19 octobre, 2006

Qu'est-ce qu'une thérapie cognitive ?


Imaginez trois personnes, Jean, Jacques et Paul, d’âge et de statut sociaux identiques, ayant acheté récemment le même type de maison ancienne. C’est le soir et chacun d’eux vient de se coucher et tente de s’endormir dans sa maison. Le silence est absolu et l’on n’entend que de légers craquements.


Jean, écoute et se sent apaisé, il se dit « moi qui vivait dans un immeuble moderne quel bonheur d’entendre ces matériaux vivants ». Il s’endormira paisiblement du sommeil du juste.

Jacques, est inquiet. Il écoute et se dit « tiens des craquements ? Pfff, pourvu qu’il n’y ait pas un problème, des termites par exemple, ou des travaux à prévoir». Il s’endormira difficilement ne cessant de ressasser ses craintes. S’il ne trouve pas le sommeil, il prendra un anxiolytique pour s’apaiser.

Paul, lui a dépassé la simple de l’inquiétude. Il écoute et se dit « je suis sûr que je me suis fait avoir, cette maison est pourrie. De toute manière je suis nul je me ferai toujours avoir ». Il s’endort difficilement et se réveillera au milieu de la nuit, ressassant les mêmes choses et ne trouvera le sommeil, que vaincu par la fatigue au petit matin.


Si on analyse chacun de ces situations, on remarque qu’elles sont identiques. Les trois personnes perçoivent les mêmes informations, à savoir « maison ancienne » et « craquements discrets ». Pourtant chacune de ses trois personnes vit cela différemment. Jean est heureux, Jacques est anxieux et Paul est déprimé. Pourquoi ?

Dans les faits, le cerveau de chacune de ces trois personnes traite différemment ces informations :

- Pour Jean l’équilibré, entendre des craquements, c’est le signe que la maison vit !
- Pour Jacques l’anxieux, c’est annonciateur d’une possible catastrophe !
- Et pour Paul le déprimé, c’est l’assurance de s’être fait escroquer comme toujours !

On en conclut donc, qu’en traitant mal les informations, l’anxieux et/ou le déprimé se maltraitent.

En effet, c’est la pensée qui sert à traiter les informations. Qu’elles soient conscientes ou non (pensées automatiques), les pensées agissent comme un gigantesque programme informatique nous permettant d’adopter un comportement, c’est à dire d’agir ou de ne pas agir.

Dès lors la thérapie cognitive va s’attacher à examiner avec le patient des situations de sa vie réelle et à les décrypter pour voir quelles sont les erreurs de traitement de l’information qu’il pratique le plus souvent.

Ex : Dans notre exemple, Paul pense qu’il se fait toujours avoir. Il s’agit manifestement d’une surgénéralisation. La surgénéralisation est ce que l’on nomme une distorsion cognitive, une sorte de bug de la pensée. Le thérapeute demandera à Paul d’analyser la réalité de cette pensée. Bien sûr, Paul ne se fait pas escroquer. Mais le fait simplement de penser cela concourt à lui donner du monde et de lui même une image faussée et très négative et à entretenir sa dépression.

La source de ces distorsions est multiple. Expliquer pourquoi certaines personnes iront mal et d’autres non est complexe :

D’une part bien sûr on peut trouver des causes génétiques car il en faut pas nier la réalité biologique pour faire de la psychologie sans cerveau. Chacun est différent, certains sont plus anxieux que d’autres par exemple.

D’autres part, on peut aussi trouver des causes purement psychologiques en fonction de ce qu’on vécu les personnes. Qu’ils s’agissent de multiples petites expériences traumatisantes ou d’un grand traumatisme, l’individu peut-être marqué à vie. Dès lors, ces expériences vont s’engrammer dans le cerveau et la personne développera un schéma cognitif dysfonctionnel. Tant et si bien que par la suite ses pensées passeront par le filtre de ce schéma et seront dénaturées : elles ne seront plus réalistes mais altérées par ce filtre. La thérapie cognitive a pour but de rendre inopérant ce schéma.

La thérapie cognitive insiste sur les expériences concrètes que vit le patient. L’inconscient cognitif est très différent de l’inconscient freudien. Il est composé des pensées automatiques, ce que l’on appelle communément la rumination mentale : ce bruit de fond que l’on sent en soi et qui montre ait que nos pensées ne s’arrêtent jamais.


Idéalement, on commence en demandant au patient de sélectionner des expériences douloureuses de sa vie réelle que l’on va analyser au moyen de fiches d’auto-enregistrement sur laquelle figurent cinq colonnes : La situation, les émotions négatives ressenties, les pensées automatiques, les distorsion négatives et enfin les pensées alternatives.

