18 mars, 2020

J'ouvre ma grande gueule !

On va tous mourir !

Ca y est, le confinement nous est tombé sur le coin de la gueule. Nous sommes assignés à résidence et nous ne pourrons sortir que muni d'une autorisation dûment remplie et signée pas nos soins. Nous sommes tels ces chiens qui suivent leur maitre la laisse dans la gueule, nos propres geôliers. Ce qu'un pouvoir autoritaire n'aurait pas pu faire, un virus l'a fait.

Voici quelques jours à peine, j'avais rédigé un article sur l'affaire Polanski auquel je me devais d'apporter des modifications afin de le modifier. Comme tout ceci me parait loin. Aujourd'hui, 18 mars, je suis comme tous les français, confiné chez moi. Ceci étant, j'ai de la chance puisque j'ai une grande maison et un jardin ce que n'ont pas tous les français. Je pense à ceux qui sont coincés dans un petit appartement avec leur conjoint et la marmaille et je les plains. 

Ceci étant dit, je ne m'en fais pas trop. Je sais qu'il est de bon ton de s'alarmer et de se dire qu'on vit un drame terrible et une pandémie sans précédent, pourtant je ne suis pas de cet avis. Etant un tweeter-addict, j'ai bien sur vibré comme tout le monde à la lecture de toutes les nouvelles alarmistes que chacun se donne la peine d'écrire. Entre ceux qui annoncent une hécatombe sans précédent et ceux qui augurent une crise économique d'une ampleur inconnue, il faut être assez solide pour ne pas se suicider. Parce que si c'est pour échapper à l'intubation en réanimation pour finir par se faire tuer pour un poulet, à quoi bon continuer ?

Fort heureusement, je suis de nature pessimiste optimiste. Et heureusement que je le suis parce que sinon je n'aurais pas choisi cette profession. Fort heureusement, je n'ai pas que des cas graves mais j'en ai. Et quand un médecin m'adresse un cas grave, c'est qu'il considère que la médecine a tout essayé, cures, médicaments, etc., et qu'il ne reste que la prière, la magie ou un psy pour tenter quelque chose. 

Le médecin qui m'a lancé voici plus de vingt ans en m'adressant mon premier patient m'a surnommé "le psy de la dernière chance". J'ai toujours été très honoré qu'elle m'ait donné ce surnom, ça fait un peu héros, un peu Dr House de la psychologie. Ceci étant cela lui a permis de m'adresser une clientèle que certains confrères jugeront difficiles mais avec laquelle je me suis toujours entendue. 

Je ne vais pas jouer les anciens combattants mais je peux dire que parfois j'ai vu des cas très spéciaux auxquels il fallait des solutions spéciales. Je ne compte plus le nombre de fois ou je me suis engueulé avec certains patients mais là n'est pas le principal. C'est normal d'aller au fight dans ma profession. Comme je l'avais dit à Jésus, un cas que les fidèles de ce blog connaissent bien, un patient que j'ai fait exorciser, c'est vous dire si je ne recule devant rien : j'exige de toi constance et obéissance ! 

Je ne compte plus non plus le nombre de fois ou je me serais engueulé avec certains médecins, plus ou moins gradés, même si la majeure partie du temps j'ai des rapports cordiaux avec eux. Combien de fois m'aurait-on reproché de minimiser un cas alors que j'étais sur que ce que le patient présentait n'était pas aussi grave que ses symptômes. Moi, mon boulot c'est de créer une alliance thérapeutique, après je n'ai peur de rien. Je ne ferai pas de miracles face à certaines pathologies bien sur, mais je sais dédramatiser. C'est capital de dédramatiser ! Dédramatiser, ce n'est pas minorer, c'est simplement assurer qu'on va trouver une solution vu que je suis payé pour ça. 

Je ne suis évidemment pas épidémiologiste et je n'ai pas de compétence particulière en ce domaine. Je sais juste monter des équations avec des valeurs qualitatives et non seulement quantitatives. Vu que je travaille avec les mots, sans aucun marqueur biologique, avec ma bite et mon couteau comme on dirait si l'on était vulgaire, je suis habitué à étayer mes diagnostics sur tout un tas de micro-impressions. Généralement je ne me trompe pas. Et d'ailleurs, j'ai l'habitude de dire que je ne me trompe jamais ou que je me tais.

