04 février, 2011

Femmes à moto, merde dans le boulot !


Voici quelques années, Moto-journal, du temps où le canard était encore lisible avant de devenir une officine dépendante de la sécurité routière, avait procédé à un test original. Ils avaient mis en scène une panne de moto et chronométré le temps que mettrait un autre motard à s'arrêter, selon qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme.

La plupart avaient imaginé que pour une femme, les motards s'arrêteraient encore plus vite que pour un homme et c'était faux. Car si le motard est un galant homme, c'est aussi un putain de macho qui considère qu'une femme à moto ça pose son cul à l'arrière de la selle mais certainement pas au guidon. Ainsi, le test avait constaté que si bon nombre de motards s'arrêtaient très vite pour aider leur copain en galère, ils étaient bien peu nombreux à s'arrêter pour la femme et toujours dans un laps de temps supérieur. 

Et pire encore, l'étude avait démontré que bon nombre de motards étaient passés devant la donzelle en rade en se foutant ouvertement de sa gueule avec force gestes lui indiquant que puisqu'elle voulait jouer dans la cour des hommes, il aurait fallu aussi prendre des cours de mécanique. Parce que c'est pas tout de jouer les blaireautes au guidon, être motard c'est connaitre sa machine sur le bout des doigt et savoir la dépanner même si dans les faits bien peu d'hommes sauraient dépanner leur propre machine. Cette étude montrait simplement que la moto est avant tout un milieu d'homme dans lequel les femmes n'ont rien à faire en dehors de la place qui leur est réservée à l'arrière de la selle. 

Hier, parcourant l'actualité sur Yahoo, je constate qu'une récente étude a prouvé qu'une femme mettant sur son cv qu'elle avait le permis moto (permis A) avait quatre fois moins de chance de trouver un emploi qu'une femme ne l'ayant pas.

« Les femmes détentrices d’un permis A sont pénalisées » souligne Pascale Petit, l'une des femmes ayant réalisé ce testing. « Elles renvoient aux recruteurs certains signaux laissant entrevoir un caractère bien trempé, plutôt masculin, original, indépendant… qui ne colle pas forcément avec la profession de contrôleurs de gestion où les femmes salariées sont majoritaires ». On savait déjà que l’âge était un facteur discriminant, comme le sexe, le patronyme, le handicap, le physique. Manquait plus que le moyen de locomotion…

Pour ma part, je ne suis pas sur des analyses de Pascale Petit qui me semblent très simplistes dans le sens où elles ordonnent le monde de manière binaire en deux catégories : des victimes (forcément les femmes et des bourreaux (évidemment les hommes). Finalement rien de bien nouveau sous le soleil quand on a à faire à des chercheurs subventionnés, en quelque sorte des personnes qui ne trouvent que ce qu'elles cherchent quitte à distordre la réalité pour la faire coïncider avec leur vision du monde. 

L'analyse que nous livre cette "chercheuse" est d'aileurs d'un sexisme effarant puisqu'elle fait elle-même coïncider la détention du permis moto avec des qualités viriles : caractère bien trempé, plutôt masculin, originale et indépendant. Il semble donc que le motard soit sensé correspondre à cette grossière caricature. Je connais pourtant des tas de motards qui sont doux, gentils et sensibles et qui font de la moto parce qu'ils aiment cela et non par souci d'indépendance.

Ce type de projection manifeste est donc peut-être à l'origine de cette discrimination anti-motarde à l'emploi. Parce que tant que bien des femmes penseront qu'avoir une moto, c'est affirmer "un caractère masculin, bien trempé, original et indépendant", il est évident qu'elles passeront auprès des hommes pour des chieuses patentées mais surtout pas pour des femmes de tête sachant intégrer leur pôle masculin de manière harmonieuse.

Finalement, ce que Pascale Petit n'a pas compris en se focalisant sur la moto, c'est qu'entre  le club Ducati et le forum des afficionados d'Apple, il n'y a pas tant de différences que cela. L'homme est souvent un geek non pour se faire valoir mais parce qu'il a une passion. Parce qu'être motard, c'est avant tout être un geek comme un autre, sauf qu'au lieu des culs de bouteille du passionné de jeu d'échec il porte un caste. Et que pour être un vrai geek, il faut avoir fantasmé des heures durant devant les catalogues ou chez les concessionnaires, savoir distinguer quel modèle de GSXR était le meilleur, ou encore savoir que Ceriani n'est pas un compositeur baroque italien mais un fabriquant de fourche ou encore que Brembo n'est pas la copie de série Z de Rambo mais un fabricant de freins. 

Être motard, ça commence bien avant d'avoir son permis, quand petit on mate les bécanes et qu'on lit les magazines, c'est un état d'esprit, sans doute le même que celui du gamin devenu fou d'échecs ou d'aquariophilie. C'est simplement choisir un modèle d'identification en congruence avec son caractère. Après que l'on adore Giacomo Agostini ou Kasparov, c'est juste une question d'idiosyncrasie et peut-etre aussi de milieu social.

