20 novembre, 2009

La dissonance cognitive au foutchebolle !



Je concluais l'article précédent par :

"En bref, soyons sur que plus les croyances d'un individu lui ont coûté, plus le réel qui viendrait les bouleverser le fera souffrir créant chez lui une tension et sera finalement évacué au profit d'une rationalisation."

Conclusion magistrale s'il en est, qui ne réclame aucun développement ultime tellement mon raisonnement fut clair ! Toutefois, il me restait à appliquer cette théorie de la dissonance cognitive au foutchebolle. Car vous tous qui aimez le foot, vous demandez aujourd'hui ce qui a pu pousser des gens honnêtes au delà du raisonnable, comme messieurs Henry, Domenech, Sarkozy et les commentateurs sportifs à afficher une telle malhonnêteté intellectuelle ! Et bien c'est justement la présence de cette dissonance cognitive !

Imaginez les pressions qui pèsent sur ces pauvres gens ! D'un côté, il y a le poids moral de la faute qui entraine la honte ! Thierry Henry a triché, il a joué avec la main et ce n'est pas un simple réflexe, tout le monde l'a vu. De l'autre côté, il y a la pression terrible qui pèse sur eux : les fans, l'argent, les investissements énormes, la satisfaction du public à une époque où tout n'est pas rose, la honte terrible de ne pas être qualifié face à une "petite" équipe, passer pour des minables, des poissards, etc.

Imaginez cette tension terrible dans leur cerveau ! Que faire, de quel côté pencher ? Ceux qui ont des traits sociopathiques n'hésiteraient pas et iraient directement du côté de la tricherie, c'est le plus rémunérateur à court terme ; à eux les primes, le gros argent. Mais pour l'individu normal, c'est l'honnêteté qui doit primer ! Mais comment être honnête quand vous savez que votre droiture risque de tant vous coûter ! Mettez vous à la place de ce pauvre Thierry Henry !

S'il avoue sa faute à l'arbitre, c'est son équipe qui est sanctionnée et avec elle tout le pays. Parce qu'il aura été honnête, il risque de passer au mieux pour le "con idéaliste", celui qui a gâché la fête alors qu'il suffisait "de fermer sa gueule", au pire pour un "pauvre type" que l'on n'aurait jamais du nommer capitaine, un mauvais joueur qui finit très mal sa carrière, un milliardaire rassis incapable de taper dans un ballon et de marquer un but !

Il partira par la petite porte, en ayant certes gardé son honneur, en pouvant regarder ses enfants dans les yeux pour leur expliquer qu'il a préféré l'honnêteté à la honte. Mais tout le monde n'est pas De Gaulle ou Chuchill ! L'orgueil qui mène à la vérité a un coût que peuvent seuls surmonter ceux qui ont un égo formidable ! Thierry Henry n'est pas un personnage historique, ce n'est qu'un footballeur, une simple star pour idiots crédules mais certainement pas un géant.

De l'autre côté Thierry Henry se tait et il a des raisons de le faire. Pensez donc, une coupe du monde sans la France ? C'est inimaginable pour des millions de bœufs qui n'ont pour tout horizon vital que cette manifestation sportive. Déjà que le pain manque pour certains, si on leur enlève en plus leurs jeux, où va-t-on ? Face à la vacuité du politique et du religieux, le footeux professionnel est le nouveau prêtre que l'on célèbre et la coupe du monde la seule communion qui reste ! Alors certes, il ya certes énorme pression sociale. Et puis, il y a l'argent, l'envie d'être le seul joueur français à avoir joué quatre coupes du monde ! En bref, de petites satisfactions médiocres : argent et gloriole.

Etre "l'homme qui a dit non" ou bien devenir un petit collaborateur grassement rémunéré du "système foot", voilà en définitive l'alternative. Et comme les héros sont plus rares que les lâches ordinaires, le pauvre Thierry penche vers la médiocrité ordinaire. Ecrasé par la pression sociale et l'appât du gain peut-être, il ne dit rien, fait comme si rien n'était arrivé. Il a triché mais ne le reconnait pas, profitant d'une terrible erreur d'arbitrage.