Après avoir rempli quelques grilles le patient comprend que la manière dont ses pensées traitent les situations est en partie responsable de ce qu’il vit. Dès lors, la thérapie devient plus libre. La relation entre le thérapeute et le patient doit ressembler à l’alliance de deux chercheurs travaillant sur les symptômes du patient. Le transfert n’est pas encouragé, le thérapeute ne devant être qu’un professionnel et non un quelconque mage possédant des secrets cachés..

La sélection des situations à analyser se fait en fonction des émotions ressenties. On sélectionnera bien sûr les émotions négatives (peur, anxiété, tristesse, colère, culpabilité, honte dégoût, etc.).

En thérapie cognitive, les émotions représentent la voie royale de l’inconscient. En effet, les émotions ont plusieurs fonctions : elles informent sur la qualité de l’expérience que l’on vit ici et maintenant, elles aident à évaluer les situations dans lesquelles on se trouve (plaisir ou déplaisir) et l’efficacité de ses comportements (satisfaction ou insatisfaction), elles donnent le sens et la valeur de son expérience, elles facilitent la communication des intentions, elles stimulent la réflexion et le développent de la pensée. Elles renseignent sur l’état d’esprit qui est le nôtre face à une situation et permettent d’appréhender nos fameuses pensées automatiques et éventuellement, les erreurs que nous commettons alors que nous avions cru penser librement.

C’est une thérapie dont le principe est simple et les applications infinies. Elle est issue de la psychologie cognitive dont le sujet d’étude est la mémoire et la pnsée. Suffisamment rigoureuse pour éviter les errements thérapeutiques, elle reste très souple pour s’appliquer à différentes pathologies.


Les thérapies comportementales et cognitives trouvent leurs origines dans la philosophie stoïcienne dont le fondateur fut Zénon de Cithium au IVe siècle avant JC. Des auteurs comme Sénèque, Cicéron, Marc-Aurèle ou bien Epictète traitent dans leurs ouvrages de situations générant différents tourments psychologiques qui sont toujours d'actualité.

La psychologie cognitive vit le jour en 1947, suite à l'irruption de l'informatique dans le champ de la recherche scientifique. Différentes applications pratiques sont issues de cette branche de la psychologie dont les psychothérapies cognitives. Des chercheurs comme George Kelly ou Albert Ellis furent les premiers théoriciens de ce type de thérapie. Enfin, Aaron T. Beck, ancien psychanalyste fut celui qui réunifia et finalisa la thérapie cognitive telle qu'elle est enseignée et pratiquée aujourd'hui.


Bien entendu, même s'il existe des règles à respecter pour conserver un cadre spécifique comme pour n'importe quel thérapie, les thérapies cognitives ne doivent pas pour autant être des thérapies mécanistes sans âme. Contrairement à la psychanalyse, le thérapeute doit être chaleureuxn, gagner la confiance du patient et s'engager à ses côtés. Le style du praticien reste prépondérant dans la mesure ou l'on ne peut faire fi de la relation thérapeutique qui reste prééminente. Comme dans l'enseignement, s'il y a un programme à appliquer, tous les professeurs n'ont pas forcément la même pédagogie. Un bon praticien de TCC ne doit pas devenir un ingénieur en santé mentale !
Pour aborder simplement ce sujet :

- Les thérapies cognitives de Jean Cottraux, Editions Retz ,
- Les thérapies comportementales et cognitives de Jean Cottraux, Editions Masson ;
- Dominez votre anxiété, de Albert Ellis, Editions RETZ ;
- Se libérer de l'anxiété sans médicaments, David Burns, Editions JC Lattès ;
- Les entretiens, Epictete, Editions Tel Gallimard.

Bien entendu, il existe une masse d'ouvrages sur le sujet, je vous ai cité que les plus connus.


N.B.

Auparavant, lorsque l’on n’appliquait seulement les méthodes comportementalistes (encore appelé béhaviorisme) dont le fondateur fut Burrhus F. Skinner , on s’attachait à faire changer le comportements des individus à travers différentes méthodes proche du dressage (cf. la critique outrée du comportementalisme dans Orange mécanique). D'ailleurs ces techniques sont encore employées pour le dressage des chiens.

Actuellement, on sait qu'entre un stimulus (la fameuse information) et une réaction (le comportement), il ya la boîte noire, notre cerveau, qui va traiter ces informations. Il faut donc intervenir directement au coeur du système et non plus seulement sur ses conséquences. C'est le système de traitement des informations qui nous préoccupe, c'est sur lui que se concentre des recherches tant en neurobiologie qu'en intelligence artificielle. Les termes semblent barbares alors que la méthode est relativement simple et évidente comme vous allez en convenir.

De ce fait, les critiques virulentes à l’encontre des TCC ne sont plus du tout d’actualité et témoigne d'une profonde méconnaissance de ce sujet !

13 Comments:

Anonymous Anna said...

une thérapie cognitive permet-elle de soigner la boulimie ?

22/10/06 8:59 PM  
Blogger philippe psy said...

