25 octobre, 2010

Jeanne est malheureuse !


Hier, j'ai fait ce que je ne fais jamais : j'ai regardé 7 à 8 ! Un des reportages portait sur les grévistes empêchant l'accès aux raffineries. Je savais déjà que cela allait m'énerver de voir ces abrutis nous prendre en otage pour la conservation de leurs acquis sociaux mais tant pis, j'ai été super courageux, j'ai affronté le réel et j'ai regardé tout le reportage.

Déjà, j'ai été très étonné. Là, où je m'attendais à voir des salariés de Total en grève, on ne m'a montré que des cheminots et des postiers. J'ai trouvé cela étrange. Qu'un cheminot ne conduise pas son train et qu'un postier ne distribue pas de courriers, je comprends. Mais que ces mêmes personnes aillent mettre le bordel dans une raffinerie, j'ai trouvé cela étonnant ce qui prouve qu'en matière de "mouvements sociaux" comme on dit aujourd'hui, je suis vraiment un puceau. Je n'y connais rien. En bref, moi qui suis psy, si un jour une loi m'ennuie, je peux aller faire un piquet de grève devant une raffinerie pour faire chier tout le monde : je m'en souviendrai.

J'ai aussi noté la réponse molle de l'étant face à ce type de comportements qui rappelons le sont illégaux. Et j'ai compris que l'état jouait les fiers à bras face à moi, pauvre petit automobiliste, mais était plus circonspects face à des syndicalistes dument encartés. Si on diagnostiquait l'état, on pourrait dire qu'il n'a que de la gueule et on poserait de suite le diagnostic de personnalité narcissique : fort avec les faibles et faible avec les forts. Là, j'ai vu des gendarmes parlementer gentiment puis débloquer le barrage et des manifestants se remettre deux cents mètres plus loin. Pourtant pour les déloger, nul besoin de matraque, un véhicule équipé d'une lance à eau aurait suffit. Parce que quand vous vous retrouvé trempé en pleine nuit par une température de deux degrés, vous rentrez vite chez vous vous mettre au chaud pour ne pas attraper la crève. 

Parmi les grévistes il y avait Jeanne la postière, habillée avec son joli blouson bleu et jaune. Et elle vitupérait la Jeanne, elle en avait gros sur le cœur et elle avait à  en raconter des choses sur sa vie et ses misères ! Et finalement, alors que j'aurais volontiers baffé Jeanne, je l'ai trouvée plutôt touchante avec ses problèmes.
Elle nous disait qu'elle gagnait le smic. Je suppose que compte tenu de son ancienneté dans la Poste, elle devait faire un peu plus mais bon ... Et puis qu'elle élevait seule ses trois enfants. Et on la voyait entrer chez elle, une petit pavillon plutôt propret et cosy. Tout ce que l'on voyait à l'écran démentait  un peu toutes les souffrances dont elle faisait état.

A l'entendre, il n'y avait pas plus malheureuse qu'elle. Mais, même  si  je veux bien l'admettre, elle ne roulait pas sur l'or, on ne peut pas dire que son niveau de vie était comparable à ce que l'on pourrait observer dans les slums de Calcutta. Jeanne avait un travail garanti, une voiture et une petite maison. Certains n'ont pas tout cela et ne revendiquent pourtant pas comme Jeanne le faisait. Jeanne aurait certes pu avoir bien plus mais aussi posséder bien moins. J'ai trouvé que sur ce coup là, Jeanne manquait de sagesse. Mais est-on sage quand on est malheureuse ?!

Parce que j'ai compris qu'en fait Jeanne était malheureuse. Je ne connais rien de sa vie mais je l'ai imaginée. Jeanne ne manquait ni de caractère ni d'intelligence et pourtant elle n'était que factrice, c'est à dire cadre C dans une administration sans âme. Jeanne, quels qu'en soient les motifs, n'avait donc pas un travail correspondant à ses qualités. Pour x ou y raisons, Jeanne avait été mal orientée. Parce que croyez-moi, je connais des femmes comme Jeanne, qui indépendamment de leur niveau scolaire ont fait de sacrées réussites. Les mauvaises langues voudraient ne voir en Jeanne qu'une feignasse mais c'est faux : Jeanne quand elle fait le piquet de grève, elle y va et elle assure, elle ne manque  pas de courage dans sa lutte. Je suis sur qu'elle est bien plus courageuse que moi, je l'affirme même. Mais moi, je suis heureux !

Jeanne, sans être un canon, n'était ni belle ni moche mais élevait ses trois enfants seule. Alors j'ai imaginé un divorce pénible. Et l'expérience prouve que souvent de telles femmes épousent des types mous et  dépourvus de caractère dont elles divorcent par la suite. Jeanne devait en avoir gros sur la patate, seule et abandonnée au milieu de le quarantaine.  Est-ce qu'un travail stable et garanti à la Poste compense une vie sans amour ?Est-ce que le plaisir de se retrouver dans une administration vénérable comme la Poste suffit à faire oublier qu'on est seule dans son lit le soir ? Non, bien sur !

