03 avril, 2012

J'ai enfanté un monstre !

Thérapies pour nice guys, résultats assurés !

Tandis que les médecins m'envoient principalement une patientèle composée aux deux tiers de femmes, du blog m'arrivent deux tiers d'hommes composés en majorité d'ingénieurs. Depuis quelques temps, je rentre (pardonnez moi ce terme de garagiste) du Centralien, du Mines, du Pont, du Télécoms, ainsi que d'autres écoles moins prestigieuses. Que les diplômés d'autres écoles me pardonnent de ne pas citer leurs cursus mais c'est bien fait pour eux, ils n'avaient qu'à bosser plus et ne pas se contenter d'écoles avec prépas intégrées ! Qu'ils sachent cependant qu'en venant me consulter ils seront aussi bien traités que leurs camarades plus doués qu'eux ! 

Autant vous dire que parmi mes chers ingénieurs, fleurissent un certain nombre de geeks et autres nice guys, du genre à avoir fait des herbiers ou avoir été abonnés à Sciences et Vie Junior à l'adolescence ! C'est une clientèle toujours un peu compliquée mais assez sympathique quand on a compris comment les prendre ; Et puis, avouez que s'ils étaient aussi neuneus que ça, ils ne m'auraient pas choisi mais opté pour un confrère plus conventionnel et moins rigolo. Donc, même si cela ne saute pas toujours aux yeux quand ils sont assis devant vous avec leurs procédures toutes faites sur la vie et qu'ils vous regardent fixement au travers de leurs petits lunettes à montures métalliques (lunettes agréées ENM 1982 modèle juge d'instruction), je me dis que s'ils m'ont choisi, c'est que la base est bonne et qu'on en tirera quelque chose. Et puis je m'en fous, j'adore les défis.

C'est ainsi que je reçus le jeune X diplômé d'une école à prépa intégrée dont je ne citerai pas le nom parce qu'elle n'est pas assez prestigieuse pour que justement son prestige rejaillisse sur moi ! Dans le genre geek, on n'aurait pas pu faire mieux ! Je suis sûr qu'avant d'être abonné à Sciences-et-vie Junior, il avait vu étant enfant lire Okapi le magazine des enfants qui ne sont pas vraiment des enfants sans vraiment être des adultes. Désolé pour l'éditeur de ce magazine mais j'ai encore le souvenir vivace d'un bon copain de primaire qui y était abonné et que les aventures de Grabotte et Léonidas faisaient rire aux larmes alors que moi cela ne me faisait  même pas sourire et que de toute manière j'étais abonné au Journal de Mickey qui était bien plus drôle ! En revanche ma mère ne voulait jamais m'acheter Pif Gadget parce qu'il parait que ça finançait le parti communiste !

Bref, après l'avoir remis au travail, ce qui nécessita de ma part la nécessité de tronçonner le baobab qu'il avait dans sa main (ce qui l'a empêché d'ailleurs de faire une vraie prépa et une école prestigieuse), il fallu nous attaquer à son côté nice guy. Et là il y avait du boulot mais je le rappelle, la base était bonne parce que le jeune homme était du genre glandeur de talent et que je sentais qu'on pouvait en tirer quelque chose.

Vous dire ce que l'on a fait exactement, je ne saurais pas trop, vu que même si je pars toujours avec un plan d'attaque super carré j'en viens toujours à bosser un peu à l'arrache au fur et à mesure des séances en me rappelant tout de même qu'il y un boulot à faire pour lequel je suis payé.

Bref, on s'est vus régulièrement et j'ai du lui faire lire le bouquin de Glover, Trop gentil pour être heureux, le syndrome du chic type. Ensuite, on a du s'attaquer à un truc que mes petits camarades psychanalystes appelleraient l'idéal du moi avec des recettes éprouvées consistant à expliquer qu'il faut cesser de se mentir et de vouloir ressembler à quelqu'un que l'on n'est pas mais partir de ce que l'on est en élaguant le côté nice guy pour devenir un mec tout à fait bien. Bref, à l'opposé de ce que penserait Mistery qui persiste à vouloir faire jouer les mecs à contre-emploi, moi je pense qu'il est idiot de changer les gens mais qu'il suffit juste de petites touches et retouches pour transformer un geek ingénieur en mec tout à fait charmant. Bref, je suis un gros délicat qui travaille à la gouge et non au marteau-piqueur !

