02 mai, 2011

Amour et vaseline !

Lui : T'es géniale mais je te quitte !
Elle : T'es trop bien comme mec !

Dernièrement je m'étonnais qu'une de mes bonnes amies persiste à fréquenter la personne qui l'avait plaquée si radicalement après lui avoir promis monts et merveilles. Quand je lui ai demandé comment elle parvenait à voir la personne qui l'avait tant faite souffrir, cette amie m'a répondu qu'elle avait fait la part des choses. Si j'avais candide, je me serais dit qu'elle faisait preuve de sagesse et j'aurais été  admiratif. Mais comme je sais qu'il y a sur terre  moins de sages que de gens déraisonnables, je la soupçonne d'être encore amoureuse bien qu'elle s'en défende vigoureusement.

Moi qui suis plutôt le bon gars, je pourrais être du genre à pardonner mais pas au point de continuer à voir la personne qui a osé prendre mon coeur, me l'arracher et le piétiner. Parce que si un capricorne n'a peur de rien puisqu'il est toujours en train de réfléchir et d'être dans la logique et la prévoyance, l'amour lui est une contrée carrément obscure. Pensez donc, des sentiments !! On a beau être le roi de la mise en équations, les relations sentimentales contiennent bien trop de variables pour ne pas faire peur à un vrai capricorne.

Alors adroitement, enfin pas tant que cela, je lui ai demandé comment elle faisait pour pardonner ainsi et oser revoir cette personne. Et là, elle m'a expliqué que le jour où l'autre lui a enfin dit qu'il la quittait (après l'avoir laissée mariner plusieurs jours percluse d'angoisse) , il lui aurait dit peu ou prou : "tu es quelqu'un de formidable et tu m'aimes tant que je ne me sens pas à la hauteur de ton amour".

Sans doute que face à une telle déclaration, j'aurais du avoir l'oeil humide et assurer mon amie de toute ma compréhension et de mon affection mais je n'ai pas pu m'empêcher de rigoler puis de gueuler. Parce que le coup du "je te quitte parce que tu es trop bien pour moi" est sans doute l'un des plus vieux motif de rupture du monde quand on n'ose pas dire la vérité et que l'on préfère pratiquer le "mensonge par charité".
C'est certain que dire à quelqu'un qu'elle n'est pas assez jolie, ou trop ennuyeuse, ou encore qu'elle ne baise pas assez bien n'est pas aisé à dire alors on trouve des excuses, une manière polie de se débarrasser du colis embarrassant sans trop l'abimer. Et dans ces cas là, on se dit que retrouver sa liberté n'a pas de prix et on est prêt à toutes les vilénies et toutes les bassesses quitte à prendre tous les torts sur soi, vu qu'on s'en fout des torts puisque l'on vient mettre un terme à la relation.

C'est sur que sur ce coup là, les femmes sont plus cash et moins sujettes à l'empathie que les hommes. Si une femme vous plaque, elle le fait et puis voilà. De toute manière, force est de reconnaitre que quand une femme vous plaque c'est que vous l'avez bien saoulée auparavant.

En revanche, l'homme préfère mentir et assumer au seins d'une même phrase deux propos antinomiques quitte à dire à une femme "qu'elle est tellement bien" que c'est justement "pour cela qu'il la quitte". C'est trop fort. 

Mon esprit porté à la recherche et à la compréhension des choses, y voit peut être une survivance animale liée à l'espèce. Peut être que nous les mâles avons dans nos gènes quelque chose qui nous prédispose à la protection de nos femelles et que leur faire du mal nous est insupportable ? Alors on préfère enrober et mentir. Bon on pourra me répondre qu'un certain nombre d'hommes tapent sur leurs femmes sans que cela ne les gêne mais n'empêche que s'agissant de ruptures, personne ne constatera que les hommes sont toujours d'une rare lâcheté. Ils préfèrent soit parvenir à se faire détester pour finalement qu'on les plaque plutôt qu'ils n'aient à le faire ou alors prendre, comme je le disais précédemment, les torts pour eux.