En bref, Jeanne avait des problèmes dont elle n'osait pas parler par pudeur. Elle était malheureuse sans vraiment se l'avouer et plutôt que d'affronter ses douleurs inconscientes, elle préférait les projeter sur un combat social moins exigeant en termes psychiques. Parce que vous l'imaginez bien, il est plus facile de dire qu'on fait grève parce qu'on est mal payé et qu'on ne veut pas partir en retraite deux ans après, que de clamer son mal-être et de réclamer : aimez moi ! Si Jeanne avait vécu à Paris, elle aurait sans doute faire une thérapie. Mais loin là-bas en Normandie, dans des contrées où l'on imagine que la thérapie est un truc pour bobos riches et oisifs, c'est marche ou crève. Alors pour ne pas crever, et faute de mieux, on manifeste. On projète ses problèmes personnels sur la société.

Jeanne est malheureuse et je la comprends. A mon sens, Jeanne n'utilise pas le meilleur moyen d'aller mieux mais je la comprends aussi. Mais Jeanne m'a remis en tête ce que l'on étudiait en psychopathologie du travail à l'INETOP. En effet, des études ont prouvé que quand on fait grève pour des revendications salariales, c'est que tous les processus de reconnaissance ont échoué.

Mais il est plus facile de hurler "des sous" que d'implorer "aimez-moi, prouvez-moi que j'existe".

22 Comments:

Blogger Gabrielle said...

J'adore ce post, l'analyse fine, très criante de vérité.

Des psys y en a partout, même en plein coeur du Morvan, là où ya pas de librairie à 30 kms à la ronde, et 30 cms de neige pendant 3 mois de l'année. C'est juste pour certaines personnes, les psys c'est pour les fous, les déglingués, les DEPRESSIFS ! ZE mot qui fait peur. Donc elles ne franchissent pas le cap.

25/10/10 3:34 PM  
Blogger Orage said...

Philippe, Philippe, tsk, tsk!
"...les souffrances dont elle faisait état": correct.
MAIS "J'ai compris que l'état jouait les fiers-à-bras": NON!
Dans ce dernier cas, c'est l'Etat!

25/10/10 4:04 PM  
Blogger Mery said...

j'ai été en France une seule fois (à Paris) et quand je vois tout le confort dans lequel vivent les français et que je compare ça avec les conditions de travail de mes concitoyens qui continuent tout de même à faire leur boulot jour après jour tout en la bouclant, je me dis que finalement la vie de luxe et l'excès de confort font perdre leur tête aux gens!
al France devrait peut-être songer à envoyer de temps en temps quelques grévistes faire un petit stage de 3 à 6 mois dans mon pays (je suis marocaine), ou même ailleurs tant que ça sera au sud de la méditerranée, histoire de faire découvrir à ses fonctionnaires ce qui se passe sous d'autres cieux...ça permettrait peut-être à ces derniers de prendre conscience de tous les avantages dont ils jouissent et leur fermerait la bouche pour les dix années qui vont suivre!

25/10/10 4:30 PM  
Blogger V. said...

Je suis certaine que certains grévistes vont faire un petit stage de quelques semaines au Maroc.
un stage de plongée ou de je ne sais quoi en hotel club !
:o)

26/10/10 1:11 AM  
Blogger lolo said...

alors là!!! si tout le monde avait un psy a porté de main il n'y aurait plus des dictateurs, ni des marchands de miracles, ni des esclavagistes, ni de Hitler, bush,et le petit au pouvoir. No il n'y aurait plus d'injustice (celle que l'on ressent et que l'on nomme comme on veut/peut. alors la pauvre Jeanne n'a qu'a se payer un psy et peut être elle pourra fermer sa gueule!! et non je me suis trompé, moi qui croyait que les psy permettaient de devenir SUJET!!! encore une fois mes 15 années d'analyse ne m'ont pas permis de devenir mouton! j'ai perdu bcp de sous qu'auraient peut être servi à m'achèter un petit pavillon, et une petite voiture, zut! tan pis pour moi!

26/10/10 2:09 AM  
Blogger Stephanie said...

Pour rester 15 ans en analyse, plusieurs hypothèses :
- le psychanalyste est un sacré grigou
- il est mauvais comme un cochon
- vous êtes idiot
- vous êtes allé analyser toutes vos vies antérieures jusqu'à l'époque où vous étiez le sosie de Cléopâtre (voir hypothèse précédente)
- vous avez un mécanisme/gène de dépendance au-delà du réel

26/10/10 10:27 AM  
Blogger ombre said...

