30 mai, 2007

Peugeot 305 et mythomanie !

Ouaaaaaaaaaaaah !

Commençons par introduire la vedette, j’ai nomme : la Peugeot 305 ! C’est une voiture moyenne, pour ne pas dire médiocre, produite par Peugeot de 1977 à 1988. Elle a été commercialisée en Europe au cours de l'année 1977, pour succéder à la Peugeot 304, berline tout aussi affriolante, si vous vous en souvenez.

Ses concurrentes furent à la fois la Ford Escort, la Volkswagen Golf (série 1) et la Simca Horizon mais aussi, en raison de ses dimensions généreuses (dixit l’Auto-journal de l’époque) les Renault 18, Ford Sierra, Opel Ascona, Volkswagen Passat et Simca 1307/1308 et Solara. Comme on le voit, rien que des berlines cossues et dynamiques pour la concurrencer. Le choix devait être rude, surtout qu’à cette époque, il y avait de jolies couleurs, comme le rouille, le vert acide, le doré, le orange, etc.

Rien que d’y songer, cela me replonge dans cette période des late seventies et early eighties, tellement séduisantes ! Curieusement, je ne sais pas s’il est possible de faire un lien entre politique et automobiles, mais à présidents toquards, voitures toquardes ! Souvenez-vous, c’était l’époque où vous aviez le rétro droit en option et ou les vitres électriques étaient un luxe inouï proposé uniquement sur le haut de gamme ! A ce propos, j’ai eu un ami, dont le père, qui bossait à l’époque chez Thomson (on disait à « la Thomson » à cette époque), qui roulait en Simca 1307. Avec du recul, je trouve cela sympa qu’on lui ait parlé, parce que c’était vraiment une daube la 1307, encore plus que la 305, qui elle, pouvait s’enorgueillir d’une ligne classique.

Mais bon, cet ami allait dans un collège public médiocre, alors on lui pardonnait son existence misérable, tout autant que le skaï des sièges de la 1307 de son père. Dans l’enseignement catholique privé, vous voyez, nous étions naturellement charitables, n’hésitant pas à fréquenter des gens bien moins nantis que nous. Tiens, maintenant que j’y pense, cet ami roule en Renault Scénic : le goût pour les berlines moyennes serait-il génétique ?

En 1988, la 305 mourut, remplacée par la Peugeot 405, et non par la Peugeot 309 comme son nom en "30x" pourrait laisser le croire. Tandis que la 305 fut banale à pleurer, la 309, est carrément laide. D’ailleurs mon con de voisin, en a eu une !

La 305 fut déclinée en deux modèles : une berline 4 portes et un break. Un utilitaire, sur la base du break mais ne comportant que 2 portes, fut aussi disponible, très prisé des artisans mais aussi des amateurs de custom, qui l’affublaient de jantes larges centerline et de peintures merdiques pour s’imaginer qu’ils vivaient sur la côte ouest des USA. Je m’en souviens, parce que petit, je lisais le journal, maintenant disparu, Chromes et Flammes, dans lequel, on voyait des bourrins customisant ce genre de merdes !

J’en ris aujourd’hui mais peut-être qu’à l’époque, c’est un projet que j’aurais pu entreprendre. Enfin, si j’avais été manuel parce que, déjà incapable de monter un modèle réduit, je ne vois pas comment j’aurais bricoler une caisse. Parce que cela ne sert à rien de jouer les malins, la voiture, c’est comme les fringues, on a tous porté des pattes d’eph’ et des velours côtelés dans les années soixante-dix, même si on trouve cela ringard aujourd’hui ! Moi ceci dit, à l’époque, je penchais plutôt vers les vans, vous savez ces camionnettes personnalisées. Et je me serais bien vu proprio d’un beau Bedford, aménagé avec des sièges en velours à pompons, et orné d’une peinture représentant des femmes à poil dans des poses lascives, avec stéréo 2x20w encastrée dans le plafond !

La vraie classe à l’époque, et bordel roulant de nos jours, qui ne me vaudrait que moqueries, sauf si je vivais dans le Chnord, parce que là-bas, du côté de Lille ou de Calais, ils ont une tradition vivace du custom, même si cela s’appelle aujourd’hui tuning. Ne mentez pas les nordistes, je l’ai vu dans l’émission « Confession intime », dans laquelle il y a toujours un mec qui parle chti et qu’on sous-titre, et qui préfère sa caisse à sa gonzesse ! Avec mon ami Olive, on s'est toujours dit qu'on irait un jour dans une concentration de tuning, rien que pour voir les gens !

305 made in Calais ! ouaaaah !

Donc, il eut un lien direct quoique ténu, entre cette banale voiture et la mythomanie, puisque certains de ses possesseurs, le cul sur le siège passager, C Jérome à fond sur la sono, s’imaginèrent cruiser sur Hollywood Boulevard, après l’avoir customisée ! Faut être un sacré mytho pour en arriver là !

De nombreux français eurent mauvais goût, dans cette période de mauvais goût, puisqu’il s'est vendu environ 1,8 million de 305. Peut-être que si j’avais été un père de famille respectable, j’en aurais acheté une d’ailleurs !

