05 mars, 2008

Principe de plaisir, principe de réalité !

Prague mai 68

Dimanche, j'ai regardé l'émission de Serge Moati, Ripostes, sur la 5. C'est dire si je n'avais rien à faire pour regarder cela. Mais bon, ça ou autre chose hein ? Le thème était "68, 2008, quelles révoltes ?".

Il parait qu'à l'approche du quarantième anniversaire des barricades, les livres sur l'héritage, les conséquences, les souvenirs... de Mai 68 n'en finissent pas de paraître. Alors faut-il célébrer 68 de façon nostalgique et romantique ? Ou en " liquider l'héritage " comme le suggère le Président de la République ? Qu'est-ce qui a changé en quarante ans, dans la nature de ces révoltes, leur espérance ou leurs désespérances ?

Invités sur le plateau : Henri Weber, un obscur député socialiste, Alain Madelin ancien d'occident, Alain Finkielkraut dit Finky et bien sur Daniel Cohn-Bendit dit Dany le rouge ! Ce n'est pas tant que le sujet m'intéresse mais bon, n'ayant rien d'autre à faire, je suis le débat.A part Finky, je les trouve tous doués ! Un peu plus et on a l'impression de voir de vieux potes qui se racontent leurs histoires. Et c'est d'ailleurs un peu ça ! Un peu plus et on en oublierait le côté pernicieux de Mai 68 et sa cohorte de petits cocos admirateurs de Pol Pot et de Mao, qui nous auraient bien installé des soviets ou fait défiler les gardes rouges !

Non, ne reste dans le discours des invités que le vent libertaire qui a soufflé sur la France en ce mois de mai ! Moi dont le blog est référencé sur des blogs réactionnaires, je devrais gueuler contre cette époque et la vomir, voir regretter ce qu'il y avait avant.

Manque de pot, bien que né sous De Gaulle, en mai 68 j'avais un an et trois mois, ce qui fait que j'ai peu de souvenirs de ce qui existait avant. Et puis, des gens en qui j'ai toute confiance, m'ont un peu parlé de ce qu'il y avait avant. On aura beau dire que c'était mieux avant, ça n'avait pas l'air.

Mon vieux pote Michel, âgé de vingt ans de plus que moi, vieux libertarien dans l'âme mais pas pour autant ennemi de l'ordre, m'a expliqué son adolescence. C'était un carcan, fais pas ci, fais pas ça, etc. Dans la société pyramidale coincée telle qu'elle préexistait, soit vous étiez en haut et c'était cool, soit vous étiez en bas et vous fermiez votre gueule. Par exemple quelques années avant, les jeunes avaient eu le droit d'aller se faire massacrer pour des guerres perdues d'avance dans des contrées super exotiques.

Moi qui aime pourtant bien l'ordre et qu'on ne vienne pas m'emmerder, ce n'est pas pour autant que je supporte forcément bien les ordres reçus si je ne les estime pas légitimes. Quand je vois ce que l'état, ses collectivités territoriales et leurs établissements publics m'en font déjà baver aujourd'hui à coups de lois, de décrets, d'arrêtés, d'ordonnances et de circulaires, j'imagine ce que ce devait être avant. Les patrons, les curetons, les profs, les élus, tous ligués pour vous expliquer comment marcher droit sans que vous n'ayez votre mot à dire.

Sur le plateau, le député socialo est à peu près inexistant. Ancien trostkyste reconverti dans le métier de politique, on ne l'entend pas ou peu. En revanche, Madelin tire bien son épingle du jeu. Jeune facho reconverti dans le libéralisme, il montre qu'on peut évoluer paisiblement. Latter de l'étudiant gauchiste devient presqu'un jeu et une erreur de jeunesse. Mais qui l'en blâmerait ? C'est vrai que ça devait être tentant. Un genre de grosse déconnade comme ceux d'en face mais avec des idées adverses.

Justement en face, il y a Dany le rouge et lui il m'estomaque. Déjà il ne se la joue pas star ou disons qu'il use de la fausse humilité avec brio, dans le genre du mec qui sait qu'il est rentré dans la postérité et dans l'histoire, qui en prend acte et qui peut donc se permettre de jouer les faux modestes. Le mec est vraiment cool, déconne avec Madelin et montre qu'il est passé à autre chose, même si on ne sait pas vraiment à quoi.

Ce Dany le rouge m'enthousiasme vraiment. C'est le mec plein de talent, le hâbleur qui prouve que quand on a du culot et qu'on est intelligent, on peut passer sa vie en s'amusant ! Il donne de la réalité au plaisir et à la jouissance. C'est la cigale qui a réussi. Il fait même très fort en disant qu'il ne comprend pas que Sarkozy s'en prenne à Mai 68 vu qu'à l'Elysée, il fait ce que l'on recommandait en 68 : jouir sans entraves !

