25 mai, 2012

Succès facile !

Image facile et prétentieuse pour illustrer l'article !

Dans mon job, ce n'est pas rose tous les jours parce qu'il y a les choupinets qui vous suce la moelle, mais parfois, j'ai "le cas" qui me permet d'enregistrer un succès facile sans rien faire ou presque. Le tour de passe-passe qui ne repose que sur le bon diagnostic rarement fait par les confrères sans que je comprenne pourquoi ils n'y pensent pas.

C'est encore arrivé cette semaine. Le type se pointe lessivé, ruiné, dans un état apocalyptique, c'est suicide J-1. Depuis des mois qu'il doit être comme cela, il s'est consumé de l'intérieur. On dirait une chandelle qui charbonne avant de s'éteindre. Putain, si je continue je vais finir poète moi !

Le tour de passe-passe s'effectue en trois parties. Tout d'abord il s'agit de faire le bon diagnostic. Et là, c'est simple. On observe une bonne grosse anxiété massive et quand on connait le cycle du stress, on s'aperçoit que le monsieur en est à la fin : la phase d'épuisement. Après c'est le suicide ou l'internement quand on a de la chance. Par contre, il ne faut pas confondre cela avec un trouble anxieux généralisé mais bien saisir que c'est le coeur du système qui est attaqué. Dans ce cas, c'est une belle dépression anxieuse dont il s'agit. La personne est totalement incapable de s'en sortir parce qu'en plus de l'anxiété qui lui fait redouter l'avenir, il y a en elle une certitude d'être nul et incapable de s'en sortir. Alors ce qui est chouette, c'est que dès que j'en suis sûr, je peux jouer le magicien et dire à la personne que je comprends que ce qu'elle vit est atroce mais poser un mot sur ses symptômes douloureux. Et je rajoute toujours que dans quelques temps on en rira tous les deux.Croyez-moi si vous dites tout cela d'un ton assuré, le patient commence à déstresser pour de bon !

Ensuite, la seconde étape c'est de décrire la personnalité du patient assis en face de moi. Le type cette semaine était ébahi que je connaisse tant de choses de lui alors que cela ne faisait que vingt minutes qu'il était dans le cabinet. C'est finalement simple parce qu'il existe un profil de candidat à la dépression anxieuse. Ce sont toujours des gens dans le contrôle, qui ne demandent jamais d'aide mais sont persuadés qu'ils pourront tout, tout le temps, tout seuls. Et vient un moment où la mule trop chargée, s'écroule sous son fardeau. 

Souvent intelligents mais dotés d'une très faible d'estime d'eux-mêmes ils ont un lieu de contrôle perturbé. Très souvent, ces individus viennent de familles perturbées où ils ont été le thérapeute, celui qui s'est donné la mission de soigner le parent défaillant et de garder la cohésion de la cellule familiale. Et je pourrais pérorer ainsi durant des heures sans jamais me planter tellement le profil est évident. Ces gens là finissent toujours dans la dépression anxieuse ou pour les plus frustres, ceux qui ne parviennent pas à exprimer leurs émotions, dans les troubles somatoformes. Mais ceux-là on ne les voit jamais, ils se soignent dans l'action en pensant que cela réglera les problèmes. Bref, je pourrais avec ce genre de patient, me la péter comme si j'étais un profileur de Esprits criminels alors qu'en fait, ce que je leurs dis ne sont que des faits qui s'inscrivent dans une psychodynamique connue.

Ensuite, une fois que la personne est accrochée, qu'elle a commencé à se calmer et à reprendre pieds, on passe à la phase trois et on fait le tour des généralistes qui sont dispos immédiatement. Et comme j'entretiens d'excellents liens avec les médecins avec qui je collabore, je finis toujours par en trouver un qui peut recevoir la personne. Et dans ce cas, je pourrais faire l'ordonnance moi-même parce que ce type de dépression répond toujours parfaitement bien aux IRSNA. Alors, je le dis toujours au téléphone quand je discute avec le médecin acceptant de recevoir le patient : "c'est pour une dépression anxieuse, il faudrait un coup de venlafaxine !". Bon enfin, c'est au médecin de faire son boulot et non à moi.

Parfois certains résistent en m'expliquant que les médicaments ce n'est pas tellement leur truc. Mais moi je m'insurge en leur expliquant que dans leur cas, c'est mon truc parce que eux et moi, ne sommes que de l'infanterie et qu'il nous fait de l'artillerie ! Je parviens toujours à les convaincre. Et au pire, je leur explique qu'ayant charge d'âme, ils sont libres de faire ce qu'ils veulent de leur vie mais que moi je ne les recevrai pas dans cet état parce que j'ai une obligation de moyens. Ils cèdent toujours et finissent dans le cabinet d'un médecin.

Moi comme j'ai fini mon show, je me contente de fixer un autre rendez-vous, soit la semaine d'après soit deux ou trois jours après selon mes disponibilités et là, je vois le changement radical qui s'est opéré. L'action de l'antidépresseur est sauf contre-indications, radicale ! On a l'impression qu'on leur a ouvert la boîte crânienne et qu'on leur a lavé le cerveau à grande eau. Les problèmes continuent mais l'anxiété massive a disparu et l'acuité intellectuelle est revenue.

On peut alors commencer le boulot, la thérapie proprement dite et de temps à autre, ils me disent "vous m'avez vraiment sauvé la vie". Et moi faussement modeste, je leurs réponds qu'il ne faut pas, que je n'ai rien fait du tout. Ce qui est vrai !

La dépression anxieuse, c'est la pire chose que l'on puisse vivre mais c'est le top pour un psy qui veut de la reconnaissance facilement !

3 Comments:

Blogger Melle KTS said...

!!! Je suis sciée par cette note, rires !! Je crois que je la lirai à ma psy (tcc) ! Diiiingue ! Moi qui la prenais pour une fée avec une baguette magique, rires ! Mais j'avoue que ça casse le charme, hum..

14/6/12 11:58 PM  
Blogger lafleur said...

Un mot m'a fait tilter dans votre texte: venlafaxine. Une de mes proches est en dépression depuis des années, et prend justement de la venlafaxine depuis..., euh, un bail. Maintenant, cette personne aimerait bien arrêter cette - pardon - merde chimique, mais elle n'y arrive pas, probablement parce qu'aucun psychiatre ne lui a jamais expressément demandé de suivre une thérapie en parallèle: la prise de médoc sans un suivi soutenu l'a simplement maintenue dans cet état "au bord du gouffre" pendant des mois et des années... Et quand elle diminue ses doses de petites pilules, bah "c'est la cata". Bref, à vous lire, je devine, ou j'ose espérer que vous préconisez uniquement une prise ponctuelle de ce truc, le temps que la thérapie commence à fonctionner, disons?
Oh et puis tant que j'y suis, à votre avis, après une longue période sous venlafaxine, on fait comment pour arrêter?

26/8/12 2:54 PM  
Blogger sté said...


J'ai souffert de trouble anxieux et c'est vrai que c'est terrible . J'ai eu également des attaques de panique, une horreur (avec envie de vomir) .

La problème des psychotropes c'est que les psys ont tendance à oublier ça : http://rms.medhyg.ch/article_p.php?ID_ARTICLE=RMS_150_0758

A cause de ces saloperies j'arrivais pas à toujours à bander, même avec la blonde sexy des mes rêves .
J'ai mis des années à me sevrer des neuroleptiques et des anxiolytiques, cela dit oui les psychotropes aident, mais il faut bien faire attention à ne pas en abuser .

Merci pour votre article . ;)




4/2/14 8:49 PM  

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