06 novembre, 2006

Le tabac c'est tabou !

Le Tabac est mauvais ! Au cas ou vous ne le sauriez pas, c’est écrit en gros sur les paquets ! Le tabac tue, il est responsable des maladies cardio-vasculaires, des troubles de l’érection, des problèmes de stérilité. En fait, le tabac est responsable de tous nos maux. On peut même dire, à l’aune des messages de la propagandastaffel, que s’il n’y avait pas le tabac, et bien on vivrait tous plus que centenaires. Voire même qu’on ne mourrait peut-être jamais ! L’état serait obligé de tous nous tuer ! Il y aurait des centres d’euthanasie dans lesquelles nous nous rendrions, las de vivre, et certains se diraient même, que s’ils avaient su que vivre si longtemps était si chiant, et bien, ils auraient fumé ! Si !

Dernièrement, la télécommande à la main, je glandais devant ma télévision et je suis tombé sur l’ineffable émission « L’arène du Roi », présentée par l’inénarrable Stéphane Bern. Je ne reviendrai ni sur le concept de l’émission, ni sur l’animateur, dont j’ai abondamment parlé dans le post « Faut-il enfermer les psys ? ».

En gros, il y avait d’un côté des fumeurs et de l’autre des non fumeurs. L’un des représentants des non-fumeurs était l’illustre professeur Got, représentant de la faculté mais intervenant surtout en tant qu'expert auprès des pouvoirs publics (encore un mec payé par nos impôts). Ce personnage s’était illustré dès les années soixante-dix, en intervenant dans le champ de la sécurité routière. J’étais petit à l’époque mais je me souviens que l’Auto Journal, écrivait : le professeur Got avec un grand S. En gros, les limitations de vitesse, c'est lui, de même que la ceinture de sécurité. On est pour ou contre, je m'en fous je roule en scooter !

Le débat n’a rien amené de nouveau. Les non fumeurs font la morale et nous préviennent que si l’on fume on risque de mourir jeune dans d’atroces souffrances. Et ils ont raison, tout fumeur connaît ce risque. Après la morale doucereuse, il y a la culpabilisation et l’on apprend que si l’on fume on peut tuer d’autres personnes qui, elles ne fument pas et pire des enfants ! Oui, vous avez bien lu, on peut tuer des enfants ! Des tout petits enfants innocents !!! Et ça, ce n’était même pas marquer sur les paquets de clopes : Fumer tue des petits enfants !

Alors là, pff, devant un tel argument, sûr que chaque fumeur va faire son examen de conscience et se dire : « allez j’arrête de fumer car je ne veux pas tuer de petits enfants ».

Alors, imaginez-vous que dans ce post, je soutienne les fumeurs ? Non, même pas, je pense même que si j’avais su quelle dépendance créait la cigarette, je n’aurais pas commencé. Toutefois, je fume et à ce titre je n’ai pas envie d’être considéré comme un débile afin d’être enrôlé dans l’armée du bien, de l’empire du bonheur perpétuel.


Lorsque j’entends ce genre de discussion, outre le fait que j’ai envie de mettre une droite au professeur Got, je repense aux nombreux toxicos que j’ai reçus. J’ai obtenu d’excellents résultats avec les héroïnomanes notamment. Heureusement que je me suis pas adressé à eux de la manière dont Got s‘adresse aux fumeurs. Je pense qu’ils auraient quitté mon cabinet dans la minute même, eux à qui on a fait sans cesse la morale, sans jamais tenter de les comprendre.

Derrière le fumeur, il y a des réalités biopsychologiques évidentes. D’une part, comme je l’expliquais dans un post précèdent, tout individu vit avec un biais cognitif qui fait qu’il a tendance à minimiser les dangers, sinon il ne sortirait jamais. Pire, il ne tomberait jamais amoureux pour ne pas se faire plaquer, n’aurait jamais d’enfants dès fois que l’enfant meure de leucémie, et se flinguerait très tôt, de peur de mourir dans d’atroces souffrances, voire de devenir un jour handicapé ! Donc, voyez-vous, fumeurs ou non fumeurs, nous vivons tous avec ce biais qui nous fait légèrement surévaluer notre capacité à être heureux. Si nous ne possédions pas ce biais cognitif, alors nous serions dépressifs.

