26 septembre, 2007

Violence et télévision ! 1

Un repère de la littérature subversive !

Urbain dans son commentaire, qu’il signe Toju, portant sur mon dernier article, avec sa modestie naturelle, nous explique la chose suivante :

« Les études produites par les autorités administratives et politiques portent sur tous les sujets. Ni rapports secrets, ni publications d'éditeurs, cela s'appelle la "littérature grise", outil de décision politique.

Je préfère depuis longtemps la littérature grise à la littérature, et à ce titre je passe au mieux pour un doux dingue. »

Le lien, qu’il nous propose, renvoie au site de la Documentation française. Même si je doute que cette institution publie des trucs passionnants, pour avoir lu certaines de ses publications, j'ai décidé d'en avoir le coeur net. D’ailleurs, je ne vois pas en quoi il s’agirait de littérature grise, dans la mesure où ce sont des rapports publics et plutôt mainstream. Attendre des révélations stupéfiantes ou des publications étonnantes de la part de la Documentation française, me semble plutôt fantaisiste.

La page sur laquelle, nous envoie ce bon Urbain propose de télécharger un rapport rédigé en 2002, à la demande du Ministère de la culture et de la communication, par la « Mission d'évaluation, d'analyse et de propositions relative aux représentations violentes à la télévision ». Manifestement, il s'agissait de savoir pour ces experts, si il existe une corrélation entre la violence en flèche et la télévision.

La synthèse de l’étude figure sur la page d’accueil et explique que :

"Procédant tout d'abord à une évaluation des effets sociologiques, psychologiques et esthétiques de l'inflation de la violence à la télévision, la Commission s'est accordée à reconnaître « un effet net de l'impact de la diffusion de spectacles violents sur le comportement des plus jeunes ». Elle a également constaté un retard de la France par rapport à ses voisins européens dans la mise en place d'instruments de régulation à la fois efficaces et consentis par tous les partenaires contre le développement de cette violence. La Commission a ensuite analysé « le caractère mortel de la montée de la violence dans une société démocratique » et cherché « une définition de la violence et de l'image » pour finalement émettre une série de recommandations (réorganiser la Commission de classification des films, mettre la pornographie hors de portée des enfants, renforcer les missions du CSA notamment)."


Le sujet est bateau, rabaché, resucé, sans aucune originalité, et dès le départ, je ne m’attends à rien d’intéressant. J’imagine une brochette de pseudo experts qui rendront un rapport insipide et sans grand intérêt, en ignorant fondamentalement d’autres pistes pour expliquer la montée de la violence, au nom du politiquement correct.

Profitant donc de l'heure qui m'est allouée par une patiente m'ayant planté au dernier moment, tout en m'ayant prévenu qu'elle me paierait bien évidemment, j’ai lu les soixante-quinze pages du document.

J'ai trouvé ce rapport bien écrit, mais sans intérêt, parcellaire, plutôt stupide et n’apportant rien, si ce n’est de répéter des choses dont on parle depuis que la télévision existe. Je suis sur qu’en cherchant bien, on doit bien trouver un quelconque expert dans les années soixante, pour nous dire que Thierry la Fronde avait une influence néfaste sur les enfants. Après tout, le même genre d’experts à la fin du dix-neuvième siècle expliquait que la masturbation était dangereuse pour les enfants, et qu’il fallait attacher les mains des petits garçons le long du corps afin qu’ils ne s’y adonnent pas. Chaque époque, produit son lot de crétins, experts en rien et en tout, collant à l'air du temps, hurlant avec les loups, qui se croient autorisés à donner leurs avis stupides.

D’ailleurs, le paragraphe d'introduction, présenté dans un style qui doit tout à la Novlangue, est déjà fort révélateur du contenu. Les premiers mots sont : « la dérive de la violence dans notre société démocratique républicaine particulièrement attachée à la liberté, etc. » ressemblent plus à une planche que ferait un franc-maçon au cours d’une tenue, qu’à une rigoureuse étude scientifique.

