31 mars, 2008

La vie des autres ! Un peu comme chez nous !?!

Comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, je ne vais jamais au cinéma. Je trouve cela cher, on ne peut pas fumer et encore moins appuyer sur pause quand on a envie d'aller pisser un coup ou de se faire un café. Et puis, en vérité je n'aime pas le cinéma. Je sais que c'est iconoclaste de le dire, mais pour moi le cinéma n'est pas vraiment un art. C'est tout juste le moyen de mettre à disposition de ceux qui n'aiment pas lire ou qui manquent d'imagination, les livres qu'ils ne liront ou n'apprécieront jamais.

Et puis je trouve la plupart des films assez nuls. Je suis souvent si déçu que je réécris la fin dans ma tête. Je me dis qu'à la place du réalisateur ou scénariste, moi j'aurais fait ceci ou cela. Alors chercher à se détendre pour en définitive refaire le boulot des autres, ce n'est pas un loisir.

J'ajoute que bien entendu, je ne vais jamais voir de films français. C'est mon côté "pétasse", ma petite coquetterie, qui fait que je préfèrerais mourir qu'aller voir un film français avec des acteurs français et un réalisateur français. Je suis déjà obligé de subventionner cette bande de nazes, si en plus, je devais payer une place de cinéma et leur redonner de l'argent, je crois que j'en mourrais !

Mon copain Olive, celui qui est très riche et roule en Touareg W12, au mépris de la planète, m’enjoignait depuis un an de m’inscrire au petit vidéoclub qui a ouvert dans la commune. Il m’expliquait que le gars était sympa et de bon conseil et qu’il y avait près de quatre-mille films. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai cédé et j’ai pris un abonnement. Et ainsi, de temps à autre, le week-end je vais louer des films.

Ne connaissant pas grand chose au cinéma, je me laisse conseiller. Le patron du vidéoclub ne me propose plus de films français depuis qu’il m’en avait vanté un dans lequel figurait Vincent Lindon. Je n’avais eu qu’à lui dire « jamais de films français » et il a compris. Je ne sais pas ce qu’il aura compris. Soit il m’aura pris pour un original ayant ses petites lubies, soit pour un paranoïaque qui en veut particulièrement à Lindon, je ne le saurai jamais.

Depuis, il ne commet plus d’impair. Ainsi aujourd’hui, alors que j’allais en louer un, il a regardé ses nouveautés et a mis la main sur la jaquette d’un film français puis l’a immédiatement ôtée en disant sur le ton flegmatique de celui qui a tout vu et tout connu dans l’exercice du petit commerce : «ah oui, c’est vrai, jamais de film français pour vous monsieur». Brave petit commerçant !

Il a donc saisi une autre jaquette et m’a dit : «Avez vous vu celui-ci ? C’est allemand». Il s’agissait de La Vie des autres, film ayant obtenu l’oscar du meilleur film étranger en 2007 et dont j’avais entendu parler. Le boutiquier m’assure que c’est très bien aussi pris-je ledit film. J’apprends par le résumé qu’il s’agit de l’histoire d’un agent de la Stasi qui dans l’ex-RDA, alors qu’il espionne un couple d’artistes, voit ses idées changer.


Je l’ai vu ce soir. L’envers de la jaquette m’a beaucoup plu. Déjà, c’est bourré de critiques dithyrambiques issues de journaux tels que Télérama, Le Nouvel Observateur et Libération. «Quoi, que des journaux de gauche» me dis je ? Mais alors ce film est-il à la gloire de l’ex-RDA ou alors ces journaux ont-ils fini par comprendre le socialisme était mortifère ? Je ricane intérieurement, me disant que si ce film était paru avant la chute du mur, nul doute que ces mêmes journaux auraient été persuadés qu’il s’agissait d’une propagande américaine.

Le soir venu, je regarde le film. Je le trouve très bien. Les acteurs jouent juste et le scénario est bien ficelé. Moi qui pensais le cinéma allemand forcément un peu chiant depuis Fritz Lang, j’en suis pour mes frais, ce film est excellent. Ce qui est assez drôle, c’est que ce film raconte un peu notre histoire à tous. En forçant juste un petit peu le trait, ce que vivaient les gens dans l’ex-RDA, c’est ce que vit tout français aujourd’hui : presse d’état, artistes d’état, ministre de la culture d’état, police d’état chargée de surveiller les déviants, pouvoir absolu d’une administration pléthorique sur les citoyens, interdiction d’écrire sur certains sujets, le tout sur fond de corruption d’état. Pour faire plaisir à Laure Allibert, je rajouterai qu’il y a forcément une sécurité sociale d’état même si le sujet n’est pas abordé dans le film.

Ce qui change ce sont les uniformes et les voitures. Pour le reste, c’est assez identique. Ainsi hier, me baladant sur ILYS, je suis allé lire l’un des liens qu’ils proposaient. Il s’agissait d’une séance à l’assemblée nationale. Le point 6 traitant de la HALDE a retenu toute mon attention parce que c’est un morceau d’anthologie.

