26 février, 2007

Norme et tolérance ! Réaction à mon article précédent !


Je suis content, très content, tel le boutiquier surveillant son chiffre d’affaires, je vois le nombre de mes lecteurs remonter. Alors que je plafonnais depuis trois semaines à 25/35 lecteurs par jour, hier il y en eut près de trois cents et aujourd’hui, à l’heure à laquelle j’écris vous êtes plus de deux cents à être venus lire ma modeste prose.

J’ai aussi eu certains commentaires. D’une part on me signale que parfois l’affichage fonctionne mal et notamment celui des illustrations. C’est sans doute du à votre navigateur ou votre système d’exploitation car, pour moi qui utilise Firefox, tout va bien.

Enfin, je voulais intervenir à propos du commentaire que m’envoie une certaine Isabelle et que je reproduis ci-dessous in extenso :
» […] Toutefois, au sujet de cet article. En tant que psy, ne trouvez-vous pas « anormal » d'être attiré par les femmes amputées ? C'est tout de même étrange et très bizarre. Je vous trouve trop conciliant pour un psy. En tout cas votre blog est sympa. »

Je remercie déjà cette lectrice de venir me lire mais aussi de prendre le temps de m’écrire un petit commentaire. Alors il semblerait que dans ce court commentaire, on me demande de me prononcer sur ce qui serait normal ou non. Et enfin, on me trouve trop conciliant dans l’article que j’ai rédigé à propos de l’acrotomophilie. Je vais donc répondre à ces deux points :


1 - En ce qui concerne la norme, rappelons ce qu’est une norme. Une norme (du latin norma, équerre, règle) désigne un état habituellement répandu ou moyen considéré le plus souvent comme une règle à suivre.

Ce terme générique désigne un ensemble de caractéristiques décrivant un objet, un être, qui peut être virtuel ou non. Tout ce qui entre dans une norme est considéré comme « normal », alors que ce qui en sort est « anormal ». Ces termes peuvent sous-entendre ou non des jugements de valeur. En philosophie, une norme est un critère, principe discriminatoire auquel se réfère implicitement ou explicitement un jugement de valeur.

La norme sous-entend forcément la notion de pouvoir car, pour qu'une norme, une règle de vie entre en vigueur dans une société, elle doit être acceptée par la majorité, devenant la loi du plus grand nombre, ou imposée par un pouvoir.

En matière sexuelle, puisque l’acrotomophilie traitait d’une attirance sexuelle, il est difficile de définir une norme. La norme, en tant que telle, ne signale que des pratiques courantes et majoritaires. Dès lors, l’homosexualité dans la Grèce antique est la norme et les unions hétérosexuelles ne sont valorisées que parce qu’elles permettent la perpétuation de l’espèce. Sinon, les femmes dont le statut est fortement dévalorisé, restent au gynécée, tandis que les hommes restent entre eux.. Le gynécée est le terme utilisé pour désigner l'appartement des femmes dans les maisons grecques et romaines. La zone dévolue aux femmes comporte les activités qui leur correspondent. La société issue de la civilisation grecque les confine dans des rôles liés au foyer. La pensée grecque les excluait des tâches intellectuelles.

De nos jours, malgré une forme de reconnaissance, l’homosexualité reste marginale et donc anormale, d’un point de vue statistique. Dès lors, que doit-on faire ? Rééduquer les homosexuels pour en faire de parfaits hétérosexuels ? Ou admettre qu’à la marge de la norme, définie uniquement statistiquement, existent des tas de pratiques sexuelles, dont la rareté n’entraîne pas forcément le fait qu’ils s’agissent de pathologies.

Je connais pour ma part des homosexuels à qui je pourrais délivrer un certificat de bonne santé mentale, alors que je peux recevoir des hétérosexuels dotés d’une personnalité pathologique. Dans le même temps un homosexuel pourra être paranoïaque, hystérique, ou que sais-je encore, tandis qu’un hétérosexuel pourra être exempt de toute personnalité pathologique.

Tout ceci pour vous dire que la norme ne m’intéresse pas particulièrement d'un point de vue professionnel parce qu’elle ne permet aucune objectivité diagnostique. La norme est avant tout une définition statistique et peut-être exploitée de la sorte. Peut-être existe-t-il, comme origine de ces attirances hors normes, une cause génétique ? C’est une piste vers laquelle on s’oriente.

