01 janvier, 2014

Crise mystique et syndrome de Stendhal (suite et fn)


Bien sur parce que ma nature est de dédramatiser et de passer du plus simple au plus compliqué comme l’exigeait ce bon Occam dans sa théorie de résolution de problèmes, il a fallu qu'on me dise qu'avec moi rien n'était grave. Que ce que j'appelais une petite crise mystique était peut-être pour mon jeune patient une vraie crise maniaque, voire une bouffée délirante aigüe annonciatrice d'une sans doute terrible schizophrénie paranoïde !

N'importe quoi enfin pour le moment ! C'est un peu le problème avec la psychopathologie. Comme vous naviguez la plupart du temps sans marqueurs biologiques, c'est à dire des mesures que pourraient vous donner par exemple une prise de sang ou l'imagerie médicale, le diagnostic est plus difficile à établir. C'est sur que quand tout est marqué sur le papier que vous donne le pharmacien biologiste ou sur la belle photo que vous envoie le radiologue, c'est parfois plus simple de donner un diagnostic. Face à un tel cas, vous pouvez soit appeler immédiatement les pompiers et éteidnre ce qui vous semble un début d'incendie, soit attendre et voir.

En psychopathologie, vous prenez l'individu en son entier, dans son cadre de vie, dans une époque donnée, un milieu socioculturel donné et vous vous débrouiller pour différencier le normal du pathologie. A vous de vous débrouiller pour savoir si le type en face de vous et qui parle vite est en train de péter les plombs durablement ou si ce n'est qu'un passage, une sorte d'étape qui devrait le mener d'un statut d'ignare à celui qui a plus largement ouvert sa conscience.

La crise mystique dont je parlais porte le nom de syndrome de Stendhal ou encore syndrome de Jérusalem. Le syndrome de Stendhal est une maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’œuvres d’art ou encore confrontés à ds lieux chargés de symboles religieux. Ce syndrome, aussi appelé syndrome du voyageur, est assez rare dans la mesure où il nécessite chez celui qui l'éprouve une sensibilité hors du commun.

Il se caractérise justement par un certain nombre de symptômes psychiatriques comme les états délirants aigus, parce qu'il comprend des hallucinations, un sentiment de persécution, une déréalisation, une dépersonnalisation, de l'anxiété mais également des troubles purement somatiques tels que des vertiges, une tachycardie, des sueurs, de l'hyperkinésie, etc.

Bref, le tableau clinique tel qu'il se présente peut faire peur et amener le tâcheron qui utiliserait la psychopathologie comme un bourrin avec un démonte-pneu à considérer que l'état est bien plus grave qu'il n'est en réalité, pour invoquer la biologie plutôt que le fait psychologique bouleversant. On peut cependant comprendre les erreurs de diagnostics dans la mesure où le meilleur indicateur permettant de diagnostiquer à coup sur le syndrome de Stendhal plutôt qu'un état délirant plus classique reste la personnalité de celui qui en est atteint. Une grande sensibilité conjointe à une fragilité conjoncturelle liée à des événements de vie sont sans doute de grands prédictifs. Ceci dit, même une fois établi ce diagnostic, la partie n'est pas gagnée car la personne doit de nouveau toucher terre.

Le syndrome de Stendhal est donc un état d'intense émotion comme si la personne qui en est victime engrangeait plus de stimuli qu'elle n'est capable d'en traiter ; elle se trouve submergée. Les écritures religieuses connaissaient sans doute cet état dans la mesure où elle parle d'être ravi au ciel, de ravissement, comme s'il s'agissait pour celui qui le vit, d'être pris par Dieu, d'être transporté. Ainsi dans la seconde épitre aux Corinthiens, Saint-Paul explique "Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans, ravi jusqu'au troisième ciel si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais, Dieu le sait." Saint-Paul lui-même, sur le chemin de Damas, subit cette expérience de ravissement. Après que Dieu lui ait parlé, durant trois jours, il reste aveugle et ne sustente pas.La description qui est faite dans le chapitre 9 des Actes des apôtres ressemble à un état proche du syndrome de Stendhal.

