16 mars, 2007

Confusion des genres !


J'adore lire, c'est ma drogue. Je dois à la lecture ma culture encyclopédique qui me vaut l'admiration de tous et surtout la mienne, puisque je suis mon premier admirateur.

Aujourd'hui, il faut choisir et l'on est soit littéraire, soit scientifique, et les deux mondes semblent irréconciliables. Les premiers sont censées être logiques tandis que les seconds auraient pour eux la créativité.

Dans ma profession, lorsque la logique scientiste supplante tout, cela donne l'aride DSM, qui bien que présentent d'indéniables qualités de concision, n'en est pas pour autant un livre de chevet. A l'opposé, quand la créativité annihile toute logique, on donne alors dans le conte de fée pseudo scientifique permettant d'ériger des dogmes absurdes : il suffit de lire Elizabeth Roudinesco pour le comprendre.

Et si l'on pouvait être aussi doué en science et en littérature ? Si l'on brisait ce dogme absurde décidant qu'il faudra forcément choisir entre logique et créativité ?

Fut un temps, les psys, de formation scientifique, étaient aussi souvent de fins lettrés. Naguère, on n'aurait pas imaginé, que parce qu'on était à priori plus doué en sciences qu'en littérature, il faille ignorer la grammaire et l'orthographe. Des médecins comme Tchekhov ou Conan Doyle, mais il y en eu bien d'autres, nous prouvent qu'un scientifique n'est pas forcément un gougnafier incapable d'aligner deux phrases. Pour nous, ce fut le temps de la grande clinique française. On cherchait habilement, intelligemment et on était capable de modéliser ses questionnements dans un français toujours correct et même parfois superbe.

Actuellement, je suis souvent déçu par les publications en psychologie. Certes la relecture garantit l'absence de faute mais cela manque souvent de style. Et au-delà du de la forme, le fond même pâtit des lacunes littéraires des rédacteurs. En bref, par exemple, la plupart des oeuvres de psychopathologie, sont un peu chiants à lire, très succincts et se bornent souvent à énoncer des symptômes sans montrer de manière vivante comment ils s'articulent de manière dynamique.

A ce titre, je reste admiratif les ouvrages rédigés par le docteur Quentin Debray, psychiatre, écrivain et enseignant. Mais, en tant que fils du célébrissime professeur Pierre Debray-Ritzen, psychiatre et découvreur des origines de la dyslexie mais aussi docteur en histoire de l'art, il fut à bonne école. Ceux qui s'intéressent à la psychiatrie tout en appréciant les beaux textes, et veulent oublier les délires pompeux et verbeux des psychanalystes ou la bouillie des psys analphabètes, courront se procurer ses deux ouvrages suivants :
  • Les Personnalités pathologiques: Approche cognitive et thérapeutique, Paris, Masson ; 1997 : une merveille qui allie la précision scientifique à de réelles qualités littéraires ;

  • Psychopathologie de l'adulte, Paris, Masson ; 2001 : Sans doute le manuel de psychopathologie le plus clair et le mieux rédigé avec pour une fois, un plan cohérent permettant à n'importe qui d'appréhender cette discipline sans se perdre.

A l'opposé, dans ces temps où l'on n'opposait pas forcément scientifiques et littéraires, de nombreux écrivains se distinguèrent par une logique évidente et des intuitions redoutables. C'est ainsi que Aldous Huxley, écrivain britanique, connu pour son célèbre roman "Le meilleur des mondes", s'est souvent signalé par des réflexions étonnantes qui pourraient inspirer bien des chercheurs.

« L’abjecte patience de l’opprimé est peut-être le fait le plus inexplicable de toute l’histoire humaine, comme il est aussi le plus important ».
A. Huxley, Le meilleur des mondes

« Il y aura dès la prochaine génération une méthode pharmaceutique pour faire aimer aux gens leur propre servitude, et créer une dictature sans larmes, pour ainsi dire, en réalisant des camps de concentration sans douleur pour des sociétés entières, de sorte que les gens se verront privés de leurs libertés, mais en ressentiront plutôt du plaisir »
A. Huxley, discours prononcé en 1961 à la California Medical School de San Francisco

Ce qui est amusant, c'est que Huxley fut ausi un grand mystique qui a été un des premiers à faire l'expérience des drogues psychédéliques, dans une quête d’illumination. Il est connu pour avoir pris 100 microgrammes de LSD sur son lit de mort. Les expériences psychédéliques de Huxley sont racontées dans les essais : Les Portes de la perception et Le Ciel et l'Enfer. Le titre du premier ouvrage inspirera plus tard à Jim Morisson et à son groupe leur nom : « The Doors ». Ses écrits sur les expériences psychédéliques devinrent des classiques parmi les premiers hippies.

Loin des préjugés étatiques sclérosants, imposant chaque fois aux individus de choisir entre ceci ou cela pour leur bien, force est de constater, qu'on peut renoncer parfois à choisir pour être à la fois doué en ceci et en cela .

2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

comme moi ki suit bon en tout: modestie, sensibilité , panache,élégancé,intelligence, raffinement , pourkoi choisir!! ;)
hubert

16/3/07 6:37 AM  
Blogger philippe psy said...

Ouaip, bon en tout sauf en orthographe Huby ! Mais bon tu es excusé, t'as un bac C !

Remarque, en y réfléchissant, quand on t'observe et qu'on t'écoute, t'as un peu le côté "peine-à-jouir" de l'ingénieur caricatural ! T'as juste la grande gueule en plus !

T'as vu comment Alain t'as dosé jeudi ???!!!
:))

16/3/07 6:52 PM  

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