En face de lui, à côté de Madelin, est assis le triste Finky qui tente de débattre intelligemment entre ces trublions. Pauvre de lui, on croirait le jeune agrégé désargenté qui vient de prendre son poste à Jeanson de Sailly et croit en sa mission de prof. Ca déconne autour, tout le monde voit que le débat n'a rien de sérieux même Moati, mais Finky se croit dans une émission sérieuse. Et comme il est un peu autiste, plutôt que d'accorder sa manière de communiquer avec l'ambiance du plateau, il en remet une couche ! Tout gris, tout mal coiffé, verbeux, voilà notre Finky imperturbable au tableau noir qui poursuit son cours dans le bordel généralisé.

Et pourtant, il dit des choses sympas Finky et même très justes. Lui, il n'a pas envie de faire croire que Mai 68 fut un joyeux bordel et uniquement un souffle libertaire. Il en veut pour exemple le vent de "n'importe quoi" qui a pu souffler par la suite. Il explique patiemment, doctement, il résiste contre vent et marée. Il fait des phrases pour énoncer sa théorie. Mais, personne ne l'écoute. Le brillant Dany remporte la palme. Il l'appelle même "monsieur le professeur" en le tutoyant pour se foutre de sa gueule !

Finky rien qu'avec cette vanne aurait du comprendre que Dany s'en tamponne du monde actuel et qu'il est sur le plateau pour rigoler. Lui il a bien déconné voici quarante ans, et il en profite encore. Dany, il est un peu comme Patrick Hernandez, un seul tube et on fait sa vie là dessus ! Mais Finky ne saisit rien. Plutôt que de se mettre à l'unisson et de rigoler quitte à balancer deux trois vérités en déconnant comme parvient à le faire Madelin, Finky la fourmi continue à bosser.

Finky c'est le prof qui veut faire bosser les élèves jusqu'au dernier jour de classe alors qu'ils ne veulent plus rien faire parce que les vacances sont déjà là, le prof de piano à l'ancienne qui a juré de dégouter son élève en lui faisant jouer des trucs chiants. Tandis qu'un mec un peu moins con et doté d'un sens inné de la pédagogie, comprendrait qu'il faut un break et qu'il y a un temps pour bosser et un autre pour se détendre, Finky veut aller jusqu'au bout. Il a un côté comissaire politique ce mec !

J'ai donc passé un agréable moment. On a coutume d'opposer principe de réalité et principe de plaisir. Dans Ripostes, dimanche dernier, Finky nous ancrait dans un réel déplaisant et Dany dans un plaisir réel. Le monde n'était pas partagé entre les cigales et les fourmis.

Peut-être que le jour où Finky admettra qu'on peut énoncer des vérités sans être chiant, il marquera plus de points. Y'a pas à dire, même si le produit est d'une importance capitale, l'emballage compte aussi. Parce que croire que l'on va capter un auditoire avec des trucs intelligents, en étant tout nul, tout gris, tout rassis, c'est faux, à moins de faire cours au Collège de France.

C'est un peu ce que je vis dans ma campagne électorale. Certes, en tant que libéral quasi isolé parmi des socialos et quelques UMP, je ne suis pas toujours à la fête. Ceci dit, quand je ne suis pas d'accord, je les tacle. Mais bon, on bosse généralement dans une bonne ambiance. On est allé tracter dans le froid, sous les giboulées, on a bien rigolé et on a fini au rade à s'arsouiller au Gewurztraminer. C'était sympa et bon enfant.

En face, ils sont tous en costards gris tout nazes avec des gueules compassées : une amicale de notaires en retraite. quand ils veulent jouer les mecs cools on croirait Pierre Richard dans Les compères qui tente de jouer les jeunes pour les amadouer : "ouah cool la basse, chouette la rythmique, ça balance les jeunes !", personne n'y croit. Et les rares fois où ils vont au rade, c'est tout juste s'ils ne regardent pas derrière eux, dès fois qu'on leur fasse une réputation d'alcoolo. C'est étrange, ils ont peur de leur ombre. Ils sont sérieux mais sans aucune trace d'autorité. J'ai mille fois plus de raisons d'être en accord avec eux et pourtant j'ai rallié le camp d'en face. Je ne voulais plus que ma commune leur ressemble, terne et triste.

Quel drôle de choix que de pencher vers des gens dont je ne partage pas forcément les idées mais que je trouve sympas. Je suis peut-être idiot à moins que les valeurs de l'amitié et le sens du partage (pas au sens socialiste !) soient plus importants pour moi ? Après tout Socrate a laissé de lui, outre son enseignement, l'image d'un mec rigolo et bon vivant.

M'en fous, faut que ça change par chez moi, alors je fais mon petit mai 68 dans mon coin !

9 Comments:

Blogger El Gringo said...

Après Dany-le-rouge, Phily-le-rose?

5/3/08 8:34 AM  
Blogger Laurence said...

- Te souviens-tu de mai 68 ?
- Non mais par contre, je me souviens de mes 69 !

(Les Inconnus)

5/3/08 10:21 AM  
Blogger Laure Allibert said...

Je crois que le problème de Finkielkraut est qu'il ne se remet pas d'avoir pu être aussi con à l'époque de mai 68... Alors que les autres s'en remettent plutôt bien.

