24 avril, 2008

Bienvenue chez les lorrains !

Désolé, il n'existe pas de photos en couleur !

Devant le succès du film Bienvenue chez les ch'tis, Laurence est en train d'écrire un scénario qui s'appellera Bienvenue chez les lorrains. Entièrement tourné à Foug, sympathique bourgade à taille humaine, le film racontera l'aventure d'un cadre EDF muté de Paris à Foug. Il y rencontre Jean-Bulot, releveur de compteur un peu idiot mais confondant et touchant de naïveté, qui va lui présenter sa belle région.

Le scénario sera fini d'ici peu mais un synopsis est déjà parti chez les principaux producteurs. Laurence recherche des figurants possédant un accent à couper au couteau ! Peu importe qu'ils jouent comme des cochons, l'important est qu'ils soient typiques !

Bien entendu, aucune référence historique ou culturelle à propos de la Lorraine ne sera tolérée. On se moque éperdument de la Place Stanislas, de l'Art nouveau, et généralement de tout ce qui pourrait présenter la Lorraine de manière sympathique et intelligente et laisser deviner son très riche passé. Evidemment, Jeanne d'Arc, trop connotée religieusement a aussi été passée à la trappe. Comme le dit Laurence : "Daum et Gallé, le Duc Stanislas, et de manière générale tout ces trucs là, on s'en tape, ça n'amènera pas de public".

Laurence a donc choisi de faire simple, voire simplissime : il s'agira de faire rire au dépens de la région en faisant passer ses habitants pour des ploucs alcooliques et dégénérés évoluant dans une région misérable et sinistrée. L'axe du film est : "puisque personne ne peut nous envier, on n'a qu'à montrer qu'on est de braves gens quand même car mieux vaut passer pour des cons que l'on plait, qu'être ignorés !"

Le film offrira donc une belle galerie d'êtres moches tout droits issus du lumpen prolétariat et on montrera qu'à part faire carrière dans l'administration, pour ceux qui ont la chance d'avoir obtenu au moins un CAP (concours de catégorie C oblige), la région n'offre aucune autre perspective à part le refuge dans l'alcoolisme pour les plus courageux ou le suicide pour les plus lucides. Mais bien sur, il s'agira de faire rire et non d'attirer des investisseurs potentiels !

Les moments cultes du film sont déjà écrits ! D'abord une scène désopilante au cours de laquelle un vieil homme, interprété par Jean Rochefort (son agent a été contacté) parlera à ce cadre EDF de la Lorraine en ces termes :

"Comment la Lorraine ? Mais il y fait très froid en Lorraine. On dit que l'hiver, les jours ne durent que quatre heures et que la température peut descendre à près de moins cinquante. D'ailleurs, géographiquement, c'est très proche de la Sibérie, la Lorraine.

Et puis, il n'y a que des mines fermées et des aciéries sinistrées. La Lorraine c'est Longwy, des rues noires, des corons et des galeries qui s'affaissent entrainant les maisons dedans. Mon pauvre, ne va pas là-bas !

Et puis, il y a eu la guerre là-bas, il parait qu'on ne peut pas faire un trou dans son jardin sans tomber sur des munitions non explosées ou des ossements."


Cela ne vous rappelle rien ? Vous constaterez qu'on rit déjà beaucoup de la grosse caricature. Par la suite, bien entendu le film comprendra une scène au cours de laquelle le cadre EDF se retrouvera convié à une fête lorraine traditionnelle super rigolote au cours de laquelle il sera démontré que les lorrains sont de braves gars, pas bien malins mais super sympas.

Pour ce faire, Laurence a déjà planté le décor et prospecte dans le toulois. Elle a jeté son dévolu sur un café fermé depuis dix ans et suffisamment en mauvais état pour que les gens puissent rire de la saleté repoussante de l'endroit. La scène offrira une légère incursion dans la gastronomie locale afin de mériter les subventions du Conseil Régional et du Conseil Général de Meurthe-et-Moselle.