Enfin, derrière chaque fumeur, se cache sans doute un rebelle ; des études en attestent. Dès lors, plus vous lui direz de ne pas fumer, plus il vous répondra qu’il vous emmerde. Il y a donc des voies d’approches plus efficaces que la grosse propagande d’état qui met ses sbires médecins en avant. D’ailleurs, vous l’aurez remarqué, pas une émission sur n’importe quel sujet, dans lequel n’apparaisse pas un médecin venu vous apporter la bonne parole noyée dans un discours scientifico moralo censeur ! Au lieu de nous casser les burnes, tentez de guérir les cancers, après vous pourrez parler, non mais ! Ayant souvent regardé des émissions médicales traitant de psychopathologie, les plus sympas restent Jean-Daniel Fleysaquier sur France 2 et Michel Cymes sur la 5, les deux seuls à être un peu rigolos. Les autres, pff, on ne les imagine vers 18 ans qu’avec des culs de bouteille sur le nez, habillé avec un débardeur jacquard et la calculatrice TI57 à la main, genre autistes d'Asperger (les autistes m'excuseront..) ! Dès lors, comment leur discours peut-il être perçu ?

Dernièrement, à une amie médecin qui me reprochait de fumer, je demandais si elle avait fumé. Elle me répondit que non et pire qu’elle n’avait jamais été tentée ! Aveu cruel d’incompétence ou plutôt d’incompréhension, lorsqu’un monde médical scientiste et mécanique se heurte à un monde passionnel et parfois déraisonnable. On dit parfois de nous, les psys, que nous sommes à demi-fous. Peut-être est-ce cette demie-folie qui nous permet finalement d’être des passeurs vis à vis de nos patients et de si bien les comprendre.


Alors, pour ou contre le tabac ? Rassurez-vous ! Contre bien sûr ! Mais même si je décide d’arrêter un jour, je vous promets de ne jamais être un de ces odieux fumeurs repentis prêchant la bonne parole et vantant le souffle et le goût retrouvé !

Je suis pour la liberté ! Je suis pour que l’espèce humaine conserve ce biais cognitif qui lui fait parfois minorer les risques. C’est ainsi que des individus accomplissent des exploits tel Pasteur s’inoculant lui-même le virus de la rage ! Je suis pour qu’il reste des rebelles afin que l’on ne soit pas tous en train de marcher au pas ou pire comme ces crétins à Paris en train de faire du roller en bande encadrés par la police !

Alors que répondre au professeur Got ? Je lui dirai de regarder les statistiques de consommation d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et de neuroleptiques ! La France se classe première ! Et s’ils décidaient de nous lâcher, de nous rendre moins heureux ou plutôt de nous laisser faire notre bonheur. Si le professeur Claude Got justement, avec sa belle tête de vainqueur (en photo à gauche), décidait, en tant qu’anatomo-pathologiste, de rentrer dans son laboratoire et de nous lâcher ?


Dernière minute, trouvé sur ce site : Le professeur Claude Got, 65 ans, vient de publier "Risquer sa peau", ouvrage dans lequel il dénonce outre l'amiante, les multiples dangers qui nous menacent chaque jour dans une société où le profit prime sur la santé publique et le bien-être de chacun. Ben oui, dire qu'on pourrait tous jouer au scrabble en attendant la mort ?

(Bien sûr, je rappelle que fumer, c'est très très mal !)

10 Comments:

Anonymous Jean-Marc said...

Très très beau post et pourtant je suis non fumeur ! Beaucoup de sensibilité et d'intelligence ! Merci
signé : un confrère

6/11/06 4:51 AM  
Anonymous Bernard de Paris said...

Effectivement excellent post malgré quelques "outrances" assez amusantes tout de meme.

6/11/06 4:54 AM  
Anonymous Les Petites Filles Modèles said...