Comme cette amie s'embourbait dans ce truc là, je me suis livré à une explication de texte un peu abrupte. En substance, mais avec d'autres mots bien sur, je lui ai expliqué qu'elle s'était faite niquer profondément mais que pour qu'elle ait moins mal son copain avait utilisé une formule ayant le même pouvoir lubirfiant que la vaseline. 

Ainsi, poursuivant de manière docte mon explication, je lui expliquai sans ambages que la phrase de son copain contenant deux propositions il ne fallait retenir que la pire "je te quitte" et ignorer celle dans laquelle il faisait son panégyrique "tu es merveilleuse". Je poursuivis en lui disant que c'était un sale con et que je ne comprenais pas comment elle pouvait encore supporter son contact.

C'est rigolo que j'en sois venu à dire cela parce que la même scène dans mon cabinet n'aurait pas été pareille. Il me semble que j'aurais été plus gentil et plus enclin à comprendre ce qui se passait parce que je sais trop que face à l'amour, les femmes perdent souvent raison. C'est même très amusant de constater combien l'amour peut être une faille chez ces dernières. C'est sans doute pour cela qu'il existe des femmes qui font le trottoir pour l'amour d'un homme et pas l'inverse. Quoiqu'à la réflexion, on a aussi connu des hommes qui se sont ruinés pour une femme.

En bref, bien qu'elle s'en défende, mon amie est encore amoureuse : elle l'a dans la peau. Elle me l'a à demi-avoué peu de temps après tout en m'expliquant qu'elle gardait la tête sur les épaules. Pourtant, quand je vois les changements qui se sont opérés chez elle, ce qu'elle est capable de faire et qu'elle ne faisait pas, c'est sur : elle est amoureuse. En bref, même si cela m'ennuie qu'elle se fasse avoir, qu'elle dépérisse à vue d'œil, il n'y a pas d'issue, il faut qu'elle boive son mauvais pinard jusqu'à la lie !


De toute manière il faut vraiment être encore amoureuse pour croire un aussi gros mensonge que celui-ci !

8 Comments:

Blogger Lucie Trier said...

Brillant brillant.

Oui, le protectionnisme des hommes est un levier puissant et c'est bien médire que d'oublier que leur particulière "lâcheté" provient de là, et non d'un manque bourrin d'empathie.

De même, la propension à disparaître ("mais pourquoi Steeve ne me rappelle-t-il pas????") provient d'une responsabilisation à outrance des hommes dans l'engagement relationnel et non d'une nature ontologique de Salaud.

Outre, évidemment, les erreurs stratégiques de la femme d'en face.

Bien sûr, le même biais d'analyse fonctionne aussi pour beaucoup de caractéristiques statistiquement féminines, auxquelles on appose souvent les mêmes raccourcis foireux de "nature". Si l'homme est ontologiquement un Salaud, la femme est ontologiquement une Victime par exemple. Ou, s'il est ontologiquement un geek, elle est ontologiquement une personne aux loisirs contestables.

Les cognitions sociales c'est rigolo quand on sait séparer le bon grain de l'ivraie. Ce sont des codes qu'il est important de ne pas oublier sous peine de se cogner un fin de non recevoir de la part du réel, et très utiles quand on sait les manier.

Ce sont aussi des caractéristiques à intégrer en soi avec lucidité sous peine de sombrer dans des injonctions contradictoires insolubles (Steeve, pleure, c'est touchant ! oui mais sois viril ! Samantha, sois indépendante, c'est rassurant ! Oui mais sois vulnérable !). Injonctions réciproquement agressives et castratrices, et plombant toute forme d'exposition, d'acceptation, de cohérence interne et d'idiosyncrasie.

