11 septembre, 2007

Petit fait d'armes !


Le 11 septembre 1916 dans l’enfer de Verdun, le secteur dit du Bois d’Ailly est occupé par les 1er et 3ème bataillons du 167ème RI. C’est alors qu’un stosstrupp bavarois tente un coup de main à la jonction de la 10e Cie et de la 11e Cie.

Plusieurs allemands réussissent à pénétrer dans nos lignes, mais attaqués courageusement par la section du sous-lieutenant Royer, ces hommes sont repoussés et finalement massacrés à la grenade, le fameux modèle Citron fabriqué à Foug (54 570). Tandis que du côté français, on ne déplore qu’un mort dans la 2ème compagnie, les tués allemands sont au nombre de six et il sera fait près de vingt prisonniers.

Grenade citron fabriquée à Foug (véridique) !

C’est un des multiples petits faits d’arme qui jalonnent l’histoire de la Grande Guerre et dont on parle peu. Si celui-ci est connu, c’est grâce au journal du Caporal-chef Dalodier, qui jour après jour a méticuleusement compilé tous les faits de guerre qu’il a eu à connaître. Trop âgé pour être dans les troupes régulières, le Caporal-chef Dalodier, mécanicien de profession, était dans ce que l’on nomme la territoriale, chargée de diverses besognes, même si à Verdun, face à l’hécatombe, ils finirent pas devenir de vrais combattants.

C’est ainsi qu’à la date du 11 septembre 1916, dans un de ses carnets où il consigne scrupuleusement tous les faits qu’il observe, ce glorieux soldat explique :

« On a vu les troupes d’assaut arriver de loin. C’est alors que le lieutenant Royer s’est levé et a été le premier à franchir le parapet de la tranchée sommaire dans laquelle nous avions nos quartiers. On l’a vu bondir d’un coup, sabre au clair comme en quatorze, quand c’est que nous étions dans la Marne.

Faut dire qu’avec lui, on était jamais bien tranquilles, on s’attendait toujours à un coup tordu de sa part. Non que ça ait été un mauvais officier, mais il avait quelque chose de bizarre, comme une sorte curé défroqué, comme un mec qu'aurait fait le petit séminaire quoi. Mon copain Ernest Paluchot, Nénesse qu'on l'appelait, qui avait le certificat d’études et de la culture, le surnommait Torquemada. Il m’a expliqué que ce Torquemada en question était un type qui a bossé pour l’inquisition y’a longtemps et qui brulait les sorcières.

Et c’est vrai que quand on le voyait arpenter la tranchée de son pas raide, avec sa grande taille, son visage décharné et son uniforme qui flottait comme des oripeaux sur un épouvantail, il mettait mal à l’aise le sous-lieutenant. Le pire c’était son regard étrange, comme brûlant avec toujours des cernes noirs. Moi je l’appelais l’échassier parce qu’il me faisait plus penser à un héron malade qu’à un Torquemada.

Et puis parfois il nous parlait mais j’avoue qu’on ne comprenait pas grand-chose. C'était pas grave car de toute manière il répétait toujours la même chose. On aurait cru qu'il nous faisait la classe comme à des gamins, en nus toisant un peu. C'était normal vu qu'il était instituteur dans le civil à ce qu'on racontait. Il parlait toujours de la tradition, des choses qui durent, qu'il fallait se méfier des choses modernes et qu'avaient pas fait leurs preuves. Je crois bien que c'était le dernier à porter le pantalon garance au lieu du bleu horizon. En bref, pas le mauvais bougre, mais un peu hautain et rigide.»


Le caporal Dalodierdu 20ème régiment territorial !

Le Sous-lieutenant Royer restera encore quelques temps dans les troupes d’active, puis son état mental se dégradera inexplicablement. Nul ne sait, si il souffrit de ce que l’on nomme aujourd’hui un stress post traumatique. Toutefois, les témoignages convergent pour dire qu'il était devenu de plus en plus bizarre. Certains affirmeront l’avoir vu déambuler avec une main derrière le dos et une autre coincée entre les boutons de sa vareuse, tel un napoléon blafard. Maîtrisé par des brancardiers alors qu'il arpente à demi-nu le champ de bataille sous une pluie d'obus, coiffé d'un casque orné de plumes, en lançant des imprécations vers les tranchées allemande, il est accueilli dans un hôpital de campagne. Puis, il restera quelques mois en maison de santé, avant d’être finalement démobilisé peu avant la fin de la guerre, bardé de médailles et de citations.

