18 mai, 2015

Faux jeunes et gérascophobie !


On se baladait avec Jean sablon et devant nous marchait un couple. Lui, cheveux poivre et sel, habillé façon jeune et elle, blonde et menue, moulée dans un jean. Poète comme il sait l'être, Jean Sablon a dit "beau petit cul" d'un air entendu. Puis elle s'est retourné.

Fichtre ! Quel tableau ! La peau parcheminée, épaisse, ridée comme une vieille pomme à force d'avoir pris le soleil, la donzelle devait être plus près des soixante carats que des vingt piges. Si mémé faisait illusion de dos, sanglée dans son jean Diesel, de face, c'était la catastrophe. Surtout que la pauvre avait déboutonné un peu trop son chemisier, donnant ainsi à voir un décolleté consistant essentiellement en un sternum aussi voyant que le bréchet d'un poulet d'où partaient des côtes trop apparentes. Mémé s'était grimée en Lolita et ce n'était pas très heureux.

son cavalier n'était pas en reste puisque lui aussi, oubliant l'âge qui était le sien s'était acheté la panoplie complète de ce qu'il estimait être celle du "jeune dans le vent". du haut en bas, on avait le droit à une coupe improbable, ni courte, ni longue, une barbe de trois jours, rigolote chez un minot mais vieillissant n'importe quel type dès que son poil blanchit un peu.

Ensuite, c'était l'inévitable sweat-shirt Abercrombie, le truc en coton survendu, avec la veste en jean par dessus. Et pour compléter le look, il y avait le jean sans doute acheté très cher mais un peu ridicule à force de vouloir être "mode" porté avec l'incontournable paire de Converse.

Vu leur âge, leurs gamins devaient avoir une trentaine d'années. Je me suis imaginé ces deux vieux tableaux se disant que c'était bien pour les enfants et les petits-enfants des parents sachant rester jeunes. Et je me suis mis à la place de leurs gosses songeant à leur gêne!

Ce couple étrange me rappelait mes jeunes années, quand je croisais de vieux rockers. C'était les années soixante-dix ou quatre-vingt, et on croisait encore des types, sans doute nés dans les années trente, ayant connu les années yéyé et restés bloqués dans cette époque. Portant un perfecto et arborant fièrement une banane grisonnante, ces vieux Johnny nous démontraient qu'avant nous, il y avait eu une autre époque avec d'autres jeunes. Ayant baigné dans la musique des Chats sauvages et des Chaussettes noires, ils n'en étaient pas revenus.

Ils nous faisaient un peu sourire mais au moins avaient ils le mérite d'en être resté à leurs années de gloire sans chercher à raccrocher les wagons d'une époque qui n'était plus la leur. Nostalgiques d'une époque où Johnny Halliday chantait Que je t'aime, ils étaient restés fidèles à leurs idoles, sans trahir leurs idoles au profit de Michael Jackson. Qu'auraient donnés ces mêmes papys rockers attifés du célèbre blouson rouge et noir et s'essayant au Moonwalk ?

Il faut savoir vieillir, se souvenir qu'on ne peut être et avoir été et se satisfaire d'être le témoin d'une époque disparue. C'est ce que je me suis dit samedi soir en allant rechercher la fille d'une amie qui était à une soirée pleine d'ados de dix sept ans. L'un d'eux m'a proposé un coup à boire et je lui ai dit qu'on avait déjà tisé en le remerciant. Le fait que j'emploie "tiser" l'a amusé et il m'a dit que c’était drôle ces vieilles expressions. J'aurais du sur le coup prendre un coup de vieux et me senti gêné.

Moi, je m'en suis foutu. D'une part, parce qu'en bon capricorne, je suis né vieux et qu'en plus je ne l'envie pas. Je n'aime pas son époque et je préfère mes dix sept ans à moi que les siens. En 1985, j'étais en fac, et tandis que Jackson chantait Thriller et que Springteen braillait Born in USA, en France c'était Peter et Sloane qui nous noyait dans leur guimauve Besoin de toi, envie de rien ! Et puis pour ce petit con, le Vietnam et la guerre froide ne seront jamais que des images, tandis que pour moi, c'est de l'histoire. Je ne souffre pas de gérascophobie.

La gérascophobie, c'est la peur de vieillir. Parfois ça prend des allures alarmantes comme ce cas, mais le plus souvent ça touche les quadras sur la mauvaise pente. On a beau savoir qu'on va tous mourir, chez certains y pensent constamment au point que cela devient leur préoccupation majeure. C'est dans ce cas, qu'on parle de gérascophobie. L'individu sera par exemple sensible à l'état de sa peau, a sentant moins élastique ou guettant la moindre ride.

Les symptômes se concentrent aussi sur les organes car l'individu se sent moins dynamique quatrefois et pense qu'il se fatigue plus facilement du fait de son âge. Et bien que son généraliste l'ait maintes fois rassuré sur son étant, sans déceler aucune affection médicale, l'individu va recourir à des artifices pour tromper le vieillissement. Il recourra à l'automédication (DHEA), aux cosmétiques à outrance et se met généralement à une pratique sportive intensive.

Obsédé par son image, les réassurances de l'entourage ne suffisent plus. et l'individu devient dépressif et anxieux. Pris dans une course contre la montre, il pratique le jeunisme à outrance, tentant de se prémunir contre le vieillissement. Et c'est ainsi que des types plus âgés que moi, se retrouvent à jouer les jeunes attifés comme l'as de pique avec la panoplie complète de ce qu'ils estiment être au gout du jour, ne faisant que renforcer leur phobie en soulignant justement que seul un jeune peut vraiment se permettre de s'habiller en jeune ...

J'en ai eu un comme ça une fois. Agé de quelques années de plus que moi, il portait un perfecto blanc et une coupe digne des Bee Gees. Ca m'avait fait rigoler. Il était seul, divorcé de fraiche date après une union tumultueuse. Peu sur de lui avec les femmes, c'était sa manière de se remettre en selle.

On devrait tous avoir un memento mori chez soi dès l'âge de quinze ans et méditer face à lui !

1 Comments:

Blogger Prisca said...

En voyant cette photo, j'ai repensé à votre article ;)

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28/6/15 4:17 PM  

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