30 mars, 2007

Viré de Wikipedia ! Moi, viré !!??

2007 ! Ouééé, le TGV arrive enfin à Foug !

Cet après-midi, j’avais des tas de trucs à préparer en vue d’une formation ayant lieu dans un mois. J’aurais logiquement du faire des « slides » comme on dit maintenant, sur PowerPoint ! Mais comme, depuis mon plus jeune âge, j’ai un mal fou à me concentrer et à faire ce que je n’ai pas envie de faire, j’ai préféré m’amuser !

Hier, j’avais mis un lien sur la commune de Foug, dont est originaire Laurence qui fait tous les montages photos de mon blog. Ce lien pointait vers l’encyclopédie libre Wikipedia ! Ce soir, abîmé face à ma feuille blanche et incapable de faire le moindre slide, mon esprit se baladait du côté de Wikipedia. Tant et si bien, que j’ai eu la lumineuse idée de parfaire l’article dédié à Foug, en l’agrémentant de précisions de mon cru.

Puisque hier, j’avais rédigé un article concernant la « croutonnade » et les « soupeurs », je me suis dit qu’il serait bon d’envisager un historique de cette pratique méconnue. J’ai donc eu l’idée d’attribuer à la commune de Foug, la genèse de la croutonnade ! L’idée de rédiger un article de fond sur le folklore d’une ville qui m’est inconnue, dans une région où je n’ai jamais mis les pieds, m’enchantait ! Et hop, me voici parti, comme un imbécile à rédiger l’article qui suit :

« La croutonnade est un plat typique de la ville de Foug, en Lorraine. Préparée à base de morceaux de pain secs et de tranches de couennes, largement trempés dans une soupe épaisse, faite pour moitié, de bouillon relevé à l'échalote dans laquelle on aurait broyé des légumes divers en fonction de la saison, et de vin aigre (généralement du Gris de Toul ouvert depuis une quinzaine de jours), que l'on laisse mijoter six heures à feu doux, la croutonnade se dégustait généralement l'hiver au cours des repas dominicaux.

Il n’était pas rare d’en déguster plusieurs assiettes, aussi les convives finissaient-ils souvent ivres. La tradition, voulait qu’ensuite, les convives fissent le tour de la table en sautant à califourchon sur leurs chaises en hurlant. C’étaient des fêtes très animées ! Hélas, on a pu aussi déplorer des viols lors de ces croutonnades, dont certaines dégénérèrent malheureusement. Si vous visitez Foug, vous verrez les visages se fermer si vous osez évoquer la croutonnade de mai 1887, de triste mémoire !

On utilisait généralement une grosse assiette creuse de grès non vernissée, façonnée à la main par son propriétaire à l’âge de sept ans. C’était une écuelle très grossière pleine d’aspérités mais parfaitement adaptée au mode de vie rural très dur de la campagne lorraine.

L’espérance de vie ne dépassant pas 30 ans, dans cette province aux hivers rudes, dès qu’il était en âge de se marier, l’homme âgé de douze ans façonnait une seconde écuelle de grès afin de l’offrir à sa future fiancée. C'était, parait-il très plaisant, de voir ces jeunes garçons issus de générations consanguines, au torse épais, à la trogne mafflue, grognant en réalisant de leurs grosses mains malhabiles aux ongles sales, l'écuelle qu'ils offriraient à leur future épouse.

On utilisait aussi une curieuse cuiller, percée de petits trous, dénommée « croutonnette » ou encore en platt mosellan (langue dialectale) « Krütnette ». Le musée des arts et traditions populaires lorrains, situé à Nancy propose une fort jolie collection de « Krütnetten ». Il suffit de demander à l’accueil en insistant fortement si on ne veut pas vous les montrer !

Lors des fiançailles, le promis offrait en général la grosse assiette de grès à sa promise. Si celle-ci acceptait qu’il lui fasse la cour, alors la tradition voulait qu’elle lui offre en retour une croutonnette ! Ainsi le pacte était scellé et le mariage prononcé dans les six mois. Lorsque la fiancée offrait la croutonnette à son futur époux, elle prononçait la phrase suivante : « Durch diese krütnette werde ich mit dir verheiraten », qui signifie en français « Par cette croutonnette, je t’accepte comme époux ».

Traditionnellement, on donnait une première croutonnade aux enfants qui venaient d’être sevrés. C’était une manière, dans le toulois (région de Toul), de signaler que l’enfant avait échappé aux terribles maladies infantiles et qu’il était apte à ingérer une nourriture solide. Cette croutonnade, appelée aussi « petite croutonnade » était préparée avec des boules de mie de pain et non des quignons secs.

