03 juin, 2008

Tempête dans un verre d'eau !


En lisant l'article de ce cher Hashtable, que je me suis dit que j'aurais pu écrire à peu près le même que lui. La nouvelle en question, celle de ce couple qui a fait annuler son mariage, m'avait inspiré des réflexions similaires. Et puis, j'avais aussi lu l'article roboratif de Il Sorpasso et aussi celui du lapidaire Bal des dégueulasses. Ne pouvant réécrire que ce qui fut brillamment dit par mes confrères, il me faut traiter l'information d'une autre manière.

Parce qu'à la base qu'y-a-t-il ? Rien d'autre qu'un type qui s'estime trompé sur une des caractéristiques essentielles du contrat. Il la pensait vierge, elle l'avait assuré qu'elle l'était. Mais, le soir de la nuit de noce, il s'aperçoit que tel n'est pas le cas. Au lieu d'un matériel neuf, on lui a refourgué de l'occasion, même si vraisemblablement, c'est une occasion récente. Mais le type voulait vraiment du neuf, du garanti freedick, avec la petit membrane qui va bien, celle qu'on appelle savamment l'hymen et qui atteste que le barbu n'a pas déjà servi.

Il se trouve que la belle lui a vraisemblablement menti et qu'elle avait déjà vu le loup. S'étant aperçu de la supercherie il a estimé qu'il y a avait tromperie sur la marchandise. Il s'est estimé fort justement lésé dans la mesure où s'il l'avait su, il ne l'aurait pas épousée. pour lui, n'en déplaise aux politiques, la virginité est une caractéristique essentielle. En droit, le cas est entendu et le contrat est frappé de nullité relative. S'agissant d'un mariage et non d'une vente lambda, il ne peut ramener sa femme chez le concessionnaire et l'échanger contre une autre, comme s'il s'agissait d'un bête vice caché sur une voiture.

Aussi, en accord avec madame, qui semble-t-il reconnait sa faute, il passe par le TGI, lequel estimant qu'au regard du droit français (art. 180 C Civ.) la demande est fondée, annule le contrat de mariage. Monsieur rentre ensuite chez lui et aura le droit de rechercher une femme convenant exactement à ce qu'il cherche, tandis que madame apprendra à ne plus mentir ou à se défier des hommes trop traditionalistes chez qui l'amour cède devant la règle. Voilà, l'affaire aurait du être close et aurait même pu servir de leçon de morale puisque la menteuse est punie et que c'est vilain de mentir. Parce que le fond de l'histoire, c'est le mensonge et non la virginité.

Alors on peut certes se demander pourquoi ce brave homme désirait une femme vierge ? Benoîtement, j'aurais tendance à répondre que c'est parce que la virginité est importante pour lui. Je suppose, m'étant fort peu intéressé à l'affaire, que c'est sans doute lié à une pratique religieuse. Effectivement les deux époux sont musulmans.

Et donc ? Grand bien lui fasse, cela le regarde et c'est son droit le plus strict dans une république laïque. La religion comme le mariage sont des pratiques privées ; les mesures récentes anti-discrimination n'y ont pas cours. D'ailleurs toutes les religions imposent la virginité jusqu'au mariage et dans le catholicisme qui est ma religion, ce sont même les deux époux qui y sont astreints.

Cet homme qui a le droit de préférer les blondes ou les rousses, les petites ou les grandes, les minces ou les rondes, a aussi le droit d'exiger la virginité parce que chacun a ses croyances, lubies ou idées fixes et que tant qu'elles ne sont pas interdites par la loi, elles sont autorisées. Après tout, je roule bien en Saab ! Il n'y a rien de choquant à cela.

Certains pourront trouver cette fixation sur la virginité rétrograde, et d'autres génial, ce qui importe c'est que dans un pays de droit on soit encore libre de convoler avec qui l'on souhaite sans que l'état, ses sbires et des associations ne se mêlent de nos affaires de cul. On souhaite simplement que le TGI ayant rendu la décision, eut rendu la même quelle que soit la religion du plaignant, voire son absence de religion. D'ailleurs, aurait-on emmerdé ce type, si cherchant une brune, il avait refusé les avances d'une blonde ? Bien sur que non !

Evidemment, le monsieur dont il est question n'est sans doute pas un grand romantique et d'aucuns le qualifieraient même de gros goujat voire d'autres noms d'oiseaux. Au pays qui vit naître l'amour courtois, ce type d'attitude à de quoi surprendre et choquer, personne ne le conteste. Il est certain que la pardon des offenses n'a pas une grande importance chez ce quidam qui en reste fort prosaïquement au plan formel et technique. Vierge il prend ; déflorée, s'estimant lésé, il lourde l'aimée.

