06 novembre, 2009

Je fus un voyou mais j'ai changé !

Le dernier comparse de la célèbre bande à Toju arrête aux USA. La fin d'une période sombre !

Je dévorais le blog de mon ami Toju, lorsque je fus alarmé par une révélation. Comment, lui que je connus naguère jeune homme ambitieux, et qui est aujourd'hui un homme accompli, comblé d'honneurs et de richesse.

Un homme que les télévisions du monde entier s'arrachent quand elles veulent un expert capable de deviner les tendances du marché immobilier, un homme qui n'a pas son pareil pour saisir la branche droite de ses lunettes et pencher la tête d'un air inspiré pour vous faire comprendre qu'il sait quand vous êtes perdu, comment un tel homme a-t-il pu mener une vie que l'on qualifierait d'interlope !

Et pourtant, il le dit lui-même ! Je me permets de le citer. Ainsi à propos d'un article où il nous offre ses réflexions sur la condition carcérale, Toju, l'homme que je croyais droit, élevé loin de la pollution parisienne, dans le bon air et les bonnes manières angevines, nous explique :

"De plus, troisième remarque, je peux témoigner que j’ai croisé dans une époque sombre de ma vie des voyous professionnels qui avaient choisi la France comme lieu d’exercice de leurs activités, considérant que le risque carcéral était bien doux en France au regard de leur pays d’origine."

Le terme de "période sombre" permet de tout imaginer ! Alors connaissant Sylvain, je me prends à l'imaginer dans quelque bar sélect parisien, entourés de russes patibulaires, négociant quelques contrats d'armes à destination d'un lointain pays en guerre. Une sorte de Lord of the war, discret et implacable. Rien ne l'inquiète, aucune commande ne l'étonne. Des obus de 105 pour le Liberia, pas de problèmes. Des kalachnikovs pour l'Angola, il peut aussi, à moins que ce ne soit quelques millions de cartouches pour les FARCS. De toute manière, avec les contacts qu'il possède, Sylvain vous livre lui même tout cela avec sa flotte d'Antonov rachetés à bas prix auprès d'un général biélorusse véreux. Son fidèle pilote, El Gringo, un ouzbek dont on ne connait rien, est toujours prêt à décoller. Et en cas de problèmes, il a suffisamment de contacts politiques à l'UMP pour avoir un vrai faux certificat de end user.

A moins qu'acoquiné avec des bandits corses, de bons amis qu'il a connu à la Brise de mer, il ne fomente quelque braquage, son équipe ressemblée autour de lui. Il y a Ange, son fidèle lieutenant à sa droite, le roi du RPG7, celui qui défonce les camions de la Brink's plus rapidement qu'il ne boit son Casa. Et puis, à gauche, taciturne comme d'habitude, Dominique dont le sang-froid est reconnu et qui tient en respect les convoyeurs. Dans un coin, une brute taciturne ne dit rien, se contentant de nettoyer son fidèle Makarov. Connu sous le nom d'El Gringo, nul ne sait d'où il vient mais tout le monde le redoute. Un temps inquiété dans la tristement célèbre French Connection, on n'a jamais rien pu prouver contre lui, l'unique témoin ayant fini par se blesser mortellement avec une tronçonneuse.

Peut-être aussi qu'on peut le distinguer assis seul à face à un ordinateur, dans un luxueux bureau. Des chiffres défilent, et ses doigts pianotent. Des millions de dollars transitent d'un compte off shore à l'autre, les paradis fiscaux n'ont aucun secret pour lui. Un listing s'affiche sur l'écran ; subrepticement, Toju glisse un nom ; Nicolas S. On n'en saura pas plus. Assis devant la porte du bureau, un molosse qui se fait appeler El Gringo, mais dont on ne connait pas l'origine, est assis son fidèle Tokarev en main, grognant de temps en temps "pas entrer, vous pas entrer" quand quelqu'un se risque à s'approcher de la porte ornée d'une simple plaque "Toju investments incorporated".

Ou alors, j'imagine Toju dans quelque établissement de nuit luxueux, assis seul à sa table devant une coupe de Cristal Roederer. Les liasses changent de mains, et les clients discrets s'éclipsent dans le fond ou une brute, que l'on ne connait que sous le nom d'El Gringo, distribue de petits sachets de papier pliés en quatre. De temps en temps, sa voix gronde. Cette fois-ci c'est un comique reconnu qui en fait les frais :"toi payer pour deux grammes, toi deux grammes et pas quatre, toi pas voler patron espèce d'enculé ! Et toi pas drôle !".

Peut-être que dans une cité malfamée, c'est une grosse et discrète berline Peugeot qui s'arrête. sans un bruit Toju et en descend et un conciliabule s'engage avec des jeunes gens en survêtements, le chef ornés de casquettes. Le coffre s'ouvre, un couteau est hâtivement plongé dans un paquet de kraft brun de taille moyenne. La poudre blanche est goûtée. El Gringo, un individu au physique de culturiste dont on ne connait rien, surveille la transaction, ma main négligemment posée sur la crosse de son fidèle Beretta. Sur un signe de tête, on remet à Toju une grosse somme d'argent qu'il compte calmement. La transaction s'effectue sans encombre.

