14 juin, 2012

Abruti de médecin et pieux mensonges !


Que les mires me pardonnent la brutalité de ce titre ! Qu'ils comprennent que cet éclat n'est du qu'à ma légitime colère du moment à l'encontre d'un des leurs et non au fait que je pourrais nourrir envers cette honorable corporation toute entière le moindre grief. 

Il se trouve que j'ai eu une patiente que j'appréciais qui présentait une tendance dépressive assez continue. Et pourtant, je savais qu'il aurait suffit d'un coup de pouce bien ajusté pour qu'elle bascule du bon côté de la vie, c'est à dire dans la rigolade et la joie de vivre !

Hélas, cette charmante personne avait eu un cancer du sein voici huit ans dont elle était "guérie". Elle est ce que l'on appelle en rémission. Il se trouve que son médecin, l'oncologue comme on dit dans le jargon, au lieu de la tranquilliser, lui a expliqué que l'on n'était jamais vraiment en rémission et que le cancer pouvait revenir à tout moment.

Mon Dieu mais quel con ! Ah, l'aurais je eu en face de moi que je lui aurais dit que c'était le roi des cons. D'une part parce que très logiquement, il a raison bien sur. On ne sait jamais ce qui va nous tomber sur le coin de la gueule et aussi bien qu'un pot de fleurs peut se fracasser sur notre tête et nous tuer, un cancer peut récidiver. Mais si l'on poursuit dans cette logique, on est forcé de se pencher sur les statistiques pour faire la différence entre le possible et le probable. 

S'intéresser au possible est le fait des esprits chagrins, des analysants extrêmes, de ceux qui voient dans la moindre variation, le moindre frémissement, l'amorce d'une tendance de nature à s'inquiéter alors même qu'aucun autre élément ne vient corroborer ceci. Bref, ce sont des cassandres, des oiseaux de mauvaises augures et leur cerveau malade fonctionne à la manière d'un firewall déglingué qui vous collerait des messages d'alerte pour tout et n'importe quoi.  Tenez le texte suivant est dans cette veine alarmiste et stupide puisqu'il vous explique des trucs qui font très peur en vous disant qu'on vous offrira du soutien. Bref on vous met un grand coup dans la gueule d'une main tandis que de l'autre on vous tend un doliprane !

Malheureusement comme ce genre de trous du cul s'accompagnent souvent d'une propension incroyable à la soumission à l'autorité et que ce sont souvent de gros bosseurs (normal ils n'ont pas d'amis et n'ont que cela à faire) ils sont souvent champions pour la réussite des concours et se recrutent en nombre incalculable dans les formations exigeantes. C'est ainsi qu'un modeste QI de 110 s'accompagnant d'une force de travail considérable vous fera réussir vos concours tandis que votre QI de 140 assorti d'un gros poil dans la main vous mènera surement sur les rivages de la désolation et des espoirs déçus puis ensuite au royaume des génies méconnus. Ce ne sont pas les meilleurs qui gagnent mais les plus obstinés. La palme revient souvent aux boeufs et le Dr House n'est qu'un personnage de fiction ! La tortue de la fable gagne tandis que le lièvre l'a dans le cul et bien profondément !

Finalement intellectuellement, le plus intéressant reste le probable et face à lui, cela vaut le coup de sonner la cloche d'alarme. Tant qu'il s'agit de possible, autant vivre comme tout un chacun avec un bon gros biais d'inférence positif consistant à se dire que les merdes c'est pour les autres et non pour soi. Parce que si une merde nous arrive, au moins on aura bien vécu entre temps. Tandis que dans l'autre version, même si aucune merde ne survient, on aura vécu dans l'attente du drame ce qui n'est pas terrible.

Bref, ce médecin (qui est en fait une femme) est un con(ne). Ce faisant non seulement elle contrevient au serment d'Hippocrate qui dispose "au moins ne pas nuire". Mais au delà de cette philosophie de bistro elle communique à sa patiente des éléments dignes du café du commerce mais ne reposant sur aucune statistiques fiables mais relevant au contraire d'une surgénéralisation inquiétante. Oui, parfois les cancers reviennent on le sait. Mais lesquels, dans quels cas, chez quels types de patients, etc. ? Cela elle ne le communique pas à sa patiente, se contentant simplement de lui refourguer un bon gros stress inutile alors que durant toutes les années suivantes, de toute manière, des examens seront prévus afin de prévenir toute éventuelle récidive.