Oui, une TCC est adaptée à la boulimie. Toutefois, la boulimie est uen apthologie rebelle dont on vient très très très rarement entièrement à bout ! Dans l'idéal, je pourrais vous dire que la réussite est totale. Dans la réalité, ce que j'ai souvent obtenu, ce sont de grandes périodes d'accalmie, parfois entrecoupées de petites crise. Par contre, la culpbilité due à ces crises est évitée, le patient en ayant compris l'origine. Il m'arrive docn de recevoir pour une ou deux séances de remise au point, des patients que je n'avais pas revu depuis deux ou trois ans.

23/10/06 2:15 AM  
Anonymous Anonyme said...

Cette therapie m interesse beaucoup et je voulais savoir si j etais sujet a une deprime ou deression ou peut etre ni l une ni l autre.Je suis une etudiante qui a quitte son pays il y 6 ans et depuis, ma vie a change..petit a petit je deviens convaincue que je ne serai plus jamais heureuse et je percois des symptomes qui m inquietent comme perte d interet totale ainsi ,une tristesse frequente, anxiete et predispostion a pleure continue...Qu en pensez vous?Devrais je recourir a cette therapie?

27/12/06 4:41 AM  
Blogger philippe psy said...

"Perte de l'élan vital" et "humeur triste" sont les deux symptomes principaux de la dépression. Parlez-en à votre médecin.

29/12/06 12:40 PM  
Anonymous Anonyme said...

j'ai un gros problème avec la dépendance à la codéïne la thérapie cognitive peut elle m'aider ?

12/1/08 7:44 PM  
Blogger Souheila said...

salut

26/6/08 4:54 PM  
Blogger Hermann said...

Ah-mais-bon-sang-mais-c'est -bien-sûr !! (s'exclame le déprimé devant ses cinq colonnes) je suis illogique ! et en plus cela me donne du déplaisir ! faut que j'arrête.

Et en effet, il arrête, assez souvent. Mais pourquoi ?

J'aime beaucoup la phrase de Cottraux : "Les processus thérapeutiques de la thérapie cognitive demeurent inconnus ... "

24/9/10 9:47 PM  
Blogger philippe psy said...

@Herman : Cottraux, Jean de son petit nom, ne connait pas tout. D'ailleurs il me semble qu'il a exercé la psychanalyse.

25/9/10 2:29 AM  
Blogger Hermann said...

Pas que je sache – et ce serait surprenant de la part de ce grand Monsieur qui fait passer depuis 30 ans les TCC en France.

Sa phrase est d'une honnêteté presque surnaturelle, chez un expert, vous ne trouvez-pas ?

Simple hypothèse : c'est la qualité de l'alliance thérapeutique, quand elle parvient à mobiliser des ressources déjà présentes chez le patient, qui va lui permettre de sortir d'un cercle vicieux. Evidemment, il est préférable que le thérapeute ait un protocole et une théorie réalistes sous le coude.

PS : je vous trouve un beau personnage, M. Philippe.

25/9/10 4:57 PM  
Blogger Hermann said...

(hem, boulette ; J. Cottraux a bien fait allusion dans un cours à ses débuts comme psychanalyste ... vous aviez raison)

27/9/10 2:02 PM  
Blogger clochette said...

Bonsoir,
J’apprécie beaucoup votre optique et surtout votre perspective d'explication concernant cette thérapie. Je suis sur le point d'en entamer une suite a plusieurs années de dépression, et après plusieurs thérapies (psychologie, psychiatrique) inutile qui ont résulté d'un grand manque de confiance en soit et surtout dans la gente médicale.
J'aimerais savoir si en parallèle de ma thérapie, il serait possible de nous échanger quelques mails ?
J'ai perdu beaucoup de temps avec des psy, dont la moitié n'étaient pas compétent, ou non concernés.
J'aimerais être sur, lors de mes premières rencontres, que la technique de travail de ce prochain médecin soit dans les "normes". Et ce, en vous narrant ces réponses, ces explications (s'il y'en a), et surtout sa "mise en route" pour la thérapie. Y'a t'il une adresse mail où vous joindre ?
Cordialement...
Loul'ette

8/11/11 6:06 PM  
Blogger Narcissa said...

Bonjour,

Mon principal soucis est la dépendance affective... Pensez vous qu'une psychothérapie cognitive et comportementale pourrait m'aider ?
J'avais d'abord penser à une psychanalyse mais cette thérapie soigne les dépendances, et d'après ce que j'ai lu, un travail est de toute façon fait sur notre passé...
Merci d'avance pour votre réponse.

15/5/12 10:28 PM  
Blogger Fredadit... said...

L'exemple pris mène droit à la démonstration, implaccable.
Il faut cependant et préalablement admettre que l'escoquerie immobilière est un truc inventé par les avocats et la termite, un pur produit du département marketing de la marque Cuprinol...
Alors là, ça marche tout à fait.
Bien à vous tous,

Jeoffrey.

16/1/13 9:35 AM  

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