02 avril, 2007

La personnalité pathologique !


Avant de parler de personnalité pathologique, il nous définir ce qu’est la personnalité et ce n’est pas simple. On s’accorde à dire qu’à l’origine, le mot personnalité vient de persona qui était le masque que portaient les acteurs antiques pour symboliser un personnage.

L'idée de personnalité est pour le reste très complexe. Elle a suivi un parcours déterminé par les idées des siècles qu'elle traversait et aujourd'hui encore sa définition est tributaire des écoles et des auteurs qui utilisent ce terme. La personnalité aura un tout autre sens, selon que vous soyez un philosophe marxiste, un économiste libéral, un psychanalyste ou un quidam.

Le concept de personnalité est d’autant plus difficile à définir, qu’on le confond souvent avec celui de caractère, de nature ou encore de tempérament. Mais les synonymes ne s’arrêtent pas là puisque l’on parlera aussi parfois de constitution, de dispositions, d’idiosyncrasie, d’inclination, de nature, de penchants, etc.
Pour mémoire, le caractère d'une personne résume la manière dont cette personne va réagir dans une situation donnée et qui permet de le distinguer des autres. Par exemple, on dit d'une personne qui aime faire plaisir aux autres qu'elle est généreuse. Quelqu'un qui tient rigueur aux autres pendant longtemps de leurs griefs à son encontre sera qualifié de rancunière. Par exemple Robert est rancunier.

Le tempérament a une acception plus large, puisqu’il assimile la constitution physiologique de l’individu et le caractère qui en résulte. Le tempérament est donc plus directement lié à la tradition morphopsychologique antique ou constitutionnelle moderne. La théorie des humeurs diffusée par Hippocrate (sanguins, flegmatiques, mélancoliques, biliaires) est liée à l’étude du tempérament.

Aujourd'hui la synthèse des différentes définitions de la personnalité est qu'elle est :
« l'ensemble des comportements qui constituent l'individualité d'une personne. »

Elle rend compte de ce qui qualifie l'individu : permanence et continuité des modes d'action et de réaction, originalité et spécificité de sa manière d'être. Elle constitue le noyau relativement stable de l'individu, sorte de synthèse complexe et évolutive des données innées (gènes ou idée de nature) et des éléments disponibles dans le milieu social et environnemental en général (culture).

La connaissance de la personnalité est l'objectif de la connaissance de soi, mais aussi souvent un enjeu important car elle permet de prévoir avec une marge d'erreur limitée le comportement de la personne dans des situations ordinaires.

Globalement, une personnalité ne change pas. Dans ma profession, par exemple, je n’imagine même pas faire changer les gens, tout au plus puis-je en arrondir les angles quand il y a un conflit entre leur personnalité et le monde qui les entoure. De ces heurts répétés entre le sujet et son environnement naîtront la dépression, l‘angoisse, etc.

J’ai l’habitude de dire, que je suis comme un tailleur de pierre, toujours obligé de tenir compte de la structure moléculaire du matériau que j’ai en face pour travailler. C’est heureux car je n’imagine pas qu’il puisse exister un seul type d’individu vers lequel on doive tendre. Peut-être pourrait-on imaginer qu’il existe une figure de sage, débarrassé de tous les tourments, et baignant dans l’ataraxie, vers lequel on puisse tendre. C’est possible mais alors, même les chemins qui mèneraient à cette forme ultime de sagesse varieraient d’un individu à l’autre.

Donc, chacun, sa personnalité et c’est tant mieux. Il y a tous les types de personnalités. Des terriblement mesquines comme celle d’Urbain, des emportées comme celle de Sean-the-killer, des ratiocinantes comme celle de Florent, des pinailleuses comme celle de mon filleul, des colériques comme celle de mon épouse, et des personnalités exceptionnelles comme la mienne. Vous noterez au passage, que je n’ai pas cité Robert parce que je suis quelqu’un de consensuel capable d’aller vers l’apaisement du conflit ! Ne me flattez pas pour ma grandeur d’âme, c’était un élément inclus dans ma personnalité lorsque je suis né : j’étais toutes options, je n’ai fait aucun effort pour me montrer à vous ainsi.

Les problèmes viennent donc rarement de la personnalité : on fait ce que l’on peut, avec ce que l’on a ! D’ailleurs, la plupart des individus, font avec, possédant à la fois des points forts qu’ils exploitent, et des points faibles qu’ils combattent ou subissent. Discourir des types de personnalités, reviendrait à refaire du La Bruyère, qui lui parlait de « caractères » d’ailleurs. C’est intéressant, mais déjà fait. Cela a même déjà été fait très souvent, parce que classer les personnalités permet de disposer d’outils intéressants permettant de prévoir les comportements des gens.

