17 décembre, 2006

Bienvenue chez les dingues mon pauvre jeune ami !

Dans le post intitulé, Enfant hyperactif et Ritaline, j'aborde le traitement des enfants, bien que cela ne soit pas ma spécialité. Or, voici deux ans j'ai reçu un jeune patient, mon plus jeune, âgé de onze ans. N’étant aucunement spécialisé dans le traitement des gnards et des chieurs, j’ai l’habitude d’orienter ces demandes de rendez-vous vers des confrères dont c’est le métier, et notamment un pédopsychiatre sympa que je connais bien.

M’ayant été adressée par une ex-patiente que je connaissais fort bien, j’ai finalement reçu la mère du gamin. Après avoir discuté des troubles comportementaux de son fils, j’ai accepté de recevoir l’enfant une ou deux fois, en lui précisant, que si je ne me sentais pas adapté à son cas, je lui donnerais les coordonnées d’autres confrères plus adaptés.

J’ai donc reçu l’enfant et me suis parfaitement bien entendu avec. Vif, marrant, intelligent, il n’avait pas grand-chose, si ce n’est d’être un peu dur. Mais je m’en suis parfaitement bien sorti. Dès le départ, je lui avais proposé de nous appeler monsieur et de nous vouvoyer ou de nous appeler par nos prénoms en nous vouvoyant, ou bien carrément de nous tutoyer. Il me proposa de nous tutoyer et je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Il n’a jamais dépassé les limites et est resté tout le temps que dura la thérapie, fort courtois.

Le pauvre gamin avait surtout comme problème, d’avoir à supporter une mère célibataire, anxieuse et psychorigide, ayant décidé qu’un enfant, ça devait forcément correspondre à un modèle qu’elle avait dans sa petite tête à elle. Ayant déjà élevé deux filles, elle semblait étonnée qu’un garçon puisse avoir d’autres comportements. L’heure est à la confusion des sexes, mais il faut rappeler que les mâles secrètent de la testostérone et sont donc, en général, plus durs et remuants que les femelles ; cela s’observe même chez les animaux. Ce jeune garçon, coaché par une mère, encline à trouver des problèmes là où il n'y en avait pas, avait été confié, depuis qu’il était tout petit, à différents confrères, des plus sérieux aux plus farfelus (psychogénéalogistes).

Un psy, mais peut-on appeler ce genre de branque un psy, genre de Diafoirus formé je ne sais où, arguant d’un possible conflit généalogique entre la mère et la grand-mère, se serait transmis au gamin, avait même recommandé à la mère d’emmener son fils sur la tombe de ses grands parents, afin qu’il demande à sa grand-mère de le laisser vivre en paix. Plusieurs fois, la mère emmena donc le gosse faire la visite des aieux morts, le week-end afin qu'il puisse leur parler. Lorsque le moment arriva de rendre visite à la mémé, enterrée depuis plusieurs années, la phrase rituelle, mise au point par ce psy déjanté, que le gamin devait prononcer face au tombeau, était : « Laisse moi tranquille Grand-mère, garde tes valises car j’ai mes propres valises à porter ». Tant et si bien, que mon jeune patient me raconta cette anecdote et m'expliqua qu'il avait proncé ladite phrase devant la tombe de l'aïeule. Ce jour là, je fulminais mas n'ai rien dit rien bien sûr. Mais, j'ai trouvé qu'il y avait des coups de pied au cul qui se perdaient, ainsi que des procédures pour escroquerie à l'encontre de ces charlatans ! On croit rêver !

Le pauvre gamin n'ayant rien, vraiment rien d'autre, que les problèmes que tous les gamins rencontrent à cet âge, aurait pu traîner de psys en psys, chez des confrères totalement dingues, avides de voir des problèmes là où il n’y en a pas, jusqu'à ce qu'il ait l'âge de dire « merde » à sa mère. Dans quel état serait-il sorti de ce marathon psychothérapeutique ?

Je l'ai donc gardé et je le recevais une fois tous les quinze jours. Il s’est toujours présenté à l’heure aux séances. Nous avons pu échanger fructueusement. Je lui ai appris à canaliser sa violence et à prendre patience, sans jamais le prendre pour un adulte en réduction. En échange, il m’a appris tout un tas de trucs sur les consoles de jeux ! Je l'ai aussi reçu parce que je le trouvais brillant et intéressant et que je ne voulais pas qu’un confrère indélicat le gâche irrémédiablement, en lui fourrant dans la tête des théories abracadabrantes. Je l’ai gardé, parce qu’en faisant tourner le disque dur que j’ai dans la tête (j’ai une excellente mémoire), cela m’a amusé de constater que, malgré les vingt-six années d’écart que nous avions, le monde n’avait pas vraiment changé pour les gamins de douze ans et qu’il ne changerait sans doute jamais.

Je l'ai donc gardé, non du fait d'une quelconque pathologie, mais simplement pour le mettre à l'abri. Et je crois que j’ai fait mon métier et que je l’ai bien fait.

1 Comments:

Anonymous Lucie said...

Très joli texte très sensible. Bravo !

17/12/06 8:12 PM  

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