30 juillet, 2012

Le sauvetage suite !


Lorsque je rencontrais cet ingénieur et que nous fîmes le tour du sauvetage, ce fut pour moi une belle occasion de me pencher sur mon cas. Parce que j'ai en moi ce vieux fond de sauveteur qui heureusement ne se manifeste pas trop dans ma pratique professionnelle dans la mesure où elle est encadrée par des normes (rendez-vous, honoraires, etc.).

Pourtant, alors que le pauvre gars se sentait dépité et persuadé d'être le dernier des crétins pour s'être ainsi laissé exploiter, je lui confiais que cela arrivait souvent aux braves gars comme nous, les bon gros benêts bourrés d'empathie et prompts à charger sabre au clair pour la bonne cause. Je lui en racontai une bien bonne pour bien lui montrer que moi aussi, malgré mes connaissances et mon métier, il m'arrivait de me faire baiser en beauté comme un premier communiant.

C'est ainsi que voici quelques années, une personne de ma connaissance se trouvait à cours d'argent et s'arrangea pour me le faire savoir en ayant l'intelligence subtile de ne surtout rien me demander, se fiant simplement à ma personnalité. Que croyez-vous qu'il arriva ? Bien sur, sautant immédiatement sur mon destrier, je sortis mon sabre et volais au secours de l'impécunier. Et c'est ainsi que nuitamment je fis un virement de huit-cent euros sur le compte courant de la personne pour couvrir ... son découvert.

Une année passa et con comme je suis, je n'osais toujours pas demander le remboursement de la dette. Sans doute que dans le monde de bisounours dans lequel je vis, où les preux chevaliers ne sont entourés que de gentes dames, j'attendais que la personne, voyant sa situation financière s'améliorer, se rappela à moi en m'indiquant qu'elle allait enfin me rembourser.

Que nenni, car si je me prenais pour Lancelot du Lac, je n'avais pas la reine Guenièvre en face mais une personne lambda. C'est ainsi que loin de correspondre à mes hauts idéaux, mon débiteur se contentant d'attendre, sans rien dire, et sans se montrer plus que cela reconnaissant. Je crois qu'au fond de moi, j'avais été tellement étonné et dépité de la conduite de mon débiteur, que j'aurais très bien pu ne jamais réclamer mon du, me contentant de le classer parmi les personnes sur qui j'avais fondé de grands espoirs mais qui jamais malheureusement ne serait à la hauteur de mes hautes attentes morales. 

J'en était à me dire que la leçon que je venais de prendre valait bien huit-cents euros. J'étais à fond dans mon trip dans lequel j'étais le jeune Werther prêt à souffrir mille morts plutôt que d'agir.  Bref, j'étais un trou du cul me prenant pour un chevalier de la table ronde, prêt à lâcher du pèze tandis qu'on se foutait ouvertement de ma gueule. Il faut d'ailleurs que je fasse attention parce que parfois , j'ai peur qu'un socialiste au grand coeur ne sommeille en moi !

Tant et si bien que c'est ma chère épouse qui a toujours les pieds sur terre et qui, elle ne se fera pas escroquer ne serait-ce que d'un euro me rappela qu'on m'en devait huit-cents. Elle bouscula alors le trip adolescent romantique dans lequel je m'étais enfermé et brisant mes éternelles ruminations mentales me rappela que si j'avais de grosses couilles et plein de poils c'est que je devais sécréter de la testostérone et qu'il serait temps de m'en servir pour expliquer ma manière de voir à mon débiteur indélicat.

Regaillardi par l'exposé de mon épouse qui a toujours réponse à tout, enfin aux choses simples pour lesquelles je réfléchis bien trop, j'écrivis alors à mon débiteur pour lui expliquer qu'il serait temps plus d'un an après de songer à me rembourser. J'avais espéré un "bien sur, rassure toi j'y pensais et j'allais t'en parler". Mais, mon cul tiens, c'est tout juste si on ne m'engueula pas parce que j'osais demander mon du ! Bref, de sauveteur, je venais de devenir persécuteur, je troquais soudainement le gilet de sauvetage contre un bon gros gourdin rappelant au malappris les règles simples régissant les rapports entre le créancier et le débiteur.

C'est ainsi que mon débiteur mit de mauvais coeur un virement permanent de cinquante euros mensuels sur mon compte. Et bien sur, n'étant pas un nazi de l'organisation, je ne vérifiais rien du tout par la suite, étant entendu que j'aurais été compris ! Sur ces entrefaites, telle une norne sachant déjà que mon destin était de me faire entuber, mon épouse surgit de nouveau pour me signaler qu'en juin aucun virement n'était parvenu. 

Afin de ne pas bousculer les choses par trop de précipitations et pour ne pas troquer trop rapidement mon costume de Lancelot contre celui plus vilain d'usurier, je décidais d'attendre la fin du mois de juillet afin de voir si il ne s'agissait que d'un incident de paiement pas très grave ou bien d'un foutage de gueule caractérisé.

Les derniers jours de juillet étant là, rien n'étant parvenue, je décidais de m'énerver un peu. J'envoyais donc un mail dans lequel j'expliquais à mon débiteur parti en vacances (à mes frais finalement) que voici deux mois que je n'avais rien reçu. Une fois encore je crois que j'espérais une réponse dans laquelle j'aurais pu distinguer un peu de sincérité. Mais non, j'en fus pour mes frais et on m'expliqua sans vergogne qu'il devait s'agir d'une erreur de la banque ! 

Mon cul oui ! Dans la mesure où je sais que mon débiteur est quelqu'un de très pointilleux et sourcilleux quant à la tenue de ses comptes, erreur ou non de la banque, je trouvais curieux qu'il n'ait point vu que le virement était suspendu. Je pris pour moi cette second leçon de vie qui explique que lorsque l'on agit comme un con, on est souvent pris pour un con. Je notais aussi que finalement un bienfait n'est jamais impuni et qu'on est souvent payé d'ingratitude. 

Puis me rappelant ma profession, je décidais d'abandonner ces vaines réflexions pour comprendre où cela avait pu foirer pour que je me fasse ainsi avoir par quelqu'un en qui j'avais toute confiance. Et finalement, c'était simple et même biblique. On reconnait simplement l'arbre à ses fruits (Matthieu 7/15-21). Et il n'y avait pas de raison que quelqu'un qui ne s'était jamais bougé le cul pour changer sa vie, mais compte sans cesse sur autrui et les circonstances, devienne un jour quelqu'un de responsable et de loyal. Mais le pire est que j'avais conscience de tout cela mais que j'avais enterré la réalité parce qu'elle ne convenait pas à la tapisserie remplie de preux chevaliers, gentes dames et de gentilles bergères que je m'acharnais à tisser !

Voici un peu ce que j'expliquais à mon cher patient pour lui dire que ce qui lui était arrivé n'était pas bien grave et arrivait aux meilleurs. Et que lorsque sommeillait en nous une sorte de Lancelot du Lac on serait bien averti et prudent de réfléchir à deux fois avant d'aller sauver la veuve et l'orphelin !




1 Comments:

Blogger El Gringo said...

Trop bon, trop...

27/9/12 10:58 AM  

Enregistrer un commentaire

<< Home