Le mariage que l'on pourrait assimiler à un engagement basé sur un amour réciproque n'est pas sa tasse de thé. Lui, cherchait peut-être uniquement une reproductrice certifiée conforme. Mais la justice aux yeux bandés n'a pas à s'embarrasser de romantisme ou d'amour, elle se doit de trancher âprement : y-a-t-il eu tromperie ou non ? Et puis, cette annulation du mariage ne sauve-t-elle pas cette femme d'un futur tyran domestique ? "A toute chose, malheur est bon" dit le proverbe.

Chaque année, j'imagine que des centaines d'annulation de mariage sont prononcées et que personne ne s'en préoccupe. Cela peut-être parce qu'il s'agit d'un mariage blanc ou bien que monsieur est stérile ou n'a pas d'érection, ou que sais-je encore. Mais là, on vient de toucher un tabou. Un homme fidèle à certains principes qui ne regardent que lui, a décrété que la virginité de la future mère de ses enfants était quelque chose d'important. En aucun cas, il n'a exigé que toutes les femmes se conforment à ses exigences, mais une seule : la sienne. Et ça emmerde vraisemblablement nos braves féministes acharnées qui auraient adoré avoir le beurre, l'argent du beurre et la bite du crémier.

Et bien non, que ces adeptes de la liberté des moeurs sachent que pour certains hommes, dans l'absolu, la virginité, ou a minima les bonnes moeurs, sont quelque chose d'important. On peut juger cela rétrograde si l'on veut mais c'est ainsi et hurler ne fera jamais avancer les choses. Si certaines, et c'est aussi leur droit le plus strict, jugent qu'elles ont des droits qu'elles entendent bien assumer, qu'elles sachent qu'elles prennent ensuite des risques avec certains hommes. Une vie libre et assumée ne sera pas le gage d'une union avec un homme aux idées religieuses arrêtées. Et en règle générale, une occasion avec trop de kilométrage trouve souvent plus difficilement preneur. Je concède que la vie, de ce point de vue là, est très injuste avec les femmes.

On connait l'antienne, on sait que ce qui s'appelle un homme à femmes, chez les mâles, prend le nom de salope, chez les femelles. C'est injuste. Sans doute que l'anatomie y est-elle pour quelque chose. Car pour qui a déjà copulé, on se rend tout de suite compte que la pénétration est plus invasive et intrusive chez la femme. Tandis que monsieur, s'en sort facilement avec un coup de gant ou de pomme de douche sur son engin, il semblerait que dans l'imagerie populaire, madame reste tout de même un peu souillée du côté de la foufoune. Je sais que c'est stupide mais que voulez-vous, c'est ainsi. Les idées ont au moins la vie aussi dure que l'anatomie qui perdure à présenter le vagin sous forme de vase, tandis que le pénis serait une excroissance. Nettoyer une carafe entartrée sera toujours plus difficile que de laver une cuiller à soupe.

D'ailleurs, sans aller jusqu'à rechercher absolument la virginité, on a pu étudier en sociobiologie que les hommes étaient généralement sensibles au parcours amoureux de leur dulcinée. Ainsi, même si les mâles modernes admettent que les femmes puissent s'envoyer en l'air, la plupart d'entre eux détestent imaginer qu'ils seront le centième ou le millième voire simplement le troisième ou deuxième pour certains. Ca c'est dans la tête et c'est peut-être même instinctuel. Dans tous les cas, avant de hurler, il faut réfléchir à ce problème.

C'est que nous autres hommes, avons nos petites manies. Et l'une d'elle consiste à considérer que tous les autres mâles sont d'atroces concurrents que l'on déteste. Une manie autre consiste à penser qu'on sera le meilleur. Et donc, rien de pire que de songer que la demoiselle que l'on besogne hardiment possède une expérience qui lui permettra de savoir si l'on est le coup de l'année, tout juste dans la moyenne ou simplement le toquard du siècle. Et pire encore, de songer que la mémoire photographique de la femme lui permettra de savoir si notre popaul à nous est le plus grand et le plus beau ou simplement un truc ridicule à côté du popaul d'un autre qu'elle aurait connu ! Le mâle est un peu sot, mais c'est un mâle. Il espère toujours être le meilleur coup et être doté de l'engin le plus impressionnant qui soit !

