23 octobre, 2006

Une TCC est-elle la panacée ?

Pour ma part, j'ai choisi de faire des TCC pour des raisons multiples. Je pense que si je rentrais dans le détail, je pourrais avoir les mêmes raisons que celles qu'Albert Ellis (photo ci-contre), expose dans son livre Dominez votre anxiété avant qu'elle ne vous domine, ouvrage que je vous recommande. Simple, clair, concis et amusant, il a l’immense avantage de vous montrer que guérir n’est pas forcément hors de portée.

Plus jeune, j'étais extrêmement anxieux et je crois avoir tout essayé pour m'en débarrasser. Et notamment la psychanalyse puisque je ne connaissais que cela. J'ai rencontré plusieurs analystes et ma foi, je n'ai pas été séduit par leurs méthodes.

Je les trouvais, mais ce jugement n'engage que moi, inefficaces, grandiloquentes et bien souvent hasardeuses dans leur développement. Peut-être suis-je un chieur, mais je voulais être convaincu et jamais un psychanalyste ne m'a convaincu. Du moins, pas ceux que j'ai pu rencontrer.

J’ai toujours été quelqu’un de très pragmatique et j’adore modéliser. Attention, cela ne veut pas dire que je sois un être insensible et sans imagination, bien au contraire ! Mais quoiqu'il arrive, j'ai les pieds sur terre. Tant et si bien que lorsque l'angoisse venait, je la matérialisais sous la forme d'un bug, une sorte de virus, déclenchant un programme informatique un peu fou, envahissant le champ de ma conscience et obscurcissant à ce point mon jugement que l'avenir me semblait redoutable et que je devenais une pauvre petite chose. Dans son célèbre poème L’angoisse, Paul Verlaine illustre parfaitement ce que peut être l’angoisse :

Lasse de vivre, ayant peur de mourir,
pareille au brick perdu jouet du flux et du reflux,

Mon âme pour d'affreux naufrages appareille.



Ayant dépensé pas mal d’argent chez les psys, il ne m’en restait pas suffisamment à leur consacrer. Reprendre une thérapie n'était pas dans mes moyens. Aussi, armé de mon seul courage et de ma compréhension, j'étais assez fort lors de ces crises d’angoisse pour tenir la barre.

Et j'ai le souvenir que je me répétais "balance un sous-programme mon petit Philippe", une sorte de routine qui aurait pu annihiler cette angoisse. Et ma foi, à force de m’entraîner, j’ai plutôt bien réussi à ne pas me laisser envahir par l’angoisse. Je venais tout seul comme un grand, de trouver le principe central des thérapies cognitives dont je n’avais jamais entendu parler. Ma démarche était sans doute brouillonne et imparfaite mais elle fonctionnait !

Schématiquement, ma méthode était la suivante : j’angoissais et j’étais sous l’emprise des émotions et dès lors, je tentais de raisonner, de ramener la raison au premier plan.

Par contre ma méthode bien qu’efficace, me laissait seul au monde car il est bien difficile d’avoir raison contre un système en place. Aurais-je parlé de mes auto-succès thérapeutiques à un psychanalyste, que celui-ci aurait sans doute souri en m’expliquant que j’avais soigné le symptôme et non la cause. On n’a jamais raison contre la multitude. Et en France, le fait est que la multitude, c’était les psychanalystes.

Fort heureusement, c’est à cette époque que je tombais sur cette phrase d’Epictète :

Ce qui trouble l’homme, ce ne sont point les choses mais le jugement sur les choses.

Je me sentis nettement moins seul le jour où je terminai le Manuel de ce fameux Epictète. Je trouvais le stoïcisme parfait parce que la théorie était carrée, simple, puissante mais suffisamment humble. Partant de là, je lus la plupart des auteurs stoïciens qui me furent d’un immense secours. Je pense notamment à Epictète, Sénèque et Marc-Aurèle. J’ai d’ailleurs un buste de ce cher Sénèque dans mon cabinet.

De fil en aiguille, je découvris les thérapies comportementales et cognitives (TCC) tout simplement parce que les grands auteurs de cette discipline admettaient que leurs théories étaient issues du stoïcisme et citaient abondamment les auteurs antiques. Et, je lus tous les auteurs américains et français publiés en France.

J’ai trouvé chez eux, une grande clarté, une modélisation efficace, une approche plus humble et surtout une vraie démarche scientifique qui fait que l'on n'avance jamais rien sans le prouver au moins statistiquement.

Je l’avoue, je trouve aujourd'hui, que certains spécialistes deviennent carrément scientistes dans leur approche comme si l’humain était un mécanisme d’horlogerie précis et totalement prévisible qu’il suffisait de démonter et de remonter pour que ça marche.

N'oublions jamais que dans la thérapie, au delà du système thérapeutique qui a son importance, la relation thérapeutique reste une notion centrale. Au delà du système, tous les thérapeutes ne se valent pas de la même manière que tous les pianistes ne se valent pas, auraient-ils un Bösendorfer entre leurs mains. De plus, parler des symptômes du patient ce n'est pas forcément nier le discours subjectif qu'il nous adresse à travers eux ! Les praticiens de la TCC ne sont pas des crétins quoiqu'en disent les analystes ! D'ailleurs l'inconscient cognitif, bien que fort différent de l'inconscient freudien, existe et renseigne utilement, bien au delà des seuls symptômes.

