17 novembre, 2006

Vive la moto !

Cette semaine, j’ai acheté Moto-Journal. Je ne l’achète plus guère depuis que ce canard est devenu l’allié objectif des politiques étatistes de prévention routière. La moto reste une pratique dangereuse attirant de toute manière des individus spécifiques un peu fêlés. Bien sûr avec l’âge on tend à se calmer. Mais croire, que lorsque l’on a plus de cent chevaux sous les fesses, on ne s’en servira pas est illusoire. Une moto est un truc à sensations, même une brave routière, sinon autant se traîner comme un vulgaire caisseux où marcher à pied comme un militant écolo, enfin pas tous.

Je n’achète plus les magazines motos que rarement parce ce qu’ils sont devenus fades et politiquement corrects. Je me souviens d’une époque, c’était en 1985, où Moto-Revue (numéro 2714, 1er août 1985), un concurrent s’était amusé à tenter de battre un TGV sur Paris Marseille avec une Kawasaki 900 Ninja. Le TGC avait mis 4h40 tandis que la Kawa mettait seulement 4h00. On voyait même la photo du conducteur du TGV avec une bulle qui disait : "Maurice remet du charbon, on est en train de se faire taper". C’était bien sûr totalement interdit mais ça cadrait avec l’esprit motard. Ceux qui ont déjà lu et apprécié un album du Joe Bar Team me comprendront, les autres jamais.

Donc en allant faire un tour chez un marchand de journaux, je regarde tout de même les magazines de motos et tombe sur MJ qui titre en gros :

Débrider sa moto. Attention Danger !
Que peut-on encore se permettre ?
Des témoignages inquiétants.
Des conséquences que vous n’imaginez pas.

Etonné par ce titre qui semble promettre les pires tourments pour les amateurs de liberté, j'achète illico le journal. Pour ceux qui ne comprendraient pas, en France, patrie des droits de l’homme, les motos sont bridées à cent chevaux. C’est à dire que, quel que soit le modèle, l’importateur devra faire en sorte que le moteur ne développe pas plus de cent chevaux. C’est le seul pays au monde à appliquer ce réglement stupide. De toute manière, bridage ou non, à partir de cent chevaux, vous êtes mort à la moindre chute. Mais l’état s’occupant de tout et surtout de choses pas importantes, en a décidé ainsi. Le motard est un enfant turbulent donc il lui faut, à l’instar des petits à qui l'on donne des ciseaux à bouts ronds, des motos limitées à cent chevaux ! D’accord pour que l’on s’amuse mais sagement sinon l’état sévit.

Bien entendu, tout motard qui se respecte demandait à son concessionnaire de lui débrider la machine. Dès lors, n’importe quel gros cube qui roule atteint aujourd’hui bien plus des cent chevaux légaux, et cela peut-être cent quarante voire plus. Las ! L’état se saisissant de ce sérieux et crucial problème, a voté une loi le 5 janvier 2006. On peut imaginer, que la loi émanait d’un député plouc, ennemi de la moto, et qu’elle aura été votée à la sauvette sans vrai débat, nuitamment par quelques députés encore présents tournant la clé de vote de leurs copains.

Aujourd’hui donc, tout motard roulant sur une moto débridée, risque donc jusqu’à 30 000€ d’amende et 2 ans de prison et le véhicule peut-être confisqué. Ce qui est proprement délirant quand on sait que des délits gravissimes portant atteinte aux biens ou aux personnes sont bien moins réprimés. J’aimerai savoir à qui porte atteinte le motard qui veut rouler sur une moto telle que la fabrique le constructeur, et telle qu’elle est autorisée par exemple en Allemagne, pays peu connu pour son laxisme. Alors merci qui ? Merci l’état français !

Pourquoi vous parler de cela sur un blog traitant normalement de psychologie. Et bien pour définir quelque chose d’important au sujet du bonheur. Contrairement à ce qu’imaginent bon nombre de personnes, le bonheur se définit moins par ce que l’on vit que par ce que l’on imagine que l’on pourrait vivre.

Ainsi, voici quelques mois, alors que je me trouvais à Las Vegas, j’ai eu un petit problème électrique dans la chambre d'hôtel, que je n’arrivais pas à régler. La réception m’explique qu’un dépanneur va venir s'en occuper. Quelques minutes après, on sonne et je vais ouvrir. Un homme entre et me dit « bonsoir monsieur » en excellent français. Je discute avec lui et j’apprends qu’il est kabyle et qu’il a fui l’Algérie du fait des évènements de 1990. S’étant d’abord rendu en France, il a finalement gagné sa carte verte sur internet. Et il adonc émigré aux Etats-Unis, d’abord à Los Angeles puis enfin à Las Vegas parce que c’est une ville en plein essor. On papote de tout et de rien et il m’explique qu’ici la vie est bien plus dure qu’en France mais que pour rien au monde il ne rentrerait chez nous. Il me dit qu’il a commencé ne faisant des travaux ingrats puis qu’il a suivi une formation qui lui a permis de valider ses diplômes algériens (une sorte de bac pro en électrotechnique) qui lui permet aujourd’hui d’avoir ce poste.