D'ailleurs, les femmes le plus intelligentes, celles qui connaissent les hommes et leurs lubies et se gardent bien de vouloir changer ce qui ne peut l'être, se gardent bien de raconter leurs frasques. Quand elles subissent un flot de questions, car les hommes aiment bien savoir qui a pu utiliser le matériel avant eux, elles se gardent bien de répondre franchement, se bornant à évoquer éventuellement une ou deux aventures en précisant immédiatement "que ces aventures n'ont pas compté dans leur vie". Ces coquines malignes savent trop bien que l'homme est naturellement orgueilleux et inquiet. Elles savent qu'il ne sert à rien de s'épancher sur leur vie sexuelle et qu'à vouloir être franches, elles risquent de s'attirer des ennuis parce que rien n'est pire qu'un mâle menacé dans sa virilité. Libres et rusées, elles évitent d'attaquer le pauvre mâle de face, se contentant de contourner habilement ses angoisses.

Et puis en outre, le paradigme est connu, il parait que l'homme fera toujours le choix entre la maman et la putain. Si la putain est attrayante, l'homme bien finira toujours par épouser une maman. Pour celles affirmant haut et fort leur comportement libéré, fruit d'années de luttes féministes acharnées, le risque est de passer pour des putains. Encore une fois, tout ceci est injuste navrant, je crois l'avoir déjà dit un peu lus haut.

D'ailleurs, me souvenant de mes jeunes années, me reviennent en mémoire les visages de fort jolies jeunes filles peu farouches, qui furent baptisées du doux surnom de garage à bites ou de sacs à foutre. Mais, je vous rassure, c'était en des temps reculés où le politiquement correct n'était pas encore prééminent. Que devinrent-elles ? Je n'en sais rien. Mais soit elles changèrent de comportement, soit j'espère elles eurent la chance de trouver un compagnon peu jaloux.

Que les femmes libérées comprennent donc, que généralement l'homme, qui après quelques frasques décide de convoler en juste noce, est justement lassé des putains, des filles faciles et des coups d'une nuit, et cherche plutôt la maman dans le but de procréer. Alors, si je ne suis pas contre la liberté sexuelle parce que je suis libéral, que ces dames sachent que la nature domine encore et que le mâle ne veut jamais être le millième à saillir la femelle.

Il préfèrera toujours que sa progéniture soit le fruit de son accouplement avec une femme bien qu'avec la dernière des roulures. Car, sans même verser dans le jugement moral, le risque avec la roulure, c'est de ne jamais être sur que l'enfant à naître soit de soi. Et cela, les hommes n'apprécient pas, tant ils ont à coeur de vouloir disséminer leur patrimoine génétique ! C'est leur obsession à croire que Dame Nature les a mis au monde rien que pour cela.

Cette histoire de mariage annulé a sans doute servi de miroir grossissant en permettant à la société entière de se focaliser sur les exigences masculines, fussent-elles déguisées en exigences religieuses. L'époque avait changé, les belles se croyaient à l'abri d'attitudes jugées rétrogrades. On imaginait les hommes devenus si cools qu'ils se moquaient bien de savoir si leur dulcinée avaient eu un, deux, dix, cent ou mille amants avant eux, mais tel n'était pas le cas. Et cette histoire a le mérite de remettre ces choses là sur le devant de la scène et de nous forcer à réfléchir. Sans aller jusqu'à exiger la virginité, que les femmes sachent que les mâles font tout de même grand cas de la vie sexuelle passée de leurs compagnes.

Les moeurs peuvent changer, on peut feindre de croire que tout évolue, mais la biologie a encore sans doute un peu de retard sur l'époque. Les mâles resteront toujours des mâles. C'est injuste mais je suppose que la nature n'envisage pas l'idée de justice. Rajoutons aussi que le fait que l'on puisse uriner debout n'est pas du à la phallocratie mais à un bête concours de circonstance.

Pour ma part, je reste tout de même pantois par les remous provoqué par cette histoire banale. Mais, c'est vrai qu'en France, nous n'avons pas de sujets plus graves à traiter pour que l'Etat perde son temps à mettre ses gros doigts dans une affaire qui concerne des personnes privées, qui, rappelons-le, étaient en outre d'accord pour entreprendre cette procédure !

S'il y a une conclusion à tirer cette triste affaire, c'est que dans notre pays l'intimité n'existe plus et que, quoique vous ayez décidé, vous risquez à tout moment de voir la puissance publique débouler chaussée de gros sabots pour vous intimer l'ordre de faire ce qu'elle jugera bon pour vous.

