12 septembre, 2008

J'hésite !


Bon après avoir amplement parlé de Mickey et de ma RJ49, le moment est venu de m'assagir. Je pense effectivement aux pauvres hères qui, après une recherche sérieuse dans google, atterrissent sur mon blog pour apprendre que je me suis baladé en petit bateau au milieu de poupées qui chantent.

Je sais que l'on a coutume de dire que les psys sont tous à moitié dingues, mais à moitié seulement. Etre un bon professionnel réside donc dans le savant dosage entre sérieux et moins sérieux. Quoiqu'à la vérité, et pour ma décharge, je sais quand je perds le fil ce qui n'est pas le cas de tous mes confrères.

Certains peuvent s'avérer dingues et ne pas le savoir, ce sont les pires. Je me souviens voici bien des années, d'un confrère avec qui j'avais discuté lors d'une soirée à l'un des sydnciats professionnels que je fréquente. Barbe à la Freud, veste en tweed et petit nœud papillon, il avait le costume du psy, sans doute livré avec le divan. A un moment donné, tandis qu'il me parlait d'un patient à problème, il m'expliqua qu'il le suivait depuis quinze ans bientôt !

Moi, aussitôt alléché par l'appât du gain, me disant que c'était décidemment une bonne affaire un mec qui reste quinze ans dans un cabinet, je m'enquiers aussitôt de la pathologie du patient afin de me spécialiser dans ce truc très lucratif. Mon confrère m'explique alors le cas dans lequel, je ne vois rien qu'une pauvre dépression sur un fond de manque d'estime de soi. Rien que du bien basique, le genre de truc que je bâche en six mois parce que je suis efficace et honnête.

J'explique alors à mon confrère que quinze années de traitement me semble bien longues pour une pathologie aussi simple. Ce dernier, doctoral à souhait, se penche alors vers moi avec des airs de conspirateurs. Il m'explique à mi mot que ce patient a un frère jumeau. Moi naïf, je lui demande en quoi cela changerait quelque chose. Et l'autre, devenant carrément professoral, avec le sourcil froncé de me répondre : "compliqué la gémellité, compliqué cela" sans en dire plus . Son visage s'est aussitôt fermé et j'ai saisi qu'il était définitivement convaincu que je n'étais qu'un gros balourd incapable de comprendre toutes les implications de cette fameuse gémellité.

Voilà le genre de confrères plus qu'à demi-fous. Pas du genre à vous expliquer leur voyage chez Mickey ou leurs promenades en RJ49. Non des mecs habités de leur importance et persuadé que les arcanes de l'esprit humain ne peuvent être lues que par quelques rares initiés. D'ailleurs à cette époque, étant plus jeune, je me demandais toujours en sortant de ces réunions, si c'était eux les dingues ou moi qui n'avais pas compris des trucs. Enfin, tous n'étaient pas dingues tout de même !

Ce genre de structure paranoïaque est dangereuse à fréquenter. La paranoïa était auparavant appelée la "folie raisonnante". Rien de pire qu'un paranoïaque ! Il est tellement carré et pénétré de son délire que si vous n'y prenez pas garde, vous pouvez être entraîné avec lui dedans. Écoutez un paranoïaque et vous constaterez combien son délire est construit et précis. Aussi précis que les calculs qui ont présidé à l'érection d'un gratte-ciel. Sauf que dans le cas d'un délire paranoïaque, le gratte-ciel est construit sur du sable.

C'est pour cela que le délire paranoïaque est aussi appelé rationalisme morbide, parce que c'est une pensée malade. Mais, sauf dans ces cas extrêmes, on ne prend pas toujours garde qu'on a un paranoïaque en face de soi. Ils sont brillants et convaincants. Et à l'échelle d'un pays on se retrouve vite sous la botte à Hitler ou sous le regard de Staline !

Souvent quelqu'un de plus faible et de plus fragile peut entrer dans le délire d'un paranoïaque. Le paranoïaque se distingue pas deux traits de personnalité saillants : une hypertrophie du moi et une méfiance exacerbée. Ils en imposent et sont toujours aux aguets. Si l'on ne se rend pas compte de cette pathologie, on peut se retrouver embringué dans le délire du paranoïaque tant ils peuvent être convaincants.

Ce "délire à deux" ou "folie à deux" ou "délire partagé" encore "folie de voisinage" est une forme de délire chronique. Il suffit par exemple d'un grand méchant parano et de quelqu'un d'influençable et le tour est joué. Généralement le délire débute chez une personne appelée dominante, inductrice ou primaire, et se communique à l'autre personne ou aux autres personne, placée dans une position de soumission ou de dépendance. L'inducteur du délire n'est pas forcément un paranoïaque mais généralement cela marche mieux avec parce que le paranoïaque, du fait de son moi exacerbé, possède une capacité de persuasion terrible.

