28 mai, 2010

Comme le FBI !


Hier des mecs sont venus poser des placards. Je rentre un peu plus tôt pour regarder ce qu'ils ont fait et les régler. Tout est en ordre même si dans la cuisine, un cadre ne me semble pas à sa place. Mais bon, je peux me tromper puisque je fous rarement les pieds dans la cuisine. Je leur dis que mon épouse n'étant pas encore rentrée, ils ne seront payés que le lendemain.

Mon épouse à peine rentrée inspecte les travaux. Vous aurez noté que si les hommes ne remarquent rien, les femmes ont l'œil pour tout, jusqu'au détail le plus infime ! Cinq minutes après avoir regardé nos trois beaux placards, l'œil avisé de mon épouse se pose sur le cadre avec un regard aussi noir qu'interrogateur semblant dire "Qui a osé déplacer mon cadre ?".

D'un geste expert, elle prend ledit cadre, le décroche et là, le regard se fait plus noir encore puisque dessous apparait le mur abimé. En vissant le cadre du placard dans le mur, ces abrutis on fait sauter de l'enduit et de la peinture. Et plutôt que de me le dire, ils l'ont dissimulé sous le cadre qu'ils ont déplacé ces rascals stupides. Stupides, parce qu'ils auraient du se douter qu'on l'aurait vu. Comme d'affreux petits artisans avaricieux osent-ils ainsi tenter de nous tromper ?!

Comme je m'étais amusé à lire un ouvrage de John Douglas, un des profileurs du FBI, je fais part à mon épouse de sa technique d'interrogatoire face aux suspects. Il a pris l'habitude de tapisser son bureau de photos de scène du crime de manière à ce que, où que puisse se porter le regard du suspect, il ne puisse éviter de regarder des détails atroces. Selon lui, s'il est coupable, le fait de regarder ces détails horribles, devrait lui faire perdre toute contenance. Non qu'il avoue immédiatement, mais qu'il donne des signes de nervosité extrême qui pourront être analysés comme une indication de sa culpabilité ; à charge ensuite pour les policiers de ramasser des preuves plus évidentes. La culpabilité est un grand ressort de l'âme humaine.

Le lendemain, tandis que le chef des menuisiers revient, mon épouse le reçoit en se mettant dos au placard. Le cadre ayant été ôté, à sa gauche on voit le bout de mur abimé. Le menuisier étant obligé de se placer face à elle pour lui parler, il ne peut que voir que le cadre a été enlevé dévoilant ainsi le défaut du mur.

Manifestement, son regard se pose immédiatement à l'endroit où le mur est abimé. Mon épouse ne lui laisse aucun répit et elle l'entraine dans une conversation à bâtons rompus sur des détails sans importance en prenant soin de ne jamais parler du mur. Elle le sent se liquéfier. Le pauvre s'attend à prendre son coup de gourdin sur la tête mais ne sais pas quand. Et conscient de sa faute, il n'ose pas en parler.

C'est cruel mais j'adore imaginer ce qui a pu se passer dans sa tête. Du genre : "Bon elle l'a vu ma connerie. Alors comme m'en sortir dignement sans passer pour un gosse de cinq ans qui n'a pas voulu avouer à sa maman qu'il avait volé de la confiture. Je lui dis maintenant, j'attends qu'elle ait fini de parler, j'attends qu'elle m'en parle ?".

Mon épouse ne lui laisse aucune chance. Bavarde comme elle est, elle l'occupe durant près d'une demie-heure en lui parlant d'autres choses. Et le type est de plus en plus mal. Elle clôt enfin l'entretien et lui dit qu'elle va le payer. Le type est un peu agité, sans doute partagé entre le fait de palper son fric puis de se tirer sans rien dire la queue entre les jambes comme un rat, et l'envie d'avouer sa faute pour ne pas passer pour un gros con minable.