@ Mery (la marocaine),

Il semblerait qu’elle fasse partie du monde des pays riches, la Fwance ! Et -un autre scoop de géopolitique- est de surcroît un Etat démocratique, avec en contre partie une gauche droite qui jouent en blocs leurs cartes électorales dans cette histoire de reforme… Mais J’en ai une meilleure, qui a sans doute dû vous échapper. Le peuple français nous dit-on est par nature râleur et aime bien se lamenter. Ce qui, convenons-en, est difficilement gérable pour un pauvre gouvernement réformateur qui a pour vocation une gestion plus efficace de la dépense et la dette publiques. Cela dit, je pense que malgré tout cette reforme aurait pu passer plus facilement, si ledit gouvernement gagnait en crédibilité en donnant plus l exemple. (Je pense à exemple espagnol). Mais qu’en est-il du nouvel Airbus présidentiel de Sarkozy en ces temps de crise ? !

Enfin, comme cela est de l’ordre d'une politique sociale et… intérieure d’un pays étranger. Je vous propose donc de continuer à lire notre, fin, drôle et sagace grand Philippe en vous abstenant la prochaine fois de tousser dans un commentaire pour rappeler que vous existez. Laissez ce « luxe » plutôt à des françaises qui elles, le valent bien !

26/10/10 1:19 PM  
Blogger Gabrielle said...

@ lolo : si en 15 ans d'analyse tu n'as pas réussi à te rendre compte que ton psy était mauvais et incompétent, effectivement : "tant pis pour toi".

26/10/10 1:58 PM  
Blogger ombre said...

(Je pense au modèle espagnol par exemple).
Rectifié.

27/10/10 12:12 AM  
Blogger Lucie Trier said...

Ombre, pourrait-on avoir une idée plus précise de la quantité de crack que vous avez ingérée ?

27/10/10 12:52 AM  
Blogger Lucie Trier said...

Rien de plus éloigné de l'égalité et du commun que ces combats qui suivent en réalité une logique aristocratique : c'est souvent la conservation d'avantages qui est visée. D'où que, aussi étrangement contradictoire que cela puisse paraitre, ce luxe aristocrate ait été enfanté par les sombres aspects déresponsabilisants du socialisme.
Dois-je préciser pour la préservation de ma vie que je trouve néanmoins la réforme actuelle toute naze, et que quand j'étais enfant j'aimais drôlement le socialisme.

-c-

27/10/10 1:13 AM  
Blogger ombre said...

@Lucie Trier,
J ai qq ennuis avec la syntaxe je crois. Elle me fait ch.. cette langue ! ! Cela dit, la proposition plus haut est valable pour vous également ! Mais comme vous vous semblez être française... Je note que vous avez même inséré un mot intelligent (aristocratique). Bravo !

27/10/10 12:20 PM  
Blogger Lucie Trier said...

Ombre, vous confondez le savoir et l'intelligence. C'est très mal.

Il faudra également que les espagnols que vous citez vous censurent puisque vous n'avez pas le luxe d'être des leurs.

28/10/10 12:47 AM  
Blogger Mery said...

ombre, dommage pour vous vous n'êtes pas la propriétaire des lieux et donc vous ne pouvez vous offrir non plus le "luxe" de censurer qui bon vous semble!...mais vous devez certainement souffrir encore de ce vieux vice bien occidental qui fait encore croire à certains qu'ils ont tout le droit de dire aux autres ce qu'ils doivent penser ou pas, exprimer ou pas, ce dont ils peuvent ce mêler ou pas...
et puis, au lieu de me proférer votre science, commencez plutôt par adresser "votre conseil" à vos gouvernements! car si la France appliquait "ce conseil" que vous me donner ( ne pas se mêler des affaires étrangères des autres), le monde s'en porterait certainement bien mieux bien mieux!
Enfin, quand j'ai lu la réponse raciste et pour le moins irrespectueuse que vous faites à mon commentaire, je me suis tout de suite demandée qu'elle aurait pu être votre réponse si je n'avais pas précisé mes origines...mais je n'ai pas eu à y réfléchir trop longtps: je vois comment vous réagissez face aux commentaires de Lucie qui est bel et bien française elle!..alors moi, face à ça, je ne dis plus rien!

28/10/10 7:49 AM  
Blogger ombre said...

Ce dont ils peuvent « se » mêler ou pas...

JE suis tout à fait d’accord avec vous sur la presque totalité de ce que vous dites, ma chère Mery. Sauf que je ne suis pas occidentale et que j’aime bien les marocains… Je regarde même quelques Sketchs dont "lalla Fatima" de temps à autres :) enfin pas très souvent, vu que je n'aime pas beaucoup la télévision. Et pitié pas d’accusations de racisme :(

28/10/10 11:44 AM  
Blogger ombre said...

