souffrance réelle des gens confrontés à ces situations. En cela la chose n'est pas tant débile qu'obscène.
L'année dernière sur Facebook c'était la couleur du soutien gorge.

J'ai un super dilemme éthique parce que j’aime bien l'amie dont tu parles qui est tout sauf débile. Je soulignerai donc ton génie sur un autre article. Et là par contre, je serai carrément dithyrambique.

PS : Ou dès demain, sur Facebook, en publiant énigmatiquement chaque jour les références d'un modèle de Microcar différent.

20/9/11 1:44 AM  
Blogger philippe psy said...

@Lucie : moi aussi je l'aime bien mais bon, les mauvaises fréquentations c'est comme l'alcool, ça peut entraîner loin :) Dans tous les cas, je suis d'accord avec ce que tu exprimes.

20/9/11 2:38 AM  
Blogger Io said...

J'ai rejoint le gang de Facebook il y a 2 ans sans trop savoir à quoi ça allait me servir. Finalement, je dirais que l'expérience est positive. Mais là n'est pas le propos.
Parmi mes "amies", deux tentent régulièrement de me faire participer à ce genre de facétie de gynécée. Comme je n'y comprends rien et que je n'ai pas précisément le temps de m'ennuyer, je ne les lis qu'en diagonale et je les oublie dans un recoin.
J'avoue que je ne m'étais jamais penchée sur le détail de ces chatouilleries, mais je regrette de ne pas l'avoir fait. C'est fort instructif. Merci Monsieur Psy!

Facebook est un peu comme l'intérieur d'une voiture: une fois dedans, les gens se laissent aller et livrent sur eux-mêmes toutes sortes de clés incroyables. Sauf que moi, je ne suis pas une spécialiste du déchiffrage de clé et qu'en outre, je me sens vaguement gênée de ricaner, vu que désormais, j'ai rejoint le troupeau...

21/9/11 10:06 PM  
Blogger 100hp said...

Ça me rappelle ce forum sur jeunes et jolies ou un site du genre, où sur 40 pages, les nanas expriment leurs points de vue sur l'importance de la taille du sexe de leur partenaire, avec confidence touchante du genre "Quand j'ai vu celle de David, j'ai du réprimer un cri d'ébahissement!"

Et ouais, pas moins de 25 cm pour trifouiller leur vagin de 12 cm, sinon ça marche pas !

24/9/11 1:48 PM  
Blogger Lucie Trier said...

@ 100hp : Merci pour cette crise de fou rire. Je vole l'honneur de vous apprendre que le sexe féminin est extensible, sinon, comme vous le dites, ça ne marcherait pas.

Je vous parlerais bien du nombre de centimètres nécessaires (pas plus de quatre ou cinq) pour déclencher un orgasme féminin, mais j'ai promis à l'Époque Victorienne que non.

-c-

26/9/11 5:38 AM  
Blogger Lousk said...

@100HP : si la taille du pénis est un caractère sexuel secondaire (débat parmi les évolutionnistes), et comme c'est un critère culturel, ceci explique cela.

26/9/11 2:31 PM  

Enregistrer un commentaire

<< Home