Comment survivre en descendant de son piédestal pour devenir un mec normal, un salaud ordinaire ? Pour cela il faut réduire la dissonance cognitive et faire taire la seconde option : la voie de l'honneur et de l'honnêteté. Dans ce cas, on va rationaliser de manière à faire taire toute émotion pour tenter d'apaiser son angoisse. Il s'agit de transformer la voie de l'honneur en autre chose.

C'est ainsi que l'on va inventer une autre morale. Tricher ne s'appelle plus tricher mais profiter des erreurs d'arbitrage ! Pour cela, on convoque d'autres exemples afin de ne plus se sentir seul ! Ce sera ainsi Maradona et sa "main de Dieu" (sic). On banalise la tricherie, on la diminue, on n'en fait plus une faute morale mais un simple aléa qui profite parfois aux uns, parfois aux autres. Et puis on convoque aussi le droit, celui de la FIFA qui préfère donner raison aux arbitres nécessairement limités par leur humanité (mauvaise vue, corruption, etc.) plutôt qu'aux caméras toujours fiables. On déshumanise l'adversaire en se répétant et répétant à qui veut l'entendre que les irlandais auraient fait la même chose. On rationalise tant et tant qu'on finit par croire que l'on a fait le bon choix, que c'était le seul choix possible. La dissonance se dissout, la tension s'apaise. On ira en Afrique du sud et puis voilà, le match est fini, vae victis.

Epilogue : hélas, il semblerait que les français n'aient pas voulu de cette victoire volée et sans honneur. Les fans ont quitté le stade de France l'oreille basse et les drapeaux en berne. Nulle fête dans les cafés, nul rassemblement sur les Champs-Elysées n'est venu fêter cette triste victoire.

Option 1 :

Alors peut-être que Thierry Henry, à qui la foule ne donne pas raison, se sentant soutenu par les seuls crétins persuadés que la coupe du monde vaut tous les reniements, se sent seul. La dissonance revient. Et si j'avais eu tort, se dit-il peut être ? Timidement, il reconnait cette main qu'il qualifie "d'involontaire". Puis, s'enhardissant pour ne passer pour un salaud intégral, un sociopathe pour qui la fin justifiera toujours les moyens, il propose de rejouer le match si la fameuse FIFA est d'accord.

Le salaud s'humanise, il est juste humain comme 99% des être humains sur cette terre. Mais les circonstances le forcent à devenir le héros qu'il n'aurait jamais pensé être.

Option 2 :

Bon si j'étais mauvaise langue, je pourrais dire qu'un conseiller en communication de crise est passé par là en lui disant "Thierry, ton problème c'est la dissonance cognitive, je comprends. Alors là tu vois tu passes pour un salaud. Ce que je te propose, c'est de passer pour un mec droit sans pour autant renoncer à la coupe du monde. Tu n'as qu'à dire que tu es prêt à rejouer le match si la FIFA est d'accord. Comme tu sais que le règlement de la FIFA prévoit que les décisions d'un arbitre sont sans appel, tu ne risques rien, le match ne sera jamais rejoué. Comme ça tu joues le chevalier blanc sans prendre un seul risque. Et plutôt que toi, on dira que ce sont les mecs de la FIFA qui sont les salauds."

Parfois, les salauds restent des salauds dotés de conseillers en communication de crise ! L'héroïsme on s'en fout, on préfère le fric mais bon on veut aussi un peu la gloire.

3 Comments:

Blogger Larry said...