***

Maintenant que vous connaissez tout de la 305, abordons la mythomanie ! Alors, la mythomanie est une tendance au mensonge pouvant aller jusqu'à altérer très durablement et gravement la vie sociale. Généralement, le mythomane ment souvent parce qu'il craint la réaction (de dévalorisation, par exemple) qu'entraînerait l'aveu de la réalité qu’il redoute.

Ernest Dupré, fondateur du concept de mythomanie (datant de 1905), médecin psychiatre et médecin-chef de l'infirmerie du dépôt de la préfecture de police de Paris, définissait ce terme ainsi : « Tendance constitutionnelle à l'altération de la vérité, à la fabulation, au mensonge et à la création de fables imaginaires ».

Cette pathologie entraîne un handicap social plus ou moins élevé selon que la personne procède à des altérations plus ou moins importantes et crédibles de la réalité. L'aveu étant souvent ou presque toujours accompagné de réactions négatives de l'entourage, la mythomanie tend à s'auto-entretenir.

Contrairement au menteur, le mythomane n'est pas totalement conscient de son mensonge. Il ne distingue pas clairement la réalité des événements issus de son imagination. Rappelons que le mythomane ne se sert pas de ses mensonges pour arriver à des fins pratiques, tel que l'escroc le ferait par exemple pour extorquer des fonds.

La mythomanie semble au contraire satisfaire à un besoin d'équilibre mental, en permettant au mythomane de fuir une réalité qu'il reconnaît par ailleurs en son for intérieur. Si le phénomène est classique durant la préadolescence, lorsque la tendance au mensonge persiste après la fin de l'adolescence, elle est considérée par notre société comme un trouble du comportement voire, dan certains cas, le symptôme d’un trouble psychotique plus important. La mythomanie est souvent le fait de tendances hystériques.

Exemple de mythomane : ceux qui se croient irrésistiblement drôles et beaux !

Il convient à ce stade de distinguer la mythomanie pouvant être qualifiée de bénigne, servant à valoriser le sujet et à satisfaire sa vanité, de la forme la plus perverse de la mythomanie, dont la finalité est beaucoup plus maligne et se traduisant par exemple par l'envoi de lettres diffamantes et la création de rumeurs destinées à détruire la réputation d'autrui. Les cas de Jean-Claude Romand, le faux médecin qui assassina sa famille, ou celui plus proche encore de Myriam Badaoui, dans l’affaire d’Outreau, nous rappellent que la mythomanie n’est pas un phénomène à prendre à la légère mais une vraie pathologie !

On recommande généralement de ne pas écouter les mensonges du mythomane, au risque de l'encrer plus encore dans cette fausse réalité qu'il a choisi par confort. Cela va donc à l'encontre des principes de neutralité et d'écoute bienveillante accompagnant la thérapie.

De la même manière, il est peu utile d'argumenter avec un individu mythomane sur la véracité de ses propos, au risque de le voir s’obstiner, renforçant sa mythomanie. La solution préconisée consiste à placer le mythomane en face de la situation qu’il dénie afin de l'aider à prendre conscience de celle-ci pour l’aider à la surmonter.

C’est ainsi que lorsque je pense à la 305, l’image de G s’impose à moi. Son père, à l’époque artisan taxi, possédait une berline 305 diesel, de couleur bleu glacier, tel était le nom de cette couleur au catalogue Peugeot, qu’il lavait tous les jours. En me souvenant de cette voiture, je me rappelle m’être demandé pourquoi on payait le même tarif, pour une course accomplie dans cette daube, que dans une mercedes. Je trouvais cela injuste. Aujourd’hui, je trouve que le père de mon pote était libéral avant l’heure, puisqu’en investissant moins que ses confrères, il faisait le même chiffre d’affaires et donc plus de marge. Quel roublard ! Venu d’un coin paumé de l’ouest de la France, il s’était fait sa petite situation, l’air de rien, en passant des heures dans son taxi merdique.

Son fils G était un type particulier, qui m’a placé assez jeune, en face de la réalité psychopathologique. C’était un mythomane total. A l’époque, on le traitait de menteur, voire de mytho, sans imaginer la portée de ses mensonges. Grandement complexé, c’était un amateur de prothèses viriles en tout genre, de l’arme à feu, généralement une réplique merdique d’arme de guerre, aux grosses voitures, pour lesquelles il se ruinait. C’est le seul type qui ait été capable d’affirmer que dans une petite voiture, il ne trouvait pas sa position de conduite. Avec lui, jamais l’expression « grosse voiture, petite bite », n’aura été aussi juste !

A côté de cela, ce pouvait être un type extrêmement sensible et loin d’être idiot que j’ai pris plaisir à fréquenter, jusqu’à ce que sa mythomanie devienne si envahissante, qu’elle ne permettait plus à quiconque d’avoir une relation amicale avec lui.

