09 avril, 2007

La dissonance cognitive ! Modélisation de l'angoisse !


La dissonance cognitive est un concept élaboré par Léon Festinger au début des années 1950. C’était un sociopsychologue américain né à New York en 1919 et décédé en 1989. Grâce à cette théorie, il tente d'expliquer comment l'être humain gère les tensions engendrées par des informations incompatibles.

Pour cette théorie, l'individu en présence de cognitions (« connaissances, opinions ou croyances sur l’environnement, sur soi-même ou sur son propre comportement ») incompatibles entre elles ressent un état de tension désagréable motivant sa réduction (i.e. l'état de dissonance cognitive). On parle de modes de réduction de la dissonance cognitive pour désigner les stratégies de restauration d'un équilibre cognitif.

C’est quelque chose que je rencontre assez souvent dans ma clientèle dans les cas d’angoisse. Comme l’expliquait un célèbre confrère américain, l’angoisse, c’est un peu comme conduire une voiture à boîte automatique, en ayant à la fois un pied sur l’accélérateur et un pied sur le frein. Dans le cas, où il existe une dissonance cognitive la souffrance psychologique est intense car le sujet ressent toujours une tension insurmontable.

Par exemple, voici près de dix ans, j’ai reçu une toute jeune femme alcoolique. Je ne croyais pas qu’elle fut réellement alcoolique même si à deux reprises, je suis allé la chercher moi-même dans un café, où elle était tellement ivre, que le cafetier lui-même m’avait appelé sur son insistance. Elle buvait d’une manière totalement folle, comme pour s’oublier, partir au-delà. Un jour, son copain, m’a appelé, je l’ai écouté me parler d’elle et, j’ai compris presque instantanément ce qui se passait. Elle voulait le quitter et ne pouvait s’y résoudre, j’en étais persuadé.

Dans la tête de ma patiente, s’opposaient, deux systèmes de croyances. Un système ressortant de la morale personnelle (« il faut, je dois »), lui imposait de ne pas quitter son copain, tandis qu’un autre système de croyances, ayant trait à ses désirs les plus profonds, presque instinctifs, lui enjoignait de partir, de le planter là, parce qu’elle ne l’aimait finalement pas.

Son copain était un mec curieux. Le médecin qui m’avait envoyé cette petite patiente, me disait qu’il était très bien, parce qu’avant il avait été avec une toxicomane et qu’il avait tout fait pour la sortir de la dope. Moi j’ai trouvé cela bizarre ce côté répétitif tendant à lui faire préférer les femmes abimées et dépendantes.

N’importe quel sujet sensé, s’il a eu un conjoint gravement dépendant, fera tout pour ne plus jamais connaître cette terrible expérience. Quand on persiste là-dedans, c’est qu’il y a un problème. C’est ce que j’avais ressenti chez ce type lorsqu’il m’avait appelé, quelque chose de pas clair, comme s’il avait voulu jouer le psy, faire de moi un confrère en transformant sa copine, ma patiente, en objet d’expériences, en l’instrumentalisant.

Dès lors, je me suis axé là-dessus avec ma patiente, pour l’amener à résoudre sa dissonance. Dans un premier temps, il fallait la mettre en relief, et elle eut beaucoup de mal, à admettre ce qu’elle pensait de son copain. Dès qu’elle émettait la moindre critique à son encontre, critique pourtant justifiée, elle souffrait instantanément d’une angoisse très forte, la même qui la poussait à se boire à outrance !

Petit à petit, nous avons mis à jour les deux systèmes cognitifs antagonistes afin de résoudre cette dissonance :

  • Dans le premier système cognitif, ma petite patiente, mettait en avant le côté moral de son copain, qui n’avait pas hésité à s’occuper d’elle, alors qu’elle arrivait de province sans un rond, et sans rien lui demander en échange. Elle expliqua même, que ce qu’il avait fait pour elle, même son salaud de père, ne l’avait jamais fait pour elle ;

  • Dans le second système cognitif, ma patiente admit à la fin, qu’elle le trouvait gentil, qu’elle lui était reconnaissante, mais qu’elle ne l’aimait pas. Du moins, pas au sens d’une forme d’amour conjugal lui permettant de vouloir vivre avec lui et d’en avoir des enfants ;

Le problème était donc la relation à son père qui venait tout parasiter. Pour une fois, cette petite jeune femme, très droite, trouvait quelqu’un de gentil, et elle ne l’aimait pas ! Elle qui aurait tellement voulu aimer son père si il avait été capable des mêmes choses que son copain ! Elle se sentait coupable de ne pas être à la hauteur de l’amour que lui portait son copain !

Donc, nous avons fait le ménage dans sa tête, patiemment et correctement, de manière à ranger ce qui avait trait à son histoire personnelle avec son père, et ce qui ressortait de son histoire avec son copain, afin qu’elle ne mélange plus les choses.

Puis, une fois la tension abaissée, je lui ai fait vivre, par des petits scénarios, la vie qui l’attendait si elle se sacrifiait à son copain par reconnaissance alors qu’elle ne l’aimait pas. Je lui ai décrit le fait d’être enceinte d’un mec qu’elle n’aimait pas, la première échographie à laquelle il voudrait assister, etc. Tout cela était trop pour elle et elle a admis que le quitter était pour eux deux, une solution plus sage et moins coûteuse que de mentir, à elle et à lui, en restant à ses côtés.

Un jour est venu où elle l’a quitté. Ses angoisses ont disparu et elle n’a plus jamais rebu comme elle buvait mais a repris une consommation modérée puisque son alcoolisme n’était que secondaire.

Je l’ai revue par hasard, voici deux ans alors qu’elle déjeunait dans mon quartier. Elle s’était mariée et attendait un enfant. Tout est bien qui finit bien.

La dissonance cognitive est sans doute l'une des pires choses que l'on puisse vivre. La souffrance psychologique générée par l'angoisse qui en résulte, est souvent terrible. Pour calmer cette angoisse, la personne peut recourir à l'addiction, voire vivre un syndrome confusionnel, comme si le cerveau préférait « court-circuiter » plutôt que de vivre cette tension.

Dans les cas dramatiques, lorsque la personne ne peut faire taire cette angoisse, survient parfois ce que l’on nomme le raptus suicidaire. Le raptus suicidaire intervient quand la personne est persuadée que mourir vaut mieux que de subir une telle angoisse. Dans ce cas, rien n’est préparé, et la personne passe à l’acte immédiatement.

Donc, souvenez-vous que toutes pensées incompatibles engendrent toujours un état de tension dramatique pour l’individu sain.

Les dissonances cognitives trouvent toujours une issue ! Alors plutôt que souffrir, consultez !

Léon Festinger !

5 Comments:

Anonymous Anne said...

Très bel article ! Puissant, bien documenté et humain !

9/4/07 4:31 AM  
Blogger Alexis said...

Il n'habitait pas Foug ce monsieur Festinger ?

10/4/07 4:13 PM  
Blogger philippe psy said...

non mais maintenant oui, il a un bel etablissement dans lequel on set la croutonade!

12/4/07 3:27 AM  
Blogger Foug on line said...

attention à ce que vous dites, on vous a à l'oeil maintenant !

14/4/07 4:45 PM  
Blogger JAME said...

Monsieur,

Ce que vous écrivez au dernier § peut être très déstabilisant, angoissant pour les dépressifs.
Pensez vous réellement, que beaucoup de suicide se décide sur un coup de tête.

Bien à vous.

JAME

9/8/08 11:39 AM  

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