Comme je suis aussi prudent et que je recevais encore à mon cabinet, j'ai pris soin d'en discuter avec quatre personnes que j'estimais à même d'avoir un avis autorisé : un polytechnicien atypique qui a le sens de la synthèse, deux chercheurs, l'un en chimie médicale, l'autre en biologie et un actuaire spécialisé dans la santé. Aucun des quatre ne m'a semblé troublé plus que cela par le coronavirus. Si aucun d'eux n'a affirmé que ce n'était qu'un rhume, aucun des quatre n'a semblé plus inquiet que cela. En bref, il ressortait que si l'on était fragile, parce que vieux ou malade, il fallait planquer ses miches le plus possible, le temps que ça passe.

Ce que personne n'a fait puisque je n'ai cessé de voir, à l'époque où l'on ne cessait de s'alarmer sur le taux de mortalité particulièrement élevé chez les personnes âgées, tout un tas de vieux agglutinés à la poste, au supermarché, dans les boulangeries ou même dans les cafés. Vendredi dernier, le 13 mars, j'ai même engueulé une mamie qui me collait tandis que je faisais la queue pour acheter du pain. C'était l'heure de la sortie des classes et tout un tas de petits gamins infectés mais asymptomatiques, se pressaient avec leurs mères pour acheter des viennoiseries mais mamie n'en avait rien à foutre. "J'ai le droit de vivre" m'a-t-elle rétorqué tandis que je lui reprochais de me coller, ce à quoi je lui ai répondu que bientôt elle aurait peut-être le droit de mourir ! Bref c'était mal parti pour enrayer la pandémie !

Ainsi, habitué à poser mes petites équations, seul comme un grand s'agissant de la crise actuelle, j'ai fait pareil. Un de mes ex-patients, un type brillant en plus, relayait une étude britannique selon laquelle une grande partie de la population allait être infectée et qu'en bref il y aurait des centaines de milliers de morts. Moi ça me semblait bizarre vu que ce virus, ce n'est pas la peste, et que de toute manière on a fait un bond scientifique considérable depuis la grande peste. J'ai donc lu l'étude en question. Je vous avouerai que ma culture statistique étant limitée, je n'ai pas compris grand chose aux équations. Tout ce que j'ai vu c'est que cela allait croitre jusqu'a décimer une grande partie de la population et que les quelques survivants se battraient pour un rat mort. Bref, c'était la fin du monde. Ce à quoi j'ai pensé que si on avait pris en compte uniquement mes années de croissance, je devrais mesurer 15 mètres de haut ! Bref, selon cette savante étude, on allait tous mourir comme dirait Bohort dans Camelot !

Pourquoi n'ai-je pas été plus inquiet que cela ? D'une part, savants ou non, les cons sont partout et plus courants que les gens vraiment brillants. Donc, il n'y a pas de raison que l'on puisse affirmer qu'il y a de bons et de mauvais plombiers tandis que tous les statisticiens seraient géniaux. Peu importe le côté obscur de leur prose, ils n'échappent pas à la loi du nombre. Et bien qu'ils soient encore plus rigoureusement sélectionnés que les plombiers, je pars du fait qu'il y a de très mauvais statisticiens, bien plus encore de très moyens statisticiens mais bien plus rarement des gens géniaux qui sauront analyser tous les paramètres. Je crois que c'est d'ailleurs impossible ! D'ailleurs les actuaires fustigent les cas qui échappent à leurs tables !

Comme disait le grand Philippe Pinel, qui outre le fait qu'il ait eu un beau prénom est aussi l'un des fondateurs de la psychiatrie moderne à la Salpêtrière, il faut savoir se défier de la bouffissure doctorale. J'ai connu des généralistes ayant de meilleurs diagnostics que des agrégés de médecine. Alors peu importe que l'étude soit sortie d'Oxford ou Cambridge, je ne suis pas lié à ce que ces gens racontent.

Enfin, j'ai trouvé un autre article qui démentait cette étude dont le ton me semblait plus mesuré. Dans cette querelle entre les catastrophismes et les jemenfoutistes, j'ai choisi une voie médiane. D'accord, ce n'est pas rien mais ce n'est pas la fin du monde non plus. D'ailleurs les grippes de 1957, dont on estime qu'elle aura tué entre 70 et 100000 personnes et de 1968, qui aurait tué environ 35000 personnes,  semblent avoir été terribles sans pour autant qu'on se soit alarmé le moins du monde. C'était des années plus dures que les autres mais la vie continuait.

Et puis il y a eu entre temps toutes les fausses alertes. On s'est foutu de Roselyne Bachelot et de ses dizaines de millions de doses de vaccins sensés nous prémunir contre une pandémie qui n'est jamais arrivée. C'était la terrible grippe H1N1 dont tout le monde ou presque s'est foutu. C'était en 2009/2010. Je m'en souviens, j'étais aux Usa avec le Gringeot. Sa mère, catastrophée l'avait mis en garde contre les dangers de cette grippe. On n'en avait rien eu à foutre. On avait juste eu un peu peur dans un bus à Chicago parce que près de nous, une bonne femme toussait à fendre l'âme. On avait alors remonté nos écharpes dans un geste dérisoire de défense contre une contamination possible.