Merci Philippe pour cet éclairage.
Au fond vivre en démocratie c'est vivre en état de dissonance cognitive.
Au ras du sol, nous avons une morale qui est la base indispensable de la civilisation, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne tricheras pas....
Quand on monte en hiérarchie ou en collectif, cette morale n'existe plus. On apprend par exemple à piller son prochain à travers des procédures démocratiques indirectes. Nous avons alors des avantage acquis pour lesquels existent des justifications bien rôdées.
Dit autrement, et schématiquement il y a le domaine de l'économique : les échanges volontaires, idéalement, sans tromperie, fraude, vol, ni violence, et le domaine du politique : la contrainte, l'obligatoire, les intérêts supérieurs ; idéalement, seul le résultat compte. (Le résultat pour qui? Là il y a une difficulté, mais c'est l'idée.)
La Révolution française, en inventant le Peuple, la Souveraineté du Peuple, l'État nation, la volonté générale, nous a privé du Nous et Eux. Nous sommes devenus Eux. Nous avons hérité de la raison d'État, du secret défense, de l'intérêt supérieur de la Nation...
Zut Philippe, tu m'as ouvert une porte de réflexions déplaisantes. Si ça tourne mal, j'aurai besoin d'aller voir un psy.
Où est Thierry Henry dans cette histoire?
À la frontière entre le ras du sol et le politique, l'intérêt supérieur, l'image de la Nation qui doit aller en Coupe du monde. On verra le sentiment de la foule à ce moment là.

PS : Il paraît que traîne sur le web une vidéo qui montre un Irlandais bénéficiant d'un penalty obtenu dans une situation à la Thierry et qui, réussi, a conduit à la préqualification. Sans garantie.

24/11/09 5:47 PM  
Blogger Larry said...

Suivez la balle

Le Point 26 Novembre 09

Le Monde nous livre à propos de Michel Rocard une information réjouissante. Au cours d'un débat avec son ami socialiste Didier Migaud, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, l'ancien Premier ministre, plutôt content de lui, s'est félicité du travail qu'il a mené à bien avec Alain Juppé sur le grand emprunt voulu par Nicolas Sarkozy, ce qui ne l'a pas empêché d'approuver vigoureusement Didier Migaud dans sa critique radicale dudit emprunt et de la gestion politique actuelle. Et quand Didier Migaud osa dire que, si Michel Rocard était député, il voterait contre le grand emprunt, Rocard opina tout benoîtement : cela allait sans dire.

On est enchanté de pareil état d'esprit. La politique est trop cruelle, manichéenne, systématique, sauvage et schizophrène pour qu'on ne se réjouisse pas de l'existence d'un spécimen qui participe avec entrain à un projet que, par ailleurs, il condamne vertement. Un pas de géant pour la démocratie, laquelle, s'il se généralisait, deviendrait un royaume enchanté peuplé d'êtres ravis de brûler ce qu'ils adorent et de dénigrer ce qu'ils construisent. C'en serait fini de l'intolérance, du sectarisme et de la mauvaise foi qui sévissent au Palais-Bourbon. On peut même espérer que, ne s'arrêtant pas en si bon chemin, ces enfants de Rocard célébreraient ce qu'ils condamnent et applaudiraient ce qu'ils critiquent. On rêve qu'existe une telle classe politique, tout à la fois shootée aux vapeurs du pouvoir et à l'encens de sa contradiction, oecuménique à force d'être contradictoire, qui serait du même pas pour et contre et réciproquement.

26/11/09 2:04 PM  
Blogger Bridgetten said...

Larry la démocratie pourquoi... tout groupe engendre les conflits internes. On a tous nos croyances, nos morales et notre réel lié au groupe et à ses valeurs, qu'il soit démocratique ou inversement (et dans un espace où les libertés sont réduites on imagine bien combien le réel peut être insupportable pour ceux qui vivent sous la coupe de ceux qui imposent leurs propres valeurs...)
il me semble que toute tentative de rationnalisation ne peut déboucher que sur une autre croyance à partir du moment où l'éthique (croyance humaniste) n'est pas l'objet suprême du désir ... ?

26/11/09 2:37 PM  

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