C'est ainsi qu'au cours de cette mémorable scène du repas, on présentera des gens mangeant de la quiche lorraine et du pâté lorrain puis du baba au rhum et enfin des bergamotes, car sans bergamotes, on n'est pas en Lorraine. Bien entendu, force bouteilles de Gris de Toul seront bues de manière à montrer que si en Lorraine, c'est la misère (insister lourdement sur ce point destiné à rassurer tous les pauvres spectateurs sur leur propre vie), on sait tout de même bien rigoler. A la fin, les convives se finiront à la Mirabelle avant de retourner leurs chaises pour sauter dessus autour de la table ! Toute la salle sera pliée en quatre dans les cinémas !

Afin de satisfaire les amateurs de bluette, se déroulera en filigrane une belle histoire d'amour qui verra à la fin l'union du héros Jean-Bulot et de la jolie jeune femme qu'il courtise déjà depuis plusieurs années. Pour cette dernière, qui interprètera le rôle de Jeannine employée à la facturation chez EDF, on pressent Alice Taglioni, égérie montante du cinéma, à qui on demandera de s'entraîner à pratiquer l'accent lorrain. On s'en fout si elle n'y parvient pas. Après tout Line Renaud n'a pas du tout l'accent ch'ti et en est grotesque mais le film a tout de même marché ! Ce n'est pas un documentaire !

Le film montrant une belle bande de cons alcooliques à l'accent à couper au couteau devrait obtenir un franc succès et ravir les français adeptes d'ancrage dans le terroir. Plusieurs producteurs se sont déjà montré intéressés. Laurence s'est juré de faire un film gai et léger. Tandis que je l'interrogeais pour savoir si les lorrains ne seraient pas furieux de passer pour des cons à cause d'elle, elle m'a répondu : "Bien sur que non, je suis Lorraine moi aussi. Est-ce que les nordistes en veulent à Dany Boon de passer pour de gentils simplets ? Non, tant que c'est un nordiste ça passe. Par contre, il ne faut pas que cela soit écrit sur des banderoles du PSG, c'est tout. Ben là, c'est pareil, moi j'ai le droit !". Elle a réponse à tout !

Immédiatement jaloux de l'entreprise de Laurence, et moi aussi désireux de surfer sur la vague ch'ti, j'ai tenté d'écrire un scénario. Ayant épousé une corse, j'avais projeté d'écrire Bienvenue chez les feignants mais mon épouse m'en vivement dissuadé. Dardant son regard noir sur moi, elle m'a dit que cela ne ferait sans doute pas rire ses cousins Ange et Dominique et que si je tenais à la vie, j'abandonnerai ce projet. Soit il existe des gens qui se respectent encore soit certains sont plus susceptibles que d'autres.

Il y a vraiment des gens sans humour ! Je suis jaloux du futur succès de Laurence !

Ci-dessous, scène dramatique tournée en lorrain :

"Y‘avait eu une drache mais le temps était redevenu clarteux. Au cours d’une chouille chez l’dabich de Laurence, on cheûlait du chnaps avec des chailles. Je râouais comme un reuleuleu la p’tite à côté de moi parce que j’en aurais bien fait ma meuss. Moi j’ feugnais dans ma poche pour chercher une chmère quand j’entends la clanche remuer. C’était Jean qui venait nous voir avec un de ses potes que je ne connaissais pas.

«Comment qu’c’est gros ? Ca geht’s mohl ?» que je lui dis poliment.

Et l’autre fatche y me répond : « "Wha gros c'est schteuff ! Arkeut, c’est à ma meuss que tu parles là !»

« Pas du tout » que j’lui dis ! "Tais-donc ta grande jatte. Répète ça et je te beugne ta feuts. En plus, je l’ai même pas bouillave c’te chaille. J’sais pas qui m’a boucave ! T’es chouèche ou quoi ? Mais j’ai bien vu que tu la chpenais ! »

Le pelo, il a eu la schouff et il s’est tchâré sur son schable et son pote, une vraie tête de Hantz çui-là, sur son pelunche !"