Et donc ? Etre roux en France, c’est faire partie d’une minorité représentant environ 7% de la population, c’est donc anormal, par rapport au fait d’être brun, châtain ou blond, c’est génétique et ce n’est pas pathologique pour autant. Je ne me vois pas recevoir une personne rousse du fait de sa couleur de cheveux, sauf si de ce fait, elle a enduré des moqueries dont elle subi encore le préjudice. Si je devais rééduquer les roux, alors je pense qu’un coiffeur ou un coloriste seraient plus adaptés. Et encore, restera un type de peau spécifique, ne supportant pas le soleil et présentant parfois des éphélides. Dès lors, il faudra que le coiffeur s’adjoigne les services d’un dermatologue !

Ainsi, comme je le précisais dans cet article, et dans l’article traitant de gypsophilie, je peux traiter les conséquences psychologiques d’un état, tout en ne considérant pas l’état en lui-même comme étant pathologique. Curieusement, je constate que les personnes dotées d’un comportement hors norme, aspirent souvent à entrer dans la norme.

Soit, elles imaginent que le comportement qui les rend hors norme, est nuisible pour leur santé et peut-être éradique utilement, auquel cas, elles cesseront ce comportement anormal pour entrer dans la norme et par exemple le toxicomane deviendra non toxicomane.

Soit, il est impossible pour cette personne d’arrêter ce comportement hors norme, c’est le plus souvent le cas pour les attirances sexuelles, auquel cas, la personne créera un environnement plus favorable à son environnement, afin que son anormalité devienne la norme. C’est ainsi que les homosexuels auront leurs bars, leurs quartiers, pour bénéficier d’une forme de paix, tandis que les acrotomophiles (ou autres), développeront leurs réseaux sur Internet afin d’avoir un répit au sein d’une communauté ayant le même type de comportement.

Voilà ce que je peux dire de la norme.

2 – Ma lectrice me reproche aussi d’être trop conciliant. J’en profite pour rappeler qu’il existe des comportementaux anormaux sur lesquels je n’ai pas à me prononcer : chacun fait ce qu’il veut avec son cul. Je ne suis pas sergent recruteur pour le compte de l’Etat et mon métier ne me fait pas obligation de rendre les gens normaux en les rééduquant, mais de les rendre plus conscients et épanouis. J’ai trop vu de personnes malheureuses du fait de la norme pour verser dans ce genre de rééducation.

Pour répondre à ma lectrice, oui, je trouve que l’acrotomophilie est étrange et bizarre, et même anormale osons carrément le dire, du fait de son caractère phénoménal. Mais finalement, ce comportement n’est pas plus étrange et bizarre que d’aimer exclusivement les brunes ou les blondes, les petits seins ou les gros seins, les yeux bleus, les torses velus, les jolis pieds, les beaux culs, etc. Et je pense qu’on peut (et doit) unifier une société sur des valeurs autrement plus élevées, telles que la droiture, l’honnêteté, le sens de l’effort, que sur des critères d’attirance sexuelle que je trouve sans grand intérêt.

Dans les faits ce qui vous choque dans cette pratique, c’est qu’une personne puisse être attirée par ce que l’on nomme un handicap. En effet, votre jugement peut être obscurci par la vision que vous avez du handicap. Chère Isabelle, si pour vous, le handicap est quelque chose d’atroce, de monstrueux, et de laid parce qu’il vous impose l’idée d’un corps morcelé, dysfonctionnant, et cassé, dès lors vous discriminez en pensée les handicapés, et leur ôtez toute possibilité d’être aimés pour ce qu’ils sont ! Ou alors, vous imaginerez qu’on peut les aimer d’une manière platonique, à la manière d’un bénévole associatif regorgeant de faux bons sentiments, mais surtout pas d’une manière érotique, parce que pour vous, un corps hors norme, ne peut absolument pas être érotique. Avez-vous raison ou tort, c’est votre point de vue et je n’ai pas à me prononcer. Simplement, en décrétant l’acrotomophilie étrange et bizarre, n’oubliez pas que vous projetez uniquement votre conception de l’érotisme d’un corps. Vous édictez une norme sans pour autant être capable de me prouver la pathologie d’un comportement !

Et vous alors ? Plaisez-vous à tous les hommes ? Peut-être donnez-vous une érection de folie, à l’homme qui partage votre vie, tandis que vous laisserez d’autres hommes totalement froids, et pourtant vous êtes valide. Mais, même en étant valide, vous êtes finalement une handicapée pour d’autres hommes qui ne vous voient pas en tant qu’être érotique.