Plus fin et iconoclaste qu'il n'en a l'air....j'ai ri sainement.
merci, c'est bon pour la santé

6/11/06 7:38 PM  
Anonymous Anonyme said...

Bonjour Philippe,

J'ai déjà lu votre blog, et il est dans ma liste de favoris, ce que vous écrivez sur le tabac me donne envie de vous raconter cette petite histoire, même si j'imagine que vous avez dû avoir 8 tonnes de commentaires sur le sujet. Je suis une fumeuse invétérée depuis mon adolescence et j'ai arrêté trois mois par la méthode Allen Carr. Puis coup dur au bureau, j'ai repris, classique. Un jour, motivée par un non fumeur intégriste auquel je tiens beaucoup, j'ai consulté une psychologue, qui prétendait pouvoir me faire arrêter de fumer.Le première impression a été catastrophique (une apparence ultra négligée entre autres, mais bref), et puis elle m'a dit : est-ce que vous avalez la fumée?
J'étais sidérée. Il faut n'avoir jamais rencontré de fumeur pour demander un truc aussi bête.
Le pire, c'est que je l'ai payée, et puis je me suis sauvée en courant. Ceci dit, comme elle m'avait annoncé que je n'étais pas prête, j'ai bien failli arrêter, rien que pour la faire chier.
Mais mon esprit rebelle ne va malheureusement pas jusque là.
Je me suis toujours demandé si elle ne l'avait pas fait exprès, au quel cas, ce serait plutôt malin...

6/11/06 10:02 PM  
Anonymous castor27 said...

Merci pour ce post criant de vérité ! je ne cesse de crier haut et fort ce que vous relatez ici.
Bientôt, nous fumeurs seront les pestiférés de la société, on nous mettra des clochettes autour du cou pour prévenir notre passage !

Un grand bravo pour votre blog et vos montages hilarants (si j'étais aussi doué que vous en montage photo, j'ouvrirais moi aussi un blog... peut-être un peu rebelle)
Bien à vous

7/11/06 10:11 AM  
Anonymous lala75 said...

Le plus beau post que j'aie lu sur le sujet.
Paradoxalement, il me redonne la liberté d'envisager d'arrêter de fumer... ou pas.
Depuis deux mois, j'étais plutôt dans le "Plus souvent, que je ferais plaisir à ces dictateurs, non mais... Je fume, et qu'ils viennent donc me chercher". Oui, je sais c'est bête, mais c'est irrésistible.
Et là, pouf, ça passe.
Sans flatterie, c'est rudement fort.

7/11/06 11:49 AM  
Blogger philippe psy said...

Merci à tous(te)s, pour ces commentaires encourageants. Prochainement un post sur un sujet connexe à savoir : les accidents de la route. Et je pense que ça sera très chaud ! Adeptes du poliquement correct, ne venez pas!

8/11/06 12:44 AM  
Anonymous Anonyme said...

bonjour Philippe,

Je me retrouve tout à fait dans la rebelle, celle qui dit "je vous emmerde" en continuant de fumer! celle qui aspire à la liberté de fumer pour peut-être trouver la liberté de ne plus fumer! de ne plus avoir besoin de la clope pour se rebeller...
Votre post est l'un des rares témoignanges de personnes dans lequel le fumeur peut se sentir accepté et libre... Mais au fond, c'est moi qui ne m'accorde pas vraiment cette liberté... N'empêche ça ne me fait pes rigoler de constater que mon désir de liberté m'empoisonne!
Bien à vous,
Marie.

10/11/06 12:55 PM  
Anonymous Gabou said...

Cher Philippe,

Votre blog est un véritable bijou, et tellement criant de vérité qui ne sont pas toujours bonnes à dire. Mais quel régal de vous lire.

10/11/06 2:15 PM  
Blogger philippe psy said...

Merci pour tout vos messages d'encouragement !

Quant au confrère qui demande "si on avale la fumée", encore uen flèche ! C'est pour cela que je fréquente peu de confrères !

18/11/06 5:49 AM  

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