@ Celle qui est dotée d’un seul œil – vraisemblablement voyeur et gai de l’être - et de deux têtes..
Rassurez-vous je comprends très bien… Le savoir sans intelligence se nomme la pédanterie…

D’une mon message s adressait à Mery. De deux il était au second degré, voire doublement codé pour les ss…

Pour le « crack » Je me suis renseigné sur wiki et ai trouvé ceci : Le crack est un stupéfiant dérivé de la cocaïne.
Je ne connaissais pas le mot et vous remercie par conséquent pour l’information.

Pour ce qui est des espagnoles, ce sont en général des gens simples et gentils, et comme je possède un prénom espagnol, je crois qu’il n y aura pas de problèmes.


Maintenant pour finir, je dois vous faire une confidence. Je trouve votre dernier commentaire aussi inutile que le premier et considère que j ai perdu du temps à vous répondre. Je vous réfère donc encore une fois à la précédente proposition et vous suggère d en rester là.

Fin de transmission !


A propos de voyages, d hôtel club et de résidences royales.
http://www.liberation.fr/politiques/0101610537-le-couple-sarkozy-en-vacances-au-maroc

28/10/10 11:54 AM  
Blogger Lucie Trier said...

Ah la la Ombre que vous êtes fatigante. Vous qui décidez qui doit parler à qui, de quoi et quand, pour ensuite vous défausser comme un ballon crevé en nous faisant le coup du second degré, vous irez lire vos opinions sur la pédanterie sur la Grand Place les jours de marché.

Je vous laisse à vos petits papiers.

-c-

28/10/10 11:27 PM  
Blogger philippe psy said...

Bon cessez de vous engueuler comme des harengères sur ce blog ! Sinon, je vire vos commentaires ! Pfff

Et cessez aussi de vous moquer des gens qui font quinze ans d'analyse, moi qui rêve de ce type de clientèle que je n'aurai jamais !!!

29/10/10 12:59 AM  
Blogger ombre said...

Non, il n y a pas de de "nous", comme il n y a pas de "coup", ou alors c est uniquement dans votre tête. Si Jai évoqué le second degré c est parce que vous n’aviez pas l’air de saisir mon intervention, en venant vous répandre, parlant entre autres de « crac ». Relisez-vous !

29/10/10 11:26 AM  
Blogger Stephanie said...

@ Philippe :
Ah oui pardon pour "l'anti-pub" !
J'ai quand même fait ~ quatre ans de psychothérapie avant de m'apercevoir que les deux-trois derniers mois étaient inutiles
(elle a du mal à quitter son papa-amoureux virtuel, gouzi-gouzi la petite chérie, elle est grande maintenant...).
Voilà c'est mieux ? :)
De toutes façons vous ne faites pas dans l'analyse, si je ne m'abuse ?

29/10/10 12:24 PM  
Blogger Mery said...

"se" mêler effectivement...petite faute de frappe. il y en a même une autre qui vous a échapé et que je m'empresse de réctifier : le conseil que vous me donneZ..voilà :p

maintenant, je dois vous dire ombre que votre sens de l'humour est un peu déconcertant: le dernier paragpraphe de votre premier commentaire ressemble plus à une insulte plutot qu'à un message au second degré...mais si vous dites que c'était du second degré, alors je dis amen!
sinon, philippe je vous prie de nous excuser pour ces hors sujets, ça sera le dernier de ma part, promis! :)

29/10/10 7:50 PM  
Blogger ombre said...

Attention vous avez loupé un "e" en plus du p ! "il y en a même une autre qui vous a échappée".

Vous n y n’êtes pas encore visiblement. Sur la forme, le second degré n’est en rien incompatible (au contraire) avec une certaine forme, non pas d’insulte, puisque je ne vous ai pas insultée, mais de sarcasme...
Si vous vous attendiez en fait à des caresses dans le sens du poil parce que vous affirmez que la vie est plus difficile sur l’autre rive de la méditerranée – ce qui n’est en rien une révélation - et que « comme ils vivent dans des conditions aisées et qu’ils viennent en plus se la ramener avec leurs grèves, amenons les là où ils constateront la vraie misère, et si au passage, sont trop rebelles les loulous, avec de l'hospitalité façon DST par exemple. » Vous me suivez ? Vous pouvez continuer dans la même veine mais n’attendez pas un sentiment de remords expiatoires de ma part en retour. C est, au mieux, une conception normative, voire tout bonnement passionnée. Au pire, réactionnaire.

Le mouvement social étant à évaluer au regard de données socio-économiques et de particularités culturelles qui suivent une logique d’évolution interne. Différente dans ce contexte là de celle des Etats qualifiés aimablement de pays « en voie de développement ».

30/10/10 7:58 PM  

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