Alors me direz-vous, mieux vaut donc mentir au patient ? Mais non, que nenni, il ne s'agit pas de mentir mais simplement de fermer sa gueule quand on ne sait pas avec certitude si un évènement va se produire ou non. Si l'on n'est pas un gros boeuf de médecin prenant son métier avec la légèreté clinique d'un ingénieur en mécanique, on peut se contenter de rassurer le patient en lui disant par exemple : "voilà cinq ans sont passés, vous êtes en rémission totale, profitez de la vie et soyez rassurée. Bien sur, on fera des examens tous les ans mais c'est juste une routine". Ce genre de phrase permet d'endormir le stress du patient tout en exerçant une veille intelligente. Parce que les doutes et le stress doivent être réservés au thérapeute et non au patient. Ça fait partie de l'obligation de moyens me semble-t-il.

On respecte l'humanité du patient que l'on prend en charge dans son intégralité tout en restant évidemment concentré sur la pathologie. On fonctionne comme sous Unix en multitâches. Mais on reste adroit, léger, intelligent et ça, ça n'est manifestement pas donné à tout le monde et de gros boeufs, sous prétexte de sérieux et de rigueur, se permettent d'ouvrir leur gueule à tort et à travers. Alors après, le patient stresse et se retrouve dans mon cabinet où je n'ai comme on dit que "ma bite et mon couteau" pour tout viatique ! Quelle source d'influence crédible suis-je pour que ma parole puisse rivaliser avec celle d'une oncologue ! Vous pensez qu'il me suffit de dire à la personne de s'apaiser et "que tout ça c'est que des conneries" pour faire disparaître la sentence menaçante de la femme en blanc qui du haut de son diplôme d'état et de ses fonctions de praticiennes hospitalière d'état aussi me domine de toute sa puissance d'état encore ???

Bon, comme à défaut d'être aussi bosseur que l'oncologue qui me faisait chier, je suis plus malin, j'ai évidemment évité la stratégie consistant à la prendre de face parce qu'un pauvre psy ne fait pas le poids face à une éminente spécialiste. J'ai donc menti comme un gros arracheur de dents, de ceux qui vous disent d'être tranquille et que cela ne fera  pas mal du tout, en gardant leurs tenailles planquées dans le dos. J'ai donc improvisé un discours en jouant une vraie pièce de théâtre !

J'ai dit que je comprenais ce que lui avait dit l'oncologue parce que jouer le fourbe me permettait de me ranger habilement du côté de l'autorité comme si moi aussi je représentais un peu une parcelle de cet état. On appelle cela la similarité et c'est très efficace. Toutefois, après m'être habilement mêlé à la science officielle je suis retourné sur mon terrain de psy discrètement en apportant une nuance. J'ai donc dit que je comprenais son oncologue qui était là pour prévenir le moindre risque mais qu'ayant déjà été confronté au cancer du sein à travers ma pratique, et ayant consulté les statistiques, il me semblait vraiment rarissime et  qu'une récidive soit à envisager dans son cas. Et je rajoutais pour rester ancré dans le réel que certes il était nécessaire de rester sur ses gardes sans pour autant que cette veille ne devienne un état d'alerte perpétuel.

Et là comme je suis du genre imaginatif, j'ai inventé de belles histoires lénifiantes pleines de femmes courageuses s'étant sorties de leur cancer et menant depuis des dizaines d'années des vies géniales. Ceci dit, j'en connais au moins deux pour qui cela s'est passé comme cela alors j'ai pu extrapoler. Et comme je suis évidemment un mec sérieux, j'ai encore souligné la nécessité de se plier au protocole mis en place pour les examens périodiques. Bref je l'ai apaisée tout en respectant la nécessité d'une surveillance. Nulle folle tentant de ma part de bousculer la science officielle surtout dans un domaine dans lequel je ne connais rien mais simplement d'aménager la peine de ma patient.

Si rien n'arrive, grâce à moi elle aura vécu heureuse. Si malheureusement une récidive survenait, la surveillance médicale - espérons-le - permettra d'endiguer le mal avant que l'inéluctable n'arrive mais ... grâce à moi, ma patiente aura tout de même vécu des années apaisées entre son cancer et l'éventuelle récidive. Bref, je reste gagnant à tous les points de vue. 

J'ai menti, ce n'est pas beau et c'est pour la bonne cause. Grâce à moi, on n'envisage pas le pire et s'il survient malheureusement on est averti tout de même.

D'ailleurs ai-je menti ? Non, je n'ai pas menti. J'ai juste fait passer le message logique expliquant que le possible n'est pas le probable d'une manière différente. Parfois, pour être efficace, il faut savoir raconter de belles histoires même aux adultes !

D'ailleurs, cette femme est toujours en vie deux ans après, je l'ai eue au téléphone voici peu ! Longue vie à elle !