Finalement guéri, il ne retournera pas dans l'éducation nationale où il était instituteur avant la guerre et quittera par la même occasion le parti socialiste auprès duquel il était pourtant très engagé. Curieusement, il ouvrira la première concession des automobiles Peugeot dans le département d’Indre-et-Loire. Il vécut à jusqu'à un âge avancé et il n'était pas rare de le voir jusqu'à sa mort à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, raide comme la justice, les mains gantées de mitaines noires, conduire son break 504 Peugeot gris métallisé, qui restait pour lui la meilleure voiture au monde.

Chose curieuse, comme réunis par un étrange destin, le Caporal-chef Dalodier, enfin démobilisé, décoré de la Croix de guerre, ouvrit un atelier de réparation pour les motos de marque Monet-Goyon en banlieue parisienne. Ayant fait de bonnes juteuses affaires, c'est naturellement qu'il se tourne vers la politique. D'abord élu maire, puis conseiller général, il va de succès en succès. Inquiété dans une sombre affaire de détournement de fonds destinés à un orphelinat, dont aujourd'hui encore on ne sait pas grand chose, il quitte soudainement la France sans laisser de traces. Définitivement blanchi, il rentre en France après huit ans passés nul ne sait où, et créera la société COGIP (fabrication d'agrafeuses) avec messieurs Ménard et Berthier.

Une très rare photo des établissements Royer datant de 1972 !

14 Comments:

Anonymous Jean-Marc said...

Auguste Royer ? Mon père lui a acheté une 204 en 1971 et effectivement il était toujours en place. Un grand type maigre au regard fiévreux, je m'en souviens !

11/9/07 1:36 AM  
Anonymous ptit poilu said...

ooooh j'l'ai ben connu ce gars là ! la nuit, il nous faisait plus peur que les boches !

11/9/07 1:47 AM  
Blogger El Gringo said...

L'affaire du détournement de fonds destinés à l'orphelinat était un complot ourdi par un notable qui s'opposait aux règles de l'urbanisme local. Odieusement calomnié par celui qui tentait de se faire élire à sa place, le courageux édile ne dû son salut qu'à la fuite...

11/9/07 2:19 AM  
Blogger philippe psy said...

Oui c'est que les avocats ont dit mais personne n'en saura jamais rien. Ca reste très mystérieux l'affaire Dalodier comme on dit aujourd'hui ! Il parait que de Gaulle aurait été mouillé ! qu'il y aurait même un lien avec l'attentat du Petit Clamart qui aurait en fait été organisé par Dalodier qui aurait fait endosser la responsabilité à Jean Batien-Thiry !

Ernest Paluchot, le camarade fidèle connu à Verdun aurait pu parler mais il est mystérieusement décédé dans son bain d'un accident de séchoir électrique ! C'est curieux non ?

On n'en saura jamais rien et tout est classé secret-défense !

11/9/07 2:30 AM  
Blogger Laurence said...

Et qu'un Kennedy siège ensuite au conseil d'administration de la COGIP est encore plus étrange ! Quant aux liens avec la mafia, ils sont évidents puisque Frank Sinatra est venu chanter au Noël des ouvriers 1971 !

11/9/07 2:33 AM  
Blogger philippe psy said...

Ca c'est certain ! Interrogé dans uen brigade de Gendarmerie d'Indre-et-Loire à ce sujet, l'ancien supérieur de Dalodier, le Sous-Lieutenant Royer, aurait simplement tenu les propos suivants :

"Moi messieurs, je me méfie de ces racontars comme de tout ce qui est nouveau ! Je me contente de vendre des Peugeot 504 qui sont de très bons véhicules et de regarder la télévision sur un poste Ribet-Desjardin qui est une très bonne marque. A ce propos, méfiez-vous si l'on vous parle des téléviseurs couleurs, tant que cela n'a pas fait ses preuves, n'en achetez pas, conservez votre poste Noir et Blanc. De toute manière vu ce qu'ils nous montrent à la télé, où ce n'est que rastaquouères et zazous qui hurlent, ce n'est pas la peine de faire des frais. Ceci dit j'aime beaucoup Cinq colonnes à la une, Au théatre ce soir et le Commissaire Bourrel dans les Cinq dernières minutes. Mais tout ceci se regarde bien en Noir et Blanc. C'est tout ce que j'ai à dire.
Repos !"