C’est ainsi qu’on lit, Monsieur Pascal Clément, qui fut Garde des Sceaux sous Monsieur de Villepin s’exprimer ainsi :

« M. Pascal Clément, président de la commission, rapporteur. Je le confesse à la tribune.

Croire que seule l'éducation serait de nature à faire évoluer l'opinion est un leurre. Il faut aller au-delà, et sanctionner sera sans doute le seul moyen pédagogique pour transformer un état d'esprit qui est trop souvent celui des Français. »

Les termes « faire évoluer l’opinion » et « transformer l’état d’esprit » sont des expressions qu’auraient pu employer les agents de la Stasi dans le film que je viens de voir. Mais au fait, si j’osais me permettre une blague à deux sous, je demanderais quel est le nom de la personne qui est à l’origine de la HALDE ?

Mais j’écris, j’écris, je parle de mes états d’âme, je fais part de mes réflexions oiseuses comme si je vivais librement. Pour être tout à fait serein, il faudrait que je vérifie si par hasard, le fait de comparer la HALDE à la Stasi, et par extension la France à la défunte RDA, ne serait pas un délit puni par la loi ? Parce que c’est le propre des dictatures, violentes ou douces comme la nôtre, que de voter des lois assorties d’autres lois destinées à punir ceux qui ne seraient pas satisfaits des premières.

En résumé La vie des autres est un bon film, agréable à regarder mais qui ne nous apprend rien. Bien entendu, il ravira tous ceux qui vivant en France, se croient encore dans un pays libre et seront outrés en se rappelant quelles furent les conditions de vie dans le bloc de l'est. Pour les autres, les plus lucides, ce ne sera qu’un simple rappel de leurs exactes conditions de vie. Ceci dit, j'ai noté qu'on pouvait encore fumer dans les cafés à l'époque de la RDA.

Un point intéressant qui rejoint le titre de ce blog, est que dans le film, le héros fait publier un article sur le suicide en RDA dans Der Spiegel un journal de RFA. Comme il l'explique, alors qu'en RDA, on publiait toutes les statistiques, seules celle ayant trait au suicide n'étaient plus publiées depuis 1977 car le nombre de suicide en RDA était le second plus élevé après la Hongrie.

Il ne vous aura pas échappé qu'en France, on se suicide aussi beaucoup. Il y a environ 150 000 à 180 000 tentatives de suicides pour 12 000 suicides réussis. En vingt ans, la vente d'antidépresseurs a été multipliée par dix. D'après les statistiques deux classes d’âge présentent plus de risques : les 18-25 ans chez les deux sexes, les hommes de 35 à 44 ans et les femmes de 45 à 54 ans. Cette affection entraîne 10 à 15 % des suicides. Le moral des français serait au plus bas si l'on en croit les sondages. D'ailleurs on déprime tellement dans notre beau pays (ce doit être un des volets de l'exception française) que cela nous a valu le lancement d'un plan de lutte contre la dépression voici quelques mois. Avec un français sur cinq qui en souffre, cela devenait urgent, même si je ne pense pas que les bonnes mesures soient prises.

Je me demande encore, comment mes chers concitoyens peuvent aller mal, en dépit des efforts inouïs des politiques pour que tout aille mieux !

Fonctionnaire chargé du bien-être en pleine action !

3 Comments:

Blogger paul said...

J'ai du mal à retrouver dans cet article votre esprit d'analyse et de synthèse ainsi que votre esprit critique. Dans la vie des autres, le policier qui tout d'un coup a des états d'âme reste une ordure sanglante qui a brisé des centaines d'existences au par avant ! Le héros dramaturge qui se sent sur le tard des sympathies occidentales est un traitre qui "en a croqué" pendant des années en écrivant des pièces à la gloire du régime. C'est là, je pense, la raison pour laquelle ce film a eu un certain succès en France.

31/3/08 5:10 PM  
Blogger Laure Allibert said...

Le film est très bon (je l'ai vu à Paris, au Balzac, un des derniers cinémas indépendants). Je n'avais pas pensé au parallèle RDA-France en ce qui concerne le suicide. C'est vrai que c'est assez révélateur.

31/3/08 9:23 PM  
Blogger philippe psy said...

Et alors Paul, peut-être est-ce pour cela que je fais le parallèle avec notre pays ? Relisez mon texte et vous verrez que je dis justement que je vos des similitudes étonnantes entre ce que présente ce film et ce que l'on vit en France. C'est juste plus soft.

Chère Laure, dans ce film tout est d'état et on y insiste sur la culture d'état. Moi j'ai trouvé cela très français. D'ailleurs n'avons nous pas eu un président qui faisait espionner une actrice ? Sans que cela n'ai choqué personne d'ailleurs.

1/4/08 1:02 AM  

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