23 avril, 2010

Saura-t-on jamais ?


Allez hop, tels des bandits préparant un mauvais coup, nos ministres se réunissent en secret. Parce que vous comprenez bien qu'il ne faudrait surtout pas qu'un simple citoyen, autant dire un abruti sous tutelle, sache ce qui se trame. Leur chef annonce alors l'ouverture d'un couloir aérien vers d'autres aéroports afin d'apaiser la crise du transport aérien du aux cendres du volcan islandais.

Mais cela ne suffit pas. Pris entre le marteau des braves français bloqués à l'étranger et l'enclume de toutes les compagnies aériennes qui n'en peuvent plus de perdre de l'argent, il faut se décider. Et ce d'autant plus que des vols tests, revenus sains et saufs, semblent prouver que le principe de précaution se base sur une estimation du risque fantaisiste.

Alors, d'un coup d'un seul, tous les aéroports ouvrent de nouveau leurs pistes aux Airbus et autres Boeings. Tout repart au bout de six jours de paralysie totale. Et le plus incroyable, c'est que le nuage, sans doute lasse de stagner par chez nous, semble aller voir ailleurs si le ciel est plus beau.

Incroyable non ? Il suffit que les avions redécollent pour que le nuage se dissipe. Hasard ou coïncidence, coup monté, manipulation pour se sortir d'une situation ridicule la tête haute, nul ne saura jamais. Bug de l'an 2000, vache folle, SRAS, grippe aviaire, grippe porcine, depuis dix ans, la population affolée par les médias survit malgré tout à toutes les catastrophes annoncées.

Alors quid du fameux principe de précaution maintenant inscrit dans notre constitution ? Qui pourrait être contre ce principe ? Aujourd'hui, ses défenseurs ont beau jeu de dire que si la chute d'un avion avait entrainé le décès de quatre-cents passagers, tout le monde aurait hurlé. C'est sans doute très vrai.

Le principe de précaution est pourtant un paradoxe puisqu'il revient dans un univers complexe à approcher du risque zéro. Tout ceci dénote le côté faillible et la rationalité limitée de l'être humain. En termes de décisions, ces errements sont illustrés par le paradoxe d'Ellsberg qui stipule que placés face à l'incertitude, les gens choisissent généralement la solution dans laquelle le risque est connu et appréhendé. Or vous admettrez que dans les autres choix, les risques auraient pu être moindres.

Le principe de précaution n'est donc finalement qu'une vaste fumisterie ne reposant sur rien de précis et surtout pas sur une sorte de rationalité mathématique. Dans le cadre de la récente crise du transport aérien, la prise en compte du pire scénario, cet effet a été net.

En effet c'est la précocité de la prise en compte du risque - alors qu'aucun avion n'était tombé - qui a provoqué par elle-même une aggravation du risque perçu et a exigé une extrême sévérité des mesures de précaution.

La limite du principe de précaution est donc patente puisque plus on approche de l'ignorance, plus tout devient possible, dont les pires scénarios catastrophes, et il faudrait systématiquement s’abstenir de tout faire. Ainsi, à l'extrême, toute innovation, considérée de façon précoce, devrait être écartée. C'est ainsi qu'aux débuts de la voiture, des médecins se proclamant experts prédisaient que passé cent kilomètres à l'heure, un individu mourrait forcément, son cerveau subissant une pression contre sa boîte crânienne. On a vu qu'ils avaient tort.

L'appréhension du risque est donc fondamentale. Or on constate par exemple lors de la dernière crise de la grippe H1N1 que celui-ci n'est jamais évalué correctement. La seule parade tendant à justifier ce principe de précaution sera donc de dire que si rien ne s'est produit, quelque chose de grave aurait tout de même pu se produire et qu'il fallait être prêt et qu'il est facile de jouer les malins une fois la catastrophe écartée. La politique actuelle de prévention du risque est donc menée à la manière du lieutenant Drogo attendant les tartares qui n'arriveront jamais. Le principe de précaution est donc peut être basé sur de bonnes intentions mais peut aussi reposer sur la couardise de gouvernants n'osant plus prendre de risques ou encore sur la volonté de groupes divers ayant un intérêt à lancer de folles rumeurs alarmistes.

Ceci étant dit, et la rationalité extrêmement limitée de nos comportements dument établie, il n'est pas pour autant dit que j'aurais pris l'avion moi-même.

7 Comments:

Blogger Pythéas said...

Finlandais ? on m'aurait menti ?

23/4/10 10:59 AM  
Blogger philippe psy said...

Ok me suis trompé mais sinon ??? Il est top mon article non ???

23/4/10 12:54 PM  
Blogger Pythéas said...

Bon OK, c’est moche de répondre sur la forme et pas sur le fond…
Donc j’ai tout relu l’article… et c’est vrai qu’il est pas mal !

L’analyse de l’appréhension du risque et de son évaluation par des instances publiques nationales ou internationales est fort juste, et la corrélation entre ignorance et renforcement du principe de précaution assez novatrice – pour pas dire franchement brillante (enfin, pas pour un mec qui maîtrise le paradoxe d’Ellsberg).

Donc très bien d’en foutre plein la gueule au principe de précaution, mais il manque un truc à mon goût… les blogs c’est comme les dissert en sciences humaines ; on peut toujours en rajouter, alors c’est jamais parfait.

En l’occurrence, une petite envolée zemmourienne, à travers une approche historique des principes de risque et de précaution, démontrant le retournement des valeurs du à la maternalisation de la société aurait eu une petite note réac’ pas pour déplaire aux ptits mecs sérieux.
Par exemple qu’il y a 25ans, des mecs de 30 ans couraient des Grand Prix à bord de monoplaces totalement inconduisibles sous des trombes d’eau, et le mec qui arrêtait la course se faisait virer…(http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Prix_automobile_de_Monaco_1984)
Maintenant des gamins de 20ans refuseraient de prendre le départ d’une course de toute façon annulée dans leurs engins pilotés à coup de boîtiers électroniques…

Bah oui, parce que la vie c’est sacrée, il faut faire gaffe de pas créer de drame comme la mort de Senna dont tout le monde se souvient et qui en a fait une légende alors qu’il serait mort d’Alzheimer à 85ans dans un hopital pour riches au Brésil, tout le monde s’en serait carré…

En clair, le temps des héros et des grandes épopées super risquées et donc vachement propices aux rêves de grandeur, de gloire,etc. c’est bien fini ! Et même un peu ringard, comme des poils de torse qui sortent du col d’une chemise.
Maintenant c’est une bande de technocrates aux couilles microscopiques qui sont aux commandes.
Et la part de rêve ? Elle est toujours possible, à condition de ne pas rêver trop grand : on sait jamais, ça pourrait être dangereux.

23/4/10 5:09 PM  
Blogger ombre said...

Attendez, vous n'allez pas me faire croire que vous n'y étiez pas !! Et qui d'autre braverait ainsi le danger en osant survoler un volcan en pleine colère hein !?.. Sacré Philippe-psy bourré d'humilité.
http://www.dailymotion.com/video/xd0601_des-oiseaux-des-ovnis-mais-toujours_news?start=0

23/4/10 7:05 PM  
Blogger ombre said...

@ Phythéas,
Promis, votre commentaire a été validé au même temps que le mien, et notre grand Philippe pourrait d'ailleurs l'attester. Toute ressemblance etc, vous connaissez la suite certainement...

23/4/10 9:12 PM  
Blogger ombre said...

en même temps...

24/4/10 11:20 AM  
Blogger Boudeuse99 said...

Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

26/4/10 10:11 PM  

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