On sent que l’on s’alarme de la recrudescence de la violence, ce qui est bien, mais je ne vois pas ce que viennent faire les termes de société démocratique républicaine. La violence, en tant que constituée d’actes aveugles, est après tout proscrite dans toutes les sociétés. On a pu trouver violente la défunte URSS, il n’en reste pas moins, qu’elle disposait d’un droit et de forces de police, et je suppose qu’il en fut de même dans l’Irak de Saddam Hussein. Qu'il y ait corruption ou non, au sein d'un régime, ne signifie pas que la violence y soit encouragée ou négligée.

Après lecture, il me semble que le travail réalisé par ces experts, est plutôt bâclé, faisant plus appel à la volonté de trouver en la télévision, instrument inanimé, haï des intellectuels vains, la responsabilité de tous les maux. Aucun dogme n’est donc abandonné, et il ne s’agit aucunement d’une étude scientifique indépendante. Cela ne change pas beaucoup de ce que l'on pourrait trouver dans Télérama.

Après avoir cité de nombreuses études scientifiques, tendant à accréditer qu’il existerait un lien direct entre la violence présentée par la télévision et celle de notre société, ce rapport indique que :

« L’incidence des émissions violentes sur les conduites est toutefois réduite et les processus à l’œuvre sont loin de se résumer à des automatismes mimétiques. Il est plus raisonnable de dire que pour certaines personnes et dans certaines situations, les émissions violentes ont un effet. »

Voilà une conclusion passionnante puisque grâce à ces experts, nous savons maintenant que parfois, certaines personnes sont influencées par les émissions de télévision. On s’en serait douté mais on peut rajouter, que certaines jeunes femmes sont aussi influencées par les romans à l’eau de rose qu’elles lisent.

Et on peut carrément admettre, que dans toute société, et quelque soit le vecteur retenu, paroles, écrits, etc., il y aura toujours des individus plus influençables pour tenter de traduire dans le réel ce qu’ils ont perçu dans le virtuel, simplement parce que leur structure psychique, quelle qu’en soit la cause, ne leur permet justement pas de faire la différence entre le réel et le virtuel. On pourrait donc en déduire qu'on a des problèmes avant de regarder la télévision, mais que ce n'est pas elle qui va les créer.

On a ainsi, coutume de citer le film de Oliver Stone « Tueurs nés », et ce rapport en parle bien évidemment, comme ayant influencé deux jeunes assassins. Le réalisateur Oliver Stone avait d’ailleurs été assigné en justice en 1996. Cela me semble délirant si on admet que ce film a pu être vu par des millions de téléspectateurs de par le monde. Bien sur, on ne retiendra que le sensationnalisme du fait divers, sans jamais s’interroger sur ce qui a pu amener ces personnes à tuer. A mon sens, quand deux assassins sont assez malades pour s’inspirer d’un film afin de tuer, on entre dans une grosse pathologie qui n’a pas pu être provoquée par un film. L’immense, que dis-je l’écrasante majorité des personnes qui aiment lire des polars, ou regarder des films jugés violents à la télévision, n’ont jamais tué et ne tueront jamais !


D’ailleurs, ce rapport citant de nombreuses méta-analyses américaines, réputées fiables, explique qu’il faut prendre aussi en compte d’autres facteurs que le nombre d’heures passées devant la télévision pour corréler un lien entre la violence télévisuelle et la violence en société :

« Les facteurs qui sont « contrôlés » sont les troubles psychiatriques, pauvreté, niveau scolaire des parents, intelligence verbale, négligence vis-à-vis de l’enfant (childhood neglect), caractéristiques du quartier (peu sûr). Les résultats montrent que la négligence vis-à-vis de l’enfant, caractéristiques du quartier, pauvreté, niveau scolaire des parents sont corrélés avec le temps passé devant la télévision, etc. »

Le rapport admet donc qu'il existe d'autres facteurs à corréler, c'est à dire à prendre ne compte dans les statistiques pour expliquer s'il y a ou non un lien entre la violence télévisée et la violence sociétale. J'aurais aimé connaître le coefficient de corrélation, car il est courant que des études soient publiées, avec des conclusions ne reposant, faute de mieux, que sur des coefficients de corrélation de 0,25, ce qui ne prouve rien d'un point de vue statistique.