De ce fait, l’enfant sevré était appelé « petit croûtonné ». Cette première croutonnade était l’occasion d’une grande fête entre voisins. La famille du petit croûtonné, passait de maison en maison, annonçant la bonne nouvelle, en jetant des morceaux de pains secs à leurs voisins en les visant dans l'oeil. Cette fête, bien que le clergé s’y soit opposé, la considérant comme païenne, s’est perpétuée jusque vers le début du 20ième siècle. Dès sept ans, on considérait que l’enfant devenu quasiment un homme, était apte à manger une vraie croutonnade. C’était aussi l’occasion d’une autre grande fête !

La tradition de la croutonnade a malheureusement presque disparu car l’occupant allemand, mit fin à cette pratique dès 1887.

De nombreux chants populaires faouins (faouin : habitant de Foug), parvenus jusqu’à nous, célèbrent la traditionnelle croutonnade ! Chose étrange, c’est un lorrain d’origine bretonne, Pierrick Le Lay, émigré en lorraine du fait de son mariage, qui aurait composé la plus célèbre Ode à la croutonnade intitulée « Komm und essen mein Krütnade ». Si le texte nous est parvenu complet, la mélodie a hélas disparu.

De nos jours, un groupe folklorique « Die fröhlich Krütneten », tente de relancer cette sympathique coutume. Après les chants et les danses, leurs spectacles se terminent par une joyeuse farandole, à l’issue de laquelle, les convives, ivres de fatigue, se régalent d’une bonne croutonnade avant de basculer dans l'ivresse et de s'endormir.

Les Lorrains, très attachés à leurs traditions, détestent faire table rase du passé si bien qu'ils ont remis à l'honneur cette grande fête de la première croutonnade dans les années 90. Mais ce fut de courte durée car en février 2007, le Ministre de la Santé, Xavier Bertrand y mis fin avec autorité. Privés de tabac, du baptême de la croutonnade, contraints à regarder des messages publicitaires leur rappelant sans cesse combien est dangereuse une alimentation libérale, l'avenir des Lorrains est désormais très incertain. Nous tentons actuellement de contacter le WWF et Médecins du Monde pour attirer leur attention sur une catastrophe humanitaire imminente.

On signale cependant une survivance dans les campagnes très reculées. Ne comptez toutefois pas participer à une croutonnade typique, à moins de connaître une famille et d’avoir été accepté. Ainsi, si en vous perdant en voiture, vous vous arrêtez près d'une masure sordide, de laquelle s'échappe des éclats de voix et des rires, c'est sur : c'est une croutonnade que l'on déguste ! Cependant, en ce qui concerne la croutonnade, le lorrain, d’habitude affable malgré un accent terrible qui fait qu’on ne le comprend pas très bien, est pire que le corse et ne s’ouvre pas facilement ! »


J’ai donc publié ceci, en le rajoutant à l’article Wikipedia, dédié à Foug. L’article ainsi modifié par mes soins a tenu quelques heures. Hélas, en voulant vérifier si il était toujours en ligne, j’ai constaté qu’un administrateur sans humour, l’avait viré ! Obstiné de nature, je l’ai remis et on me l’a de nouveau viré. Je l’ai bien sur remis, et rebelote, il m’a encore viré. J’ai recommencé une troisième fois, jusqu’à ce que l’administrateur lassé, me vire définitivement de Wikipedia.

Je suis aujourd’hui tricard sur Wikipedia ! Mon adresse IP est enregistrée et je suis persona non grata ! Moi ! Sincèrement, quel crédit accorder à une encyclopédie qui ne me conterait pas parmi ses rédacteurs ?!

Je m’en fous parce que je le remettrai en passant par un serveur proxy pour brouiller mon adresse IP ! Le monde doit connaître le folklore faouin !

(Bon, c'est pas tout, je retourne à mes slides moi !)
Série de "croutonnettes" (krütnetten), don de Laurence au Musée Lorrain (Nancy)

5 Comments:

Anonymous Jean-Marc said...

Ca donne envie de visiter Foug et d'y diner !

30/3/07 2:07 AM  
Blogger Laure Allibert said...

J'aurais été étonnée que Xavier Bertrand ne trempe pas dans la croutonnade ! (ou l'anti-croutonnade)

30/3/07 7:35 AM  
Blogger Alexis said...

Mon bon Philippe, vous me voyez d'autant plus sincèrement navré de la chose que j'étais mort de rire en tombant sur votre intervention croutonnée au sujet de Foug dans Wikipédia.
Vous avez un humour totalement hors du commun.

30/3/07 9:48 AM  
Blogger philippe psy said...

Ma chère Laure, Xavier Bertrand est responsable de tout, à part égale avec Bertrand Delanoë ! C'est très clair !

31/3/07 3:55 AM  
Blogger philippe psy said...

eh oui wikipedia se moque de l'historien amateur que je suis ! Pff de quoi décourager les vocations ! Mais je suis obstiné et je me suis promis d'y publier un article !

31/3/07 3:56 AM  

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