01 juin, 2008

Le libéralisme : la poule et le renard !

Bantam de Pékin

Comme vous le savez, je lis de nombreux blogs. Voici quelques jours, j'avais apprécié cet article paru chez H16. En regardant les manchettes de journaux annonçant que Delanoë était devenu libéral, j'avais eu envie d'écrire ce type d'article.

Toutefois, même si je dévie souvent vers le n'importe quoi, croutonnade, jantes larges pour 4L, boîtes de thon transformées en cendriers, je m'interdis de rédiger des articles politiques stricto sensu.

Or pour commenter la nouvelle d'un socialiste se réclamant libéral, il aurait fallu de longs développements politiques. Mais, je suppose qu'à part les plumitifs de nos journaux subventionnés, l'annonce n'aura abusé personne. Socialiste et libéral, c'est aussi crédible qu'un lion herbivore devenant subitement le meilleur pote des gazelles.

Mais bref, en lisant ce blog, de liens en liens, je suis tombé sur celui-ci, un article du Point dans lequel Ségolène Royal se réclamait elle aussi du libéralisme. Bien entendu, il n'existe pour cette femme que le libéralisme politique, le libéralisme économique étant naturellement monstrueux. Mais la lecture de l'article vous en apprendra plus car il vaut son pesant d'or.

Ceci dit, comment la blâmer dans la mesure où la ringardise du parti socialiste n'étant plus à démontrer, il devient nécessaire d'y adjoindre des gadgets pour le rendre un peu attrayant. Et manifestement, le dernier gadget à la mode est de se dire libéral. Afin de clamer haut et fort ma neutralité éditoriale, je préciserai qu'à l'UMP, ils font l'inverse, se réclamant du libéralisme économique tout en vantant les mérites de l'exception sociale française.

Ce qui m'a fait sourire, c'est que Ségolène Royal en soit encore à citer la fameuse phrase : "Car la liberté du renard dans le poulailler, on sait ce que cela donne !" C'est toujours la même antienne, la réponse que vous fera n'importe quel crétin socialiste, fut-il de droite et dument étiquetté UMP, ou de gauche et militant au PS. Pour eux, le libéralisme c'est "le renard libre dans le poulailler libre". Car n'oublions pas que la vraie phrase parle de "poulailler libre", comme quoi Ségolène Royal ne connait même pas ses classiques. C'est tout, tout est dit, rien à rajouter, cette phrase creuse leur a suffit pour justifier leurs postes.

Aucun de ces crétins, abonné au prêt à penser, mais gravement déficient sur le point cognitif, ne s'est rendu compte combien cette phrase était stupide. Cela confirme mon intuition selon laquelle, plus l'on prône la sélection par concours (Sciences-Po, Ena, etc.), plus on obtient à la fin des individus normés, dont Montaigne aurait peut-être fustigé la tête plus pleine que bien faite.

Cette phrase parlant de "renard libre dans un poulailler" est en premier lieu stupide d'un point de vue purement politique, dans la mesure où le libéralisme, en tant que système politique, ne s'abstient pas de règles à faire respecter. Ces règles sont le respect de l'individu et de sa propriété. A partir de là, il est idiot d'imaginer que le système libéral puisse tenir sans lois et sans tribunaux. C'est une réflexion idiote.

Ils confondent libéralisme et loi de la jungle dans laquelle par exemple, des multinationales, toujours en lien avec des représentants d'un état, spolient des individus. Et cela, ce n'est pas le libéralisme c'est autre chose, comme par exemple l'entente entre opérateurs de téléphones mobiles pour nous faire payer le prix fort. J'arrêterai ici mon développement, laissant à ces gens le soin de lire ce site où tout leur sera expliqué.

Enfin d'un point de vue purement zoologique, cette phrase est idiote. J'élève des poules naines depuis longtemps et je possède de nombreux ouvrages sur la question. Autant vous dire, que sans me déclarer spécialiste, sur les poules j'en connais un rayon ! C'est curieux mais c'est ainsi. Je m'y connais autant en jantes larges pour 4L qu'en aviculture.

La poule est un animal faisant partie de la famille des galliformes. Elle est originaire du sud-est asiatique où certaines espèces existent encore sous une forme sauvage. L'élevage et la sélection en ont fait un animal familier des basse-cours élevé pour sa chair ou ses oeufs. Elle est élevée soit dans de grands établissements, en batterie ou l'air libre, soit dans de petits ouvrages appelés poulaillers, chez des particuliers.