Les sectes ou partis politiques sont le creuset parfait pour ce genre de délires à deux ou de folie partagée. Le gourou ou le chef du parti réussit généralement bien du fait de ses traits paranoïaques. La méfiance exacerbe permet de créer un ennemi commun qui fédère les troupes tandis que le moi exacerbé permet de les tenir sous sa coupe.

J'ai eu le cas d'un patient vivant avec une grande paranoïaque, qui à force de subir l'énorme pression de son conjoint en était venu à être persuadé qu'elle avait raison. Homme gentil et trop soumis, et surtout très dépendant affectivement, il avait été totalement instrumentalisé par sa harpie paranoïaque. Ce fut un cas très difficile parce qu'il était à un tel point immiscé dans ce délire à deux, qu'il en avait presque perdu la notion du réel. On peut imaginer que la compagne de Fourniret est entrée dans un tel type de délire l'amenant à être une collaboratrice active de son monstre de mari.

Ainsi, si je n'avais pas été solide, lors de ma rencontre avec ce confrère étrange persuadé que la gémellité était un facteur aggravant de dépression, j'aurais pu rentrer dans son délire tellement il était convaincant mais aussi plus âgé que moi et donc plus expérimenté. Je me serais imaginé inférieur à lui et hop, le tour était joué. Et je suppose que son patient est rentré dans ce jeu au point de rester quinze ans thérapie. Finalement on orgueil m'a sauvé parce qu'il n'est pas venu le jour où un confrère me vendra sa soupe sans que je l'ai goûtée et approuvée.

Finalement, ma petite folie me rassure. J'achète une Microcar RJ49 et je me balade chez Disney dans un hangar rempli de poupées qui chantent mais pour le reste je suis sain d'esprit.

Bien entendu, je n'ai encore une fois pas honoré mon contrat. Si j'avais intitulé cet article "J'hésite", c'est parce qu'en fait je voulais vous expliquer que j'hésitais entre la rédaction d'un article sur l'orthorexie et celle d'un autre consacré à la violence urbaine.

Je n'aurai finalement parlé ni de l'un ni de l'autre. Enfin, j'aurai abordé de manière lacunaire et parcellaire la paranoïa et le délire à deux. C'est déjà cela. Pour de plus amples informations, allez sur des sites spécialisés.

Et dans tous les cas, lorsque vous êtes face à quelqu'un de très (trop ?) convaincu ou convainquant, à la limite de l'exaltation, qui vous vend la messe en vous assurant des lendemains qui chantent, dans votre tête marquez un temps d'arrêt, le temps de vous demander si c'est un simple passionné ou un vrai paranoïaque qui vous embarque dans son délire.

De toute manière un paranoïaque a toujours la même manière de délivrer son message : "soit vous êtes avec moi, soit contre moi".

6 Comments:

Blogger Gold said...

Je me demande si vous nous embarquez pas dans un délire a travers votre blog ...


Gold

12/9/08 4:27 PM  
Blogger philippe psy said...

Oui, je milite depuis peu pour que tout le monde roule en RJ49 !

12/9/08 5:25 PM  
Blogger Philippe Sandron said...

Votre confrère n'aurait-il pas soigné alternativement les deux jumeaux pendant quinze ans, ce qui donne une thérapie unitaire de sept ans et demi ? Mais c'est encore beaucoup. Au fait, mon raisonnement n'est-il pas le fruit de la parano ? J'ai peur ! J'essaie de comprendre ce qu'il peut y avoir entre les lignes de votre récit que je ne comprends pas directement... et je vois la réalité en stries horizontales grises et blanches quand je regarde ailleurs, et j'ai même un peu mal aux yeux. Est-ce grave ?

Amicalement.

12/9/08 6:57 PM  
Blogger El Gringo said...

Cet article, c'est contre MOI n'est-ce pas?

13/9/08 3:37 PM  
Blogger Laurence said...

Tiens une histoire de jumeaux :

Une femme très désagréable, sans scrupules et laide comme un pou entre chez Carrefour avec ses deux fils qu'elle abreuve de grossièretés.
Une hôtesse leur dit gentiment :
- Bonjour et bienvenue chez Carrefour. Ce sont de beaux enfants que vous avez là, Madame. Ils sont jumeaux ?
L'ignoble bonne femme arrête de crier sur ses enfants juste assez
suffisamment pour répondre :
- Connasse ! Ce ne sont pas des jumeaux. Le plus vieux a 9 ans et l'autre 7 ans. Pourquoi penses-tu qu'ils sont jumeaux ? Tu es aveugle
ou simplement stupide, espèce de tarte ?
- Je ne suis ni aveugle ni stupide, Madame, répond l'hôtesse en souriant, je ne pouvais tout simplement pas imaginer qu'on puisse vous baiser deux fois !!! Passez une belle journée et merci de faire vos courses chez Carrefour.

18/9/08 4:08 PM  
Blogger Delphine said...

MERCI pour votre article !
J'ai découvert la RJ49, et c'est ça le plus important !

20/9/08 10:54 PM  

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