La violence qui pèse sur les individus est chaque jour plus importante. On ne peut que plaindre cette pauvre femme qui n'avait rien demandé, étant elle-même d'accord pour l'annulation de son mariage, et qui voit aujourd'hui sa vie privée et son intimité jetées en pâture à des gens qui l'auront oubliée dans un mois. Ce qui était privé devient une affaire d'état. Comment va-t-elle réagir ? Doit-elle être forcée de vivre avec un homme qui n'en veut plus ? A une époque où on souhaitait que le divorce soit une simple formalité accomplie devant notaire, on ne peut que s'étonner de la véhémence de nos députés.

Les mêmes qui auront poussé des cris d'orfraie à l'époque de Loftstory, plaignant ces pauvres gamins à l'intimité surexposée, ne se privent aujourd'hui pas de transformer une affaire privée en téléréalité nauséabonde.

Comment peut-on instrumentaliser à ce point la vie privée d'autrui en se pensant juste et bon ? Les politiques sont décidément des voyous.

10 Comments:

Blogger Steph said...

une carafe UN PEU entartrée va suivre vos judicieux conseils dans ses relations avec les hommes ! ;)
Trève de plaisanterie, cette jeune femme a peut-être saisi l'occasion de dire la vérité sur son état et d'échapper à un mariage dont elle ne voulait pas, sans penser que l'affaire se répandrait de cette façon débile ? (ou utilisé la notoriété pour échapper aux représailles, c'est très à la mode en ce moment !)
Il y a une idée qui me paraît fondamentale dans votre texte : se servir de la religion pour "déguiser" des instincts qui ne peuvent plus se dire à notre époque, voilà une chose à laquelle je n'avais jamais pensé, merci pour cette piste.

4/6/08 9:27 AM  
Blogger philippe psy said...

C'est la piste que j'ai jugée intéressante de suivre. Merci pour votre critique.

C'est rassurant de voir qu'une femme est d'accord avec ce que j'écris.

Moi qui attendais de pied ferme mes amies québécoises féministes !

4/6/08 9:31 AM  
Blogger El Gringo said...

Cuiller à soupe bien mûre mais encore rigide cherche carafe raisonnablement entartrée et pas trop avachie du goulot pour préparation culinaire hardie.
Ecrire au Psychothérapeute qui transmettra.

4/6/08 8:39 PM  
Blogger philippe psy said...

Faut tout de même un goulot large pour faire rentrer la cuiller à soupe !

5/6/08 2:25 AM  
Blogger Steph said...

Alors là c'en est trop ! La carafe est pleine. J'écris au Mouvement de Libération des Carafes, et à toutes les ligues recensées sur Google.
M'en vais vous la faire couper votre cuiller à soupe, moi.
Bande d'obsédés textuels.
:)))
Ecrire au MLC qui transmettra !

5/6/08 9:32 AM  
Blogger isha said...

Ce billet est monumental! <:o)

Des horreurs telles que "garage à bites" ou "sac à foutre", que je n'avais plus entendu ( et encore moins lu! ) depuis des décennies évoquent des âges bien insouciants...

Nostalgie.

En passant, je me demande si l'idée que "madame reste tout de même un peu souillée du côté de la foufoune" n'aurait pas quelque lien avec le délire hygiéniste ( et mercantile ) actuellement imposé à l'intimité de nos douces moitiés.

9/6/08 11:58 AM  
Blogger philippe psy said...

Des décennies ? A ce point ? Oui peut-être !

De fait, même s'ils ne sont plus usités, ce qui est intéressant serait de savoir si de tels préjugés subsistent encore.

9/6/08 12:18 PM  
Blogger monoi said...

Pourquoi des prejuges ? Les mots ont peut etre changes (et encore, je demande a voir) mais je ne vois pas pourquoi les concepts seraient differents.

Vous disiez bien que vous croyez au progres technologique mais pas a l'evolution de la nature humaine (ou alors, je n'ai rien compris). Je suis en accord avec vous, alors peut etre qu'il y a des differences sur la forme, mais le fond est inchange.

9/6/08 3:30 PM  
Blogger philippe psy said...

Monoi, vous vous doutez bien qu'en employant le terme "préjugé" je plaisantais.

Je suis sur que ces termes sont encore utilisés. La nature effectivement ne change pas.

9/6/08 11:19 PM  
Blogger isha said...

Ce n'est pas tant les mots qui ont changés que ceux qui les prononcent : les qualificatifs raffinés mentionnés plus haut émis par un "souchien©" disqualifie automatiquement ce dernier du marathon reproductif.

A contrario, les mêmes jugements éructés par l'"Autre" prouvent une virile confiance en soi, gage d'une descendance solide et affirmée.

10/6/08 2:15 PM  

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