Ma profession, et ma formation dirai-je, implique le fait que je ne projette pas ma propre norme sur mes patients. Ne jamais projeter et rester perpétuellement objectif est certes impossible, toutefois, je m‘y emploie en ne jugeant pas moralement mes patients. C’est la base de mon métier. Mon jugement n’intervient que si je me retrouve face à un pervers, mettant en danger autrui, et je vous rappelle que le fait d’avoir une perversion sexuelle, que l’on nomme aujourd’hui une paraphilie, n’implique pas du tout, le fait d’être pervers. Voilà pourquoi je peux me montrer conciliant, c’est à dire légitimement tolérant et ouvert, dès lors que la personne n’est pas perverse.

De plus, je vous rappelle que le fait pour un homme de coucher avec une amputée ou un autre homme, ou par exemple, pour une femme de coucher avec un paraplégique ou une autre femme, n’est pas interdit par la loi. Et c’est tant mieux.

En conclusion, si je peux trouver des choses étonnantes, bizarres et anormales, mon métier et ma vocation m’incitent à ne pas les juger à l’aune de mes propres pratiques. Et je vous rappele que ces anormalités de comportement, sont le plus souvent de grandes souffrances pour les gens qui en sont affligés. Si vous me trouvez trop conciliant, alors je vous incite vous-même à vous montrer plus tolérante. Non pas tolérante de manière immature, bêbête et gauchiste idéaliste, en acceptant tout et n'importe quoi, mais simplement en admettant que les gens ne choisissent pas ce qu'ils sont et que parfois, changer est impossible.

Et pour conclure, une vidéo qui n'a rien à voir avec le sujet ! Mais comme ma télévision est restée allumée, j'entends la scène qui passe sur Télé Monte-Carlo, à l'instant ou je conclus cet article !



Je ne m'en lasse pas même si c'est stupide !

4 Comments:

Anonymous babord toute ! said...

Où s'arrête votre tolérance puisqu'il semble que votre tolérance soit mieux que celle des "gauchistes" ?

Vous prônez la plus haute tolérance pourtant en employant le terme "gauchiste", vous ne semblez guère apprécier et tolérer les personnes de gauche... et paaaaaaaf

26/2/07 9:35 PM  
Blogger philippe psy said...

Je vous répondrai dans un article.

27/2/07 12:19 AM  
Anonymous Yatan said...

- vous proposez une définition de la norme comme moyenne, ce qui est le plus répandu. on pourrait compléter via Le Normal et Le Pathologique, Canguilhem, et sa définition nietzchéenne de la norme en rapport avec la santé, comme création vitale. Est alors normal celui qui peut s'adapter, qui est en mesure non pas seulement de faire face à ses conditions de vie habituelles et quotidiennes, mais celui qui peut vivre autrement, du plus de manière possible. Redéfinition intensive de la norme, qui admet des degrés. Peut-être alors que l'acromatophile est normal si ses goûts sexuels sont pour lui une occasion d'enrichir ses expériences, d'accroître le pouvoir affectif de son corps (pouvoir affecter et être affecté, au sens spinoziste), au contraire il est "malade" si c'est pour lui une limitation, si cela crée ou entretient des affects tristes, dépressifs, s'il le vit lui-même comme quelque chose de dégradant, etc. Ce qui ne fait pas de lui quelqu'un de plus anormal qu'un hétérosexuel standart qui vit sa sexualité de façon coupable et préfèrerait se passer de corps que d'assumer le sien. Autant dire que ce ne sont pas les catégories classiques de préférence sexuelle qui déterminent le caractère normal ou non, mais le profil affectif...

- Chez les grecs anciens l'homosexualité a un caractère social marqué, elle n'est pas "majoritaire", donc pas une norme au sens que vous proposez, c'est une pratique aristocratique. Les plébéiens en général (y compris les hommes) la tenaient en très piètre estime. Voir Aristophane par exemple.

21/8/07 8:36 AM  
Anonymous Yatan said...

j'ai écrit acromatophile dans le post précédent, je parlais bien sûr pas des amateurs de noir et blanc, merci de corriger en acromotophile.

21/8/07 8:47 AM  

Enregistrer un commentaire

<< Home