En termes de développement personnel et même de pédagogie, une approche systémique sera toujours plus efficace qu'une considération de valeur. Par exemple, Steeve ne vous rappelle pas car vous l'avez pressurisé en étant trop insistante, pas parce que Steeve est ontologiquement un Salaud. Par exemple, Steeve a répondu à votre appel parce que vous avez démontré assez d'indépendance, pas parce que vous êtes ontologiquement une fille facile pour qui le sexe s'obtient sur un claquement de doigts. Je ne compte plus le nombre de conneries lues sur le sujet.

Il ne faut pas laisser les chevaux de course au garage.

-c-

2/5/11 11:43 PM  
Blogger test said...

"Je poursuivis en lui disant que c'était un sale con et que je ne comprenais pas comment elle pouvait encore supporter son contact."


Je trouve que tu y vas fort... Je suis un peu dans le cas du "sale con", j'ai envie de me séparer de ma nana parce qu'elle est ennuyeuse, un peu insipide et que le sexe c'est pas génial... Le truc c'est qu'elle va déjà pas bien à cause d'une foule de problèmes, et que je suis le dernier "élément" stable de sa vie... J'ai peur qu'elle fasse des bêtises si je rompts (ok c'est une excuse foireuse pour rester avec quelqu'un mais quand ta partenaire va vraiment pas bien et que tu en peux plus, tu as pas envie d'en rajouter).

Alors tu suggères quoi cher Philippe ? Lui dire la vérité, au risque de la faire encore plus déprimer qu'elle ne l'est déjà ou alors lui sortir une phrase à la con mais à partir de laquelle elle se sentira un peu mieux ?

Je trouve que le choix n'est pas facile, et que pour un psy, traiter un autre mec de "gros con" parce qu'il préfère mentir que de faire trop de mal à l'autre, n'est pas un super preuve de tolérance et d'empathie.

4/5/11 1:55 PM  
Blogger Louna Noname said...

"mais n'empêche que s'agissant de ruptures, personne ne constatera que les hommes sont toujours d'une rare lâcheté"

Peut-être voulais-tu écrire "contestera", non ? Lapsus quand tu nous tiens... ;o)

7/5/11 1:34 AM  
Blogger V. said...

à Test : L'empathie dont vous parlez ressemble étrangement à de la culpabilité non ?
En restant lâchement je suis certaine que vous aggravez sa souffrance.
mieux vaut une vraie souffrance qu'une fausse joie.
Une planche pourrie finie toujours par couler et entrainer avec elle celui (celle) qui s'y cramponnait.
Et c'est un peu ce que vous êtes pour elle en ce moment, tout aussi élément stable dont vous vous prévalez.
Il existe des psy pour aider qqn à identifier ses symptômes et accessoirement à se remettre d'une déception amoureuse.

Excusez moi si vous trouvez que mes propos manquent de pondération, mais je n'ai pas l'équipement.

Bien à vous,

V.

8/5/11 11:05 AM  
Blogger V. said...

j'ajouterai que poursuivre une relation avec qqn que l'on veut quitter est juste une façon de l'humilier.
Et se reconstruire une fois qu'on a pris conscience de cela rend le processus de guérison plus long.
La soit disant empathie n'est jamais que l'apitoiement des narcissiques à mon sens.

8/5/11 11:28 AM  
Blogger Lucie Trier said...

@ V. : encore un commentaire pêchu mais brillant avec lequel je ne peux pas être plus d'accord. Quel que soit le côté de la barrière où l'on se trouve, c'est prendre les émotions de l'autre pour un con que de ne pas voir à quel point cette forme particulière de lâcheté est humiliante. Bien que le monde soit ainsi fait, tout de même, rien ne fait plus progresser que les discours honnêtes - reçus ou donnés.

16/5/11 10:12 PM  
Blogger Lucie Trier said...

Pour faire plus simple, je crois que nous avons en l'exemple de Test un bel exemple de protectionnisme déconnant Grand Modèle.

-c-

16/5/11 10:17 PM  
Blogger V. said...

à Lucie : protectionnisme déconnant Grand Modèle
ça c'est de la (haute) definition :o)

17/5/11 5:26 PM  

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