12 octobre, 2015

Jalousie et profilage !

Même Sandrine Bonnaire peut être médecin !

Voici quelques années, un de mes chers patients m'avait parlé d'une blogueuse médecin qui le ravissait par sa verve, son humour et son humanité. Il en était vaguement amoureux et avait fini par se faire exclure de son compte Tweeter sur lequel elle sévissait aussi.

Ayant parcouru son blog, je l'avais surtout trouvée passablement hystérique. Je ne trouvais pas forcément ni drôles, ni vraiment correctes les allusions salaces à ses attributs féminins, même si c'était dans l'optique de paraitre "cool" et "vachement moderne". N'ayant pas plus approfondi que cela, j'avais averti mon patient qu'elle était potentiellement dangereuse, dans le style allumeuse qui promet mais n'offrira jamais rien.

Je m'étais fait la réflexion que si cette fille avait pu faire médecine avec un tel caractère, j'aurais alors du être déjà chef de service. A priori, si les traits histrioniques m'ont semblé courant en faculté de psychologie, du moins à mon époque, il me semblait que du côté de médecine, on recrutait plutôt de la bonne élève, sage comme une image et bosseuse, du genre qui fait dodo à dix heures du soir. Je crois qu'au fond de moi j'avais ressenti un peu de jalousie vis à vis d'elle.

Puis, je n'avais plus jamais repensé à cette demoiselle jusqu'à hier soir, quand Le Touffier m'a envoyé un SMS dans lequel il m'expliquait qu'il n'avait pas été d'accord avec elle au sujet de je ne sais quoi, sans doute un sujet de gynécologie. Rapidement, je lui avais répondu que j'étais mal placé pour me situer dans un débat médical mais que j'avais juste gardé un souvenir timoré de cette personne dans la mesure où ses diatribes humanistes me semblaient insincères tandis que ses aventures médicales me paraissaient relever de la plus haute fantaisie. 

Puis comme c'était dimanche soir et que je n'avais rien d'autre à faire qu'à regarder des Monk et que je déteste ne faire qu'une chose à la fois, je m'étais penché sur le blog de la demoiselle. Ayant lu les trois derniers articles, datant déjà d'un certain temps, je l'avais encore une fois jugée totalement hystérique. Cela ne changeait pas. Le style était plaisant bien qu'il fasse appel à des "plans stylistiques" un peu convenus. Mais le plus drôle était de constater la différence entre ce qu'elle écrivait elle et les commentaires de ses lecteurs dont la plupart étaient aussi des jeunes femmes médecins.

Tandis qu'elle utilisait un style enlevé et humoristique, les commentatrices, tout en se pâmant de reconnaissance pour elle, estimant qu'elle parvenait à dire ce qu'elles pensaient de leur profession, ne parvenaient pas à faire le moindre humour. Ou du moins quand elles s'y essayaient, cela tombait à coté parce que si la bonne élève est douée pour les concours, ce n'est pas demain qu'elle ira challenger Florence Foresti. C'était troublant de la voir se détacher ainsi d'un groupe apparemment cohérent de jeunes médecins. Statistiquement c'était peu probable.

L'un des articles surtout avait retenu mon attention. Bien qu'il fut bien rédigé, je doutais que ce qu'il racontait soit réel. J'ai l'habitude de fréquenter des médecins dans le cadre de ma profession. Et même quand je peste après eux en leur reprochant leur côté bourrin et peu imaginatif, je dois avouer qu'ils sont intelligents et carrés. D'ailleurs quand je suis pris de fulgurance sur un cas, que j'ai, sans savoir comment ni pourquoi, une idée lumineuse, bien que je sache que j'aie raison, je me hâte toujours d'avoir l'avis d'un psychiatre ou d'un neurologue bien carré pour me sécuriser.

Parce que les études de médecines sont difficiles et que si elles ne sélectionnent pas forcément les plus brillants ni les plus imaginatifs, elles sélectionnent du moins les plus sérieux et les plus travailleurs. Je connais de bons et de mauvais médecins mais je dois avouer que tous sont campés sur leurs appuis et sont sérieux. On peut d'ailleurs, comme me le disait Le Touffier accepter qu'un médecin soit nul mais pas désinvolte. Même moi qui me définis parfois sous le vocable de fainéant, j'avoue avoir une vraie conscience professionnelle.

Et c'est justement de la désinvolture que je distinguais dans le message de cette blogueuse. Certes c'était rigolo à lire mais si l'on envisageait qu'il s'agissait d'un médecin parlant de sa pratique, cela devenait préoccupant. N'ayant toutefois pas les capacités à aller plus au fond des choses, j'ai demandé au Touffier de lire ce post. Et le bougre fut de mon avis ! J'eus le droit dix minutes après à un long, long mail dans lequel il me faisait un exposé médical m'expliquant en quoi cet article était scandaleux pour un médecin dans la mesure où le sujet abordé relevait tout au plus du programme de quatrième année et était su de n'importe quel praticien.

J'étais déjà plus éclairé et lui répondis que si lui et moi étions choqués de la sorte c'est qu'il n'y avait qu'une explication, cette blogueuse n'était pas ce qu'elle disait être. Soit, il s'agissait d'une femme suffisamment proche de la médecine pour faire illusion, se faisant passer pour un médecin ; une visiteuse médicale, une biologiste, une femme de médecin, une infirmière, une hystérique amoureuse des médecins comme d'autres craquent pour l'uniforme. A moins que ce ne soit pas du tout une femme mais un homme, pour le coup réellement médecin, ayant décidé d'écrire sous le masque d'un personnage fictif féminin auquel il aurait donné des traits séducteurs comme Rider Haggard quand il créa le personnage de She dans l'Angleterre victorienne. 

Lui et moi penchions pour la seconde solution.  Lui parce qu'il s'était amusé durant une heure à trouver la trace de cette blogueuse et moi parce que dans ma tête, je voyais dans les propos de cette "jeune médecin", une subtile projection d'anima. Que voulez-vous, je n'ai pas fait des années d'analyse jungienne sans qu'il ne m'en reste quelques traces.

Sur ce Le Touffier loua ma grande intelligence et ma grande sagacité mais je lui rappelais modestement que sans Watson, Holmes ne serait rien. Ce qui le choqua vu qu'il se serait plutôt vu dans le rôle de Holmes. Et c'est vrai que s'il est grand et mince et que la Macfarlane lui irait sans doute mieux qu'à moi, il apparait que Holmes était lubique comme je le suis tandis que lui était, en tant que médecin aussi carré et peu imaginatif que Watson.  Cependant, je le laissai bien volontiers se prendre pour Holmes une heure durant sachant que cela ferait du bien à son narcissisme. Après tout je peux cesser d'être moi-même l'espace de soixante minutes !

Bref, la prochaine fois qu'un patient me vantera les mérites de cette blogueuse d'un air énamouré. Plutôt que de ne rien dire et d'encaisser le fait qu'à côté d'elle je fais figure de gros lourdaud attardé, je pourrai lui asséner qu'elle n'existe pas et que s'il veut, j'ai suffisamment de talent pour lui mettre en scène la gonzesse de son choix ! 

Moi aussi j'ai une belle anima ! Non mais !

1 Comments:

Blogger Maxime said...

Et si Jean-Claude avait simplement changé de sexe en prison ?

12/10/15 8:46 PM  

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