12 mai, 2010

Je suis français moi monsieur !

Je viens de quitter un pays dans lequel de belles âmes s'offusquent que l'on puisse prêter de l'argent à la Grèce en prenant une petite commission dessus. Un pays dans lequel, sur les blogs de Libération, des gens vous expliquent que toute l'aviation civile plaquée au sol, suite au nuage de cendres, est un bienfait parce que cela permet de prendre son temps et de revenir à des choses essentielles et puis que d'abord les avions, tout le monde n'en prend pas, à part les riches. C'est vous dire si mon pays est composé d'altruistes aux grands cœurs, aux idées larges et à la sagesse infinie. D'ailleurs, on ne s'y trompe pas puisque du temps de son vivant, c'est Castor méditatif qui était plébiscité.

Il se trouve que je suis actuellement au pays de l'argent roi et il me semblait utile que la sagesse de mon pays traverse les océans afin de responsabiliser un peu plus ces grands enfants que sont les américains.

En sortant à gauche de l'hôtel, on est sur Times Square. D'une année sur l'autre, tout a changé. Broadway est maintenant interdite à la circulation à ce niveau et des tables et chaises de fer rouges ont été installées. Après une petite balade, mon père et moi nous sommes assis là, contemplant les enseignes lumineuses tout autour de nous. Mon père, pourtant âgé de quatre vingt-un ans bientôt, était là comme un gosse, tournant la tête à droite, à gauche, se retournant, n'ayant pas d'yeux assez grand pour se repaître de l'odieux spectacle de la société de consommation.

Et ne voilà-il pas qu'il ose enfin me dire que c'est vraiment beau et qu'il ressent une énergie considérable en étant simplement assis là, au milieux de Times Square. Et le voilà qui poursuit encore en m'expliquant qu'à la même heure, Paris serait déjà endormie parce que c'est devenu une ville médiocre et ennuyeuse. Et loin de se rendre compte de l'odieux discours qu'il tient, le voici qui poursuit en incriminant Bertrand Delanöe d'avoir massacré la ville en la transformant en ville de province. Puis pour clore son discours odieusement réactionnaire, le voici qui assène un "de toute manière avec les gens de gauche, la misère et l'ennui arrivent toujours". Je suis tellement abasourdi que je ne trouve rien à répondre. Et pourtant, j'aurais pu parler de Paris-Plage, cette superbe réussite tendant à transformer une simple chaussée de bord de Seine en lieux de villégiature sympa !

C'en est trop pour moi. Je le regarde et lui réponds que si l'on sent certes l'énergie sourdre de tout ce qui nous entoure, il faut tout de même se souvenir que tout ceci n'est pas anodin et que le bilan carbone de tout ce qui nous entoure doit être désastreux. Voilà, j'ai réussi, j'ai été réellement français, me souvenant que ma patrie est la terre des droits de l'homme et de la réflexion politique poussée aux confins de la sagesse la plus extrême.

Je pensais mon père enfin maté mais il n'en est rien. Il doit être aux alentours de minuit et nous voulons acheter de l'eau. Qu'à cela ne tienne, il y a un Duane and Reade juste à côté de l'hôtel sur la huitième avenue et par chance, ils vendent même de petites bouteilles d'Evian comme les affectionne mon père. Tandis que nous patientons aux caisses, mon père m'explique qu'il trouve vraiment génial de pouvoir faire ses courses à toutes heures du jour et de la nuit. C'en est trop pour moi ! Je lui explique que c'est sans doute très bien pour lui mais qu'il ne pense pas aux pauvres salariés obligés de travailler de nuit pour satisfaire ses caprices de consommateur noctambule.

Et là mon père, comme s'il avait lu tout Hayek et Bastiat, m'explique que c'est peut-être très triste pour ses salariés, mais qu'il vaut mieux faire cela que de ne pas avoir de travail et que ces horaires très flexibles sont donc créateurs d'emplois et que de plus, nul n'est tenu de garder le même emploi à vie et que l'on peut aussi évoluer. Je lui dis alors que ces mêmes personnes auraient pu être sans emplois mais bénéficier d'un statut de chômeur financé par la collectivité leur permettant de trouver un travail plus respectueux de leur vie privée. C'est terrible, il faut toujours que je rappelle les fondamentaux de notre catéchisme républicain à mon propre père !

Nous rentrons enfin à notre hôtel où mon père gratifie le personnel de nuit d'un vibrant "hello" tandis que j'ose à peine regarder ces damnés de la terre que moi, bourgeois inconséquent, force à travailler de nuit pour mon simple confort. Mon Dieu que j'ai honte.

L'an prochain, c'est décidé, j'irai en vacances en Grèce. Voici un pays qui a su depuis des décennies suivre un programme festif et citoyen privilégiant l'art de vivre au dépens du consumérisme imbécile.

1 Comments:

Blogger Mysteriouslila said...

Il faudrait un long commentaire pour contredire ce pamphlet mais je dirai deux choses:
Voilà bien les parisiens, qui résument la France à leur ville, la gauche à Delanoe, et ne comprennent pas que si le reste du pays les regarde en ricanant sournoisement, ce n'est certes pas par jalousie, mais vraiment parce qu'ils nous font rire.
La deuxième:
Voilà bien les bourgeois, qui croient que les Etats-Unis c'est New York, et ne voient pas que les pays pauvres sont capitalistes AUSSI. Si, si.

Mais ces deux commentaires ne sont que le résumé succinct des diverses pensées qui assaillent l'esprit du communiste lambda qui fait partie de la foule des imbéciles qui n'ont jamais vu New York, pas parce qu'ils trouvent que c'est la Babylone du capital mais tout bêtement parce qu'ils n'ont pas l'argent pour payer le billet, qui ont pouffé de rire quand le nuage a coincé nos touristes Club Med et nos professions libérales en vacances à l'étranger, et qui l'avouent, qui ont frémi d'une rage authentique devant la situation de la Grèce et ont pleuré devant les drapeaux du KKE et les appels aux peuples d'Europe, qui ont décidé de faire leurs études à Lyon plutôt qu'à Paris même si Paris c'est mieux, mais parce que à Lyon les transports en commun sont moins chers et qu'en plus on a pas besoin d'être en master pour avoir une résidence CROUS intra-murros. Bref, vous savez, ces cons. Ceux qui n'existent pas parce que les seuls gens de gauche que croisent les parisiens libéraux fatigués par Delanoe sont des bobos qui mangent bio et n'ont jamais vu un ouvrier sauf à la télé.

4/5/11 2:08 PM  

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