Bien entendu, pour la traduction, merci de vous adresser à Laurence ou d'aller sur ce site. Bien que je la connaisse depuis des années, je ne la comprends pas toujours.

8 Comments:

Blogger GCM said...

M'en fous, je vais ecrire "bienvenue en Touraine"

26/4/08 2:04 PM  
Blogger philippe psy said...

Impossible, ni la Touraine ni l'Anjou ne disposent de patois de ce type !

26/4/08 2:54 PM  
Blogger El Gringo said...

Et un road movie en... Motobécane, ça le ferait?

27/4/08 1:06 AM  
Blogger philippe psy said...

Ah oui, pas mal ton idée ! Mais alors un road-movie en motobécane LT125 bicylindres, la grosse cylindrée pour faire rêver !

Tout sur la LT 125 ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Motob%C3%A9cane-Motoconfort#La_tentative_de_renouveau_dans_la_moto

Alors on rêve ?

27/4/08 7:12 AM  
Blogger GCM said...

Ce "type" de patois ridicule et dont on se demande comment on peut y placer une quelconque fierté, c'est évident.

Néanmoins, le Tourangeau et l'Angevin existent bien en tant que dialectes. Ma grand mère en emploie encore certaines expressions typiques, ce qui est un régale de truculence à l'oreille.
Si certaines régions de France conservent leur mode de communication ancestral comme référence et dans leur quotidien, le revendiquent comme on s'appuierait sur une branche morte pour se persuader que l'arbre est bien présent, bien d'autres régions l'ont abandonné, et ont préféré n'en garder que les aspects les plus cocasses, afin, sans doute, d'allier culture et humour, patrimoine et amusement. Une passerelle entre tradition et modernité sans doute.
De là à dire que certaines régions de France ont quelques encablures de retard, je ne sais pas.
il est également vrai que les dialectes dont je parle sont plus proches de notre langue actuelle que ces pauvres "sous-marques". L'histoire est ainsi faite que la France n'est pas "un peuple", mais un regroupement de peuples, dont les langues originelles sont tantôt latines, tantôt celtiques ou germaniques, etc.

Pour en revenir au film, je ne paierai jamais pour voir une telle merde. Je n'ai d'ailleurs pas besoin de le voir pour pouvoir affirmer que c'est une merde épaisse et malodorante : Ca me semble évident ! Je conchie les producteurs, réalisateurs, acteurs, intermittents du spectacle français pour ce qu'il sont : Des vampires assoiffés d'Euros. Ceux-ci n'ont pas de métier, donnent des leçons à tour de bras, geignent à la première occasion, afin que le peuple croit qu'il n'est pas plus malheureux qu'eux.

Je discutais récemment avec un ami dont la cousine joue dans une production à 2 Euros qui passe sur France 2 en semaine. Il me confie que pour quelques épisodes, où elle tient l'un des rôles principaux, elle gagne prêt de 100 000 €. Je lui rétorque que les salopes sont quand même bien payées de nos jours.
Comme il me connait, ainsi que mes points de vue, qu'il partage souvent- ayant été rmiste et maintenant artisan, il connait la valeur de l'argent - Le lien familial n'y fait rien, il finit par adhérer complètement à mon discours.

Comment peut-on justifier qu'un connard passant 3 jours à pondre un scénario de merde, 3 mois à tenir une caméra et le reste de l'année à glander puisse gagner à lui seul le salaire d'une centaine de français ?

Comment peut-on accepter, en sachant ça, de les voir parader lors de manifestations de soutien au sans papiers, ou aux restos du coeur ? Je ne me l'explique pas.

J'ai parlé de films français, et pas de cinéma étranger, et c'était volontaire. Je ne prendrai pas pour référence nos voisins proches, dont le cinéma ne m'intéresse absolument pas, et dont je suppose qu'il fonctionne comme le notre, c'est à dire en se foutant de la gueule du peuple avec acharnement.
Mais parlons le cinéma américain : Il fait vivre des centaines de milliers de personnes, et chaque composante d'une production est un métier, avec un marché du travail, une offre, et une demande.