Comme tout éleveur de poules, j'ai eu à subir les dégâts occasionnés par le renard, terrible prédateur, capable de tuer tout l'élevage. Une année, l'un d'eux m'en tua douze. Toutefois, celui qui m'en tua le plus, est le maire de ma commune, qui ayant tardé à réaliser des travaux d'assainissement pourtant urgents et réclamés à grands cris, fut responsable d'inondations suite à un orage qui me noyèrent mes dix-huit poules naines. Donc, vous voyez, malgré ses spécificités, son intelligence, sa mâchoire, sa ruse et sa rapidité le renard, superbe outil de prédation, restera toujours moins efficace qu'un élu incapable.

Mais poursuivons. L'année suivante, un renard tenta de venir manger mes poules. Celles-ci étaient momentanément retenues dans un abri à l'air libre et non dans le poulailler que je reconstruisais. Le renard se fraya un chemin en grattant sous le grillage et parvint à entrer dans l'enclos. Le lendemain matin, allant visiter mes gallinacés, je m'aperçus de l'intrusion du canidé sauvage ! J'eus aussi le plaisir de constater que je n'avais à déplorer qu'une seule poule morte, laquelle était un vieil individu qui n'aurait pas survécu longtemps.

Pourquoi, y eut-il moins de morts alors que le renard, tant craint des socialistes qui se campent en défenseur des poules, était identique à celui qui avait déjà occasionné un carnage en venant l'année d'avant ?

C'est assez simple à comprendre. L'année d'avant, mes poules étaient enfermées dans un poulailler dont elles ne pouvaient fuir. Une fois le renard entré, je vous laisse imaginer la panique. Empêchées de partir, mes pauvres Bantam de Pékin, durent battre des ailes et se débattre, mais finirent tuées par le renard.

L'année d'après, ce même renard, ou son cousin, fit irruption non pas dans un poulailler fermé mais dans un bête enclos à l'air libre. Les poules paniquées firent, ce que font tous les oiseaux, elles battirent des ailes pour se percher et échapper à l'intrus. La poule, comme tous les galliformes, vole mal, mais suffisamment bien pour se percher à deux mètres de hauteur en cas de menace.

En les parquant dans un enclos, suffisamment proche de leurs conditions de vie naturelle, j'avais permis à mes poules naines d'utiliser ce que Dame Nature leur avait donné pour affronter la menace : des ailes !

En les parquant dans un poulailler, clos de toutes parts, et notamment pourvu d'un toit, j'avais empêché la Nature d'accomplir son miracle qui est de permettre à des oiseaux, fussent-ils des poules, de s'échapper d'un tir d'ailes.

J'étais moi, sans le savoir, un aviculteur socialiste ayant choisi ce qui était bon pour mes poules , totalement responsable de leur massacre. Aurais-je laissé la nature s'exprimer que je n'aurais pas eu à déplorer tant de mal. Il faut faire confiance aux poules, c'est la morale de l'histoire. Là, où elles vivent sauvages, utilisant les atouts que la nature leur a donné, aucun poule ne regrette d'avoir de grandes dents pour affronter les renards, puisqu'elles ont ... des ailes ! Dans la nature, souvenons-nous que les poules n'ont pas disparu et les renards non plus. La liberté est donc nécessaire.

La phrase "comme un renard libre dans un poulailler" est donc un non sens. Parce que dans un monde vraiment libéral, ce serait "comme un renard libre face à des poules libres". Et croyez-moi, si un renard est malin et carnassier, je n'en ai encore jamais vu aucun qui puisse étendre ses ailes pour aller attraper une poule sauvage perchée à deux ou trois mètres du sol. Dans ce monde libre, les poules se font parfois croquer mais ce qui est rassurant, c'est que le renard rentre aussi bredouille et se rabat sur une charogne pour subsister.

Je crois d'ailleurs, que le poulailler doit plus convenir aux renards, qui y trouve des proies prisonnières, qu'aux poules. Pour tolérer que le renard soit libre, il faut encore que les poules le soient aussi.

J'aurais aussi pu rajouter à l'intention de ces crétins, que l'image du renard et des poules dans leur poulailler est outrée et qu'il est toujours dangereux de passer du modèle animal au modèle humain. L'être humain, à moins qu'il ne soit sociopathe, est aussi pourvu de conscience et d'empathie. La charité et l'entraide existaient bien avant la naissance du socialisme.