Bon mais de tout cela on s'en fout. Sauf que le petit ingénieur s'est mis à changer. Déjà il a trouvé son style, un truc assez curieux mais qui lui va bien, un look suranné mais marrant comme tout. Chaque fois que je le lui ouvre la porte, j'ai l'impression de voir un mec sorti du passé, un ingénieur de Sud-Aviation qui viendrait me présenter le futur biréacteur de tourisme sur lequel sa boîte bosse : le SE210 appelé aussi Caravelle ! Et ça c'est bien d'avoir trouvé son style parce que s'il avait voulu s'affubler d'un perfecto et de bottes en croco,  il aurait eu l'air déguisé pour ne pas dire l'air d'un con ! 

Et puis voici qu'il s'est mis à se chercher une activité un peu plus virile que la programmation et en farfouillant de-ci delà, voici qu'il s'est initié au tir sportif et que cela lui a plu. Et un jour tandis que nous avions rendez-vous, ne voilà-t-il pas que mon gentil geek embraye comme un fou sur les armes à feu, parlant de calibres et de munitions. J'écoute impavide mais un peu effrayé tout de même mon ex-gentil ingénieur me parler de la puissance de feu du Glock 17 et du Berreta 92F en admettant tout de même que le Sig P210 n'est pas mal tout de même à condition de ne pas se faire entuber en achetant une pâle copie fabriquée dans le genre du CZ99 ou du Astra A80. 

J'en reste sur le cul, soufflé, ébahi. Et voici qu'il se lance dans un cours sur les munitions en me parlant de joules, de Kgm et de recul avec une assurance et un ton tels qu'ils ne dépareillerait pas dans la bouche du responsable de l'armurerie d'un régiment étranger parachutiste. Comme il a épuisé sa batterie de smartphone, il me demande mon iPhone et ouvrant Safari, il me montre ensuite des tas de munitions en rigolant tout seul parce qu'après avoir trouvé un calibre 577 tyrannosaur il m'explique que là : "c'est carrément ovekill" !!! Et zou, après n'avoir parlé que de cela, il quitte le cabinet ravi de lui.

Quinze jours après, le voici qui revient pour sa séance bimensuelle, et là gaillardement le voici qu'il parle de gonzesses avec un recul et un humour carrément graveleux. Le pauvre gars qui ne savait pas comment choper se comporte en mufle patenté et ravi de l'être. Il me parle ainsi d'une ex quelconque qui lui aurait dit qu'en ce moment la vie était dure et qu'elle raclait les fonds de tiroir. Et lui, plutôt que de compatir, le voici qui ne trouve qu'à me répondre "les fonds de tiroir je m'en fous, c'est elle que j'aurais bien raclée !". Professionnel jusqu'au bout, je reste de marbre mais en moi je suis ébahi par ces résultats. Encore un mois ou deux et il se pointera en me tutoyant et m’appellera ma couille après m'avoir demandé une bière et posé son calibre sur la table basse et ses pieds sur une chaise !

Comme le docteur Frankenstein et sa créature, je crois que j'ai accouché d'un monstre ... d'un Gringeot !

4 Comments:

Blogger El Gringo said...

j'ai accouché d'un monstre ... d'un Gringeot !

Alors que je ne suis qu'un monstre de délicatesse...

25/4/12 1:53 AM  
Blogger philippe psy said...

Mais je n'en doute pas. D'ailleurs tu vois tu me sers de modèle pour amener mes chers patients vers les rivages heureux du contentement de soi ! Bière, moto et gonzesses, que demander d'autre ?

26/4/12 10:10 AM  
Blogger V. said...

Quand je vous disais Emmanuel qu en gringeot vous étiez mi créature ni Idéal de Philippe Psy ;-)

26/4/12 11:09 AM  
Blogger Caroline Martinet said...

Moi ça me fait un peu peur !! ;-)

5/1/13 1:52 PM  

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