Ce qui pose problème, c’est lorsque la personnalité est figée et rigide. Comme vous l’aurez constaté si vous m’avez bien lu, je dis expressément, que la personnalité est sorte de synthèse complexe et évolutive des données innées et acquises. Eh oui, elle est évolutive, et souvenez-vous de vos dix-huit ans, et vous constaterez qu’il y a de grandes chance que vous ayez changé en bien, à moins que vous ne soyez resté un cake immature. Cela arrive. Il n’y a guère que moi qui n‘aie pas changé depuis mon adolescence, car adolescent, j’étais déjà vieux.

Donc, oui, la vie, à travers vos expériences, a transformé votre personnalité, ou plutôt l’a faite évoluer, dans le sens d’une plus grande adaptabilité. Vous avez pris en épaisseur, gagné de la bouteille, le lourd soc de la charrue de la vie a buriné votre visage, ce qui fait monsieur qui me lisez, que les jeunes femmes, vous demandent maintenant l’heure en vous appelant « monsieur ».

De plus, votre personnalité évolue aussi parfois plus rapidement, et je suis sur que vous n’êtes pas le même face à un pote que face à votre patron, chez vous, qu’au bureau ou en vacances. Votre personnalité vous permet donc une adaptation, plus ou moins souple, dans le temps et l’espace.

La personnalité se constitue donc tout au long de l'enfance, de l'adolescence et même après. Elle peut se définir comme un mode privilégié de comportement et d'adaptation au monde, qui est repéré par les traits de personnalité ou caractère. Ainsi la personnalité est un ensemble organisé de traits qui est stable et relativement prévisible.

Dans les faits, l’aspect évolutif de la personnalité déraille parfois et certaines personnes, restent figées dans des attitudes stéréotypées permanentes.

Une personnalité est pathologique quand « un profil caractériel est statistiquement rare et que les attitudes et le comportement sont une cause de souffrance pour le sujet lui-même et pour son entourage ». (K Schneider)

La notion de souffrance paraît essentielle mais reste très ambiguë dans la définition d'une personnalité pathologique. En effet, ces sujets pathologiques, comme tout le monde, ont des conflits mais ils ne peuvent s'y adapter ou les affrontent de façon rigide et répétitive car leurs mécanismes de défense sont inadaptés et stéréotypés.

Les relations à l'autre deviennent alors compliquées, marquées par l'incapacité à évoluer et apprendre. L’individu semble fixé, incapable de nouer des relations créatives et épanouissantes qui fondent le soutien social que tout un chacun espère. Ceci l'entraîne généralement à une répétition d'échecs relationnels et le rend vulnérable à toutes les épreuves de l'existence. Les individus possédant une personnalité pathologique, ne souffrent généralement pas de leur propre fonctionnement psychique mais des résultats de leurs comportements.

Ainsi, le trouble de la personnalité ne représente pas une « maladie psychiatrique », objectivable par des symptômes, mais se définit plutôt par un type relationnel qui entrave les capacités d'adaptation psychique et provoque secondairement une souffrance. Certaines personnalités pathologiques peuvent représenter, dans certains cas, un terrain prédisposant à une maladie psychiatrique (personnalité obsessionnelle / névrose obsessionnelle). Ce passage se fait quand apparaissent des symptômes marquant une rupture de l'équilibre psychique jusque là maintenu par des défenses rigides. Ce type de patients ne nécessite pas forcément une prise en charge psychiatrique notamment médicamenteuse, mais peut bénéficier d'une aide psychothérapique, quand la souffrance personnelle authentiquement exprimée motive une demande ou lors de décompensations psychiatriques.

La personnalité n’est donc pathologique que lorsqu’elle se rigidifie, entraînant des réponses inadaptées, source d’une souffrance ressentie par le sujet ou d’une altération significative du fonctionnement social. La définition claire que propose l’O.M.S. dans la dixième révision de la Classification Internationale des Maladies (CIM-10) est la suivante :

« Modalités de comportement profondément enracinées et durables consistant en des réactions inflexibles à des situations personnelles et sociales de nature très variée. Ils représentent des déviations extrêmes ou significatives des perceptions, des pensées, des sensations et particulièrement des relations avec autrui par rapport à celles d’un individu moyen d’une culture donnée ».


Le DSM-IV distingue :

  • Le groupe A, qui correspond aux personnalités psychotiques, incluant les personnalités paranoïaques, schizoïdes et schizotypiques (sujets bizarres ou excentriques).

  • Le groupe B, qui inclut les personnalités antisociales, borderline, histrioniques et narcissiques (sujets d'apparence théâtrale, émotives et capricieuses).

  • Le groupe C, qui correspondant aux personnalités « névrotiques », incluant les personnalités évitantes, dépendantes et obsessionnelles compulsives (sujets anxieux et craintifs).