Pintade du Poitou.
Attention, nécessite un poulailler luxueux pour survivre !
Contrairement aux poules, caquete sans raison !

10 Comments:

Blogger El Gringo said...

Cette poule là a les dents longues...

2/6/08 12:38 AM  
Blogger Marino said...

Et si les poules inventaient le "Mouvement de Protestation de la mise en boîte des thons" ! plus de cendriers à peindre et à vendre sur la D11 ! ce serait la dèche !!!

2/6/08 9:57 AM  
Blogger monoi said...

Tres bon article, encore une fois.

Ceci dit, l'ignorance du sens du mot liberal est generale. Les socialistes francais ne font finalement que reprendre la definition americaine de "liberal", qui veut dire socialiste la bas.

2/6/08 11:14 AM  
Blogger philippe psy said...

@Marino : Les poules étant par essence libres, elle n'ont pas à protester !
@Monoi : Merci à vous. Oui, sans doute qu'ils confondent "tolérance" et "libéralisme". Je regrette qu'il n'y ait pas un petit livre qui soit édité dans le genre "Manuel" d'Epictète mais dédié au libéralisme. Ca aiderait les gens à se concentrer sur les fondamentaux et à se souvenir d'arguments !

2/6/08 12:07 PM  
Blogger J said...

Comme c'est étrange, mon tout premier conte libéral raconte précisément l'histoire d'un "poulailler libre" qui rencontre un renard libre. Toute ressemblance entre le renard et un politicien typique est purement fortuite, cela va de soi.

2/6/08 11:33 PM  
Blogger LPQR said...

Un point fondamental de cette fameuse maxime animalière, et qui n'est pourtant jamais abordé, est de dire qui du patron ou de l'employé est le renard, et qui est la poule. Lorsque vous allez chez votre coiffeur, vous payez son travail, et vous etes donc patron. Vous sentez vous renard ? Si on s'en tient au droit du travail francais actuel, force est de constater que le patron a moins de droit que l'employe, puisque ce dernier peut decider unilateralement de rompre le contrat, alors que le contraire est impossible (ou du moins difficile). En l'espece l'employe est le renard...

3/6/08 1:22 AM  
Blogger cgaudeul said...

excellent article, qui a le merite de donner des arguments.
Quel plaisir de lire jour après jour, vos réflexions humoristiques et toujours degagées de ce prèt-à-penser étouffant.
Merci ! on se sent moins seul.

3/6/08 9:46 AM  
Blogger Arthur Wneir said...

Pas directement de rapport, mais néanmoins un humour proche :

Une vidéo rigolote sur la création de nouvelles taxes :
http://www.dailymotion.com/video/x4kx9d_qui-sait-ce-quils-taxeront-ensuite_news

3/6/08 2:53 PM  
Blogger philippe psy said...

Merci pour vos commentaires. J'ai toujours trouvé cette phrase parlant de renard et de poulailler, stupide.

Effectivement, on peut s'interroger longuement pour savoir qui sont les poules et qui est le renard. L'histoire se prête à de nombreuses interprétation, sachant qu'à le fin, c'est toujours la poule enfermée dans le poulailler qui finit bouffée !

3/6/08 3:42 PM  
Blogger samuel said...

100/100 citation exacte : poulailler libre, sinon la phrase n'a aucun sel. Premier contresens: l'antinomie poulailler libre est ironique et volontaire, car, effectivement, une poule ne saurait être libre dans un poulailler ni y échapper au renard. C'est là que ça devient amusant. Car toute société constituée, même prétendument libérale, a des règles, des lois, qui sont le poulailler. Elles peuvent protéger les poules du vol, des intempéries, leur permettre une vie sociale (reproduction facilitée)... Mais elles ne les empêchent pas d'échapper au renard, au contraire... Que constate-t-on aujourd'hui? Que les lois protègent plus l'entreprise que le salarié qui, au mieux, obtiendra un dédommagement ; plus les banques que l'épargnant etc. Les vrais renards se retrouvent rarement devant les tribunaux, et y perdent encore moins souvent. Il suffit de relire La Fontaine. Mais il est vrai que la transposition de la société humaine dans le monde animal, et inversement, est interdite... Ne relisons donc pas nos classiques...

25/3/10 8:05 PM  

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