Je lui pose donc cette question : « mais pourquoi rester ici si vous dites que la vie est plus dure qu’en France ? Pourquoi ne pas revenir ? ». Sa réponse vaudrait à elle seule une jolie thèse de psychologie puisqu’il me répond en rigolant :

« Pourquoi ? Mais c’est simple. Oui ici la vie est plus dure même si je n'ai pas à me plaindre. Mais ce qu’il ya de génial monsieur, c’est qu’ici, chaque matin quand je me lève, je joue ma vie au loto ! Ici, tout est possible et ça c’est formidable ! »


Et oui, face à l’état français qui persiste à croire que le bonheur c’est de ne surtout pas prendre de risques, de toujours les diminuer, on pourra opposer que le bonheur, bien au contraire, c’est vivre en acceptant les risques de l’existence mais en ayant toujours en tête, dans un petit coin de son cerveau, l’idée qu’un jour tout changera et que les risques seront récompensés.


Le bonheur, quoique l’on puisse vivre, même si c’est difficile, c’est imaginer que demain sera meilleur !


8 Comments:

Blogger Laure Allibert said...

Excellent et instructif, bravo !

18/11/06 4:49 PM  
Blogger philippe psy said...

Merci pour votre commentaire. J'ai mis la même vidéo que sur votre blog ;) Elle est excellente !

18/11/06 8:25 PM  
Anonymous lechalote said...

Décidément, quand j'aurais besoin d'un psy je viendrais te voir, tu cultives ton côté rebelle entre la clope et la moto, vive toi! J'ai lu un excellent bouquin recommandé par un de mes clients excédé par le mode de management à la française, qui s'appelle Français, américains l'autre rive, de Pascal Baudry et qui devrait te plaire (je me rends compte que je te tutoie, j'espère que ça ne te dérange pas) :
1 - il est téléchargeable sur internet
2- Il situe nos différences culturelles d'un point de vue psychanalytique entre autres(parfois un peu freudien à mon goût)
3 - Il est plutôt bien écrit,
Au plaisir de lire tes prochains articles!
Bonne soirée!

18/11/06 10:29 PM  
Blogger philippe psy said...

Moui, enfin plus libertarien que rebelle. Je ne me rebelle pas, je demande juste qu'on me foute la paix et qu'on ne me colle pas sous tutelle!

Et n'oublie pas que Dieu vomit les tièdes.

19/11/06 12:25 AM  
Anonymous Anonyme said...

Chaque jour, je chauffe le bitume avec mon fjr en espérant être vivant le soir même, moins parce que je roule à moto que par l'individualisme des automobilistes; cela m'a sauvé la vie de nombreuses fois. Ainsi, à nous de respecter la vitesse, de se faire plaisir quand les conditions le permettent et surtout de veiller à Klaxoner et d'illuminer ces bagniolles qui n'en ont que faire des motards. Aussi, 100cv est largement suffisant pour se faire plaisir. Tu as raison la chute ne peut être que mortelle.
N'oublions pas : un bon motard est un vieux motard et vive les écolos à vélo. Ton illustration sur le bonheur, pour ce qui est de la moto, n'est pas avérée pour ma part. Chaque vrai pilote de deux roues prend un grand plaisir lorsqu'il "chevauche son engin" ne roulant qu'à 130 sur des voies limitées à 110 - 90 voire 70 -:).
N'oublions pas que pour s'arrêter à 130km, 169m seront nécessaires et à 200km, 400 m. Collègues motards qui liraient cet excellent article de philippe, soyez vigilant et prudent.
Quant à tes propos sur le bohneur, merci pour ta publication.
D'un jeune motard (19 ans de moto)

19/11/06 11:58 PM  
Blogger philippe psy said...

Réponse au contributeur anonyme. Rassure-toi, je n'avais pas envisagé de rouler à 200km/h en ville. Aimer la liberté n'est pas être taré. Et justement la moto est l'engin idéal pour ceux qui aiment laliberté parce qu'on ne peut se fier qu'à soi comme tu le soulignes. Dès lors, il ne s'agit pas de la quantité de chevaux disponibles dans le moulin mais de la quantité de neurones dispos sous le casque qui est important.

Si tu n'as jamais tenté une fois d'essorer ta poignée d'accélérateur, alors tu es tiède et un timoré et tu as une motio pour joeur les beaux devant les filles. Tu ne mérites pas de rouler en moto mais en Aixam ou pire en Bus !

N'oublies pas l'autocollant de la prévention routière sur ta FJR !

C'est bien, d'avoir dix-neuf ans de permis et de jouer les vieux sages. Vois-tu cela fait vingt-cinq ans que je l'ai et je me contente d'être adulte et responsable et n'attend pas une mise sous tutelle de la part des pouvoirs publics !

Dans tous les cas, ton commentaire mériterait un post que je rédigerai prochainement.

Merci d'être venu sur mon modeste blog et encore plsu de m'avoir laissé ce commentaire !


En tout cas, merci d'avoir posté un commentaire.

20/11/06 1:52 AM  
Anonymous CCRIDER said...

Excellente note sur la moto... Je découvre votre blog que je trouve sympa... M'es avis que vous fêtrez très bientôt votre 9999 ème visiteur !

23/11/06 12:30 PM  
Blogger philippe psy said...

Merci !

24/11/06 7:58 AM  

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