12 décembre, 2006

Conseils d'une femme de tête aux femmes trop sensibles qui se font tout le temps avoir par les hommes !

Aujourd'hui, je vous propose l'extrait d'un d’un polar de Joe R. Lansdale, dont l’action se situe dans l’East Texas. Hap, un blanc âgé de quarante-cinq ans, type sensible et gentil mais sans profession bien définie, et Florida, une avocate noire, au caractère affirmé, de dix ans sa cadette, discutent ensemble de la viabilité de leur relation. Cette dernière lui explique ce qui la gêne dans leur relation. Loin des clichés éculés du type « l’amour est plus fort que tout », nous assistons à une mise au point intéressante dans laquelle, Florida, femme de tête, explique à Hap, l’homme sensible, pourquoi leur relation est vouée à l’échec.

Le message est intéressant et me rappelle bon nombre d’histoires d’amour pathétiques et misérables, dans lesquelles certaines de mes patientes ont perdu leur âme, faute de n’avoir écouté que leur cœur sans jamais écouter leur tête.

[…]
-Plus ou mois Hap, je t’adore. Vraiment. T’e rigolo. T’es un type comme il faut. T’as plutôt une belle gueule et tu baises magnifiquement. Mais tu ne donnes pas une image de sécurité.
- Tu ramènes tout ça à des perspectives financières. Et l’amour là-dedans ?
- Je ne suis pas amoureuse de toi – je veux dire, pas complètement. Pourtant je pourris l’être. Amoureuse, j’entends. Mais…
- Mais quoi ?
- Ma mère s’est mariée par amour. Mon père s’est marié pour être materné. Après ma naissance, il a décidé qu’il ne travaillerait plus que quand ça lui chanterait. Il avait de l’instruction, Hap. Il était intelligent. C’étai quelqu’un de très gentil. Mais, du coup, ma mère s’est retrouvée au turbin pour assurer la subsistance de la famille, et de temps en temps, quand il faisait beau, papa aidait un producteur de noix de pécan du côté de Wynona. Il gagnait juste assez pour se payer quelques packs de bière, puis il rentrait chez nous… J’adore mon père. Mais ma mère, a été malheureuse. Est-ce que l’amour vaut ça ?
- Qui a dit que j’allais rester couché, les pieds bien calés, devant la télé, en buvant des packs de bière ?
- C’est quoi ta profession, Hap ?
- La plupart du temps, je travaille dans les champs.
- C’est pas une profession. C’est un job. Ou ça devrait l’être. T’as la quarantaine, d’accord ? Et en ce moment, c’est Léonard qui t’entretient…
- Je l’ai suffisamment entretenu, moi aussi. Hé, écoute-moi. Je paie mes factures. Je fais ma part. J’ai rien à voir avec ton père.
- Peut-être que non en effet. Mais j’aime l’ambition. J’apprécie les gens qui se lèvent le matin et on un but. Un vrai but. Moi, j’en ai un. Je veux que l’homme que j’aime en ait un aussi.
- C’est mon cas. J’attends toujours le petit déj avec impatience.
- Et tu te planques trop souvent derrière l’humour.
- Et toi, tu n’écoutes pas assez ton cœur.
- Mon cœur n’est pas aussi malin que ma cervelle, Hap. J’espère trouver quelqu’un que j’aimerai et qui aura de l’ambition et des buts dans l’existence. Peut-être que mon cœur ne me dit pas ce que tu as envie d’entendre.
- Je ne manque pas d’ambition. J’ai juste été temporairement sur une voie de garage, c’est tout. Quelque chose va se présenter qui…
- C’est exactement ce que je veux dire Hap. T’attends la chance. T’attends de gagner au loto. T’attends qu’un truc merveilleux se pointe sur le pas de ta porte. Tu n’as pas l’idée de forcer un peu le destin.
- J’ai assez d’argent pour le moment.
- Pour le moment. Et je ne parle pas d’argent. Mais d’un but, d’une ambition. Toi tu préfères te la couler douce […]

L'ARBRE A BOUTEILLES. Par Joe R. Lansdale. 352 pages sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio policier (No 352) (2004), Gallimard -rom. ISBN 2070300595. Parution : 25/11/04. Résumé :
« Par un mois de juillet torride, Hap et Léonard décident de nettoyer la vieille baraque que Léonard vient d’hériter de son oncle Chester. Sous le plancher pourri, ils découvrent un petit squelette emballé dans des magazines pornos. En bon blanc hétéro, Hap, veut prévenir les flics. Noir et homo, Léonard préfère s’en remettre aux codes non écrits de la communauté Noire. Ensemble ils vont creuser jusqu’à débusquer la plus horribles des vérités sous les cloques du soleil texan. »


Au-delà de ce simple roman, Lansdale (photo ci-contre) est un écrivain fabuleux au style inimitable bourré d’humour. L’arbre à bouteilles est le premier roman d’une saga unissant les deux héros, Hap le blanc hétéro démocrate et Léonard, le noir homo et républicain. Loin des clichés raciaux et sociologiques habituels, Lansdale nous montre une autre réalité. Les histoires basées dans la région peu connue de l’East Texas, l'endroit où l'on cultive les roses et notamment les célèbres Yellow roses of Texas, ce qui apporte une touche d’exotisme amusante. En effet, si vous avez l'image d'un Texas désertique, façon Far-West écrasé par le soleil avec des crânes de vache blanchis et des cactus, vous avez tout faux. Situé près de la Louisiane, l'East-Texas est une région au climat tropical et à la végétation luxuriante, arrosée par de nombreux cours d'eau. Si vous aimez les polars, vous devez absolument lire Lansdale, vous ne le regretterez pas !


(Carte de l'East Texas)

1 Comments:

Anonymous Anonyme said...

On peut imaginer que Florida et Hap se soient unis, pour le meilleur et sans doute pour le pire. Si Florida avait été moins lucide, elle aurait pu avoir un jour la très désagréable surprise de se voir reprocher par Hap la médiocrité de sa propre existence.

29/3/07 12:23 AM  

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