C'est peut-être dans un commissariat du nord de Paris que se trouve notre ami , le capitaine Toju. Affalé sur son fauteuil, les pieds posés sur son bureau, il regarde une jeune femme outrageusement maquillée et menottée. Assise face à lui, la pauvre s'exprime dans un français approximatif avec un fort accent moldave. Toju calmement est en train de lui expliquer que dorénavant, elle et ses amies travailleront pour lui et non plus pour cet individu peu recommandable qu'elles appelaient leur protecteur. La jeune femme tente de se défendre mais d'un coup, un homme au physique imposant resté dans l'ombre s'approche. Il gifle violemment la jeune femme en lui disant "t'as pas compris grosse pute que maintenant tu taffes pour le capitaine ? Tu veux que je te fume salope !". D'un geste calme, Toju apaise la colère de son collègue en lui disant "je crois que vos arguments ont porté El Gringo".

Ou peut-être que c'est au volant de votre puissante Mercedes sur l'autoroute que vous croiserez Toju. Sa moto bleue vous coupe la route et il vous somme de vous rabattre. Vous pensiez n'avoir rien fait mais lui vous explique que face à son uniforme, vous n'êtes rien. Calmement, il vous dit "c'est mille euros ou vos douze points plus injure à agent". Vous ne voulez pas céder mais son collègue, un homme massif et sanguin au physique de tueur sort son pistolet règlementaire, vous l'applique sur la tempe et vous dit "tu veux que je te flingue bourgeois avec ta grognasse, on dira que c'était de la légitime défense, t'as déjà vu un gendarme condamné trou du cul ?" Et là, Toju digne dans son uniforme lui intime "calmez vous El Gringo, je crois que monsieur a compris où était son intérêt". Vous repartez tremblant et délesté de mille euros en méditant sur la notion d'état de droit.

Enfin, on peut aussi envisager Toju ayant réussi en politique, au restaurant, un trois étoiles Michelin. Rassasié, il tourne son verre de cognac entre ses doigts délicats, sa chevalière armoriée renvoyant les éclats ambrés du breuvage. Il songe peut-être au bijou qu'il va offrir à sa jeune maîtresse âgée de tout juste vingt ans, une polissonne qui fait les fellations comme pas une. A moins, qu'il ne passe en revue les yachts qu'il préfère ne sachant lequel acheter. De toute manière, avec les pots de vins qu'il vient de toucher pour l'autorisation d'implantation de l'hypermarché Rond-point, et le pourcentage qu'il va percevoir sur le dépassement des coûts de travaux du nouveau bâtiment du conseil général que l'entreprise Mouygues érige en ce moment, il est tranquille. Assis en face de lui, son assistant, un homme massif au regard cruel sirote une Mirabelle l'air satisfait. Rompant le silence, celui que l'on surnomme El Gringo explique à Toju "au fait, vous avez ce connard d'écologiste qui était contre la bretelle d'autoroute, je lui ai réglé son compte. J'ai mis des photos de bébés morts nus sur son Pc et à l'heure qu'il est il est entendu par la brigade des mineurs". Toju esquisse un sourire. Non qu'il soit inquiet, tout cela aurait fini par un non lieu au bout d'un procès fleuve, des juges d'instruction auraient été déplacés, des procureurs cassés, mais la presse même subventionnée n'aurait pu s'empêcher de parler de cette triste affaire et Toju est un homme discret.

Et pour clore cette litanie, on peut aussi imaginer l'ami Toju très jeune au collège. Face à un plus petit que lui, il est en train d'exiger une forte somme d'argent. C'est à une scène de "racket" que nous assistons, ce fléau des cours de récréations actuelles. Le petit pleure mais Toju reste inflexible lui expliquant qu'il n'a qu'à voler l'argent à ses parents. Le petit lui dit qu'il ne peut pas faire cela que s'il se fait prendre il va en prendre pleine la figure. Et Toju, désignant une silhouette dans un coin de la cour lui explique que s'il ne le fait pas, il en prendra certainement plein la tête. D'un claquement de doigt la silhouette se rapproche, c'est un jeune garçon déjà très fort pour son âge que tout le monde rebute. Arrivé d'Ouzbékistan voici peu, et curieusement surnommé El Gringo on ne sait pas pourquoi, il est en classe de sixième à seize ans et sera sans doute orienté vers un métier manuel car il aimerait être boucher. Il maîtrise mal notre langue mais suffisamment pour menacer l'enfant d'un guttural "si toi pas donner thunes à Toju moi te couper les bourses". Le petit terrorisé acquiesce et s'en va. Déjà très mur pour son âge, Toju se retournant vers son acolyte le regarde et lui dit "tu sais plus tard je compte investir dans l'immobilier locatif, je voudrais te garder près de moi pour aller collecter les loyers".

J'ai beau avoir l'imagination féconde, je ne parviens pas à imaginer quelle fut cette période sombre !!! Enfin, bon j'ai pu présenter quelques pistes !

3 Comments:

Blogger H. said...

Meilleur que SAS. Manque juste Alexandra.

6/11/09 10:02 AM  
Blogger Epicier vénéneux said...

Bel exercice d'écriture.

6/11/09 9:36 PM  
Blogger Unknown said...

Oui, effectivement, ça manque de seins nus et de fesses rebondissantes, mais tout y est.

Il y a un romancier d'action qui sommeille en vous, philippepsy !

7/11/09 12:00 PM  

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