En France, que nenni ! Toujours les mêmes connards ! A la production, une dizaine d'enfoirés tout au plus. Les acteurs, tous de la famille d'un autre acteur ! Les emplois, inexistants ! Un énorme gâteau, que se partagent une poignée de salopes et de maquereaux !
Mes propos sont violents, j'en conviens, mais c'est sans commune mesure avec la violence de leurs revendications lorsqu'ils s'attaquent aux internautes adeptes du téléchargement... Il ne faut surtout pas toucher la moindre miette de l'énorme gâteau, sinon, ça chouine sec ! Ca s'en remet à l'Etat, afin de régler par la loi un problème qui devrait être reglé par le service ou le travail, et non en continuant à se foutre de la gueule des gens.

J'aurais parlé en des termes similaires des éminents artistes de la chanson françaises, mais je vais m'arrêter là, je risque de péter mon ordi, et je n'ai pas les moyens d'en racheter sur un caprice...
Je suis un français moyen, mais j'irai pas voir "Bienvenue chez les ch'tis". J'ai juste une idée de Banderôle que je vais accrocher à mon balcon:
"ABRUTIS, MOUTONS, CONTRAINTS : BIENVENUE CHEZ LES FRANCAIS"

GCM.

27/4/08 5:08 PM  
Blogger philippe psy said...

GCM, merci de vous constituer prisonnier au commissariat le plus proche pour "racisme antiacteur avéré".
Ce que vous dites est inacceptable ! Le monde du cinéma est naturellement engagé aux côtés de tous ceux qui luttent pour soutenir des causes citoyennes et équitables.
Il faut être fasciste pour penser le contraire et paranoïaque pour douter de la sincérité de ces engagements !

28/4/08 1:46 AM  
Blogger Sylvain said...

GCM,

Toute situation et tout homme a sa part d'ombre et sa part de lumière.

Quelle est donc cette vision du monde qui s'intéresse à la seule part d'ombre...????

28/4/08 12:34 PM  
Blogger GCM said...

Mon cher Sylvain,

Mon commentaire n'était aucunement révélateur de ma vision du monde. C'est juste mon point de vue sur ce film, et cela me conduit à me pencher sur la question du cinéma Français, voire même, plus généralement, sur l'art Français. J'y vois une profonde hypocrisie et un manque de talent chronique et cela me déplait fortement.

Je n'interdis à personne d'aimer, mais je pense que l'amour de masse est souvent révélateur d'un manque de personnalité.

La beauté est toujours dans l'oeil de celui qui la voit. Partant de ce principe, tout oeuvre possède ses adorateurs et ses détracteurs.

Encore faut-il pouvoir définir ce qu'est une "oeuvre" ou un "art".
Si l'on en croit le dictionnaire de l'Académie Française, l'art est un : "Ensemble de moyens, de procédés conscients par lesquels l'homme tend à une certaine fin, cherche à atteindre un certain résultat". Une définition "fourre-tout", dans laquelle on peut glisser aussi bien le film de Danny Boon que le fait d'aller poser sa pêche le soir avant d'aller se coucher. Ce serait donc plus compliqué que ça !
Pour le mot "oeuvre", le même dictionnaire de l'Académie Française nous apprend qu'il s'agit d'un : "Ensemble d'actions accomplies par quelqu'un en vue d'un certain résultat".
Il faut quand même admettre qu'ils ont une certaine imagination, à l'Académie Française !

Ainsi, lorsque j'aurais achevé ce message, j'irai exprimer mon art, en délivrant une oeuvre fabuleuse et au moins aussi complexe que celle de Danny Boon... Je tirerai la chasse, rassurez-vous !

Tout ceci pour dire qu'à mon sens, l'art d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier, et ne montre pas une sincérité à toute épreuve. Alors pourquoi devrais-je envisager d'explorer ou de mettre en avant la part de lumière des coupables ?

Je ne le ferai pas, et vous prie de m'en excuser, mon cher Toju.

:-)

Gros
Ch'ti
Méchant

30/4/08 1:09 AM  

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