Sortant le chéquier, mon épouse lui demande alors combien elle lui doit. Il annonce la couleur et va pour parler quand mon épouse le coupe pour lui dire, qu'elle va le régler en ôtant évidemment les frais de remise en état du mur abimé. Et là le pauvre gars acculé lui déballe immédiatement qu'effectivement il avait voulu lui en parler et avait oublié mais que bien sûr ,il lui aurait dit et que s'il avait déplacé le cadre, c'était juste pour dissimuler le bout de mur abimé dans un simple souci esthétique et non pour dissimuler son erreur !

Mon épouse tout aussi calme lui dit qu'elle n'en doute pas mais qu'elle doit ôter une certaine somme pour faire repeindre le mur. Le type lui dit aussitôt qu'il est prêt à le faire ! Et mon épouse lui dit qu'étant menuisier, il fait de la menuiserie et que seul un peintre fera de la peinture. Et elle rajoute qu'au prix où sont les artisans, cela va faire un trou dans son budget. Elle lui annonce donc qu'il n'aura que les trois quarts de la somme due. Le type est blanc et bafouille que c'est terrible parce qu'il ne rentrera pas dans ses frais.

Mon épouse lui explique alors qu'elle le regrette mais que repeindre un mur coûte cher et qu'en plus du prix à payer, il y a une forme d'amende à payer pour ne rien avoir dit. Le pauvre type se débat comme un gamin de cinq ans qui ferait tout pour ne pas être privé de dessert. Elle range alors son chéquier et lui dit qu'elle est d'accord pour couper la somme en deux mais qu'il sera payé par moi demain quand il aura terminé les finitions. Le type revit enfin.

Le type est passé tout à l'heure avec un grand sourire. Il a fait toutes les finitions demandées. Je pense que si je lui avais demandé de tondre la pelouse, il l'aurait fait avec plaisir. Au moment de le régler, je ne peux m'empêcher de lui reparler du mur. Le pauvre est encore si coupable qu'il se confond en excuses et me dit qu'il voulait le dire mais qu'il a oublié, etc. Comme je le connais un peu que l'on se tutoie, je lui dis que moi je serais plutôt cool mais que faire ce genre de trucs à mon épouse n'est pas très malin parce qu'elle est nettement moins diplomate que moi. Il me jure que tel n'était pas son but. Et avec un air qui dément totalement ce que je lui dis, je lui réponds : "mais je sais bien que tu l'aurais dit. Tu connais ma profession, moi les baltringues je les démasque de suite". Comme il ne sait pas comment prendre ma réflexion, il me sourit niaisement et je le raccompagne.

J'en profite pour remercier l'agent spécial du FBI John Douglas pour son petit truc qui marche très bien. Bien entendu, face à un vrai sociopathe maitre de ses émotions, ne comptez pas sur ce subterfuge merdique pour le faire craquer !

4 Comments:

Blogger ombre said...

Vous rendez-vous compte de la chance d'avoir une campagne intelligente, faisant preuve d'esprit de coopération, et jouant de bon cœur au questeur ?! Tandis que vous dans votre pièce, vous vous gardez soigneusement le beau rôle, là où elle, passe pour le méchant devant le menuisier. Et dire qu'avec la belle vous auriez été obligé de refaire toute la cuisine. C'est d'ailleurs pour cela que je crois que la Chine c'est mieux que les US...

29/5/10 12:16 AM  
Blogger marie said...

Vous êtes vicelards dans votre famille,mais c'est bien fait pour sa gueule, on apprend à tout âge....comme on dit: une faute avouée est à moitié pardonnée. Cette leçon rendra ce menuisier vigilant dans son travail, vous auriez du vous faire payer ce traitement choc !

29/5/10 2:09 AM  
Blogger philippe psy said...

@Ombre : je me rends compte de ma chance et j'ai toujours admis être plus diplomate que mon épouse, laquelle était plus adaptée pour jouer le rôle du méchant flic".

@Marie : depuis quand être intelligent est être vicelard ! Notre finesse l'a emporté sur la force bête de l'artisan voleur !

29/5/10 3:05 AM  
Blogger Gabrielle said...

trop drôle ! trop fort ! j'adore :)

29/5/10 4:00 AM  

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