Le jour où l'on nous démontrera qu'une femme motarde a cette même approche - et il y en a évidemment - et non qu'elle tente simplement de lutter contre l'homme fantasmé en tentant de s'affirmer maladroitement en pompant ses comportements les plus flagrants sans pour autant connaitre sa singularité, le permis A sur un cv passera comme une lettre à la poste.

A force de caricaturer les hommes, d'en faire des bêtes sanguinaires, puis de les singer dans ce qu'il y a de plus laid au besoin en s'achetant une grosse moto, la femme ne démontre pas des qualités viriles mais bien au contraire un gros complexe qu'elle tente de compenser. Et croyez-moi, dans le registre des chieurs, rien de pire que les complexés chez qui l'on retrouve souvent des traits que l'on présente habituellement sous le doux nom de "délire des gouvernantes anglaises" ou encore "personnalité sensitive de Kretshmer", une forme mineure de paranoïa.

Alors sans doute que moi aussi, qui aime autant les femmes que la moto, si je voyais un CV féminin avec la mention d'un permis A, ne serais-je pas tenté de me dire "oh chouette une nana avec qui je vais discuter bécane" mais plus prosaïquement "tiens encore une grosse chieuse qui va me reprocher d'être née sans testicules", et l'éloignerais-je de la pile. Un employeur a souvent des soucis bien prosaïques de rentabilité avant de pratiquer une discrimination anti-motardes. 

D'ailleurs les motardes réunies dans le collectif Toutes en moto n'ont pas tardé à réagir à cette étude. en communiquant : « Il est aujourd'hui totalement désuet, obsolète et profondément restrictif d'assimiler encore les motardes à des suffragettes hystériques en quête de reconnaissance et d'égalité" ont-elles fait savoir à travers un communiqué. Elles ont du caractère ? Elles s'éloignent des idées reçues ? La moto est un signe d'indépendance ? Oui,oui et encore oui ! Et c'est tant mieux. » Et pour prouver leurs dires, l'association invite toutes les femmes motorisées à défiler « pour démontrer que l'on peut être femme, indépendante, épanouie et heureuse de l'être, tout en pratiquant la moto ».

En même temps qu'elles ne veulent pas être assimilées à des suffragettes hystériques, elles revendiquent des valeurs qui n'ont pas de lien direct avec la moto. On fait de la moto parce que l'on aime ça et non parce que l'on aurait du caractère ou que c'est un signe d'indépendance. Être dans cette démarche, c'est un peu comme s'acheter une Electra-Glide parce que le magazine Capital vous a expliqué que le club Harley-Davidson permettait de nouer de fructueux contacts tout en vous donnant une image d'outlaw comme Brando dans L'équipée sauvage : c'est une démarche de fake, de pauvre mec vidé de substance.



D'ailleurs je signale à l''association Toutesenmoto que l'on dit "à moto" et non pas "en moto" parce qu'on n'est pas "dans une moto" comme on serait "dans une voiture".

4 Comments:

Blogger El Gringo said...

Remplacez "moto" par "cheval" et vous constaterez qu'effectivement, on ne va pas "en cheval".

Sinon je le confirme, on est motard depuis l'enfance, ou on ne l'est pas.

4/2/11 5:23 PM  
Blogger loulie21 said...

En tant que femme douce, féminine, pas chieuse et motarde, je ne me reconnais absolument pas dans ses stéréotypes. Mon but en faisant de la moto étant juste de me faire plaisir en pilotant ce formidable engin. il y a bien effectivement une part d'indépendance, de liberté, surement un petit côté garçon manqué mais les stéréotypes s'arrêtent là!

13/2/11 5:21 PM  
Blogger Diandra said...

Toujours est-il que la mention ne laisse finalement pas indifférent. Tu soulignes toi-même que tu pourrais te dire "chouette je vais parler moto" ou tout son contraire... Pourquoi tout simplement ne rien se dire : c'est une passion comme une autre qui ne doit pas influencer le recruteur. Je pourrais tout aussi bien faire du tricot dans mes loisirs mais il se trouve que ma passion c'est le 2 roues. Et alors, dans ma profession ça n'a aucune utilité donc ne devrait pas influencer un choix.
Ceci dit mon geste militant est de me dire que du coup, je ne retirerai pas cette mention de mon CV, si c'est ce qui bloque un éventuel recruteur je crois que nous ne sommes pas faits pour bosser ensemble...

16/2/11 5:03 PM  
Blogger Marie said...

Réponse de l'association :
http://www.toutesenmoto.com/

"Deux reproches nous ont été adressés cette année :

Le premier concerne le nom de notre association.
Il est vrai qu'en français, on ne dit pas en moto....plutôt à.
Mais comment expliquer à ces académiciens en herbe, qui se sont découvert subitement une passion pour la langue française, à défaut d'une passion pour l'égalité des sexes, qu'être en moto évoque pour nous bien souvent plus qu'un simple moyen de transport, qu'il s'agit d'être en mouvement, certes, mais aussi en harmonie, en joie, en beauté, en femmes de son temps, en liberté,totale, parfois en colère, mais toujours en accord avec soi même , en...tierement!"

19/4/11 12:00 PM  

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