Et il n'en dira pas plus.

11/9/07 2:39 AM  
Blogger Laurence said...

Philippe il semble que tu aies tronqué la déposition du sous-lieutenant Royer, lequel dit expressément, que les disques en cire et les gramophones sont bien meilleurs que les microsillons et les électrophones !

11/9/07 2:43 AM  
Blogger philippe psy said...

Effectivement Laurence, tu as raison. D'ailleurs le rapport de gendarmerie que j'ai entre les mains le précise bien. Ce qui est amusant c'est qu'à la fin, il y ait des fautes, comme si le gendarme qui l'a tapé en avait eu marre. Par contre, bien qu'un certificat de vente atteste que les Etablissements Royer ait vendu une voiture à Ernest Paluchot, on n'en a jamais su plus. Auguste Royer invoque le hasard, expliquant qu'Ernest Paluchot passait fortuitement ses vacances au bord de la Loire et que c'est ainsi qu'il se seraient rencontrés. Une autre version affirme que Paluchot aurait servi d'agent de liaison entre Dalodier et Royer ce qui tend à prouver que les deux hommes étaient encore en contact. Mais, ce ne sont que des suppositions.

11/9/07 2:47 AM  
Blogger Laurence said...

Il semblerait que Sébastien Japrisot se soit inspiré de la complexité de cette affaire pour écrire "Un Long dimanche de fiançailles".

11/9/07 2:50 AM  
Blogger philippe psy said...

Oui, on a d'abord dit que ce livre devait être un thriller politique, mais soumis à d'énormes pressions, Japrisot aurait renoncé.

Gérard de Villiers aurait aussi proposé un scénario de cette histoire à UGC. Les pourparlers étaient bien avancés et on croit savoir que Bernard Menez avait été retenu pour jouer le rôle de Royer tandis que c'est Jean Lefevbre qui aurait joué celui de Dalodier. Mais il n'y a pas eu de suite. Un appel de l'Elysée sans doute ?

Le projet a finalement été repris par robert Lamoureux, profondément remanié pour devenir La 7ème Compagnie. Mais, un oeil averti permet de distinguer au sein de cette aimable pochade, une trame politique évidente. Aldo Maccione n'a pas été choisir par hasard, il illustre de manière symbolique le rôle de la maffia dans toute cette affaire ! Ca n'aura échappé à personne !

11/9/07 2:56 AM  
Blogger Laurence said...

De toute manière Mitterrand roulait en Peugeot 403, comme l'atteste le faux attentat de l'avenue de l'Observatoire : c'est un signe ! Comprenne qui pourra !

11/9/07 3:02 AM  
Blogger philippe psy said...

L'autocollant sur la lunette arrière indiquant "Peugeot Royer" aurait été gratté rapidement à ce que l'on dit ! Et Dalodier aurait été signalé dans le secteur promenant son chien dans la nuit du 15 au 16 octobre 1959, alors qu'il n'avait pas de chien à cette époque. Kiki son épagneul était mort l'année précédente et ce n'est qu'à Noël qui achètera Pompom son Loulou de Poméranie ! Alors à qui était ce chien ? Que faisait Dalodier dans le secteur ?

11/9/07 3:03 AM  
Blogger Laurence said...

Ce qui est curieux c'est quà cette époque Paluchot avait lui, bien un chien !!!

11/9/07 3:04 AM  
Blogger philippe psy said...

Oui, je sais, je connaissais ce renseignement ! C'est vraiment étrange. Mais on n'en saura jamais rien ! Paluchot a milité au SAC lequel a été dissout par Pasqua, comme par hasard !

Enfin, si quelqu'un à des informations sur cette affaire trop méconnue, nous sommes preneurs !

11/9/07 3:06 AM  

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