29 avril, 2007

Syndrome de Munchausen par procuration ou relayé !


Dans la liste des pathomimies, le syndrome de Munchausen par procuration est sans doute le plus effrayant. Plutôt que de jouer lui-même le malade, en feignant une pathologie quelconque, dans ce cas, l'individu va se servir d'un tiers, le plus souvent un enfant, qu'il rendra malade. On imagine, que le but n'est pas de faire souffrir l'enfant, mais plutôt de démontrer à l'équipe médicale, par un dévouement constant, et une présence permanente au chevet de l'enfant, qu'on est un bon parent.


Découvert en 1977 par Sir Roy Meadow (pédiatre britannique, spécialiste des reins), le syndrome de Munchausen par procuration est une forme particulière de maltraitance infligée à un enfant, généralement par sa mère. Ce syndrome décrit un trouble du comportement d’un adulte envers un enfant. Tout comme pour la forme simple, on ne connaît pas l’étiologie, c'est à dire les raisons pour lesquelles un individu en souffre.


Ce syndrome se définit par l'association de quatre critères :

  • Maladie de l'enfant produite ou simulée par l'un des parents ;

  • Consultations médicales répétées pour obtenir la réalisation d'examens complémentaires et la prescription de traitements ;

  • Les parents responsables affirment ne pas connaître la cause des symptômes ;

  • Les symptômes régressent lorsque l'enfant est séparé du parent responsable.

Dans sa forme extrême ce syndrome peut conduire à des actes médicaux majeurs mettant le pronostic vital en jeu. Le taux de mortalité chez les enfants victimes serait d'environ 20%, même s'il est très difficile à apprécier.

Toutes les couches sociales sont concernées et dans 90% des cas il s'agit de la mère biologique. Un pourcentage important de ces femmes exercent une profession médicale ou paramédicale (médecin, infirmière, aide-soignante, assistante sociale, etc.) ou ont un lien avec ce milieu. A ce titre, et sans vouloir alarmer quiconque, aimer lire des romans sentimentaux dont l’histoire se passe exclusivement dans des hôpitaux, ou être addict à des séries telles que « Urgences » peut être un critère diagnostic utile.

Ces femmes présentent un comportement stéréotypé de « bonne mère particulièrement attentionnée à l'égard de son enfant et extrêmement présente lors des séjours hospitaliers de ce dernier ». Elles sont généralement moins inquiètes que l'équipe soignante et tiennent un discourt de type médical, n'hésitant pas à suggérer des examens complémentaires invasifs ou des interventions chirurgicales.

Ces femmes sont épanouies en milieu hospitalier par le fait qu'elles sont l'objet d'admiration de la part des médecins et des autres parents.

Souvent déprimées dans leur vie quotidienne, on peut avancer que de cette manière, elles tentent de développer une stratégie de défense leur permettant de tenir un rôle et d'avoir un but pour enfin exister et être au centre de la scène. C’est une simple tentative d’explication puisque comme pour toutes les pathomimies, on ne connaît rien ou presque de ce trouble grave.

C'est un trouble difficile à diagnostiquer. Cela ne sera possible qu'en observant l'enfant malade. Ainsi, certaines pathologies spécifiques, mais surtout les récidives (hospitalisations multiples) ou les difficultés de traitement, peuvent amener l'équipe soignante à envisager un mauvais traitement de la part de la mère, amenant ainsi un diagnostic de syndrome de Munchausen par procuration. Bien entendu, ce qui alerte aussi, c'est que l'enfant se porte mieux lorsque la mère n'est pas là.


Jonathan Kellerman, écrivain américain et psychologue de formation, s'est lancé dans l'écriture de polars mettant en scène un héros, Alex Delaware, lui-même psychologue. Dans son ouvrage intitulé « La Valse du diable », Kellermann aborde de manière réaliste le syndrome de Munchausen par procuration et nous montre combien il est difficile de le diagnostiquer.


L'histoire est la suivante : Médecin dans un service pédiatrique, Stéphanie Eves, demande l'aide d'Alex Delaware, psychologue, pour l'aider à comprendre le cas de Cassie, une petite fille de 2 ans, souffrant de multiples pathologies depuis sa naissance. Très vite, le syndrome de Munchausen par procuration est évoqué. Mais comment en être sûr puisque de nombreux autres suspects sont aussi plausibles ?


Globalement Kellermann est un excellent auteur, rigoureux, mettant en scène de très bonnes histoires richement documentées, ayant toujours pour trame la psychopathologie. « La valse du diable » n'est sans doute pas son meilleur roman, mais il mérite d'être lu, car il constitue un véritable cas clinique d'un syndrome de Munchausen.

Jonathan Kellermann

2 Comments:

Anonymous Bertrand said...

Il y a aussi le terrifiant "Moloch" de Thierry Jonquet, accusé d'avoir beaucoup emprunté à une histoire réelle.
http://thierry.jonquet.free.fr/dossier1.2.php

Sinon, sur un forum US spécialisé ... jazz, il y avait un gars qui s'est avéré intervenir sous plusieurs pseudos et qui a notamment tenu en haleine les habitués en faisant croire qu'il avait un proche dans l'un des avions du 11 septembre 2001 !
Cela relève du même type de pathologie ?

Et bravo pour votre blog amusant et stimulant !

30/4/07 7:20 PM  
Blogger philippe psy said...

Merci pour vos appréciations !

Prochainement, je ferai un article sur la mythomanie !

2/5/07 3:17 AM  

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