Je pense que ce type nous aura tout fait. Qu’il s’agisse de s’inventer de hauts faits d’armes lorsqu’il était au service militaire, en passant par des maladies graves comme le sida, ses délires étaient l’occasion de jouer soit les héros, soit les victimes, en s’auréolant toujours d’un masque tragique. Je n’ai jamais connu quelqu’un qui soit allé aussi loin dans le mensonge. Lorsque fut annoncée en 1993, la tragédie au cours de laquelle, le faux docteur Romand tua son épouse, ses enfants et ses beaux parents, j’ai immédiatement songé à G.

L'adversaire : film retraçant l'affaire Romand !

Je me souviens par exemple du jour où il ramena une fille chez lui. Nous devions avoir vingt-huit ans à l’époque et il avait eu un coup de foudre pour cette secrétaire. A priori, c’était l’amour fou, tant et si bien qu’ils décidèrent de faire un enfant. Un matin, alors qu’elle était enceinte, la demoiselle partit sans le prévenir, abandonnant tous ses effets personnels chez lui, et ne se présentant pas à son travail, qu’elle quitta quelques jours après.

Par une de ses amies que j’ai revue par la suite, j’ai appris qu’elle avait pris peur et qu’elle avait dit que G était fou. Je n’en ai pas su plus. La seule chose que je sache est que, bien que je me sois toujours parfaitement entendu avec G, j’imaginais qu’il cachait quelque chose de terrible, qu’il me faisait l’effet d’une sorte de bombe à retardement ne demandant qu’à exploser. Ce genre de type hyper sensible et complexé, a un potentiel de dangerosité élevé.

Je me souviens encore de la persuasion qu’il pouvait mettre dans ses mensonges. Nous en avons cru certains, mais l’expérience aidant, nous nous contentions de lui dire d’arrêter de délirer et de nous prendre pour des cons. Force est de constater que même face à des preuves accablantes prouvant qu’il nous mentait, G ne s’est jamais dégonflé. Une fois la pompe à mensonges amorcée, rien ne l’arrêtait plus. Argumenter face à lui, ne servait à rien. La seule chose qu’il ait réussie, c’est à se couper de tous ses amis. Aujourd’hui, j’ai appris qu’il avait quitté Paris pour aller s’établir dans le sud-ouest, et je n’en sais pas plus que cela.

***
J’ai depuis souvent pensé à G et aux raisons qui l’avaient conduit à devenir mythomane. C’était un joli cas de mythomanie, une forme avérée d’hystérie masculine. J’imagine que G, a passé sa vie sans pouvoir se construire, sans jamais réussir à canaliser sa sensibilité, hésitant toujours entre une virilité caricaturale l’amenant à jouer les durs, et une sensibilité confiant à la sensiblerie.

Coincé entre deux mondes, celui ouvrier de ses parents, et celui bourgeois, où il choisissait ses amis, et auquel il aspirait, il n’était à l’aise nulle part. Eduqué par un père avare de compliments et peu ambitieux, et une mère, frustrée malgré ses capacités de ne pas avoir fait d’études, et affirmant sans cesse son mépris des étudiants, G fut le jouer de leur névrose respective.

Comble de malchance, il avait perdu son frère aîné dans un accident de moto. Depuis, il avait cruellement ressenti, qu’en perdant leur fils aîné, ses parents avaient perdu le meilleur des deux et il s’appliquait à ressembler à ce frère aîné idéal. Il alla par exemple, jusqu’à récupérer la moto accidentée avec laquelle son frère s’était tué, afin de la réparer pour l’utiliser ! Et les parents laissèrent faire, en comprenant rien à rien, ne s’alarmant pas de cette pratique mortifère.

G aurait-il pu échapper à son destin s’il avait eu d’autres éducateurs que ses parents stupides et bornés ? Je n’en suis même pas sur, parce qu’aussi loin que je me souvienne, et je connaissais G depuis très très longtemps, j’ai toujours le souvenir d’un type très fragile, s’appliquant à jouer les durs pour compenser son hypersensibilité confinant à l’hystérie, presque programmé génétiquement, pour devenir le mythomane avec qui j’ai cessé toute relation. Sur ce coup, j’ai presque envie de croire au primat du biologique sur le psychologique.

Quoiqu’il en soit, chaque fois que je vois un taxi, je repense à cette 305 diesel bleu glacier, et à G, le plus grand mythomane que j’aie connu jusqu’à présent, le genre de types dont on parle dans les manuels mais que l’on ne voit jamais dans nos cabinets.

Je pense d’ailleurs que la fréquentation de G, m’a permis de comprendre jusqu’où peut aller un individu hystérique, et combien sont trompeurs, les signes d’apparente stabilité. Je lui dois un sacré cas pratique sur les personnalités pathologiques, que n’aurait jamais pu m’offrir mes cours de psychopathologie universitaire.

Grâce à la fréquentation de G, je pense que si j’avais instruit l’affaire d’Outreau à la place du juge Burgaud, je ne me serais pas laissé avoir. N'imaginez pas que ces cas soient si rares !

Prononcer une main sur le coeur :"Je fais confiance à la justice de mon pays !" (Mon cul oui !)

1 Comments:

Blogger El Gringo said...

Et le juge Burgaud, c'est un cas pathologique, ou juste une ordure?

30/5/07 11:52 AM  

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