Plus loin le rapport, occultant les autres facteurs corrélés précédemment explique pourtant que :

« Autrement dit, la responsabilité de la télévision sur le comportement des jeunes téléspectateurs, la responsabilité des images violentes quant à certains comportements, qui avait été présumée par une série d’examens de laboratoire, ou par des observations empiriques des médecins et des magistrats, a également été mesurée comme un effet net proportionnel au temps passé devant l’écran. Personne, aujourd’hui, ne peut plus prétendre l’ignorer. Sur l’effet de la violence, à la télévision à l’égard du comportement des jeunes et sans préjuger s’il s’agit d’un effet direct ou d’un effet seulement indirect, on peut néanmoins conclure à l’existence d’un pouvoir et d’un danger de la violence télévisée, etc. »

On constate donc le côté pernicieux d’un tel rapport qui nous informe d’une part que « ne peut conclure à l’existence d’un pouvoir et d’un danger de la violence télévisée », tout en admettant dans la même phrase « et sans préjuger d’un effet direct ou seulement indirect ». Cela me rappelle les modèles économiques parfois foireux, qui ne manquent pas de préciser "Toutes choses égales par ailleurs".

A ce stade de l’analyse c’est un peu comme si l’on disait qu’un jeune a tué quelqu’un parce qu’il possédait une arme çà feu, sans être capable d’affirmer, que si il n’avait pas possédé cette arme à feu, il n’aurait pas tué. Ce que nous dit ce rapport, c’est qu’il a bien tué avec l’arme à feu, sans toutefois savoir si en l’absence de l’arme à feu, il n’aurait pas finalement pris un couteau, une pierre ou tout instrument contondant se trouvant en sa possession. Donc ce rapport bidon n’apprend rien si on le prend tel quel. Il confond le sujet et l'objet.

Toutefois, si on prend la peine de lire entre les lignes, on remarque que d’autres pistes sont évoquées, pour être aussitôt évacuées, parce qu’elles remettraient sans doute en cause le dogme de la télévision, en tant que grande responsable, éternelle coupable, et génératrice de la violence sociétale.

A mon, sens la télévision n’est qu’un objet inanimé et n’est en aucun cas responsable de la violence. La charger de tous les maux, c’est se trouver un bouc émissaire bien pratique pour occulter sa responsabilité. Les programmes se choisissent et la télévision peut-être éteinte. Si je devais invoquer des causes légitimes de la violence, je crois que citerais :
  • La démission des parents, la dilution du rôle du père porteur du sens de la loi, et les carences éducatives ;

  • L’incapacité d’une administration (éducation nationale, aide sociale à l'enfance, etc.) gangrenée par le gauchisme, à se substituer aux parents quand, malheureusement ceux-ci ont démissionné, quelles qu’en soient les raisons ;

  • La mainmise de la psychanalyse depuis l’après guerre, sur la psychologie ce qui a entraîné une vision uniquement naturaliste des choses, en niant tout facteur biologique ou génétique déterminant et interdisant toute recherche scientifique valable dans notre pays en matière de psychopathologie ;

  • L’atroce relativisme moral qui fait qu’aujourd’hui, tout se vaut, et qu’aucun jugement critique, dit de valeur ne soit accepté.

Alors, sans doute qu’un jeune, livré à lui même, à qui on n’a enseigné aucune valeur, qui ne reconnaît plus le bien du mal, est sans doute fragilisé au point d’être plus perméable à la violence télévisuelle. Dans ce cas, la télévision n’est pourtant pas le mal. Le mal, c’est l’absence de structure qu’une société sans repères clairs propose à la jeunesse.