Bref, SRAS, H1N1, grippe aviaire, qui s'en souvient ? On nous avait alerté et rien n'est venu. Et cette fois ci, le gouvernement toujours plus incompétent n'a rien prévu, ni masques, ni fermetures de frontières, ni rien du tout d'ailleurs et le virus est là. On compte les premiers morts. On se souvent qu'on est mortels et à la merci d'un tout petit machin invisible à l'oeil nu. Alors on panique. On n'avait plus vu de morts depuis longtemps. Les malades meurent à l'hôpital et les vieux dans les EPHAD, la mort n'est plus parmi nous.

Or, elle revient faire une incursion chez les vivants. Ca tombe comme des mouches et l'alerte est donnée trop tard. Face à une population confinée dans le confort douillet de ses certitudes avant de l'être chez elle, les pouvoirs politiques, la nounou-état prend peur et décide de mesures drastiques. Et donc ? Au pire, même si il faisait 100000 morts ce nouveau virus, serait-ce si grave si l'on sait que ce n'est que 15% du nombre de morts par an, sachant qu'un nombre de ces morts serait de toute manière décédés dans les mois qui viennent ?

Alors bien sur, on nous a donné jour après jour les chiffres italiens ! C'est d'ailleurs ce que me disait mon expatrient dans sa volonté de me prédire le pire. Il ne pessaire de me dire que nous suivions l'Italie à une semaine près.  on a eu le droit au décompte macabre avec le nombre d'infectés et le nombre de décès ! Est ce que tout cela veut dire grand chose ? Sans dépistage systématique, qui dit qu'il n'y a pas dix fois ou cent fois plus d'infectés que ce que l'on nous présente ? En ce cas, le taux de mortalité serait tout de même ridiculement faible. En écrivant cela, je n'oublie pas qu'il s'agit d'êtres humains, je ne suis pas un monstre rassurez vous. C'est l'embouteillage dans les hôpitaux qui crée la panique plus que la mortalité elle-même. D'ailleurs, ce compteur de mots est terriblement anxiogène et inutile. La transparence à ce point est-elle vraiment nécessaire ? Les journalistes sont ils une race maudite ?

Enfin dans ma décision de dédramatiser intervient le facteur humain. Il y a le virus et puis il y a nous. Nous, les êtres humains qui depuis l'invention du feu, avons fait en sorte de domestiquer la nature. On se doute bien que partout dans le monde, des équipes de chercheurs s'attellent à trouver un remède. Et il sera trouvé. C'est une certitude. Ce n'est qu'un virus. Qui se souvient de la panique qu'a créé le VIH au milieu des années 80 ? On brulait les draps dans les hôpitaux et certains parlaient de parquer les malades dans des centres spéciaux. Et puis, on a fini par trouver des traitements. Si je crois à la malfaisance et à la bêtise des politiques, et spécialement ceux de LREM, j'ai foi en la recherche.

Pour toutes ces raisons que j'expose ici de manière un peu décousues, je pense que l'épidémie de coronavirus ne sera pas aussi dramatique qu'on nous l'annonce. Voilà ce que j'ai répondu sur tweeter à mon ex-patient. Cela m'a valu bien des critiques. On m'a jugé idiot, trop optimiste, incompétent voire très con. Un jeune, très brillant que je connais bien, m'a même agoni d'injures ! Je l'ai laissé dire. Si j'avais du écouter tous les oiseaux de mauvais augures Que voulez vous j'ai un biais d'inférence positif qui fait que je dédramatise toujours parce que c'est nécessaire. Non, on ne va pas tous mourir ! Ce sera moins grave que prévu. J'en suis sur.

Voilà j'ai ouvert ma grande gueule. Qui vivra verra. Je croise les doigts. J'ai toujours raison !

Prenez soin de vous !






2 Comments:

Blogger Élie said...

"C'est l'embouteillage dans les hôpitaux qui crée la panique plus que la mortalité elle-même."
Oui,et l'embouteillage ne s'est pas créé tout seul, parce que s'il n'est pas dû à la virulence du Covid, c'est qu'il est dû à la desctruction systématique de l'hôpital public.
Et avoir foi en la recherche, c'est bien, à partir du moment où la recherche a les mains libres.

27/3/20 6:03 PM  
Blogger cmosorchestra said...

On reconnait mal Henri Virlogeux sur ce portrait..
Artiste médiocre!

29/3/20 11:17 PM  

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