5/3/08 11:26 AM  
Anonymous Anonyme said...

Nouvelle sur votre blog que je trouve drôle et sympa.

Mais je m'interroge, les cas que vous relatez en matière de psy ou même en politique sont-ils réels ou est-ce un peu "romancé" ?
Marie

5/3/08 1:45 PM  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour mon Phi-phi,

Tu m'étonneras toujours... Et tant mieux. Tiens puisque tu en es aux rosateries, ton "article" et les précédants sur le même sujet (ta liste et tes élections) me font penser à ce que Mitterrand avait dit de le Pen :"Ce dont il rêve c'est qu'on lui serre la main ; n'importe qui pourrait l'acheter avec une poignée de main et un demi marocain". Sacré François ! Il s'y connaissait en politique, en hommes et en listes !!! Tiens a propos de mitterrand c'est lui qui a sifflé la fin de la récré, la fin de l'esprit de 68. Et puis si tu n'as pas idée de ce pouvait être la France AVANT eh bien vois-tu la France d'APRES c'est celle de Giscard ! Giscard, le président soixant'hui'tard.

Bon allez. Vive la poulitique ! Et puis, je crois aux signes : t'es numéro 13 sur la liste..... C'est pas un hasard.....

Mes amitiés à Didier Bourdon.

Régis

5/3/08 9:31 PM  
Anonymous SK said...

Excellent billet, très drôle. Pauvre Finkie, je l'imagine tellement bien grâce à vous...
Tout le monde s'en fout. Mais votre photo nous ramène à une autre vérité, moins rigolarde. Bien vu.

5/3/08 10:40 PM  
Blogger Robert Marchenoir said...

Danny vous donne l'impression d'être marrant et cool, mais vous ne voyez pas que ce qui le fait rigoler, c'est d'observer le manche à balai qu'il vous a mis dans le fion.

C'est vous qui payez son salaire de député européen payé à rien foutre, sinon à emmerder le monde avec des règlements à la con. Avec des notes de frais royales. Et qui en plus se paye le luxe de dégoiser sur la révolution.

Et vous, bonne poire, ça vous fait marrer. Vous préférez Dany à Finky, qui vous dit la vérité, qui ressemble à un prof du Collège de France.

C'est vrai que c'est nul, prof au collège de France. Pfff. Quelle burne, ce Finky. Il a même pas un attaché de presse ou un conseil en communication. Quel ringard.

6/3/08 2:28 AM  
Anonymous Anonyme said...

Sympas les portraits croisés de Finky VS Dany.
Les socialistes se marrent avec l'argent des autres !
Les UMP se font chier avec leur propre fric !

6/3/08 10:15 AM  
Blogger philippe psy said...

@Robert Marchenoir : C'est justement le talent de Dany le Rouge que de tout faire oublier. A l'écouter, Mai 68 ne fut qu'une grande partie de rigolade. Je ne suis pas un de ses supporteurs mais je l'ai trouvé très fort ! Que voulez-vous, la com' marche bien.

Et je n'ai pas dit que je préférais Dany à Finky, relisez-moi. Je dis que Dany et Madelin sont ceux qui s'en sortent le mieux.

Finky n'avait rien à faire dans cette émission à moins d'être à l'unisson. Soit il se levait et partait pour ne pas participer à ce qui était une grande foire, soit il adaptait son ton ! Le fond est important et le style aussi. C'est indéniable.

A propos du Collège de France, si un jour tu tombes sur les ouvrages de Pierre Hadot, tu constateras qu'être intelligent et chiant n'est jamais obligatoire.

J'ai le souvenir de cet ancien maire de Charenton, Alin Griotteray, qui avait été sublime sur un plateau de Dechavanne et avait été capable de retourner la salle. Ses idées restaient les mêmes, mais sa communication avait été adaptée ! Je ne pense pas qu'il avait un conseiller en communication, juste du talent.

Quant au salaire de Dany, nous en sommes à payer celui de tous les salaires des autres, un de plus ou un de moins...

@Regis : Rassure-toi on me serre la main indépendamment des élections. J'ai le contact facile et je m'entends bien avec les gens. Je trouve donc ta comparaison avec JMLP étonnante.

Et puis, quitte à me faire acheter, j'aurais négocié une place plus importante. Sache aussi que ces places ne veulent rien dire. Il faut que la liste soit élue pour que les colistiers négocient leurs places définitives. Il faut donc être élu et rien n'est jouée !

Les phrases à l'emporte-pièce de François Mitterrand laisseront de lui, l'image d'un homme plus intelligent que capable. Il n'aura rien fait, rien laissé de concret.

Pour ce qui est de la France d'avant 68, ce n'était pas rose non plus rassure-toi. L'autorité légitime est un concept bien différent de l'autoritarisme. Il n'est pas sur qu'on ait plus rigolé sous De Gaulle que sous Giscard.

@Laure Allibert : Je suis bien de votre avis. C'était une réunion d'anciens sans importance particulière.

6/3/08 2:36 PM  

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