Voilà en peu de mots pourquoi j’ai choisi d’appliquer les TCC. Le système est simple, clair, souple, accessible et compréhensible par le plus grand nombre. Le psy ne joue pas le gourou détenant les secrets de la vie et de la mort mais communique son savoir et fait du patient son allié en lui redonnant sa dimension de sujet agissant. Tout comme on explique des stoïciens que ce sont des lutteurs, les TCC sont des thérapies de l’action. La TCC permet d'appréhender la vie en philosophe.

Cela correspondait autant à ma manière de fonctionner intellectuellement (je suis carré sans être rigide) qu’à ma manière d’être (je suis plutôt actif).

***

Alors après avoir exposé tout ceci, les TCC sont-elles une panacée ? Non, elles ne sont pas la panacée. J’obtiens de bon succès et je crois même avoir un taux de réussite assez important et pourtant je ne suis pas efficace à cent pour cent.

L’être humain est parfois un monstre incompréhensible. Aussi, lorsque le succès n’est pas au bout de la route, ou bien moins important que ce que j’envisageais, j’aime à me souvenir de ce la prière que Marc-Aurèle adressait à Jupiter :

Grand Jupiter,
Permets moi d’accroître mes points forts,

Permets moi de corriger mes points faibles et aide moi à accepter ceux que je ne peux corriger,
Et donne moi la sagesse de faire la différence entre les deux.



Parfois en fonction des patients, il y a des choses que l’on pourra corriger et d’autres non. A nous de le comprendre pour faire notre travail avec humilité. A nos patients de le comprendre aussi pour ne pas avoir d’attentes immodérées par rapport à la psychologie. Que le patient et le psy combattent jusqu'à trouver leurs limites et voilà qui fera une thérapie réussie.

Seule une secte ayant à sa tête un manipulateur ou un coaching proposé par un incapable seront capables de vous vendre des résultats totaux et garantis. A la fin de sa vie, Epictète, dur parmi les durs du stoïcisme, que l’on venait consulter de très très loin, cherchait encore la sagesse. C'est d'ailleurs cette sagesse et cette humilité, quelque chose que j'ai pu apprécier chez Jean Cottraux, qui a importé les TCC en France. Dans l'un de ses ouvrages, parlant des schémas cognitifs dysfonctionnels, il admet lui-même que parfois, il ne faut pas être trop présomptueux que notre aide sera dans certains cas limitée. Comme il l'explique, et je le cite de mémoire, parfois alors qu'il faudrait tout raser et reconstruire du neuf, on devra se contenter de refaire les papiers peints et les peintures.

Ceci dit, ayant suivi une analyse jungienne, je garde une forme de tendresse pour Carl Gustav Jung, parce que je dois reconnaître que ses concepts d'anima et d'animus sont fascinants et opérationnels mais aussi parce que ce psychanalyste reste pour moi l'archétype du chercheur ayant défriché toute sa vie, avec un bonheur inconstant, les arcanes du psychisme humain. Il m'arrive souvent d'y faire référence au cours des thérapies que je mène. Finalement, je suis heureux de m'apercevoir que je suis moins sectaire que je ne le croyais.


Le problème du monde, c'est que les imbéciles sont présomptueux et les gens intelligents bourrés de doutes.



4 Comments:

Anonymous une autre fidèle lectrice said...

J'ai l'impression que toutes les personnes qui n'ont jamais fait de psychothérapie ont un fantasme très présent . J'ai envie de leur dire : c'est pas pratique le canapé d'un psy, il est petit quand même ..à deux dessus. Mais bon on tient ...si si on a essayé ... mais pas pour ce que vous croyez ... accepter que son psychotérapeute s'allonge à côté de vous , peut vous permettre de vous reconstruire quand vous êtes "toute cassée" à l'intérieur

29/10/06 7:08 AM  
Blogger philippe psy said...

Ah ?!

29/10/06 6:59 PM  
Anonymous Anonyme said...

Trés heureux de lire votre blog, cher collègue ...

Je me suis longtemps senti seul également ... pas obtu, je considère toujours avec tendresse la psychanalyse qui recèle quelques riches âmes, cependant j'ai longtemps souffert des fièvres innefficaces du divan et - surtout - du dogmatisme des "maîtres". D'où, aujourd'hui, en formation en tcc ... bien à vous.
CV

24/1/07 11:46 PM  
Blogger ptitBrune said...

je suis entièrement d'accord avec votre texte sur les TCC, et j'ai eut la même impression/analyse que vous sur la psychanalyse.

Pour autant, la TCC a des limites, que vous ne niez pas du reste.

Je ne suis pas psy, mais patiente
(impatiente quand il s'est agit de psychanalyse ;-)

La grande problématique des TCC et donc de ce "rééquilibrage" de la pensée et du comportement, c'est que cela s’opère "au forceps"

En temps que patiente, je dois dire que je maintiens que les essentiels. et je pense régulièrement aux autres points de temps en temps : "en cas de besoin"

Pour ceux qui ne connaissent pas les TCC :
C'est rarement de l'acquis pur et dur. Mais cela permet de disposer d'outils qui vont pour la plupart être relégués dans un coin. L'essentiel est de savoir qu'ils existent et d'avoir vu grosso modo comment les utiliser.

30/11/10 1:53 PM  

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