Dans la pratique quotidienne de ma profession, je n'ai jamais été effrayé par les symptômes. Par contre, face à l'absence de valeurs dont font preuve certains patients, n'ayant pourtant aucun trait sociopathique, là je suis effrayé, et je me dis que cela va être dur, parce qu'il est toujours extrêmement difficile de faire naître une conscience morale chez les gens.

Enfin, si après m'avoir lu, vous avez encore le temps de consulter un article, regardez celui-ci. Des animateurs ou éducateurs, régulièrement appointés par les pouvoirs publics, justement pour tenter de structure des jeunes en difficulté, osent avancer que l'état est peut-être plus responsable de l'atroce assassinat d'Ilan Halimi que son meurtrier Yousouf Fofana. Ce genre de propos totalement irresponsables de la part d'adultes sensés venir en aide à des jeunes, me fait bien plus peur que la télévision, parce qu'il rend compte de l'état de délabrement de notre société.

5 Comments:

Blogger Alexis said...

Je ne peux qu'abonder dans ton sens, et plus encore que de ressembler à une planche, je trouve que cette introduction sent ce que Muray appel l'OCSOC (occultisme - socialiste). Pour ce qui est du coefficient de corrélation de 0.25, il est évidemment statistiquement insignifiant. Ceci est d'autant plus vrai que pour avoir une vraie relation explicative il faut prendre le R2, soit 0.0625 ce qui signifie que seul 6.25% des occurences sont liées à la variable explicative.

27/9/07 10:07 AM  
Blogger El Gringo said...

Oui, ce syndrome de l'excusite est absolument gerbant. Cette absolution sempiternelle des agissements les plus odieux est effectivement construite sur la responsabilité a priori de la société et la quasi victimisation des fauteurs de trouble. Le plus révoltant est que ce sont les mêmes qui réclament à cor et à cri l'intervention de l'état pour résoudre tous les problèmes, les promoteurs de l'assistanat généralisé, qui viennent ensuite vous expliquer que c'est "la société" qui est méchante.

27/9/07 1:52 PM  
Blogger Laurence said...

Processus inéluctable de la "victimite aigüe" dont est atteinte notre société !! Tout est désormais ainsi, l'individu ne veut plus être responsable et attend d'être défendu et pris en charge. Si un enfant est obèse ? ben c'est la faute à Haribo et à Mac Do voyons!!

Je viens justement de feuilleter un bouquin sur ce sujet à la Fnac "Le Temps des victimes" par Caroline Eliacheff (psychanalyste) et Daniel Soulez Larivière (avocat).
http://www.evene.fr/livres/livre/caroline-eliacheff-et-daniel-soulez-lariviere-le-temps-des-victi-25719.php

27/9/07 2:36 PM  
Anonymous Anonyme said...

Salut Phil,

Bien ton article. Je commence à prendre plaisir à te lire ;-)

Je suis de ceux qui aime écouter plusieurs sons de cloches et le " ton " (cad la FORME)du tient m’est agréable.

Après libre à la populace de faire l’effort de comprendre le FOND, denrichir son discernement, de se prendre en main et passer à l’action. Par exemple vis-à-vis de l’éducation de ses enfants et d’assumer ses responsabilités.

CJ

27/9/07 5:26 PM  
Anonymous Jean-Marc said...

J'ai parcouru le rapport et je suis de votre avis, c'est très orienté, et ce dès l'origine. Je n'y ai rien trouvé d'intéressant. En tout, car heureusement qu'il existait des études américaines à citer, car je ne sais pas ce qu'ils auraient pu dire !

C'est un médiocre travail d'étudiant de maîtrise. La forme est agreable mais le fond indigent.

4/10/07 9:03 PM  

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