Dans un registre plus classique, la philosophie elle-même enseigne que l'on peut être en contact avec le sublime voire le divin. Certains états que chacun de nous à déjà connu s'en rapproche, comme par exemple de trouver une solution à un problème qui nous taraudait depuis des lustres. Certains fans mis au contact de leur star préférée, ressentent aussi sans doute une fraction non négligeable de ce syndrome de Stendhal, quelles qu'en soient les raisons, et aussi stupides puissent-elles nous apparaitre.

S'agissant de mon jeune patient, je sais exactement ce qui s'est passé, ce qu'il a lu et compris et je conçois parfaitement ce qu'il a pu ressentir. Prendre une forme de vérité de plein fouet comme cela tout en s'apercevant qu'on lui avait menti durant tant d'années a du être une épreuve terrible, comme un initiation que l'on devrait faire en plusieurs années et qu'il aurait faite en quelques jours. Cela explique parfaitement ce syndrome de Stendhal. Nul ne pénètre ainsi dans l'Eleusinion sans y être préparé un minimum.

Ainsi, la psychopathologie, dans la mesure où elle tend à différencier le normal du pathologique doit être maniée avec mesure et circonspection sous peine d'erreurs graves de diagnostics entrainant parfois des désastres chez ceux qui en font les frais. Vous comprendrez aisément qu'il vaut mieux expliquer à un patient qu'il a juste fait un petit pétage de plomb, qu'il s'est retrouvé perché, qu'il a été atteint d'un syndrome de Stendhal plutôt que de lui parler de délire aigu et de le mettre immédiatement sous neuroleptiques. Il faut néanmoins rester très vigilant.

Il ne s'agit évidemment pas de nier les bienfaits de la médecine mais simplement de la réserver à des cas qui la rendent nécessaires sans psychiatriser la population. Sinon, comme le socialisme, la médecin aura vite fait d'envahir vos vies et de vous dire comment les mener sans jamais vraiment s'interroger sur ce qu'est vraiment la vie, ce que les philosophes nomment la bonne vie. Rassurez-vous, la psychologie mal utilisée peut faire de même et gâcher des vies. A force de tout peser, d'estimer,, de jauger ou encore d'évaluer mal à propos, on en oublie aussi de vivre. L'abus de médecins et de psys est nuisible pour la santé !

Puisque c'est mon premier article de 2014, je vous présente de nouveau mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année en vous souhaitant qu'elle vous apporte le bonheur et la santé. Puissiez-vous, vous aussi faire vos petites extases mystiques, rencontrer la vérité, sans pour autant sombrer dans le syndrome de Stendhal. Mais maintenant, vous saurez sans doute le reconnaitre !




"Il est ravy trop plus hault qu'aux tiers cieulx
Et prend pour soy toujours la chose aux mieulx"
Alain Chartier (XVème siècle)

7 Comments:

Blogger laurett said...

Mais qu'est ce qu'on peut bien lire qui puisse mettre dans un tel état ?
Les mémoires de Justine Bieber, ou les paroles du dernier album des Tokyo Hotel... ?
A moins que ce soit la biographie de Céline Dion ;)
Bon, je plaisante mais j'aimerai savoir. Il y a là un truc à coté duquel j'ai peur de passer.

1/1/14 10:18 PM  
Blogger philippe psy said...

En tout cas pas l'essentiel des derniers articles de Contrepoint.org :D

2/1/14 12:31 AM  
Blogger El Gringo said...

"le socialisme (...) aura vite fait d'envahir vos vies et de vous dire comment les mener sans jamais vraiment s'interroger sur ce qu'est vraiment la vie"

Alors toi, tes "discours anti-gauchistes" irritent Chantal et tu continues?

2/1/14 8:57 AM  
Blogger filleàgentils said...

Je commence peut-être à comprendre pourquoi il est fortement déconseillé d'étudier la kabbale avant l'âge de quarante ans, et de ne pas l'ouvrir sans avoir auparavant étudié le talmud. On m'a rapporté des gens qui avaient atterri en psychiatrie après l'avoir lue sans préparation, je n'y croyais pas!

2/1/14 10:08 AM  
Blogger philippe psy said...

@El Gringo : mais je dis ce que je veux non ! :) Et ici chacun sait que je ne suis pas socialiste, ce n'est pas une découverte !

2/1/14 10:47 AM  
Blogger chantal said...

Philippe, vos ditribes sur la politique c'est le piment de votre blog...j'en redemande !

2/1/14 11:52 AM  
Blogger chantal said...

diatribes

3/1/14 10:14 AM  

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