Si vous savez compter, vous aurez remarqué qu’il y dix personnalités pathologiques. A quoi cela sert-il de les classer et de les étudier ?

  • D’une part cela semblait normal, dans la mesure ou parfois, ces personnes se présentent spontanément chez un psy, arguant de souffrances, sans que l’on puisse diagnostiquer un vrai trouble psychologique. D’autres plus dangereux vis à vis d’eux-mêmes ou d’autrui se retrouveront dans le circuit psy suite à un internement. Il faut bien les traiter et pour cela les connaître.

  • D’autre part, on les connaît le plus souvent parce que nos cabinets reçoivent leurs victimes. En effet, hormis certaines, la plupart des personnalités pathologiques ne consulteront pas, parce qu’elles ne s’aperçoivent même pas de leur troubles, puisqu’elle pensent que ce qu’elles sont normales et que ce sont les autres qui vont mal : ce sera le cas des paranoïaques par exemple. Les narcissiques, eux consultent aussi rarement, car ce serait décompenser brutalement que de s’apercevoir qu’ils ne sont pas aussi géniaux qu’ils l’estimaient !

Les personnalités pathologiques ne sont pas si rares, aussi faut-il cesser d’imaginer que parce que quelqu’un est dans la rue, avec vous au travail, ou bien dans le métro, il est forcément normal. A titre d’exemple, l’épidémiologie pour la personnalité paranoïaque atteste qu’elle constituerait 0,5 à 2,5 % de la population générale, 10 à 30 % de la population hospitalisée en psychiatrie et 2 à 10 % des consultants en psychiatrie.

Les personnalités pathologiques, en règle générale, reproduisent de manière rigide et en l’augmentant, des traits que tout le monde possède. Ainsi, s’il est normal d’être raisonnablement méfiant, le paranoïaque, lui, le sera toujours à un degré parfois délirant. On peut aussi admettre, que l’homme aime faire le beau et la femme séduire. Mais le narcissique, lui, ne pensera qu’à briller tandis que l’hystérique, voudra toujours être au centre de la scène.

Le cinéma fait grande consommation de ces personnalités parce qu'elles sont, du fait de leur étrangeté, de fabuleux personnages. Scarlett O'Hara, l'hystérique de "Autant en emporte le vent", le commandant Quigg, le paranoïaque de "Ourgan sur le Caine", sans omettre tous les flics et voleurs à tendance sociopathiques, présents dans les polars. Les schizotypiques, personnalité relativement rare, sont représentés par Mr Bean.

Dès lors, quand vous croisez des gens rigides, des gens qui vous mettent mal à l’aise, chez qui vous notez un vrai déficit en communication quand celle-ci leur échappe, vous avez de grandes chances d’être face à une personnalité pathologique. Et là, rien à faire, la communication n’est plus possible à moins de rentrer dans les schémas stéréotypés de ces personnes.

L’ouverture d’esprit, l’humour et la capacité à se remettre en cause, restent les meilleurs prédictifs de la santé mentale.

6 Comments:

Blogger Alexis said...

Excellent exposé, très utile en outre sur nos amis souffrant de troubles de la personnalité.
Je sors personnellement d’une expérience désastreuse où j’étais tombé profondément amoureux d’une charmante jeune femme qui se trouve être de type « borderline » (mais qui l’ignore). Cette délicieuse enfant, par ailleurs, est entrée en crise voici quelques semaines au point de se disputer avec tous les êtres qui comptent dans sa vie.
Je n’ai pas pu faire autre chose que de rompre tant la communication était devenue impossible et tant l’agressivité déployée était sans borne.

3/4/07 12:05 PM  
Blogger philippe psy said...

Ouh là, elle devait etre gratinée ! Elles sont atachantes, c'est vrai mais invivables ! Merci pour votre commentaire !

3/4/07 3:20 PM  
Blogger LapinJaune said...

ah ben au moins maintenant je sais ce que j'ai...

9/4/07 3:17 AM  
Blogger Galadan said...

Je viens de lire votre article, très intéressant et accessible... Et j'avoue que ça me touche, j'ai une personnalité pathologique (dépendant) et j'en souffre beaucoup, je consulte un psy depuis peu... J'espère m'en sortir et avoir des relations normales avec mes proches...

5/5/11 7:34 PM  
Blogger Claudia G said...

Puis-je connaître votre définition de "paumée"? Cela puisqu'ici, au Québec, semble-t-il qu'elle soit bien différente.. et ça m'aiderait à mieux comprendre le fond de certains passages... :)

11/12/12 5:16 AM  
Blogger Claudia G said...

Je suis curieuse de connaître "votre" définition de "paumée".. puisqu'ici, au Québec, elle semble être différente. Ça m'aiderait à mieux saisir le fond de certains passages ;)

11/12/12 5:18 AM  

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